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Gaza: impossible de se taire Patrick Baudoin, FIDH

 

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Pourquoi cette peur, cette retenue à condamner sans réserves les crimes d’Israël ?

La popu­lation civile de la prison à ciel ouvert qu’est Gaza est soumise à un véri­table carnage. Ce sont des femmes et des enfants qu’on assassine de façon aveugle et dis­pro­por­tionnée. Le dés­équi­libre des forces en pré­sence est criant. D’un côté près de 2000 Pales­ti­niens qui ont été tués, dont environ 80% de civils et plus de 250 enfants, et de l’autre 64 mili­taires et 3 civils israéliens.

Pourquoi cette pas­sivité, cette com­plai­sance, cette impuis­sance ?

L’opération « Bordure pro­tec­trice » est un épi­phé­nomène dra­ma­tique qui ne doit pas occulter une réalité de beaucoup plus longue durée, qui est qu’Israël ignore depuis près de 50 ans les réso­lu­tions du Conseil de sécurité des Nations unies qui ont toutes exigé le retrait des ter­ri­toires occupés et l’arrêt de la colonisation.

Pourquoi l’Etat d’Israël est-​​il le seul vis-​​à-​​vis duquel est tolérée l’absence de sou­mission au droit inter­na­tional ?

Les agis­se­ments israé­liens dans le cadre de l’opération mili­taire en cours consti­tuent sans dis­cussion pos­sible des crimes de guerre tels que définis par le Statut de la Cour pénale inter­na­tionale, à savoir le fait de diriger inten­tion­nel­lement des attaques contre la popu­lation civile en tant que telle ou contre des biens de caractère civil, qui ne sont pas des objectifs militaires.

Certes les tirs de roquette du Hamas visent de façon éga­lement indis­cri­minée des popu­la­tions civiles. Ces actes sont tout autant condam­nables et iden­ti­quement qua­li­fiables. Mais il suffit de se référer au nombre de vic­times occa­sionnées par les uns et les autres pour en mesurer la dis­pro­portion. Alors qu’Israël ne connaît pra­ti­quement que des pertes mili­taires, Gaza est soumis à un déluge de feu et de sang et avec des vic­times prin­ci­pa­lement civiles.

Bien sûr Israël a droit à la sécurité mais ce n’est pas en uti­lisant tou­jours plus la force, la répression et la vio­lence aveugle qu’il obtiendra cette sécurité. Qu’Israël res­pecte le droit inter­na­tional, les droits des pales­ti­niens et alors en cas de viol de sa sécurité cet Etat aurait toute légi­timité à se poser en victime. Mais les auto­rités israé­liennes pré­fèrent jouer aux pom­piers pyro­manes : pousser les pales­ti­niens vers tou­jours plus de désespoir et de radi­ca­li­sation. Demain sera alors pire qu’aujourd’hui.

LA VIOLENCE AVEUGLE NE CONDUIT PAS À LA SÉCURITÉ

Israël se targue souvent d’être la seule démo­cratie de la région, mais pré­ci­sément une démo­cratie pour mériter ce nom doit res­pecter les règles de droit vis-​​à-​​vis de tous et pas seulement de ses propres citoyens, ou alors il s’agit d’un leurre. Il est cho­quant de constater que les plus cou­rageux et les plus lucides pour dénoncer la poli­tique du gou­ver­nement israélien sont des israé­liens eux-​​mêmes, mal­heu­reu­sement mino­ri­taires. Il serait sou­hai­table que les Occi­dentaux puissent avoir le même courage. Contester la poli­tique israé­lienne comme on est en droit de contester celle de n’importe quel autre pays n’est pas être ennemi du peuple juif et ne saurait être assimilé de façon mal­honnête à une marque d’antisémitisme.

Il faut revenir à l’application de la règle de droit et contraindre Israël à suivre cette voie, et ne pas laisser les auto­rités israé­liennes déployer leur pro­pa­gande sur l’utilisation de la légitime défense : tuer des femmes et des enfants réfugiés dans une école ne pourra jamais être considéré comme tel au regard du droit inter­na­tional. Qui aura le courage d’affirmer et d’imposer ces prin­cipes, seuls de nature à mettre un terme à un engrenage infernal qui ne peut conduire qu’au pire, y compris pour Israël ? Il n’est pas d’exemple dans l’histoire que l’on puisse indé­fi­niment bafouer les droits de tout un peuple par le recours à la force. Cela doit être le rôle de l’Union euro­péenne, avec la France en tête : avoir le courage et la clair­voyance de mettre des mots sur ce qui est en train de se passer, et contraindre par tous moyens Israël à cesser cette opé­ration meurtrière.

Aussi, cet engrenage ne fera que se répéter éter­nel­lement si l’impunité demeure la règle. La justice pénale inter­na­tionale doit pouvoir agir, qua­lifier les actes commis et sanc­tionner les auteurs, pour rendre justice aux vic­times et créer l’espoir que ces crimes ne se répètent pas à l’avenir. Forte de son statut d’Etat obser­vateur auprès des Nations unies, l’Autorité pales­ti­nienne doit accepter la com­pé­tence de la Cour pénale inter­na­tionale, et le Bureau du Pro­cureur de la CPI doit au plus vite ouvrir un enquête sur les crimes commis à Gaza.

Le Monde, Patrick Baudouin, dimanche 24 août 2014

Patrick Bau­douin ( Avocat Pré­sident d’honneur de la Fédé­ration inter­na­tionale des ligues des droits de l’Homme FIDH)

http://www.france-palestine.org/Gaza-impossible-de-se-taire

Lire aussi:

http://www.fidh.org/fr/maghreb-moyen-orient/tunisie/Patrick-Baudouin-president-d

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