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Luttes ouvrières

  • Agitation sociale dans l’arrière-pays tunisien (Le Monde)

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    La fermeture annoncée d’une usine au Kef réveille la rancœur des provinces reculées, qui n’ont pas profité de la révolution.

    « Ça peut dégénérer », grimace Mehdi Bennani. Cet ouvrier tunisien est inquiet. Il dit souhaiter que la protestation demeure pacifique. Mais comment savoir, « si l’impasse se prolonge » ? Au pied du Kef, cité du nord-ouest tunisien agrippée à flanc de montagne, le camp de fortune des employés d’une usine de câbles, affiliée au groupe Coroplast – un équipementier automobile –, est devenu le cœur militant de toute une région au bord de la crise sociale.

    Le camp a été installé sur la grand-route qui relie Tunis à la frontière algérienne, située à 40 km. Sous une bâche de toile, des matelas sont posés au sol. Un fourgon de police veille, au-delà d’un semblant de barricade formé de poubelles et de ferraille. Ce soir-là, dans l’obscurité trouée de loupiotes, les ouvriers sont impatients de s’épancher, tirant sur leurs cigarettes et buvant du Coca-Cola dans des gobelets en carton.

    Ville à l’agonie

    Voilà deux semaines qu’ils sont entrés en rébellion contre la fermeture jugée inévitable – bien que non expressément annoncée – de leur usine, qui emploie 430 salariés dont une majorité des femmes. Dans cette ville de 55 000 habitants, chef-lieu d’un gouvernorat souffrant de mal-développement, l’usine de Coroplast est tout un symbole, celui d’un investissement étranger (en l’occurrence allemand) attiré par un généreux dispositif d’incitations fiscales. Un échec mettrait à mal tout un modèle. Lors d’un rassemblement, fin mars, des milliers de manifestants ont fait cortège à un grand cercueil blanc, emblème de leur ville à l’agonie.

    Cette agitation du Kef survient alors que d’autres mouvements sociaux secouent Kairouan, Tataouine, Gafsa. Six ans après la révolution de 2011, la Tunisie n’en finit pas de buter sur la question sociale, le talon d’Achille de sa transition démocratique. Avec une croissance stagnant à 1 % et un taux de chômage de 15,5 % – le double pour les diplômés de l’enseignement supérieur –, la tension sourd à travers le pays, notamment dans les régions de l’intérieur s’estimant discriminées par rapport à un littoral mieux loti.

    Selon le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), la Tunisie a été le théâtre, en mars, de 1 089 protestations – collectives ou individuelles –, en hausse de 14,7 % par rapport à février. Si la perspective proche du ramadan, fin mai, devrait neutraliser à court terme tout risque de contagion à grande échelle, « la rentrée de septembre-octobre promet d’être dure », prédit Abderrahman Hedhili, le président du FTDES, qui surveille à la loupe les mouvements sociaux en Tunisie.

    « Marginalisation délibérée »

    Au Kef, le malaise est profond. Avec son fort ottoman aux murs crénelés surplombant une vaste plaine verdoyante, la cité respire la quiétude. Mais les apparences sont trompeuses, et l’ambiance s’est durcie depuis que les ouvriers soupçonnent la direction de l’usine de Coroplast de préparer le transfert des activités du Kef vers un autre site du groupe, à Hammamet, fleuron touristique du Sahel, le littoral développé du nord-est du pays. A les croire, la manœuvre est le fait du directeur tunisien de l’usine, originaire lui-même de cette région côtière, qui n’aurait cessé de discréditer le Kef auprès de l’état-major du groupe allemand. « Il a tout fait pour nous étrangler, pour nous empêcher de travailler dans des conditions normales », s’indigne Mehdi Bennani.

    Le bras de fer touche une corde sensible, celle du ressentiment des régions tunisiennes de l’intérieur à l’égard du Sahel, accusé d’accaparer les ressources du pays. « Je ne veux pas faire de régionalisme, clame Mihoubi Ayachi, un retraité de l’enseignement solidaire des ouvriers de Coroplast, mais les Sahéliens dominent le pouvoir politique à Tunis tandis que notre région du Nord-Ouest ne dispose d’aucun relais au sommet. » « Depuis cinquante ans, le Kef est victime d’une politique de marginalisation systématique et délibérée », renchérit l’historien Mohamed Tlili. Derrière le vernis de la transition démocratique, la fracture régionale demeure plus béante que jamais en Tunisie.

  • Kef : Les ouvriers de la câblerie en sit-in illimité (AM)

     

    Le sit-in de la câblerie du Kef se poursuit pour le quinzième jour consécutif, à la suite de l’annonce de sa direction de la fermeture de l’usine.

    Selon Jawhara fm, les employés de la câblerie ont organisé mercredi une marche protestataire sur la route principale de la ville jusqu’au siège du gouvernorat.

    Les protestataires revendiquent le limogeage du gouverneur et appellent à une réunion avec des représentants du gouvernement autour des conséquences de la fermeture de l’usine et le sort des 443 employés qui y travaillent depuis son implantation en 2008, a ajouté la même source.

    Il est à signaler  que les organisations locales du gouvernorat du Kef ont annoncé une grève générale pour le 20 avril 2017.

     African Manager -

    http://africanmanager.com/

  • Une nouvelle révolution s’annonce en Egypte (Slate)

    7 mars 2017, à Alexandrie: des Egyptiens manifestent contre le gouvernement et leur décision de limiter la distribution de pain aux porteurs de cartes distribuées par le ministère | STR / AFP

    Début mars, des émeutes du pain éclataient en Égypte. Des milliers de manifestants en colère allaient bloquer les rues et se masser autour des boulangeries d’État, pour protester contre une décision du gouvernement réduisant le nombre de pains subventionnés accessibles aux familles. Dans les quartiers les plus pauvres d’Alexandrie, Kafr el-Cheik, Al-Minya et Assiout, les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants scandant «Nous voulons manger!» ont parfois été violents. Sur les réseaux sociaux, on a vite parlé d’«émeutes des provisions» (intifadat al-tamwin).

    Face à Donald Trump, le 3 avril, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a sans doute assimilé l’agitation sociale à un reliquat du passé, et vanté son régime militaire comme un havre de stabilité dans la région. Sauf que la révolte est bien en train de renaître en Égypte, et justement à cause des agissements de l’armée.

    Les émeutes du pain sont le symptôme d’une crise apparue en novembre dernier, à l’heure où le Fonds monétaire international accordait un prêt de 12 milliards de dollars au régime d’al-Sissi. Selon les termes de l’accord financier, l’Égypte devait résoudre son déficit budgétaire chronique en taillant dans les subventions et autres dépenses publiques. Le gouvernement égyptien s’engageait aussi à encourager le développement du secteur privé histoire de stimuler la croissance et la création d’emplois.

    Se servir du FMI contre les classes populaires

    Reste que pour l’armée égyptienne, cet accord aura été un moyen de rétorsion contre les classes populaires et de maximisation de ses propres gains commerciaux. En réalité, l’élite militaire, qui contrôle pleinement le plan de réforme économique, allait appliquer sélectivement les conditions du prêt. Si elle ne s’est pas fait prier pour trancher dans les subventions favorables aux Égyptiens les plus démunis, elle a étendu sa domination sur de nombreux secteurs économiques et généré d’énormes profits aux dépens du secteur privé.

    En Égypte, l’armée s’occupe autant de ses lucratives affaires que de la conduite du pays. D’un côté, des généraux en uniforme sont à la tête de conglomérats monopolistiques jamais contrôlés ni soumis à l’impôt –des exploitations agricoles et halieutiques, des usines d’emballage alimentaire, des entreprises de construction, des laboratoires pharmaceutiques, des stations-service, des cimenteries et des aciéries. D’un autre, des officiers à la retraite trustent les positions gouvernementales comptables de l’économie nationale. Toute la bureaucratie est entre leurs mains, que ce soit du côté du Président ou du Ministre de l’approvisionnement alimentaire, du directeur de l’Autorité publique pour le développement agricole, en passant par le Sous-secrétaire au logement ou encore le Ministre adjoint à la santé. Qui plus est, ce sont des militaires qui gouvernent les provinces où les dernières émeutes du pain ont éclaté.

    Les militaires ont voulu protéger leur pré carré au détriment des pauvres

    L’accord de prêt du FMI n’a pas su appréhender l’emprise de l’armée sur l’économie et l’administration. De fait, les militaires ne l’ont pas mis en œuvre comme il le fallait, ils ont au contraire voulu protéger leur pré carré au détriment des pauvres: les ultimes ressources dont peut se targuer le pays partent aujourd’hui directement dans les poches des officiers, sans jamais pouvoir soulager les souffrances des Égyptiens les plus vulnérables.

    Le récent cortège de crises économiques a démarré en juillet dernier, lorsque des mères issues des classes inférieures furent privées de lait maternisé subventionné. Leur colère allait se traduire en manifestations organisées aux quatre coins du pays, avec des femmes prenant d’assaut les magasins d’État leurs bébés dans les bras. La réponse «patriote» de l’armée fut d’importer des boîtes de lait en poudre pour pallier la pénurie. L’expédition de la cargaison se fit en un temps record et les boîtes furent vendues au double de leur prix. En outre, le Ministère de la production militaire proposa charitablement son aide en construisant sa propre usine de lait maternisé.

    La fin du sucre

    Puis, en octobre dernier, soit à peine un mois avant l’obtention du prêt du FMI, les Égyptiens se réveillèrent privés de sucre. Avec un État qui ne pouvait plus se permettre de subventionner cette denrée, elle disparut des rayons des épiceries d’État devant lesquelles se formèrent de longues files d’attente –souvent émaillées d’altercations violentes– d’individus espérant obtenir un ou deux paquets de sucre. Une nouvelle fois, l’armée allait donner du sien pour résoudre le problème: elle réquisitionnera le sucre auprès des commerçants privés et décidera de le vendre elle-même.

    Une manière pour les militaires de se présenter comme le remède d’une maladie qu’ils avaient eux-mêmes inoculée au pays, tout en saignant à blanc leurs concurrents du secteur privé. Le gouverneur d’Alexandrie –un autre gradé–, promit d’enrayer la crise du sucre, due selon lui à l’avidité des commerçants. Dans les quartiers les plus pauvres de la ville, le Ministère de la défense vendit 3.000 tonnes de sucre à un prix raisonnable. Mais lorsque la denrée revint sur le marché, le ministère de l’approvisionnement avait multiplié son cours par deux.

    Le régime militaire s’est aussi servi du prêt du FMI pour reprendre en mains l’administration. Dix jours avant l’accord, le régime ratifiait une loi visant à réduire le nombre de fonctionnaires et à raboter leur salaire, dans un pays célèbre pour l’obésité de sa bureaucratie. Deux jours plus tard, c’est un autre décret qui fut entériné: la livre égyptienne était dévaluée, et le salaire des fonctionnaires divisé automatiquement par deux.

    Enrichir les officiers

    Et tout en dégraissant le mammouth, le régime allait placer ses pions dans les cases les plus stratégiques de l’échiquier bureaucratique. Un article de la nouvelle loi reprenait une règle en vigueur sous Moubarak: que la nomination de certains hauts-fonctionnaires revenait au président. Un filon qu’al-Sissi n’aura pas fait semblant d’exploiter. Dans le gouvernement ou le secteur public, des officiers se sont ainsi retrouvés à des postes de premier plan dès leur départ à la retraite.

    Lorsque le parlement égyptien votera cette loi sur l’emploi des fonctionnaires, il en plébiscitera une autre augmentant de 10% la retraite des militaires. Et ce n’est pas la première fois que l’armée aura vu ses émoluments grimper. Au total, ces trois dernières années, le président égyptien a publié six décrets qui auront fait gagner 35% aux retraites des militaires. Les juges militaires ont aussi obtenu de nouveaux droits en matière de couverture sociale et médicale. A Alexandrie, ce sont de tels juges qui ont envoyé des dizaines d’ouvriers des chantiers navals publics devant une Cour martiale pour avoir voulu faire grève.

    Le jour de la dévaluation de la livre égyptienne, le régime militaire décidait de quasiment doubler les prix de l’essence. Une réduction des subventions aux carburants visant à les éliminer. Mais le Ministère de la défense n’avait point de souci à se faire, vu qu’il possède une chaîne de stations-service disséminées au bord de toutes les routes du pays –ou presque.

    En janvier, le gouvernement augmentait les prix des médicaments de 50%. Une mesure qui, avec la dévaluation de la monnaie, provoquera de graves pénuries. Sauf qu’en prenant cette décision, le Ministère de la santé nommera un ancien général à la tête du laboratoire d’État responsable de la fabrication des vaccins.

    Des initiatives viciées en faveur des pauvres

    Ces crises successives ont exigé des initiatives conséquentes en faveur des pauvres. L’armée a proposé ses services avec des projets de construction pharaoniques, que la propagande gouvernementale vendra à la population comme un moyen d’enrichir les classes les plus défavorisées –avec des logements sociaux pour les habitants des bidonvilles et la réquisition de nouveaux terrains pour les distribuer à la jeunesse. Des entrepreneurs militaires se chargeront de réaliser ces ambitieux projets, et le Département des affaires morales diffusera des vidéos exaltées vantant leurs progrès.

    Le programme dit du «million d’appartements» est l’un de ces méga-projets. Lancé en grandes pompes en mai dernier, son objectif est d’extirper les individus les plus modestes des bidonvilles. Un projet qui n’a fait l’objet d’aucun appel d’offres auprès du secteur public: il a été soumis à l’Autorité d’ingénierie des forces armées (AIFA), un gigantesque entrepreneur militaire. La loi sur les marchés publics a d’ailleurs été modifiée en 2013, après l’arrivée au pouvoir des militaires, avant un nouvel amendement en 2016. Désormais, le gouvernement peut faire directement appel à des conglomérats militaires pour réaliser ses projets.

    La logique est à peu près similaire avec le projet du «million d’hectares», confié à des ingénieurs de l’AIFA. Tout en promettant la prospérité aux jeunes sollicitant ces terrains, al-Sissi demandera à l’AIFA d’y creuser des puits d’eau potable et d’y construire des maisons, des hôpitaux et des écoles.

    Officiellement, le projet devait bénéficier aux ruraux pauvres, mais dans les faits, la réalité fut tout autre. Des soldats allaient confisquer des parcelles désertiques à de nombreux agriculteurs et éleveurs de Qena, une province misérable du sud du pays, sur lesquelles ces derniers travaillaient depuis des décennies. Les militaires les accusèrent d’empiéter sur des biens publics et les exproprièrent afin d’ajouter leurs parcelles au projet du «million d’hectares». Sur près de 50.000, le gouverneur de Qena –un ancien général– enverra des poids-lourds détruire les propriétés des fermiers. Leur ultime recours: faire part de leurs doléances à l’Autorité générale pour le développement des projets agricoles, sise au Caire, et présidée par un ancien collègue du gouverneur.

    Le régime militaire a aussi fanfaronné d’un Projet de développement de l’axe du Canal de Suez, histoire de faire renaître l’élan patriotique ayant accompagné les grandes constructions de Nasser, comme le Haut barrage d’Assouan. Et qui en a la charge? Des ingénieurs de l’armée, qui recrutent des ouvriers dans tous les pays. Parce qu’al-Sissi ne voulait pas d’ouvriers indiens, il demandera à l’AIFA de donner des emplois bien rémunérés aux autochtones. Dans une vidéo de l’AIFA, on voit des dizaines de saisonniers descendre d’un bus, après plus de 1500 kilomètres de route depuis la province de Qena. Tous les intervenants se disent très honorés de servir une cause nationaliste aussi belle, puis vont s’enregistrer auprès d’un officier assis à une table.

    Quelques jours plus tard, près de 200 ouvriers sont revenus à Qena et s’en sont pris vertement aux ingénieurs militaires: ils ne leur avaient pas fourni de salaire décent, ni de nourriture ou d’endroit où dormir au beau milieu du désert.

    L’armée affirme que ses florissantes affaires servent à assurer le paiement des biens et des munitions

    En mettant en œuvre les directives du FMI, les militaires à la tête de l’Égypte se sont réservé des clauses d’exemption en or massif. Par exemple, la diminution des dépenses sur les biens de consommation courante n’aura pas empêché l’armée d’acheter des armes à foison. En mars 2016, l’Égypte signera ainsi près de 2 milliards en contrats d’armement avec la France. Le Ministère de la défense n’a pas honoré ces commandes grâce à la montagne de revenus générés par ses activités commerciales, mais par des prêts accordés par des banques françaises. En général, l’armée affirme que ses florissantes affaires servent à assurer le paiement des biens et des munitions. Sauf que dans ce cas, elle n’aura pas déboursé un centime de sa poche, mais exigé du Ministère des finances qu’il garantisse cet énorme prêt et paie l’addition si jamais l’armée en vient à faire défaut.

    À la recherche de bouc-émissaires

    Avec les émeutes du pain du mois dernier, certains Égyptiens se sont rappelé d’événements comparables survenus voici quatre décennies. En 1977, Anouar el-Sadate, un autre président miliaire, avait essayé d’appliquer les conseils du FMI en réduisant les subventions alimentaires. De violentes émeutes du pain éclatèrent et les chars déboulèrent dans les rues pour mater les manifestants. Sadate revint sur sa décision et accusa les communistes d’avoir fomenté l’agitation.

    La seule différence avec aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de communistes à qui faire porter le chapeau. Et ces émeutes ne sont probablement pas non plus de la faute exclusive du FMI. L’institution a appris de ses erreurs et, dans l’accord de prêt, elle exige que le gouvernement égyptien garantisse des «filets de sécurité sociaux» pour les classes vulnérables affectées par les réformes économiques.

    Mais qu’importe ces foyers de colère, le régime militaire est persuadé de pouvoir faire régner l’ordre –et entend poursuivre des réformes économiques drastiques. Une confiance assise sur l’affaiblissement des partis politiques, la mise sous tutelle des leaders syndicaux et des poursuites intentées aux militants égyptiens des droits de l’homme, le tout pour éviter une redite de 2011. Reste que les classes moyennes déclassées et les classes inférieures plus fragiles que jamais n’ont pas besoin d’être encouragées par des professionnels de la politique pour sortir dans les rues. La faim et le manque de médicaments abordables ont d’ores et déjà été suffisants pour déclencher quelques émeutes au nord et au sud du pays. Qui pourrait bientôt s’embraser complètement.

    A part quelques cas de violation des droits de l’homme et de persécution d’opposants politiques, le climat en Égypte semblait stable depuis un bon bout de temps. Avant sa visite à la Maison Blanche, al-Sissi avait d’ailleurs reçu Angela Merkel ainsi que le Commandant du CENTCOM. Les récentes émeutes révèlent que, sous la tranquillité, une guerre couvre entre l’élite militaire et les civils les plus pauvres. Et rien ne garantit que la stabilité du régime militaire égyptien puisse durer encore très longtemps.

    Zeinab Abul-Magd, traduit par Peggy Sastre —

    http://www.anti-k.org/

  • Au Kef : d’un sit-in ouvrier à l’union contre la discrimination régionale (Nawaat.tn)

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    Mahrane Khelifi

    Depuis 13 jours, le Kef vit au rythme de protestations sociales sous embargo médiatique et menace sécuritaire.

    Après les menaces de fermeture de l’une des dernières usines de la ville, l’usine de câblage Coroplast, un sit-in a été entamé par ses ouvriers et une coalition entre l’UGTT, la société civile et d’autres mouvements sociaux pour élargir les demandes et maintenir la pression. Devant l’impossibilité de trouver un compromis, le secrétaire général du syndicat de base de Coroplast, Mahrane Khelifi, menace, vendredi 7 avril, d’entamer une grève de la faim. Pour le bureau régional de l’UGTT, l’idée d’une grève générale fait son chemin.

    Quatre cent quarante ouvriers et ouvrières sont menacés de licenciement. Cette goutte qui fait déborder le vase selon les Keffois ne semble pas intéresser les médias et le gouvernement. Mercredi 5 avril, L’UGTT a appelé à une marche dans la ville du Kef pour dénoncer le laxisme du gouvernement, non seulement par rapport à la fermeture de l’usine de câblage mais aussi vis-à-vis de toutes les demandes sociales qui traînent depuis des années. Près de quatre mille personnes, selon les organisateurs, ont défilé dans les rues, avant de se rassembler devant le gouvernorat, exprimant leur ras-le-bol. La marche a réuni les chômeurs, les diplômés chômeurs, les ouvriers agricoles, les ouvriers des chantiers, les familles des prisonniers de Tajerouine et de Djerissa, les ouvriers d’usines, la société civile et les habitants du Kef, sous des slogans unificateurs appelant le gouvernement et le gouverneur à démissionner.

    Sur les épaules de ses camarades, Mahrane Khelifi, tient son mégaphone et crie « La délégation de Youssef Chahed qui est venue hier déclare à la télévision que les problèmes sont réglés ! Je leur dis d’ici, entouré des miens : vous êtes des menteurs ! Ni les lobbys de Wided Bouchamaoui, ni les ministres de Chahed ne réussiront à mettre la pression sur les ouvriers et ouvrières du Kef et les faire taire ! Nous sommes forts grâce à votre soutien ! La fermeture de notre usine n’est qu’une goutte dans la mer d’injustices dont souffrent les Keffois ! ».

    Nous sommes devant le gouvernorat, où des milliers de manifestants se rassemblent après une marche dans la ville. Mahrane, 29 ans, est secrétaire général du syndicat de base de l’usine du câblage depuis six ans. En 2015, il a entamé des négociations avec la direction de l’usine après le licenciement de 120 contractuelssous prétexte de dimintution des commandes. Mardi 4 avril, le chef du gouvernement a dépêché pour des pourparlers Majdouline Cherni, ministre de la Jeunesse et originaire du Kef, et Mahdi Ben Gharbi, ministre des Relations avec la société civile et les instances constitutionnelles. Des pourparlers soldés par un boycott de la part de l’UGTT, le syndicat de l’usine et des différentes composantes de la société civile.

    Histoire d’une surexploitation à plusieurs niveaux

    En 2008, la société allemande « Coroplast Harness Systems Tunisie » a ouvert une usine au Kef. En contre-partie des avantages fiscaux et de la location d’un local au dinar symbolique, les allemands se sont engagés à employer plus de 2000 personne à l’horizon 2014. Cependant, au lieu d’augmenter le nombre des ouvriers à l’usine du Kef, Coroplast a lancé, en 2012, une deuxième usine à Nabeulqui compte 24 entreprises et emploie plus de 2940 personnes. En 2014, Aymen Zouari, directeur général de Coroplast, commence à menacer les ouvriers de fermeture. « Nous avons donc entamé des négociations avec la direction et nous avons informé les anciens gouverneurs et chefs de gouvernement de ces menaces de fermeture. En vain ! » se rappelle Sameh Brini, 37 ans,ouvrière à Coroplast. Avec son mari, elle travaille dans l’usine depuis six ans pour nourrir trois enfants et payer le crédit de son logement.

    À Coroplast, les salaires varient entre 380 dinars pour les femmes et 600 dinars pour les hommes. Chaque ouvrier produit près de 50 câbles par jour. Le câble est vendu à 5,9 euros, soit une fois et demi le salaire d’une ouvrière. « Et pourtant, nous n’avons jamais demandé une augmentation de salaire. Nous demandons juste de garder notre usine ouverte et d’intégrer les ouvriers contractuels licenciés en 2015, ainsi que de garder les 50 autres contractuels que la direction compte licencier d’ici fin 2017 ». Au cours des négociations avec le gouvernement, le syndicat de base a proposé à la direction de l’usine et au gouvernement de maintenir les ouvriers contractuels pour les six prochains mois en s’engageant à contribuer à leur rémunération à l’aide du ministère des Affaires sociales. « Jeudi 6 avril, l’investisseur allemand et la direction de l’usine ont refusé cette proposition sans donner une alternative », nous apprend Mahrane.

    En plus de l’usine Coroplast, une dizaine d’usines abandonnées ont transformé la zone industrielle en quartier fantomatique. Depuis 2011, les usines du gouvernorat du Kef ont commencé à fermer, comme la cimenterie de Djerissa, la briquèterie de Kessour et quelques usines textiles au Kef. Fin août 2012, l’usine de fabrication de gants médicaux à Kalaat Senane a été délocalisée dans la zone de Ben Arous, quelques mois après son lancement, sous prétexte que la situation sécuritaire n’est pas stable au Kef. « La militarisation de la région, qui s’est renforcée depuis 2011, nous a coûté cher. Le Kef est classé zone rouge alors que nous n’avons vécu aucune attaque terroriste grave », proteste Mahrane.

    En février 2011, la région était sous quarantaine militaire suite à de grandes manifestations demandant la justice sociale. Pour calmer la colère de la région, un conseil ministériel présidé par Béji Caid Essebsi a annoncé une série de réformes en faveur du Kef. Parmi ces promesses, BCE a annoncé le lancement du projet de mine de phosphate à Sra Ouertane, censé générer entre 2000 et 7000 emplois.

    L’union fait la force : les mouvements sociaux reviennent à la rue

    Sous les applaudissements des manifestants, Mahrane quitte le rassemblement devant le gouvernorat. Interpellé discrètement par un des hauts cadres de l’UGTT, il part en direction de la centrale syndicale pour une réunion préparatoire aux prochaines négociations et à une possible grève générale au Kef. « Mahrane est un jeune syndicaliste qui n’a pas le poids politique nécessaire pour tenir tête à la grande machine syndicale. Il doit absolument trouver des compromis entre les exigences de l’UGTT et les ambitions de radicalisation des ouvriers et des autres mouvements sociaux », affirme Boulbeba Makhlouf, médecin et militant de l’Organisation du travail communiste. Avec d’autres jeunes indépendants, il propose de radicaliser les méthodes de résistance avec une campagne nationale de boycott des produits de  Volkswagen, premier client de Coroplast ainsi qu’une grève à l’usine de Nabeul en signe de solidarité avec les ouvriers du Kef.

    Autour de trois grandes tentes où les sit-ineurs ont accroché des banderoles avec leurs revendications, une centaine de femmes éparpillées en petits groupes attendent des nouvelles de la réunion de l’UGTT. « Nous ne comptons pas rentrer chez nous avant la réalisation de nos objectifs. Le premier jour du sit-in, les policiers nous ont attaquées. Ils nous ont tabassées et insultées pour nous persuader de rentrer chez nous. Mais nous avons réussi à résister et rien ne nous empêchera de poursuivre le sit-in », affirme Hana Chebihi, 26 ans, enceinte de neuf mois et ouvrière à Coroplast depuis 5 ans.

    En plus des mouvements des chômeurs et des diplômés chômeurs, déjà actifs entre Dahmani, Sers, Kaalet Senane et d’autres délégations du Kef, les mères des prisonniers de Tajerouine et de Djerissa, en détention depuis 15 mois suite aux manifestations de janvier 2016, soutiennent en masse les ouvriers de Coroplast. « L’union aidera certainement à faire entendre notre voix ! Les familles qui ont vu leurs fils libéré, il y a quelques semaines nous ont abandonnées. Mais la société civile est encore là ! Donc nous venons tous les jours manifester contre l’injustice que subit tout le Kef y compris nos enfants ! », s’indigne Fatiha Cherni, mère de Walid Cherni, 22 ans, arrêté en janvier 2016 pour avoir manifesté à Tajerouine pour le travail.

    Le gouvernement et les investisseurs privés avancent l’argument sécuritaire comme principale cause de blocage de développement régional au Kef. De leur côté, les Keffois expliquent que le danger sécuritaire n’est qu’une illusion. « Ni le gouverneur, ni le gouvernement actuel ne sont capables d’écouter et de comprendre les besoins de la région. Nous n’avons pas besoin de plus de barricades mais de réformes administratives, d’investissements dans l’infrastructure et d’une audace politique pour lutter contre la corruption et le népotisme », affirme Fadhel Bedhiafi, vice-président de la section de la Ligue unisienne des droits de l’Homme du Kef.

    Henda Chennaoui

    Journaliste indépendante, spécialiste en mouvements sociaux et nouvelles formes de résistance civile. Je m'intéresse à l'observation et l'explication de l'actualité sociale et économique qui passe inaperçue.
     
  • Tataouine : les protestations s’étendent à d’autres localités (Mosaïquefm)

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    Selon notre correspondant à Tataouine, Habib Chaâbani, les mouvements protestataires des jeunes chômeurs réclamant le développement et l’emploi se sont étendues à d’autres régions dont Ksar Ouled Soltane et Maghit relevant de la délégation de Tataouine Nord.

    Les protestataires ont bloqué les routes principales des villes ce qui a conduit à la paralysie du trafic et a empêché les élèves et les cadres enseignants de rejoindre les institutions éducatives.

    Par ailleurs, un calme précaire s’est installé dans les régions de Bir Thlethine et Maztouria après qui les incidents qui se sont produits hier 27 mars 2017.

    28 Mars 2017

    http://www.mosaiquefm.net/fr/actualite-regional-tunisie/115513/tataouine-protestations-autres-villes

  • Tunisie : les ouvrières du textile décidées à faire valoir leurs droits (TV5)


    Ouvrières d’une usine textile près de Tunis
    Ouvrières d’une usine textile près de Tunis
    Dag Terje Filip Endresen - Wikicommons

    Des ouvrières qui portent plainte contre leur ancien employeur belge. D’autres qui se regroupent en autogestion pour maintenir leur usine en activité. Dans l’industrie textile, pilier de l’économie tunisienne, mise à mal par les soubresauts sociaux et politiques, les ouvrières, galvanisées par la révolution, sont décidées à se battre. Une bonne nouvelle en arrière plan des "fashion weeks" qui se succèdent en cette fin d'hiver 2016, à Paris et ailleurs.

    Si les ouvrières tunisiennes du textile cousent pour les enseignes internationales, peu d’entre elles peuvent s’offrir ces vêtements. La confection textile a beau représenter une part importante de l’industrie, la concurrence s’y fait aussi au dépend des employés et de leur salaires. En 2013 une entreprise de textile belge a fermé mettant en chômage 2500 personnes. Plus de 300 se sont regroupées pour porter plainte. Une affaire qui illustre bien les non-sens et la précarité du monde du textile.

    En Tunisie, les fripes sont une institution. On y va en famille, entre amis ou seul, pour trouver des vêtements de seconde main. La fouille est rythmée par les voix fortes des vendeurs qui haranguent les acheteurs : "Dinar! Dinar! Alfïne!" Un ou deux dinars, cinquante centimes et un euro.
     
    Si les adultes cherchent plutôt un vêtement fonctionnel à un prix économique, les jeunes préfèrent les marques de prêt à porter internationales. C'est que peu de grandes enseignes ont pignon sur rue en Tunisie et que les prix sont exorbitants, par rapport au salaire moyen.

    Pourtant certains de ces vêtements ont parfois été confectionnés en Tunisie, avant d'être envoyés en Europe, puis vendus dans des grandes enseignes pour enfin revenir sur les étals des fripes tunisiennes.
     
    En Tunisie, en 2014, le secteur du textile et de la confection constituait le tiers des entreprises industrielles du pays, soit 34% des emplois de l'industrie manufacturière, selon l'Agence de la Promotion de l'Industrie et de l'Innovation.

    La région de Monastir  (à 162 kms au Sud de Tunis), sur la côté ouest du pays, rassemble un quart des industries du secteur. C'était le cas de plusieurs filiales d'un groupe textile belge, JBG, qui a fermé en 2013, mettant au chômage prés de 2500 employés.

    L'affaire JBG

    Emna Saidi a travaillé 27 ans pour JBG. Avant la fermeture elle était au contrôle final, pour vérifier qu’il n’y a pas de malfaçons. " Il y avait toujours une demande forte de rendement, un salaire faible et peu de droits..." se rappelle-t-elle. Du jour au lendemain, les employés se retrouvaient "dans la rue, sans salaire, indemnité ou prime." Aujourd'hui, elle ne travaille plus, et a des problèmes au dos et aux bras dus à son travail.
     
    Elle qui a travaillé cinq jours par semaine de 7h à 16h30 et le samedi matin, "avec 30 minutes de pause dans la rue pour déjeuner, été comme hiver", ne comprend pas comment le patron a pu partir en laissant derrière lui des employés qui travaillé pour lui depuis des années.

    Avec 310 autres employés du groupe, Emna a décidé d'aller obtenir ses droits en justice et a porté plainte contre l'entreprise, soutenu par le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES). Naser Farhat fait partie du groupe. Lui a travaillé 27 ans pour JBG comme gardien et chauffeur. Son visage fermé, ses yeux cernés, son expression de colère, laissent comprendre que même si le temps passe, il n'oublie pas. Il a été floué et se retrouve lui aussi sans activité. "Beaucoup d'entre nous sont trop âgés pour être employés ailleurs. Il y a bien la récolte des olives mais moi je suis cardiaque..."

    Fast-fashion

    Au printemps 2014, le procès est reporté, mais l'entreprise ayant "fermé boutique" aucune indemnité n'a été  versée. Reste les cotisations sociales, qui auraient du être versées par l'Etat tunisien. Mais finalement sans que l'entreprise ne soit redevable.
     
    "Ce que soulève cette affaire c'est la faiblesse des droits dans la mondialisation. On manque d'un vrai cadre de protection des droits humains et il n'y a pas de chaîne de responsabilité", explique Antonio Manganella, directeur du bureau tunisien d'Avocats Sans Frontières, qui a accompagné la procédure juridique.
     
    Mais surtout c'est la rudesse du secteur textile qu'il pointe du doigt. En 2005, la fin de l'accord multifibre qui permettait de l'octroi de quotas de marché par pays a libéralisé le secteur et a eu pour conséquence du dumping social, "au point que la Tunisie n'était plus un pays attrayant dans le domaine", continue-t-il.

    Plus il y a de pièces, plus les ouvrières ont le temps de se faire la main et donc de produire plus rapidement
    Kais, ouvrière

    Une réalité que Kais, qui souhaite rester anonyme et dont la famille possédait des usines de confection, raconte :  "l'entrée de la Chine dans le secteur, avec sa capacité à baisser les coups, à produire en grande quantité a impacté le marché tunisien, qui ne semblait plus aussi rentable pour les donneurs d'ordre européens."
     
    Aujourd'hui dans les rayons, la "fast-fashion" a pris le pas : les collections se succèdent avec une temporalité plus rapide. Difficile de faire le poids en Tunisie : "Ce qui est rentable ce sont les grosses commandes, car quand il y a beaucoup de pièces, les ouvrières ont le temps de se faire la main et donc de produire plus rapidement", explique Kais. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et après les pays asiatiques, c'est l'Ethiopie, plus au Sud, qui casse les prix de la confection.

    Éthique sur étiquette en Tunisie

    Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif français Ethique sur étiquette a constaté, dans les résultats d'une étude réalisée par le FTDES, soutenue par son association, c'est que même s’il existe un code du travail sur lequel s'appuyer, l'univers de la confection est fait de nombreuses violations des droits des travailleurs, en Tunisie comme ailleurs.  "Le travailleur est une variable d'ajustement au service d'un modèle économique qui est simpliste : on minimise les coûts de production, à commencer par le salaire", décortique-t-elle.

    La législation nationale tunisienne garde les ouvrières dans une grande précarité
    Antonio Manganella, avocat

    L'étude, réalisée par le FTDES, intitulée "Violations des droits économiques et sociaux des femmes travailleuses dans le secteur du textile", première du genre, a été réalisée en 2013 et a permis d'interroger 260 employées, sur leurs conditions de travail. On y apprend que les ouvrières travaillent en moyenne 9 heures par jour, que pour 90% des femmes interrogées le salaire ne correspond pas au volume de travail, qu'un quart d'entre elles n'ont pas de couverture sociale, que les usines manquent dans un cas sur deux de salle de repos ou encore que les équipements de sécurité font défaut.
     
    Si la mondialisation a directement impacté le travail des ouvrières du textile en Tunisie, il ne faut pas négliger la législation nationale, qui "garde les ouvrières dans une précarité" perpétuelle, explique M. Manganella. Les CDD sont renouvelés au coup par coup, privant les employés de stabilité et donc de pouvoir de négociation.

    Des ouvrières futures "cas d'école" ?

    Il faudrait alors inventer un nouveau modèle. Le FTDES pense à la création d'une coopérative pour ces ouvrières lésées. De son côté, Antonio Manganella parle de former en prise de parole publique pour que ces femmes qui ont osé s'élever contre une entreprise étrangère  deviennent "un cas d'école", elles qui sont vues comme des parias par le reste de la société aujourd'hui.
     
    Du côté du partenariat entre le FTDES et Ethique sur étiquette, Nayla Ajaltouni explique qu' une étude va être lancée pour observer les grandes marques françaises qui font fabriquer en Tunisie et essayer d'alerter sur les réalité des conditions de travail. Le pays est le premier investisseur dans le textile en Tunisie.

    Pendant ce temps, autogestion à Chebba...

    Les ouvrières de l'usine Mamotex à Chebba, de la région de Mahdia (à environ 200 kms au sud de la capitale), ont choisi, elles, de tenter de sauver leur usine en continuant ses activités durant 4 à 5 mois, par la voie de l'autogestion. Une solution issue d'un compromis entre syndicat, salariées et patron. L'usine devait fermer après la mise faillite, à l'instar de dizaines d'autres dans le pays. "Les ouvrières ont gagné un procès engagé contre le propriétaire de l'usine. Elles ont préféré continuer de travailler au lieu d'attendre qu'il leur verse de l'argent. En fait s'il dépasse les délais, le seul moyen de récupérer leur dû est d'attendre une saisie judiciaire", explique Badii Mbarek, représentant du bureau régional de l'UGTT de Mahdia, au Huffpost Tunisie. "Chaque ouvrière connaît les tâches qui lui sont attribuées. Le système fonctionne et on voudrait même aller plus loin. Les discussions sont en cours pour trouver un moyen de perdurer l'expérience et de créer une sorte de coopérative pour que l'usine soit définitivement la propriété de ses ouvrières. L'usine sous traite actuellement pour une usine voisine dont le propriétaire est un proche du propriétaire de l'usine Mamotex. Si les ouvrières réussissent à s'approprier l'usine, il leur faudra trouver des contrats et un marché qui leur permettra de poursuivre leurs activités", s'inquiète Badii Mbarek.
    Nul doute que cette expérience sera attentivement suivie.

  • Tunisie: Action protestataire nationale menée par 59000 ouvriers de chantiers (Mosaique fm)

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    59 mille ouvriers de chantiers ont observé aujourd’hui 21 mars 2017 une action protestataire nationale conformément à un appel lancé dans ce sens par le groupement des coordinations régionales des ouvriers de chantiers.

    Les ouvriers protestataires ont réitéré leur appel à la régularisation de leur situation professionnelle ainsi que leur intégration progressive. Plus de détails dans cette déclaration de Sami Khelifi, membre de la coordination.

    21 Mars 2017

    http://www.mosaiquefm.net/

  • Algérie: Les chômeurs appellent au boycott des élections (Algeria Watch)

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    Ils annoncent une campagne nationale appelant les Algériens au boycott des élections du 4 mai prochain.

    Les leaders de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC) ont célébré, hier à Ouargla, le 4e anniversaire de la manifestation du 14 mars 2013 et ont déclaré publiquement devant des dizaines de militants et citoyens qu’ils n’entendaient pas faire marche arrière dans leur bataille contre les politiques du gouvernement jugées farfelues, notamment en matière d’emploi et de développement.

    Ce n’était pas une marche du million comme celle d’il y a quatre ans, celle qui a marqué, à l’époque, l’essor du Mouvement des chômeurs, taxé d’abord de sécessionniste, avant que ses revendications soient reconnues légitimes et fassent l’objet des directives de la circulaire du 12 mars 2012, donnant entre autres la priorité à l’emploi des jeunes du Sud dans les sociétés pétrolières, mais aussi l’éradication des disparités salariales, l’encouragement de la microentreprise et surtout la célébration symbolique d’une date devenue emblématique du Mouvement des chômeurs, qui a marqué, hier à Ouargla, l’événement et le souvenir vivace d’une manifestation qui fera encore date.

    La journée s’annonçait chaude et un léger vent de sable se levait sur la place du Peuple, alors que les gens vaquaient à leurs occupations habituelles. Bachir, le vendeur de thé, en était déjà à son troisième service. Des cohortes de jeunes se relayaient sur la placette, sirotant du thé en attendant que les préposés à la tribune placent l’équipement de sonorisation et les banderoles.

    Vers 8h30, ils étaient une vingtaine. A 10h, plus de 100 personnes rejoignaient les lieux et réclamaient Belabes qui est arrivé vêtu d’un boubou bordeau, saluant les uns et parlant aux autres. Naoufel Chekaoui, militant d’Oum El Bouaghi, désormais coordinateur général de la CNDDC, est là en compagnie d’une délégation de représentants des wilayas de l’Est.

    Inféodés

    «Notre coordination se déploie sur les 48 wilayas et comme le pouvoir accapare la capitale, Alger, nous occupons le reste du territoire», dit Naouefel, ajoutant que «la CNDDC donne aujourd’hui l’image d’une organisation non agréée qui tient à le rester pour son propre salut, elle est inféodée au gouvernement et résiste à son mépris, à sa répression et aux campagnes de dénigrement, en offrant aux chômeurs une lueur d’espoir en un futur meilleur».

    De jeunes tribuns se sont exprimés : «La principale leçon du 14 mars 2013 est l’adoption du rouage démocratique et de l’esprit du groupe, nous avons compris que, dans ce pays, ce sont les marginalisés qui produiront le changement.» Leur discours sans concession critique les appelle à faire des élections de mai prochain «une fête pour les Algériens».

    Pour Tahar, Naoufel, Mabrouk, Ahmed et des dizaines de jeunes chômeurs présents hier à Ouargla, «participer à cette mascarade est au contraire une consécration du fait accompli et un appui qui ne dit pas son nom à un système pourri». «Nous avons pris le pouls et nous savons que le rejet silencieux s’est mué en contestation active, qui démontre le fossé entre le pouvoir et le peuple et qu’il nous appartient de transformer en boycott effectif», déclare Tahar Belabes, qu’on donnait pour prisonnier suite à sa tentative avortée de ‘‘harga’’ au large de Annaba avec 27 personnes et sa condamnation à verser une amende de 20 000 DA, le mois dernier.

    Mascarade

    «J’ai été empêché de quitter l’aéroport d’Alger pour participer au Forum social maghrébin sur les migrations, qui se tenait en décembre 2016 à Tanger, au Maroc. Même la Tunisie m’est interdite depuis que la Police aux frontières (PAF) du pays de la révolution du Jasmin m’a refoulé», explique le porte-parole de la CNDDC, ajoutant que «les femmes sont la cible d’une campagne acharnée de dépouillement de volonté avec ces prétendus acquis qui titillent les aspirations de certaines et flattent les instances internationales des droits de l’homme».

    Et le coordinateur du mouvement, Naoufel Chekaoui, de déclarer : «Nous voulons que l’Etat algérien s’engage à respecter réellement les traités qu’il a signés en matière de garantie des droits fondamentaux à la liberté d’expression, de penser et de croire, mais aussi de cesser le musellement des élites de ce peuple et ses activistes». Pour lui, le gouvernement prône la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, tout en faisant fi de ses propres engagements, réprimant la parole libre et emprisonnant ses opposants.

    De plus, poursuit Tahar Belabes, devant une assistance qui grossissait à vue d’œil malgré la présence des forces de l’ordre, «il est de notre devoir éthique de nous exprimer au nom de la frange à laquelle nous appartenons et qui est celle des chômeurs, le dernier rempart de la société devant l’hégémonie ambiante», considérant que la bataille des chômeurs symbolise la lutte des Algériens marginalisés, une classe de plus en plus importante dans une lutte sans merci, qui a transformé la revendication d’un emploi digne en une revendication politique.

    Dans cette optique, et en guise de réponse au wali de Ouargla qui déclarait, il y a quelques jours, que «le chômage était un problème factice et provoqué à Ouargla», les leaders de la CNDDC ripostent en chœur : «Certes, mais c’est le gouvernement qui le simule et le nourrit.» Tahar Belabes interpelle à cet effet le représentant de l’ONU en Algérie pour faire une tournée au Sud, à la rencontre des activistes et des opposants affiliés à des partis pour écouter ce qu’ils ont à dire, à l’instar des personnalités qu’il reçoit à Alger. 



    Houria Alioua El Watan, 16 mars 2017

    http://www.algeria-watch.org/

  • Protests in Egypt after regime 'steals daily bread' from the poor (Socialist Worker)

    A protest over bread subsidies in the Egyptian city Desouk

    A protest over bread subsidies in the Egyptian city Desouk

    Demonstrations swept across Egypt yesterday, Tuesday, after the government’s Supply Ministry slashed the amount of subsidised bread available to the poor.

    Working class areas in Egyptian cities such as of Cairo, Alexandria, Minya and Desouk saw hundreds of angry protesters take to the streets.

    New regulations mean that each bakery is allowed to distribute only 500 loaves of subsidised bread. Previously they had distributed between 1,000 and 4,000.

    Each person can receive only three loaves, whereas previously they could get five.

    People now also have to show plastic smart cards to prove they are eligible, rather than paper documents. Many of the poorest do not have the smart cards.

    Social media reports suggested police had fired warning shots over the heads of demonstrators in the Imbaba area of Cairo.

    Saed, a worker at a government supplies office, told the Middle East Eye news website his office was stormed by protesters chanting against the government.

    “There were about 100 men and women. I cannot blame them. We face the same problems at our houses,” he said.

    Hundreds protested in Alexandria’s Attarin neighborhood, and dozens in Manshiya, cutting off the tramway. Other protesters in Assafra train station in Alexandria also blocked the tracks.

    Starving

    Cheap bread is the difference between starving or eating for millions of desperately poor people.

    The Egyptian Revolutionary Socialists said, “The hundreds and thousands who took part in protests today are setting an example of how to challenge the regime.

    “The regime steals their daily bread in the interests of protecting the profits and dividends of big business. Its security apparatus stops anyone speaking out against the policies of impoverishment that the regime has imposed, thinking it will not face any popular resistance.”

    The authoritarian regime of Abdel Fattah el-Sisi has implemented a series of attacks on working class people. They’re part of a deal to secure a £10 billion IMF loan in recent months.

    The government introduced a Value Added Tax last September, then cut fuel subsidies in November. The devaluation of the Egyptian pound meant it lost almost half its former value.

    But there is international backing for Egypt’s neoliberalism.

    Egypt’s minister of foreign affairs, Sameh Shoukry, met European Union foreign ministers on Monday to explain “the nature of the reform process undertook by Egypt”.

    A few days before the bread protests, former Egyptian dictator Hosni Mubarak was cleared of any wrongdoing in relation to the murder of hundreds of protesters during the 2011 revolution.

    There is no nationally coordinated resistance to Sisi, and repression prevents large-scale protests. But there are still some strikes and outbursts of protest like the one we have seen this week.

    The lid will not stay on major revolt indefinitely.

    by Anne Alexander and Charlie Kimber

    https://socialistworker.co.uk

  • Vers une confédération des syndicats autonomes (Algeria Watch)

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    L'Intersyndicale a annoncé l'organisation d'une seconde grande marche nationale pour protester contre, notamment, la loi sur la retraite et le nouveau code du Travail.

    Dans un communiqué ayant sanctionné les travaux, tenus le 4 mars, au siège du CNAPEST, l'Intersyndicale a dénoncé la loi sur la retraite, qu'elle juge anticonstitutionnelle, le code du Travail et rappelé sa lutte pour la sauvegarde du pouvoir d'achat des travailleurs. Cette réunion, indique l'Intersyndicale, a été consacrée à l'examen de la situation actuelle, sur le front des revendications des travailleurs, relatives notamment à la retraite, le code du Travail, et la défense du pouvoir d'achat, ainsi que les perspectives de la lutte pour les droits des travailleurs. Les syndicats autonomes dénoncent «l'absence d'intervention du ministère du Travail pour redonner aux syndicalistes, injustement licenciés, leurs droits», et demandent «en urgence leur réintégration dans leurs postes de travail.» En outre, l'Intersyndicale dénonce «les pratiques répressives et policières des services de sécurité contre les étudiants en Pharmacie et les dentistes», comme elle refuse «les pratiques des représentants du ministère du Travail et leur double langage, dans leurs relations avec les syndicats autonomes et les autres organisations syndicales.»

    D'autre part, les syndicats autonomes ont dénoncé «l'ingérence de responsables du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dans les affaires des syndicats du secteur». Par ailleurs, l'Intersyndicale a annoncé qu'elle va «entamer des actions auprès du Conseil constitutionnel, en coordination avec les groupes parlementaires, sur la non constitutionnalité de la loi 15-16 sur la retraite.» Ce sera, en fait, une saisine du Conseil constitutionnel, qui sera menée avec des parlementaires, pour invalider la loi 15-16 sur la retraite, qui supprime, notamment, la retraite proportionnelle et anticipée. La levée de boucliers des syndicats autonomes est née, justement, de cette décision de suppression de la retraite anticipée et proportionnelle, décidée par la 19ème tripartite avec l'assentiment de l'UGTA.

    Dans un communiqué commun, rappelle-t-on, les syndicats autonomes avaient averti le gouvernement contre la suppression de la retraite anticipée et proportionnelle, tout en faisant remarquer que les décisions de la tripartite ne les concernent pas, dès lors qu'ils n'ont pas été associés à ses réunions. «A l'heure où on attendait une amélioration des conditions socioprofessionnelles des travailleurs de la Fonction publique, le gouvernement nous surprend avec une décision prise en concertation, avec l'UGTA, qui ne représente nullement les travailleurs», avait relevé un des syndicats autonomes, l'UNPEF. Depuis, les choses sont allées très vite, et le gouvernement avait fait passer au Parlement le projet de loi sur le nouveau régime de retraite, ainsi que le nouveau code du Travail.

    Par ailleurs, les syndicats autonomes, ont également, annoncé l'organisation d'une journée d'étude sur le code du Travail, le 8 avril prochain, et la désignation d'une commission technique, le 11 mars, pour la constitution du projet d'une Confédération des syndicats autonomes.

    Pour maintenir la pression sur les pouvoirs publics, les syndicats autonomes annoncent, par ailleurs, l'organisation d'une autre grande marche nationale, après celle de Tizi Ouzou qui avait regroupé des milliers de syndicalistes et de manifestants, pour protester contre le code du Travail et la loi sur la retraite, qu'ils jugent «anticonstitutionnelle». La date et le lieu de cette marche nationale seront décidés, lors du regroupement des syndicats autonomes, prévu le 1er avril.

    Yazid Alilat, Le Quotidien d'Oran, 8 mars 2017

    http://www.algeria-watch.org/