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Droits humains

  • Bahreïn : le pouvoir pousse à la confrontation violente (Orient 21)

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    La décision du ministère de la justice et des affaires islamiques de Bahreïn de dissoudre l’Action démocratique nationale, communément appelée Waad, s’inscrit dans une politique de répression de toutes les formes pacifiques d’opposition. Le pouvoir, qui a déjà fermé les portes d’un dialogue politique, pousse ainsi à la violence.

    Le 1er janvier 2017, un commando de quatre à six personnes a attaqué à l’arme automatique la prison centrale de Jaw située sur la côte sud-est de l’île, tuant un gardien et permettant l’évasion de dix détenus. Huit d’entre eux avaient été condamnés à des peines de prison à perpétuité pour diverses actions violentes ou détention d’armes. Immédiatement, le ministère de l’intérieur a dénoncé l’action d’une « cellule terroriste » bénéficiant d’appuis étrangers — sous-entendu iraniens —, et engagé une chasse à l’homme pour retrouver les fugitifs, contrôlant les grandes voies de circulation et bouclant divers quartiers chiites connus pour leur sentiment anti-régime.

    Dans ce contexte d’intenses contrôles sécuritaires, la cavale des évadés a duré moins de deux mois. L’un d’entre eux, Reda Al-Ghasra, qui s’était déjà illustré par trois évasions, a été tué lors de l’interception par la marine bahreïnienne de l’embarcation à bord de laquelle il essayait de fuir le royaume le 9 février1. D’après le procureur général, les autres ont été arrêtés le 4 mars lors d’une vaste opération de police qui aurait permis de débusquer une cellule terroriste de 54 membres et de saisir armes et matériel explosif. Outre 41 personnes résidant au Bahreïn, la cellule comprenait 12 membres basés en Iran ou en Irak ; l’un des leaders du groupe aurait utilisé l’Allemagne comme base arrière pour organiser les déplacements des autres vers l’Iran ou l’Irak en vue de recevoir une formation dans la manipulation d’armes et d’explosifs dans les camps d’entraînement des Gardiens de la révolution.

    L’attaque de la prison de Jaw constitue une étape inquiétante dans la crise politique au Bahreïn : c’est en effet la première fois que l’opposition radicale monte une opération commando impliquant une telle sophistication, marquant un degré supplémentaire de violence et contrastant avec les techniques utilisées jusqu’alors, qui consistaient en l’explosion de bombes, mises à feu à distance, lors du passage de véhicules de police. Depuis le mois d’octobre 2012 et l’explosion d’une bombe artisanale à Eker tuant un policier, ce mode opératoire a coûté la vie, chaque année, à plusieurs membres des forces de l’ordre bahreïniens, étrangers ou golfiens2. Dès 2013, le nombre d’explosions de « véritables » engins explosifs improvisés (EEI) l’emportait sur l’emploi de « faux », canulars apparus dans les mois suivant l’éviction du rond-point de la Perle pour tourner en dérision les forces de police. Le recours à cette technique de détonation à distance constituait déjà en soi une rupture de nature avec les formes de guérilla urbaine — cocktails Molotov et pneus brûlés — qui étaient et sont toujours utilisées par les jeunes des villages chiites sans plus de formation.

    Suivant la logique du pire, c’est désormais l’option de la violence armée qui occupe le devant de la scène au Bahreïn. En dépit du maillage sécuritaire très dense, des fusils d’assaut circulent sur l’île. Le gouvernement bahreïnien y voit le signe indéniable de l’aide militaire apportée par les Gardiens de la révolution iraniens à la rébellion bahreïnienne, et ainsi, la confirmation de l’implication de l’Iran qu’il dénonçait depuis 2011 dans une sorte de prédiction autoréalisatrice. Cette montée en puissance des réseaux capables de se procurer des armes intervient dans le vide laissé par la répression de l’opposition légaliste pacifique, qui a ostensiblement donné raison aux plus extrêmes au sein de l’opposition, convaincus de la nécessité de faire chuter le régime par tous les moyens. Pour l’heure, le succès de l’attaque de Jaw démontre une faille dans l’appareil sécuritaire bahreïnien du ministère de l’intérieur. Ses conséquences ont été de plusieurs ordres.

    Spirale sécuritaire

    D’abord, quinze jours après l’évasion, le Bahreïn rompait un moratoire sur les exécutions capitales qui prévalait de facto depuis 2010. Pour la première fois depuis le soulèvement populaire, les autorités exécutaient trois hommes jugés coupables de la mort de trois policiers (dont un Émirien, Tariq Al-Chehi), tués à Daih lors de l’explosion d’un EEI, en dépit d’allégations, par les organisations de défense des droits humains, de confessions arrachées sous la torture. Certains observateurs bahreïniens ont vu dans l’accélération soudaine de la procédure et l’épuisement des recours, suite à la confirmation de la peine par la Cour de cassation, la pression des Émirats arabes unis craignant de voir les responsables de la mort d’un de leurs lieutenants s’évader à leur tour. Toujours est-il que l’exécution des trois jeunes a donné lieu, sans surprise, à des manifestations dans plusieurs villages chiites dont les participants scandaient des slogans hostiles à la monarchie. Ces mouvements de protestation se sont terminés par des heurts avec les forces de l’ordre, ainsi que l’incendie volontaire d’un bâtiment officiel du gouvernorat du Nord.

    Ensuite, l’évasion de la prison de Jaw a infligé un cinglant revers aux forces du ministère de l’intérieur, dirigé par le cheikh Rachid Ben Abdullah, réputé très proche du roi. D’après les observateurs bahreïniens, la mise en difficulté du cheikh Rachid donnait l’occasion, au sein de la famille royale, à la faction plus radicale des Khawalid3 opposée au compromis et partisane de l’option sécuritaire, de reprendre l’avantage.

    Dès le 5 janvier 2017, un décret rendait aux services de renseignement, la National Security Agency (NSA) — bénéficiant d’une relative autonomie par rapport au ministère de l’intérieur4 — le pouvoir d’arrêter, de placer en détention et d’interroger les suspects en matière de terrorisme. Pouvoir qu’un décret de novembre 2011 lui avait ôté, conformément aux recommandations du rapport Bassiouni5. En effet, ce dernier, notant déjà que ces pouvoirs étaient « une anomalie pour une agence de renseignement »6 avait établi la responsabilité de l’agence dans la mort sous la torture du cofondateur du journal d’opposition Al-Wasat, Abdul Karim Fakhrawi, et avait mis au jour des pratiques systématiques et mauvais traitements physiques et psychologiques assimilables à de la torture. Au vu de la détérioration rapide de la situation, la création en 2012 d’un poste d’ombudsman pour enquêter sur les plaintes déposées contre l’agence semble une garantie dérisoire pour rassurer sur ces pratiques lors de détentions.

    Une seconde mesure revient sur l’un des principaux acquis du rapport Bassiouni tout en empiétant sur les pouvoirs du ministère de l’intérieur : le Parlement a approuvé le 5 mars un amendement constitutionnel permettant aux tribunaux militaires de juger des civils. Le ministre de la justice l’a estimée nécessaire pour faire face à une « guerre irrégulière ». Là encore, le rapport Bassiouni avait salué le transfert des dossiers des tribunaux militaires de sûreté nationale vers des juridictions civiles et la possibilité d’appeler de leurs jugements devant la Cour de cassation, doutant que la façon dont le Code pénal y avait été appliqué soit conforme au droit international humanitaire7.

    Ainsi pour réaffirmer son contrôle de la situation et donner plus de pouvoir à son appareil sécuritaire, le régime de Manama est-il revenu sur les acquis principaux et les réformes qu’il avait engagés avec force publicité au lendemain de la crise de 2011, agitant le danger du terrorisme, dont il a lui-même alimenté le terreau en étouffant les voix de l’opposition disposées au dialogue.

    En finir avec toute opposition

    Parachevant la logique binaire de radicalisation, le ministre de la justice et des affaires islamiques dont dépendent les « associations politiques » (désignées comme telles en l’absence de partis officiellement reconnus) a annoncé le 6 mars son intention de dissoudre la dernière association d’opposition qui restait encore, l’Action démocratique nationale, communément appelé Waad , pour, entre autres, son « soutien au terrorisme » ou « la glorification d’individus condamnés pour terrorisme ».

    Héritier du Front populaire de libération du Bahreïn, le Waad, courant laïc de gauche, ne représente pourtant pas une force de mobilisation dangereuse pour le régime comme pouvait l’être celle du puissant Wefaq, dissous en juin 2016. Le Wefaq, qui captait les griefs des nouvelles générations formulés en termes de discrimination confessionnelle, pouvait se targuer d’approcher la majorité parlementaire. Même dissous, le procès contre son leader spirituel dénaturalisé le cheikh Issa Qassim mobilise des foules à tel point que son village, Diraz, est bouclé et Internet coupé. Son allié, le Waad, dont les militants — sunnites comme chiites — sont issus principalement des classes moyennes urbaines et des rangs des intellectuels, n’avait jamais eu de député à la chambre basse. Pourtant sa présence demeure gênante : son alliance solide avec le Wefaq chiite, tout comme son discours articulant des idées politiques de gauche faisant écho au discours occidental sur les droits civiques et politiques donnent la preuve que les revendications ne sont pas purement confessionnelles ni inspirées du modèle iranien.

    En éliminant les courants politiques constitués ayant opté pour la négociation, le régime bahreïnien entend pouvoir se livrer, sous couvert de lutte antiterroriste, à la seule opposition qui reste, celle des groupuscules armés. Pourtant, sa répression contre toute forme d’opposition — y compris pacifique — sape la légitimité dont il se prévaut pour agir contre la violence. C’est elle qui fait que le conflit prend peu à peu les traits que le gouvernement bahreïnien lui prêtait depuis le début du soulèvement : ceux d’une rébellion armée, prête à en découdre, y compris en recourant à l’aide étrangère.

    Claire Beaugrand

    1L’interception de l’embarcation, filmée par les autorités bahreïniennes a conduit, d’après un communiqué du ministère de l’intérieur, à la mort de deux complices et l’arrestation de sept autres personnes impliquées dans l’attaque de la prison de Jaw.

    2Pour l’année 2014, Anthony Cordesman recense la mort de six policiers et un civil lors d’explosion de bombes improvisées. Lire The Arab-U.S. Strategic Partnership and the Changing Security Balance in the Gulf, Center for Strategic and International Studies, Washington, octobre 2015  ; p. 362. Le think tank américain pro-israélien Washington institute for Near East Policy avance, quant à lui, le nombre de douze victimes parmi les policiers, depuis 2012.

    3Appartiennent à la branche des Khawalid le ministre de la cour royale, Khaled Ben Ahmed Al-Khalifah, le ministre de la défense, Khalifa Ben Ahmed et le ministre de la justice, Khaled Ben Ali Al-Khalifa.

    4Le directeur de la NSA a rang de ministre et siège, aux côtés du ministre de l’intérieur, au Conseil suprême de défense.

    5La commission indépendante d’enquête sur le Bahreïn (Bahrain Independant Commission of Inquiry, BICI) dirigée par Chérif Bassiouni avait été mise en place, à la demande du roi, fin juin 2011 pour faire la lumière sur les événements sanglants de février et mars 2011. Elle a rendu ses conclusions le 23 novembre 2011.

    6«  This is an anomaly when compared to other intelligence agencies, whose functions are limited to information gathering and analysis and do not extend to arrest powers  », p. 43 du rapport.

    7«  The Commission has a number of concerns about their conformity with international human rights law and with the Constitution of Bahrain  », p. 305.

    Claire Beaugrand  23 mars 2017

    http://orientxxi.info/

  • Lausanne Syrie

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  • Guerre au Yémen : la France finance le conflit… et empoche 455 millions d’euros (Anti-k)

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    François Hollande vient de donner son accord pour vendre à l’Arabie saoudite des armes en masse dans le cadre de la guerre au Yémen où sunnites et chiites se déchirent.

    Un contrat de près de 455 millions d’euros suffisant pour fermer les yeux sur l’horreur de la situation… et de l’intervention saoudienne.

    Yémen : un conflit entre sunnites et chiites

    Depuis près de deux ans, le Yémen est en proie à un conflit interne entre le gouvernement de Sanaa et les rebelles houtis. Ce conflit dépasse largement les frontières nationales puisque les puissances présentes au Moyen-Orient alimentent le conflit de leur soutien et se livrent une guerre par procuration. Dans le camp des houtis, c’est l’Iran chiite qui finance la guerre tandis que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis entend remettre en selle le président Abd Rabbo Mansour Hadi, d’obédience sunnite.

    Les conflits au Yémen font rage et touchent sans distinction les combattants, les populations civiles, les hôpitaux et les écoles.

    Le nombres de victimes de raids aériens sur des hôpitaux est astronomique à l’image de celui qui a fait 140 morts et 500 blessés en octobre 2016 ou celui perpétré par les États-Unis au mois de janvier dernier. Alors que les violations des droits les plus élémentaires sont monnaie courante dans ce conflit, que de nombreuses associations comme Amnesty International dénoncent l’implication des États-Unis et du Royaume-Uni dans la coalition, la France fait la sourde oreille à propos des souffrances des civils et n’écoute que l’appel des profits que la vente d’armes peut lui rapporter. Avec près de 20 milliards d’euros de matériel vendu en 2016, la France a battu son précédent record de 17 milliard atteint en 2015. Elle entend donc consolider sa place dans le trio mondial d’exportateurs d’armes.

    Saudi-French Military Contract : 455 millions d’euros de contrat d’armement

    Les relations commerciales en matière d’armement entre la France et la pétromonarchie du golfe remontent, pour la période récente, à 2014. Le contrat Donas, signé par l’Arabie saoudite et la France au profit du Liban s’est finalement mué en achat direct d’armes pour le compte du principal pays de la péninsule arabique. D’un montant de 3 milliard d’euros, il a déjà fait la joie des industriels français. Aujourd’hui le contrat a été rebaptisé SFMC pour Saudi-French Military Contract. C’est sur ce nouveau contrat que les saoudiens ont entrepris de refaire leur stock d’armement pour une somme qui atteint actuellement les 455 millions d’euros mais qui pourrait, à terme, représenter 1,2 à 1,4 milliard d’euros.

    Dans ces conditions, pas question de faire perdre de juteux contrats en munitions et canons à Nexter et Thalès TDA Armements. Pourtant, la procédure de transfert des armes dans le golfe n’a pas été facile et il a finalement fallu qu’Hollande mette un terme aux réticences de Cazeneuve et du Quai d’Orsay et tranche en faveur de l’autorisation de la vente d’armes à l’Arabie saoudite. C’est donc la ligne du ministère des Finances, toujours près à rendre service aux grands groupes, et de celle Le Drian, toujours près à combattre le terrorisme en finançant les pires dictatures, qui l’a emporté.

    Pour masquer un financement ouvert du conflit, le contrat a été rédigé dans des termes qui ne laissent pas entendre qu’il finance une guerre d’influence locale, alors que les armes une fois livrées y serviront sans aucun doute. Une partie des fournitures est directement destinée à la garde nationale qui n’intervient pas en dehors du pays et les munitions livrées le seront sans qu’on s’inquiète de leur usage, bien que la quantité commandée indique un besoin supérieur aux demandes ordinaires de Riyad.

    Dans le domaine des règles commerciale comme dans celui des droits démocratiques, la France fait une fois de plus la démonstration qu’elle se moque éperdument de celles qu’elle s’enorgueillit de respecter et de promouvoir. En dépit de la ratification du traité sur le commerce des armes qui interdit la vente d’équipements militaires s’il est avéré qu’ils serviront à perpétrer des violences contre les civils, la France finance bel et bien une guerre ouverte qui la conforte dans sa position de puissance industrielle et militaire d’envergure internationale.

    Boris Lefebvre mercredi 22 mars

    http://www.anti-k.org/

    http://www.revolutionpermanente.fr/

    Commentaire:

    Anti-k est le site de la Commission Economie du NPA. Révolution Permanente est un courant interne du NPA.

     

     

  • "On est dans l'urgence" : en Irak, les camps autour de Mossoul submergés par l'afflux de réfugiés (France Info)

    Des déplacés irakiens au camp Hammam al-Alil, au sud de Mossoul, en mars 2017
    Des déplacés irakiens au camp Hammam al-Alil, au sud de Mossoul, en mars 2017 (ARIS MESSINIS / AFP)

    Ils fuient les combats de Mossoul. Près de 98 000 Irakiens ont trouvé refuge dans des camps alentours mi-mars. Oriane Verdier s'est rendue dans le camp d'Hammam al-Alil, qui a du mal à faire face.

    "Si tu ne te bats pas, tu n'auras pas de nourriture. C’est de la boxe ! Et moi, je suis enceinte !" Devant le camp d'Hammam al-Alil, Zahra sort de la cohue les mains vides, désespérée. Sur un terrain vague couvert d’ordures, hommes, femmes et enfants sont attroupés autour de pickups. Ils ont été conduits ici par l'armée irakienne dans leur fuite des combats qui font rage à Mossoul. Voilà un mois, depuis le 19 février, que les forces irakiennes ont déclenché leur offensive contre le groupe État islamique dans les quartiers ouest de la deuxième ville d'Irak.

    À Hammam al-Alil, plusieurs milliers de déplacés arrivent chaque jour

    Selon un bilan du gouvernement irakien établi le 17 mars, plus de 98 000 personnes ont déjà trouvé refuge dans des camps, où elles reçoivent soins, vivres et couvertures. Géré par les autorités irakiennes et des ONG, le camp d'Hammam al-Alil se situe à une trentaine de kilomètres au sud de Mossoul. Des hommes des villages voisins sont venus distribuer de la nourriture aux dizaines de mains tendues.

    "Chez nous, sous les bombardements, c'était mieux qu'être ici, commente encore Zahra. On dort tous dans un immense chapiteau. On n'a même pas de natte pour dormir. On nous dit qu’il n'y a plus de places dans le camp, qu'il faut attendre que d’autres camps soient finis d'être construits."

    Nous, on a tout laissé derrière nous. On n'a rien. La nuit, c’est l’enfer !" Zahra à franceinfo

    Non loin de là, Nicolas Andrade tente de parer au plus pressé. Lui et son organisation humanitaire, Norwegian Refugee Council, ont repris la direction du camp mi-mars. La tâche est immense. "On est dans l'urgence, explique-t-il. On a eu un afflux massif de déplacés, plusieurs milliers qui arrivaient chaque jour. Normalement, ils sont censés repartir dans des bus en moins de 24 heures, vers des camps où il y a encore de la place. Mais la plupart des autres camps sont pleins ! Les gens restent coincés ici."

    Parmi la foule amassée au camp d'Hammam al-Alil, certaines familles ne sont pas originaires de Mossoul. Ahmad, par exemple, est originaire de Domiz, un village repris il y a plus de deux ans par les combattants kurdes. Mais malgré le départ des jihadistes, il ne peut pas y retourner. "Quand les affrontements ont commencé entre Daech et les peshmergas à Domiz, nous avons fui et nous n'avons pu qu'aller vers Mossoul, nous confie-t-il. Maintenant, les autorités kurdes pensent que nous avons collaboré avec Daech. Elles disent qu’il faut attendre la libération complète de Mossoul pour qu'on nous donne l’autorisation de rentrer chez nous. Mais notre village est arabe, pas kurde."

    Nous ne sommes pas des guerriers ! Nous sommes simplement des gens qui fuient les combats et qui veulent retourner chez eux. Ahmad, un Irakien à franceinfo

    Car derrière la lutte contre le groupe État islamique se joue également désormais un rapport de force entre les différentes entités militaires et politiques d'Irak. Un jeu dangereux pour les communautés habitant la région.

    En Irak, les camps autour de Mossoul submergés par l'afflux de réfugiés. Oriane Verdier Radio France

  • Des Subsahariens coincés dans le no man's land entre le Maroc et l'Algérie, les ONG dénoncent un "dérapage" (Algeria Watch)

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    Au moins 34 personnes de nationalités camerounaise, guinéenne, ivoirienne, malienne et sénégalaise ont été arrêtées et refoulées entre le 2 et le 10 mars à la frontière entre le Maroc et l'Algérie.

    Parmi elles, une dizaine de mineurs. Certains de ces Subsahariens étaient sur le territoire marocain depuis plusieurs années, ou en cours de régularisation de leur situation dans le cadre de la seconde phase de l’opération lancée au Maroc en décembre dernier.

    Selon les ONG de défense des migrants, ces personnes auraient subi des violences de la part des forces de l'ordre marocaines et algériennes, et été laissées sans nourriture dans le no man's land entre les deux pays, une zone connue des contrebandiers. Du "jamais vu" depuis le lancement de la nouvelle politique migratoire au Maroc en 2013.

    "Campagne de ratissage"

    "On a tous été choqués. C'est une pratique qui ne se faisait plus. On pense que c'est un dérapage, une erreur administrative à l'échelon local dans le cadre d'une campagne plus large de ratissage dans le nord du pays, pour empêcher la pression sur les grillages des enclaves espagnoles de Sebta et Melilla", explique au HuffPost Maroc Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des migrants (Gadem).

    Selon les témoignages recueillis par l'association, plusieurs d'entre eux auraient été arrêtés à Oujda et emmenés au commissariat. Leurs effets personnels (téléphone, passeport) auraient été confisqués avant qu'ils ne soient expulsés près du poste-frontière algérien.

    "Ils ont été contrôlés au faciès. Un homme marié à une Marocaine et vivant à Rabat, qui se trouvait là pour visiter un ami, a été arrêté", indique Mehdi Alioua. "Ils ne prennent plus le temps de contrôler l'identité et de mettre en place des procédures légales pour agir", déplore-t-il.

    Violentés

    Certains auraient été violentés à coups de pierres par la police algérienne. Ils auraient également reçu des coups de matraque côté marocain. Parmi eux, 14 auraient été blessés, dont trois grièvement. Sur Facebook, plusieurs photos et vidéos circulent, dans lesquelles ont voit certains migrants boire l'eau d'une rivière.

    "Au début, nous avions quelques biscuits que nous nous partagions. Mais là, il ne nous reste plus rien. Pour nous alimenter, nous cueillons une plante qui pousse ici et qui ressemble à l’oignon", a raconté l'un des migrants à France 24.

    Un tour de vis sécuritaire?

    Le 8 mars, les autorités marocaines ont annoncé la construction de nouveaux postes de contrôle aux environs de Saïdia pour "renforcer la sécurité" en plus de la clôture métallique déjà en place. Le but de cette clôture et des postes de contrôle est de "protéger le Maroc des menaces terroristes" et de "lutter contre la criminalité transfrontalière", rappelle le Gadem dans un communiqué. "Les personnes en migration deviennent, malgré elles, les victimes collatérales de ce tour de vis sécuritaire", estime l'ONG.

    Une vingtaine d'associations, dont les branches de syndicats marocains dédiées aux immigrés, ont signé un appel "pour que l’ensemble des personnes arbitrairement refoulées en dehors de toute procédure légale soient toutes réadmises - sans conditions et dans les plus brefs délais - sur le territoire marocain".

    Selon France 24, "certains membres du groupe de migrants ont rejoint la ville algérienne de Maghnia, à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Maroc, où ils sont hébergés par des amis".

    Anaïs Lefébure, HuffPost Maroc, 15 mars 2017

    http://www.algeria-watch.org/

  • Syrie : pour le Haut-Commissaire des droits de l'homme de l'ONU, « le pays tout entier est devenu une chambre de torture » (ONU)

     

    A bord d’un navire italien, un père syrien et son fils attendent de voir un médecin après avoir été sauvés en mer Méditerranée. Photo HCR/A. D’Amato

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a qualifié mardi le conflit en Syrie de « pire catastrophe commis par l'homme que le monde ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale ».

    S'exprimant lors d'une discussion de haut-niveau consacrée à la situation des droits de l'homme en Syrie organisée à Genève pendant la 34e session du Conseil des droits de l'homme, M. Zeid a déclaré que le pays tout entier est devenu « une chambre de torture: un lieu d'horreur sauvage et d'injustice absolue ».

    « En effet, tout le conflit - cette immense vague de sang et d'atrocités - a commencé par la torture: la détention et la torture, par des responsables de la sécurité d'un groupe d'enfants de Daraa qui avaient peint des graffitis anti-gouvernement sur un mur de l'école », a rappelé le Haut-Commissaire. « Au fur et à mesure que les manifestations se multipliaient, le gouvernement attaquait et faisait la guerre à son propre peuple - engendrant des mouvements rebelles, alimentant des extrémistes violents et préparant le terrain pour une guerre régionale et par procuration ».

    M. Zeid a de nouveau rappelé que son bureau et la Commission d'enquête se sont vu refuser l'accès en Syrie, et qu'aucun observateur international des droits de l'homme n'est admis dans les « lieux de torture » où se trouvent actuellement des dizaines de milliers de personnes.

    « J'ai rencontré récemment un groupe de femmes syriennes dont les membres de leurs familles ont été détenus ou sont portés disparus depuis des années. Certaines d'entre elles avaient elles-mêmes été détenues - ainsi que plusieurs membres de ce panel distingué », a dit le chef des droits de l'homme de l'ONU, rappelant que de nombreuses personnes ont été victimes de détention arbitraire, de torture, d'enlèvement et de disparition forcée en Syrie.

    Pour M. Zeid, la détention demeure pour beaucoup une question centrale en Syrie et peut déterminer le sort de tout accord politique. « Nous avons la responsabilité de soutenir la lutte des familles syriennes pour connaître la vérité. Ce n'est que lorsque le passé a commencé à guérir que le pays sera en mesure d'envisager un avenir solide », a-t-il dit, exhortant toutes les parties à mettre un terme à la torture, à mettre fin aux exécutions et à cesser les procès inéquitables par des tribunaux spéciaux et ad hoc. « Les acteurs humanitaires et les observateurs internationaux doivent avoir accès à tous les centres de détention », a souligné M. Zeid, exhortant également toutes les parties détenant des prisonniers ou des prisonniers à les libérer ou, au moins, à fournir les informations de base telles que les noms et localités des personnes en détention et le lieu d'inhumation des personnes décédées.

    Alors que le conflit syrien entre dans sa septième année, le Haut-Commissaire a déploré que même les appels désespérés du peuple d'Alep l'an dernier ont eu peu ou pas d'impact sur les dirigeants mondiaux dont l'influence aurait pu contribuer à mettre fin aux combats.

    « Les atrocités infligées à la communauté Yazidi par le groupe extrémiste Daesh - y compris l'enlèvement et la vente de filles et de femmes en tant qu'esclaves sexuelles - n'ont pas conduit à une action rapide et décisive pour assurer les responsabilités. Les vetos (au Conseil de sécurité) ont maintes fois repoussé l'espoir de mettre fin à ce carnage insensé et de renvoyer les crimes internationaux présumés à la Cour pénale internationale », a dit M. Zeid.

    Le Haut-Commissaire s'est toutefois félicité de l'adoption en décembre dernier par l'Assemblée générale de la Résolution 71/248 établissant un Mécanisme international, impartial et indépendant pour aider à l'enquête et aux poursuites des responsables des crimes les plus graves commis en Syrie depuis mars 2011. Le qualifiant de « progrès significatif », M. Zeid a assuré que son bureau est mobilisé « le plus rapidement possible pour mettre en place » cette instance qui collaborera avec la Commission d'enquête pour recueillir et analyser les preuves, préparer des dossiers détaillés sur les suspects individuels et constituer la base des procédures pénales contre les auteurs individuels de crimes.

    « Faire en sorte que les responsables rendent des comptes, établir la vérité et apporter des réparations doit se produire si le peuple syrien veut trouver la réconciliation et la paix », a souligné le Haut-Commissaire. « Cela ne peut pas être négociable ».

    14 mars 2017

    Lire aussi

    Après six ans de conflit, la souffrance des enfants en Syrie est plus profonde que jamais, selon l'UNICEF

    http://www.un.org/

  • Nouveautés sur Algeria Watch

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  • Égypte. Les autorités recourent à des mesures de mise à l'épreuve à titre punitif pour harceler les militants (Amnesty)

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    Les autorités égyptiennes recourent de plus en plus à des mesures de mise à l'épreuve arbitraires et excessives pour harceler les militants, a déclaré Amnesty International le 6 mars 2017.

    Dans certains cas, des conditions extrêmes leur sont imposées et des militants ayant purgé leur peine de prison se voient contraints de passer jusqu'à 12 heures par jour au poste de police.

    Au titre du régime de la mise à l'épreuve en Égypte, les prisonniers et les détenus libérés doivent passer un certain nombre d'heures par jour ou par semaine au poste de police. Il s’agit d’une peine alternative à la détention provisoire ou qui vient s'ajouter à une peine de prison.

    Amnesty International a recensé au moins 13 cas dans lesquels les mesures de mise à l'épreuve étaient excessives ou imposées de manière arbitraire à des militants. Dans certains cas, les ordonnances de mise à l'épreuve ont en fait débouché sur une nouvelle incarcération.

    « Les autorités égyptiennes sanctionnent des militants en imposant des conditions de mise à l'épreuve excessives, voire absurdes, qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux et s'apparentent parfois à une privation de liberté. Nombre d’entre eux, déclarés coupables ou inculpés en raison de leur militantisme pacifique, n'auraient jamais dû être incarcérés, a déclaré Najia Bounaim, directrice adjointe du programme Campagnes au bureau régional d’Amnesty International à Tunis.  

    « Les autorités égyptiennes se servent abusivement des mesures de mise à l'épreuve pour écraser la dissidence. Elles doivent lever toutes celles qui sont arbitraires et ordonner la libération immédiate et sans condition des militants détenus ou emprisonnés uniquement pour avoir exercé leurs droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique. »

    Les autorités égyptiennes sanctionnent des militants en imposant des conditions de mise à l'épreuve excessives, voire absurdes, qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux.
    Najia Bounaim, directrice adjointe du programme Campagnes au bureau régional d’Amnesty International à Tunis

    Ce sont les juges qui ordonnent les périodes de mise à l'épreuve au moment du prononcé du jugement, mais ils laissent généralement à la police, sans aucun contrôle, le soin de fixer le nombre d'heures que les personnes visées doivent passer en mise à l'épreuve dans le cadre de leur condamnation.

    Au lieu d'exiger que les anciens prisonniers et détenus se présentent au poste, signent le registre et repartent, la police égyptienne finit par détenir des militants en régime de mise à l'épreuve jusqu'à 12 heures par jour. Pendant ce laps de temps, ils ne sont pas autorisés à quitter le poste, à recevoir des visites ni à communiquer avec d’autres personnes que les policiers.

    Les militants Ahmed Maher et Mohamed Adel, libérés au bout de trois ans de prison pour avoir pris part à des manifestations non autorisées, sont contraints de passer 12 heures par jour au poste de police, dans le cadre de la condamnation prononcée par un tribunal égyptien en décembre 2013. De ce fait, ils ne sont pas en mesure de travailler, de voyager, d'étudier ni d'exprimer librement leurs opinions.

    Dans au moins quatre cas recensés par Amnesty International, des militants ont été placés en détention une deuxième fois, alors qu’ils n'avaient pas enfreint les conditions de leur mise à l'épreuve

    En vertu du droit égyptien (Loi n° 99 de 1945), les personnes soumises à un régime de mise à l'épreuve doivent passer les heures fixées à leur domicile, afin d’être présentes lors de toute visite impromptue de leurs agents de probation. Cependant, au titre de la Loi sur la mise à l'épreuve, la police peut obliger les personnes concernées à passer ces heures au poste si elle estime qu’il est trop difficile de les surveiller chez elles. La loi sanctionne également ceux qui bafouent les règles de la mise à l'épreuve d'une peine d'un an de prison, sans préciser ce qui peut constituer une violation de ces règles. Or, les normes internationales exigent que les autorités expliquent, par oral et par écrit, les conditions régissant les mesures non privatives de liberté aux personnes qui y sont soumises, notamment leurs obligations et leurs droits.

    Les vastes pouvoirs conférés à la police, qui a toute latitude pour décider, sans contrôle, font que dans certains cas la mise à l'épreuve se transforme en détention, ce qui va à l'encontre de son objectif en tant que mesure non privative de liberté.

    Par ailleurs, les mesures de mise à l'épreuve favorisent d'autres violations des droits humains, comme la détention arbitraire, les mauvais traitements et les restrictions arbitraires des droits à la liberté de mouvement et d'expression, dont sont victimes les militants pris pour cibles dans le cadre de la répression menée contre la dissidence. Elles interfèrent avec la jouissance d'autres droits, dont le droit au travail, à l'éducation et à un niveau de vie suffisant.

    « Les mesures de mise à l'épreuve excessives et punitives sont en fait une forme de détention déguisée. Certains militants se retrouvent dans l'incapacité d'exercer leurs droits à la liberté d'expression, de réunion et de mouvement, même après avoir fini de purger leur peine. C'est un autre moyen pour la justice pénale égyptienne de réduire au silence et d'intimider les détracteurs du gouvernement », a déclaré Najia Bounaim.

    Aux termes du droit égyptien, des mesures de mise à l'épreuve peuvent être prononcées en lien avec tout un éventail d'infractions, dont des dispositions qui criminalisent le droit à la liberté de réunion pacifique et d'expression. Par exemple, un accusé reconnu coupable d’avoir « terrorisé la population » ou « porté atteinte à la sécurité publique » au titre de l'article 375 bis du Code pénal, qui énonce des infractions en termes vagues, doit purger entre un et cinq ans de prison assortis d'une mise à l'épreuve de même durée après sa libération.

    Parfois, les procureurs ordonnent une mise à l'épreuve, condition pour libérer l’accusé dans l'attente de son procès. L'ordonnance fixe alors un nombre d'heures et de jours qu’il doit passer sous surveillance de la police. L'autorité chargée de la détention de l'accusé est habilitée à mettre fin à sa mise à l'épreuve et à le placer de nouveau en détention s'il enfreint les conditions et les règles fixées. Cependant, la loi ne précise pas dans quels cas il y a violation de la mise à l'épreuve. La police tire parti de ce flou pour justifier le fait de réincarcérer les militants au motif qu'ils ne se sont pas présentés à leur agent de probation aux heures voulues. Le caractère ambigu des conditions les maintient sur leurs gardes en permanence et les dissuade de s'impliquer dans la vie publique ou des activités politiques.

    Exemples de cas :

    Anciens prisonniers

    Éminent militant politique et leader du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, Ahmed Maher compte parmi les personnes placées en mise à l'épreuve sous surveillance de la police. Le 22 décembre 2013, le tribunal a condamné AhmedMaher, ainsi que les militants politiques Mohamed Adel et Ahmed Douma, à trois ans de prison assortis de trois ans de mise à l'épreuve après leur libération, et à une amende de 50 000 Livres égyptiennes (environ 2 940 euros) chacun, pour avoir pris part à une manifestation non autorisée. Après avoir passé trois ans derrière les barreaux, AhmedMaher s'est présenté au poste de police d'al Tagamu al Khamis le 5 janvier 2017 pour débuter sa période de mise à l'épreuve. La police lui a ordonné de passer 12 heures chaque nuit au poste, entre 18 heures et 6 heures du matin : il va donc passer une année et demie supplémentaire en détention policière, en plus de ses trois années de prison.

    L'avocat d’Ahmed Maher a déclaré à Amnesty International que son client se sent toujours en prison et que sa mise à l'épreuve sert à restreindre sa liberté de mouvement et à l'empêcher de s'impliquer dans des activités politiques ou d'exprimer ses opinions à la suite de sa libération. Il ne peut pas prendre soin de sa mère souffrante qui a besoin de soins médicaux. Il ne peut pas trouver de travail ni exercer sa profession d'ingénieur en génie civil, en raison des 12 heures qu'il passe chaque nuit au poste de police.

    L'avocat d’Ahmed Maher a expliqué que le jugement rendu à son encontre ne précisait pas les conditions de sa mise à l'épreuve et que la police a sans doute reçu des instructions de l'Agence de sécurité nationale afin de le détenir pendant 12 heures pour le surveiller.

    Son avocat a ajouté que pendant les quatre premiers jours de sa mise à l'épreuve, Ahmed Maher avait dû rester assis dans un couloir obscur devant une cellule au poste d'al Tagamu al Khamis sans lit, couverture ni éclairage. Il a par la suite été transféré dans une petite pièce froide, sous un escalier, mesurant 2 mètres sur 1,50 m. Au cours des 12 heures qu'il passe chaque nuit au poste, il lui est interdit d'utiliser des appareils électroniques, notamment son téléphone portable, et de recevoir des visites de sa famille. Certains policiers lui interdisent également d'utiliser les sanitaires. Il a demandé à rencontrer le responsable du poste pour porter plainte, mais sa requête a été rejetée.

    Mohamed Adel, l'un des leaders du Mouvement de la jeunesse du 6 avril condamné dans le cadre de la même affaire qu'Ahmed Maher à trois ans de prison et trois ans de mise à l'épreuve, est lui aussi ébranlé par des conditions abusives. Il a été libéré le 22 janvier 2017, après avoir passé trois ans en prison et a démarré sa période de mise à l'épreuve. Il passe 12 heures par jour, de 18 heures à 6 heures du matin, au poste d'Aga, dans le gouvernorat de Dakahlia. Il lui est interdit d'utiliser son téléphone portable, de regarder la télévision ou d'utiliser tout autre appareil durant ce laps de temps. Il a demandé que sa mise à l'épreuve soit levée pendant une journée pour se rendre au Caire, ce qui lui a été refusé.

    MohamedAdel a déclaré à Amnesty International qu'il a dû repousser son mariage, en raison de la durée de sa mise à l'épreuve, ce à quoi il ne s'attendait pas, car il pensait qu'il serait libre une fois sa peine de prison purgée. Il est étudiant à l'Université du Caire, mais il lui est impossible d’assister à ses cours trois fois par semaine car ses mesures de mise à l'épreuve s’appliquent dans un autre gouvernorat. MohamedAdel a déclaré qu'il ne peut pas exprimer ses opinions ni s'engager dans des activités politiques pacifiques, car il craint que les autorités ne considèrent cela comme une violation de ses conditions de mise à l'épreuve et n’engagent de nouvelles poursuites à son encontre.

    La mise à l'épreuve ouvre la voie au renouvellement de la détention

    Amnesty International s’est entretenue avec le militant Abd el Azim Ahmed Fahmy, connu sous le nom de Zizo Abdo, que la police a arrêté en mai 2016 pour incitation à participer à une manifestation non autorisée. Après avoir passé cinq mois en détention provisoire, il a été soumis à une mise à l'épreuve et devait passer deux heures, trois fois par semaine, au poste de Bolak el Dakrour, au Caire. Le 14 février 2017, un tribunal a ordonné la fin de sa période de mise à l'épreuve et son placement en détention pour 45 jours, au motif qu'il ne s'était pas présenté au poste aux heures fixées le 8 février. Son avocat a déclaré que Zizo Abdo ne s'était pas présenté au poste ce jour-là, parce qu'il avait été arrêté par la police quelques heures plus tôt dans un café, et détenu au secret pendant cinq heures. Le 26 février, le tribunal pénal du Caire a examiné le recours de Zizo Abdo contre sa réincarcération et ordonné sa libération conditionnelle assortie d’une mise à l'épreuve. 

    Zizo Abdo a déclaré que durant sa période de mise à l'épreuve, il s'est senti piégé entre la liberté et la détention, ne pouvant pas travailler, voyager, même en Égypte, ni exprimer son opinion sur les affaires publiques. Il s'est tenu à l'écart de toute activité politique par crainte d'être de nouveau placé en détention, si ses actes étaient interprétés comme une violation des conditions de sa mise à l'épreuve.

    Khaled el Ansary, Said Fathallah et Ahmed Kamal ont été placés en détention pour la deuxième fois le 22 octobre 2016 et sont actuellement en détention provisoire pour appartenance à un groupe interdit, « la Jeunesse du 25 janvier ». Les trois hommes ont passé sept mois en détention provisoire après leur arrestation le 30 décembre 2015.

    Le tribunal a tout d'abord ordonné leur libération conditionnelle le 1er août 2016 et fixé les conditions de leur mise à l'épreuve : ils devaient rester quatre heures, de 20 heures à minuit, trois fois par semaine, dans trois postes de police différents. Le 7 septembre 2016, le tribunal a réduit cette durée à deux heures, une fois par semaine. Le 20 octobre, le tribunal pénal du Caire a levé l'ordonnance de mise à l'épreuve visant les trois hommes. Deux jours plus tard, le service du procureur de la sûreté de l'État a fait appel de cette décision. Une autre chambre du même tribunal a examiné le recours et ordonné leur placement en détention pendant 45 jours, alors qu'ils n'avaient pas enfreint les conditions de leur mise à l'épreuve et avaient strictement respecté les heures où ils devaient se présenter au poste.

    Depuis, la détention des trois hommes a été renouvelée tous les 45 jours, la dernière fois le 25 février 2017. 

    Deux d’entre eux, Khaled el Ansary et Said Fathallah  ont entamé une grève de la faim pour protester contre le traitement qui leur est réservé. La mère de Khaled el Ansary a déclaré que les mesures de sa mise à l'épreuve ont un impact néfaste sur ses études universitaires, ainsi que sur le travail, la vie et les finances de la famille.

    6 mars 2017

    https://www.amnesty.org/

  • Tunisie : 153 cas de torture, de violence et de mauvais traitement recensés en 2016 (Webdo.tn)

    Radhia Nasraoui / Gründerin der Vereinigung zum Kampf gegen Folter in Tunesien (ALTT)  Pressebrunch ROLAND BERGER PREIS FÜR MENSCHENWÜRDE - Bekanntgabe der Preisträger im Haus der Bundespressekonferenz in Berlin am 22.11.2011 Foto: BrauerPhotos (c) S.Brauer
    Radhia Nasraoui, présidente de l’Organisation Tunisienne de Lutte Contre la Torture

    La présidente de l’Organisation Tunisienne de Lutte Contre la Torture (OTLCT), Radhia Nasraoui, a annoncé, mercredi 22 février 2017, que «153 cas de torture, de violence et de mauvais traitement ont été recensés » pour l’année 2016.

    Lors d’une conférence de presse tenue hier pour présenter le rapport annuel de l’organisation, Radhia Nasraoui a révélé que parmi les autorités sécuritaires, c’est la police qui a commis le plus de violations contre les personnes en garde à vue, soit 60% des cas enregistrés, suivie des établissements pénitenciers (24%) et de la garde nationale (14%).

    Radhia Nasraoui a, également, révélé que la torture représente plus de la moitié des cas, soit 59% des violations enregistrées, suivie du mauvais traitement (33%), de l’arrestation arbitraire (4%), de la mort suspecte (2%) et de la menace de viol (2%).

    Les violations se répartissent comme suit :

    (36%) dans les postes de police, (25%) dans les prisons, (21%) dans les lieux publics et (5%) dans les postes de la garde nationale.

    Le rapport annuel pour 2016 classifie les violations selon les catégories d’âge des victimes. En le lisant, on découvre que les victimes âgées de plus de 40 ans représentent 21% des cas enregistrés, alors que ceux âgés entre de 19 à 39 ans en représentent 74%, et ceux âgée de 14 à 18 ans 5%.

    Radhia Nasraoui a, également, fait remarquer que les hommes touchés par ces violations représentent 86% des cas, alors que les femmes en représentent 14%.

    Le rapport n’a pas manqué de repartir les violations sur l’ensemble des gouvernorats tunisiens. Le taux le plus élevé a échu au Grand-Tunis et à Bizerte, soit 62%, suivis des gouvernorats du nord-ouest (19%), et ce ceux du Cap Bon et du Sahel (7%).

    Le rapport présenté par l’Organisation Tunisienne de Lutte Contre la Torture va dans le même sens des déclarations d’Avocats Sans Frontières, Amnesty International et l’ONU qui avaient récemment épinglé la Tunisie pour les multiples violations des droits humains qu’ils avaient pu enregistrer.

    Lire aussi:

    http://www.webdo.tn/Webdo.tn)

  • Isabelle Gattiker, la femme-flamme du FIFDH (TV5 Monde)

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    Désormais aux commandes du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), Isabelle Gattiker est une femme souriante, pugnace et passionnée. La directrice nous dévoile son parcours et nous livre les secrets de cette 15ème édition.

     
    Le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains est sans conteste le plus important festival au monde du genre. Léo Kanneman, co-fondateur de cette manifestation avec elle, se souvient de la jeune femme qui terminait ses études d'histoire contemporaine.  : " Isabelle était alors en charge de la coordination. C'est une femme qui a du goût pour le cinéma. Elle est particulièrement entreprenante et quand elle s'engage, c'est toujours  à fond. Elle ne lâche rien, jamais !"

    Il vaut mieux, en effet, avoir l'endurance et la persévérance nécessaire pour assumer une telle tâche. Isabelle et son équipe de 46 personnes (parité hommes-femmes !) , après avoir visionné les films, puis décidé de leur sélection, gère le bon suivi des deux compétitions internationales, fiction et documentaire.

    Il y a également l'accueil et l'accompagnement des invités, l'organisation des débats, les masterclasses, bref, il s'agit de conduire l'immense navire FIFDH à bon port, c'est à dire à la satisfaction générale. Pas évident. L'endurance dure neuf jours. 35 000 festivaliers sont attendus.

    S’indigner "contre", c’est important, mais s’indigner "pour" : voilà le défi. Isabelle Gattiker
                                                                                                         

    Isabelle Gattiker, l'engagement toujours

    Isabelle Gattiker est née à Berne en 1978. De 2002 à 2005, elle organise le Festival du film sur les droits humains et le Festival Cinéma Tout Ecran, à Genève puis assiste pendant deux ans le réalisateur israélien Amos Gitaï en qualité de coordinatrice de production sur ses long-métrages News from Home (News from House) (2006)  et Désengagement (Disengagement) (2007) .
    Sa passion la conduit à produire des films pour l'ONU et le CICR. Engagement toujours.

    Dans l'édito qu'elle écrit pour présenter cette 15ème édition,  le souffle de la passion est intact : " Etre révolutionnaire en 2017, c’est surmonter la peur, c’est choisir ses mots, c’est se laisser émerveiller par les cinéastes et les artistes, c’est prendre le temps de revenir à la raison. Halte aux slogans. Pour changer le monde en 2017, il faut poser les bonnes questions et proposer un horizon d’action. Pourquoi nous battons-nous ? Qu’est-ce qui nous réunit ? Vers quoi voulons-nous aller ? Comment pouvons-nous l’atteindre ?"
    Tièdes s'abstenir.

    Ce qui rejoint ces films en compétition, c'est qu'ils changent notre manière de voir le monde.
    Isabelle Gattiker

    Comment se passe la programmation, la sélection des films ?

    Isabelle Gattiker :

    On reçoit a peu près 500 films par édition. Et on en sélectionne en tout une quarantaine, et seulement 20 documentaires sont en compétition et huit fictions. C'est une sélection extrêmement vive, difficile, douloureuse. Je crois que le secret, c'est l'équilibre. Arriver à trouver des films de grands cinéastes mais aussi des films méconnus, qui traitent de thématiques différentes. Ce qui rejoint ces films en compétition, c'est qu'ils changent notre manière de voir le monde. Ils nous montrent le monde comme on ne l'a jamais vu. Cette année,  il s'agit de la thématique autour des migrations et de la désobeissance civile, une question ouverte à laquelle nous n'avons pas de réponse préparée. On essaye de mettre en lumière des zones d'ombre, des violations oubliées, des situations que les gens ne comprennent pas bien, comme ce qu'il se passe au Yémen, aux Philippines...

    On a le sentiment que ces films qui expliquent et dénoncent, ne restent souvent que sous l'applaudimètre d'un festival. Il y a une vraie frilosité de la part des chaînes de télévision à les diffuser ..

    Isabelle Gattiker :

    Nous, nous avons de la chance ! Nous avons la Radio-Télévision Suisse (RTS) qui est l'une des dernières chaînes de télévision à investir, et investir vraiment, dans le documentaire d'auteur engagé. Chaque année, sur les 40 films, une dizaine a été co-financée par la RTS. Ce qui est extraordinaire pour un tout petit pays. C'est magnifique et il ne faut pas que cela change. Il  faut protéger ce bastion courageusement. Il y aussi Arte...Ce sont des films qui bousculent, qui dérangent, qui font moins d'audimat. Il faut plus prendre le temps de les regarder et les chaînes sont soumises à une pression d'audimat qui ne favorise pas ce genre de création..

    Un festival réussi, c'est quoi ?

    Isabelle Gattiker :

    On se rend compte qu'un Festival est réussi quand les salles sont pleines (ce qui arrive chaque année) mais surtout pleines de jeunes. Et l'année dernière, la moitié du public avait moins de 40 ans. C'est extraordinaire ! Souvent, un événement de ce type, autour des droits humains, attire un public plus âgé. On mesure aussi les interactions sur Internet, sur les réseaux sociaux. Les personnes viennent mais aussi elles en parlent, elles repostent nos articles et nos contenus, il y a une vraie réflexion. Nous avons une vingtaine de partenaires (dont TV5Monde ndlr) et ils viennent assister aux séances. Enfin, bien entendu, la presse internationale. Sommes nous cités ? Y-a-t-il des articles sur nous ? Chaque année, nous avons de gros événements qui sont repris par tous les médias internationaux. Il y a deux ans c'était Edward Snowden. Il a parlé en direct pendant 45 minutes. L'année dernière, c'était le docteur Mukwege  et cette année, ce sera Dilma Roussef. Nous voulons nous tourner vers le futur, proposer des choses concrètes. Il y a des situations scandaleuses mais on peut agir. C'est là où nous avons un rôle à jouer.

    21 fév 2017 Frantz Vaillant

    http://information.tv5monde.com/