Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Révolutions Arabes

  • Israël-Palestine : vers l’État unique ? (Orient 21)

    palest.jpg

    © Hélène Aldeguer, 2017.

    Le 10 juin 1967, au terme de la guerre israélo-arabe dite « des Six-Jours », Israël quadruple son territoire 

    Il s’est emparé du Sinaï égyptien et du Golan syrien, mais surtout du reste de la Palestine : la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Quelques mois plus tard, l’ONU exige le retrait des territoires occupés, en échange d’une paix négociée.

    Non seulement Israël refuse, mais il annexe la partie arabe de Jérusalem et y implante des colonies juives en même temps que dans les autres territoires occupés. En cinquante ans, le nombre de colons atteint 220 000 à Jérusalem-Est et 430 000 en Cisjordanie – il n’y en a plus à Gaza depuis 2005. Cette colonisation viole le droit international, car les Conventions de Genève comme l’ONU l’interdisent formellement.

    L’État palestinien s’efface sur le terrain

    Que faire de ces territoires ? Du côté palestinien, à partir de 1974, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) se prononce pour la construction d’une « Autorité nationale et combattante sur toute partie du territoire palestinien qui sera libérée ». Cette évolution la conduira, le 15 novembre 1988, à proclamer l’État de Palestine tout en reconnaissant Israël et en renonçant au terrorisme. Ce qu’elle confirmera lors de la signature des accords d’Oslo, en septembre 1993.

    Du côté israélien, pas question de reconnaître un État palestinien.

    Même lors de l’échange de lettres avec Yasser Arafat, Itzhak Rabin reconnaît, non pas cet État, mais l’OLP comme « le représentant du peuple palestinien ». Et les négociations consécutives aux accords d’Oslo ne s’inscriront jamais explicitement dans la perspective de la création d’un État palestinien.

    Au fil des décennies, en revanche, la communauté internationale fait sienne de plus en plus largement la solution dite « des deux États ». Le 29 novembre 2012, 136 États – contre 9 et 41 abstentions – admettent l’État de Palestine comme membre observateur de l’ONU. Auparavant, il a été accueilli de plein droit : au sein de l’Unesco en 2011, et en 2015 à la Cour pénale internationale (CPI).

    De la colonisation à l’annexion

    Hélas, au fur et à mesure que l’État de Palestine s’impose dans l’arène internationale, il s’efface sur le terrain. En ce début 2017, l’extrême droite israélienne engage en effet un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien : le passage de la colonisation à l’annexion. À l’initiative de Naftali Bennet, le leader du parti ultranationaliste Foyer juif, le Parlement vote, le 6 février 2017, celle de 4 000 logements dans des « avant-postes », ces colonies que même le droit israélien jugeait jusqu’ici illégal.

    Enivré par l’élection de Donald Trump et enhardi par les scandales qui « plombent » le premier ministre Benyamin Nétanyahou, Naftali Bennet ne dissimule plus ses ambitions. Après le démantèlement de l’« avant-poste » d’Amona, il avait déclaré :

    Nous mettrons en place un nouveau régime juridique en Judée et en Samarie (appellation israélienne de la Cisjordanie) qui régulera la totalité des implantations, et de la perte douloureuse de ce bastion dans la montagne émergera l’application de la souveraineté d’Israël sur toute la Cisjordanie (Times of Israel, 1er février 2017).

    L’apartheid version israélienne

    Mais quel sera le statut des Palestiniens ainsi annexés avec leur terre ? Pour le président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin, la réponse est claire :

    Appliquer la souveraineté à une zone donne la citoyenneté à ceux qui y vivent. Il n’y a pas de loi [différente] pour les Israéliens et pour les non Israéliens. (Times of Israel, 14 février 2017)

    Mais le président est isolé : la plupart des dirigeants israéliens excluent d’accorder aux Arabes de Cisjordanie le droit de vote dont jouissent les juifs (et, en Israël même, les Palestiniens). Autrement dit, ils envisagent une version israélienne de l’apartheid sud-africain.

    C’est dire que l’État unique qui se profile n’a rien de commun avec la Palestine laïque et démocratique que prônait l’OLP à ses débuts ni avec la Fédération judéo-arabe rêvé par les binationalistes juifs en Palestine dans les années 1930. La communauté internationale ne saurait l’accepter.

     
  • Israël : 300 prisonniers palestiniens ont moins de 18 ans (France Info)

    Un palestinien 13 ans au tribunal Jérusalem
    Un Palestinien de 13 ans accusé d'avoir poignardé de deux Israéliens, est escorté par la sécurité israélienne lors d'une audience devant un tribunal de Jérusalem le 30 octobre 2015.  © Ahmad Gharabli / AFP
     

    Plusieurs centaines de prisonniers palestiniens ont entamé, lundi 17 avril 2017, une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention. 6.500 palestiniens sont actuellement dans les geôles israéliennes. Parmi eux, 300 mineurs.


    «Quand les soldats sont venus la première fois, il avait 13 ans. Je l’ai bien habillé car il faisait froid. J’avais peur parce qu’il était encore trop jeune. Ayed s’est accroché à nous, nous a suppliés de ne pas laisser les soldats le prendre et de leur dire qu’il n’était qu’un enfant» témoigne la mère d’un adolescent palestinien dans un rapport publié en avril 2016 par une plateforme d’ONG françaises pour la Palestine sur la répression qui touche les mineurs.
    Depuis la deuxième intifada en 2000, plus de 8500 enfants ont été interpellés par les forces de sécurité.
     
    Des mineurs, lanceurs de pierres
    Chaque nouveau cycle de tension entre Israéliens et Palestiniens entraîne une recrudescence d’arrestations. Les mineurs palestiniens ne sont pas épargnés puisqu’ils participent à la confrontation. La plupart des jeunes sont accusés d’avoir jeté des pierres et sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de quelques jours à plusieurs années. Les autorités israéliennes ont durci récemment leur loi concernant les lanceurs de pierres.
     
    Et des attaques aux couteaux
    Outre les jets de pierres ou de cocktails Molotov, certains jeunes Palestiniens sont poursuivis pour des attaques aux couteaux. Un adolescent de 14 ans a été condamné à 12 ans de prison ferme pour avoir blessé deux jeunes juifs d’une colonie à Jérusalem-Est en octobre 2015. Un verdict jugé lourd par les organisations de défense des droits de l’Homme. Les députés israéliens avaient approuvé l’emprisonnement des enfants dès l’âge de 12 ans s’ils sont condamnés pour des «crimes terroristes», comme le souligne Times of Israel.   
     

    Capture écran site Addameer
    Site Addameer (la conscience), l'association palestinienne de soutien aux prisonniers et aux droits de l'homme  © Capture d'écran

    Des centaines d’arrestations par an
    Chaque année, Israël arrête, emprisonne et poursuit devant les tribunaux militaires quelque 500 à 700 enfants palestiniens soupçonnés d’infractions pénales dans les territoires occupés, selon un rapport de Human Rights Watch. L’organisation de défense des droits de l’Homme dénonce le recours excessif à la détention de mineurs palestiniens.
    Israël est le seul pays au monde à poursuive automatiquement des enfants devant la justice militaire. 

    Violation des droits de l’enfant.
    Plusieurs organisations internationales dénoncent depuis plusieurs années les conditions d’arrestation et de détention des enfants palestiniens. Dans un rapport publié en 2013 l’Unicef accuse Israël de mauvais traitements «systématiques» lors des arrestations et dans les prisons. «L’interrogatoire est un mélange d’intimidation de menaces et de violences, avec le but évident de forcer l’enfant à se confesser» explique le rapport de l’ONU.

    Dans la foulée du rapport de l'Unicef, Israël a promis d'améliorer le traitement des mineurs palestiniens. Les perquisitions nocturnes, l'intimidation, la détention administrative sont toujours en vigueur. La plupart des mineurs victimes d'abus lors de leur arrestation n'osent pas porter plainte de peur de représailles. 
     
    Eléonore Abou Ez|  21/04/2017
     
  • Syrie : Entre escalade militaire et rivalité inter-impérialiste (NPA)

    syrie.jpg

    Le paysage en Syrie s’est obscurci encore plus après la frappe étatsunienne contre la base aérienne de Shayrat dans la nuit du 7 avril, en riposte à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun.

    Dans le mouvement anti-guerre international, le risque d’une guerre américaine imminente a été évoqué. Cependant, il est probable que l’objectif de cette frappe n’est pas un début d’invasion massive, mais plutôt la « communication » particulière de Trump. Le président populiste a déclaré sur Fox News le 12 avril que c’est pendant qu’il était en train de déguster « la plus belle part de gâteau au chocolat que vous ayez jamais vue » avec son homologue chinois Xi Jinping, qu’il a eu le message de l’armée américaine annonçant que tout était prêt, et qu’il a donné donc son accord pour lancer « 59 missiles en direction de l’Irak » (corrigé par la journaliste en « Syrie »).

    Une ambiance de retour à l’époque de « la guerre froide » s’est installée dans les médias, avec des déclarations hostiles entre les Américains et les Russes, comme si une nouvelle stratégie américaine en Syrie était mise en place, en rupture avec celle de l’administration Obama. Mais le porte-parole du ministère de la Défense russe, Igor Konachenkov, a déclaré que « seuls 23 des 59 missiles Tomahawk ont atteint l’aérodrome, le point de chute des 36 autres étant pour l’instant inconnu ». Et les dégâts dans la base Shayrat n’ont pas empêché la reprise de l’activité de cet aéroport dès le lendemain.

    Le 12 avril, la Russie a opposé son huitième veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui condamnait l’utilisation de l’arme chimique le 4 avril à Khan Cheikhoun et appelait à la constitution d’une commission d’enquête internationale. Une fois de plus, la Russie de Poutine a protégé son allié, le régime sanguinaire d’Assad. Tout redémarre comme avant...

    Jeux dangereux

    La réunion du G7 du 10-11 avril, n’a qu’à peine changé la thématique « il n’y a pas d’avenir de la Syrie possible avec Bachar el-Assad », selon le compromis de cette réunion exprimé par Jean-Marc Ayrault. Aucune sanction supplémentaire n’a pourtant été décidée. En fait, les déclarations des pays occidentaux sont plus agressives vis-à-vis d’Assad... mais ces pays tiennent à préserver son régime.

    C’est toujours la politique de la « transition ordonnée » qui est prônée, c’est-à-dire conserver le régime, en changeant si possible sa tête. Les pays occidentaux souhaitent contenir le drame humanitaire le plus catastrophique depuis la Seconde Guerre mondiale qui est aussi à l’origine des vagues migratoires vers l’Europe, et pour cela, fait tout pour les stopper.

    Cette frappe US a aussi une importance géopolitique dans la cadre d’une rivalité entre les grandes puissances, car elle a été suivie par la largage de la plus grande bombe non nucléaire sur l’Afghanistan le 13 avril, puis par l’annonce de l’envoi du porte-avions USS Carl Vinson et de son escorte vers la péninsule coréenne. Il y a là un jeu géopolitique dangereux de cette administration Trump pour imposer une hégémonie globale pourtant fragilisée.

    La population dans l’étau

    Pendant ce temps, l’offensive du régime Assad et ses alliés s’intensifie sur tous les fronts, comme le montre le 16 avril la reprise de la ville importante de Sourane, dans la campagne de Hama, au centre du pays. L’échange forcé de populations entre, d’une part, le régime et ses alliés et, d’autre part, les groupes djihadistes continue, comme le troc des populations de Zabbadani et Madaya, près de Damas, contre celles de Fouaa et Kefrya (bourgs chiites près d’Idlib, considérés comme loyalistes). La population civile de ces quatre villes a manifesté contre cet échange, mais a été forcée à l’accepter par les factions armées confessionnelles (régime et Hezbollah d’un côté, et Jahbat al-Nosra de l’autre).

    En plus de la souffrance de quitter leurs maisons, un attentat-suicide non revendiqué contre les bus transportant les civils de Fouaa et Kefrya a causé la mort de 129 personnes dont plus de 60 enfants. La solidarité et le sauvetage des combattants de l’Armée syrienne libre présents sur place avec ces civils victimes ont été exemplaires, contrairement à la propagande et au comportement du régime. Un élan de solidarité avec les victimes a eu lieu partout, avec des manifestations dans plusieurs villes, et une condamnation large par l’opposition de cet acte barbare. Mais les multiples forces contre-révolutionnaires qui s’entretuent se moquent toujours des vies des civils qui paient le prix le plus fort.

    En dépit de la situation difficile du peuple syrien, de ses forces démocratiques et progressistes dans sa lutte pour son émancipation, les masses syriennes se lèvent et manifestent : contre le régime et toutes les forces contre-révolutionnaires, contre les ingérences étrangères pour la liberté, pour l’égalité et la justice sociale. La dernière manifestation du lundi 17 avril, dans la région Aswayda, sous contrôle du régime en est le dernier exemple, et cette lutte nécessite la solidarité internationaliste.

    Ghayath Naisse

     
  • Printemps de la Palestine (Afps)

    car1.jpg

    car2.jpg

    À Carhaix, le 13 mai : « L’apartheid israélien, et dans Gaza en cage, la résistance de la population » avec Pierre Stambul et Sarah Katz

     

    Dans le cadre du 3ème Printemps pour la Palestine de Centre-Bretagne

    Samedi 13 mai - 18 h 30
    Salle de la CCI, rue Jean Monnet - Carhaix
    Pierre Stambul et Sarah Katz,
    membres de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix),
    de retour de Gaza.
    « L’apartheid israélien, et dans Gaza
    en cage, la résistance de la population »

    Rendez-vous

    • À Carhaix (29), « L’apartheid israélien, et dans Gaza en cage, la résistance de (...) 
      Le samedi 13 mai 2017 à 18h30
      Salle de la CCI,

      rue Jean Monnet - Carhaix

    http://www.ujfp.org/

     

  • Erquery Palestine (UJFP)

    Erquery (60) 28 avril 2017, réunion-débat Palestine

    Organisée par la Communauté Emmaüs du Clermontois, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP).

    Thèmes abordés :
    - Les enjeux d’une guerre de 100 ans,
    - France/Palestine : lutter pour la justice, l’égalité, la dignité.

    Avec :
    . Michel le Drogo (AFPS)
    . Dominique Natanson (coprésident UJFP).

    Rendez-vous:

    • À Erquery (60), réunion-débat sur le thème de la Palestine. 
      Le vendredi 28 avril 2017 à 19h30

      Rue Pasteur
      60600 Erquery

    http://www.ujfp.org/

  • Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

    Grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens : La France doit entendre leur appel

    Communiqué de l’AFPS, lundi 24 avril 2017
    Le 17 avril Marwan Barghouthi lançait un mouvement de grève de la faim auquel participent aujourd’hui environ 1500 prisonniers politiques palestiniens. Son appel paru dans le New York Times a aussitôt connu une résonance mondiale et mis les autorités israéliennes en position d’accusées devant l’évidence des violations du droit qu’elles ont (...)
     

  • Syrie : « Le meilleur cadeau que l’on peut faire aux djihadistes serait de maintenir Bachar al-Assad aux commandes » (Basta)

    Une jeune activiste syrienne à Alep fin 2012 / CC Freedom House

    Alors qu’elle semblait plutôt bienveillante avec la dictature syrienne, l’administration Trump a bombardé, dans la nuit du 6 au 7 avril, une base militaire du régime.

    Comment expliquer un tel revirement, et quelles en sont les conséquences ? Si Bachar al-Assad venait à tomber, l’Europe serait-elle plus exposée au terrorisme ? L’opposition syrienne n’est-elle, comme on l’entend parfois, plus composée que de groupes djihadistes ? La tendance révolutionnaire et démocratique est-elle encore en capacité de se relever malgré un conflit qui a provoqué six millions d’exilés, sept millions de déplacés internes, 500 000 morts et 200 000 disparus ? Pour répondre à ces questions, qui touchent autant à l’avenir de la Syrie qu’à celui des sociétés européennes, Basta ! s’est entretenu avec le politologue franco-libanais Ziad Majed, spécialiste du Proche-Orient.

    Basta ! : Comment expliquer le revirement soudain de l’administration Trump, qui a récemment bombardé une base militaire du régime syrien, alors qu’elle semblait, à peine quelques jours plus tôt, beaucoup plus accommodante avec celui-ci ?

    Ziad Majed [1] : Il y a plusieurs éléments d’explication. D’abord, l’administration Trump n’a pas de vision claire sur la question. Une tendance, en son sein, prône un désengagement en Syrie et au Moyen-Orient, en conservant une priorité : la lutte contre Daech. Cela fait du maintien ou non de Bachar al-Assad une question secondaire. Une autre tendance est caractérisée par son hostilité envers l’Iran. Celle-ci ne peut s’exprimer en Irak, où les États-unis sont alliés à Téhéran par l’intermédiaire du gouvernement de Bagdad, et des combats contre l’État islamique. Elle peut cependant s’exprimer en Syrie, où l’expansion des Iraniens, dont les groupes armés sont omniprésents, énerve les américains. Une volonté d’endiguer cette situation expliquerait leur changement d’attitude vis-à-vis d’Assad.

     

     

     

     

     

     

     

    .

    Ensuite, Donald Trump affiche une volonté de se démarquer de son prédécesseur. Obama, sur les questions internationales, a installé une tradition moins interventionniste, privilégiant la diplomatie sur l’usage de la force. Trump a promis une politique isolationniste, mais il semble vouloir aussi réaffirmer la suprématie américaine sur la scène mondiale, sa capacité à être ferme devant un défi majeur. De ce point de vue, l’usage des armes chimiques par Assad s’est présenté comme une opportunité. Bien que s’étant rapproché de la Russie, Trump veut montrer qu’Assad ne peut le provoquer de la sorte. Sa riposte, même limitée, vise à repositionner les États-unis comme l’un des maîtres du jeu, à démontrer que son administration ne peut être tenue totalement à l’écart de la question syrienne.

    Cette démonstration de force viserait donc aussi à regagner quelques marges de manœuvre sur le plan diplomatique ? Mais que peut-il en sortir ?

    La question est de savoir ce que sera la position américaine et occidentale vis-à-vis d’Assad après cette frappe. Sera-t-il inclus dans une transition politique préparant l’avenir de la Syrie ? Si malgré la frappe américaine, les ambiguïtés persistent, à travers une position du type « soit Assad, soit les djihadistes », alors Assad a de beaux jours devant lui. C’est une invitation à l’impunité, car si l’on présente les choses de cette manière, bien entendu aucune capitale ne choisira les djihadistes ! Ce type de discours relève de l’ignorance, et d’un mépris du peuple syrien. Si on en termine avec ces ambiguïtés, s’il y a une volonté de mettre Assad hors jeu, alors la situation pourra peut-être évoluer dans le bon sens.

    Je pense que l’attaque chimique, comme en 2013, visait à tester la nouvelle administration américaine. Il est impossible qu’Assad ait agi sans l’aval des Russes et des Iraniens ; ce serait pour lui un risque énorme. Désormais, la réaction américaine est identifiée. Depuis, les Russes et l’armée du régime intensifient leurs frappes sur les mêmes zones, sans armes chimiques mais avec des bombes incendiaires. Ils veulent montrer leur détermination. Les États-unis ne riposteront probablement pas sur le plan militaire, mais qu’en sera-t-il sur le plan politique ? Tout cela va se préciser dans les semaines à venir. Nous saurons si le changement de ton vis-à-vis d’Assad était temporaire, ou bien s’il se confirme.

    Une action contre les capacités militaires du régime avait été demandée très tôt par les révolutionnaires syriens, dès l’année 2011...

    Ce que demandaient les révolutionnaires à leurs soutiens occidentaux, lorsqu’ils sont passés à la lutte armée, c’était de leur fournir des missiles anti-aériens pour lutter contre l’aviation du régime. L’administration Obama a refusé de leur fournir ces armes, et a fait pression sur d’autres États pour qu’ils suivent cette ligne. En 2012, lorsque le régime a commencé à utiliser l’aviation, ainsi que des missiles balistiques Scud, c’était pourtant le moment d’agir : Daech n’existait pas, et le Front al-Nosra, alors affilié à Al-Qaïda [2], était encore une fraction assez marginale. Il y avait en revanche l’Armée syrienne libre, ainsi que des mouvements islamistes syriens non-djihadistes, que la plupart des acteurs régionaux et occidentaux connaissaient bien.

    Mais la priorité américaine était la négociation sur le nucléaire iranien, et un désengagement militaire, faisant suite à leur retrait d’Irak et d’Afghanistan. Ce qui a encouragé le régime et ses alliés à être plus fermes encore. La rébellion n’a demandé un bombardement des aéroports militaires et des bases d’artillerie du régime qu’en août 2013, au moment du massacre chimique de la Ghouta, dans la périphérie de Damas. Mais Obama a fait machine arrière. C’est alors qu’est intervenu le deal pervers qui a permis à Bachar al-Assad d’échapper à toute sanction, en échange d’une restitution de son stock de gaz sarin. Rappelons qu’il niait déjà farouchement toute possession d’armes chimiques. Avant d’en restituer près de 1400 tonnes. Ce n’était probablement pas la totalité du stock. Et les bombardements classiques ont continué, puis les bombardements utilisant les barils explosifs et le chlore, causant plus de 100 000 morts civils.

    Quand on voit, sur le temps long du conflit, la réticence des États-unis et de l’Europe à soutenir réellement l’opposition, on semble bien loin de la thèse d’une guerre qui serait au service de l’« impérialisme occidental », ou pilotée de l’extérieur pour s’approprier les ressources du pays, comme on l’entend parfois...

    Malheureusement sur le Moyen-orient, les théories du complot sont toujours florissantes. Cela s’explique par un contexte particulier : des ressources importantes, notamment pétrolières et gazières, la position stratégique de la région, ou encore le conflit israélo-arabe, qui a nourri un sentiment de deux poids deux mesures. Ensuite, par des expériences récentes : la fabrication américaine de fausses preuves pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003, et l’intervention en Libye, où la résolution 1973 des Nations-unies destinée à protéger les populations a été utilisée pour précipiter la chute du régime. La conséquence est qu’en occident, dans certains milieux à gauche, un discours officiel hostile à l’un des régimes arabes est immédiatement taxé d’« impérialisme », et de volonté « interventionniste » cachée derrière la question des Droits de l’homme.

    Les sociétés arabes et leurs populations sont absentes des analyses de la majorité des « experts » occidentaux. On ne connaît pas la société syrienne et les rapports de classes qui la traversent. On ne lit pas ses intellectuels, leurs récits des expériences carcérales, leurs projets de réformes, leurs relations avec le régime, la peur. On parle géostratégie, frontières, pétrole, pipelines… Mais la Syrie n’est pas le bon endroit pour les obsessions pétrolières et gazières ! Il y a du pétrole et du gaz, oui, mais pas en quantité importante. Il s’agit surtout d’une révolution dont il faut comprendre les causes profondes, de la lutte d’un peuple pour sa liberté, qui s’est transformée en lutte armée puis en guerre totale. La base du problème est là. Dans les discours politiques dominants, en France par exemple, on ne voit plus que les rivalités entre les grandes puissances, le conflit entre sunnites et chiites… Certains ne peuvent s’imaginer qu’une société à majorité musulmane puisse lutter pour la dignité et pour sa liberté. Non, pour eux, ce sont sans doute des télécommandes qui ont fait descendre des millions de personnes dans la rue !

    Mais la Syrie n’est-elle pas bel et bien devenue le champ de bataille d’un grand nombre de puissances étrangères, régionales et mondiales ?

    C’est vrai, mais il faut mettre les choses en perspective. On dénonce la récente intervention militaire américaine contre une base aérienne du régime. Mais il y a déjà eu près de 8000 raids américains contre Daech, ayant causé des centaines de morts civils, et personne ne les a dénoncés. Côté russe, plus de 10 000 raids, pour plus de 4500 morts civils et des milliers de morts parmi les combattants de l’opposition – et non de Daech. Pourtant, nous n’avons pas entendu parler d’« intervention », alors même qu’une partie d’Alep et de ses habitants ont été rayés de la carte. De même, la Syrie est occupée par 30 à 40 000 miliciens chiites libanais, irakiens, afghans, pakistanais… mobilisés par l’Iran et venus aider le régime. On ne les évoque pas ! Ne s’agit-il pas également d’une grave ingérence extérieure ?

    Je me demande quels êtres humains sont capables de manifester contre une frappe visant un aéroport militaire, tuant des militaires syriens et détruisant des appareils qui attaquaient des civils, sans jamais protester contre le massacre de 200 000 civils par le régime et ses alliés. Je me demande comment on peut rester silencieux face aux massacres quotidiens qui durent depuis six ans, puis dénoncer une « guerre impérialiste », parce qu’il y a eu 59 missiles tirés sur une base militaire du régime. Aucun civil tué, aucune destruction aux alentours, juste une base militaire, qui semait la mort et la terreur, qui massacrait des enfants. Pour moi, c’est le comble.

    On pourrait effectivement souligner que les avions de la base d’Al-Chaayrate, celle qui a été bombardée par les États-unis, ne décollaient pas pour aller frapper Daech…

    L’État islamique n’a aucune présence dans cette région. Cette idée selon laquelle le régime syrien combattrait Daech, c’est une grande illusion ! Cela n’arrive que de manière exceptionnelle, et dans une logique d’expansion territoriale souvent imposée par Daech – comme à Palmyre ou autour de l’aéroport de Deir Ezzour. Je ne dis pas non plus que Daech et le régime sont alliés ; ça, c’est une autre théorie du complot. Mais le régime n’a pas intérêt à éliminer Daech, qui lui est utile pour justifier son maintien au pouvoir.

    Ce sont surtout les combattants de l’opposition – dans la campagne d’Alep, à Qalamoun et dans le sud –, ceux des milices kurdes – au nord – et les américains qui frappent Daech. D’après l’Institute of war, plus de 86% des frappes russes ont visé l’opposition et des civils, et seulement 14% des zones contrôlées par Daech. Quant aux forces du régime, entre avril 2013, naissance de Daech, et septembre 2014, quand les américains ont commencé leurs bombardements, elles n’ont jamais attaqué directement l’État islamique.

    Au delà de l’État islamique, certains estiment que l’opposition syrienne ne serait, de toutes manières, plus composée que de groupes djihadistes. Partagez-vous cette affirmation ?

    Pour certains effectivement, il n’y aurait plus qu’Assad et des djihadistes. Qu’ils soient le fait de l’ignorance ou d’une volonté de manipulation, ces discours font le jeu d’Assad ; ils facilitent son maintien au pouvoir. Il y a en fait, aujourd’hui, trois composantes essentielles dans l’opposition. La première est l’Armée syrienne libre, qui est le prolongement direct de la révolution. Malgré son affaiblissement, malgré le fait qu’elle n’a pas reçu un grand soutien de la part des alliés de l’opposition, elle existe toujours sur plusieurs fronts, et domine la région de Deraa, au sud, de même que plusieurs poches dans le centre du pays.

    La deuxième composante, ce sont les groupes islamistes syriens, mais qui ne sont pas des groupes djihadistes. Ils sont proches des Frères musulmans, ou de courants de l’islam salafiste, par exemple. Ils considèrent l’islam comme une source de gouvernance et de législation, mais leur combat est limité à la Syrie, et leur priorité est de combattre le régime. Ils sont parfois puissants, ont été soutenus par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar. Mais, comme leur équivalent Palestinien, le Hamas, leur lutte armée est territorialisée, sans volonté de djihad international. Tous les syriens de l’opposition ne sont pas d’accord avec eux, mais ils sont, dans certains cas, acceptés par une partie de la population.

    Restent Daech et le Front al-Nosra, souvent considéré comme la branche locale d’Al-Qaïda...

    Effectivement. La troisième composante de l’opposition est le Front al-Nosra, qui appartient à la mouvance djihadiste. Ce groupe a changé de nom et s’appelle désormais Fatah al-Cham, depuis qu’il s’est, officiellement, séparé d’al-Qaïda. Al-Nosra combat le régime, Daech, et parfois les autres groupes de l’opposition. Quant à Daech, incarnation du djihadisme en Irak comme en Syrie, il n’a jamais fait partie de l’opposition. Il combat cette dernière beaucoup plus qu’il ne combat le régime.

    Il y a donc une diversité importante d’acteurs. Les djihadistes sont forts, mais ils ne sont pas la seule force, ni celle qui impose ses choix et ses priorités à l’opposition. Et si on a peur de la montée des djihadistes, et même des islamistes, pourquoi on ne soutient pas davantage l’Armée syrienne libre ? Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire aux djihadistes et aux islamistes radicaux, pour les aider à recruter en Syrie, serait de maintenir Bachar al-Assad aux commandes du pays.

    Le départ de Bachar al-Assad ne ferait-il courir un risque supplémentaire aux pays européens, en permettant aux djihadistes d’occuper l’espace laissé vacant ?

    C’est exactement le contraire. Certes, le départ de Bachar al-Assad ne mettrait pas immédiatement fin au conflit. Certaines forces, telles Daech, tenteraient de nuire au processus politique. Mais ce serait le début de la fin d’un conflit des plus meurtriers. Six millions d’exilés, sept millions de déplacés internes, 500 000 morts, 200 000 disparus… Il n’y a pas pire que le chaos actuel ! Avec du temps, et une volonté internationale de soutenir la transition, toute alternative mettant fin aux bombardements sera préférable à cette catastrophe. Si quelqu’un se pose encore la question, c’est qu’il ne comprend pas bien ce qu’il se passe. Cela revient à dire aux Syriens : « Vous avez subi tous ces crimes, tous ces morts, mais vous allez garder le dictateur qui vous a massacrés, ça va aller... » C’est impossible. Par ailleurs, sans les occupations russe et iranienne, le régime ne pourrait tenir. Et nous savons ce que les occupations militaires donnent au Moyen-orient. Donc avec Assad, aucune solution n’est « réaliste ».

    Sans compter les conséquences extrêmement dangereuses du message qui serait envoyé aux syriens, ainsi exclus du droit international. Plus Assad reste, plus Daech, al-Nosra et d’autres pourront recruter, grâce à la frustration, la colère, l’injustice. Bien-sûr si Assad part, tous les problèmes ne seront pas réglés. Il y a eu six ans de conflit. Avant cela, 41 ans d’une dictature barbare. Sous le père de Bachar al-Assad, Hafez, il y a eu 20 000 civils tués à Hama en février 1982, et 17 000 disparus à travers ses trente ans de présidence. Il y a eu un état d’urgence permanent, une extermination de la vie politique. Aucun parti ne pouvait se créer, penser des alternatives. Il y a eu une invasion militaire du Liban, des guerres régionales, des milliers d’exilés et de réfugiés politiques. Pour en finir, il faut que les responsables de ce régime partent. La justice est la seule solution contre le nihilisme guerrier, contre la radicalisation.

    Au milieu de cette myriade d’acteurs, est-ce que la révolution syrienne, aujourd’hui, existe encore ? Si Assad partait, la société syrienne aurait-elle la capacité de reprendre son destin en main ?

    La révolution s’est métamorphosée. Elle est prise au piège d’un conflit armé, nourri par les interventions extérieures depuis 2012. Cela ne veut pas dire que certaines formes de lutte armée ne font pas partie du processus révolutionnaire. Mais ce dernier s’est trouvé piégé dans une guerre qui le dépasse, tout comme elle dépasse le régime, d’ailleurs. Celui-ci n’a plus d’indépendance vis-à-vis de ses soutiens. Mais la volonté révolutionnaire syrienne est toujours vivante : à travers les comités locaux, à travers toutes les initiatives de la société civile née sous les bombardements, autour de l’entraide et de la solidarité. Les médecins, les infirmiers, la défense civile – les fameux casques blancs –, les organisations de femmes, avec un nombre très important de veuves et d’orphelins qui sont pris en charge par des associations. Tous ceux qui travaillent avec les réfugiés et les déplacés.

    Cette volonté perdure aussi à travers les récits des artistes et des intellectuels. L’expression artistique s’est développée de manière phénoménale à partir de 2011, avec une incroyable libération de la parole, une destitution de la peur, des tabous, de l’auto-censure ; avec aussi une volonté de créer une mémoire syrienne, de refuser le silence qui a longtemps régné. La société civile syrienne est incroyablement résistante et résiliente. Elle est au cœur de la révolution, de sa permanence. C’est pourquoi elle est sans cesse visée, bombardée.

    Il faut évoquer l’avenir des exilés… Pourront-ils jouer un rôle dans l’avenir du pays ? Et si oui, sous quelles conditions ?

    Parmi les six millions d’exilés, dont cinq millions qui sont encore dans les pays voisins, il y a beaucoup d’activistes de la révolution syrienne, de membres des comités de coordination qui organisaient les manifestations et les sit-in, qui filmaient les événements. Des milliers de leurs camarades ont perdu la vie ou croupissent encore dans les prisons du régime. Il est important que ceux qui en ont réchappé puissent revenir un jour en Syrie. Mais tant qu’Assad sera au pouvoir, ces gens, comme la grande majorité des réfugiés, ne rentreront pas.

    Pour qu’ils rentrent, il faudra aussi un processus de reconstruction, avec une aide internationale. La Russie demande à l’Europe de financer ! Mais financer, avec Assad au pouvoir, reviendrait à consolider son régime et à lui offrir une nouvelle vie ! Il faut une transition dans la justice, excluant ceux qui, dans les renseignements, l’armée, les prisons, sont coupables de crimes. Mais il ne faut pas reproduire l’erreur irakienne, en purgeant la totalité des responsables du régime. Il faut des réformes, mais l’appareil étatique doit être préservé : l’électricité, l’eau, les infrastructures... Un système décentralisé est également nécessaire, pour donner leur place aux différentes composantes de la société syrienne : les courants politiques, les régions, les communautés, la population kurde. Mais encore une fois, la condition préalable est le départ d’Assad et de son clan.

     Thomas Clerget

    https://www.bastamag.net/

     

     A lire aussi sur internet :


    Le conflit syrien pour les nuls : « Journalistes et universitaires, connaisseurs du pays, nous souhaitons dépasser un récit médiatique parfois trompeur. Nous vous proposons ici de décrypter le conflit, ses causes, ses étapes et ses protagonistes. Bref, d’apporter des réponses claires à des interrogations légitimes. »

     

    Notes:

    [1Ziad Majed est un politologue franco-libanais, professeur d’Études du Moyen-Orient à l’Université Américaine de Paris, spécialiste des sociétés civiles et des mouvements démocratiques du Liban et des pays voisins.

    [2Le Front al-Nosra a depuis déclaré son autonomie vis-à-vis de l’organisation terroriste internationale. Le groupe a également changé de nom, pour se faire appeler front Fatah al-Sham (ndlr).

     

    Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

  • Sous le bleu de Bab-El-Oued, l'hommage à M'Hamed Rachedi, "l'arabe" héros du printemps amazigh (Le Huff' Maghreb)

    mhamed rachedi
     M’hamed Rachedi était "l’arabe" héros du printemps amazigh. La fondation Bacha a exhumé son étincelant souvenir. Sous le bleu de Bab El Oued.
     
     

    C’était une silhouette aérienne, une énergie explosive haranguant les assemblées générales étudiantes du printemps 1980. Un jeune homme d’un grand courage.

    "Il savait qu’il en prendrait pour 20 ans incompressibles dans sa situation" a rappelé un de ses compagnons de lutte de cette période sur sa tombe ce samedi 25 avril, jour choisit par la fondation Bacha, grande figure du militantisme des années 80, pour faire le pèlerinage commémorative du cimetière El Kettar à Alger.

    M'hamed Rachedi, est né en mars 1955 d’une modeste famille de la basse Casbah. Il restera pour l’éternité le détenu arabophone parmi les 24 historiques de Berrouaghia, les animateurs du mouvement avril 1980 que le régime "débutant" de Chadli Bendjedid, voulait traduire devant la cour de sureté de l’Etat.

    "Ces interrogatoires à la sécurité militaire étaient particulièrement féroces". Les barbouzes ne comprenaient pas ce qu’un non kabyle faisait là, à la pointe d’un mouvement pour la reconnaissance du tamazight.

    M’hamed Rachedi ne s’est pas retrouvé par hasard dans cette galère. Il était militant clandestin du GCR , l’organisation de la gauche révolutionnaire.

    D’où le risque des 20 ans de prison sous le régime du parti unique – et l’un des leaders les plus actifs des campus d’Alger – avant 1980 - pour le droit des étudiants à s’organiser librement en dehors de la tutelle de l’UNJA, l’organisation de jeunesse du FLN.

    Il a été, à la salle Ben Baatouche de la faculté centrale, lieu mythique du mouvement à Alger, l’un des meilleurs pédagogues du lien entre la reconnaissance de la pluralité linguistique et culturelle de l’Algérie et l’avancée des libertés démocratiques.

    Tribun hors pair, M'hamed Rachedi était un cauchemar pour les RG de la DGSN. Après son intervention à la tribune, les actions du mouvement devenaient plus audacieuses, plus subtiles aussi.

    Salarié puis élu syndical à l’ARDESS, ancêtre du CNEAP, (Le Centre National d'Etudes et d'Analyses pour la Population et le Développement), à la fin de son cursus de licence, Mhamed avait également une expérience du syndicalisme d’entreprise, qui a beaucoup servi, avant son arrestation, la coordination des comités étudiants autonomes d’Alger durant le printemps 1980.


    Une étoile filante

    Face à la superbe crique de Bab El Oued, sur les pentes du cimetière d’El Kettar, un attroupement de quelques dizaines d’amis de M’hamed Rachedi a évoqué, ce samedi matin, le militant disparu en mars 1989 à quelques jours de son 35e anniversaire.

    Une étoile filante du combat démocratique et social en Algérie. Après les épreuves de l’interrogatoire et de la prison, le reflux du mouvement les années suivantes, M’hamed a poursuivi son crédo sur la scène du monde. A partir de Paris.

    Toujours engagé dans sa famille politique de la gauche révolutionnaire (GCR – Trotskyste devenu PST note du blog), il a, comme en Algérie était de tous les combats. Celui du peuple palestinien était un qui lui tenait le plus à cœur. Mhamed était l’homme au Keffieh. Elégance et fierté.

    Au cœur de l’attroupement, deux hommes, Mahmoud Rachedi, son frère cadet, porte-parole du PST, et Karim Bacha, frère cadet de Mustapha Bacha et co-fondateur de la fondation éponyme.

    Mahmoud témoigne de ce moment de la dernière volonté où M’hamed, condamné sur son lit d’hôpital à Paris, chuchote son souhait de revenir voir la lumière d’Alger avant de partir.

    Il a revu sa Casbah natale avant de s’adosser à son flanc d’El Kettar. Karim a rappelé combien il était important que la génération qui a animé les luttes démocratiques des années 80 transmette des repères aux jeunes d’aujourd’hui. M’hamed Rachedi, Mustapha Bacha et Salah Boukrif, les trois aujourd’hui disparus, étaient amis. C’étaient, sans doute avec Arezki Ait Larbi, les figures les plus emblématiques du printemps amazigh à Alger.

    La fondation Bacha, récemment créée a décidé de leur rendre hommage à l’occasion de ce 35e anniversaire du 20 avril. Le travail de la transmission commence dans l’émotion.