Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Egypte

  • Nouveautés sur "Amnesty International"

    yemen-and-others.jpg

    Yémen. La communauté baha’i persécutée aux mains des autorités Houthi/Saleh

    Yémen. La sécurité des civils suscite de fortes craintes, alors que se profile une offensive contre Hodeida

    Égypte. La condamnation à 10 ans de prison pour outrage au président est une attaque éhontée contre la liberté d'expression

    Égypte. Une vidéo montrant des exécutions extrajudiciaires offre un aperçu des violations commises par l'armée dans le nord du Sinaï

  • Nouveautés sur "Amnesty International"

    Résultat de recherche d'images pour "amnesty prisons israel"

    Israël doit mettre fin à sa politique « illégale et cruelle » à l’égard des prisonniers palestiniens

    Égypte. La condamnation à 10 ans de prison pour outrage au président est une attaque éhontée contre la liberté d'expression

    Yémen. Le journaliste Yahia al Jubaihi condamné à mort par les forces houthies

  • révolutonnaires socialistes (égypte)

    Revolutionary Socialists' logo

     

    Terrorism and tyranny are complicit in the crimes against the Copts

    Yet another bloody holiday for the Copts of Egypt. Once again churches are bombed and dozens of churchgoers are killed on a religious holiday. Once again the corpses of Copts lie with the debris of their icons and what is left of their churches. Once again, al-Sisi’s regime, its military rule and its police state fail to protect Coptic lives and churches.

    Al-Sisi took power promising the Copts of Egypt that the days of fear, terror and sectarian violence were gone, and his regime would protect them from dark terrorism. Here we are in the fourth year since the coup, the third year of Sisi’s presidency, and the last four months alone saw the bombing of the Peter and Paul church, the killings and displacements of Christians in Arish and the two latest massacres in Tanta and Alexandria.

    When a terrorist was allowed to go inside the Peter and Paul church and blow it up, the Coptic youth raged at the flagrant security failings and demanded the sacking of the interior minister. But al-Sisi intervened to prevent any talk of failings and naturally did not sack his interior minister. And now terrorists were able to attack a church barely a week after a bomb was discovered outside that same church! Here the security failings and the lack of accountability have become complicity with the crime.

    We must remember that the few weeks before the January 2011 revolution saw large demonstrations of Coptic youths against the burning and bombing of their churches and the complicity of the security services. One sign of the political bankruptcy of the Mubarak regime was the abhorrent sectarian “deal” that counted on the Coptic Church to support the regime and contain the anger of Copts while giving free reign to the sectarian agitation of al-Azhar and the Salafists. Mubarak’s state was a particularly sectarian one, and al-Sisi’s state is based on the same sectarian principle.

    The January 2011 revolution shattered this sectarian “deal” and saw, for the very first time in modern Egyptian history, unity between the Christian and Muslim masses not around hollow nationalist slogans like “Religion is for God and the Nation is for everyone”, or police-sponsored superficial alliances between the Coptic and Muslim religious leaders, but around a common revolutionary struggle for democracy, freedom and social justice.

    But this unique revolutionary moment did not last long. The Muslim Brotherhood betrayed the revolution by siding with the Military Council (SCAF) who exploited sectarian and inflamed it with the Maspero massacre. The secular opposition has also allied itself with the military to get rid of the Muslim Brotherhood, paving the way for al-Sisi’s 2013 coup.

    Al-Sisi restored the bases of the Egyptian sectarian State and reestablished the very sectarian and securitarian deals that Mubarak’s regime had set up; the Copts are once again paying the price with their blood. The security services’ incompetence and complicity are only part of the picture, and we must of course join the Coptic youths when they demand that the interior minister be sacked and put on trial for criminal negligence.

    But the security failings are part and parcel of the political bankruptcy of the al-Sisi regime. Not only did the military rule and its security forces fail to protect the Copts and their churches, but this regime’s policies can only lead to more violence, bloodshed, terrorism and sectarianism. A regime that is based on tyranny, dictatorship and the suffocating of the political arena. A regime whose economic policies impoverish the majority for the sake of the same big businessmen who monopolised the country’s wealth in the Mubarak years and shared it with the generals. A regime that is based on sectarianism, and uses the religious institutions from the Coptic Church to al-Azhar Mosque to gather support for the dictatorship. A regime that hasn’t made a single step to dismantle the systemic discrimination and persecution that the Coptic masses suffer, but on the contrary re
    inforces the discrimination and persecution, exploiting the sectarian card along with tyranny and repression in order to remain in power.

    Once more, al-Sisi and the al-Azhar Imam will present their condolences to Pope Tawadros. And once more they will talk of national unity and the evil plots against Egypt and other nonsense.

    It is about time that we built an opposition that rejects all forms of sectarianism, be it coming from al-Sisi’s regime or groupings of political Islam. An opposition that doesn’t content itself with condemning terrorism and the terrorists and the failings and complicity of the security forces. An opposition that puts the struggle against sectarianism and the persecution of Copts at the center of its priorities.

    Glory to the martyrs
    We won’t forget al-Qaddisayn
    We won’t forget Maspero
    We won’t forget Peter and Paul
    We won’t forget Arish
    We won’t forget the Palm Sunday massacres

    The Revolutionary Socialists
    9 April 2017

    http://global.revsoc.me/

  • Une nouvelle révolution s’annonce en Egypte (Slate)

    7 mars 2017, à Alexandrie: des Egyptiens manifestent contre le gouvernement et leur décision de limiter la distribution de pain aux porteurs de cartes distribuées par le ministère | STR / AFP

    Début mars, des émeutes du pain éclataient en Égypte. Des milliers de manifestants en colère allaient bloquer les rues et se masser autour des boulangeries d’État, pour protester contre une décision du gouvernement réduisant le nombre de pains subventionnés accessibles aux familles. Dans les quartiers les plus pauvres d’Alexandrie, Kafr el-Cheik, Al-Minya et Assiout, les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants scandant «Nous voulons manger!» ont parfois été violents. Sur les réseaux sociaux, on a vite parlé d’«émeutes des provisions» (intifadat al-tamwin).

    Face à Donald Trump, le 3 avril, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a sans doute assimilé l’agitation sociale à un reliquat du passé, et vanté son régime militaire comme un havre de stabilité dans la région. Sauf que la révolte est bien en train de renaître en Égypte, et justement à cause des agissements de l’armée.

    Les émeutes du pain sont le symptôme d’une crise apparue en novembre dernier, à l’heure où le Fonds monétaire international accordait un prêt de 12 milliards de dollars au régime d’al-Sissi. Selon les termes de l’accord financier, l’Égypte devait résoudre son déficit budgétaire chronique en taillant dans les subventions et autres dépenses publiques. Le gouvernement égyptien s’engageait aussi à encourager le développement du secteur privé histoire de stimuler la croissance et la création d’emplois.

    Se servir du FMI contre les classes populaires

    Reste que pour l’armée égyptienne, cet accord aura été un moyen de rétorsion contre les classes populaires et de maximisation de ses propres gains commerciaux. En réalité, l’élite militaire, qui contrôle pleinement le plan de réforme économique, allait appliquer sélectivement les conditions du prêt. Si elle ne s’est pas fait prier pour trancher dans les subventions favorables aux Égyptiens les plus démunis, elle a étendu sa domination sur de nombreux secteurs économiques et généré d’énormes profits aux dépens du secteur privé.

    En Égypte, l’armée s’occupe autant de ses lucratives affaires que de la conduite du pays. D’un côté, des généraux en uniforme sont à la tête de conglomérats monopolistiques jamais contrôlés ni soumis à l’impôt –des exploitations agricoles et halieutiques, des usines d’emballage alimentaire, des entreprises de construction, des laboratoires pharmaceutiques, des stations-service, des cimenteries et des aciéries. D’un autre, des officiers à la retraite trustent les positions gouvernementales comptables de l’économie nationale. Toute la bureaucratie est entre leurs mains, que ce soit du côté du Président ou du Ministre de l’approvisionnement alimentaire, du directeur de l’Autorité publique pour le développement agricole, en passant par le Sous-secrétaire au logement ou encore le Ministre adjoint à la santé. Qui plus est, ce sont des militaires qui gouvernent les provinces où les dernières émeutes du pain ont éclaté.

    Les militaires ont voulu protéger leur pré carré au détriment des pauvres

    L’accord de prêt du FMI n’a pas su appréhender l’emprise de l’armée sur l’économie et l’administration. De fait, les militaires ne l’ont pas mis en œuvre comme il le fallait, ils ont au contraire voulu protéger leur pré carré au détriment des pauvres: les ultimes ressources dont peut se targuer le pays partent aujourd’hui directement dans les poches des officiers, sans jamais pouvoir soulager les souffrances des Égyptiens les plus vulnérables.

    Le récent cortège de crises économiques a démarré en juillet dernier, lorsque des mères issues des classes inférieures furent privées de lait maternisé subventionné. Leur colère allait se traduire en manifestations organisées aux quatre coins du pays, avec des femmes prenant d’assaut les magasins d’État leurs bébés dans les bras. La réponse «patriote» de l’armée fut d’importer des boîtes de lait en poudre pour pallier la pénurie. L’expédition de la cargaison se fit en un temps record et les boîtes furent vendues au double de leur prix. En outre, le Ministère de la production militaire proposa charitablement son aide en construisant sa propre usine de lait maternisé.

    La fin du sucre

    Puis, en octobre dernier, soit à peine un mois avant l’obtention du prêt du FMI, les Égyptiens se réveillèrent privés de sucre. Avec un État qui ne pouvait plus se permettre de subventionner cette denrée, elle disparut des rayons des épiceries d’État devant lesquelles se formèrent de longues files d’attente –souvent émaillées d’altercations violentes– d’individus espérant obtenir un ou deux paquets de sucre. Une nouvelle fois, l’armée allait donner du sien pour résoudre le problème: elle réquisitionnera le sucre auprès des commerçants privés et décidera de le vendre elle-même.

    Une manière pour les militaires de se présenter comme le remède d’une maladie qu’ils avaient eux-mêmes inoculée au pays, tout en saignant à blanc leurs concurrents du secteur privé. Le gouverneur d’Alexandrie –un autre gradé–, promit d’enrayer la crise du sucre, due selon lui à l’avidité des commerçants. Dans les quartiers les plus pauvres de la ville, le Ministère de la défense vendit 3.000 tonnes de sucre à un prix raisonnable. Mais lorsque la denrée revint sur le marché, le ministère de l’approvisionnement avait multiplié son cours par deux.

    Le régime militaire s’est aussi servi du prêt du FMI pour reprendre en mains l’administration. Dix jours avant l’accord, le régime ratifiait une loi visant à réduire le nombre de fonctionnaires et à raboter leur salaire, dans un pays célèbre pour l’obésité de sa bureaucratie. Deux jours plus tard, c’est un autre décret qui fut entériné: la livre égyptienne était dévaluée, et le salaire des fonctionnaires divisé automatiquement par deux.

    Enrichir les officiers

    Et tout en dégraissant le mammouth, le régime allait placer ses pions dans les cases les plus stratégiques de l’échiquier bureaucratique. Un article de la nouvelle loi reprenait une règle en vigueur sous Moubarak: que la nomination de certains hauts-fonctionnaires revenait au président. Un filon qu’al-Sissi n’aura pas fait semblant d’exploiter. Dans le gouvernement ou le secteur public, des officiers se sont ainsi retrouvés à des postes de premier plan dès leur départ à la retraite.

    Lorsque le parlement égyptien votera cette loi sur l’emploi des fonctionnaires, il en plébiscitera une autre augmentant de 10% la retraite des militaires. Et ce n’est pas la première fois que l’armée aura vu ses émoluments grimper. Au total, ces trois dernières années, le président égyptien a publié six décrets qui auront fait gagner 35% aux retraites des militaires. Les juges militaires ont aussi obtenu de nouveaux droits en matière de couverture sociale et médicale. A Alexandrie, ce sont de tels juges qui ont envoyé des dizaines d’ouvriers des chantiers navals publics devant une Cour martiale pour avoir voulu faire grève.

    Le jour de la dévaluation de la livre égyptienne, le régime militaire décidait de quasiment doubler les prix de l’essence. Une réduction des subventions aux carburants visant à les éliminer. Mais le Ministère de la défense n’avait point de souci à se faire, vu qu’il possède une chaîne de stations-service disséminées au bord de toutes les routes du pays –ou presque.

    En janvier, le gouvernement augmentait les prix des médicaments de 50%. Une mesure qui, avec la dévaluation de la monnaie, provoquera de graves pénuries. Sauf qu’en prenant cette décision, le Ministère de la santé nommera un ancien général à la tête du laboratoire d’État responsable de la fabrication des vaccins.

    Des initiatives viciées en faveur des pauvres

    Ces crises successives ont exigé des initiatives conséquentes en faveur des pauvres. L’armée a proposé ses services avec des projets de construction pharaoniques, que la propagande gouvernementale vendra à la population comme un moyen d’enrichir les classes les plus défavorisées –avec des logements sociaux pour les habitants des bidonvilles et la réquisition de nouveaux terrains pour les distribuer à la jeunesse. Des entrepreneurs militaires se chargeront de réaliser ces ambitieux projets, et le Département des affaires morales diffusera des vidéos exaltées vantant leurs progrès.

    Le programme dit du «million d’appartements» est l’un de ces méga-projets. Lancé en grandes pompes en mai dernier, son objectif est d’extirper les individus les plus modestes des bidonvilles. Un projet qui n’a fait l’objet d’aucun appel d’offres auprès du secteur public: il a été soumis à l’Autorité d’ingénierie des forces armées (AIFA), un gigantesque entrepreneur militaire. La loi sur les marchés publics a d’ailleurs été modifiée en 2013, après l’arrivée au pouvoir des militaires, avant un nouvel amendement en 2016. Désormais, le gouvernement peut faire directement appel à des conglomérats militaires pour réaliser ses projets.

    La logique est à peu près similaire avec le projet du «million d’hectares», confié à des ingénieurs de l’AIFA. Tout en promettant la prospérité aux jeunes sollicitant ces terrains, al-Sissi demandera à l’AIFA d’y creuser des puits d’eau potable et d’y construire des maisons, des hôpitaux et des écoles.

    Officiellement, le projet devait bénéficier aux ruraux pauvres, mais dans les faits, la réalité fut tout autre. Des soldats allaient confisquer des parcelles désertiques à de nombreux agriculteurs et éleveurs de Qena, une province misérable du sud du pays, sur lesquelles ces derniers travaillaient depuis des décennies. Les militaires les accusèrent d’empiéter sur des biens publics et les exproprièrent afin d’ajouter leurs parcelles au projet du «million d’hectares». Sur près de 50.000, le gouverneur de Qena –un ancien général– enverra des poids-lourds détruire les propriétés des fermiers. Leur ultime recours: faire part de leurs doléances à l’Autorité générale pour le développement des projets agricoles, sise au Caire, et présidée par un ancien collègue du gouverneur.

    Le régime militaire a aussi fanfaronné d’un Projet de développement de l’axe du Canal de Suez, histoire de faire renaître l’élan patriotique ayant accompagné les grandes constructions de Nasser, comme le Haut barrage d’Assouan. Et qui en a la charge? Des ingénieurs de l’armée, qui recrutent des ouvriers dans tous les pays. Parce qu’al-Sissi ne voulait pas d’ouvriers indiens, il demandera à l’AIFA de donner des emplois bien rémunérés aux autochtones. Dans une vidéo de l’AIFA, on voit des dizaines de saisonniers descendre d’un bus, après plus de 1500 kilomètres de route depuis la province de Qena. Tous les intervenants se disent très honorés de servir une cause nationaliste aussi belle, puis vont s’enregistrer auprès d’un officier assis à une table.

    Quelques jours plus tard, près de 200 ouvriers sont revenus à Qena et s’en sont pris vertement aux ingénieurs militaires: ils ne leur avaient pas fourni de salaire décent, ni de nourriture ou d’endroit où dormir au beau milieu du désert.

    L’armée affirme que ses florissantes affaires servent à assurer le paiement des biens et des munitions

    En mettant en œuvre les directives du FMI, les militaires à la tête de l’Égypte se sont réservé des clauses d’exemption en or massif. Par exemple, la diminution des dépenses sur les biens de consommation courante n’aura pas empêché l’armée d’acheter des armes à foison. En mars 2016, l’Égypte signera ainsi près de 2 milliards en contrats d’armement avec la France. Le Ministère de la défense n’a pas honoré ces commandes grâce à la montagne de revenus générés par ses activités commerciales, mais par des prêts accordés par des banques françaises. En général, l’armée affirme que ses florissantes affaires servent à assurer le paiement des biens et des munitions. Sauf que dans ce cas, elle n’aura pas déboursé un centime de sa poche, mais exigé du Ministère des finances qu’il garantisse cet énorme prêt et paie l’addition si jamais l’armée en vient à faire défaut.

    À la recherche de bouc-émissaires

    Avec les émeutes du pain du mois dernier, certains Égyptiens se sont rappelé d’événements comparables survenus voici quatre décennies. En 1977, Anouar el-Sadate, un autre président miliaire, avait essayé d’appliquer les conseils du FMI en réduisant les subventions alimentaires. De violentes émeutes du pain éclatèrent et les chars déboulèrent dans les rues pour mater les manifestants. Sadate revint sur sa décision et accusa les communistes d’avoir fomenté l’agitation.

    La seule différence avec aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de communistes à qui faire porter le chapeau. Et ces émeutes ne sont probablement pas non plus de la faute exclusive du FMI. L’institution a appris de ses erreurs et, dans l’accord de prêt, elle exige que le gouvernement égyptien garantisse des «filets de sécurité sociaux» pour les classes vulnérables affectées par les réformes économiques.

    Mais qu’importe ces foyers de colère, le régime militaire est persuadé de pouvoir faire régner l’ordre –et entend poursuivre des réformes économiques drastiques. Une confiance assise sur l’affaiblissement des partis politiques, la mise sous tutelle des leaders syndicaux et des poursuites intentées aux militants égyptiens des droits de l’homme, le tout pour éviter une redite de 2011. Reste que les classes moyennes déclassées et les classes inférieures plus fragiles que jamais n’ont pas besoin d’être encouragées par des professionnels de la politique pour sortir dans les rues. La faim et le manque de médicaments abordables ont d’ores et déjà été suffisants pour déclencher quelques émeutes au nord et au sud du pays. Qui pourrait bientôt s’embraser complètement.

    A part quelques cas de violation des droits de l’homme et de persécution d’opposants politiques, le climat en Égypte semblait stable depuis un bon bout de temps. Avant sa visite à la Maison Blanche, al-Sissi avait d’ailleurs reçu Angela Merkel ainsi que le Commandant du CENTCOM. Les récentes émeutes révèlent que, sous la tranquillité, une guerre couvre entre l’élite militaire et les civils les plus pauvres. Et rien ne garantit que la stabilité du régime militaire égyptien puisse durer encore très longtemps.

    Zeinab Abul-Magd, traduit par Peggy Sastre —

    http://www.anti-k.org/

  • Dans l’Egypte de Sissi, une révolte face à une tentative de réduction des quotas de pain (A l'Encontre.ch)

    Manifestation pour le pain à Alexandrie, le 7 mars 2017,
    avec les «cartes en papier» bien visibles

    Le 6 mars 2017, des centaines d’habitant·e·s sont descendus dans les rues de diverses localités et villes en Haute-Egypte et dans le delta du Nil, après que le ministère de l’Approvisionnement a réduit leur ration subventionnée de pain baladi (connu sous le nom de pita, base de l’alimentation en Egypte).

    Le lendemain, des milliers de personnes protestaient dans 17 districts dans tout le pays. A Alexandrie, des manifestant·e·s ont bloqué pendant plus de quatre heures une route principale à l’entrée d’un port important, alors que les résidents populaires de la banlieue d’Imbaba à Gizeh [sur la rive gauche du Nil, face à la vieille ville du Caire] bloquaient la route de l’aéroport. Ailleurs, des femmes de la ville de Dissouk, dans le delta du Nil, ont organisé un sit-in bruyant sur les rails de la gare local, en scandant «Un, deux, où est le pain?» et en appelant au renversement du gouvernement du président [ex-maréchal] Abdel Fattah El-Sissi. [1] Le hashtag arabe #Supply_Intifada n’a pas tardé à se répandre sur le Twitter égyptien. Pour tenter de couper court à d’autres mobilisations, le gouvernement égyptien – qui prend appui sur l’armée – s’est dépêché de rétablir l’accès au pain des habitants. Il a promis d’augmenter la ration dans les régions où il y avait eu des protestations.

    Les émeutes contre la pénurie alimentaire

    La récente série de protestations contre la pénurie alimentaire a eu lieu dans le contexte de l’ébranlement des prix provoqué par la décision, le 3 novembre 2016, de la Banque centrale d’Egypte de la flotter la livre égyptienne [autrement de la «libération» du taux de change]. La dévaluation de la livre fait partie d’une série de mesures – dont des coupes dans les dépenses publiques et l’introduction d’une TVA – exigées par le Fonds monétaire international (FMI), en échange d’un prêt de 12 milliards de dollars pour soutenir l’économie égyptienne défaillante. [2] En février 2017, l’inflation des prix alimentaires atteignait 42%. [3] Les principales denrées de base ont été particulièrement frappées: au cours de l’année passée, les Egyptiens ont vu le prix du pain et de l’huile de cuisine augmenter de presque 60%. [4] Pour mettre ces données en perspective, il faut savoir que durant l’année qui a précédé de Printemps arabe de 2011, les prix des denrées alimentaires en Egypte ont subi des hausses annuelles de près de 15%. [5] Sur la base de ces données et de développements comparables, des chercheurs ont estimé que les protestations suscitées par l’insécurité alimentaire ont été un facteur clé dans l’éclatement de la Révolution égyptienne du 25 janvier.[6]

    Il existe un précédent historique. En Egypte, le prix du pain a été considéré comme une question potentiellement explosive depuis l’«Intifada du pain» de 1977, lorsque le président Anwar Sadate [Président de la République de 1970 au 6 octobre 1981; issu de la hiérarchie militaire, Sadate, assis sur la tribune présidentielle, a été tué lors d’une parade militaire] a annoncé qu’il allait abroger les subsides pour plusieurs denrées alimentaires de base. Dans la foulée, des protestations incontrôlables ont éclaté dans tout le pays, manifestations qui ont été durement réprimées. Deux jours plus tard, l’Etat était revenu en arrière et a promis de laisser intacte le système des subventions.

    Ailleurs, dans la région, des tentatives pour couper les subsides étatiques ont eu des conséquences similaires: dans les années récentes, des mesures d’austérité ont été entravées par des mobilisations de rue au Maroc, en Tunisie, en Jordanie, au Yémen et en Mauritanie. [7] En 2017 les contours d’une future rébellion sont, peut-être, en train de prendre forme en Egypte, alors qu’une inflation galopante s’ajoute à des niveaux élevés de chômage. [8] Et si les explications qui voient un lien entre les protestations contre la pénurie alimentaire et le Printemps arabe de 2011 sont correctes, il semble possible que les conditions et les modalités pour un nouveau soulèvement de masse soient en train de prendre forme.

    Au vu de ce contexte historique, un examen approfondi des récentes protestations contre la pénurie alimentaire en Egypte peut apporter de nouveaux renseignements sur les dynamiques qui se développent dans le pays et en particulier sur la fermeté dont fera preuve le gouvernement soutenu par les militaires dans l’application des nouvelles réformes dictées par le FMI et sur ses réactions face aux nouvelles mobilisations de la rue, si la situation économique continue à se détériorer.

    Pour effectuer notre analyse, nous avons effectué un inventaire des récentes protestations liées à la pénurie alimentaire en Egypte à partir de rapports en langue arabe et de vidéos des protestations téléchargées sur les médias sociaux. On a enregistré les localités où ont eu lieu les protestations, le nombre de participants, leurs tactiques, si les forces de sécurité égyptiennes les avaient réprimées, ainsi que tout nouvel élément ou slogan. Au total nous avons identifié 24 mobilisations entre le 6 et le 7 mars 2017, réparties dans 17 districts de 5 gouvernorats.

    Intifada de l’approvisionnement

    Les différentes manières dont les Egyptiens accèdent au système de subventions sont une clé pour comprendre la configuration des récentes protestations alimentaires. La miche de pain subventionné coûte 5 piastres [une livre: 100 piastres, il s’agit donc de 5 Pt]. Suites aux récentes augmentations des prix des denrées alimentaires, ce prix est jusqu’à dix fois meilleur marché que celui d’une miche de pain vendue non subventionnée sur le marché libre. Comme d’autres denrées alimentaires subventionnées, le pain subventionné ne peut être acheté que dans des points de vente enregistrés auprès du ministère de l’Approvisionnement. Certains de ces points de vente sont gérés comme des coopératives, mais la plupart opèrent comme des entreprises privées. Depuis 2014, l’achat de biens subventionnés était nominalement régulé par l’utilisation d’une carte à puce, cette mesure faisant partie du programme d’austérité du gouvernement. Ce système permet aux détenteurs de cartes à puce qui ne réclament pas leur allocation de pain de recevoir des crédits qui peuvent être utilisés pour acheter d’autres biens subventionnés. Mais la distribution de cartes à puce individuelles n’a été que partielle.

    Dans le budget 2016-2017, le ministère des Finances a prévu que 82 millions d’Egyptiens (soit 92% de la population) demanderaient du pain subventionné. [9] Or, selon les chiffres les plus récents, publiés par le ministère de l’Approvisionnement, seuls 69 millions d’Egyptiens ont accès aux cartes à puce, ce qui fait que 13 millions d’Egyptiens (16%) doivent continuer à utiliser des cartes en papier pour toucher leurs denrées subventionnées. [10] Comme solution de dépannage, le ministère de l’Approvisionnement a distribué aux commerçants des «gold card». Avec ce système parallèle, les commerçants reçoivent un quota quotidien qui se situe entre 1000 et 4000 miches de pain, selon le nombre de détenteurs de cartes en papier de leur région. Chaque fois qu’un commerçant vend du pain subventionné à un client muni d’une ancienne carte en papier, il est supposé enregistrer la vente sur leur gold card, déduisant ainsi le produit vendu de leur quota quotidien. Ce processus est coordonné au niveau des sous-districts par les bureaux locaux d’approvisionnement. [11]

    Le 6 mars, le ministère de l’Approvisionnement a annoncé que le quota de pain journalier à disposition pour les gold cards allait être réduit à 500 miches. Incapables de répondre à la demande, des boulangeries enregistrées auprès l’Etat, partout dans le pays, ont réduit la ration quotidienne de pain disponible pour les détenteurs de cartes en papier de cinq à trois miches, ce qui a suscité des manifestations devant les bureaux d’approvisionnement dans plusieurs districts.

    Par exemple, à Assiout [ville importante de Haute-Egypte sur la rive occidentale du Nil|, un des gouvernorats les plus pauvres de l’Egypte, plus de 870’000 cartes à puce subventionnées sont en circulation, pour soutenir 3,2 millions d’individus (75% de la population). [12] Cela laisse bon nombre de résidents qui continuent à dépendre de l’ancien système de cartes en papier. Des denrées subventionnées sont disponibles à l’achat dans plus de mille points de vente enregistrés, qui à leur tour sont chapeautés par 65 bureaux d’approvisionnement. En réaction à la réduction du quota de la gold card, des détenteurs de la carte en papier ont participé à des protestations spontanées devant les bureaux d’approvisionnement des districts de Abnoub, Abou Tig, al-Fath et Sidfa [voir carte ci-dessus].

    Au cours de la même après-midi, des protestataires se sont mobilisés devant le bureau d’approvisionnement à Abou Qurqas dans le gouvernorat voisin de Minya [à 250 km au sud du Caire]. [13]. Dans le même temps, à plusieurs de centaines de kilomètres au Nord, dans la ville de Dissouq dans le gouvernorat de Kafr el-Cheik [gouvernorat du même nom que sa capitale] dans le delta du Nil, des manifestants ont bloqué la rue principale bordant le bâtiment du conseil municipal de la ville, réclamant que le quota soit rétabli. Même s’ils sont situés dans différentes localités, ces bureaux partagent quelques caractéristiques communes: en termes de taux d’illettrisme (un indicateur de privation) et d’étendue de l’économie agraire, ils servent certains des districts les plus ruraux d’Egypte – à l’exception de Dissouq [voir carte ci-dessous].

    Le lendemain, alors que les habitants continuaient à se mobiliser à Assiout, Kafr el-Cheik et Minya, les mobilisations se sont étendues à des régions plus urbaines. A Alexandrie, plusieurs centaines de résidents se sont mobilisés devant les bureaux d’approvisionnement d’al-Dukhaylah et al-Manshiyah, alors des foules importantes bloquaient les routes et les lignes de tram à Asafra, al-‘Atarin et al-Amriyah et scandant: «Nous voulons du pain» et «Vous nous prenez la nourriture, vous essayez de nous tuer». A al-Warraq et Imbaba à Gizeh, des résidents ont également bloqué les entrées de leur bureau local d’approvisionnement en exigeant que la ration complète de pain soit rétablie. En même temps, de nouvelles protestations ont éclaté dans les gouvernorats d’Asyut, de Minya et du Sud Sinaï dans des districts qui étaient restés calmes auparavant. Dans tous ces cas, il semble que les résidents locaux suivent une manière de procéder qui date d’avant le modèle de mobilisation qui a été inauguré lors du soulèvement du 25 janvier. [14] En effet, plutôt que d’essayer d’occuper des places et des espaces urbains politiquement symboliques, les protestataires ont agi localement, sur leurs lieux de résidence, en infligeant un coût immédiat aux autorités en bloquant le flux du trafic et en perturbant le fonctionnement du gouvernement local.

    La réponse du régime

    Depuis le coup de 2013 [3 juillet 2013] qui a évincé le président islamiste Mohamed Morsi, le gouvernement soutenu par les militaires a utilisé une loi anti-protestation drastique pour arrêter des milliers de manifestants. Il est donc frappant que sur les 24 protestations ayant trait aux rations de pain subventionné que nous avons pu identifier, seules quatre d’entre elles ont suscité une quelconque répression. Toutes les actions réprimées se sont déroulées dans les grands centres urbains d’Alexandrie et de Gizeh. Et même là, il semble que seule une force minimale a été employée. Dans l’épisode le plus sérieux, à al-Warraq à Gizeh, les forces de police ont finalement dispersé les protestataires qui bloquaient le bureau d’approvisionnement local en arrêtant plusieurs d’entre eux.

    La police a aussi brisé la protestation alimentaire à Imbala [quartier résidentiel du Caire], après que des résidents aient bloqué la route de l’aéroport. Mais ce sont là des exceptions. A Dissouq, où ont éclaté les premières mobilisations, le directeur du Conseil municipal a rencontré les protestataires en tentant de les persuader de mettre un terme à leur blocus. [15] Lorsqu’ils ont refusé, on a téléphoné au gouverneur, qui à son tour s’est engagé à faire pression auprès du ministre de l’Approvisionnement pour faire rétablir les quotas. Plus tard, le lendemain soir, il a été annoncé que le quota des gold cards dans les boulangeries à Kafr el-Cheik avait été augmenté, poussant les protestataires à démobiliser. [16]

    A Alexandrie les choses se sont passées de manière analogue: les forces de police se contentaient de monter la garde alors que les résidents locaux bloquaient la ligne de tram dans plusieurs districts. A Asafra [quartier d’Alexandrie], au lieu de dégager le sit-in, les officiers de police ont initialement rassuré les protestataires en déclarant que la décision de réduire les quotas allait être annulée; même si plus tard il a été indiqué que la police antiémeute avait été déployée pour sécuriser les lieux. [17] Ce même après-midi, des officiers de police ont été photographiés alors qu’ils faisaient des tournées dans les quartiers ouvriers, en distribuant du pain aux résidents. [18] Ailleurs, on a laissé les protestataires s’engager dans de petits blocus de bureaux d’approvisionnement locaux et poursuivre leurs sit-in avec seulement une ingérence minimale de la part des forces de sécurité.

    Le soir du 7 mars, le média d’Etat égyptien rapportait que le ministre de l’Approvisionnement avait présenté des excuses et réaffirmé: «Chaque citoyen a droit à du pain subventionné». [19] Le lendemain, le ministère de l’Approvisionnement s’est dépêché de distribuer 100’000 nouvelles cartes à puce pour remplacer les cartes en papier existantes dans six des gouvernorats, dont quatre des cinq gouvernorats où il y avait eu des protestations. [20]

    Dans une tentative pour détourner des critiques au sujet des réductions, le ministère de l’Intérieur et celui de l’Approvisionnement ont annoncé qu’ils allaient lancer une campagne d’inspection dans les boulangeries et points de vente enregistrés auprès de l’Etat et sévir contre la corruption. [21] En attendant, craignant que les protestations ne montent à nouveau après la prière du vendredi, le ministère du Patrimoine et des Affaires religieuses a diffusé un sermon appelant les Egyptiens à réfléchir aux circonstances économiques difficiles et à se préparer à faire des sacrifices pour la patrie. [22] Ensuite c’est le président Sissi lui-même qui a fait une déclaration publique en s’engageant à ce que le quota du pain ne soit pas à nouveau limité. [23]

    Dans la file d’attente du pain

    Que peut nous apprendre cet épisode? L’Intifada de l’approvisionnement souligne de multiples manières le potentiel de la politique gouvernementale en Egypte à générer des protestations. Ici, la décision de couper le quota disponible sur les gold cards a entraîné presque immédiatement une mobilisation déstabilisante.

    En même temps, les développements de la mobilisation suggèrent que les seuls griefs économiques ne prédisent pas l’ampleur des protestations. Entre le 6 et le 7 mars, des millions d’Egyptiens ont trouvé leur sécurité alimentaire immédiatement menacée. Toutefois, seule une petite minorité des personnes touchées est descendue dans la rue dans des mobilisations très locales. Pourtant, le contexte des premières protestations alimentaires est révélateur.

    Dans les cercles politiques (et en particulier ceux des institutions financières internationales) on pense généralement que la «classe moyenne» urbaine a de plus fortes chances de se mobiliser en réaction à des coupes dans leurs subventions. [24] Il faut souligner que le système qui consiste à récompenser des titulaires de cartes à puce lorsqu’ils ne demandent pas leur pain subventionné de manière disproportionnée bénéficie aux familles de la classe moyenne, qui ont davantage de chances de consommer des aliments de base autres que le pain (par exemple le riz) ou d’acheter du pain de meilleure qualité, pas subventionné. De manière révélatrice, la réduction du quota de pain des gold cards s’est accompagnée du projet d’augmenter la quantité de crédit que recevraient les détenteurs de cartes à puce. [25] Mais comme le montrent clairement les protestations de mars, les pauvres, aussi bien dans les zones rurales que dans les villes, sont également disposés à se mobiliser contre la réduction des subventions. Les pauvres d’Egypte ont également compris la dynamique de classe des subventions du pain. A Alexandrie, des femmes protestaient en scandant «Ils mangent du fino [pain de meilleure qualité] alors que nous ne trouvons pas notre pain.»

    Plusieurs protestataires interviewés par les médias se sont plaints de la qualité du pain baladi subventionné, et une femme affirmait qu’il devrait plutôt servir à nourrir les poules. «Le ministre de l’Approvisionnement mangerait-il ceci?», demanda-t-elle devant la caméra, alors qu’un groupe d’enfants qui se bousculaient autour d’elle répondaient en criant à l’unisson: «Non!». Le comportement du régime face à ces mobilisations montre non seulement que les autorités ne sont pas préparées à cette réaction, mais aussi que le régime craint de provoquer davantage ces électeurs. C’est ce que montrent clairement la volte-face immédiate du ministre de l’Approvisionnement et la réticence de la police à réprimer les habitants. Cela suggère que même des petites protestations localisées peuvent être un outil efficace pour arracher des concessions du régime de Sissi.(Article publié dans Middle East Research and Information en date du 29 mars 2017; traduction A l’Encontre; titre A l’Encontre)

     

    Post-scriptum

    Le 27 mars 2017, sur le site NPA2009, Hoda Ahmed indiquait que la campagne: «Nous voulons vivre» – dont le congrès inaugural a eu lieu à la mi-janvier – a pour l’objectif de lutter pour les droits sociaux des Egyptiens et Egyptiennes, particulièrement les travailleurs. Cette initiative regroupe des partis politiques comme les Socialistes Révolutionnaires ou Pain et Liberté, des ONG et des organisations syndicales comme l’Union égyptienne des travailleurs du pétrole ou le Front de défense des journalistes. Ces forces dénoncent le prêt du FMI accordé à l’Egypte et le programme de contre-réformes qui l’accompagne. Elles pointent la responsabilité du gouvernement qui a fait «le choix politique» de «l’appauvrissement de la population.»

    La campagne «Nous voulons vivre» – qui doit être conduite dans un climat répressif sévère – traduit la prise en compte d’un mécontentement social grandissant dont l’expression la plus ample, pour l’heure, s’est traduite dans la bataille pour le pain pita en ce début mars.

    Le lundi 3 avril 2017 est prévue une rencontre entre le président Al-Sissi et le président Donald Trump. En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2016, un «contact» avait déjà été établi entre les deux chefs. Trump n’avait-il pas qualifié, lors de sa campagne électorale, Al-Sissi de «gars fantastique»? Et ce dernier avait renvoyé le compliment par une formule sonnante: Trump «a l’étoffe d’un grand leader». A coup sûr la «lutte contre le terrorisme» sera au centre des échanges. Quant à la détermination des montants de «l’aide militaire» et financière, les interrogations vont persister. Par contre, le silence planera sur le régime de répression. (Réd. A l’Encontre)

     Neil Ketchley et Thoraya El-Rayyes

    Alencontre le 2 - avril - 2017

    http://alencontre.org/

  • Afrique du Nord/Proche-Orient: un jeune sur cinq veut émigrer (L'Express)

    des-jeunes-tunisiens-sans-emploi-place-mohamed-bouaziz-le-14-decembre-2015-a-sidi-bouzid-1_5849281.jpg

    Madrid En moyenne 20% des jeunes de cinq pays du pourtour méditerranéen (Algérie, Egypte, Liban, Maroc et Tunisie) veulent émigrer, un chiffre qui monte à plus de la moitié en Tunisie, selon une enquête auprès de 10.000 jeunes rendue publique jeudi en Espagne.

    "Un jeune sur cinq dans les pays arabes analysés veut émigrer. Une proportion qui atteint les 53% dans le cas de la Tunisie", souligne la fondation CIDOB (Centre des affaires internationales de Barcelone), qui a coordonné l'étude, dans un communiqué diffusé en Espagne. 

    Six ans après le "printemps arabe", elle constate que "la principale motivation qui pousse ces jeunes à vouloir partir est, une fois de plus économique: trouver un emploi digne et de meilleures conditions de vie".

    "Contrairement à ce qu'on pouvait attendre, plus le niveau d'éducation est important, plus le désir d'émigrer est renforcé", assure le communiqué. 

    Pour un des experts ayant réalisé l'étude en Algérie, Nacereddine Hammouda, "ce qui est remarquable, c'est que le fait d'arriver à l'université renforce le désir d'émigrer". "Le jeune pense qu'il peut valoriser ses compétences dans un pays plus développé économiquement et qu'elles seront gâchées s'il reste", explique ce statisticien économiste au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), interrogé par l'AFP en Espagne.

     

    Le projet "Sahwa" ("L'éveil", en arabe) a été mené entre 2014 et 2016 dans chacun des cinq pays, en réponse à une commande de la Commission européenne.  

    Ses résultats reflètent un "sentiment général de frustration et d'exclusion sociale" chez les jeunes, selon la fondation. 

    Les quatre principaux problèmes identifiés à travers 10.000 entretiens sont le niveau de vie (28%), la situation économique (22%), l'emploi (12%) et le système éducatif (10%).  

    Le taux de chômage des jeunes dans ces pays est d'environ 30% en 2014, alors que la moyenne mondiale est de 13%, font apparaître des chiffres de l'Organisation internationale du travail cités. 

    Difficile dans ces conditions de pousser "la porte de l'autonomie et de l'âge adulte", écrit le CIDOB.  

    Le projet Sahwa montre aussi que "les jeunes ne se sentent pas identifiés à leurs institutions, dont ils considèrent qu'elles ne représentent qu'une élite". 

    Selon l'enquête, "près de 60% des jeunes en âge de voter ne l'ont pas fait aux dernières élections, et principalement par manque d'intérêt (44,5%)". 

    http://www.lexpress.fr/

  • Violences faites aux femmes en Egypte : quand un régime se dit féministe et persécute les féministes (TV 5 Monde)

    "Ne te tais pas", un mot d'ordre répété au Caire, comme ce 14 juin 2014, par des manifestantes, lors d'un sitting organisé par des organisations féministes, demandent le respect du corps des femmes et de leurs droits.

    "Ne te tais pas", un mot d'ordre répété au Caire, comme ce 14 juin 2014, par des manifestantes, lors d'un sitting organisé par des organisations féministes, demandent le respect du corps des femmes et de leurs droits.(c) Vinciane Jacquet
     

    En Égypte, en ce début 2017, il devient de plus en plus difficile de critiquer le gouvernement, singulièrement quand on est féministe. Les autorités égyptiennes semblent déterminées à éliminer non pas les violences faites aux femmes dans les espaces publics et privés mais les activistes qui les dénoncent. Rencontre avec des résistantes

    En Egypte, en ce début d’année 2017, c’est toute la société civile qui est durement malmenée. Et les féministes telles que Mozn Hassan, et son organisation Nazra (regard en arabe), ainsi qu’Azza Soliman, pivot du CEWLA (Center for Egyptian Women’s Legal Assistance - centre pour une assistance juridique aux Egyptiennes), goûtent à ce feu répressif. Malgré le travail essentiel qu’elles mènent pour combattre les violences faites aux femmes, et le soutien qu’elles apportent aux victimes depuis des années, ces militantes sont décrites comme des “espionnes”, des personnes qui “mettent en danger la sécurité du pays”, et incitent à la “libération irresponsable” des femmes.

    Le régime de Sissi et son féminisme à géométrie variable

    Azza Soliman est avocate, et membre actif du conseil d’administration du CEWLA. La police égyptienne la connaît bien. Activiste pour le droit des femmes depuis 1994, elle se fait arrêter dès 1995 pour être venue en aide à des femmes torturées par des officiers car elles étaient les épouses d’islamistes. “Ici, nous aidons toutes les femmes, peu importe leur religion, leur appartenance politique, leur origine”, assène-t-elle. La même année, après sa libération, elle fonde le Centre d’assistance légale pour les femmes égyptiennes (CEWLA). Puis en 1995, Azza Soliman est accusée de salir l’image de l’Égypte - un prétexte présent parmi les chefs d’accusation visant les journalistes -, pour avoir parlé lors de conférences internationales, des viols et agressions envers les femmes.

    Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que le régime de Sissi est encore plus conservateur que les précédents
    Azza Soliman, avocate

    Cette femme, née dans une "fratrie" de cinq soeurs, a été poussée par sa famille à faire des études. Son combat pour les femmes l'a menée à témoigner dans une affaire qui a bouleversé l'Egypte et au delà, le monde entier : le 24 janvier 2015, la jeune poétesse Shaimaa al-Sabbagh était abattue par la police lors d'une manifestation alors qu’elle voulait simplement déposer une couronne de fleurs en mémoire des victimes de la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Son agonie avait été filmée.

    Pour tous ces combats, Azza Soliman est systématiquement harcelée par les autorités, entravée dans sa liberté de mouvement, empêchée de voyager, de sortir du pays par exemple. 

     

    Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que le régime de Sissi est encore plus conservateur que les précédents”, se lamente l’avocate. “Ils utilisent le discours religieux, le même que celui des salafistes, à des fins politiques, dans le but de séduire et rassurer les démocraties occidentales”.

    Volontaires contre les agressions sexuelles

    Mozn Hassan est une activiste féministe à l’origine de "Nazra for Feminist Studies", organisation qu’elle a créée en 2005 et dirige toujours. La militante a étudié à l'université du Caire où elle a reçu un master en droit international des droits de l'Homme en 2002, puis un second en 2005, délivré par l'université américaine du Caire, dans le même domaine. Féministe bien avant la révolution, elle avait soutenu  une thèse sur "les interprétations légales du droit au divorce, de la polygamie et des mouvements féministes égyptiens". Nazra est donc davantage un accomplissement, plutôt qu'une vocation brutale née de la place Tahrir et de ses émeutes. Mozn avait en effet été très active au sein de plusieurs organisations en Égypte des années durant. Elle a également été une chercheuse engagée à l'Université américaine au Caire sur des projets portant sur la Shari’a (ensemble de règles dicté par l'Islam), la justice pénale et les droits humains dans la région Moyen-Orient/Afrique du Nord.

    Nazra a documenté et dénoncé depuis sa création un nombre effarant d’agressions physiques et sexuelles, et soutenu des milliers de femmes. En 2011, elle recrute des volontaires pour protéger les manifestantes pendant les rassemblements populaires qui accompagnent la révolution. L’organisation propose soutien psychologique et légal, ainsi que des soins médicaux. Elle encourage les Egyptiennes à prendre part à la vie politique, et mène une coalition pour inclure les droits des femmes dans la constitution de 2014 ainsi que les violences sexuelles dans le code pénal.

    Le 11 janvier 2017, un tribunal a ordonné le gel des avoirs personnels de Mozn, ainsi que ceux de Nazra, dans le cadre de l’affaire dite des “ONGs financées par l’étranger”, suspectées de comploter contre le gouvernement. Le gel de leurs avoirs personnels les empêche de subvenir à leurs besoins quotidiens en interdisant l’utilisation de l’argent en banque. “Je ne suis pas surprise du verdict”, avoue Mozn Hassan. “Mais c’est la première fois qu’une organisation enregistrée au Ministère de la solidarité sociale et approuvée par lui fait les frais d’une condamnation et d’un gel de ses avoirs”.

    Ils savent mieux que les femmes, ce qui est bon pour les femmes
    Mozn Hassan, féministe égyptienne

    Azza Soliman, accusée dans la même affaire, a vu ses avoirs personnels gelés, ainsi que ceux de son cabinet. Mais CEWLA, son organisation, est sauve. Personne n’arrive à décrypter le pourquoi de cette différence. Cette nouvelle étape dans l’escalade répressive est inédite, mais suit la rhétorique du gouvernement contre les mouvements indépendants. L’Etat veut s’arroger le monopole de la protection des femmes. Les protéger à leur manière, sans interférence des membres de la société civile, car “ils savent mieux que les femmes, ce qui est bon pour les femmes”, se moque Mozn. Sans surprise, les dictateurs sont des patriarches aux valeurs abusives et rétrogrades, et au discours féministe lorsque cela les arrange.

    Les attaques contre Mozn Hassan et Azza Soliman visent à effrayer les autres féministes qui luttent contre le système patriarcal, à les décourager, à anéantir leurs rêves d’une société juste et égalitaire. Un appel est possible, trois mois après le verdict. Les deux femmes ont décidé de se pourvoir, sans grand espoir cependant. “Ils veulent nous voir fermer de nous-mêmes”, assure Azza. “Cela n’arrivera pas. Ils devront m’arrêter d’abord”, ajoute Mozn.

    Aux yeux de l’Etat, Azza Soliman et Mozn Hassan ont franchi une ligne rouge, celle qui impose aux femmes de se taire et de se soumettre. Parce qu’elles haussent clairement le ton contre les violences cachées derrière les murs des foyers, celles perpétrées par les forces de l’ordre ou dans la rue.

  • Egypte (Arte)

  • Protests in Egypt after regime 'steals daily bread' from the poor (Socialist Worker)

    A protest over bread subsidies in the Egyptian city Desouk

    A protest over bread subsidies in the Egyptian city Desouk

    Demonstrations swept across Egypt yesterday, Tuesday, after the government’s Supply Ministry slashed the amount of subsidised bread available to the poor.

    Working class areas in Egyptian cities such as of Cairo, Alexandria, Minya and Desouk saw hundreds of angry protesters take to the streets.

    New regulations mean that each bakery is allowed to distribute only 500 loaves of subsidised bread. Previously they had distributed between 1,000 and 4,000.

    Each person can receive only three loaves, whereas previously they could get five.

    People now also have to show plastic smart cards to prove they are eligible, rather than paper documents. Many of the poorest do not have the smart cards.

    Social media reports suggested police had fired warning shots over the heads of demonstrators in the Imbaba area of Cairo.

    Saed, a worker at a government supplies office, told the Middle East Eye news website his office was stormed by protesters chanting against the government.

    “There were about 100 men and women. I cannot blame them. We face the same problems at our houses,” he said.

    Hundreds protested in Alexandria’s Attarin neighborhood, and dozens in Manshiya, cutting off the tramway. Other protesters in Assafra train station in Alexandria also blocked the tracks.

    Starving

    Cheap bread is the difference between starving or eating for millions of desperately poor people.

    The Egyptian Revolutionary Socialists said, “The hundreds and thousands who took part in protests today are setting an example of how to challenge the regime.

    “The regime steals their daily bread in the interests of protecting the profits and dividends of big business. Its security apparatus stops anyone speaking out against the policies of impoverishment that the regime has imposed, thinking it will not face any popular resistance.”

    The authoritarian regime of Abdel Fattah el-Sisi has implemented a series of attacks on working class people. They’re part of a deal to secure a £10 billion IMF loan in recent months.

    The government introduced a Value Added Tax last September, then cut fuel subsidies in November. The devaluation of the Egyptian pound meant it lost almost half its former value.

    But there is international backing for Egypt’s neoliberalism.

    Egypt’s minister of foreign affairs, Sameh Shoukry, met European Union foreign ministers on Monday to explain “the nature of the reform process undertook by Egypt”.

    A few days before the bread protests, former Egyptian dictator Hosni Mubarak was cleared of any wrongdoing in relation to the murder of hundreds of protesters during the 2011 revolution.

    There is no nationally coordinated resistance to Sisi, and repression prevents large-scale protests. But there are still some strikes and outbursts of protest like the one we have seen this week.

    The lid will not stay on major revolt indefinitely.

    by Anne Alexander and Charlie Kimber

    https://socialistworker.co.uk

  • Égypte. Les autorités recourent à des mesures de mise à l'épreuve à titre punitif pour harceler les militants (Amnesty)

    egypt.jpg

    Les autorités égyptiennes recourent de plus en plus à des mesures de mise à l'épreuve arbitraires et excessives pour harceler les militants, a déclaré Amnesty International le 6 mars 2017.

    Dans certains cas, des conditions extrêmes leur sont imposées et des militants ayant purgé leur peine de prison se voient contraints de passer jusqu'à 12 heures par jour au poste de police.

    Au titre du régime de la mise à l'épreuve en Égypte, les prisonniers et les détenus libérés doivent passer un certain nombre d'heures par jour ou par semaine au poste de police. Il s’agit d’une peine alternative à la détention provisoire ou qui vient s'ajouter à une peine de prison.

    Amnesty International a recensé au moins 13 cas dans lesquels les mesures de mise à l'épreuve étaient excessives ou imposées de manière arbitraire à des militants. Dans certains cas, les ordonnances de mise à l'épreuve ont en fait débouché sur une nouvelle incarcération.

    « Les autorités égyptiennes sanctionnent des militants en imposant des conditions de mise à l'épreuve excessives, voire absurdes, qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux et s'apparentent parfois à une privation de liberté. Nombre d’entre eux, déclarés coupables ou inculpés en raison de leur militantisme pacifique, n'auraient jamais dû être incarcérés, a déclaré Najia Bounaim, directrice adjointe du programme Campagnes au bureau régional d’Amnesty International à Tunis.  

    « Les autorités égyptiennes se servent abusivement des mesures de mise à l'épreuve pour écraser la dissidence. Elles doivent lever toutes celles qui sont arbitraires et ordonner la libération immédiate et sans condition des militants détenus ou emprisonnés uniquement pour avoir exercé leurs droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique. »

    Les autorités égyptiennes sanctionnent des militants en imposant des conditions de mise à l'épreuve excessives, voire absurdes, qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux.
    Najia Bounaim, directrice adjointe du programme Campagnes au bureau régional d’Amnesty International à Tunis

    Ce sont les juges qui ordonnent les périodes de mise à l'épreuve au moment du prononcé du jugement, mais ils laissent généralement à la police, sans aucun contrôle, le soin de fixer le nombre d'heures que les personnes visées doivent passer en mise à l'épreuve dans le cadre de leur condamnation.

    Au lieu d'exiger que les anciens prisonniers et détenus se présentent au poste, signent le registre et repartent, la police égyptienne finit par détenir des militants en régime de mise à l'épreuve jusqu'à 12 heures par jour. Pendant ce laps de temps, ils ne sont pas autorisés à quitter le poste, à recevoir des visites ni à communiquer avec d’autres personnes que les policiers.

    Les militants Ahmed Maher et Mohamed Adel, libérés au bout de trois ans de prison pour avoir pris part à des manifestations non autorisées, sont contraints de passer 12 heures par jour au poste de police, dans le cadre de la condamnation prononcée par un tribunal égyptien en décembre 2013. De ce fait, ils ne sont pas en mesure de travailler, de voyager, d'étudier ni d'exprimer librement leurs opinions.

    Dans au moins quatre cas recensés par Amnesty International, des militants ont été placés en détention une deuxième fois, alors qu’ils n'avaient pas enfreint les conditions de leur mise à l'épreuve

    En vertu du droit égyptien (Loi n° 99 de 1945), les personnes soumises à un régime de mise à l'épreuve doivent passer les heures fixées à leur domicile, afin d’être présentes lors de toute visite impromptue de leurs agents de probation. Cependant, au titre de la Loi sur la mise à l'épreuve, la police peut obliger les personnes concernées à passer ces heures au poste si elle estime qu’il est trop difficile de les surveiller chez elles. La loi sanctionne également ceux qui bafouent les règles de la mise à l'épreuve d'une peine d'un an de prison, sans préciser ce qui peut constituer une violation de ces règles. Or, les normes internationales exigent que les autorités expliquent, par oral et par écrit, les conditions régissant les mesures non privatives de liberté aux personnes qui y sont soumises, notamment leurs obligations et leurs droits.

    Les vastes pouvoirs conférés à la police, qui a toute latitude pour décider, sans contrôle, font que dans certains cas la mise à l'épreuve se transforme en détention, ce qui va à l'encontre de son objectif en tant que mesure non privative de liberté.

    Par ailleurs, les mesures de mise à l'épreuve favorisent d'autres violations des droits humains, comme la détention arbitraire, les mauvais traitements et les restrictions arbitraires des droits à la liberté de mouvement et d'expression, dont sont victimes les militants pris pour cibles dans le cadre de la répression menée contre la dissidence. Elles interfèrent avec la jouissance d'autres droits, dont le droit au travail, à l'éducation et à un niveau de vie suffisant.

    « Les mesures de mise à l'épreuve excessives et punitives sont en fait une forme de détention déguisée. Certains militants se retrouvent dans l'incapacité d'exercer leurs droits à la liberté d'expression, de réunion et de mouvement, même après avoir fini de purger leur peine. C'est un autre moyen pour la justice pénale égyptienne de réduire au silence et d'intimider les détracteurs du gouvernement », a déclaré Najia Bounaim.

    Aux termes du droit égyptien, des mesures de mise à l'épreuve peuvent être prononcées en lien avec tout un éventail d'infractions, dont des dispositions qui criminalisent le droit à la liberté de réunion pacifique et d'expression. Par exemple, un accusé reconnu coupable d’avoir « terrorisé la population » ou « porté atteinte à la sécurité publique » au titre de l'article 375 bis du Code pénal, qui énonce des infractions en termes vagues, doit purger entre un et cinq ans de prison assortis d'une mise à l'épreuve de même durée après sa libération.

    Parfois, les procureurs ordonnent une mise à l'épreuve, condition pour libérer l’accusé dans l'attente de son procès. L'ordonnance fixe alors un nombre d'heures et de jours qu’il doit passer sous surveillance de la police. L'autorité chargée de la détention de l'accusé est habilitée à mettre fin à sa mise à l'épreuve et à le placer de nouveau en détention s'il enfreint les conditions et les règles fixées. Cependant, la loi ne précise pas dans quels cas il y a violation de la mise à l'épreuve. La police tire parti de ce flou pour justifier le fait de réincarcérer les militants au motif qu'ils ne se sont pas présentés à leur agent de probation aux heures voulues. Le caractère ambigu des conditions les maintient sur leurs gardes en permanence et les dissuade de s'impliquer dans la vie publique ou des activités politiques.

    Exemples de cas :

    Anciens prisonniers

    Éminent militant politique et leader du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, Ahmed Maher compte parmi les personnes placées en mise à l'épreuve sous surveillance de la police. Le 22 décembre 2013, le tribunal a condamné AhmedMaher, ainsi que les militants politiques Mohamed Adel et Ahmed Douma, à trois ans de prison assortis de trois ans de mise à l'épreuve après leur libération, et à une amende de 50 000 Livres égyptiennes (environ 2 940 euros) chacun, pour avoir pris part à une manifestation non autorisée. Après avoir passé trois ans derrière les barreaux, AhmedMaher s'est présenté au poste de police d'al Tagamu al Khamis le 5 janvier 2017 pour débuter sa période de mise à l'épreuve. La police lui a ordonné de passer 12 heures chaque nuit au poste, entre 18 heures et 6 heures du matin : il va donc passer une année et demie supplémentaire en détention policière, en plus de ses trois années de prison.

    L'avocat d’Ahmed Maher a déclaré à Amnesty International que son client se sent toujours en prison et que sa mise à l'épreuve sert à restreindre sa liberté de mouvement et à l'empêcher de s'impliquer dans des activités politiques ou d'exprimer ses opinions à la suite de sa libération. Il ne peut pas prendre soin de sa mère souffrante qui a besoin de soins médicaux. Il ne peut pas trouver de travail ni exercer sa profession d'ingénieur en génie civil, en raison des 12 heures qu'il passe chaque nuit au poste de police.

    L'avocat d’Ahmed Maher a expliqué que le jugement rendu à son encontre ne précisait pas les conditions de sa mise à l'épreuve et que la police a sans doute reçu des instructions de l'Agence de sécurité nationale afin de le détenir pendant 12 heures pour le surveiller.

    Son avocat a ajouté que pendant les quatre premiers jours de sa mise à l'épreuve, Ahmed Maher avait dû rester assis dans un couloir obscur devant une cellule au poste d'al Tagamu al Khamis sans lit, couverture ni éclairage. Il a par la suite été transféré dans une petite pièce froide, sous un escalier, mesurant 2 mètres sur 1,50 m. Au cours des 12 heures qu'il passe chaque nuit au poste, il lui est interdit d'utiliser des appareils électroniques, notamment son téléphone portable, et de recevoir des visites de sa famille. Certains policiers lui interdisent également d'utiliser les sanitaires. Il a demandé à rencontrer le responsable du poste pour porter plainte, mais sa requête a été rejetée.

    Mohamed Adel, l'un des leaders du Mouvement de la jeunesse du 6 avril condamné dans le cadre de la même affaire qu'Ahmed Maher à trois ans de prison et trois ans de mise à l'épreuve, est lui aussi ébranlé par des conditions abusives. Il a été libéré le 22 janvier 2017, après avoir passé trois ans en prison et a démarré sa période de mise à l'épreuve. Il passe 12 heures par jour, de 18 heures à 6 heures du matin, au poste d'Aga, dans le gouvernorat de Dakahlia. Il lui est interdit d'utiliser son téléphone portable, de regarder la télévision ou d'utiliser tout autre appareil durant ce laps de temps. Il a demandé que sa mise à l'épreuve soit levée pendant une journée pour se rendre au Caire, ce qui lui a été refusé.

    MohamedAdel a déclaré à Amnesty International qu'il a dû repousser son mariage, en raison de la durée de sa mise à l'épreuve, ce à quoi il ne s'attendait pas, car il pensait qu'il serait libre une fois sa peine de prison purgée. Il est étudiant à l'Université du Caire, mais il lui est impossible d’assister à ses cours trois fois par semaine car ses mesures de mise à l'épreuve s’appliquent dans un autre gouvernorat. MohamedAdel a déclaré qu'il ne peut pas exprimer ses opinions ni s'engager dans des activités politiques pacifiques, car il craint que les autorités ne considèrent cela comme une violation de ses conditions de mise à l'épreuve et n’engagent de nouvelles poursuites à son encontre.

    La mise à l'épreuve ouvre la voie au renouvellement de la détention

    Amnesty International s’est entretenue avec le militant Abd el Azim Ahmed Fahmy, connu sous le nom de Zizo Abdo, que la police a arrêté en mai 2016 pour incitation à participer à une manifestation non autorisée. Après avoir passé cinq mois en détention provisoire, il a été soumis à une mise à l'épreuve et devait passer deux heures, trois fois par semaine, au poste de Bolak el Dakrour, au Caire. Le 14 février 2017, un tribunal a ordonné la fin de sa période de mise à l'épreuve et son placement en détention pour 45 jours, au motif qu'il ne s'était pas présenté au poste aux heures fixées le 8 février. Son avocat a déclaré que Zizo Abdo ne s'était pas présenté au poste ce jour-là, parce qu'il avait été arrêté par la police quelques heures plus tôt dans un café, et détenu au secret pendant cinq heures. Le 26 février, le tribunal pénal du Caire a examiné le recours de Zizo Abdo contre sa réincarcération et ordonné sa libération conditionnelle assortie d’une mise à l'épreuve. 

    Zizo Abdo a déclaré que durant sa période de mise à l'épreuve, il s'est senti piégé entre la liberté et la détention, ne pouvant pas travailler, voyager, même en Égypte, ni exprimer son opinion sur les affaires publiques. Il s'est tenu à l'écart de toute activité politique par crainte d'être de nouveau placé en détention, si ses actes étaient interprétés comme une violation des conditions de sa mise à l'épreuve.

    Khaled el Ansary, Said Fathallah et Ahmed Kamal ont été placés en détention pour la deuxième fois le 22 octobre 2016 et sont actuellement en détention provisoire pour appartenance à un groupe interdit, « la Jeunesse du 25 janvier ». Les trois hommes ont passé sept mois en détention provisoire après leur arrestation le 30 décembre 2015.

    Le tribunal a tout d'abord ordonné leur libération conditionnelle le 1er août 2016 et fixé les conditions de leur mise à l'épreuve : ils devaient rester quatre heures, de 20 heures à minuit, trois fois par semaine, dans trois postes de police différents. Le 7 septembre 2016, le tribunal a réduit cette durée à deux heures, une fois par semaine. Le 20 octobre, le tribunal pénal du Caire a levé l'ordonnance de mise à l'épreuve visant les trois hommes. Deux jours plus tard, le service du procureur de la sûreté de l'État a fait appel de cette décision. Une autre chambre du même tribunal a examiné le recours et ordonné leur placement en détention pendant 45 jours, alors qu'ils n'avaient pas enfreint les conditions de leur mise à l'épreuve et avaient strictement respecté les heures où ils devaient se présenter au poste.

    Depuis, la détention des trois hommes a été renouvelée tous les 45 jours, la dernière fois le 25 février 2017. 

    Deux d’entre eux, Khaled el Ansary et Said Fathallah  ont entamé une grève de la faim pour protester contre le traitement qui leur est réservé. La mère de Khaled el Ansary a déclaré que les mesures de sa mise à l'épreuve ont un impact néfaste sur ses études universitaires, ainsi que sur le travail, la vie et les finances de la famille.

    6 mars 2017

    https://www.amnesty.org/