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Israël

  • Nouveautés sur "Amnesty International"

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    Israël doit mettre fin à sa politique « illégale et cruelle » à l’égard des prisonniers palestiniens

    Égypte. La condamnation à 10 ans de prison pour outrage au président est une attaque éhontée contre la liberté d'expression

    Yémen. Le journaliste Yahia al Jubaihi condamné à mort par les forces houthies

  • Nouveautés Palestine

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    « Malgré toutes les attaques, la campagne BDS continue de progresser, en France et dans le monde »

    BDS Maroc célèbre la semaine contre l’apartheid israélien

    Appel à souscription pour le livre DVD "Gens de Gaza"

    Au Luxembourg, le 22 avril, rencontre-débat autour du livre "Chroniques de Gaza, mai/juin 2016"

    À Saint-Etienne, le 14 avril, conférence-débat "contre l’apartheid israélien pour la défense de la population de Gaza en cage"

    À Bruxelles, le 25 avril 2017, conférence : "le sionisme en questions"

    À Strasbourg, le 21 avril, conférence-débat "Palestine, Gaza..." avec Pierre Stambul et Sarah Katz

    Israël refuse l’accès de Gaza aux défenseurs des droits de l’homme

    Le parlement israélien adopte une loi pour accélérer les démolitions : 50.000 maisons palestiniennes potentiellement menacées

  • Nouveautés sur A l'Encontre.ch

    Israël. Une décision de la Cour suprême qui froisse le régime colonial et «le transfert paisible»

    23 - mars - 2017 Publié par: Alencontre Commenter

    Par Amira Hass D’après la décision de la Cour suprême de justice de la semaine dernière, les résidents palestiniens de Jérusalem sont des autochtones. Autrement dit, ils ne peuvent pas être comparés aux non-juifs qui, immigré en Israël par choix, ont reçu le statut de résidents et sont ensuite partis. Comme l’écrit Nir Hasson dans […]

     

    Syrie. Chute d’Alep: crimes de guerre, dissensions rebelles, abandon international

    22 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Benjamin Barthe Les armes se sont tues il y a trois mois [décembre 2016]. Alep-Est la rebelle est retournée dans le giron de l’armée syrienne. La chape de peur et de silence qu’impose le régime Assad aux zones sous son contrôle écrase de nouveau les quartiers orientaux de la ville. Mais au sein de […]

     

    Algérie. Le sens d’une révolte

    19 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Lamine Torki L’explosion sociale qui a secoué, en ce début janvier 2017, la wilaya de Béjaïa – mais aussi celles de Tiaret, Sétif, Blida, etc. – n’a rien à voir avec la grève initiée par des commerçants qui revendiquent moins de contrôles et d’impôts, alors même que le fisc les ponctionne bien moins que les […]

     

    «Les Syriens ont osé faire le printemps dans cette partie aride du monde»

    15 - mars - 2017 Publié par: Alencontre

    Par Mustafa Aljarf Le 15 mars 2011, un rassemblement avait lieu à Damas. Trois jours après, les manifestations s’étendaient aux principales villes du pays, gagné par le «printemps arabe». Après six ans de guerre, des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés, un Aleppin réfugié en France se souvient du caractère inattendu et miraculeux de […]

  • Qui sont les militants israéliens pour la paix ? (Orient 21)

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    La société israélienne, comme toute société, n’est pas monolithique, et il existe des organisations et des militants, peu nombreux, en faveur de la paix et en faveur de la fin de l’occupation de la Palestine.

    En Israël, ces militants pour la paix agissent en ordre dispersé. Il n’existe pas d’organisation rassemblant les différents groupes. À quelques exceptions près, ils ne condamnent pas en bloc les guerres d’Israël à l’extérieur, mais plutôt la colonisation des territoires palestiniens.

    —  Combien sont-ils ? Quelques centaines, quelques milliers de membres actifs. La société israélienne est de plus en plus opposée à la création d’un État palestinien, et les positions du « camp de la paix » ne sont guère populaires.

    —  Qui sont-ils ? Il y a d’abord les ONG civiles. La principale est Shalom Archav (La paix maintenant). Fondée en 1978 pour soutenir les négociations entre Israël et l’Égypte, elle a joué ensuite un rôle important contre la guerre au Liban (en particulier entre 1982 et 2000) par de vastes manifestations, même si ses militants repartaient en général sans rechigner au Liban lorsque l’armée les y appelait. Son travail principal aujourd’hui est d’établir des cartes qui montrent la progression de la colonisation des territoires palestiniens. Le mouvement est divisé. En principe, il accepte de discuter avec le Hamas, qui gouverne Gaza, mais beaucoup de ses membres ne sont pas d’accord. La majorité est aussi défavorable au droit des Palestiniens réfugiés au retour dans leurs anciens foyers.

    Un autre gros travail est effectué par B’Tselem, qui signifie « À l’image de », d’après le verset de la Bible « Et Dieu créa l’homme à son image » (Genèse, 1 :27). Cette ONG rapporte au jour le jour les violations des droits des Palestiniens par l’armée israélienne : arrestations, violences, morts, etc.

    Dans l’armée, des mouvements de soldats éclosent périodiquement. Certains refusent de combattre dans des guerres extérieures. Yesh Gvul (Il y a une limite) a été créée par des officiers de réserve qui ont refusé de se battre au Liban en 1982, pour ne pas tuer des civils. Quelques militaires ont aussi refusé de se battre au Liban dans la guerre de 2006 contre le Hezbollah, pour les mêmes raisons. Depuis, Yesh Gvul soutient les conscrits et les réservistes qui n’acceptent pas de participer à la répression dans les territoires palestiniens. On peut aussi citer la « Lettre des pilotes », écrite par 27 aviateurs qui ont refusé de bombarder Gaza en 2003. Plus récemment, en 2014, des spécialistes de la surveillance électronique ont refusé de continuer à réprimer les Palestiniens. Et l’association Breaking the Silence (Briser le silence) est allée plus loin : ses membres décrivent en détail, dans les médias, les violences dont ils ont été les témoins quand ils étaient sous l’uniforme.

    En général, ces dissidents n’effectuent pas de longues peines de prison, mais ils paient cher leur action. Ils ont du mal à trouver un emploi et sont souvent exclus par leurs familles et leurs amis.

    Il existe aussi en Israël des mouvements politiques, très minoritaires, dont le programme porte pour l’essentiel sur la fin de l’occupation, la paix et l’égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens. C’est le cas, par exemple, de Hadash, le Front démocratique pour la paix et l’égalité, qui réunit diverses organisations, notamment le parti communiste, et où se retrouvent Israéliens juifs et Palestiniens d’Israël. La liste unifiée qu’il a présentée aux élections législatives de 2015 a obtenu cinq sièges. C’est aussi le cas du Matzpen, parti trotskiste (Autrefois! Note du blog).

    Au-delà, il existe une kyrielle de petites organisations. Ainsi de Taayush (Coexistence), du centre d’information alternatif (Alternative Information Center, AIC, israélo-palestinien), de Gush Shalom (Bloc de la paix), ou encore de Machsom Watch, qui surveille l’action des soldats aux checkpoints, de Rabbis for Human Rights (Rabbins pour les droits de l’homme), d’autres qui reconstruisent des maisons palestiniennes démolies par l’armée, et de nombre de petites structures.

    Tout un arsenal législatif de lois nouvelles ou en débat au Parlement vise à empêcher le travail de ces organisations.

    Pierre Prier  20 mars 2017
     
  • Nouveautés sur AURDIP

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  • Basel Al-Araj, martyr de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne (Orient 21)

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    Œuvre de Khalil Motassem.

    Le 6 mars 2017, un jeune Palestinien de Cisjordanie, Basel Al-Araj, a été tué par l’armée israélienne, peu de temps après avoir été emprisonné et torturé par l’Autorité palestinienne.

    Dans les médias et les réseaux sociaux de la région, cet événement a rencontré un écho important, alors que le jeune homme n’appartenait à aucune faction politique. Qu’est-ce qui amène aujourd’hui différents acteurs politiques locaux et régionaux à ériger cette figure singulière, activiste civil et défenseur de la lutte armée, en symbole politique ?

    Basel Al-Araj est né en 1986. Il est originaire d’un village proche de Bethléem, Al-Walaja, dont une partie des terres a été confisquée par la construction du mur et l’expansion de la colonie voisine, Gilo. Pharmacien de formation (il a fait ses études en Égypte), il s’implique à partir de 2010 dans les manifestations contre le mur dans son village. Puis il se lance dans un activisme de terrain intense en Cisjordanie, animant des discussions autour de l’histoire de la résistance palestinienne, travaillant sur la mémoire orale dans les villages, promouvant le boycott des produits israéliens. En 2012, il est battu par la police palestinienne au cours d’une manifestation contre la visite de l’ancien ministre de la défense Shaul Mofaz en Cisjordanie. Peu après, il expose ses blessures au cours d’un débat télévisé au cours duquel il s’oppose violemment à un officiel de l’Autorité palestinienne qui l’accuse de se les être infligées lui-même.

    De la prison à l’assassinat

    En avril 2016, il est arrêté par l’Autorité palestinienne (AP) avec deux autres jeunes et incarcéré sans charge. Présentée d’abord à la famille comme une mesure de routine, leur détention est peu après revendiquée dans une interview par le président Mahmoud Abbas comme une preuve du bon fonctionnement de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne en vue de prévenir des attaques terroristes. L’AP prétend alors que Basel Al-Araj a été arrêté en possession d’armes et qu’il préparait une attaque en Israël. Plus tard, il sera dit à sa famille que son emprisonnement visait à le protéger des Israéliens. Derrière cette communication brouillonne de l’AP, l’arrestation de Basel Al-Araj par les services de sécurité palestiniens s’inscrit avant tout dans le contexte du durcissement autoritaire du régime de Ramallah dont de nombreux jeunes de Cisjordanie font les frais. La répression politique déployée par l’AP ne se limite en effet pas aux islamistes, mais vise les activistes issus de tous horizons impliqués dans la lutte contre l’occupation, les acteurs des mouvements sociaux, les syndicalistes autonomes...

    Les traitements infligés aux prisonniers politiques détenus par l’AP (généralement sans aucune charge et hors de toute procédure légale) sont différenciés selon les profils politiques et sociaux des individus, et selon leur ancrage sur le terrain, pourtant les allégations de torture sont récurrentes. En l’occurrence, Al-Araj est confiné dans une cellule minuscule, privé de visites, de sommeil, régulièrement battu. Après six mois de détention, avec cinq autres détenus, il se lance dans une grève de la faim. L’appareil sécuritaire palestinien repose sur des bases fragiles et demeure sensible aux mouvements d’humeur populaires : Al-Araj et ses codétenus sont finalement relâchés en septembre 2016, après neuf jours de grève.

    La coopération sécuritaire entre Israël et l’AP suppose que cette dernière se doit d’arrêter préventivement tous les individus soupçonnés de menacer la sécurité de l’État d’Israël. Or généralement, quand l’AP relâche des prisonniers, Israël considère qu’ils continuent de représenter une menace, et les arrête à son tour. Ces dernières années, de nombreux Palestiniens ont ainsi fait l’expérience d’un va-et-vient entre les geôles palestiniennes et israéliennes.

    Alors que les cinq autres grévistes de la faim libérés en septembre 2016 sont immédiatement arrêtés par Israël, Basel Al-Araj entre dans la clandestinité. Le 6 mars dernier, au cours d’une opération militaire de grande envergure, l’armée israélienne le débusque dans une maison qu’il avait louée pour se cacher à Al-Bireh, près de Ramallah. Selon les sources israéliennes, il refuse de se rendre et tire sur les soldats. Ceux-ci noient alors la maison sous un déluge de feu, et, deux heures plus tard, évacuent le corps sans vie de Basel Al-Araj. Du côté palestinien, des doutes sont émis sur la réalité d’un échange de coups de feu : Moustafa Barghouti, leader du Parti de l’initiative nationale palestinienne, affirme par exemple que « si Al-Araj avait voulu tirer, il n’aurait pas été en capacité de tirer plus d’une balle. La maison a été totalement bombardée par les balles israéliennes. »

    À la date du 12 mars, l’armée refuse toujours de le rendre à la famille, prétextant des risques de manifestations et d’affrontements au cours des funérailles.

    Retour aux sources de la guérilla

    Basel Al-Araj appartient à une génération dont la socialisation militante s’est effectuée en dehors des partis. Il écrivait des textes politiques publiés sur Internet sous la forme de billets à partir de 2013 et jusque dans la période de sa clandestinité. Ces écrits mêlent des références diverses, allant de Frantz Fanon à Mao Zedong ou au penseur iranien Ali Shariati, considéré comme un des penseurs de la révolution iranienne, mais dénoncé par les mollahs comme trop influencé par les idées occidentales. Un tiers-mondisme évoquant la lutte des classes intègre des références islamiques marquées, y compris chiites ; ainsi, dans une déclaration transmise par son avocat au cours de sa grève de la faim, il reprend des propos attribués à l’imam Hussein1. Parmi les livres de chevet trouvés dans la maison où il se cachait, Antonio Gramsci côtoyait le Coran. Il laisse une lettre posthume dans laquelle, saluant le nationalisme arabe et la patrie, il affirme « marcher vers (s)a mort fatale, satisfait d’avoir trouvé (s)es réponses » et ne plus chercher que « la miséricorde de Dieu ». « Y a-t-il quelque chose de plus éloquent et de plus clair que l’acte d’un martyr2 ? », s’interroge-t-il.

    Qualifié de « hipster terroriste » par la presse israélienne, Basel Al-Araj est célébré par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) comme un héros issu des temps glorieux de la révolution palestinienne, tenant d’une main un fusil, de l’autre un stylo. Au sein de la mouvance « islamiste », davantage que le Hamas, ce sont les acteurs politiques influencés par la révolution iranienne et les plus proches du « camp de la résistance » au Liban qui lui rendent hommage. Les écrits de Basel Al-Araj sont en effet fortement influencés par ces deux matrices politiques que sont le tiers-mondisme gauchisant des années 1960-1970 et l’islamisme révolutionnaire et anti-impérialiste des années 1970-1980, protéiformes et poreuses. Alors que pour ces acteurs politiques de gauche ou islamistes, il incarne un imaginaire issu de l’époque « glorieuse » de la guérilla palestinienne, une jeune génération de Palestiniens pour qui [la lutte nationale>1720] se joue désormais hors des appareils politiques s’est reconnue à sa manière dans le martyre du lanceur de pierres et de l’activiste civil de terrain qu’était Basel Al-Araj.

    Mais son parcours dénote aussi une forme d’impuissance politique. Il montre avec quelle célérité l’activisme de terrain hors des structures organisationnelles fait l’objet d’un traitement antiterroriste, de la part d’Israël comme de l’AP. Entré dans le cercle kafkaïen des allers-retours entre les geôles de l’AP et celles d’Israël, l’avenir d’Al-Araj semblait se borner à l’univers carcéral. Alors que ceux qui l’ont connu durant ses années militantes ne le percevaient nullement comme tenté par la lutte armée sacrificielle, le choix du martyre que laisse entrevoir son testament renvoie sans doute avant tout à un refus de ce futur entre quatre murs.

    Empêcher toute mobilisation politique

    Les célébrations du martyre de Basel Al-Araj fleurissent en Cisjordanie ; elles ciblent l’occupation autant que la coopération sécuritaire de l’AP. « Dis-moi pourquoi, une fois l’Autorité, l’autre fois l’armée » (Quli lech, mara as-sulta, mara al-jich) est l’un des slogans entendus dans les manifestations qui ont suivi sa mort. Certaines de ces manifestations ont été violemment réprimées par l’Autorité palestinienne. Pourtant, même si l’on ne peut préfigurer de la suite des événements, la mobilisation de la rue demeure à ce stade limitée, et si la jeunesse palestinienne exprime massivement sa colère face à cet assassinat, elle le fait essentiellement sur Internet. En ce sens, le parcours de Basel Al-Araj comme la martyrologie qui se développe après son décès reflètent aussi les obstacles rencontrés actuellement par les dynamiques de mobilisation en Cisjordanie.

    Fatah comme Hamas (les deux principales factions palestiniennes), suivant un agenda souvent régional, démobilisent plus qu’ils ne mobilisent. Les structures issues de la société civile se sont professionnalisées, dépendent des fonds internationaux et sont souvent davantage engagées dans des perspectives de carrières individuelles que dans la mobilisation collective. Quant à l’AP, elle s’est imposée en Cisjordanie comme un acteur socioéconomique central dont beaucoup, tout en la rejetant politiquement, continuent de dépendre (notamment pour les salaires). Plus du quart de la population active de Cisjordanie travaille dans le secteur public, et des prébendes clientélistes continuent de circuler par ailleurs. Or, depuis une décennie, ces ressources sont désormais indexées sur le silence politique de ceux qui en dépendent. Alors que le territoire est maillé par des informateurs appointés et ancrés dans le tissu social qui défendent la « sécurité nationale », c’est sur cet arsenal gouvernemental fait de dépendance, de peur et de confusion politique que l’AP s’appuie pour prévenir les mobilisations politiques de tous ordres.

    En l’absence de toute avancée politique, cet édifice n’en demeure pas moins fragile. Un martyr tel que Basel Al-Araj, massivement regardé comme une victime de la coopération sécuritaire, s’il n’entraîne pas des manifestations massives, accroît encore le rejet de ses dirigeants par une population de Cisjordanie politiquement désillusionnée.

    Emilio Minassian  13 mars 2017
     
    Notes:

    1L’imam Hussein, fils de Ali et petit-fils du prophète Mohammed est une figure centrale du chiisme. Son martyre à Karbala, en 680, symbolise la résistance contre l’oppression.

    2Ainsi est qualifié par les Palestiniens tout individu tué par l’occupant.

    http://orientxxi.info/

     

  • Israël est, par définition, une colonie européenne (UJFP)

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    Comment se fait-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus du monde entier ?

    On s’interrogera également pour comprendre comment la population originelle de la Palestine est dispersée dans des camps de réfugiés, une partie étant soumise à un pouvoir militaire d’occupation, et une minorité d’entre –elle, seulement, disposant de la citoyenneté dans le nouvel État d’immigrés, qui se considère comme faisant partie de l’Occident. Les réponses à ces interrogations se situent dans un contexte en dehors duquel le conflit entre le sionisme et le monde arabe demeure incompréhensible ; à savoir : le colonialisme.

    Le tableau est bien connu : des migrants européens colonisent par la force, malgré la résistance des indigènes. Ils créent une société séparée, en tirant avantage de leur supériorité militaire et d’organisation, pour évincer les populations autochtones et dominer le territoire. Souvent, ils remplacent la population originelle, expulsée ou victime d’un génocide. C’est, peu ou prou, une même histoire qui s’est jouée en Australie, en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, et en d’autres lieux où sont venus s’implanter des migrants européens.

    L’histoire n’est pas fondamentalement différente en Palestine, même si plusieurs générations d’endoctrinement sioniste, ponctuées de mythes inventés et de récits appropriés pour servir la population d’immigrés, ont tenté d’inverser cette réalité, afin de procurer un soutien rationnel à ce qui demeure essentiellement une entreprise coloniale de dépossession, qui se poursuit à ce jour.

    Les soutiens du sionisme soulignent sa différence par rapport aux autres mouvements de colonisation :

    absence d’un État métropole, invocation par les sionistes d’une promesse divine, où encore des « droits historiques » du « peuple juif ». Cependant, la croyance religieuse de l’homme et une théorie sur ses origines ancestrales ne lui confèrent aucun droit. Tels sont les pieds d’argile sur lesquels se tient le géant théorique du sionisme, et avec lui, le système d’endoctrinement visant, en Israël, à formater chaque enfant, dès le plus jeune âge.

    Ces présupposés erronés donnent aussi lieu à la vision symétrique des sionistes qui voient dans le conflit un affrontement entre « deux mouvements nationaux », deux occupants revendiquant un droit de propriété également légitime sur la dite-terre.

    Mais c’est, évidemment, une fausse symétrie : les familles Gryn, Shertok, Bégin, Yezernitski et Milikowski, venues de Pologne et de Russie, tout comme la famille Osterman, devenue Avneri, issue d’Allemagne n’ont pas de droit sur le lointain morceau de terre, du seul fait de leur croyance religieuse, ou de la théorie invoquée de leurs origines ancestrales. L’existence d’une « métropole » n’est pas indispensable pour définir un colonialisme, qui est l’installation sur une terre, par la force.

    Au regard de cette réalité, non seulement le sionisme n’est pas spécifique, mais il présente des traits de ressemblance évidents avec d’autres colonisations européennes dans le monde, où les immigrants européens se sont heurtés au « problème démographique » des indigènes qui se sont trouvés sur leur route, alors que les colons aspiraient à se construire une société et un État, avec une culture et un régime européens, tout en effaçant l’existence de la population autochtone. Ainsi est né le mythe d’un « territoire vide ». De façon tout à fait caractéristique, ils attribuent à la barbarie des indigènes et à leur haine irrationnelle, l’opposition à l’invasion coloniale et au processus de dépossession.

    Le mouvement sioniste doit être perçu comme un produit du « Zeitgeist » (« esprit de l’époque ») dominant dans l’Europe du 19ème siècle où se sont épanouis le nationalisme ethnique et le colonialisme, animés d’une idéologie et de la foi en la supériorité de l’homme blanc.

    « Les Juifs, aussi, forment un peuple », ainsi avaient statué des idéologues sionistes. Cependant, les Juifs ne constituant, dans aucune région géographique significative, une majorité démographique, il fut décidé qu’ils pourraient concrétiser leur nationalité hors de l’Europe, et-dans l’esprit du colonialisme européen- aux dépens d’une population indigène au derme foncé- : qu’il s’agisse du Kenya (le « projet Ouganda »), de l’Argentine ou de la Palestine. Faut-il le préciser : le mouvement sioniste n’a jamais envisagé sérieusement de créer un État juif en Europe orientale, là ou vivaient 90% des Juifs du monde ?

    A ce stade, revenons à la tentative d’Ouri Avneri de répondre à la question : « Qui a commencé la guerre ? », et donc : qui a créé le conflit ?

    Ce sont-là de vaines questions, tout comme est stupide l’interrogation consistant à savoir par qui a été tirée la première balle. La question plus pertinente pour la compréhension du sujet est bien la suivante : « Quelle est l’origine du conflit ? », et partant : « Quelle en est l’essence ? ». La question sur l’origine appelle une réponse claire : à la genèse du conflit, il y a la colonisation de la Palestine par des immigrants européens, et la volonté de créer un État juif sur un territoire peuplé, à environ 95%, d’habitants non-juifs.

    Étant donné qu’aucune population indigène n’acceptera que l’on s’empare de ses terres, ni de devenir minoritaire dans son pays au bénéfice des immigrés, et a-fortiori d’être réduite en situation de minorité dans un État exclusiviste d’immigrants (ce qui est la signification effective d’un « État juif »), il va de soi que l’objectif du sionisme ne pouvait être réalisé que par la force armée. D’où le nécessité d’une implantation coloniale ; autrement dit :d’une immigration coloniale contre l’accord et la volonté de la population locale (Jabotinsky a su le mieux exprimer cela dans son texte classique : « Le mur de fer »).

    L’immigration coloniale s’apparente, en tout point, à une invasion ; aussi l’invasion coloniale en Palestine, amorcée à la fin du 19ème siècle, constitue-t’elle l’origine du conflit qui se poursuit jusqu’à nos jours.

    On peut voir les choses ainsi : qui a engagé le conflit entre les indiens d’Amérique du Nord et les colons venus d’Europe ? Qui a envoyé la première flèche ou tiré la première balle ? La question est moins pertinente que celle portant sur : « quelle est la cause du conflit ? ». La réponse s’impose d’évidence : l’invasion européenne en Amérique du Nord. A l’identique, pour la Palestine la réponse sera : la colonisation de ce pays par des colons recourant à la force armée. Quand quelqu’un s’introduit par effraction au domicile de quelqu’un d’autre : qu’il tire le premier sur le locataire, ou bien que celui-ci agresse l’intrus, ne change rien au fait que l’effraction constitue la cause du conflit entre eux-deux.

    La Grande-Bretagne n’avait pas le droit d’assurer en Palestine un « foyer national » aux Juifs d’Europe, pas plus que les États-Unis ont le droit de garantir un « foyer national » aux Mormons de l’Utah en Afghanistan, ou que le chef d’une tribu d’Afrique aurait le droit d’assurer aux Yézidis d’Irak un « foyer national » en Angleterre. Le sens de la déclaration Balfour correspondait donc bien, à un engagement d’implantation coloniale au cœur du Moyen-Orient, à l’instar de l’Amérique du Nord, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc. C’est ainsi qu’a été ouverte la voie au dernier conflit colonial dans le monde : conflit qui perdure encore aujourd’hui entre une population d’immigrants s’appuyant sur la force armée, et une population autochtone subissant la dépossession.

    Mais revenons à 1948, et à la question : « Que s’est-il véritablement passé ? ».

    Si l’on prend en considération le contexte colonial : les États arabes sont venus en aide aux habitants autochtones de la Palestine, soumis depuis quasiment six mois aux attaques et à un nettoyage ethnique de la part des colons sionistes (quiconque conteste cette expression doit s’interroger : en quel endroit du monde a-t’on autorisé des milices et des institutions étatiques séparées ?).

    En mai 1948, on comptait déjà un quart de million de réfugiés palestiniens, et de grandes villes comme Jaffa et Haïfa avaient subi un nettoyage ethnique de leur population palestinienne, effectué par les milices sionistes. La conquête de la Palestine battait son plein. Les États arabes ont finalement échoué pour plusieurs raisons, dont leur infériorité militaire, numérique et en matière d’organisation. 78% du territoire de la Palestine du Mandat se sont retrouvés sous l’occupation coloniale des immigrés, après que près de 80% de ses habitants autochtones aient été victimes d’un nettoyage ethnique. La conquête sioniste a été parachevée en 1967.

    L’analogie proposée par Avneri de : « l’homme qui saute d’un bâtiment en feu et atterrit sur la tête d’un passant » constitue un enjolivement tendancieux de la réalité, qui fait fi de données majeures : le projet sioniste a été pensé et programmé d’emblée comme un plan de dépossession, dont la description figurait dans les écrits de Théodore Herzl, dès le 19ème siècle. Selon la langue juridique, sont bien présents : l’intention, le mobile, et la preuve incontestable que l’objectif de créer un « État juif » a été obtenu.

    L’Histoire offre des précédents pour la résolution de conflits coloniaux comme le conflit entre le sionisme et les Arabes. Dans la plupart des cas, la population autochtone a effectivement subi une défaite et encaissé de rudes coups, mais le processus qui a conduit à la solution sans laquelle, il serait difficile d’imaginer aujourd’hui la plupart des anciens États coloniaux, a été la décolonisation : la phase où les immigrés renoncent à leurs droits exclusifs, transforment la colonie en un État de tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race et de « nationalité », et, dans plusieurs cas, dédommagent les autochtones pour l’injustice historique.

    Il est difficile d’imaginer Israël, en tant qu’État de supériorité juive, et quelles que soient ses frontières, vivant en paix avec l’environnement moyen-oriental, tout en continuant de s’auto-définir comme État juif et de poursuivre durablement la dépossession coloniale, tout comme il était difficile d’imaginer l’Afrique du Sud établissant des relations d’amitié avec les pays voisins alors que subsistait le régime d’apartheid.

    Les descendants d’esclaves peuvent vivre à égalité avec les descendants de propriétaires d’esclaves, et les descendants des Incas peuvent habiter dans une même configuration avec les anciens conquistadors espagnols, de même, Juifs et Arabes peuvent vivre dans un État de tous ses citoyens.

    C’est la seule solution à long terme.

    lundi 6 mars 2017 p

    par Aaron Tordjman (article publié dans Haaretz le 27 février 2017).

    Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

    L’auteur est le rédacteur de la page Facebook : « guide du sioniste qui se remet en question »

    http://www.ujfp.org/

  • Boycotter et sanctionner Israël, il n’y a pas d’alternative. (UJFP)

     

    Ce texte, écrit le 3 février vient d’être publié par le mensuel "Courant Alternatif".

    Mai 2016 : nous nous trouvons à al-Mugraga, un bidonville insalubre de la bande de Gaza où des Bédouins, chassés en 1948 de leurs terres, vivent toujours sans maison, sans eau, sans électricité, sans toilettes ... Un vieux Bédouin qui a connu le nettoyage ethnique de 1948, apprenant que nous sommes français, nous demande : "et à propos, que pensez-vous de l’initiative française ?" Dans la pire des situations, même s’il n’y croit pas, il s’accroche à toute lueur d’espoir.

    Une "communauté internationale" qui a presque toujours failli.

    On nous a souvent répété en Palestine les propos suivants : "cette guerre est venue de l’étranger. Il y a eu le vote du plan de partage de 1947. Il y a eu l’admission à l’ONU d’Israël alors que ce pays violait la résolution 194 sur le retour des réfugiés chez eux et détruisait leurs villages. En 1967, l’ONU a toléré le viol de la résolution 242 sur l’évacuation des territoires occupés. Aujourd’hui, avec la colonisation et le blocus de Gaza, c’est pire. Alors la solution viendra à la fois de la résistance/résilience de la société palestinienne et de la solidarité internationale qui imposera le droit."

    La résistance, nous l’avons constatée, aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza. Face à l’apartheid et au projet israélien de faire des Palestinien-ne-s les Amérindien-ne-s du Proche-Orient, ils/elles continuent à maintenir le lien social et à croire en l’avenir. Les enfants sont scolarisés avec un effort énorme pour la réussite scolaire ou universitaire. Ils/elles multiplient les structures de partage et de solidarité englobant les plus pauvres. Ils/elles s’acharnent à produire coûte que coûte et à ne pas devenir des assisté-e-s. Ils//elles continuent à résister pacifiquement face à la colonisation, au mur, au blocus, aux exécutions extrajudiciaires, à l’emprisonnement massif, aux humiliations ...

    La solidarité internationale, elle progresse, elle existe à la base. Il est symptomatique de voir qu’en France, il existe des comités soutenant les droits du peuple palestinien partout, y compris dans les petites villes et les zones rurales.

    Mais dès qu’on passe au niveau des États, de l’Union Européenne ou de l’ONU, c’est l’horreur.

    Il y a eu dès 1947 un consensus des puissants de ce monde pour rayer la Palestine de la carte. "Les vieux mourront, les jeunes oublieront" avait dit Ben Gourion.

    Mais la Palestine n’a jamais cessé d’exister, malgré l’impunité offerte en quasiment toute circonstance aux dirigeants israéliens. Deux fois dans son histoire, Israël a été (légèrement) sanctionné et cela s’est aussitôt traduit par un recul. En 1957, le Conseil de Sécurité unanime a exigé le retrait israélien du Sinaï fraichement conquis. Moshé Dayan a obtempéré. En 1991, Georges Bush (père) voulait remodeler le Proche-Orient en profitant de la chute de l’URSS. Le Premier ministre israélien de l’époque, Shamir, refusait toute négociation. Bush a fait tomber son gouvernement en menaçant de ne pas garantir l’emprunt finançant l’immigration des Juifs soviétiques..

    Il est donc clair qu’on peut faire reculer Israël et que la complicité dont jouit cet État est un choix politique et pas une fatalité.

    Après la création de l’OLP et l’occupation de 1967, l’ONU a affirmé (en 1974, il y a 43 ans) les "droits inaliénables du peuple palestinien" ! Arafat avait pu s’exprimer, établir clairement la distinction entre judaïsme et sionisme et proposer une paix basée sur le "vivre ensemble". C’est sciemment que l’ONU a protégé Israël pour empêcher une telle solution.

    Oslo et le mirage du processus de paix

    En signant les accords d’Oslo, la direction palestinienne a accepté des concessions incroyables : elle s’est résignée à un État palestinien-croupion réduit au mieux à 22 % de la Palestine historique. Elle a signé sans obtenir rien de précis, ni sur la colonisation (et Rabin a installé juste après 60000 nouveaux colons), ni sur Jérusalem. Et elle a renoncé de fait au droit au retour des réfugiés qui ne peut avoir de sens que s’il se fait dans l’ensemble de la Palestine historique.

    La réaction d’Israël a été d’exiger que l’Autorité Palestinienne "assure la sécurité d’Israël", de boucler les territoires palestiniens et de licencier celles et ceux qui travaillaient en Israël. Quand, après une répression terrible, Arafat a refusé de signer à Taba (en 2001) ce qu’il estimait à juste titre être une capitulation, Clinton et Barak lui ont dit (lire Charles Enderlin à ce sujet) : "tu signes ou tu es un homme mort et nous te ferons porter la responsabilité de l’échec." Et c’est ce qui s’est passé.

    Dans les années qui ont suivi, la communauté internationale a multiplié des pseudo-négociations qui étaient autant d’exigences de capitulation envers les Palestiniens : Annapolis, feuille de route, quartet, sommets ... Autant de poudre aux yeux misérable. Toujours, la "communauté internationale" a parlé "d’équilibre" et de "modération", mettant sur le même plan la victime et le bourreau, l’occupé et l’occupant, et garantissant l’impunité au rouleau compresseur colonial et aux auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.

    "Oslo a échoué, c’est fini. On espérait par Oslo obtenir un État indépendant. Nous ne l’avons pas obtenu. Le nombre de colonies s’est multiplié et la division est arrivée. L’occupation a tué Oslo". C’est Ammal Hamed, dirigeante à Gaza du Fatah (le parti qui a imposé Oslo) qui nous a fait cette déclaration en 2016.

    Obama est sans doute le plus parfait exemple de la duplicité de la communauté internationale. Il aura certes fait un discours courageux au Caire (2009) et tenu des propos contre la colonisation. Mais, sauf une fois quelques jours avant l’arrivée de Trump, il aura systématiquement protégé Israël avec le véto américain au Conseil de sécurité. Il aura offert à Nétanyahou, juste après le massacre de "Bordure Protectrice" à Gaza (2014) plus de 3 milliards de dollars pour qu’Israël reconstitue son stock de munitions et il aura garanti un prêt de 38 milliards sur 10 ans pour qu’Israël achète ... des armes américaines.

    Idem pour Hollande. Il a criminalisé le BDS. En voyage en Palestine, il a demandé aux Palestiniens d’abandonner leur rêves fous : les blocs de colonie, Jérusalem, le droit au retour des réfugiés. Pendant "Bordure Protectrice", l’ambassade de France à Tel-Aviv a organisé un bal de solidarité ... avec Israël.

    Franchement, Nétanyahou serait idiot de changer de politique. Non seulement, quoi qu’il fasse, il n’est pas sanctionné, mais on lui fait des cadeaux somptueux.

    Que peut-on attendre de la diplomatie ?

    Il existe dans le mouvement de solidarité pour la Palestine des forces qui privilégient l’action auprès de l’ONU, de l’Union Européenne ou des gouvernements, bref qui multiplient le lobbying.

    Bien sûr, c’est utile, ça essaie de contrebalancer un lobbying sioniste extrêmement efficace. Quelque chose comme la résolution 2334 du Conseil de Sécurité (2016) affirmant que la colonisation est illégale est une bonne chose. Cela démontre l’impopularité d’un régime israélien qui se comporte en permanence en voyou meurtrier.

    Mais sur le terrain, cela n’a pas le moindre effet.

    Il faut comprendre que ce n’est pas parce qu’ils sont mal informés que la quasi-totalité des dirigeants occidentaux sont complices d’Israël. Ils savent ce qui se passe, des diplomates nous l’ont confirmé : les gouvernements sont au courant des emprisonnements, des exécutions, des vols de terre, des destructions de maison ... Mais Israël, morceau avancé d’Occident en plein Proche-Orient, pays européen surarmé aux technologies de pointe, modèle de surveillance, d’enfermement et de répression des populations jugées dangereuses est fondamentalement ce qu’ils souhaitent. Un État d’Israël qui accepterait de vivre en paix et dans l’égalité avec ses voisins ne les intéresse pas. Pour tenir le Proche-Orient, l’Occident a besoin d’Israël et des pays féodaux, esclavagistes et patriarcaux du Golfe.

    Il n’y a AUCUN espoir qu’à froid, les dirigeants occidentaux se décident à siffler vis-à-vis d’Israël la fin de la récréation ou plutôt la fin de l’impunité. Une telle décision ne pourra être que la conséquence d’un pas en avant de la solidarité internationale et de la résistance palestinienne capables ensemble d’imposer des sanctions comme cela s’est fait autrefois pour l’Afrique du Sud. D’où l’importance fondamentale du BDS.

    Un État, deux États et l’initiative française

    Nous avons systématiquement posé deux questions à nos nombreux interlocuteurs à Gaza : "Pourriez-vous vivre avec les Juifs ?" et "Êtes-vous pour un État ou deux États ?"

    Sur la première question, la réponse a été générationnelle. C’est oui pour les plus âgés qui ont vécu avec des Juifs avant la Nakba ou qui ont travaillé en Israël. C’est non pour les jeunes. L’écrasante majorité des moins de 25 ans n’est jamais sortie de la cage et ne connait des Israéliens que les soldats.

    Sur un ou deux États, il y a une incroyable diversité de réponses.

    Parmi les partisans de deux États, il y a ceux qui ne veulent pas vivre avec des Juifs. Beaucoup nous disent : "ce n’est pas la justice, mais le monde est mauvais. On est obligé d’accepter." Certains craignent d’être dominés par les Israéliens dans le cadre d’un seul État. Tous exigent le droit au retour des réfugiés et en déduisent que deux États, ce ne sera pas la fin du conflit.

    Parmi les partisans d’un seul État, il y a bien sûr ceux qui continuent de défendre ce qui fut la position historique de l’OLP : "un seul État où musulmans, chrétiens, juifs et non-croyants vivraient ensemble dans l’égalité des droits". Mais on rencontre des partisans d’un seul État palestinien (avec drapeau palestinien). Quels Israéliens pourraient rester dans cette configuration ? Là aussi les avis divergent.

    Dire que les Palestiniens sont globalement favorables à l’idée :"nous sommes représentés par l’Autorité Palestinienne et nous nous battons pour l’agenda d’Oslo, à savoir un État sur 22% de la Palestine" est un pur mensonge. Il n’y a plus aucune unité sur cette stratégie.

    Il faut dire qu’on est dans une situation paradoxale :

    La solution à deux États telle qu’elle avait été imaginée à Oslo est définitivement morte et ce sont les dirigeants israéliens qui l’ont achevée.

    La position historique de l’OLP est la plus juste mais, pour l’instant, une majorité des Israéliens considère que la fin de l’État juif signifie "les Juifs à la mer".

    Le projet sioniste initial (un État juif homogène) a été définitivement détruit par la colonisation : aujourd’hui, entre Méditerranée et Jourdain, les Palestiniens sont aussi nombreux que les Juifs israéliens et seront bientôt majoritaires.

    Aujourd’hui, il y a la pire forme d’État unique : les Israéliens possèdent le pouvoir politique, la force militaire et l’essentiel des terres et des richesses. Ils ont fragmenté la société palestinienne (Cisjordanie, Gaza, Jérusalem Est, Palestiniens d’Israël, réfugiés, prisonniers ...). Ce régime porte un nom : l’apartheid et on a du mal à imaginer qu’il puisse être éternel. Dans quelques décennies, les États-Unis ne seront peut-être plus les maîtres du monde et leurs intérêts ne coïncideront peut-être plus avec ceux des dirigeants israéliens. Ceux-ci ayant détruit toute possibilité de compromis, qu’adviendra-t-il ?

    C’est ce contexte qui explique l’initiative française.

    Un certain nombre de dirigeants du monde occidental comprennent que l’absence de tout compromis signifie, pour de longues années, une stratégie de la tension avec une extrême droite faisant régner sa loi à Tel-Aviv comme à Washington. Cette stratégie veut dire une guerre de plus ou moins basse intensité actuellement, des crises imprévisibles, une rupture possible avec les régimes arabes actuellement complices et peut-être à terme la disparition de l’État juif, les riches qui ont un double passeport partant en Occident et les pauvres vivant avec les "Arabes".

    L’initiative française est une tentative de proposer une alternative à cette guerre sans fin qui préserverait l’État juif. En Palestine, nous avons rencontré des gens sincères qui veulent y croire. Après des années de souffrance, ils s’accrochent à tous les espoirs. Un Palestinien qui a connu tous les combats y compris au Liban nous a dit : "on va nous proposer un État palestinien avec juste Gaza et quelques morceaux de désert. Comme nous sommes trop faibles, nous serons obligés d’accepter."

    La plus grande faiblesse de l’initiative française n’est pas qu’elle essaie de ressusciter un projet (celui de deux États "côte à côte") qui est injuste au fond et cliniquement mort. C’est qu’une fois de plus, elle fait totalement l’impasse sur la seule démarche qui pourrait faire bouger les lignes : SANCTIONNER ISRAEL.

    Prendre les choses par le bon bout

    Les initiateurs palestiniens de l’appel au BDS de 2005 ne sont pas posé la question d’un, deux ou cinquante États. Ils ont exprimé des revendications universelles : les Palestiniens ont droit à la liberté, à la justice et à l’égalité.

    La liberté, c’est-à-dire la fin de l’occupation et de la colonisation, la libération des prisonniers, la destruction du mur, la fin du blocus de Gaza ...

    L’égalité concerne essentiellement une composante oubliée du peuple palestinien : ceux qui vivent en Israël. La destruction en cours du village bédouin d’Umm al-Hiran dans le nord du Néguev où la population résiste malgré la violence (2 morts le 18 janvier) montre que, bien qu’ils soient citoyens israéliens, les Palestiniens d’Israël vivent une situation de discriminations et d’apartheid.

    La justice, c’est une constatation simple : le crime fondateur de cette guerre, c’est l’expulsion délibérée en 1948-9 de la majorité des Palestinien-ne-s de leur propre pays. Le droit au retour est donc imprescriptible. On pourrait rajouter qu’imaginer un "retour" dans les seuls territoires occupés depuis 1967 n’a aucun sens : les réfugiés forment déjà les 3/4 de la population d’une bande de Gaza surpeuplée.

    Les initiateurs du BDS ne se sont pas préoccupés de considérations sur l’illégalité des produits des seules colonies. L’exemple de Soda Stream est édifiant. Pour contourner le BDS, cette multinationale a fermé son usine située dans la colonie de Mishor Adoumim pour s’installer près de Rahat, dans ce Néguev où les Bédouins palestiniens (citoyens israéliens) sont en train d’être parqués ou expulsés. Y aurait-il des colonialismes "légitimes" ? Si on pense que non, il faut bien sûr boycotter Soda Stream.

    Dans toute solution à un conflit, les mots et les gestes sont importants. La "communauté internationale" et les négociateurs d’Oslo ont voulu éviter une question-clé : le nettoyage ethnique de 1948-9 était illégitime. Ne pas le reconnaître, ne pas s’affronter aux mythes fondateurs d’Israël (la "terre sans peuple pour le peuple sans terre", la fable des "Arabes partis d’eux-mêmes", de "l’exil des Juifs et leur retour chez eux" ou du "seul État démocratique du Proche-Orient"), tout ceci a abouti à un non-sens. Faire la paix, ce n’est pas réparer seulement 1967 (la conquête et la colonisation de la Cisjordanie, de Jérusalem et de Gaza). Une vraie négociation, c’est avant tout reconnaître et réparer la Nakba.

    C’est la condition qui permettra aux Juifs israéliens de rester exactement comme la reconnaissance du caractère criminel de l’apartheid a permis aux Blancs Sud-Africains de rester.

    L’idée que, sans sanction et avec des manœuvres diplomatiques, quelque chose bougera est une dangereuse illusion. Les Israéliens jouissent aujourd’hui de privilèges liés à la situation coloniale que le sionisme a engendrée. On n’a jamais vu des colonialistes accepter de leur plein gré une forme quelconque d’égalité.

    Il n’y a aujourd’hui aucun espoir sérieux et aucune piste de lutte autre que le BDS et le soutien à la résistance palestinienne sous toutes ses formes.

    Le BDS doit être total : boycott économique et commercial, pression sur toutes les institutions financières pour qu’elles désinvestissent d’Israël (et de nombreux succès ont été engrangés), pression sur tous les pays pour qu’ils rompent les accords économiques et les relations diplomatiques. Mais aussi boycott syndical (visant à expulser le syndicat sioniste Histadrout de toutes les institutions). Boycott sportif (ne jamais oublier l’impact qu’a eu l’expulsion de l’Afrique du Sud des Jeux Olympiques).

    Boycott militaire. Bien sûr, on n’achète personnellement ni drones, ni engins de mort. Mais manifester à Eurosatory devient doublement indispensable et peut avoir des résultats : nos gouvernements ont beau être admiratifs et envieux de la façon dont Israël enferme et réprime les Palestiniens, ils ont renoncé à acheter leurs drones.

    Boycott culturel et universitaire. Ce point est très important. Avant même l’appel palestinien de 2005, le PACBI (campagne palestinienne pour le boycott culturel et universitaire d’Israël) avait lancé le mouvement. Toutes les universités israéliennes participent de façon importante au complexe militaro-industriel. Certaines ont créé des annexes dans les territoires occupés. Parce qu’Israël a une économie de start-up, parce qu’une partie de sa puissance vient de la "Silicon Valley" israélienne près de Haïfa, il faut attaquer ce secteur. Des universitaires israéliens du mouvement "Boycott de l’Intérieur" nous adjurent de le faire.

    Dans leur livre "Un boycott légitime", Eyal Sivan et Armelle Laborie parlent de la puissance de la propagande israélienne, la hasbara qui en hébreu voudrait plutôt dire "explication".

    L’apartheid israélien tire un énorme profit des artistes étrangers qui viennent se produire en Israël. Et, presque systématiquement, les autorités israéliennes chapeautent les tournées des artistes israéliens. Le boycott culturel n’interdit pas de lire Avraham Yehoshua ou de voir les films d’Amos Gitaï. Il appelle à les boycotter s’ils acceptent de voyager et de parler sous l’égide d’une institution officielle israélienne. L’écrivain Amos Oz l’a parfaitement compris. Il a fait une déclaration qui indique qu’il refusera à l’avenir tout rapport avec les autorités de son pays dans ses tournées.

    Pour reprendre toujours Eyal Sivan. Il est peu probable que le boycott mette à genou l’économie israélienne, même s’il commence à lui porter des coups sérieux. Mais il porte un coup terrible à l’image d’Israël. Environ 15% des Juifs israéliens vivent à l’étranger. Ce pays est un des plus "mondialisés". Une mise à l’index idéologique de son régime aura une influence capitale.

    L’autre impact du BDS, c’est sur les gouvernements occidentaux. Alors que les opinions publiques basculent de plus en plus vers les droits du peuple palestinien, la complicité des gouvernements et des institutions européennes peut cesser si nous parvenons à faire monter en pression le BDS et si nous cassons les dernières hésitations.

    On le voit "l’initiative française" est bien loin de cette problématique. Fabius avait songé à menacer Israël d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien si Israël refusait de bouger. Et avec Hollande et Ayrault, cette timide perspective a disparu.

    Avec Trump et le tiercé fasciste Nétanyahou-Bennet-Liberman, on va basculer dans une nouvelle période. Il ne sera plus question dans ce camp-là de "processus de paix". On parlera ouvertement d’annexion et d’expulsion. Dans le cadre du "choc des civilisations", Israël sera l’incarnation du "bien" (contre le mal). L’Autorité Palestinienne qui avait servi jusque-là à faire croire à la paix, ne servira plus à rien dans la configuration d’un apartheid ouvert et assumé. Et les régimes arabes favorables à l’Occident seront dans une contradiction devenue ingérable.

    Les dirigeants mondiaux qui redoutent cette issue vont se retrouver devant le choix d’accepter ou de ne pas accepter cette guerre des civilisations.

    À nous d’imposer les sanctions !

    Pierre Stambul mardi 7 mars 2017

    http://www.ujfp.org/

  • Ils nous demandent un miracle !

    Signez la pétition!

    Aux familles de la Montagne du Pape, et aux dirigeants du monde entier:

    Nous demandons aux dirigeants du monde entier d'exiger du Premier ministre Netanyahou d'abandonner ses plans de destruction de cette communauté. Nous demandons tout particulièrement à l'Union européenne et à la Cour pénale internationale de signifier de toute urgence au gouvernement israélien que la destruction de cette communauté est une ligne rouge qui aurait de graves répercussions.

    Aidez-nous à atteindre 750 000

    En Palestine, une communauté bédouine vivant près de Béthanie est menacée par les bulldozers. Leurs foyers, leurs terres et leur mode de vie pourraient disparaître à tout jamais: la machine de colonisation israélienne est à l'oeuvre. Mais ces courageuses familles refusent de sombrer dans l'oubli. Elles tentent le tout pour le tout, et résistent aux bulldozers par des "sit-ins" non violents devant leurs foyers.

    Elles espèrent un miracle: que leur acte de bravoure inspire des femmes et des hommes tout autour du monde pour les aider à arrêter les bulldozers avant qu'il ne soit trop tard. Nous pouvons être ce miracle. Cette destruction ne pourra avoir lieu que loin de l'oeil des médias.

    Cliquez pour soutenir les familles de la Montagne du Pape, et l'équipe d'Avaaz se rendra sur place pour projeter nos signatures sur leurs maisons -- afin que les bulldozers ne découvrent pas un petit village tremblant de peur mais voient le monde entier faire corps avec ces familles.

    https://secure.avaaz.org/fr/

  • Non, Benyamin Nétanyahou n’a pas raté une proposition historique de paix au Proche-Orient (Orient 21)

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    Le 19 février 2017, la presse israélienne se faisait l’écho de fuites émanant de l’ancienne administration américaine au sujet d’un plan de paix régional que John Kerry aurait proposé à Benyamin Nétanyahou en février 2016, réactivant l’initiative de paix entérinée par la Ligue arabe en 2002.

    Or, si l’ancien secrétaire d’État américain a bien organisé à Aqaba une réunion entre le premier ministre israélien, le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, le regard porté sur cette initiative relève du fantasme et d’une relecture enchantée de l’histoire.

    Ce n’est pas la première fois que les protagonistes du conflit israélo-palestinien sont censés avoir raté l’occasion de la paix. Yasser Arafat à Camp David en 2000 et Mahmoud Abbas à Annapolis en 2007 seraient eux aussi passés à côté d’un accord généreux et sans précédent offert par la partie israélienne. En réalité, on sait que les conditions politiques de la négociation n’étaient pas en faveur des dirigeants palestiniens qui craignaient de se faire déborder dans leur camp et que le contenu de la proposition n’était pas aussi avantageux qu’on voulait le faire croire.

    L’histoire se répète, alors que Benyamin Nétanyahou a effectué sa première rencontre officielle avec Donald Trump le 15 février dernier à Washington et que se dessine la nouvelle ambition du tandem israélo-américain : la normalisation des relations entre Israël et ses partenaires sunnites au Proche-Orient. Trois jours plus tard, d’anciens conseillers de l’administration Obama révélaient que l’idée n’était pas nouvelle et qu’elle avait été au cœur d’une proposition américaine de paix faite au premier ministre israélien un an plus tôt. Il n’en fallait pas plus pour que la presse israélienne, suivie par la presse internationale, parle d’une « occasion historique ratée ». Nétanyahou s’est empressé de préciser qu’il avait lui-même été l’instigateur de cette initiative. Quant au chef du parti travailliste, Yitzhak Herzog, il a estimé que « le Proche-Orient aurait pu être changé » si le premier ministre israélien avait saisi cette chance. Mais les détails publiés dans la presse révèlent que l’idée n’avait aucune chance d’aboutir, tant elle avait été mal pensée.

    Des médiations inutiles

    Qui pouvait croire en 2016 qu’un plan de paix régional pourrait être réactivé grâce à la médiation de la Jordanie et de l’Égypte ? Ces deux pays, tenus à bout de bras par les investissements américains et golfiens entretiennent avec Israël des relations très proches à la faveur de la dégradation sécuritaire régionale. Ils ne sont par conséquent pas en position de pouvoir imposer un quelconque accord à la région.

    — D’une part, les pays du Golfe n’ont pas besoin d’Amman et du Caire pour avoir des relations avec Israël. Jusqu’en 2013, le port d’Haïfa a laissé transiter des marchandises à destination de l’Arabie saoudite pour pallier la paralysie des routes traditionnelles d’approvisionnement qui passaient par la Syrie avant le déclenchement du conflit en 2011. Il est désormais de notoriété publique que les Émirats arabes unis, le Bahreïn et dans une certaine mesure l’Arabie saoudite ont des relations discrètes avec Israël sur les plans économique et sécuritaire, notamment grâce aux compagnies de haute technologie et de sécurité privée israéliennes.

    — D’autre part, toute paix régionale devra passer par une discussion directe avec les monarchies du Golfe qui évalueront le rapport « coût-avantage » d’une reconnaissance d’Israël en échange d’un règlement du dossier palestinien. C’est précisément là que se trouve la principale pierre d’achoppement.

    Qui, des Israéliens ou des Golfiens, a le plus intérêt à négocier une sortie de crise avec les Palestiniens ? Ni l’un ni l’autre.

    Tel-Aviv et Riyad s’accordent sur une même ligne anti-iranienne et n’ont pas besoin de régler d’urgence la question palestinienne pour partager des inquiétudes et des intérêts communs. D’ailleurs, ni la Jordanie ni l’Égypte ne partagent cette obsession à l’égard de Téhéran. Les deux pays tiennent sur le conflit syrien une position d’équilibriste nourrie par un même et unique objectif : la lutte anti-djihadiste.

    Quant aux Émirats arabes unis, leur intérêt pour le conflit israélo-palestinien se lit à la lumière de leur soutien inconditionnel à Mohammed Dahlan, fervent opposant au président palestinien Mahmoud Abbas. Espérant pouvoir faire partie d’une équation régionale de paix, Dahlan attend patiemment son heure pour faire son retour à Ramallah. Et il n’a pas besoin de la Jordanie et de l’Égypte pour avoir quelques contacts utiles au sein de l’establishment politique et de défense israélien.

    La proposition de John Kerry était donc au mieux naïve, au pire mauvaise, et surtout inadaptée au contexte régional. Elle ne pouvait pas constituer une occasion historique pour les Israéliens, dont les blocages relationnels avec les monarchies du Golfe ne se règleront pas à Amman, et encore moins au Caire.

    Zéro risque pour le premier ministre israélien

    Les fuites américaines font également porter la responsabilité de l’échec de leur proposition sur Nétanyahou et sa peur de froisser ses partenaires d’extrême droite et de faire chuter sa coalition. En réalité, le premier ministre israélien a passé plusieurs semaines en 2016 à négocier avec le chef du parti travailliste Yitzhak Herzog afin d’anticiper un éventuel retrait des partis pro-colons du gouvernement. Il réfléchissait précisément aux options possibles pour enrayer sa trop grande dépendance à l’égard de son aile droite. S’il avait voulu s’engager dans un règlement du conflit israélo-palestinien en échange d’une reconnaissance régionale, il avait donc les moyens de le faire.

    Cependant, Herzog a déclaré dans la presse qu’il avait été informé a posteriori de la rencontre secrète tenue à Aqaba, en Jordanie, fin février 2016. Son entrée au gouvernement israélien avait été conditionnée au gel de la colonisation, ce qui avait été refusé par le premier ministre israélien par crainte d’une éventuelle scission au sein du Likoud. Nétanyahou aurait en effet demandé à Kerry d’accepter une poursuite des reconstructions au sein des colonies vouées à rester sous souveraineté israélienne dans le cadre d’un règlement final. Cependant aucune précision n’avait été donnée sur l’avenir des autres colonies dites isolées et « illégales » (pour le gouvernement israélien). Au final, la partie israélienne n’a donc rien proposé de nouveau ni de substantiel pour sortir de l’impasse politique.

    Comme à son habitude, Nétanyahou n’a pas voulu prendre le risque d’être mis en minorité au sein de son parti et donc de signer sa retraite politique. Bien qu’obsédé par l’idée d’une normalisation officielle des relations israélo-arabes, il refuse d’admettre que la question palestinienne en est le principal verrou. Ce n’est pas tant que la Palestine soit un sujet de préoccupation majeure au Proche-Orient — bien au contraire —, elle demeure toutefois une problématique structurante et potentiellement déstabilisatrice. Les relations entre Tel-Aviv et les capitales arabes peuvent donc se poursuivre, mais pas de façon large et assumée.

    Méfiance envers l’administration Obama

    Enfin, les détails de presse mettent au jour l’incapacité de John Kerry à peser sur le dossier israélo-palestinien, en raison du refus de Washington d’entrer dans un rapport de force avec Israël, mais également de la perte de confiance israélienne dans l’administration américaine. Le premier ministre israélien a déclaré qu’il avait bloqué la proposition américaine parce qu’il ne voulait pas que Kerry soit à la manœuvre et lui impose des paramètres contraignants de négociation.

    En réalité, jamais l’administration américaine n’a voulu réellement faire pression sur Israël de manière sérieuse. Et Benyamin Nétanyahou a pu manœuvrer parce qu’il le savait. Il souhaitait un accord régional, mais pas avec les conditions, contreparties et compromis demandés par Washington. Il était donc clair en 2016 qu’Israël ne voulait plus de médiation américaine sur le dossier israélo-palestinien, comme plus largement dans ses relations avec le monde arabe. En tout cas pas tant que l’administration Obama serait en place. Comme les pays du Golfe, Israël n’a pas pardonné au président américain l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et le blanc-seing donné à Téhéran dans sa politique régionale.

    Au final, sans remettre en cause la bonne foi des anciens conseillers américains — quoique leurs révélations semblent aussi s’inscrire dans des enjeux de politique intérieure à Washington — ni la lecture qui est faite par l’opposition en Israël, il n’y a jamais eu de proposition historique crédible et sérieuse d’un plan de paix régional en 2016.