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Féminisme

  • Soutien pour la maison LGBTQI de Sidi Bou Saïd (Ulule.com)

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    Appel à la solidarité.

    À propos du projet

     Bonjour, je m'appelle Amina Sboui, je suis une militante des droits humains, féministe et activiste LGBTQI. Après avoir passé deux ans à Paris, je suis de retour en Tunisie pour y terminer mon combat ; malheureusement j'ai assisté dès mon retour en 2015 à une montée d'homophobie. En Tunisie comme ailleurs, des dizaines d'activistes et personnes LGBTQI se retrouvent à la rue à cause de leur sexualité. Ma maison a servi de refuge pour eux, j'ai réussi à loger quelques dizaines de gays, transgenres, lesbiennes... Plusieurs d'entre eux trouvent une solution au bout de quelques jours, d'autres au bout de quelques semaines...

    Mais depuis presque deux ans la situation générale n'a pas changé.

    Aujourd'hui je n'ai plus les moyens de payer mon loyer, en dépit des personnes de la communauté qui ont encore besoin de ce refuge. C'est pour cela nous que nous avons besoin de votre aide. La maison se situe à Sidi Bou Saïd, un quartier sécurisé dans la banlieue nord de la Tunisie.

    Cette maison a été attaquée par des homophobes en mi-septembre, un groupe de cinq personnes ont tenté de forcer notre porte, armés d'armes blanches. Quelques semaines après, 800 personnes ont signé une pétition pour revendiquer notre évacuation de la maison. J'ai profité de mon passage à la télé à propos de ces incidents pour faire un coming-out (une première sur la télé tunisienne) et pour défendre notre communauté ; par la suite deux autre pétitions ont été créées pour nous soutenir, une signée par une quarantaine d'artistes et de militants tunisiens, l'autre par une vingtaine d'associations tunisiennes qui militent pour les droits humains.

    Nous avons tenu et nous voulons tenir encore.

    Merci pour votre soutien.

    Amina Sboui

    A quoi va servir le financement ?

    Pouvoir assurer plusieurs mois de loyer afin de perpétrer et soutenir notre communauté et LGBTQI de Sidi Bou Saïd.

    5000€ = 4 mois de loyer + divers frais de la maison + frais Ulule et frais d'envoi
    8000€ = 6 mois de loyer + divers frais de la maison + frais Ulule et frais d'envoi
    15 000€ = 1 an de loyer + divers frais de la maison + frais Ulule et frais d'envoi

    A propos du porteur de projet :

    Safia Lebdi, née à Clermont Ferrand s'est engagée des 1998 d'abord pour les femmes de son quartier, animant des réunions et puis une marche nationale dans 23 villes de France la marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité qui donnera naissance à l'association Ni Putes Ni Soumises. Fondatrice et porte parole elle refuse la récupération politique, elle crée ensuite les Insoumis-e-s.

    En 2010 elle sera élue régionale en Île de France avec EELV, elle présidera pendant six ans la commission du film qui organise l’industrie du cinéma de la région doté d’un budget de 14 millions d’euros. Elle soutiendra alors de nombreuses créations exprimant la jeunesse issue de l’immigration dont Houda Benyamina qui obtient en mai 2016 au festival de Cannes la Caméra d'or pour son premier long métrage, Divines. Safia organise parallèlement la venue à Paris des Femen d'Ukraine, participant à l'internationalisation de ce mouvement dont elle est l'inspiratrice. Apparaîtront ainsi d'éminentes Femen dans le monde arabe, pour un combat qui rejoint celui des LGBT, particulièrement en Tunisie et au Maroc. Elle se consacre maintenant à la production de documentaires et d'une collection de livres féministes donnant la parole à toutes ces femmes remarquables qu'elle aura rencontré dans son parcours.

    Ces liens vous aiderons également à mieux comprendre notre cas :

    http://www.bbc.com/news/magazine-34942881

    http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/tunisie-38-personnalites-publiques-185537

    http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/tunisie-amina-l-ex-femen-n-est-pas-la-bienvenue-chez-elle-1592491241

    http://www.liberation.fr/direct/element/amina-sb-sboui-ex-femen-fait-son-coming-out-a-la-television-tunisienne_48240/

    http://www.wepostmag.com/habitants-de-sidi-bou-said-petition-contre-amina-sboui/

    http://www.tuniscope.com/article/102683/actualites/tunisie/menaces-amina-sboui-255814


    safia.l@hotmail.fr 

    https://fr.ulule.com/

  • N’oublions pas le calvaire des femmes en Syrie par Samar Yazbek (Souria Houria)

    En Syrie, la question des droits des femmes est indissociable de celle, affligeante, des Droits de l’Homme en général, malgré les tentatives du régime de se poser en défenseur progressiste et libéral des femmes.

    Elles subissent le même joug que les hommes, en plus de devoir se soumettre aux traditions patriarcales plus ou moins pesantes selon leur classe sociale et économique.

    Le régime syrien mène une politique perverse.

    Ainsi, l’Union des Femmes – fondée pour aider les femmes à revendiquer leurs droits et améliorer leur statut – dépend entièrement du régime et lui prête allégeance comme toutes les institutions partisanes et, en même temps, Bachar al-Assad autorise le groupe de femmes islamistes Kobeyssi à mener librement leurs activités de recrutement et de prosélytisme religieux.

    Dans ce contexte, les Syriennes, qui n’ont jamais cessé de lutter pour l’amendement de certains articles du Code civil, abusifs et injustes à leur égard, ont vu leurs libertés régresser depuis le soulèvement de mars 2011. Dès les premières manifestations pacifiques, les femmes se sont révélées comme la face lumineuse du mouvement populaire. Dans les villes, elles ont organisé et mené les manifestations côte à côte avec les hommes, rédigé et brandi les banderoles réclamant la démocratie, la libération des prisonniers et l’abolition de l’état d’urgence. Elles sont nombreuses à avoir fondé des associations civiles, juridiques ou révolutionnaires. Ecrivaines, poètes, artistes, cinéastes, avocates, militantes et anciennes détenues ont soutenu ou participé au soulèvement populaire aux côtés des femmes anonymes partout dans le pays, bien que l’action des femmes ait été plus réduite dans les campagnes où elles devaient militer séparément des hommes.

    Lorsque l’armée, les services secrets et les chabihha ont riposté avec la violence que l’on sait aux manifestants, les femmes ont dû limiter leur activité au secours social. Le nombre des militantes a aussi chuté après l’enlèvement et l’incarcération de plusieurs d’entre elles, proches parentes de militants recherchés par les services de renseignement.

    Ce n’est pas un fait nouveau : depuis les années 1970, de nombreuses prisonnières d’opinion ont subi la torture et le viol dans les prisons du régime.

    L’incarcération des femmes a toujours constitué une affaire grave dans la société syrienne traditionaliste à cause du viol et du harcèlement sexuel qu’elles risquaient de subir en détention et du déshonneur qui rejaillissait sur leurs familles. L’histoire de la militante Lama Chahoud est unique dans les annales: avant de décéder des séquelles de ses plaies dans un hôpital en Jordanie, elle a eu le courage de parler de la torture et du viol auxquels elle a été soumise pendant son incarcération. Ce n’est que sur son lit de mort qu’elle a réussi à transgresser la vision obscurantiste que portait la société arabe sur la femme violée.

    À mesure que la violence s’amplifiait dans le pays, que le bruit des armes s’intensifiait, que le communautarisme s’exacerbait et que les djihadistes envahissaient le territoire syrien par les frontières ouvertes, les femmes quittaient le devant de la scène pour se consacrer aux soins auprès des victimes, faisant passer clandestinement les médicaments dans les régions assiégées, traversant les barrages, dissimulant les blessés poursuivis, veillant sur les familles des prisonniers, réalisant des courts-métrages documentaires, se démenant sur les réseaux sociaux et enregistrant les violations du régime. L’avocate Razân Zeitouneh, qui a fondé le Centre de Documentation sur les Violations des Droits de l’Homme, est ainsi demeurée envers et contre tout dans la banlieue de Damas afin de participer aux projets civils – dont la scolarisation des enfants – jusqu’à son enlèvement. Elle a disparu entre les mains d’une brigade islamiste en compagnie de son époux et de son amie, Samira al-Khalil, ancienne détenue dans les prisons d’Assad père.

    La situation n’a fait que dégénérer depuis la fin 2013.

    La mainmise des diverses factions islamistes militarisées a contraint les femmes à adopter différentes attitudes selon les régions. Quand on évoque la situation des Syriennes, cet aspect est d’habitude occulté. Car le profond bouleversement provoqué par l’avènement de l’État islamique et des brigades djihadistes n’a pas seulement entraîné la violence flagrante, les bombardements et les massacres perpétrés par le régime et ses alliés. Une violence sournoise s’est aussi installée qui a miné lentement les bases de la société, banalisé la disparition tragique des humains en les réduisant à un nombre de victimes.

    Les femmes ont été les premières à payer le prix fort surtout dans les régions dominées par Daech, où elles ont été forcées de s’effacer et de se soumettre à la charia islamiste la plus radicale qui interdit toute mixité avec les hommes et qui réduit leur rôle à la sexualité et à la procréation.

    Dans les régions contrôlées par les brigades djihadistes telles que le Front al-Nosra ou Ahrar al-Cham, où les tribunaux religieux ont remplacé les tribunaux civils, où le voile a été imposé à toutes les femmes, une petite marge leur a été accordée, celle de s’occuper de l’instruction des enfants ainsi que de l’humanitaire. Mais elles ont subi des pressions de plus en plus fortes pour rester confinées chez elles et de nombreuses veuves se sont vues contraintes d’épouser des combattants venus d’ailleurs pour subvenir aux besoins de leurs familles restées sans soutien.

    Dans les régions telles qu’Idlib et la Ghouta de Damas, les femmes se sont rebellées et se sont regroupées au sein d’associations qui s’occupent de la scolarisation des enfants et apportent un soutien économique, politique, psychologique et technologique à leurs semblables. À Damas, elles ont fondé l’Association de Soutien au Soulèvement, entièrement dédiée à l’action pacifique. Aujourd’hui, elles gèrent efficacement les centres de Women Now et de Mazaya qui se trouvent souvent sur les lignes de front. Elles s’instruisent et instruisent leurs enfants en même temps, malgré les pressions sociales et religieuses, malgré les bombardements continus du régime d’Assad et des Russes. Elles ne cessent d’arracher la vie à la gueule même de la mort.

    La journaliste militante Zeina Arhim a quitté Londres où elle vivait pour revenir participer à la révolution dans le nord du pays, enregistrant et filmant les événements qui se déroulent entre Idlib et Alep. Ses trois documentaires de la série des Révoltées montrent le parcours de trois jeunes femmes qui ont refusé de s’exiler afin de participer à l’enseignement et aux secours et de témoigner des bouleversements survenus dans le pays. «Nous avons appelé de nos vœux l’armée libre et voilà que les djihadistes du monde entier déferlent chez nous. Nous avons revendiqué la liberté et nous nous retrouvons dans les chaînes. On veut m’obliger à me couvrir le visage et bientôt on m’imposera de ne plus respirer ! Je suis pourtant une femme libre et je vivais normalement avant l’arrivée des brigades radicales !», dit la jeune héroïne de l’un des films.

    Sous les pressions, les poursuites et les menaces des islamistes, Zeina Arhim a dû s’exiler, constatant qu’elle n’avait plus sa place en tant que femme et en tant que militante civile dans les régions dominées par ces brigades. Elle avait subi auparavant le même genre d’exactions de la part des services de renseignements du régime.

    Dans les régions dominées par Assad, la violence contre les femmes est d’une autre sorte: elle n’obéit pas aux critères de gender, mais à ceux d’allégeance et d’opposition. De nombreuses intellectuelles militantes ont vu leur réputation souillée pour mieux étouffer leur voix et, à défaut de les tuer concrètement, quelques figures féminines, parmi celles qui jouissaient d’une certaine aura symbolique, ont été immolées virtuellement sur la scène publique.

    L’exode et l’exil ont engendré de nouveaux modèles sociaux dans les camps des réfugiés. Les femmes sont soumises à des conditions abominables, depuis le mariage des filles impubères jusqu’à leur exploitation sexuelle et économique, en plus de l’hégémonie masculine. Les victimes sont issues en majorité des classes sociales les plus modestes qui n’ont pas eu accès à l’instruction ni au travail et pour lesquelles la religion constitue un modèle culturel de vie.

    Sur le plan politique, l’opposition officielle à Bachar al-Assad, représentée par le Conseil national et par la Coalition nationale, a eu recours à la même tactique d’exclusion ou de dépendance et la présence politique des femmes se limite presque toujours à une façade. Aujourd’hui, la situation est tellement désastreuse sur les lignes de front, dans les régions occupées par les brigades djihadistes et l’État islamique, et même ailleurs, qu’elle a freiné l’élan qui portait de nombreuses femmes à résister, les empêchant de s’engager dans une activité politique d’opposition.

    Reste les Syriennes d’origine kurde, qui jouissent d’une situation unique, d’un espace de liberté plus important qu’ailleurs: elles ont porté les armes et formé des brigades de combat contre l’État islamique, servant à la fois l’objectif politique et militaire des partis kurdes et constituant un outil de propagande politique en occident. Sur le front adverse, aucune stratégie généralisée de création de brigades de femmes islamistes n’a été relevée, excepté l’unique cas de la Brigade al-Khansa’.

    Confrontées à toutes les formes de violence, depuis le radicalisme religieux jusqu’aux crimes perpétrés par Assad, en passant par les avatars tragiques de la guerre, les Syriennes continuent d’avancer tant bien que mal sur le chemin qui les conduira vers les valeurs de liberté, de dignité et de justice. Mais cette route s’avère encore très longue.

    SouriaHouria.com سوريا حرية

     Souria Houria le 22 mars 2017

    Samar Yazbek

    Source : Nouvel Obs - Date de parution le : 15/03/2017

    souriahouria.com
     
  • Violences faites aux femmes en Egypte : quand un régime se dit féministe et persécute les féministes (TV 5 Monde)

    "Ne te tais pas", un mot d'ordre répété au Caire, comme ce 14 juin 2014, par des manifestantes, lors d'un sitting organisé par des organisations féministes, demandent le respect du corps des femmes et de leurs droits.

    "Ne te tais pas", un mot d'ordre répété au Caire, comme ce 14 juin 2014, par des manifestantes, lors d'un sitting organisé par des organisations féministes, demandent le respect du corps des femmes et de leurs droits.(c) Vinciane Jacquet
     

    En Égypte, en ce début 2017, il devient de plus en plus difficile de critiquer le gouvernement, singulièrement quand on est féministe. Les autorités égyptiennes semblent déterminées à éliminer non pas les violences faites aux femmes dans les espaces publics et privés mais les activistes qui les dénoncent. Rencontre avec des résistantes

    En Egypte, en ce début d’année 2017, c’est toute la société civile qui est durement malmenée. Et les féministes telles que Mozn Hassan, et son organisation Nazra (regard en arabe), ainsi qu’Azza Soliman, pivot du CEWLA (Center for Egyptian Women’s Legal Assistance - centre pour une assistance juridique aux Egyptiennes), goûtent à ce feu répressif. Malgré le travail essentiel qu’elles mènent pour combattre les violences faites aux femmes, et le soutien qu’elles apportent aux victimes depuis des années, ces militantes sont décrites comme des “espionnes”, des personnes qui “mettent en danger la sécurité du pays”, et incitent à la “libération irresponsable” des femmes.

    Le régime de Sissi et son féminisme à géométrie variable

    Azza Soliman est avocate, et membre actif du conseil d’administration du CEWLA. La police égyptienne la connaît bien. Activiste pour le droit des femmes depuis 1994, elle se fait arrêter dès 1995 pour être venue en aide à des femmes torturées par des officiers car elles étaient les épouses d’islamistes. “Ici, nous aidons toutes les femmes, peu importe leur religion, leur appartenance politique, leur origine”, assène-t-elle. La même année, après sa libération, elle fonde le Centre d’assistance légale pour les femmes égyptiennes (CEWLA). Puis en 1995, Azza Soliman est accusée de salir l’image de l’Égypte - un prétexte présent parmi les chefs d’accusation visant les journalistes -, pour avoir parlé lors de conférences internationales, des viols et agressions envers les femmes.

    Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que le régime de Sissi est encore plus conservateur que les précédents
    Azza Soliman, avocate

    Cette femme, née dans une "fratrie" de cinq soeurs, a été poussée par sa famille à faire des études. Son combat pour les femmes l'a menée à témoigner dans une affaire qui a bouleversé l'Egypte et au delà, le monde entier : le 24 janvier 2015, la jeune poétesse Shaimaa al-Sabbagh était abattue par la police lors d'une manifestation alors qu’elle voulait simplement déposer une couronne de fleurs en mémoire des victimes de la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Son agonie avait été filmée.

    Pour tous ces combats, Azza Soliman est systématiquement harcelée par les autorités, entravée dans sa liberté de mouvement, empêchée de voyager, de sortir du pays par exemple. 

     

    Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que le régime de Sissi est encore plus conservateur que les précédents”, se lamente l’avocate. “Ils utilisent le discours religieux, le même que celui des salafistes, à des fins politiques, dans le but de séduire et rassurer les démocraties occidentales”.

    Volontaires contre les agressions sexuelles

    Mozn Hassan est une activiste féministe à l’origine de "Nazra for Feminist Studies", organisation qu’elle a créée en 2005 et dirige toujours. La militante a étudié à l'université du Caire où elle a reçu un master en droit international des droits de l'Homme en 2002, puis un second en 2005, délivré par l'université américaine du Caire, dans le même domaine. Féministe bien avant la révolution, elle avait soutenu  une thèse sur "les interprétations légales du droit au divorce, de la polygamie et des mouvements féministes égyptiens". Nazra est donc davantage un accomplissement, plutôt qu'une vocation brutale née de la place Tahrir et de ses émeutes. Mozn avait en effet été très active au sein de plusieurs organisations en Égypte des années durant. Elle a également été une chercheuse engagée à l'Université américaine au Caire sur des projets portant sur la Shari’a (ensemble de règles dicté par l'Islam), la justice pénale et les droits humains dans la région Moyen-Orient/Afrique du Nord.

    Nazra a documenté et dénoncé depuis sa création un nombre effarant d’agressions physiques et sexuelles, et soutenu des milliers de femmes. En 2011, elle recrute des volontaires pour protéger les manifestantes pendant les rassemblements populaires qui accompagnent la révolution. L’organisation propose soutien psychologique et légal, ainsi que des soins médicaux. Elle encourage les Egyptiennes à prendre part à la vie politique, et mène une coalition pour inclure les droits des femmes dans la constitution de 2014 ainsi que les violences sexuelles dans le code pénal.

    Le 11 janvier 2017, un tribunal a ordonné le gel des avoirs personnels de Mozn, ainsi que ceux de Nazra, dans le cadre de l’affaire dite des “ONGs financées par l’étranger”, suspectées de comploter contre le gouvernement. Le gel de leurs avoirs personnels les empêche de subvenir à leurs besoins quotidiens en interdisant l’utilisation de l’argent en banque. “Je ne suis pas surprise du verdict”, avoue Mozn Hassan. “Mais c’est la première fois qu’une organisation enregistrée au Ministère de la solidarité sociale et approuvée par lui fait les frais d’une condamnation et d’un gel de ses avoirs”.

    Ils savent mieux que les femmes, ce qui est bon pour les femmes
    Mozn Hassan, féministe égyptienne

    Azza Soliman, accusée dans la même affaire, a vu ses avoirs personnels gelés, ainsi que ceux de son cabinet. Mais CEWLA, son organisation, est sauve. Personne n’arrive à décrypter le pourquoi de cette différence. Cette nouvelle étape dans l’escalade répressive est inédite, mais suit la rhétorique du gouvernement contre les mouvements indépendants. L’Etat veut s’arroger le monopole de la protection des femmes. Les protéger à leur manière, sans interférence des membres de la société civile, car “ils savent mieux que les femmes, ce qui est bon pour les femmes”, se moque Mozn. Sans surprise, les dictateurs sont des patriarches aux valeurs abusives et rétrogrades, et au discours féministe lorsque cela les arrange.

    Les attaques contre Mozn Hassan et Azza Soliman visent à effrayer les autres féministes qui luttent contre le système patriarcal, à les décourager, à anéantir leurs rêves d’une société juste et égalitaire. Un appel est possible, trois mois après le verdict. Les deux femmes ont décidé de se pourvoir, sans grand espoir cependant. “Ils veulent nous voir fermer de nous-mêmes”, assure Azza. “Cela n’arrivera pas. Ils devront m’arrêter d’abord”, ajoute Mozn.

    Aux yeux de l’Etat, Azza Soliman et Mozn Hassan ont franchi une ligne rouge, celle qui impose aux femmes de se taire et de se soumettre. Parce qu’elles haussent clairement le ton contre les violences cachées derrière les murs des foyers, celles perpétrées par les forces de l’ordre ou dans la rue.

  • Nouveautés sur Europe Solidaire Sans frontières

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  • Women's boat to Gaza (Freedom Flotilla Coalition)

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    One year ago today, on International Women's Day, the Freedom Flotilla Coalition announced our Women's Boat to Gaza campaign. In solidarity with women in Gaza who suffer daily under the illegal blockade, we successfully challenged by sea the oppressive and illegal collective punishment of the Palestinians living under blockade in Gaza. Today we continue to celebrate the incredible spirit of the women who keep home fires burning in spite of the United Nations declaring that their homes will be uninhabitable by the year 2020 unless we do something!
    On International Women's Day, 56 Palestinian women including 16 under 18 year olds are held in Israeli prisons for resisting occupation, the Prisoners Affairs Committee reported. Over 15,000 Palestinian women and young girls have been detained since 1967.
    Our boat Zaytouna-Oliva remains in the custody of Israel and we are working to free her. Additionally, we are working on our next campaign that will once again challenge this illegal and inhumane blockade. In the spirit of the women who rose against militarism and capitalism on the first International Women's Day, the Freedom Flotilla Coalition too shall rise in solidarity with Palestinians. We call for all Gaza boats to be freed, ours and the many Palestinian fishing boats that suffer continual violent attacks and ongoing harassment from the same Israeli military that stopped and seized our boat last October.
     
    Hoy hace un año, en el día internacional de la mujer, la coalición de flotilla de libertad anunció el barco de la mujer a la campaña de Gaza. En la solidaridad con las mujeres de Gaza que sufren diariamente el bloqueo ilegal, nos impugnó con éxito el castigo colectivo de los palestinos que viven bajo el bloqueo en Gaza. Hoy celebramos el increíble espíritu de las mujeres que mantienen el fuego en el hogar a pesar de las naciones unidas declarando que sus hogares serán inhabitable para el año 2020 a menos que hagamos algo!
    En el día internacional de la mujer, 56 mujeres palestinas, entre ellas 16 menores de 18 años, se encuentran en cárceles israelíes para resistirse a la ocupación, el comité de asuntos de los Desde 1967. Se han detenido a más de 15,000 mujeres palestinas y niñas.
    Nuestro barco zaytouna-Oliva permanece bajo la custodia de Israel y estamos trabajando para libre. Además, estamos trabajando en nuestra próxima campaña que, una vez más, se desafío este bloqueo ilegal e inhumano. En el espíritu de las mujeres que se rose contra el militarismo y el capitalismo en el primer día internacional de la mujer, la coalición de la flotilla también se levantará en solidaridad con los palestinos. Llamamos a todos los buques de Gaza que se liberen, los nuestros y los numerosos barcos de pesca palestinos que sufren continuos ataques violentos y el acoso constante de los mismos militares israelíes que se detuvieron y incautados en nuestro barco el pasado octubre.
     
  • On 8 March, stand with women of Palestine (Electronic Intifata)

    The history of women’s resistance in Palestine is a long one.

    Oren Ziv ActiveStills

    The 8 March international women’s strike is an unprecedented opportunity for feminists to stand against Islamophobia and Israeli apartheid, while supporting Palestinian self-determination.

    The strike call for a “feminism for the 99 percent” includes explicit demands for an “anti-racist, anti-colonial feminism,” the decolonization of Palestinian land and the tearing down of apartheid walls, whether they be along the US-Mexico border or in the occupied West Bank.

    Those who have endorsed the call include the political prisoner Rasmea Odeh and Angela Davis, a veteran campaigner for justice and a staunch supporter of the Palestinian call for boycott, divestment and sanctions (BDS) against Israel.

    The march’s platform is, therefore, partly a celebration of the history of Palestinian women and their role in fighting the Israeli occupation. That history is a long one.

    This year marks the centenary of the Balfour Declaration. Through that document, Arthur James Balfour, then Britain’s foreign secretary, promised to support the establishment of a “Jewish national home” – a euphemism for a Jewish state – in Palestine.

    In the 1920s, women protested against the Zionist colonization program that Balfour had backed.

    A women’s conference was held in Jerusalem during 1929.

    Following it, a delegation of 14 women called to see John Chancellor, then the British high commissioner for Palestine. The women called for a revocation of the Balfour Declaration and objected to the beating of demonstrators, the ill-treatment of prisoners and the collective punishment of villages by the British authorities then ruling Palestine.

    Key role in struggle

    During the 1930s Arab rebellion in Palestine, women collected funds and distributed food to detainees. They also delivered food, weapons and water to men involved in the rebellion.

    In 1948, Palestinian women fought in armed battles against Zionist forces.

    Women in Jaffa formed Zahrat al-Uqhuwan (the Daisy) shortly before the Nakba, the 1948 mass expulsion of Palestinians. That organization delivered medical services, food, water and ammunition to Palestinian rebels.

    During the 1948-1968 period, Palestinian women played key roles in al-Ard (The Land), a resistance movement eventually suppressed by Israeli authorities.

    Since 1967, Palestinian women have played numerous roles in Palestinian freedom struggles. Women like Fatima Barnawi participated in armed resistance.

    In January 1969, Palestinian women staged a sit-in strike in front of Israeli prisons and detention centers demanding release of imprisoned family members. In Gaza alone, 65 women died resisting the occupation between 1967 and 1970.

    Fear forbidden

    In more recent times, Palestinian women were central to the mass uprising of the first intifada that began on 9 December 1987, the day fear was forbidden and the stones were taken up, as the Palestinian journalist Makram Makhoul put it.

    The intifada began after four Palestinians were killed at an Israeli checkpoint in Gaza, and 17-year-old Hatem Abu Sisi, was murdered by an Israeli officer shooting into a crowd of grieving Palestinian protesters.

    The women’s committees that had existed before the uprising provided some of the leadership of the emerging popular committees that were of critical importance to the intifada.

    The leadership was involved in organizing relief services and raising funds for prisoners and their families. It also arranged legal assistance and undertook leafleting to organize more people to join the intifada.

    When Israel shut down Palestinian schools – a common tactic of the occupation forces – women organized underground alternative schools that sprung up in homes, mosques and churches. Women were also central in organizing the mass boycott of Israeli goods.

    On 8 March 1988, the women’s committees that had organized Palestinian women workers, students and housewives called for a joint program on International Women’s Day.

    The committees arranged child care services to allow for mass participation of women in popular committees and trade unions. The program also encouraged women to join the general strikes taking place all over the West Bank and Gaza, and to organize defenses against raids by Israeli soldiers and settlers.

    During the second intifada that began in 2000, Manal Abu Akhar – who was shot in the chest as a child during the first intifada – used her home in Dheisheh, a Bethlehem-area refugee camp, to shelter fighters.

    She also helped to “de-arrest” Palestinians seized by the Israeli military. Palestinian women would throw their bodies on the ground to try to create chaos so that others could escape.

    Abu Akhar also used her home as a lookout to monitor the movement of the Israeli military.

    Support BDS

    More recently, Palestinian women have been caught in Israel’s deadly crackdowns. In October 2015, 17 year-old Dania Irsheid was shot dead at an Israeli checkpoint in Hebron. Israeli soldiers said she was shot because she threatened them with a knife but that has been denied by witnesses.

    Another teenager, Bayan al-Esseili, was shot dead that same month near the Kiryat Arba settlement in Hebron.

    A grouping called the Jerusalemite Women’s Coalition spoke out against those killings.

    Speaking as women, mothers, sisters, daughters and youth, the coalition called for the “protection of our bodily safety and security when in our homes, walking in our neighborhood, reaching schools, clinics, work places and worship venues.”

    “We, the women of occupied East Jerusalem, are politically orphaned,” the groups stated. “We are victims without protection, as the Palestinian Authority has no right to protect us in our city, and the Israeli state treats us as terrorists who should be humiliated, attacked, violated and controlled.”

    And on 8 March last year, Palestinian women released a statement of solidarity with the thousands of Palestinian women who have been incarcerated by Israel since 1967.

    The statement was written as more than 60 Palestinian women were behind Israeli bars. It protested the ongoing denial to Palestinian women of healthcare and education, and the horrific conditions faced by Palestinian women imprisoned for resistance to the occupation.

    This year’s 8 March platform urges participants to keep on demonstrating their support for Palestinian liberation after the march is over.

    The platform’s demand for open borders, for immigrant rights and for the decolonization of Palestine should lead demonstrators directly to support for the BDS movement.

    The Palestinian BDS call demands an end to Israeli occupation of Arab lands, full and equal rights for Palestinian citizens of Israel, dismantling of the Israeli apartheid wall in the West Bank and implementation of UN resolution 194 supporting the right of Palestinian refugees to return to their homeland.

    Those goals are fully in keeping with the spirit of the 8 March platform.

    Trade unions fighting in the West that have endorsed the platform should support BDS tactics as a means of demonstrating solidarity with Palestinian women workers – both those in and outside trade unions.

    The unemployment rate for Palestinian women in the West Bank stood at 28.5 percent in the last few months of 2016. That was twice as high as the rate of male unemployment.

    In Gaza, the rate of female unemployment was more than 64 percent, according to the Palestinian Central Bureau for Statistics. The corresponding rate for men was 33 per cent.

    These data demonstrate why every Palestinian trade union supports the BDS campaign against Israel.

    Reject “imperialist feminism”

    The 8 March call for an “an end to gender violence,” including police brutality and “state policies” that engender poverty can bring demonstrators into direct solidarity with Palestinian feminists.

    As the scholar and activist Nada Elia has noted, Israel’s infrastructure is “designed to sustain high rates of miscarriages by blocking basic resources such as water and medical supplies, forcing women in labor to wait at military checkpoints on their way to a hospital, and generally creating inhumane and unlivable conditions for Palestinians. This also increased miscarriages, pre-term labor and stillbirths. Ethiopian-Israeli women, most of them Jewish, have also been subject to mandatory contraceptive injections without their consent.”

    Demonstrators on 8 March can link their struggles to ongoing work by groups like the General Union of Palestinian Women which organize around battles for justice for Palestinian women.

    Under Donald Trump’s presidency, the violent expansion of Israeli settlements has continued apace, and we must prepare to resist any impending plans for war against Gaza. But we cannot afford to wait for the next bombs to fall to know that Gaza itself is already unlivable and that the UN has predicted that conditions will worsen by the end of this decade.

    To be a Palestinian woman in Gaza is to have no control over one’s body and the ability to live any semblance of a full life. The US has funded and supported the racist violence inflicted on the women, men and children of Gaza.

    Finally, those who advocate for global feminism on 8 March must not let their political support for Palestine become entangled with support for Zionism or the Israeli occupation. Now more than ever, a sharp line must be drawn between those on the left who avow what Deepa Kumar, a writer and academic, calls “imperialist feminism” and those who fight for the emancipation of women everywhere.

    Only a feminism “from the river to the sea” and beyond can turn the tide against the brutally gendered violence of the US and Israel. Only an anti-racist, anti-imperialist feminism can end the war on Palestinian women that is a building block of Zionism, the Israeli occupation and the US empire.

     6 March 2017

    Sofia Arias lives in New York City and Bill V. Mullen lives in Indiana. Both are long-time Palestine solidarity activists.

    https://electronicintifada.net/

  • L’interview du dimanche avec Ahlem Belhadj, membre du bureau de l’Association tunisienne des femmes démocrates: «La violence est le dernier bastion du patriarcat» (Le Temps.tn)

    L’interview du dimanche avec Ahlem Belhadj, membre du bureau de l’Association tunisienne des femmes démocrates: «La violence est le dernier bastion du patriarcat»
    Ahlem Belhadj

    La semaine dernière a été marquée par la colère des médecins qui ont réclamé la mise en place d’une loi qui détermine la responsabilité médicale. Toutefois, le corps médical s’est retrouvé au cœur d’une grande campagne de dénigrement après avoir été accusé, par certains, de vouloir légitimer l’erreur médicale. Ahlem Belhadj, pédopsychiatre et militante féministe au sein de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), est revenue, au cours de notre interview dominicale, sur la délicate nuance entre ces deux concepts, les réelles attentes des médecins et sur l’incontournable projet de loi relatif aux violences et discriminations faites aux femmes.

    -Le Temps: Les médecins ont exprimé, la semaine dernière, leur colère après l’éclatement du dossier du nouveau-né à l’hôpital Farhat Hached. Plusieurs versions relatives à cette affaire nous ont été présentées et, bien que l’affaire soit dépassée, la confusion plane toujours. Que s’est-il réellement passé à la maternité de Sousse ?

    Ahlem Belhadj:Ce qui s’est passé à l’hôpital Farhat Hached n’est pas une exception ; cela arrive dans tous les hôpitaux de la République. Malheureusement, cette affaire témoigne de l’état des lieux de la santé publique dans le pays. Toutefois, sur le plan technique et s’agissant de la conduite médicale, il n’y a eu aucune erreur. Il s’agit d’un fœtus de vingt-six semaines, né suite à une complication maternelle et qui pèse un 1,6 Kg. Il est vrai que, dans certains pays, il est peut être viable mais cela demeure très difficile et implique un coût trop important. En Tunisie, nous n’avons pas les moyens pour un cas pareil. Le médecin a tout-de-même réanimé le fœtus pendant vingt-minutes comme l’indique le protocole ; même s’il n’est pas né mort à la naissance, le fœtus n’était pas viable d’où toute la confusion dans cette affaire. Ce qui peut trancher dans un cas pareil c’est l’acte médicolégal et l’acte de décès qui n’a pas été signé. Reste qu’au niveau de la description de l’état du fœtus, il y a eu plusieurs termes techniques qui ne sont pas toujours évidents pour quelqu’un qui n’est pas du domaine.

    Maintenant, s’agissant de l’humanisation de l’hôpital, je dirai que cela fait en effet défaut au niveau de la santé publique qui va très mal. Pour moi, ce qui a réellement fait défaut c’est tout ce qui a suivi l’affaire et qui en a fait une affaire d’opinion publique. La faute médicale est écartée dans ce cas et cela nous ramène aux conditions d’exercice en Tunisie où la faute, ou la responsabilité médicale, n’est pas correctement définie, où les médecins sont jugés sur la base du Code pénal qui comprend l’homicide volontaire et les coups et blessures ce qui est totalement inadmissible puisque l’on ne pratique pas dans un cadre de violence mais, au contraire, on pratique dans une relation qui doit être basée sur la confiance mutuelle et d’obligation de moyens et non pas de résultats. Nous avons besoin d’un cadre légal qui définit la responsabilité médicale et la conduite à tenir en cas de faute médicale. L’emprisonnement préventif ne peut être une réelle solution. D’ailleurs, nous luttons contre cet emprisonnement pour toutes les affaires. Je trouve que la prévention de liberté est un acte trop facile chez nous ; on ne devrait priver les personnes de leur liberté que lorsqu’un procès clair est en cours.

    -L’emprisonnement préventif et l’emprisonnement rapide et facile en Tunisie est devenu un réel problème puisqu’une majorité de nos prisons connaissent une surpopulation importante. On explique cela par les problèmes que pose aujourd’hui le Code pénal avec, entre autres, sa loi 52 relative à la consommation du cannabis.

    Il y a une grande résistance aux tentatives de changement des mentalités. Finalement, on ne conçoit la punition qu’en privant l’individu de sa liberté et cela n’est pas du tout adapté et donne, surtout, l’effet inverse. La punition doit, normalement, amener les personnes à se remettre en question et à revoir ce qu’elles ont commis pour réparer leur faute et pour apprendre à respecter autrui et savoir vivre en respectant la loi. Mais nous, nous allons directement à la privation de liberté ce qui est totalement dépassé. La machine judiciaire est très difficile à changer et les mentalités ne sont pas prêtes à changer non plus. Nous avons mené plus d’actions par rapport à ce problème et il ne faut surtout pas baisser les bras dans ce combat. Il faut que la Justice prenne son temps avant de priver quelqu’un de sa liberté. En plus, il existe plusieurs situations où l’on peut se passer de cette punition pour aller vers d’autres formes de peine qui peuvent améliorer l’individu qui a commis le délit et apporter le plus pour la société. Il ne faut pas fonctionner avec l’esprit de la vengeance ; c’est une étape que nous n’avons pas encore réussi à atteindre.

    -La rigidité de cet appareil judiciaire et des mentalités risque-t-elle de bloquer la loi organique de lutte contre les violences et discriminations faites aux femmes ?

    On considère que la loi organique est le fruit et l’aboutissement des luttes féministes depuis plusieurs années et dont l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a été une principale actrice. Le projet de loi est aujourd’hui soumis à l’ARP et la Commission en charge vient d’entamer sa discussion. Toutefois, on constate beaucoup de résistance. Nous avons une lecture assez critique du texte – même si on se félicite de cette loi organique qui comprend une vision intégrale de la violence à l’égard de la femme – et nous avons d’ailleurs une publication critique du texte article par article avec les avancées et les propositions. Nous avons préparé ce travail depuis quelques temps et nous avons demandé à être auditionné par la Commission de l’ARP.

    -Pouvez-vous nous présenter quelques exemples des articles qui font défaut à ce projet de loi ?

    Le référentiel, bien que l’on fasse référence aux droits humains, est manquant à nous yeux parce qu’on aimerait bien qu’il y ait un préambule qui évoque clairement tout ce référentiel. Nous avons, aussi, quelques remarques relatives aux définitions existantes dans ce projet de loi pour les améliorer. Par contre, au niveau de la prévention, nous pensons qu’il est vital de mettre un terme à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes comme étant la base de toutes les violences ; la violence existe aujourd’hui parce qu’il existe un système de domination homme/femme, c’est le patriarcat en quelque sorte.

    -Le système actuel de l’héritage entre-t-il dans cette formule ?

    Justement, toute forme de discrimination est un préalable à la violence contre la femme et c’est pour cela que l’on s’attaque à toutes les lois discriminatoires. D’ailleurs, nous avons demandé l’harmonisation de la loi avec la Constitution parce qu’on pense que cette dernière est avancée par rapport à nos lois et qu’il n’y a pas moyen de lutter contre la violence si on n’abolit pas toutes les lois discriminatoires. Le noyau dur de ces lois existe au sein de la famille où le chef c’est le père et la tutelle est toujours paternelle sauf cas réglementé par la loi (il n’existe pas de tutelle conjointe). Quand l’enfant est élevé dans un milieu où, dès sa naissance, le père est toujours le chef, il ne peut pas échapper à la déduction que la domination est toujours masculine. Le garçon comprend donc qu’il a un rôle supérieur à celui de la fille. Cela crée la mentalité que nous sommes en train de combattre et fait le lit des violences à l’égard des femmes. La violence existe pour maintenir les femmes dans une forme de soumission. Parfois je me dis que plus la femme progresse, plus les violences, à son encontre, augmentent. En Tunisie, on s’étonne de la croissance du phénomène de la violence puisque c’est un pays où il y a pas mal d’avancées en termes d’acquis de la femme.

    Pour moi, la violence est le dernier bastion du patriarcat ; quand on sent que ce système est menacé, on tente de le réinstaurer par tous les moyens et notamment par la violence. On n’a recours à la violence que lorsqu’on n’arrive plus à dominer. Donc, il faut que les lois qui favorisent cette mentalité de discrimination soient revues conformément aux engagements de la Tunisie au niveau de sa Constitution et des conventions internationales. En ce qui concerne l’égalité successorale, il est clair qu’il s’agit d’une discrimination ; au-delà de la part qui revient à la femme, l’héritage est une manière de voir les femmes comme étant des sous-catégories. Aujourd’hui, les femmes sont responsabilisées dans tout ce qui est dépense mais elles continuent d’hériter la moitié et cela est inadmissible.

    Pour revenir aux points qui font défaut à ce projet de loi, je citerai les articles relatifs à la violence sexuelle ; bien que des avancées existent, elles demeurent insuffisantes. Par exemple, l’article 227 bis où il n’y a plus de mariage, le consentement existe encore. Comment peut-on parler de consentement lorsque la fille n’a que treize ans ? Pour nous, du moment où la fille est mineure, on ne peut pas parler de consentement. La loi évite de parler de la majorité sexuelle alors que cela est vital.

    -C’est peut-être parce que toute la notion de sexualité est taboue en Tunisie.

    A partir du moment où l’on réglemente le Code pénal on est bien obligé d’en parler, de bien fixer les définitions. En tout cas, l’article tel qu’il est actuellement est inadmissible puisqu’un homme de trente ans ou plus peut avoir des relations avec une fille de treize ans ‘consenties’. Certains pays réglementent en fonction de l’âge et cela peut être intéressant mais le problème, pour eux, c’est que cela veut dire que l’on reconnait les relations sexuelles hors cadre du mariage.

    -Est-ce que le viol conjugal a été introduit dans cette loi organique ?

    Le texte comprend une définition mieux adaptée du viol conjugal mais qui nécessite encore quelques autres arrangements ; on n’exclut plus le mari comme un violeur mais, après, la punition ne cite pas le viol conjugal. On aimerait bien qu’il y ait une citation explicite du viol conjugal. Dans notre centre d’écoute, nous avons accompagné beaucoup de femmes victimes du viol conjugal avec des lésions graves : ce n’est pas parce qu’on est l’époux que l’on possède le corps de son épouse. Il existe une autre amélioration relative à la définition de l’harcèlement sexuel mais il y a d’autres points qui doivent être revus.

    Par ailleurs, le rôle de la société civile dans l’accompagnement des femmes victimes de violence n’est pas très clair ; nous avons, à cet effet, proposé l’article 11 bis où on parle de ce rôle puisque c’est la société civile qui s’est chargée, pendant de longues années, d’accompagner ces femmes et aujourd’hui, on responsabilise l’Etat tout en tentant de mettre en place une prise en charge multisectorielle. Il faut que l’Etat s’engage à aider la société civile afin qu’elle puisse ce rôle crucial. Donc, nous avons des critiques mais on accompagne ce processus et on essaie de jouer correctement notre rôle dedans. On demeure inquiet par rapport à certaines réactions de ceux qui attaquent ce projet de loi et qui le considèrent comme étant dicté par l’Occident.

    -Il y a justement eu une conférence à cet effet où le syndicat des Imams a prévenu contre ce projet de loi en expliquant qu’il va autoriser le mariage homosexuel.

    Ce syndicat attaque la loi en se basant sur l’homosexualité – qui n’a aucun lien avec la réalité – parce que cela représente l’argument qu’ils utilisent à tout bout de champ. En 2011, et lorsqu’ils avaient voulu attaquer l’ATFD, ils avaient annoncé que notre association, qui est pour toutes les libertés individuelles et on ne s’en cache pas, défendait le mariage homosexuel. La question du mariage ne s’est, à aucun moment, posé en Tunisie. Depuis bien longtemps, nous évoquons la dépénalisation de l’homosexualité et nous avons mentionné cela au niveau de notre rapport adressé au CEDAW. Donc, pour faire peur au grand public, le premier argument qu’ils emploient c’est le mariage homosexuel. Or, cette loi n’évoque pas du tout ce sujet. Ceux qui avancent cela, veulent en fait que la violence et la domination continuent et je les appelle à dire cela directement sans passer par des arguments pareils. Faire peur à la société sans aucun argument solide, c’est se moquer de l’intelligence des autres. Il est toujours bon d’avoir un débat d’idée surtout autour de questions pareilles mais faut-il encore que chacun dise clairement ce qu’il pense. Cette loi vise le bien des femmes, des hommes et, surtout, le bien être des enfants. La société a besoin d’une loi qui protège tous les Tunisiens contre les violences. On n’a pas besoin de régler nos différends avec autant de violence, il faut que cela cesse. Ceux qui utilisent à cet argument doivent nous dire, clairement, qu’ils sont pour la violence !

    -Récemment, la ministre de la Femme, de la famille et de l’enfance, a annoncé des chiffres alarmants relatifs aux abus sexuels contre les enfants (une augmentation de six cent cas). Ce sujet n’est plus tabou en Tunisie et c’est devenu un sujet de plus en plus médiatisé. Qu’en pensez-vous ?

    Le problème c’est qu’on n’est pas en train de respecter les intérêts de l’enfant victime d’abus sexuel. En tant que pédopsychiatre, j’ai assisté à des situations catastrophiques et je peux en témoigner. L’impact à moyen et court termes est terrible. Après traitement médiatique, quelques enfants se retrouvent dans une situation désastreuse avec, entre autres, leur sortie de l’anonymat (on les reconnait au niveau de leur école et de leur entourage). Certaines histoires sont surmédiatisées et cela donne l’effet inverse et l’enfant est, par la suite, abandonné : 80% des cas n’aboutissent pas et les familles finissent par abandonner. Cependant, je considère qu’il est très positif que le débat soit publiquement ouvert aujourd’hui autour de cette question mais le parcours de l’enfant victime d’abus sexuel est un parcours terrible. Cela fait quelques années que je m’occupe de ce dossier que cela soit au sein de l’ATFD ou au niveau de mon travail et je peux vous assurer qu’à plusieurs reprises, j’hésite à signaler les cas que je traite même si j’y suis obligée ; le parcours judiciaire est tellement infernal pour l’enfant que la victimisation secondaire est plus importante que la victimisation primaire. Parfois, l’abus sexuel a moins d’impact traumatique que le processus qui s’en suit.

    -Ce que vous dites est extrêmement grave, que se passe-il après la signalisation de l’abus pour que l’enfant en sorte encore plus traumatisé ?

    Tout d’abord, l’enfant peut ne pas être cru par son entourage ; au lieu d’être écouté et soutenu, il peut être taxé de menteur et peut même subir des violences physiques en signe de punition pour son supposé mensonge. Parfois, il peut même être responsabilisé de l’abus qu’il a subi surtout lorsqu’on parle d’inceste. Par moment, la réaction de la famille est tellement dramatique que les parents décompensent totalement. J’ai eu à faire à un cas où le père est décédé suite à l’abus sexuel de l’enfant. Après le niveau de la famille, arrive le niveau des institutions où commence la descente aux enfers ; nous avons une seule brigade des mineurs qui existe à Tunis. Donc l’enfant passe, ailleurs, par un poste de police normal où les agents ne sont pas forcément habilités à mener des enquêtes pareilles. J’ai suivi un cas où l’enfant victime a été confronté à son père. Je n’oublierai jamais cet adolescent que j’ai suivi à l’hôpital Razi : il avait cinq ans lorsqu’il a été abusé par son père et le procureur de la République l’avait mis devant son père et lui a demandé de lui raconter ce que ce dernier lui avait fait subir. L’enfant été incapable de placer un mot. Je l’ai revu lorsqu’il avait treize ans et il n’avait qu’une seule idée en tête : voir son père puni pour ce qu’il lui avait fait. Le jeune adolescent avait plein de troubles psychiatriques et il ne parlait que de la punition de son père. L’affaire n’a pas abouti puisque l’enfant a retiré sa plainte et la mère a préféré quitter sa ville et s’est réfugiée, avec son fils, à Tunis pour le protéger de son père.

    Parfois, nous avons à faire à des enfants à peine âgés de trois et quatre ans qui, après être passés par toutes les étapes de l’enquête, sont malmenés par une procédure pénale totalement inadaptée. Normalement, l’enfant est entendu par une juridiction spéciale représentée, en Tunisie, par le juge de la famille mais, comme l’accusé est adulte, l’enfant victime est obligé d’être entendu par une juridiction habituelle. Il y a une Commission qui est en train de revoir actuellement les conditions de ces procédures spéciales et il existe, depuis 2010, un projet de loi dans ce sens. La prise en charge de ces enfants n’est pas toujours possible, faite à temps, suivie, l’accès aux traitements est difficile etc. 

     Entretien mené par Salma BOURAOUI

    http://www.letemps.com.tn/

  • Décès de la moudjahida Djamila Amrane... (ESSF)

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    Source du portrait: http://artbribus.com/2015/12/22/djamila-amrane-minne/

    Le mouvement nationale et les femmes dans la guerre d’Algérie

    On annonce ce jour le décès de l’historienne Djamila Amrane, militante de l’indépendance algérienne.

    Le samedi 26 janvier 1957, lors de la ’bataille d’Alger’, Djamila Amrane, alors âgée de 17 ans, participe à un triple attentat du FLN dans trois brasseries de la rue Michelet située dans le quartier européen. Elle pose sa bombe dans le bar Otomatic à Alger, tandis que deux autres jeunes filles déposent d’autres engins explosifs au Coq-Hardi et à La Cafeteria : ce sont Djamila Bouazza, âgée de 19 ans et Zoubida Fadila.

    Djamila Amrane échappe à l’arrestation et gagne alors le maquis FLN. Elle sera arrêtée avec certains de ses camarades en novembre 1957.

    Condamnée le 4 décembre 1957 à sept ans de prison, incarcérée à la prison de Barberousse, transférée ensuite en France, Djamila Amrane est libérée en avril 1962 à Rennes et amnistiée en application des Accords d’Évian.

    Après l’indépendance, elle devient historienne, enseigne et produit la première étude sur les femmes dans la guerre de libération.

    Marieme Helie Lucas, 11.02.2017

    Essais :

    Djamila Amrane, Les Femmes algériennes et la guerre de libération nationale, 1954-1962, 1989 [thèse]

    Djamila Amrane, Les Femmes algériennes dans la guerre, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Plon, 1991 (298 p.) (ISBN 2-259-02295-2)

    Djamila Amrane, Femmes au combat, préface de André Mandouze, Alger, éditions Rahma,1993,(298 p.)

    Djamila Amrane, Des femmes dans la guerre d’Algérie, entretiens, préface de Michèlle Perrot, Paris, Éditions Karthala, 1994 (218 p.) (ISBN 2865375102 et 978-2865375103)

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    Djamila Amrane – Le mouvement national, une affaire d’hommes ? Les femmes algériennes dans la guerre

    Le mouvement national, la guerre d’Algérie : une affaire d’hommes. Il faut attendre les années 1980 pour que les premières études brisent le silence sur la place qu’y occupent les femmes. Mais les titres se comptent sur les doigts d’une main jusqu’à la soutenance, à l’Université de Reims en 1988, de la thèse, fondatrice, de Djamila Amrane. Elle est publiée sous le titre Les femmes algériennes dans la guerree chez Plon en 1991, et suivie par Des femmes dans la guerre d’Algérie en 1996 chez Karthala [1].

    Mohamed Harbi, dans Le FLN, mirages et réalité des origines à la prise du pouvoir [2] soulignait que les femmes avaient été un « apport considérable » et que, sans elles, les luttes armées urbaines n’auraient pas eu la même portée. La guerre a, en effet, mobilisé des énergies auparavant négligées. Le Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, 1926-1954 de Benjamin Stora (L’Harmattan, 1982) ne compte que six noms féminins, dont Emilie Busquant, compagne de Messali et militante algérienne à part entière. Encore, cette participation de l’épouse « d’origine étrangère » risque-elle d’être soumise à suspicion, comme le montre Albert Memmi dans son Portrait du colonisé quand il explique l’engagement de Bourguiba, Ferhat Abbas ou Messali par leur souci de compenser ces mésunions, ou de réagir à cette impasse [3].

    Relire, à un tiers de siècle d’écart, les titres phares de l’époque : L’Algérie, nation et société de Lacheraf, Le meilleur combat de Ouzegane, les Damnés de la terre de Fanon, est, en effet, une épreuve de vérité cruelle mais heuristique : la femme y est quasiment absente. Il fallait sans doute l’alliage de l’engagement militant et de la rigueur du métier d’historienne chez Djamila Amrane pour rendre justice à cette « moitié oubliée du peuple algérien ».

    Dans l’Algérie des années cinquante, où 4% des femmes sont alphabétisées, la majorité sont employées sans qualification dans l’agriculture et l’artisanat, en projection de l’espace familial, dans la domesticité, et rarement dans l’industrie. De fait, le travail salarié féminin n’existe pratiquement pas, la femme est exclue de la sphère publique et elle n’a comme statut concevable que celui d’épouse et de mère. Le droit de vote lui a été reconnu en principe en 1947, mais les modalités d’exercice de ce droit ne sont précisées qu’en 1958, dans le cadre des opérations de séduction tardives de l’autorité coloniale. Le programme nationaliste, il est vrai, ne promet pas beaucoup mieux.

    Si le militantisme féminin est une réalité, si un modèle émancipateur s’est affirmé, c’est dans le cadre du PCA et de son Union des Femmes, mais ils souffrent des contradictions du communisme algérien, de son écartèlement entre les communautés européenne et musulmane, des flous à l’égard de la question nationale qui surdétermine toute la vie de l’Algérie.

    Par quels cheminements, dans quelles conditions les femmes participent-elles à la lutte armée ? Djamila Amrane dans la partie la plus longue, la plus fouillée, la plus originale de sa thèse, et dans les entretiens de son second ouvrage, suit ces itinéraires vers le maquis et la guérilla urbaine. Modèle du père, du frère, rôle des medersas (des écoles primaires influencées par les nationalistes), importance de la sociabilité féminine à travers les fêtes, rôle de la chanson, des orchestres de femmes dans la diffusion de la culture militante, ces vecteurs sont bien montrés. Dans tout cela, il n’y a pas d’affirmation féministe. Les tâches de combattantes les maintiennent dans leur statut traditionnel, dans le cercle de leur condition. Aux maquis, elles sont infirmières, cantinières dirait-on pour les deux tiers ; dans la bataille d’Alger, elles assurent le transport des armes... Mais, même ainsi cantonnée, cette irruption ne pouvait laisser les choses en l’état : les tâches les plus modestes, celle de guide, le ravitaillement, l’hébergement..., transgressent les rôles sexuels. Les belles pages consacrées aux prisons, à leurs souffrances mais aussi à la sororité qui nourrit la solidarité montrent que des frontières sont brisées.

    Qu’en reste-t-il une fois l’indépendance acquise ? 11 000 fiches, soit 3,1% du total des Moudjahiddin recensés officiellement. Pourquoi cet engagement n’a-t-il pas été assorti d’une modernisation du statut de la femme ? L’Algérie n’est pas, loin de là, un cas unique : que l’on pense à la France de 1789, au Liban... ni les révolutions ni les mouvements nationalistes n’ont libéré les femmes. Mais le cas algérien a des aspects originaux. Il faut les rechercher dans l’idéologie du mouvement de libération comme le montrent les textes fondamentaux, ceux du Congrès de la Soumam en 1956 (dont la lecture laisse pantois) et de Tripoli en juin 1962, où sont jetées les bases d’une Algérie bien peu nouvelle pour les femmes.

    Certes, le Congrès de Tripoli reconnaît, dans un bref passage, « qu’il existe dans notre société une mentalité inégalitaire quant au rôle de la femme » et souligne la nécessité d’une évolution. Mais le FLN n’est pas à l’avant-garde : les maquisardes réfugiées en Tunisie ont dû faire une grève de la faim pour obtenir le droit de sortir librement et de faire des études !

    Djamila Amrane fournit quantité d’exemples du désenchantement national qui suit la fête de l’été 1962, de ce désespoir qui a conduit certaines au suicide ou à la folie. « Nous avons l’indépendance, mais que reste-t-il de moi ? » s’interroge une militante (p. 268). Quelques unes ont « réussi » dans l’establishment, mais la seconde assemblée nationale ne comptera que deux députées ! La suppression de l’émission radiophonique de Fadela Mrabet en 1964, puis son éviction de l’enseignement en 1967 pour cause de libre parole sonnent le glas de L’Algérie des illusions [4].

    Il faut bien admettre que, dans une partie de la société, l’indépendance s’accompagne d’un regain du traditionalisme, que « les ancêtres redoublent de férocité » comme le dit Kateb Yacine. Quant aux progressistes, ils ont posé le problème de l’égalité, à partir et en fonction de la seule légitimité nationaliste, non sur une base féminine spécifique.

    Sur ce point et sur le poids de l’islam, Djamila Amrane est peut-être trop discrète. Il est vrai que les déchirures récentes imposent une nouvelle lecture de la guerre de libération.

    Les réactions négatives face au premier livre de Assia Djebar, Les Impatients, qui posait les problèmes de la crise des relations entre hommes et femmes, de l’impossibilité du couple, montrent que le féminisme, comme mouvement autonome, n’est pas pensable alors. De même, le récit de Fatma Amrouche, Histoire de ma vie, publié par Maspero en 1968 avec une préface de Kateb Yacine promettant que ce livre serait lu dans toutes les écoles, n’a-t-il eu que des échos limités en Algérie, parce qu’il ne s’inscrit pas dans les canons nationalistes.

    Alors qu’il était partie intégrante du mouvement de libération nationale, l’engagement de « métropolitaines », ainsi que des militantes européennes et juives « pieds noires », a lui aussi été occulté. Minoritaire, infime si on le jauge en termes statistiques, il avait cependant une portée antiraciste, il ouvrait les voies de l’internationalisme et des acquis féministes qui lui étaient liées, ainsi que les horizons de l’universalité qui ont tant fait défaut au nationalisme algérien. Une des limites de la culture politique de l’Algérie indépendante a, en effet, été l’ignorance, le refoulement de la part non arabo-musulmane de son histoire.

    Claude LIAUZU

    Référence électronique

    Claude LIAUZU, « Djamila AMRANE, Les femmes algériennes dans la guerre, Plon, 1991 ; Des femmes dans la guerre d’Algérie, Karthala, 1996. », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 9 | 1999, mis en ligne le 21 mars 2003, consulté le 12 février 2017. URL : http://clio.revues.org/307

    Notes:

    [1Il faut aussi rendre hommage au travail de Monique Gadant, à sa thèse Islam et nationalisme en Algérie, L’Harmattan, 1988, qui aborde le problème des femmes dans le discours du FLN, à ses articles dans Peuples Méditerranéens, ainsi qu’à sa coordination de recherches internationales sur « Femmes et argent », « Femmes et pouvoir ». Avant elle, Christiane Souriau avait, parmi les premières en France, ouvert les voies d’une recherche.

    [21980, Ed. Jeune Afrique.

    [3Cf. L’édition de 1966, p. 176, chez Jean-Jacques Pauvret.

    [4Titre de T. M. Maschino et Fadela Mrabet, Robert Laffont, 1972, qui suit La femme algérienne de 1964 et Les Algériennes de 1967.

    , par HELIE LUCAS Marieme, LIAUZU Claude

    http://www.europe-solidaire.org/

  • Nabila Djahnine (PST)

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    Place Said Mekbel Béjaia

    Il y a 22 ans, le 15 février 1995, notre camarade Nabila DJAHNINE a été assassinée à l’âge de 29 ans à Tizi Ouzou par un commando du groupe islamiste armé.

    A cette époque, Nabila dirigeait courageusement la résistance et le combat des femmes dans cette région, à travers l’association qu’elle présidait « Tighri N’tmatuth » et les coordinations et les mobilisations nationales des femmes contre le projet obscurantiste islamiste et contre les lois et les pratiques conservatrices du pouvoir et de la société.


    Mais, l’engagement politique de Nabila ne se réduit pas à cette dernière bataille. Depuis sa tendre adolescence, Nabila s’est imprégnée des luttes démocratiques et sociales qui rythmaient la vie de sa famille et de sa ville natale, Béjaïa. C’est dans le sillage de l’engagement de son frère aîné Badredine, dirigeant national du mouvement étudiant à partir de 1984/85, puis dirigeant syndicaliste dans l’éducation, et de sa sœur aînée Soraya, militante syndicaliste à la Sonitex, que Nabila allait s’abreuver, à l’instar des autres frère et sœurs, des idées marxistes et de la lutte des classes.

    Ainsi, elle s’engage vers 1986/87 au sein du Groupe Communiste Révolutionnaire (GCR), alors clandestin, devenu en 1989 PST. Dirigeante du mouvement étudiant à Tizi Ouzou, où elle suivait ses études supérieures en architecture, elle s’est impliquée dans les mobilisations du MCB et a participe à ses assises en 1990.

    Au premier congrès public du PST, en Mai 1991 à Tipaza, Nabila est élue à sa Direction Nationale. Plus tard, vers 1993, Nabila se concentre particulièrement sur son engagement féministe et, sans aucun reniement de son engagement socialiste, cesse son fonctionnement dans le parti. Loin de rendre compte de son riche parcours militant, ce modeste rappel restitue quelques aspects de son engagement sans limites pour un idéal qui nous est commun et pour lequel, en dépit des menaces sur sa vie, elle a continué à se battre debout jusqu’au dernier souffle.

    En rendant hommage à Nabila DJAHNINE aujourd’hui, le PST salue à travers elle la mémoire de toutes les militantes engagées dans le combat politique pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Ce combat, symbolisé par l’engagement des Moudjahidates pendant la guerre de libération, s’est développé après l’indépendance par les mobilisations des lycéennes et des étudiantes, par les femmes travailleuses et les militantes politiques et féministes.

    Ce combat continu aujourd’hui, comme on l’a vécu à travers la campagne contre le harcèlement sexuel et les récentes mobilisations des associations contre les violences faites aux femmes. Bien entendu, les acquis arrachés par ces luttes constituent une avancée inestimable dans notre pays, mais la lutte continuera pour l’abrogation du code de la famille, contre les mentalités conservatrices et moyen-âgeuses et contre toutes les discriminations sociales, économiques et politiques à l’égard des femmes.

    A la veille du 08 Mars 2017, l’esprit de notre camarade Nabila est toujours vivant parmi nous, dans nos cœurs et dans nos luttes. Son inimitable éclat de rire, qui nous rappelle combien elle était belle et généreuse, nous accompagnera et ravivera nos espoirs. Et « Thighri n’tmatuth » tonnera encore et encore pour nous rappeler combien Nabila était plus immense encore que la Tour qui porte son nom au bas de son quartier d’enfance, « Houma U Bazine » dans le centre ville de Béjaïa, et combien elle avait la certitude que sa lutte pour l’émancipation des femmes est aussi une lutte pour un monde meilleur sans discriminations, sans inégalités et sans oppressions.

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  • Syrie. Des combattantes arabes contre Daech (L'Humanité)

    Une combattante arabe syrienne contre l'EI près de Raqa, en Syrie, le 6 février 2017. Photo AFP
    Une combattante arabe syrienne contre l'EI près de Raqa, en Syrie, le 6 février 2017. Photo AFP
     

    Elles sont arabes, et comme leurs consœurs kurdes, elles combattent dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS) contre les djihadistes de Daech. 

    Jusque-là, il n’y avait que les femmes kurdes qui avaient pris les armes contre les djihadistes. Mais depuis quelques temps, dans cette région du nord est-syrien, près de Raqqa, elles sont de plus en plus nombreuses,  ces jeunes femmes arabes à imiter l’exemple de leurs consœurs kurdes et à rejoindre les rangs des « Unités de protection de la femme », au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition arabo-kurde). Lesquelles ont fait montre d’une redoutable efficacité en s’emparant de plus de 200 villages à proximité de Raqqa, le fief de Daeh. 
     
    L’engagement de ces jeunes femmes arabes dans les rangs des FDS constitue une révolution dans cette région conservatrice du nord-est syrien traversée par l’Euphrate, une région où de tout temps, y compris sous le régime du parti Baas, les femmes sont confrontées à la persistance du poids dominant des traditions et de l’archaïsme bédouin et religieux. Et, selon les témoignages cités par l’AFP, elles assument pleinement leur nouveau statut : « Mon but est de libérer la femme de l'oppression de Daech mais aussi de l'oppression de la société » affirme l’une d’elles. 
     
    Le nombre de combattantes arabes ayant rejoint les FDS s'élève actuellement à plus de 1.000, assure la kurde Jihan Cheikh Ahmad, une des porte-parole des YPG (Unités de protection du peuple). Les victoires remportées contre l'EI les ont encouragées à se rallier aux FDS. En 2014, l’Algérienne Linda Chalabi, mariée à un kurde syrien, était la première femme non kurde à s’engager dans les rangs des « Unités de protection de la femme » à Kobané. Elle semblait être une exception.
     
    « Je vis ici depuis 7 ans, mon mari est ici, je me suis habituée aux gens ici. C'est mon deuxième pays, je me sens comme si j'étais en Algérie, pas dans un pays étranger. Je ne peux pas abandonner Kobané simplement » témoignait-elle en décembre 2014 sur la chaîne privée algérienne KBC, propriété du journal arabophone algérien El-Khabar. Depuis, d’autres femmes non kurdes l’ont donc rejointe. 
     
    Raqqa est le principal objectif des FDS appuyées par la Coalition internationale. Ces jeunes femmes arabes et kurdes seront sans doute en première ligne aux côtés de leurs homologues hommes face aux djihadistes de Daech, terrés dans leur capitale autoproclamée. 

    Hassane Zerrouky

    Journaliste, rubrique Monde
     
    Samedi, 11 Février, 2017
    Humanite.fr