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Syrie

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  • Nouveautés sur A l'Encontre.ch

    Israël. Une décision de la Cour suprême qui froisse le régime colonial et «le transfert paisible»

    23 - mars - 2017 Publié par: Alencontre Commenter

    Par Amira Hass D’après la décision de la Cour suprême de justice de la semaine dernière, les résidents palestiniens de Jérusalem sont des autochtones. Autrement dit, ils ne peuvent pas être comparés aux non-juifs qui, immigré en Israël par choix, ont reçu le statut de résidents et sont ensuite partis. Comme l’écrit Nir Hasson dans […]

     

    Syrie. Chute d’Alep: crimes de guerre, dissensions rebelles, abandon international

    22 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Benjamin Barthe Les armes se sont tues il y a trois mois [décembre 2016]. Alep-Est la rebelle est retournée dans le giron de l’armée syrienne. La chape de peur et de silence qu’impose le régime Assad aux zones sous son contrôle écrase de nouveau les quartiers orientaux de la ville. Mais au sein de […]

     

    Algérie. Le sens d’une révolte

    19 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Lamine Torki L’explosion sociale qui a secoué, en ce début janvier 2017, la wilaya de Béjaïa – mais aussi celles de Tiaret, Sétif, Blida, etc. – n’a rien à voir avec la grève initiée par des commerçants qui revendiquent moins de contrôles et d’impôts, alors même que le fisc les ponctionne bien moins que les […]

     

    «Les Syriens ont osé faire le printemps dans cette partie aride du monde»

    15 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Mustafa Aljarf Le 15 mars 2011, un rassemblement avait lieu à Damas. Trois jours après, les manifestations s’étendaient aux principales villes du pays, gagné par le «printemps arabe». Après six ans de guerre, des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés, un Aleppin réfugié en France se souvient du caractère inattendu et miraculeux de […]

  • N’oublions pas le calvaire des femmes en Syrie par Samar Yazbek (Souria Houria)

    En Syrie, la question des droits des femmes est indissociable de celle, affligeante, des Droits de l’Homme en général, malgré les tentatives du régime de se poser en défenseur progressiste et libéral des femmes.

    Elles subissent le même joug que les hommes, en plus de devoir se soumettre aux traditions patriarcales plus ou moins pesantes selon leur classe sociale et économique.

    Le régime syrien mène une politique perverse.

    Ainsi, l’Union des Femmes – fondée pour aider les femmes à revendiquer leurs droits et améliorer leur statut – dépend entièrement du régime et lui prête allégeance comme toutes les institutions partisanes et, en même temps, Bachar al-Assad autorise le groupe de femmes islamistes Kobeyssi à mener librement leurs activités de recrutement et de prosélytisme religieux.

    Dans ce contexte, les Syriennes, qui n’ont jamais cessé de lutter pour l’amendement de certains articles du Code civil, abusifs et injustes à leur égard, ont vu leurs libertés régresser depuis le soulèvement de mars 2011. Dès les premières manifestations pacifiques, les femmes se sont révélées comme la face lumineuse du mouvement populaire. Dans les villes, elles ont organisé et mené les manifestations côte à côte avec les hommes, rédigé et brandi les banderoles réclamant la démocratie, la libération des prisonniers et l’abolition de l’état d’urgence. Elles sont nombreuses à avoir fondé des associations civiles, juridiques ou révolutionnaires. Ecrivaines, poètes, artistes, cinéastes, avocates, militantes et anciennes détenues ont soutenu ou participé au soulèvement populaire aux côtés des femmes anonymes partout dans le pays, bien que l’action des femmes ait été plus réduite dans les campagnes où elles devaient militer séparément des hommes.

    Lorsque l’armée, les services secrets et les chabihha ont riposté avec la violence que l’on sait aux manifestants, les femmes ont dû limiter leur activité au secours social. Le nombre des militantes a aussi chuté après l’enlèvement et l’incarcération de plusieurs d’entre elles, proches parentes de militants recherchés par les services de renseignement.

    Ce n’est pas un fait nouveau : depuis les années 1970, de nombreuses prisonnières d’opinion ont subi la torture et le viol dans les prisons du régime.

    L’incarcération des femmes a toujours constitué une affaire grave dans la société syrienne traditionaliste à cause du viol et du harcèlement sexuel qu’elles risquaient de subir en détention et du déshonneur qui rejaillissait sur leurs familles. L’histoire de la militante Lama Chahoud est unique dans les annales: avant de décéder des séquelles de ses plaies dans un hôpital en Jordanie, elle a eu le courage de parler de la torture et du viol auxquels elle a été soumise pendant son incarcération. Ce n’est que sur son lit de mort qu’elle a réussi à transgresser la vision obscurantiste que portait la société arabe sur la femme violée.

    À mesure que la violence s’amplifiait dans le pays, que le bruit des armes s’intensifiait, que le communautarisme s’exacerbait et que les djihadistes envahissaient le territoire syrien par les frontières ouvertes, les femmes quittaient le devant de la scène pour se consacrer aux soins auprès des victimes, faisant passer clandestinement les médicaments dans les régions assiégées, traversant les barrages, dissimulant les blessés poursuivis, veillant sur les familles des prisonniers, réalisant des courts-métrages documentaires, se démenant sur les réseaux sociaux et enregistrant les violations du régime. L’avocate Razân Zeitouneh, qui a fondé le Centre de Documentation sur les Violations des Droits de l’Homme, est ainsi demeurée envers et contre tout dans la banlieue de Damas afin de participer aux projets civils – dont la scolarisation des enfants – jusqu’à son enlèvement. Elle a disparu entre les mains d’une brigade islamiste en compagnie de son époux et de son amie, Samira al-Khalil, ancienne détenue dans les prisons d’Assad père.

    La situation n’a fait que dégénérer depuis la fin 2013.

    La mainmise des diverses factions islamistes militarisées a contraint les femmes à adopter différentes attitudes selon les régions. Quand on évoque la situation des Syriennes, cet aspect est d’habitude occulté. Car le profond bouleversement provoqué par l’avènement de l’État islamique et des brigades djihadistes n’a pas seulement entraîné la violence flagrante, les bombardements et les massacres perpétrés par le régime et ses alliés. Une violence sournoise s’est aussi installée qui a miné lentement les bases de la société, banalisé la disparition tragique des humains en les réduisant à un nombre de victimes.

    Les femmes ont été les premières à payer le prix fort surtout dans les régions dominées par Daech, où elles ont été forcées de s’effacer et de se soumettre à la charia islamiste la plus radicale qui interdit toute mixité avec les hommes et qui réduit leur rôle à la sexualité et à la procréation.

    Dans les régions contrôlées par les brigades djihadistes telles que le Front al-Nosra ou Ahrar al-Cham, où les tribunaux religieux ont remplacé les tribunaux civils, où le voile a été imposé à toutes les femmes, une petite marge leur a été accordée, celle de s’occuper de l’instruction des enfants ainsi que de l’humanitaire. Mais elles ont subi des pressions de plus en plus fortes pour rester confinées chez elles et de nombreuses veuves se sont vues contraintes d’épouser des combattants venus d’ailleurs pour subvenir aux besoins de leurs familles restées sans soutien.

    Dans les régions telles qu’Idlib et la Ghouta de Damas, les femmes se sont rebellées et se sont regroupées au sein d’associations qui s’occupent de la scolarisation des enfants et apportent un soutien économique, politique, psychologique et technologique à leurs semblables. À Damas, elles ont fondé l’Association de Soutien au Soulèvement, entièrement dédiée à l’action pacifique. Aujourd’hui, elles gèrent efficacement les centres de Women Now et de Mazaya qui se trouvent souvent sur les lignes de front. Elles s’instruisent et instruisent leurs enfants en même temps, malgré les pressions sociales et religieuses, malgré les bombardements continus du régime d’Assad et des Russes. Elles ne cessent d’arracher la vie à la gueule même de la mort.

    La journaliste militante Zeina Arhim a quitté Londres où elle vivait pour revenir participer à la révolution dans le nord du pays, enregistrant et filmant les événements qui se déroulent entre Idlib et Alep. Ses trois documentaires de la série des Révoltées montrent le parcours de trois jeunes femmes qui ont refusé de s’exiler afin de participer à l’enseignement et aux secours et de témoigner des bouleversements survenus dans le pays. «Nous avons appelé de nos vœux l’armée libre et voilà que les djihadistes du monde entier déferlent chez nous. Nous avons revendiqué la liberté et nous nous retrouvons dans les chaînes. On veut m’obliger à me couvrir le visage et bientôt on m’imposera de ne plus respirer ! Je suis pourtant une femme libre et je vivais normalement avant l’arrivée des brigades radicales !», dit la jeune héroïne de l’un des films.

    Sous les pressions, les poursuites et les menaces des islamistes, Zeina Arhim a dû s’exiler, constatant qu’elle n’avait plus sa place en tant que femme et en tant que militante civile dans les régions dominées par ces brigades. Elle avait subi auparavant le même genre d’exactions de la part des services de renseignements du régime.

    Dans les régions dominées par Assad, la violence contre les femmes est d’une autre sorte: elle n’obéit pas aux critères de gender, mais à ceux d’allégeance et d’opposition. De nombreuses intellectuelles militantes ont vu leur réputation souillée pour mieux étouffer leur voix et, à défaut de les tuer concrètement, quelques figures féminines, parmi celles qui jouissaient d’une certaine aura symbolique, ont été immolées virtuellement sur la scène publique.

    L’exode et l’exil ont engendré de nouveaux modèles sociaux dans les camps des réfugiés. Les femmes sont soumises à des conditions abominables, depuis le mariage des filles impubères jusqu’à leur exploitation sexuelle et économique, en plus de l’hégémonie masculine. Les victimes sont issues en majorité des classes sociales les plus modestes qui n’ont pas eu accès à l’instruction ni au travail et pour lesquelles la religion constitue un modèle culturel de vie.

    Sur le plan politique, l’opposition officielle à Bachar al-Assad, représentée par le Conseil national et par la Coalition nationale, a eu recours à la même tactique d’exclusion ou de dépendance et la présence politique des femmes se limite presque toujours à une façade. Aujourd’hui, la situation est tellement désastreuse sur les lignes de front, dans les régions occupées par les brigades djihadistes et l’État islamique, et même ailleurs, qu’elle a freiné l’élan qui portait de nombreuses femmes à résister, les empêchant de s’engager dans une activité politique d’opposition.

    Reste les Syriennes d’origine kurde, qui jouissent d’une situation unique, d’un espace de liberté plus important qu’ailleurs: elles ont porté les armes et formé des brigades de combat contre l’État islamique, servant à la fois l’objectif politique et militaire des partis kurdes et constituant un outil de propagande politique en occident. Sur le front adverse, aucune stratégie généralisée de création de brigades de femmes islamistes n’a été relevée, excepté l’unique cas de la Brigade al-Khansa’.

    Confrontées à toutes les formes de violence, depuis le radicalisme religieux jusqu’aux crimes perpétrés par Assad, en passant par les avatars tragiques de la guerre, les Syriennes continuent d’avancer tant bien que mal sur le chemin qui les conduira vers les valeurs de liberté, de dignité et de justice. Mais cette route s’avère encore très longue.

    SouriaHouria.com سوريا حرية

     Souria Houria le 22 mars 2017

    Samar Yazbek

    Source : Nouvel Obs - Date de parution le : 15/03/2017

    souriahouria.com
     
  • Syrie Paris (20è)

    Evenement_20170324_SH-480x682.jpg

    24 MARS 2017

    ÉVÈNEMENT SOURIA HOURIA  • 

    A l’occasion du 6ème anniversaire de la Révolution Syrienne

    L’Association Souria Houria

    Vous invite au Débat :

    « LA GAUCHE FRANÇAISE ET LA QUESTION SYRIENNE »

    Avec

    ° Élise Lowy (EELV),
    ° Denis Sieffert (journaliste, directeur de Politis),
    ° Francis Sitel (Ensemble),
    ° Christian Varin (NPA),
    ° Dominique Vidal (écrivain)

    Evénement Facebook

    le vendredi 24 Mars 2017 à 19h00

    AGEA – 177, rue de Charonne 75011 Paris

    Métro ligne 2 Philippe Auguste – Métro ligne 9 Charonne

    animé par Farouk Mardam Bey

    http://www.anti-k.org/

  • La rébellion en pleine démonstration de force à Damas (Souria Houria)

    Un groupe rebelle syrien dans le quartier de Jobar, à Damas, dimanche, lors des affrontements sans précédent qui ont secoué la ville. Photo Amer Almohibany. AFP

    La capitale syrienne est depuis dimanche le théâtre de violents affrontements entre rebelles et forces du régime. L’occasion pour les insurgés, alliés avec les jihadistes, de galvaniser les troupes démotivées après la défaite d’Alep.

    Une bataille féroce et inattendue a éclaté ces dernières quarante-huit heures au cœur de la capitale syrienne. L’attaque, lancée dimanche par une coalition de groupes rebelles dans des quartiers de l’est de Damas, a pris par surprise les forces du régime de Bachar al-Assad. Ces dernières ont mené une contre-offensive appuyée par d’intenses bombardements aériens, reprenant lundi les positions perdues la veille.

    En six ans de conflit, les habitants de Damas n’avaient jamais vécu la guerre de si près. Elle fait rage depuis dimanche dans leur ciel et dans leurs rues.

    Surprise.

    Explosions, tirs de mortiers et d’armes automatiques ont même atteint la place des Abbassides, un carrefour central de la capitale, comparable à la place de la Nation à Paris. L’attaque coordonnée de plusieurs groupes de l’Armée syrienne libre (ASL) et de jihadistes du Front Fatah al-Sham, ancienne branche syrienne d’Al-Qaeda, était destinée à briser le siège de trois quartiers insurgés du nord-est de Damas, encerclés et bombardés par les forces du régime depuis des mois. Dimanche, l’offensive a commencé par deux voitures piégées lancées contre une position forte de l’armée et des milices progouvernementales, faisant des dizaines de victimes et provoquant surtout une grande panique dans leurs rangs. L’effet de surprise a permis l’avancée rapide des rebelles sur le terrain et la prise d’un tronçon de l’autoroute Damas-Alep, qui sépare les deux quartiers assiégés de Jobar et Qaboun. Cette voie a été une cible prioritaire de la contre-offensive menée par les forces du régime, qui ont réussi à la reprendre lundi matin grâce à leur supériorité militaire dans les airs. Des raids intensifs des aviations syrienne et russe se sont poursuivis, même après la reprise de positions conquises dimanche par les insurgés.

    Outre son objectif militaire local, cette bataille a été lancée par l’ASL «pour montrer que la révolution reste forte et que le régime n’a pas gagné la partie comme on le dit à l’extérieur», selon les mots d’un commandant.

    Dans un appel audio diffusé par WhatsApp aux groupes insurgés à travers le pays, le chef militaire de la région de Damas appelle à rallumer les fronts contre les forces du régime. Une volonté de remonter le moral des troupes transparaît dans cette démonstration de force en pleine capitale au moment où la rébellion syrienne est rongée par les divisions et la démotivation depuis la défaite d’Alep.

    Protestation.

    A quelques jours de la reprise des négociations sous l’égide de l’ONU, prévue jeudi à Genève entre les représentants du régime d’Al-Assad et de l’opposition, la rébellion veut ainsi signaler qu’elle ne désarme pas et peut résister à la capitulation. Les groupes armés qui avaient participé aux pourparlers d’Astana au Kazakhstan, initiés par la Russie, ont refusé de se rendre la semaine dernière à une nouvelle session de discussions. Un geste de protestation contre le non-respect par le régime du cessez-le-feu négocié en décembre par la Russie et la Turquie puisque les combats n’ont pas cessé dans le pays. Reste que le morcellement des forces opposées à Al-Assad entre modérés, islamistes ou jihadistes, qui se combattent ou se regroupent selon les régions et les adversaires à affronter, mine leur crédibilité dans toute négociation.

    Source : Liberation - Date de parution le : 20/03/2017

    Souria Houria le 21 mars 2017

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  • À nos ennemis “anti-impérialistes” (Souria Houria)

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    Un jour à Istanbul, j’ai croisé un communiste turc qui a cru nécessaire de m’expliquer le conflit syrien.

    Selon lui, il s’agissait d’un complot impérialiste contre le régime progressiste de Bachar El-Assad. Moi, Syrien, ayant passé les cinquante-deux années de ma vie en Syrie, je devais écouter sans broncher les élucubra- tions de cet homme qui n’y avait probablement jamais mis ses pieds. La même chose s’est reproduite lors de rencontres avec des Allemands, Britanniques ou Américains convaincus d’en savoir plus que moi sur mon pays.

    On n’accorde guère de valeur à ce que disent les Syriens sur leur propre pays et on leur dénie la capacité intellectuelle d’avoir des analyses pertinentes.

    Au mieux, ils sont ravalés au rôle de source secondaire pour fournir une citation qui permettra de compléter l’article d’un journaliste ou les travaux académiques d’un chercheur. Ce traitement nous est réservé aussi bien de la part de la gauche anti-impérialiste que de la droite et plus généralement d’une majorité d’Occidentaux.

    Cette majorité a une approche de la Syrie et du Moyen-Orient qui repose sur trois points.

    Premièrement, le discours géopolitique qui a pour principale préoccupation la stabilité régionale. Deuxièmement, le discours culturaliste qui se focalise sur l’islam, l’islamisme, le terrorisme et les droits des minorités. Troisièmement, il y a le discours droits-de-l’hommiste, qui aborde les Syriens en tant que victimes (victimes de tortures, réfugiés…), mais qui ne s’attarde guère sur la dimension politique et sociale de leur lutte. Aucun de ces trois discours ne s’intéresse aux individus, ni à la réalité de la vie sociale, ni aux aspirations des gens.

    La droite occidentale fait siens les deux premiers discours, le géopolitique et le culturaliste.

    Et la gauche anti-impérialiste considère qu’il faut se préoccuper uniquement des grands dossiers de la politique internationale et combattre l’impérialisme sans regarder les choses par le petit bout de la lorgnette. Pour elle, le conflit syrien avec ses obscurs ressorts locaux est subalterne par rapport aux grandes considérations géopolitiques : Israël occupe une partie du territoire syrien, donc la Syrie est anti-impérialiste et propalestinienne. Et puisque la Syrie est gouvernée par la famille Assad depuis plus d’un demi-siècle, cette gauche en vient à être pro-Assad.

    Cette approche ignore la réalité politique, économique, culturelle, sociologique et historique.

    Obnubilés par de grandes considérations générales, ces anti-impérialistes ne croient pas nécessaire de s’intéresser à la réalité d’en bas. Ainsi ne voient-ils pas que le peuple syrien est “palestinisé” par le régime Assad, c’est-à-dire que les Syriens sont traités dans leur propre pays comme s’ils étaient sous occupation. Le régime d’Assad n’a rien d’anti-impérialiste. Mais, au-delà de cette évidence, les luttes pour la démocratie et la justice sociale ne sont pas subalternes aux grands dessins abstraits ; elles existent per se. Personne n’aurait l’idée, au nom de considérations géopolitiques, de dénier aux Coréens du Nord le droit de combattre leur régime fasciste. Pour critiquer le monde et le changer, l’anti-impérialisme ne s’avère pas être la bonne entrée pour y parvenir, faute de culture démocratique en son sein.

    Il faut donc affirmer l’autonomie des différentes luttes [locales par rapport aux grandes considérations géopolitiques], et en comprendre les logiques internes.

    L’État d’Assad n’est rien d’autre qu’un régime fasciste héréditaire dont le bilan après un demi-siècle d’histoire se résume à l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie, extrêmement riche et brutale, prête à détruire le pays pour garder le pouvoir.

    L’idéologie de cette classe de privilégiés met à l’honneur une modernité matérielle, mais certainement pas une modernité de valeurs.

    Au contraire, elle s’accommode d’un violent racisme envers les pauvres de Syrie – parmi lesquels les sunnites sont surreprésentés –, à l’instar des Blancs d’Afrique du Sud pendant l’apartheid envers les Noirs. Dans chacun des exemples cités, les premiers considèrent les seconds comme des personnes arriérées, dont l’extermination ne pose pas de problème moral, voire est considérée comme souhaitable. Cet État a accepté toutes les injonctions impérialistes au fi l des ans. Et il a surtout traité les Syriens comme des esclaves, détruisant toute possibilité de l’émergence d’une vie sociale, politique ou syndicale indépendante. En Syrie aussi, il existe des communistes anti-impérialistes locaux, fidèles à l’État assadien. Ce sont les “bakdachis”, de la tendance de Khaled Bakdach, qui était le secrétaire général du PC syrien officiel, fidèle parmi les fidèles à Moscou. À sa mort, son épouse, Wessal Farha, a récupéré le parti en héritage. Puis c’est le fils qui en a hérité quand elle est morte à son tour.

    Les bakdachis appartiennent aujourd’hui à la classe moyenne, avec leur mode de vie mondialisé, vivant dans les centres-villes, totalement préservés des affres que connaissent leurs compatriotes.

    Et quand les Syriens se font arrêter, humilier, torturer et assassiner, les bakdachis rabâchent des discours anti-impérialistes. Je ne connais pas un seul héraut de l’anti-impérialisme occidental qui, dans un des pays “impérialistes”, ait été torturé, discriminé légalement ou politiquement, interdit de voyager ou d’écrire. Je crois que ces anti-impérialistes ne savent même pas le sens de ces mots, à l’instar d’un Africain qui ne sait pas ce qu’est l’abondance ou d’un Suédois qui ne sait pas ce que c’est un manque.

    Un peu de modestie.

    Des journalistes occidentaux lassés de leur vie dans les grandes métropoles trouvent plaisant d’aller faire un tour à Damas ou à Beyrouth. Avec leurs confortables salaires, ils peuvent vivre où ils veulent. Nous, démocrates syriens, nous ne voulons pas les priver du droit de voyager, ni de la liberté d’expression. Mais nous voudrions qu’ils se montrent solidaires de nous et qu’ils condamnent cette clique qui s’ingénie à nous priver, nous autres Syriens ordinaires, de ces mêmes droits.

    Il y a quelque chose d’intrinsèquement impérialiste dans l’anti-impérialisme de cette gauche.

    Le conflit syrien justement permet de le montrer. Quand les anti-impérialistes occidentaux sortent l’argument de la guerre contre le terrorisme islamiste, ils semblent ne pas voir que cette guerre s’articule autour d’une conception étatiste qui renforce les États au détriment des sociétés et des mouvements sociaux. C’est une guerre qui insère Assad dans le système de domination du monde par les puissants. Qui plus est, elle lui permet de se prévaloir d’une cause alors qu’il n’en avait aucune. Il y a quelque chose d’intrinsèquement étatiste dans la structuration de la gauche anti-impérialiste. Et la guerre contre le terrorisme n’a aucun succès à son actif, mais a détruit au moins trois pays : l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie. Un tel bilan n’a rien d’étonnant de la part de forces impérialistes qui se caractérisent par l’arrogance et le racisme et qui ne se sentent pas obligées de rendre compte de leurs crimes.

    Mais là où l’impérialisme a subordonné sa vision du conflit syrien à la guerre contre le terrorisme, l’anti-impérialisme a subordonné la sienne à la notion de changement de régime.

    Or une politique de changement de régime ne peut être autre chose aux yeux des anti-impérialistes qu’une manigance impérialiste.Faut-il leur rappeler que ce n’est pas l’impérialisme américain qui a voulu le changement de régime syrien ? C’est nous, Syriens, qui le voulons. Les États-Unis et la Russie subordonnent notre lutte pour la liberté à la guerre sans fi n contre le terrorisme. La gauche occidentale subordonne notre lutte pour la liberté à la lutte contre l’impérialisme.

    De son côté, le régime assadien subordonne les aspirations à la liberté du peuple syrien au mensonge de la lutte contre Israël.

    Finalement, les islamistes subordonnent notre lutte globale à une guerre religieuse. Le point commun de tous est qu’ils prennent la posture de celui qui peut décider à notre place, enfants immatures que nous sommes à leurs yeux. Ceux des Syriens qui refusent d’être ainsi infantilisés sont alors considérés comme incompétents par les uns, traîtres par les deuxièmes et mécréants par les troisièmes.

    Mais le fondement du paternalisme des anti-impérialistes est à trouver dans l’évolution de cette gauche et de son accession à une classe moyenne coupée des problèmes de la société.

    Cela est lié aux transformations économiques dans les pays occidentaux, avec une industrie à l’agonie et une classe ouvrière en perte de vitesse, favorisant l’émergence d’une gauche “des campus”, qui ne fait rien et qui sait peu. Il ne s’agit pas de leur dire de ne pas se mêler de nos affaires. Au contraire, nous voulons qu’ils s’en mêlent. Nous aussi nous nous mêlons de leurs affaires et personne ne nous en empêchera. Nous vivons dans le même monde.

    Mais nous exigeons un peu de modestie.

    Cette gauche anti-impérialiste doit écouter plutôt que donner des leçons ; elle doit cesser de subordonner notre lutte à d’autres causes ; elle doit accepter que nous sommes ses égaux et semblables.

    Yassin Al-Haj Saleh  Al-Jumhuriya (extraits) Istanbul – Publié le 2 mars سورية واليسارالأنتي-إمبريالي الغربي

    * Michel Seurat, sociologue et chercheur français, spécialiste de la Syrie, mort en captivité à Beyrouth en 1986, alors qu’il était otage du Hezbollah, selon différentes sources.

     PASCAL FENAUX·MERCREDI 15 MARS 2017

    Coup de colère du grand intellectuel syrien Yassin Al-Haj Saleh contre une gauche occidentale qui soutient le régime syrien et ferme les yeux sur ses crimes abominables.

    “À la mémoire de Michel Seurat*”

    Source : Courrier International - Date de parution le : 15/03/2017

     Souria Houria le 20 mars 2017

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  • Nouveautés sur "Amnesty International"

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    L'agence de l'ONU doit maintenir la pression sur le Qatar, car sa réforme sur le travail des migrants n'est pas à la hauteur

    Accord UE-Turquie : une tache honteuse sur la conscience collective de l’Europe

    Syrie. Il est temps que les dirigeants mondiaux fassent en sorte que les millions de victimes de la guerre obtiennent justice, vérité et réparation

    Palestine. Des éléments prouvent que les forces de sécurité palestiniennes ont violemment réprimé une manifestation pacifique à Ramallah

    Libye. Le coût humain de l’hypocrisie européenne par Matteo de Bellis

  • Moscou capitale du Proche-Orient (Orient 21)

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    En attendant Donald Trump…

    La Russie occupe désormais une place centrale sur l’échiquier proche-oriental. Sa présence militaire en Syrie, l’axe qu’elle a créé avec l’Iran et avec la Turquie en font l’interlocuteur obligé de tous les protagonistes de la guerre en cours. Mais elle est aussi prise dans les contradictions qui divisent ses alliés et elle attend avec une certaine inquiétude que le président Donald Trump décide de sa politique dans la région.

    « The Middle East : When Will Tomorrow Come ? » (Proche-Orient, quand demain arrivera-t-il ?) : c’est sous ce joli titre, presque poétique, qu’en cette fin d’hiver à Moscou, dans un luxueux hôtel au centre de la capitale à quelques encablures de la place Rouge et du Kremlin, plus d’une centaine d’invités venus de trente pays se côtoient pour débattre de l’avenir d’une région bouleversée par les guerres et les conflits, à l’invitation du Valdai Discussion Club, un think tank de politique internationale.

    Les participants sont plus divers que lors de la réunion de l’an dernier, avec plus de délégués des pays du Golfe. On y croise Moshe Yaalon, ancien ministre de la défense israélien, expliquant que la paix nécessite la création d’États confessionnels, sunnite, chiite ou alaouite (mais surtout pas d’un État palestinien) ou le général américain Paul Vallely tressant des couronnes à Donald Trump et évoquant sa récente rencontre avec Marine Le Pen à Paris. On peut y côtoyer Ali Nasser Mohamed, ancien président de la République démocratique et populaire du Yémen (Sud-Yémen), Nabil Fahmy, ancien ministre des affaires étrangères égyptien, Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, ou encore Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Yémen. Annoncée, l’opposante syrienne Bassma Kodmani a été retenue par les négociations qui se déroulent à Genève. Autre défection, Seyed Hossein Mousavian, un ancien officiel du Conseil national de sécurité iranien, résident aux États-Unis : il craignait, après les décrets du président Trump, de ne pas pouvoir y retourner s’il partait en voyage.

    Intellectuels, chercheurs, responsables saoudiens ou iraniens, turcs ou égyptiens, irakiens ou américains, s’y retrouvent avec bien sûr une forte présence russe, dont Mikhaïl Bogdanov, ministre adjoint des affaires étrangères en charge du monde arabe, Valentina Matvienko, présidente du conseil de la Fédération russe (la chambre haute), et proche de Vladimir Poutine ou Vitaly Naumkin, directeur de l’Institut des études orientales, un des architectes de la conférence. Ce dernier quittera la conférence en urgence dès la fin de la première journée pour aller renforcer la délégation russe aux négociations sur la Syrie à Genève. L’Europe brille par son absence, comme le feront remarquer divers intervenants.

    Un rôle central dans les dossiers brûlants

    Une participation si hétérogène confirme que la Russie s’est acquis cette dernière année, grâce à ses victoires militaires en Syrie, une place centrale au Proche-Orient, reconnue par tous — y compris par ceux qui condamnent son soutien au régime de Damas. Elle s’enorgueillit de maintenir le dialogue avec toutes les parties, dans tous les conflits qui minent la région : ne joue-t-elle pas les bons offices pour éviter une escalade entre le Hezbollah et Israël sur le Golan, comme l’a confirmé la rencontre à Moscou le 9 mars entre Poutine et Nétanyahou ?

    Moscou est devenu l’un des centres où se négocient les dossiers les plus brûlants. Fin janvier, le Hamas et le Fatah y ont signé un accord pour la formation d’un gouvernement d’union nationale1. À la mi-février, la capitale a abrité la sixième conférence des Kurdes regroupant un certain nombre de groupes dans la mouvance du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) : Parti de l’union démocratique (PYD, Syrie), Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK, Iran), Parti démocratique des peuples (HDP, Turquie), mais aussi Goran ou l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), partis rivaux du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) — au pouvoir dans le Kurdistan irakien et absent de la conférence.

    Au début du mois de mars, le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a reçu le premier ministre libyen Fayez Al-Sarraj, alors que la Russie maintient d’excellents rapports avec son principal adversaire, le général Khalifa Haftar.

    Pourquoi cet activisme ? Qu’est-ce qui fait courir Moscou ? Fiodor Loukianov, l’un des artisans intellectuels de la conférence et des commentateurs russes les plus respectés en politique internationale explique que l’objectif dépasse le cadre régional : « La Russie voit le Proche-Orient comme le terrain principal sur lequel elle peut accumuler un capital qui lui permettrait d’être reconnue comme une puissance sur la scène internationale. Malgré ses spécificités, le Proche-Orient est partie prenante d’une réorganisation du monde. » La Russie ne cache pas sa conviction que l’ère « post-occidentale » a commencé et elle veut accélérer le mouvement.

    « Travailler avec tout le monde »

    Cependant, cela ne signifie pas que « nous entamons une nouvelle “guerre froide” ; nous ne sommes pas en compétition avec les États-Unis comme l’était l’URSS, explique ce professeur russe de relations internationales, nous ne voulons pas d’un nouveau Yalta ». D’abord parce que le monde n’est plus bipolaire, mais multipolaire et, d’autre part, parce que l’on est conscient ici des limites de la « puissance russe » — notamment en termes économiques. Enfin parce que l’idéologie n’est plus une force motrice et que, comme le répètent avec insistance Lioukanov et nombre des interlocuteurs russes, « la règle du jeu international pour les prochaines années est l’instabilité. Il n’y a plus d’alliance durable, même pas l’OTAN ».

    L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, plutôt bien accueillie au Kremlin, accroît cette instabilité et les incertitudes. Pour l’instant, le président américain semble coincé entre ses velléités de rapprochement avec Vladimir Poutine, les tendances antirusses du Congrès, son discours sur « la guerre contre le terrorisme » et son hostilité viscérale à l’Iran. En attendant, le Kremlin profite de cette étrange transition en cours à Washington, mais adresse un message clair aux Occidentaux, relayé par Valentina Matvienko : « Le Proche-Orient est la ligne de front de la guerre mondiale contre le terrorisme, un mal global similaire à ce qu’a été le fascisme. Pour le vaincre, nous devons mettre de côté nos différences. » Et Bogdanov de préciser : « Nous devons en finir avec la démocratisation imposée de l’extérieur, sans rapport avec les cultures locales ». Mais, assure-t-il, nous devons aussi « travailler avec tout le monde », en Libye ou au Yémen, en Syrie ou en Irak, à l’exception bien sûr des groupes terroristes transnationaux, l’organisation de l’État islamique (OEI) et Al-Qaida. Il aurait pu aussi évoquer l’Afghanistan où Moscou, inquiète de l’installation de l’OEI dans le pays, a entamé des contacts avec des fractions des talibans qu’elle considère comme un contrepoids au djihadisme international.

    C’est sur le terrain syrien que les Russes ont remporté leurs succès les plus significatifs, il leur reste toutefois à prouver leur capacité à stabiliser la situation, à esquisser une solution politique. Pour cela, ils comptent d’abord sur le triangle laborieusement forgé Iran-Turquie-Russie. Comme l’explique un diplomate russe sous couvert d’annonymat, cette alliance est « contre-intuitive. Elle s’appuie sur des calculs tactiques, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne durera pas. Les intérêts à court terme de ces trois pays coïncident car ils ont des troupes sur le terrain et ils veulent trouver une solution. Et ils mesurent le poids financier d’un enlisement. » Pour permettre la signature d’un cessez-le-feu en Syrie, Moscou a réuni à Astana (Kazakhstan), à deux reprises, en janvier et en février 2017, les représentants du régime syrien et ceux de l’opposition armée — y compris des groupes salafistes jusque-là qualifiés par elle de « terroristes », comme Ahrar Al-Cham. Ce compromis a pavé la voie à la reprise des négociations politiques à Genève à la fin février entre le régime et les différentes forces de l’opposition.

    Des alliés imprévisibles

    Mais comment jongler avec les positions parfois antagonistes de ses propres alliés ? Un projet de Constitution soumis par Moscou indique que l’État syrien sera laïque, ce qui n’est pas du goût de l’Iran, et ne mentionne pas le caractère arabe du pays (une reconnaissance du fait kurde) ce qui indispose aussi bien Ankara que les nationalistes arabes. Pourtant, l’axe Moscou-Téhéran semble plus solide que l’axe Moscou-Ankara, les risques de renversement d’alliances étant peu probables dans le premier cas — l’espoir que l’accord sur le nucléaire iranien entraînerait une détente entre les États-Unis et l’Iran a fait long feu — que dans le second, Moscou n’oubliant pas que la Turquie est membre de l’OTAN.

    Autre allié imprévisible, Bachar Al-Assad, qui doit pourtant sa survie politique à l’intervention de Moscou. Alexander Aksenenok, un ancien ambassadeur russe en Algérie, vieux routier de la politique proche-orientale, ne cache pas ses critiques à l’égard des autorités syriennes. « La solution en Syrie doit être fondée, explique-t-il, sur le communiqué de Genève du 30 juin 20122 et la résolution 2254 du conseil de sécurité de l’ONU, prévoyant la mise en place d’un “organe de gouvernement transitoire”, qui serait capable d’“accomplir pleinement les fonctions de pouvoir exécutif”. Or Damas refuse, sous différents prétextes, de discuter de cette transition. » Ce point de vue, il l’a exprimé publiquement dans Nezavisimaya Gazeta, le 20 février 2017.

    Finalement, sous la pression de Moscou, la quatrième session des négociations de Genève qui s’est achevée le 3 mars semble avoir contraint Damas à accepter les principes d’une transition. Une petite avancée saluée par l’envoyé de l’ONU Staffan de Mistura qui a annoncé la reprise des négociations le 23 mars. Quant à l’avenir de Bachar Al-Assad selon Moscou, il devra être tranché plus tard, ce sera aux Syriens de décider. Existe-t-il sur ce point des divergences entre Téhéran, attaché au maintien à tout prix du président syrien, et Moscou qui serait plus souple ? Ou, comme l’expliquent certaines journalistes russes, des divergences entre les ministres de la défense et des affaires étrangères russes ? Il est difficile d’obtenir une confirmation de ces rumeurs.

    L’avenir est à la Maison Blanche

    Quoi qu’il en soit, pour Moscou la question n’est pas à l’ordre du jour, car l’avenir se décidera sur le terrain où la situation est mouvante. Malgré ses reculs, l’OEI reste puissante, comme l’est l’ancienne branche d’Al-Qaida, le Front Al-Nosra devenu Front Fatah Al-Cham. D’autre part, les tensions sont palpables entre la Turquie, le régime syrien et l’Iran sur le terrain — tensions que Moscou tente de déminer. Un exemple, la situation autour de la ville d’Al-Bab dont les troupes turques engagées en Syrie depuis le mois d’août 2016 se sont emparées avec leurs alliés syriens le 23 février. Elles ont menacé de reprendre Manbij, tombée aux mains des Forces démocratiques syriennes, un groupe dans lequel le PYD joue un rôle clef. Pour la Turquie, il s’agit d’empêcher à la fois l’unification des trois cantons du Kurdistan syrien et de porter un coup à une organisation considérée comme une simple succursale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un ennemi aussi dangereux — si ce n’est plus — que l’OEI. Moscou a négocié, avec l’aide de Washington, un compromis : le PYD a évacué les environs des villages autour de Manbij, qui ont été remis aux mains du régime syrien.

    Une zone tampon est ainsi créée entre les Turcs et leurs alliés d’un côté, les Kurdes de l’autre, l’armée syrienne servant de force d’interposition ! Des affrontements ne sont cependant pas à exclure, d’autant que la Turquie a réitéré sa volonté de purger totalement Manbij des combattants kurdes et exige de participer aux opérations de reconquête de Raqqa, « capitale » de l’OEI. La réunion à Antalya (Turquie) de responsables militaires turcs, russes et américains le 7 mars avait pour but de définir une stratégie commune. Au même moment, on apprenait que les États-Unis avaient envoyé pour la première fois des marines dans la zone — où se côtoient au sol, en dehors des Syriens, des troupes iraniennes, turques, russes et américaines.

    Mais peut-on négocier l’avenir de Syrie « avec seulement des acteurs non arabes que sont l’Iran et la Turquie » ? s’interroge Loukianov. Interrogation d’autant plus légitime que la conférence de Valdai elle-même a pu entendre des critiques virulentes de la part de nombre de délégués arabes à l’égard de l’Iran et de son « expansionnisme ». Même si Moscou a pu obtenir une présence de la Jordanie aux négociations d’Astana — ainsi que celle des Émirats arabes unis3 —, l’absence de l’Arabie saoudite pèse. « Nous aurons besoin des États-Unis pour inclure l’Arabie dans les discussions, explique le sénateur Igor Morozov, membre de la commission des affaires étrangères de la chambre haute. Sinon, nous risquons d’assister à une reprise des combats et de l’aide de Riyad et Doha aux organisations armées. » Plus grave selon lui : le risque que l’administration Trump déclenche un conflit contre l’Iran, par Israël interposé. Ce choix anéantirait toute possibilité d’accord en Syrie et relancerait une guerre à grande échelle dans la région, avec un éclatement des États et l’exacerbation des conflits confessionnels. Malgré leurs succès, les Russes sont conscients du fait qu’une partie de l’avenir se joue à la Maison Blanche. Et personne ne sait quand demain arrivera au Proche-Orient…


    1 En réalité, l’accord semble avoir été «  survendu  » par les médias russes. Selon des sources palestiniennes, rien n’a vraiment avancé au cours de cette rencontre à Moscou qui n’était pas du tout prévue pour entériner un accord.

    3 Le rapprochement entre Moscou et les Émirats arabes unis est notable. En février, Sergueï Tchemezov, le chef de Rostec — plus grand conglomérat de défense de la Russie — a déclaré aux journalistes présents à l’exposition IDEX (International Defence Exhibition and Conference) à Abou Dhabi, que Rostec s’associait avec le ministère de la défense des Émirats arabes unis pour développer un chasseur léger de cinquième génération basé sur le MiG-29. Le développement devrait commencer en 2018, et la production démarrer sept à huit ans après.

  • Dominique Vidal: Syrie : Pourquoi Jean-Luc Mélenchon se trompe (Regards)

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    Dominique Vidal, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, a regardé Jean-Luc Mélenchon lors de l’émission On n’est pas couché du samedi 23 février. Il décrypte les analyses de Jean-Luc Mélenchon sur la Syrie, qui ont fait polémique.

    Il est rare que, dans une émission de grande écoute, la situation syrienne occupe une telle place : près d’un quart d’heure. Mais ce fut, hélas, le trou noir d’une intervention par ailleurs brillante de Jean-Luc Mélenchon [voir la vidéo ci-dessous ndlr].

    Car le candidat à l’élection présidentielle opère un grand écart incompréhensible dans son raisonnement. Dans un premier temps, il considère à raison qu’il n’y a pas de solution militaire à une crise politique et s’oppose donc à toute intervention militaire occidentale, en particulier française, en Syrie. Et on le suit. En revanche, mystère de la logique mélenchonienne, il soutient l’intervention russe. Et il le fait au nom de la lutte contre Daesh et de la solidarité envers les Kurdes assaillis par l’armée turque.

    L’intervention russe a pour but de sauver Bachar El Assad

    Malheureusement, je crois que Jean-Luc Mélenchon connaît mal le dossier. La Turquie est constante : de tout temps, elle s’est focalisée sur les Kurdes. Le fait qu’elle intervienne désormais en territoire syrien n’est qu’une question de degré. Il n’y a rien là de radicalement neuf.

    De surcroît, Jean-Luc Mélenchon tait la réalité de l’intervention russe. Tous les observateurs, en dehors des Russes, relèvent que l’action russe est principalement dirigée contre les opposants modérés au régime de Bachar El Assad. Le type de bombardement – le carpet bombing : tapis de bombes – s’inspire des actions de l’armée russe en Tchétchénie. L’aviation russe bombarde civils et militaires de façon indifférenciée. C’est très choquant. Un hôpital d’une ONG vient même d’en être la cible.

    J’ai accueilli récemment à l’Institut de recherches et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo), pour un débat, l’ambassadeur russe en France, Alexandre Orlov : il n’a pas même présenté le combat contre Daesh comme objectif de l’intervention de son pays en Syrie. Le but de celle-ci, a-t-il dit, c’est de sauver Bachar El Assad et son régime. Car, s’ils tombaient, ce serait la porte ouverte à une extension du djihadisme, notamment dans le Caucase. Qu’est-ce qui permet à Jean-Luc Mélenchon de dire que l’objectif des Russes est d’abattre Daesh ? D’autant que, je le répète, l’écrasante majorité des bombardements russes ne visent pas les djihadistes.

    Poutine ne défend que les intérêts de Moscou, du moins ce qu’il considère comme tels

    Jean-Luc Mélenchon a pris l’habitude de se faire l’avocat de Poutine, en Syrie comme en Ukraine. Visiblement, il croit déceler une continuité entre l’URSS et la Russie. Cette filiation est une vue de l’esprit. À supposer que l’URSS ait agi au plan international pour défendre des causes justes, Poutine ne défend plus ni ces causes, ni les valeurs qui les inspiraient. Poutine ne défend que les intérêts de Moscou, du moins ce qu’il considère comme tels. Car il y a un grand écart entre les véritables intérêts de la Russie et la manière dont le groupe dirigeant les conçoit.

    Je pense que Jean-Luc Mélenchon reproduit la même erreur d’analyse en ce qui concerne les régimes arabes. Le nationalisme arabe, laïque et socialiste a disparu depuis longtemps. Les régimes de Saddam, hier, ou d’Assad, aujourd’hui, n’ont aucun rapport avec ceux des années 1960-1970. La politique progressiste a été remplacée par une politique libérale, marquée par les dénationalisations. De véritables mafias dominent l’Irak comme la Syrie. Et la dimension laïque s’est réduite au point de n’être plus qu’une façade pour Occidentaux de passage. Saddam Hussein faisait de plus en plus référence à l’islam dans les dernières années de sa dictature. Et Bachar Al-Assad instrumentalise les minorités comme un fond de commerce politique. Il y a eu fondamentalement une rupture au tournant des années 1980. Étrangement, Jean-Luc Mélenchon semble l’ignorer.

    Propos recueillis par Catherine Tricot.

    regards.fr  Dominique Vidal  25 février 2016

    Lire aussi :

    Dominique Vidal : « Le « choc des civilisations », une idée fausse qui prend corps »

    http://www.anti-k.org/2016/12/22/denis-collin-campisme-linsondable-et-criminelle-betise-dune-partie-de-la-gauche-radicale/

    En finir avec les théories du super-impérialisme et de la division du monde en camps

    http://www.anti-k.org/2017/01/08/comment-m-melenchon-nie-le-peuple-de-syrie-et-ses-droits/

    Commentaires:

    Nous écrivions le 12/12/2016 un article sur le « campisme », il est intéressant de lire un point de vue semblable émis par un intellectuel qui ne se réfère pas à l’analyse classique anti-impérialiste contre tous les impérialismes (http://filiu.blog.lemonde.fr/).

     Le « campisme mélenchonien:

     Jean-Luc Mélenchon confirme ses approches erronées. Il n’y aurait ainsi qu’une seule grande puissance impérialiste, les USA, ce qui n’est pas cohérent avec sa prétention à être non-aligné. Il ne raisonne toujours pas en termes de classes sociales, mais en termes d’intérêts divergents des états.

    Il prétend donc défendre les intérêts de « La France » et des français en s’abstenant de toute critique à l’égard de la politique de la Russie. En dehors de toute cohérence du reste, jlm2017 se soumet à l’air du temps : « La vraie menace est du côté de la Chine, (…) car c’est là où, pour l’avenir, va se trouver l’adversaire principal. » dit-il aujourd’hui pour mieux stigmatiser les menées des « nord-américains »,  à juste titre, mais également pour détourner l’attention de la politique poutinienne, qui s’exprime en Syrie de manière barbare.

    jlm207  contredit ainsi les propos de son livre « qu’ils s’en aillent tous » page 129 : … « Selon moi, la France du XXI ème siècle devrait avoir avec la Chine une coopération avancée en matière économique, on peut facilement se comprendre, il y a entre nous une culture commune bien plus étendue et profonde qu’avec les nord-américains…

    La vision « géopolitique » campiste de jlm2017 à but électoraliste est patente dans ces errements, il négligeait hier les mécanismes impérialistes spécifiques des capitalistes chinois fondés sur la sur-exploitation des travailleurs – sans oublier la répression des minorités et l’écrasement du Tibet – pour sous-estimer maintenant les visées impérialistes russes menées par une oligarchie mafieuse et fascistoïde, fondées sur la reconquête par les interventions militaires.

    Ceci n’exonère en rien l’impérialisme dominant des Etats Unis, le plus violent et le plus criminel. Mais cette vision sommaire et fluctuante des « relations internationales » vise à se concilier tous les nationalistes, qui veulent occulter le fait que les intérêts des peuples sont différents des intérêts de leurs propres dirigeants, ce sont eux leurs principaux ennemis, ceux qu’ils doivent combattre solidairement.

    Voilà ce qu’il faut marteler à chaque occasion quand jlm2017 choisit de définir les intérêts de La France, de La Russie, de la Chine pour finir par défendre les intérêts de la caste fasciste des Assad, en avançant masqué. 

  • «Les Syriens ont osé faire le printemps dans cette partie aride du monde» (Al'Encontre.ch)

    Des centaines de personnes marchent à Damas, en mars 2011,
    au cri de «Deraa est la Syrie»

    Le 15 mars 2011, un rassemblement avait lieu à Damas.

    Trois jours après, les manifestations s’étendaient aux principales villes du pays, gagné par le «printemps arabe». Après six ans de guerre, des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés, un Aleppin réfugié en France se souvient du caractère inattendu et miraculeux de cette renaissance avortée.

    Le parfum du printemps me parvient jusque dans mon asile alsacien. Je reconnais bien ces fragrances enivrantes. Elles n’émanent pas de l’étrange pays où je suis réfugié depuis dix-huit mois. Car qui vit sous le ciel de ce pays, surtout dans l’atmosphère de la campagne présidentielle, sait bien que rien n’annonce, hélas, un printemps. Ce parfum me vient de mon pays, la Syrie, à 4000 kilomètres de distance et six ans après.

    Mais que reste-t-il du printemps syrien ? Il n’y a pas de réponse rapide à cette question qui vient comme un poignard se planter au fond du cœur. Beaucoup disent aujourd’hui, certains avec nostalgie ou regret, d’autres avec hargne et rancune, qu’il n’y a jamais eu véritablement de printemps en Syrie. Que notre pays était condamné à l’hiver dur et long des dictatures ou à l’été brûlant et fou de l’extrémisme musulman.

    Il y a six ans, à cette même époque de l’année, j’avais écrit sur ma page Facebook : «Nous sommes en mars, le printemps viendra-t-il chez nous aussi?»

    C’était peu après la révolution tunisienne commencée le 17 décembre 2010, suivie de la révolution égyptienne le 25 janvier 2011, et enfin de celles du Yémen et de la Libye en février. C’était le temps des soulèvements, appelé le «printemps arabe». Un moment de légende qui a balayé, en quelques jours, des régimes que l’on croyait définitivement installés comme une maudite fatalité pour leurs peuples. J’avais exprimé, en quelques mots, l’espoir que ce printemps révolutionnaire atteigne la Syrie. Je ne l’avais fait évidemment que par allusion car personne n’osait alors se déclarer ouvertement. Je n’avais d’ailleurs pas «d’amis» dans l’espace bleu de Facebook pour me lire, aimer ou commenter ma publication. Seul l’agent des renseignements chargé de surveiller chaque souffle émis par un Syrien pour mieux l’oppresser. Tous les Syriens évoluaient comme de misérables atomes solitaires, errant face à la terreur imposée par l’Etat sécuritaire. Le seul lien entre ces atomes isolés était l’agent des renseignements, cet être omnipotent installé dans les sous-sols de la torture comme dans nos esprits pour tout savoir et sanctionner.

    Et le printemps est arrivé en Syrie ! Il était authentique, je tiens à en témoigner. Je ne tente pas ici une présentation historique ou politique de ce qui s’est produit depuis le déclenchement de la révolution syrienne en mars 2011. Ce n’est pas le lieu, et je ne suis pas qualifié pour le faire. Je veux apporter le simple témoignage d’un homme qui a vécu un demi-siècle de sa vie en Syrie. Je veux affirmer qu’il ne s’agissait pas d’un printemps mensonger, ni d’une illusion, ni d’une tromperie, mais du seul véritable printemps qu’ait connu le pays dans l’histoire moderne. Il est important de le rappeler pour bien mesurer l’ampleur de la catastrophe qui s’est abattue sur la Syrie et les Syriens. Les images de villes détruites, de maisons écrasées sur la tête de leurs habitants, de corps déchiquetés, de cadavres de dizaines de milliers de prisonniers morts sous la torture, puis celles des enfants noyés lors de la grande vague de départs dans les embarcations de la mort ou des millions de pauvres gens entassés dans les camps de réfugiés. Toutes ces images qui envahissent les écrans de télévision et les pages de journaux ne suffisent pas à rendre compte du prix exorbitant que nous avons payé. Car elles ne reflètent que l’aspect dramatique de l’histoire, cette punition collective qui a frappé les Syriens, sans rien dire de ses causes ni expliquer le pourquoi de la catastrophe.

    Aux consciences honnêtes qui lisent ces mots et qui ne peuvent croire que la terreur de masse qui s’est abattue sur les Syriens n’est que la «guerre contre le terrorisme» menée par Vladimir Poutine et Bachar al-Assad, pour reprendre les mots de leur propagande. A ceux qui ne peuvent comprendre comment les événements ont si mal tourné. A tous, je voudrais dire que la seule raison de cette folie destructrice est que les Syriens ont osé faire le printemps dans cette partie aride du monde. Car leur révolte, dans cette région géostratégique si sensible, a introduit un facteur imprévu menaçant pour les intérêts établis par des puissances régionales comme l’Iran, Israël ou les pays du Golfe. Il s’agit là d’une faute mortelle. L’émergence de ce nouvel acteur aurait aussi pu provoquer des bouleversements géostratégiques pour de plus grandes puissances encore, tels les Etats-Unis, la Russie, la Turquie ou d’autres pays du Golfe. Il s’agit là encore d’une malédiction fatale. Dans les deux cas malheureusement, les Syriens ont représenté l’acteur de trop dont il fallait vite se débarrasser, ou tout au moins tenter de l’instrumentaliser un temps avant de le liquider. Il existe après tout trop de peuples dans le village planétaire, et il faut bien éliminer l’un d’entre eux de temps en temps.

    Il n’en reste pas moins que l’entreprise des Syriens en ce printemps a été une immense surprise pour tout le monde, y compris pour moi qui l’ai attendue toute ma vie. C’était un tel miracle humain que je n’y aurais pas cru si je ne l’avais vécu en direct jour après jour. Franchement, je ne connaissais pas ces jeunes et moins jeunes qui se sont emparés des rues avec leurs slogans, leurs chants et leurs danses, alors que je vivais parmi eux. Ils ne se connaissaient d’ailleurs pas entre eux car personne en Syrie ne connaissait l’autre. Parents, voisins, amis ou collègues, ils pouvaient être aussi indicateurs pour les services de renseignement, et la méfiance était de rigueur, même à l’égard des plus proches. Comment sont-ils parvenus à se rencontrer aussi vite ? Comment ont-ils osé découvrir leurs poitrines nues devant leurs camarades manifestants, face aux fusils des forces de l’ordre et aux couteaux des sbires du régime qui les fauchaient sans merci ? L’esprit civique que le régime du parti Baas s’est employé pendant cinquante ans à détruire par la peur, à écraser par le mensonge, à salir par la délation, comment a-t-il pu surgir soudain à la vie, avec autant de pureté et de spontanéité ? Comment les élèves obligés de scander tous les matins à l’école le slogan d’allégeance à la famille Al-Assad ont-ils pu le soir même descendre dans la rue pour appeler à la liberté et à maudire l’âme du despote père, fondateur de ce régime d’esclavage ? Les pauvres, pour qui la Syrie n’a jamais été généreuse ni clémente, ont rempli leur cœur d’un amour pur pour une patrie qui ne leur a rien offert. Je n’éprouvais moi-même aucun sentiment d’appartenance à la Syrie avant ce printemps-là. J’avais même honte d’appartenir à un peuple asservi, travaillant pour le compte de la famille Al-Assad. Comment me suis-je métamorphosé d’un jour à l’autre, comme des millions de Syriens ?

    La réponse est à la fois simple et étonnante : nous avons contracté soudain le virus de l’espoir qu’une autre vie est possible et que nous étions capables de l’inventer. Nous avons décidé tous ensemble, nous, les gens ordinaires, les étudiants, les ouvriers, les bouchers, les plombiers, les tailleurs, les avocats, les pharmaciens, les dentistes, les trafiquants de tabac, les intellectuels, les artistes, les vendeurs de mazout, les chômeurs et les repris de justice. Nous avons décidé qu’il était temps que nous prenions possession de notre pays, que nous cessions d’être des sujets apprivoisés et terrifiés pour devenir des citoyens libres. L’espoir ! Cette noble passion est notre péché originel. Nous l’avons commis avec ardeur et nous en avons payé le prix fort.

    Le lecteur français devrait comprendre cet esprit qui était celui de ses ancêtres, celui de la République et de la démocratie. Mais il faut être Don Quichotte pour porter ces idéaux du XIXe siècle quand on vit au XXIe. Vouloir être maître de son pays? Quelle arrogance pour un peuple! Comment avons-nous osé y penser? Nous ne savions pas que le principe de l’autodétermination des peuples appartient désormais au passé, quand la terre était vaste avant de se transformer en petit village planétaire dont chaque quartier, petit ou lointain, compte pour les grands propriétaires. On ne pouvait pas laisser les habitants décider librement de leur sort. Que ceux qui trouvent cette exagération émotionnelle injustifiée observent comment les armées de quatre grandes puissances sont mobilisées autour de Manbij. Cette petite ville (à 50 kilomètres au nord-est d’Alep) était pratiquement inconnue des Syriens eux-mêmes. Pour confirmer cela, rappelons comment l’ONU et son envoyé spécial, Staffan de Mistura, ont veillé à la déportation des habitants d’Alep-Est, après ceux d’autres petites villes autour de Damas! (Traduction Hala Kodmani; article publié dans Libération, en date du 15 mars 2017, titre de la réd. A l’Encontre)

    Mustafa Aljarf, pharmacien d’Alep, réfugié à Strasbourg

     Alencontre le 15 - mars - 2017