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Israël - Page 2

  • Israël est, par définition, une colonie européenne (UJFP)

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    Comment se fait-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus du monde entier ?

    On s’interrogera également pour comprendre comment la population originelle de la Palestine est dispersée dans des camps de réfugiés, une partie étant soumise à un pouvoir militaire d’occupation, et une minorité d’entre –elle, seulement, disposant de la citoyenneté dans le nouvel État d’immigrés, qui se considère comme faisant partie de l’Occident. Les réponses à ces interrogations se situent dans un contexte en dehors duquel le conflit entre le sionisme et le monde arabe demeure incompréhensible ; à savoir : le colonialisme.

    Le tableau est bien connu : des migrants européens colonisent par la force, malgré la résistance des indigènes. Ils créent une société séparée, en tirant avantage de leur supériorité militaire et d’organisation, pour évincer les populations autochtones et dominer le territoire. Souvent, ils remplacent la population originelle, expulsée ou victime d’un génocide. C’est, peu ou prou, une même histoire qui s’est jouée en Australie, en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, et en d’autres lieux où sont venus s’implanter des migrants européens.

    L’histoire n’est pas fondamentalement différente en Palestine, même si plusieurs générations d’endoctrinement sioniste, ponctuées de mythes inventés et de récits appropriés pour servir la population d’immigrés, ont tenté d’inverser cette réalité, afin de procurer un soutien rationnel à ce qui demeure essentiellement une entreprise coloniale de dépossession, qui se poursuit à ce jour.

    Les soutiens du sionisme soulignent sa différence par rapport aux autres mouvements de colonisation :

    absence d’un État métropole, invocation par les sionistes d’une promesse divine, où encore des « droits historiques » du « peuple juif ». Cependant, la croyance religieuse de l’homme et une théorie sur ses origines ancestrales ne lui confèrent aucun droit. Tels sont les pieds d’argile sur lesquels se tient le géant théorique du sionisme, et avec lui, le système d’endoctrinement visant, en Israël, à formater chaque enfant, dès le plus jeune âge.

    Ces présupposés erronés donnent aussi lieu à la vision symétrique des sionistes qui voient dans le conflit un affrontement entre « deux mouvements nationaux », deux occupants revendiquant un droit de propriété également légitime sur la dite-terre.

    Mais c’est, évidemment, une fausse symétrie : les familles Gryn, Shertok, Bégin, Yezernitski et Milikowski, venues de Pologne et de Russie, tout comme la famille Osterman, devenue Avneri, issue d’Allemagne n’ont pas de droit sur le lointain morceau de terre, du seul fait de leur croyance religieuse, ou de la théorie invoquée de leurs origines ancestrales. L’existence d’une « métropole » n’est pas indispensable pour définir un colonialisme, qui est l’installation sur une terre, par la force.

    Au regard de cette réalité, non seulement le sionisme n’est pas spécifique, mais il présente des traits de ressemblance évidents avec d’autres colonisations européennes dans le monde, où les immigrants européens se sont heurtés au « problème démographique » des indigènes qui se sont trouvés sur leur route, alors que les colons aspiraient à se construire une société et un État, avec une culture et un régime européens, tout en effaçant l’existence de la population autochtone. Ainsi est né le mythe d’un « territoire vide ». De façon tout à fait caractéristique, ils attribuent à la barbarie des indigènes et à leur haine irrationnelle, l’opposition à l’invasion coloniale et au processus de dépossession.

    Le mouvement sioniste doit être perçu comme un produit du « Zeitgeist » (« esprit de l’époque ») dominant dans l’Europe du 19ème siècle où se sont épanouis le nationalisme ethnique et le colonialisme, animés d’une idéologie et de la foi en la supériorité de l’homme blanc.

    « Les Juifs, aussi, forment un peuple », ainsi avaient statué des idéologues sionistes. Cependant, les Juifs ne constituant, dans aucune région géographique significative, une majorité démographique, il fut décidé qu’ils pourraient concrétiser leur nationalité hors de l’Europe, et-dans l’esprit du colonialisme européen- aux dépens d’une population indigène au derme foncé- : qu’il s’agisse du Kenya (le « projet Ouganda »), de l’Argentine ou de la Palestine. Faut-il le préciser : le mouvement sioniste n’a jamais envisagé sérieusement de créer un État juif en Europe orientale, là ou vivaient 90% des Juifs du monde ?

    A ce stade, revenons à la tentative d’Ouri Avneri de répondre à la question : « Qui a commencé la guerre ? », et donc : qui a créé le conflit ?

    Ce sont-là de vaines questions, tout comme est stupide l’interrogation consistant à savoir par qui a été tirée la première balle. La question plus pertinente pour la compréhension du sujet est bien la suivante : « Quelle est l’origine du conflit ? », et partant : « Quelle en est l’essence ? ». La question sur l’origine appelle une réponse claire : à la genèse du conflit, il y a la colonisation de la Palestine par des immigrants européens, et la volonté de créer un État juif sur un territoire peuplé, à environ 95%, d’habitants non-juifs.

    Étant donné qu’aucune population indigène n’acceptera que l’on s’empare de ses terres, ni de devenir minoritaire dans son pays au bénéfice des immigrés, et a-fortiori d’être réduite en situation de minorité dans un État exclusiviste d’immigrants (ce qui est la signification effective d’un « État juif »), il va de soi que l’objectif du sionisme ne pouvait être réalisé que par la force armée. D’où le nécessité d’une implantation coloniale ; autrement dit :d’une immigration coloniale contre l’accord et la volonté de la population locale (Jabotinsky a su le mieux exprimer cela dans son texte classique : « Le mur de fer »).

    L’immigration coloniale s’apparente, en tout point, à une invasion ; aussi l’invasion coloniale en Palestine, amorcée à la fin du 19ème siècle, constitue-t’elle l’origine du conflit qui se poursuit jusqu’à nos jours.

    On peut voir les choses ainsi : qui a engagé le conflit entre les indiens d’Amérique du Nord et les colons venus d’Europe ? Qui a envoyé la première flèche ou tiré la première balle ? La question est moins pertinente que celle portant sur : « quelle est la cause du conflit ? ». La réponse s’impose d’évidence : l’invasion européenne en Amérique du Nord. A l’identique, pour la Palestine la réponse sera : la colonisation de ce pays par des colons recourant à la force armée. Quand quelqu’un s’introduit par effraction au domicile de quelqu’un d’autre : qu’il tire le premier sur le locataire, ou bien que celui-ci agresse l’intrus, ne change rien au fait que l’effraction constitue la cause du conflit entre eux-deux.

    La Grande-Bretagne n’avait pas le droit d’assurer en Palestine un « foyer national » aux Juifs d’Europe, pas plus que les États-Unis ont le droit de garantir un « foyer national » aux Mormons de l’Utah en Afghanistan, ou que le chef d’une tribu d’Afrique aurait le droit d’assurer aux Yézidis d’Irak un « foyer national » en Angleterre. Le sens de la déclaration Balfour correspondait donc bien, à un engagement d’implantation coloniale au cœur du Moyen-Orient, à l’instar de l’Amérique du Nord, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc. C’est ainsi qu’a été ouverte la voie au dernier conflit colonial dans le monde : conflit qui perdure encore aujourd’hui entre une population d’immigrants s’appuyant sur la force armée, et une population autochtone subissant la dépossession.

    Mais revenons à 1948, et à la question : « Que s’est-il véritablement passé ? ».

    Si l’on prend en considération le contexte colonial : les États arabes sont venus en aide aux habitants autochtones de la Palestine, soumis depuis quasiment six mois aux attaques et à un nettoyage ethnique de la part des colons sionistes (quiconque conteste cette expression doit s’interroger : en quel endroit du monde a-t’on autorisé des milices et des institutions étatiques séparées ?).

    En mai 1948, on comptait déjà un quart de million de réfugiés palestiniens, et de grandes villes comme Jaffa et Haïfa avaient subi un nettoyage ethnique de leur population palestinienne, effectué par les milices sionistes. La conquête de la Palestine battait son plein. Les États arabes ont finalement échoué pour plusieurs raisons, dont leur infériorité militaire, numérique et en matière d’organisation. 78% du territoire de la Palestine du Mandat se sont retrouvés sous l’occupation coloniale des immigrés, après que près de 80% de ses habitants autochtones aient été victimes d’un nettoyage ethnique. La conquête sioniste a été parachevée en 1967.

    L’analogie proposée par Avneri de : « l’homme qui saute d’un bâtiment en feu et atterrit sur la tête d’un passant » constitue un enjolivement tendancieux de la réalité, qui fait fi de données majeures : le projet sioniste a été pensé et programmé d’emblée comme un plan de dépossession, dont la description figurait dans les écrits de Théodore Herzl, dès le 19ème siècle. Selon la langue juridique, sont bien présents : l’intention, le mobile, et la preuve incontestable que l’objectif de créer un « État juif » a été obtenu.

    L’Histoire offre des précédents pour la résolution de conflits coloniaux comme le conflit entre le sionisme et les Arabes. Dans la plupart des cas, la population autochtone a effectivement subi une défaite et encaissé de rudes coups, mais le processus qui a conduit à la solution sans laquelle, il serait difficile d’imaginer aujourd’hui la plupart des anciens États coloniaux, a été la décolonisation : la phase où les immigrés renoncent à leurs droits exclusifs, transforment la colonie en un État de tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race et de « nationalité », et, dans plusieurs cas, dédommagent les autochtones pour l’injustice historique.

    Il est difficile d’imaginer Israël, en tant qu’État de supériorité juive, et quelles que soient ses frontières, vivant en paix avec l’environnement moyen-oriental, tout en continuant de s’auto-définir comme État juif et de poursuivre durablement la dépossession coloniale, tout comme il était difficile d’imaginer l’Afrique du Sud établissant des relations d’amitié avec les pays voisins alors que subsistait le régime d’apartheid.

    Les descendants d’esclaves peuvent vivre à égalité avec les descendants de propriétaires d’esclaves, et les descendants des Incas peuvent habiter dans une même configuration avec les anciens conquistadors espagnols, de même, Juifs et Arabes peuvent vivre dans un État de tous ses citoyens.

    C’est la seule solution à long terme.

    lundi 6 mars 2017 p

    par Aaron Tordjman (article publié dans Haaretz le 27 février 2017).

    Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

    L’auteur est le rédacteur de la page Facebook : « guide du sioniste qui se remet en question »

    http://www.ujfp.org/

  • Boycotter et sanctionner Israël, il n’y a pas d’alternative. (UJFP)

     

    Ce texte, écrit le 3 février vient d’être publié par le mensuel "Courant Alternatif".

    Mai 2016 : nous nous trouvons à al-Mugraga, un bidonville insalubre de la bande de Gaza où des Bédouins, chassés en 1948 de leurs terres, vivent toujours sans maison, sans eau, sans électricité, sans toilettes ... Un vieux Bédouin qui a connu le nettoyage ethnique de 1948, apprenant que nous sommes français, nous demande : "et à propos, que pensez-vous de l’initiative française ?" Dans la pire des situations, même s’il n’y croit pas, il s’accroche à toute lueur d’espoir.

    Une "communauté internationale" qui a presque toujours failli.

    On nous a souvent répété en Palestine les propos suivants : "cette guerre est venue de l’étranger. Il y a eu le vote du plan de partage de 1947. Il y a eu l’admission à l’ONU d’Israël alors que ce pays violait la résolution 194 sur le retour des réfugiés chez eux et détruisait leurs villages. En 1967, l’ONU a toléré le viol de la résolution 242 sur l’évacuation des territoires occupés. Aujourd’hui, avec la colonisation et le blocus de Gaza, c’est pire. Alors la solution viendra à la fois de la résistance/résilience de la société palestinienne et de la solidarité internationale qui imposera le droit."

    La résistance, nous l’avons constatée, aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza. Face à l’apartheid et au projet israélien de faire des Palestinien-ne-s les Amérindien-ne-s du Proche-Orient, ils/elles continuent à maintenir le lien social et à croire en l’avenir. Les enfants sont scolarisés avec un effort énorme pour la réussite scolaire ou universitaire. Ils/elles multiplient les structures de partage et de solidarité englobant les plus pauvres. Ils/elles s’acharnent à produire coûte que coûte et à ne pas devenir des assisté-e-s. Ils//elles continuent à résister pacifiquement face à la colonisation, au mur, au blocus, aux exécutions extrajudiciaires, à l’emprisonnement massif, aux humiliations ...

    La solidarité internationale, elle progresse, elle existe à la base. Il est symptomatique de voir qu’en France, il existe des comités soutenant les droits du peuple palestinien partout, y compris dans les petites villes et les zones rurales.

    Mais dès qu’on passe au niveau des États, de l’Union Européenne ou de l’ONU, c’est l’horreur.

    Il y a eu dès 1947 un consensus des puissants de ce monde pour rayer la Palestine de la carte. "Les vieux mourront, les jeunes oublieront" avait dit Ben Gourion.

    Mais la Palestine n’a jamais cessé d’exister, malgré l’impunité offerte en quasiment toute circonstance aux dirigeants israéliens. Deux fois dans son histoire, Israël a été (légèrement) sanctionné et cela s’est aussitôt traduit par un recul. En 1957, le Conseil de Sécurité unanime a exigé le retrait israélien du Sinaï fraichement conquis. Moshé Dayan a obtempéré. En 1991, Georges Bush (père) voulait remodeler le Proche-Orient en profitant de la chute de l’URSS. Le Premier ministre israélien de l’époque, Shamir, refusait toute négociation. Bush a fait tomber son gouvernement en menaçant de ne pas garantir l’emprunt finançant l’immigration des Juifs soviétiques..

    Il est donc clair qu’on peut faire reculer Israël et que la complicité dont jouit cet État est un choix politique et pas une fatalité.

    Après la création de l’OLP et l’occupation de 1967, l’ONU a affirmé (en 1974, il y a 43 ans) les "droits inaliénables du peuple palestinien" ! Arafat avait pu s’exprimer, établir clairement la distinction entre judaïsme et sionisme et proposer une paix basée sur le "vivre ensemble". C’est sciemment que l’ONU a protégé Israël pour empêcher une telle solution.

    Oslo et le mirage du processus de paix

    En signant les accords d’Oslo, la direction palestinienne a accepté des concessions incroyables : elle s’est résignée à un État palestinien-croupion réduit au mieux à 22 % de la Palestine historique. Elle a signé sans obtenir rien de précis, ni sur la colonisation (et Rabin a installé juste après 60000 nouveaux colons), ni sur Jérusalem. Et elle a renoncé de fait au droit au retour des réfugiés qui ne peut avoir de sens que s’il se fait dans l’ensemble de la Palestine historique.

    La réaction d’Israël a été d’exiger que l’Autorité Palestinienne "assure la sécurité d’Israël", de boucler les territoires palestiniens et de licencier celles et ceux qui travaillaient en Israël. Quand, après une répression terrible, Arafat a refusé de signer à Taba (en 2001) ce qu’il estimait à juste titre être une capitulation, Clinton et Barak lui ont dit (lire Charles Enderlin à ce sujet) : "tu signes ou tu es un homme mort et nous te ferons porter la responsabilité de l’échec." Et c’est ce qui s’est passé.

    Dans les années qui ont suivi, la communauté internationale a multiplié des pseudo-négociations qui étaient autant d’exigences de capitulation envers les Palestiniens : Annapolis, feuille de route, quartet, sommets ... Autant de poudre aux yeux misérable. Toujours, la "communauté internationale" a parlé "d’équilibre" et de "modération", mettant sur le même plan la victime et le bourreau, l’occupé et l’occupant, et garantissant l’impunité au rouleau compresseur colonial et aux auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.

    "Oslo a échoué, c’est fini. On espérait par Oslo obtenir un État indépendant. Nous ne l’avons pas obtenu. Le nombre de colonies s’est multiplié et la division est arrivée. L’occupation a tué Oslo". C’est Ammal Hamed, dirigeante à Gaza du Fatah (le parti qui a imposé Oslo) qui nous a fait cette déclaration en 2016.

    Obama est sans doute le plus parfait exemple de la duplicité de la communauté internationale. Il aura certes fait un discours courageux au Caire (2009) et tenu des propos contre la colonisation. Mais, sauf une fois quelques jours avant l’arrivée de Trump, il aura systématiquement protégé Israël avec le véto américain au Conseil de sécurité. Il aura offert à Nétanyahou, juste après le massacre de "Bordure Protectrice" à Gaza (2014) plus de 3 milliards de dollars pour qu’Israël reconstitue son stock de munitions et il aura garanti un prêt de 38 milliards sur 10 ans pour qu’Israël achète ... des armes américaines.

    Idem pour Hollande. Il a criminalisé le BDS. En voyage en Palestine, il a demandé aux Palestiniens d’abandonner leur rêves fous : les blocs de colonie, Jérusalem, le droit au retour des réfugiés. Pendant "Bordure Protectrice", l’ambassade de France à Tel-Aviv a organisé un bal de solidarité ... avec Israël.

    Franchement, Nétanyahou serait idiot de changer de politique. Non seulement, quoi qu’il fasse, il n’est pas sanctionné, mais on lui fait des cadeaux somptueux.

    Que peut-on attendre de la diplomatie ?

    Il existe dans le mouvement de solidarité pour la Palestine des forces qui privilégient l’action auprès de l’ONU, de l’Union Européenne ou des gouvernements, bref qui multiplient le lobbying.

    Bien sûr, c’est utile, ça essaie de contrebalancer un lobbying sioniste extrêmement efficace. Quelque chose comme la résolution 2334 du Conseil de Sécurité (2016) affirmant que la colonisation est illégale est une bonne chose. Cela démontre l’impopularité d’un régime israélien qui se comporte en permanence en voyou meurtrier.

    Mais sur le terrain, cela n’a pas le moindre effet.

    Il faut comprendre que ce n’est pas parce qu’ils sont mal informés que la quasi-totalité des dirigeants occidentaux sont complices d’Israël. Ils savent ce qui se passe, des diplomates nous l’ont confirmé : les gouvernements sont au courant des emprisonnements, des exécutions, des vols de terre, des destructions de maison ... Mais Israël, morceau avancé d’Occident en plein Proche-Orient, pays européen surarmé aux technologies de pointe, modèle de surveillance, d’enfermement et de répression des populations jugées dangereuses est fondamentalement ce qu’ils souhaitent. Un État d’Israël qui accepterait de vivre en paix et dans l’égalité avec ses voisins ne les intéresse pas. Pour tenir le Proche-Orient, l’Occident a besoin d’Israël et des pays féodaux, esclavagistes et patriarcaux du Golfe.

    Il n’y a AUCUN espoir qu’à froid, les dirigeants occidentaux se décident à siffler vis-à-vis d’Israël la fin de la récréation ou plutôt la fin de l’impunité. Une telle décision ne pourra être que la conséquence d’un pas en avant de la solidarité internationale et de la résistance palestinienne capables ensemble d’imposer des sanctions comme cela s’est fait autrefois pour l’Afrique du Sud. D’où l’importance fondamentale du BDS.

    Un État, deux États et l’initiative française

    Nous avons systématiquement posé deux questions à nos nombreux interlocuteurs à Gaza : "Pourriez-vous vivre avec les Juifs ?" et "Êtes-vous pour un État ou deux États ?"

    Sur la première question, la réponse a été générationnelle. C’est oui pour les plus âgés qui ont vécu avec des Juifs avant la Nakba ou qui ont travaillé en Israël. C’est non pour les jeunes. L’écrasante majorité des moins de 25 ans n’est jamais sortie de la cage et ne connait des Israéliens que les soldats.

    Sur un ou deux États, il y a une incroyable diversité de réponses.

    Parmi les partisans de deux États, il y a ceux qui ne veulent pas vivre avec des Juifs. Beaucoup nous disent : "ce n’est pas la justice, mais le monde est mauvais. On est obligé d’accepter." Certains craignent d’être dominés par les Israéliens dans le cadre d’un seul État. Tous exigent le droit au retour des réfugiés et en déduisent que deux États, ce ne sera pas la fin du conflit.

    Parmi les partisans d’un seul État, il y a bien sûr ceux qui continuent de défendre ce qui fut la position historique de l’OLP : "un seul État où musulmans, chrétiens, juifs et non-croyants vivraient ensemble dans l’égalité des droits". Mais on rencontre des partisans d’un seul État palestinien (avec drapeau palestinien). Quels Israéliens pourraient rester dans cette configuration ? Là aussi les avis divergent.

    Dire que les Palestiniens sont globalement favorables à l’idée :"nous sommes représentés par l’Autorité Palestinienne et nous nous battons pour l’agenda d’Oslo, à savoir un État sur 22% de la Palestine" est un pur mensonge. Il n’y a plus aucune unité sur cette stratégie.

    Il faut dire qu’on est dans une situation paradoxale :

    La solution à deux États telle qu’elle avait été imaginée à Oslo est définitivement morte et ce sont les dirigeants israéliens qui l’ont achevée.

    La position historique de l’OLP est la plus juste mais, pour l’instant, une majorité des Israéliens considère que la fin de l’État juif signifie "les Juifs à la mer".

    Le projet sioniste initial (un État juif homogène) a été définitivement détruit par la colonisation : aujourd’hui, entre Méditerranée et Jourdain, les Palestiniens sont aussi nombreux que les Juifs israéliens et seront bientôt majoritaires.

    Aujourd’hui, il y a la pire forme d’État unique : les Israéliens possèdent le pouvoir politique, la force militaire et l’essentiel des terres et des richesses. Ils ont fragmenté la société palestinienne (Cisjordanie, Gaza, Jérusalem Est, Palestiniens d’Israël, réfugiés, prisonniers ...). Ce régime porte un nom : l’apartheid et on a du mal à imaginer qu’il puisse être éternel. Dans quelques décennies, les États-Unis ne seront peut-être plus les maîtres du monde et leurs intérêts ne coïncideront peut-être plus avec ceux des dirigeants israéliens. Ceux-ci ayant détruit toute possibilité de compromis, qu’adviendra-t-il ?

    C’est ce contexte qui explique l’initiative française.

    Un certain nombre de dirigeants du monde occidental comprennent que l’absence de tout compromis signifie, pour de longues années, une stratégie de la tension avec une extrême droite faisant régner sa loi à Tel-Aviv comme à Washington. Cette stratégie veut dire une guerre de plus ou moins basse intensité actuellement, des crises imprévisibles, une rupture possible avec les régimes arabes actuellement complices et peut-être à terme la disparition de l’État juif, les riches qui ont un double passeport partant en Occident et les pauvres vivant avec les "Arabes".

    L’initiative française est une tentative de proposer une alternative à cette guerre sans fin qui préserverait l’État juif. En Palestine, nous avons rencontré des gens sincères qui veulent y croire. Après des années de souffrance, ils s’accrochent à tous les espoirs. Un Palestinien qui a connu tous les combats y compris au Liban nous a dit : "on va nous proposer un État palestinien avec juste Gaza et quelques morceaux de désert. Comme nous sommes trop faibles, nous serons obligés d’accepter."

    La plus grande faiblesse de l’initiative française n’est pas qu’elle essaie de ressusciter un projet (celui de deux États "côte à côte") qui est injuste au fond et cliniquement mort. C’est qu’une fois de plus, elle fait totalement l’impasse sur la seule démarche qui pourrait faire bouger les lignes : SANCTIONNER ISRAEL.

    Prendre les choses par le bon bout

    Les initiateurs palestiniens de l’appel au BDS de 2005 ne sont pas posé la question d’un, deux ou cinquante États. Ils ont exprimé des revendications universelles : les Palestiniens ont droit à la liberté, à la justice et à l’égalité.

    La liberté, c’est-à-dire la fin de l’occupation et de la colonisation, la libération des prisonniers, la destruction du mur, la fin du blocus de Gaza ...

    L’égalité concerne essentiellement une composante oubliée du peuple palestinien : ceux qui vivent en Israël. La destruction en cours du village bédouin d’Umm al-Hiran dans le nord du Néguev où la population résiste malgré la violence (2 morts le 18 janvier) montre que, bien qu’ils soient citoyens israéliens, les Palestiniens d’Israël vivent une situation de discriminations et d’apartheid.

    La justice, c’est une constatation simple : le crime fondateur de cette guerre, c’est l’expulsion délibérée en 1948-9 de la majorité des Palestinien-ne-s de leur propre pays. Le droit au retour est donc imprescriptible. On pourrait rajouter qu’imaginer un "retour" dans les seuls territoires occupés depuis 1967 n’a aucun sens : les réfugiés forment déjà les 3/4 de la population d’une bande de Gaza surpeuplée.

    Les initiateurs du BDS ne se sont pas préoccupés de considérations sur l’illégalité des produits des seules colonies. L’exemple de Soda Stream est édifiant. Pour contourner le BDS, cette multinationale a fermé son usine située dans la colonie de Mishor Adoumim pour s’installer près de Rahat, dans ce Néguev où les Bédouins palestiniens (citoyens israéliens) sont en train d’être parqués ou expulsés. Y aurait-il des colonialismes "légitimes" ? Si on pense que non, il faut bien sûr boycotter Soda Stream.

    Dans toute solution à un conflit, les mots et les gestes sont importants. La "communauté internationale" et les négociateurs d’Oslo ont voulu éviter une question-clé : le nettoyage ethnique de 1948-9 était illégitime. Ne pas le reconnaître, ne pas s’affronter aux mythes fondateurs d’Israël (la "terre sans peuple pour le peuple sans terre", la fable des "Arabes partis d’eux-mêmes", de "l’exil des Juifs et leur retour chez eux" ou du "seul État démocratique du Proche-Orient"), tout ceci a abouti à un non-sens. Faire la paix, ce n’est pas réparer seulement 1967 (la conquête et la colonisation de la Cisjordanie, de Jérusalem et de Gaza). Une vraie négociation, c’est avant tout reconnaître et réparer la Nakba.

    C’est la condition qui permettra aux Juifs israéliens de rester exactement comme la reconnaissance du caractère criminel de l’apartheid a permis aux Blancs Sud-Africains de rester.

    L’idée que, sans sanction et avec des manœuvres diplomatiques, quelque chose bougera est une dangereuse illusion. Les Israéliens jouissent aujourd’hui de privilèges liés à la situation coloniale que le sionisme a engendrée. On n’a jamais vu des colonialistes accepter de leur plein gré une forme quelconque d’égalité.

    Il n’y a aujourd’hui aucun espoir sérieux et aucune piste de lutte autre que le BDS et le soutien à la résistance palestinienne sous toutes ses formes.

    Le BDS doit être total : boycott économique et commercial, pression sur toutes les institutions financières pour qu’elles désinvestissent d’Israël (et de nombreux succès ont été engrangés), pression sur tous les pays pour qu’ils rompent les accords économiques et les relations diplomatiques. Mais aussi boycott syndical (visant à expulser le syndicat sioniste Histadrout de toutes les institutions). Boycott sportif (ne jamais oublier l’impact qu’a eu l’expulsion de l’Afrique du Sud des Jeux Olympiques).

    Boycott militaire. Bien sûr, on n’achète personnellement ni drones, ni engins de mort. Mais manifester à Eurosatory devient doublement indispensable et peut avoir des résultats : nos gouvernements ont beau être admiratifs et envieux de la façon dont Israël enferme et réprime les Palestiniens, ils ont renoncé à acheter leurs drones.

    Boycott culturel et universitaire. Ce point est très important. Avant même l’appel palestinien de 2005, le PACBI (campagne palestinienne pour le boycott culturel et universitaire d’Israël) avait lancé le mouvement. Toutes les universités israéliennes participent de façon importante au complexe militaro-industriel. Certaines ont créé des annexes dans les territoires occupés. Parce qu’Israël a une économie de start-up, parce qu’une partie de sa puissance vient de la "Silicon Valley" israélienne près de Haïfa, il faut attaquer ce secteur. Des universitaires israéliens du mouvement "Boycott de l’Intérieur" nous adjurent de le faire.

    Dans leur livre "Un boycott légitime", Eyal Sivan et Armelle Laborie parlent de la puissance de la propagande israélienne, la hasbara qui en hébreu voudrait plutôt dire "explication".

    L’apartheid israélien tire un énorme profit des artistes étrangers qui viennent se produire en Israël. Et, presque systématiquement, les autorités israéliennes chapeautent les tournées des artistes israéliens. Le boycott culturel n’interdit pas de lire Avraham Yehoshua ou de voir les films d’Amos Gitaï. Il appelle à les boycotter s’ils acceptent de voyager et de parler sous l’égide d’une institution officielle israélienne. L’écrivain Amos Oz l’a parfaitement compris. Il a fait une déclaration qui indique qu’il refusera à l’avenir tout rapport avec les autorités de son pays dans ses tournées.

    Pour reprendre toujours Eyal Sivan. Il est peu probable que le boycott mette à genou l’économie israélienne, même s’il commence à lui porter des coups sérieux. Mais il porte un coup terrible à l’image d’Israël. Environ 15% des Juifs israéliens vivent à l’étranger. Ce pays est un des plus "mondialisés". Une mise à l’index idéologique de son régime aura une influence capitale.

    L’autre impact du BDS, c’est sur les gouvernements occidentaux. Alors que les opinions publiques basculent de plus en plus vers les droits du peuple palestinien, la complicité des gouvernements et des institutions européennes peut cesser si nous parvenons à faire monter en pression le BDS et si nous cassons les dernières hésitations.

    On le voit "l’initiative française" est bien loin de cette problématique. Fabius avait songé à menacer Israël d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien si Israël refusait de bouger. Et avec Hollande et Ayrault, cette timide perspective a disparu.

    Avec Trump et le tiercé fasciste Nétanyahou-Bennet-Liberman, on va basculer dans une nouvelle période. Il ne sera plus question dans ce camp-là de "processus de paix". On parlera ouvertement d’annexion et d’expulsion. Dans le cadre du "choc des civilisations", Israël sera l’incarnation du "bien" (contre le mal). L’Autorité Palestinienne qui avait servi jusque-là à faire croire à la paix, ne servira plus à rien dans la configuration d’un apartheid ouvert et assumé. Et les régimes arabes favorables à l’Occident seront dans une contradiction devenue ingérable.

    Les dirigeants mondiaux qui redoutent cette issue vont se retrouver devant le choix d’accepter ou de ne pas accepter cette guerre des civilisations.

    À nous d’imposer les sanctions !

    Pierre Stambul mardi 7 mars 2017

    http://www.ujfp.org/

  • Ils nous demandent un miracle !

    Signez la pétition!

    Aux familles de la Montagne du Pape, et aux dirigeants du monde entier:

    Nous demandons aux dirigeants du monde entier d'exiger du Premier ministre Netanyahou d'abandonner ses plans de destruction de cette communauté. Nous demandons tout particulièrement à l'Union européenne et à la Cour pénale internationale de signifier de toute urgence au gouvernement israélien que la destruction de cette communauté est une ligne rouge qui aurait de graves répercussions.

    Aidez-nous à atteindre 750 000

    En Palestine, une communauté bédouine vivant près de Béthanie est menacée par les bulldozers. Leurs foyers, leurs terres et leur mode de vie pourraient disparaître à tout jamais: la machine de colonisation israélienne est à l'oeuvre. Mais ces courageuses familles refusent de sombrer dans l'oubli. Elles tentent le tout pour le tout, et résistent aux bulldozers par des "sit-ins" non violents devant leurs foyers.

    Elles espèrent un miracle: que leur acte de bravoure inspire des femmes et des hommes tout autour du monde pour les aider à arrêter les bulldozers avant qu'il ne soit trop tard. Nous pouvons être ce miracle. Cette destruction ne pourra avoir lieu que loin de l'oeil des médias.

    Cliquez pour soutenir les familles de la Montagne du Pape, et l'équipe d'Avaaz se rendra sur place pour projeter nos signatures sur leurs maisons -- afin que les bulldozers ne découvrent pas un petit village tremblant de peur mais voient le monde entier faire corps avec ces familles.

    https://secure.avaaz.org/fr/

  • Non, Benyamin Nétanyahou n’a pas raté une proposition historique de paix au Proche-Orient (Orient 21)

    NETANYAHU_MOSESnuke.jpg

    Le 19 février 2017, la presse israélienne se faisait l’écho de fuites émanant de l’ancienne administration américaine au sujet d’un plan de paix régional que John Kerry aurait proposé à Benyamin Nétanyahou en février 2016, réactivant l’initiative de paix entérinée par la Ligue arabe en 2002.

    Or, si l’ancien secrétaire d’État américain a bien organisé à Aqaba une réunion entre le premier ministre israélien, le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, le regard porté sur cette initiative relève du fantasme et d’une relecture enchantée de l’histoire.

    Ce n’est pas la première fois que les protagonistes du conflit israélo-palestinien sont censés avoir raté l’occasion de la paix. Yasser Arafat à Camp David en 2000 et Mahmoud Abbas à Annapolis en 2007 seraient eux aussi passés à côté d’un accord généreux et sans précédent offert par la partie israélienne. En réalité, on sait que les conditions politiques de la négociation n’étaient pas en faveur des dirigeants palestiniens qui craignaient de se faire déborder dans leur camp et que le contenu de la proposition n’était pas aussi avantageux qu’on voulait le faire croire.

    L’histoire se répète, alors que Benyamin Nétanyahou a effectué sa première rencontre officielle avec Donald Trump le 15 février dernier à Washington et que se dessine la nouvelle ambition du tandem israélo-américain : la normalisation des relations entre Israël et ses partenaires sunnites au Proche-Orient. Trois jours plus tard, d’anciens conseillers de l’administration Obama révélaient que l’idée n’était pas nouvelle et qu’elle avait été au cœur d’une proposition américaine de paix faite au premier ministre israélien un an plus tôt. Il n’en fallait pas plus pour que la presse israélienne, suivie par la presse internationale, parle d’une « occasion historique ratée ». Nétanyahou s’est empressé de préciser qu’il avait lui-même été l’instigateur de cette initiative. Quant au chef du parti travailliste, Yitzhak Herzog, il a estimé que « le Proche-Orient aurait pu être changé » si le premier ministre israélien avait saisi cette chance. Mais les détails publiés dans la presse révèlent que l’idée n’avait aucune chance d’aboutir, tant elle avait été mal pensée.

    Des médiations inutiles

    Qui pouvait croire en 2016 qu’un plan de paix régional pourrait être réactivé grâce à la médiation de la Jordanie et de l’Égypte ? Ces deux pays, tenus à bout de bras par les investissements américains et golfiens entretiennent avec Israël des relations très proches à la faveur de la dégradation sécuritaire régionale. Ils ne sont par conséquent pas en position de pouvoir imposer un quelconque accord à la région.

    — D’une part, les pays du Golfe n’ont pas besoin d’Amman et du Caire pour avoir des relations avec Israël. Jusqu’en 2013, le port d’Haïfa a laissé transiter des marchandises à destination de l’Arabie saoudite pour pallier la paralysie des routes traditionnelles d’approvisionnement qui passaient par la Syrie avant le déclenchement du conflit en 2011. Il est désormais de notoriété publique que les Émirats arabes unis, le Bahreïn et dans une certaine mesure l’Arabie saoudite ont des relations discrètes avec Israël sur les plans économique et sécuritaire, notamment grâce aux compagnies de haute technologie et de sécurité privée israéliennes.

    — D’autre part, toute paix régionale devra passer par une discussion directe avec les monarchies du Golfe qui évalueront le rapport « coût-avantage » d’une reconnaissance d’Israël en échange d’un règlement du dossier palestinien. C’est précisément là que se trouve la principale pierre d’achoppement.

    Qui, des Israéliens ou des Golfiens, a le plus intérêt à négocier une sortie de crise avec les Palestiniens ? Ni l’un ni l’autre.

    Tel-Aviv et Riyad s’accordent sur une même ligne anti-iranienne et n’ont pas besoin de régler d’urgence la question palestinienne pour partager des inquiétudes et des intérêts communs. D’ailleurs, ni la Jordanie ni l’Égypte ne partagent cette obsession à l’égard de Téhéran. Les deux pays tiennent sur le conflit syrien une position d’équilibriste nourrie par un même et unique objectif : la lutte anti-djihadiste.

    Quant aux Émirats arabes unis, leur intérêt pour le conflit israélo-palestinien se lit à la lumière de leur soutien inconditionnel à Mohammed Dahlan, fervent opposant au président palestinien Mahmoud Abbas. Espérant pouvoir faire partie d’une équation régionale de paix, Dahlan attend patiemment son heure pour faire son retour à Ramallah. Et il n’a pas besoin de la Jordanie et de l’Égypte pour avoir quelques contacts utiles au sein de l’establishment politique et de défense israélien.

    La proposition de John Kerry était donc au mieux naïve, au pire mauvaise, et surtout inadaptée au contexte régional. Elle ne pouvait pas constituer une occasion historique pour les Israéliens, dont les blocages relationnels avec les monarchies du Golfe ne se règleront pas à Amman, et encore moins au Caire.

    Zéro risque pour le premier ministre israélien

    Les fuites américaines font également porter la responsabilité de l’échec de leur proposition sur Nétanyahou et sa peur de froisser ses partenaires d’extrême droite et de faire chuter sa coalition. En réalité, le premier ministre israélien a passé plusieurs semaines en 2016 à négocier avec le chef du parti travailliste Yitzhak Herzog afin d’anticiper un éventuel retrait des partis pro-colons du gouvernement. Il réfléchissait précisément aux options possibles pour enrayer sa trop grande dépendance à l’égard de son aile droite. S’il avait voulu s’engager dans un règlement du conflit israélo-palestinien en échange d’une reconnaissance régionale, il avait donc les moyens de le faire.

    Cependant, Herzog a déclaré dans la presse qu’il avait été informé a posteriori de la rencontre secrète tenue à Aqaba, en Jordanie, fin février 2016. Son entrée au gouvernement israélien avait été conditionnée au gel de la colonisation, ce qui avait été refusé par le premier ministre israélien par crainte d’une éventuelle scission au sein du Likoud. Nétanyahou aurait en effet demandé à Kerry d’accepter une poursuite des reconstructions au sein des colonies vouées à rester sous souveraineté israélienne dans le cadre d’un règlement final. Cependant aucune précision n’avait été donnée sur l’avenir des autres colonies dites isolées et « illégales » (pour le gouvernement israélien). Au final, la partie israélienne n’a donc rien proposé de nouveau ni de substantiel pour sortir de l’impasse politique.

    Comme à son habitude, Nétanyahou n’a pas voulu prendre le risque d’être mis en minorité au sein de son parti et donc de signer sa retraite politique. Bien qu’obsédé par l’idée d’une normalisation officielle des relations israélo-arabes, il refuse d’admettre que la question palestinienne en est le principal verrou. Ce n’est pas tant que la Palestine soit un sujet de préoccupation majeure au Proche-Orient — bien au contraire —, elle demeure toutefois une problématique structurante et potentiellement déstabilisatrice. Les relations entre Tel-Aviv et les capitales arabes peuvent donc se poursuivre, mais pas de façon large et assumée.

    Méfiance envers l’administration Obama

    Enfin, les détails de presse mettent au jour l’incapacité de John Kerry à peser sur le dossier israélo-palestinien, en raison du refus de Washington d’entrer dans un rapport de force avec Israël, mais également de la perte de confiance israélienne dans l’administration américaine. Le premier ministre israélien a déclaré qu’il avait bloqué la proposition américaine parce qu’il ne voulait pas que Kerry soit à la manœuvre et lui impose des paramètres contraignants de négociation.

    En réalité, jamais l’administration américaine n’a voulu réellement faire pression sur Israël de manière sérieuse. Et Benyamin Nétanyahou a pu manœuvrer parce qu’il le savait. Il souhaitait un accord régional, mais pas avec les conditions, contreparties et compromis demandés par Washington. Il était donc clair en 2016 qu’Israël ne voulait plus de médiation américaine sur le dossier israélo-palestinien, comme plus largement dans ses relations avec le monde arabe. En tout cas pas tant que l’administration Obama serait en place. Comme les pays du Golfe, Israël n’a pas pardonné au président américain l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et le blanc-seing donné à Téhéran dans sa politique régionale.

    Au final, sans remettre en cause la bonne foi des anciens conseillers américains — quoique leurs révélations semblent aussi s’inscrire dans des enjeux de politique intérieure à Washington — ni la lecture qui est faite par l’opposition en Israël, il n’y a jamais eu de proposition historique crédible et sérieuse d’un plan de paix régional en 2016.

     
  • Nouveautés "Syrie" sur A l'Encontre.ch

    Un Palestinien de 25 ans se rendait à sa dernière séance de chimiothérapie. Des soldats israéliens le tuent

    24 - février - 2017 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Gideon Levy En novembre 2016, alors qu’il se rendait vers ce qui devait être sa dernière séance de chimiothérapie, il s’est trompé de taxi collectif. Lorsqu’il s’est aperçu de son erreur, il est descendu du véhicule et a traversé en courant la route nationale pour attraper un taxi allant dans la direction opposée. Des soldats […]

     

    Syrie. La version russe de Genève IV?

    22 - février - 2017 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Benjamin Barthe Pour la première fois depuis neuf mois, l’opposition et le régime syrien se retrouveront à nouveau à Genève sous l’égide des Nations unies à partir de jeudi 23 février pour reprendre des négociations censées mettre fin à un conflit qui a fait déjà plus de 300’000 morts. Fin janvier, des discussions menées à […]

     

    Maghreb: éléments d’un débat sur la situation. Mohamed Bouazizi, Guermah Massinissa et Mouhcine Fikri… le même combat

    22 - février - 2017 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Nadir Djermoune 1. La région du Maghreb, Maroc, Algérie Tunisie, est traversée, à des rythmes inégaux, par des mouvements sociaux d’ampleur révolutionnaire. Le plus représentatif par la dynamique révolutionnaire tracée et le plus abouti, ou le plus avancé, dans la construction d’une rupture démocratique et sociale est bien évidemment le mouvement enclenché par Mohamed […]

     

    Les seigneurs de la guerre d’Israël tournent à nouveau leurs yeux vers Gaza

    20 - février - 2017 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Gideon Levy «Come you masters of war, … I can see through your masks… You lie and deceive, a world war can be won, you want me to believe, but I see through your eyes, and I see through your brain. … You’ve thrown the worst fear that can ever be hurled, fear to […]

     
  • Les seigneurs de la guerre d’Israël tournent à nouveau leurs yeux vers Gaza (A l'Encontre.ch)

     

    «Come you masters of war, … I can see through your masks… You lie and deceive, a world war can be won, you want me to believe, but I see through your eyes, and I see through your brain. … You’ve thrown the worst fear that can ever be hurled, fear to bring children in to the world.» (From Bob Dylan’s «Masters of War»)

    «Venez, les seigneurs de la guerre… Je peux vous voir sous vos masques… Vous mentez et trompez en prétendant qu’une guerre mondiale peut être gagnée, vous voulez que je vous croie, mais je vois ce qu’il y a dans vos yeux et dans vos cerveaux… Vous avez créé la pire des craintes, celle de mettre au monde des enfants.»

    Et voilà, ils sont de retour nos seigneurs de la guerre. Les va-t-en-guerre arrivent. Ils ne manquent pas une occasion de saisir un micro pour proférer des menaces concernant le déclenchement d’une nouvelle guerre. Et pourtant personne ne leur pose les questions évidentes: Pourquoi? Pour quoi? Le Nord est tranquille, comme le Sud aussi, relativement.

    Mais deux ans et demi se sont écoulés depuis la dernière guerre contre Gaza, et l’ADN israélien exige une nouvelle série de carnages. Et leurs postes respectifs – ministre du Logement ou ministre de l’Education – sont ennuyeux pour des gens comme eux. Le fait d’encourager des gymnasiens à aborder des mathématiques avancées ou construire de nouveaux logements publics est mortellement ennuyeux. Ils ont besoin d’une nouvelle guerre, qui leur permettra peut-être d’atteindre les postes qu’ils convoitent.

    La Bande de Gaza se meurt. Un rapport des Nations Unies a prédit qu’en 2020 Gaza ne serait plus capable d’assurer la vie humaine, il ne resterait donc à ses habitants que trois ans à vivre. Il y a longtemps que Gaza est devenue une cage impropre à la vie. Mais lorsqu’il n’y a pas de tirs de Gaza vers Israël, personne ne s’intéresse au sort des Gazaouis. Le Hamas arrête ses tirs, mais il a suffi que des rebelles tirent deux fusées depuis la Bande pour susciter 19 (!) attaques aériennes israéliennes et faire sortir tous nos va-t-en-guerre de leurs trous.

    Lorsqu’il a parlé de Gaza, les yeux de Yoav Galant, ministre du Logement, se sont allumés et son visage a semblé reprendre de la couleur. «Je pense que nous devrions être prêts d’ici le printemps», calcule ce seigneur de la guerre, qui rêve de retourner à Gaza pour tuer encore, comme il l’a si bien fait lors de l’opération «Plomb durci» il y a huit ans. Pourquoi au printemps? Il ne faut pas poser la question. Il y a certainement une raison que vous ignorez. C’est peut-être parce que Charles Aznavour a chanté au sujet du retour au printemps.

    La semaine dernière, Galant a saisi toutes les opportunités médiatiques – sauf sur la chaîne de musique classique Kol Hamusica – pour attiser les flammes et pousser vers une guerre. Il est vrai que personne ne prendrait la peine d’interviewer ce ministre du Logement barbant – que son collègue de parti Moshe Kahlon, ministre des Finances, déteste également – si ce n’est pour parler de Gaza. Comme il n’a pas brillé dans la construction, Galant, un ex-militaire, tente de revenir aux destructions. Le parti du Likoud l’attend.

    Le ministère de la Défense est aussi convoité par Naftali Bennett, ministre de l’Education. Mais pour y parvenir il faut attiser les flammes. Puisque le rapport officiel sur l’échec à gérer les tunnels du Hamas à Gaza n’a pas suffi, Bennett rêve lui aussi d’une nouvelle guerre. «La prochaine séquence de guerre approche», a-t-il déclaré, et c’est une prédiction qui se réalise toujours en Israël. Il n’a pas caché à quel point il est pressé de retourner sur les champs de la mort de Shujaiyeh [massacre de civils en juillet 2014] et les briefings confidentiels avec des officiers de l’armée.

    Et puis il y a évidemment l’actuel ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, qui. même dans son rôle actuel de modéré, ne manquera pas non plus une occasion. «Nous n’arrêterons que lorsque l’autre côté crie “Oh Dieu, à l’aide!” (gevalt)», a déclaré avec arrogance le ministre. Il y a de nouveau eu les promesses creuses d’une victoire décisive qui ne se réalisera jamais, et pourtant tout le monde est d’accord d’accepter l’argument.

    Une fois de plus tout le monde attend l’année prochaine, comme s’il s’agissait d’un destin transmis par le tout-puissant s’il ne l’est pas par Gaza. En fait, Gaza crie gevalt. Mais aucun des va-t-en-guerre n’écoute. Gaza constitue pour eux une possibilité d’avancer leurs carrières, de mobiliser les forces et pour conceptualiser une guerre contre l’ennemi qui n’est qu’un assaut contre une population impuissante, et «une armée de hooligans». Gaza leur permettrait de faire à nouveaux les grands titres, de connaître à nouveau la gloire, et de retourner au bon vieux temps des vestes de combat. Sinon il n’y aurait aucune raison de se lancer dans une nouvelle attaque contre Gaza.

    La dégradation de la situation pourrait être rapide. Il suffirait à peine de quelques nouvelles déclarations de guerre, de quelques réponses «disproportionnées» de l’armée israélienne à chaque pétard ou cerf-volant lancé depuis Gaza, pour que nous nous y rendions. C’est Israël plutôt que Gaza qui avait également provoqué la guerre en 2008 et en 2014. L’armée peut se trouver à Gaza avant de pouvoir dire «cigares et champagne».

    Et il n’y a personne pour crier «stop», personne pour dire que ceux qui ne veulent pas une guerre à Gaza devraient arrêter le blocus plutôt que de détruire la Bande pour la troisième, la quatrième, la cinquième fois. Mais pour le dire il faudrait du courage, une qualité qui fait défaut parmi nos seigneurs de la guerre qui, comme l’expriment les paroles de Dylan, ne seront jamais pardonnés. (Article publié dans Haaretz en date du 12 février 2017; traduction A l’Encontre)

    Publié par Alencontre le 20 - février - 2017 Par Gideon Levy

    http://alencontre.org/

  • Quand le Ministre de la Défense légitime les manœuvres militaires franco-israéliennes et encourage de futurs crimes de guerre (BDS)

     
    Par question publiée au J.O. du 6 décembre 2016, Jean Jacques Candelier, député du Nord a demandé au ministre de la défense de s’expliquer  sur les manoeuvres militaires aériennes franco-israéliennes qui ont eu lieu en  Corse en novembre 2016.
     
    Le député évoque notamment Gaza, où l’aviation israélienne s’est illustrée à 3 reprises par des raids meurtriers sur la population civile (agressions de 2008-09, 2012 et 2014), avec le bilan effroyable de 541 enfants tués au cours des opérations sanglantes de l’été 2014.
     
    Le ministre a affirmé par réponse publiée au J.O. du 24 janvier que la coopération militaire de la France avec Israël est ancienne, que la France développe ce type de relations avec de nombreux autres pays, et que cette coopération relève du cadre strict de l’action diplomatique.
     
    En somme, il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter !
     
    A cela nous répondons que bien au contraire toute coopération militaire de la France avec l’Etat colonial et d’apartheid israélien nous inquiète et nous scandalise, et que nous participons sans relâche à la campagne internationale pour l’embargo sur le commerce d’armes et contre toute coopération militaire avec Israël.
    Il est inadmissible que le gouvernement français affiche une telle réponse après le refus méprisant d’Israël de se plier à la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU contre la poursuite de la colonisation, puis de participer à la conférence de Paris !
     

    NON Monsieur le ministre, les manœuvres militaires franco-israéliennes ne sont pas anodines : elles préparent de futurs crimes de guerre ! Vous n’êtes pas sans savoir que la population civile palestinienne sert de cobaye pour tester les armes israéliennes, en toute violation de la 4ème convention de Genève.

     Vous savez aussi que les États, dont la France au regard de ses engagements européens et internationaux, ont pour obligation de garantir qu’Israël, comme tout autre État, se conforme au droit international.
     
    En 2014, Israël a assassiné plus de 2250 palestiniens à Gaza, dont plus de 550 enfants selon l’UNICEF. Aujourd’hui, des raids meurtriers frappent encore trop souvent la population de Gaza  et, vous ne l’ignorez sans doute pas,  les emprisonnements et les exécutions sommaires de Palestiniens résistants  sont quasi quotidiens en Cisjordanie
     
    Votre réponse, qui occulte complètement cette réalité est un encouragement à de nouveaux crimes de guerre contre un peuple désarmé.

    Nous continuerons à nous mobiliser pour que la France déclare un embargo militaire d’Israël, conformément à la demande unanime de la société civile palestinienne.

     
    Paris, le 13 février 2017,
     
    La Campagne BDS France
     
  • Nouveautés sur Europe Solidaire Sans frontières

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       Fighting ISIS is a coalition stretching from U.S. soldiers to Kurdish militias
        Iraq government is dominated by Shia sectarians
       No alternatives to unfair Iraqi government are on the horizon
        ISIS will fall, but another version will arise if injustices remain
      The offensive to (...)

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      Report: Iraq from the ground – Two years after the fall of Mosul

      , by Noria community of researchers, ROVERA Donatella

      Introduction
      The political and social developments in Iraq since the fall of Mosul to Islamic State/the conquest of Mosul by Islamic State
      On June 7th, 2016, Noria, in association with Amnesty International France, organized a conference on Iraq focusing on the theme of “the political and (...)

    • A gauche
      Six ans après la fuite de Ben Ali

      , par Parti des Travailleurs (Tunisie)

      Les protestations populaires dans les villes de Meknassi, Ben Guerdane, Kasserine et ailleurs s’amplifient, ce qui confirme la poursuite du processus révolutionnaire malgré les complots intérieurs et extérieurs.
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      Dynamiques de pouvoir en Irak : les enjeux politiques de la bataille de Mossoul

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      Dernier épisode de la reconquête de l’Irak, la bataille de Mossoul achève de dessiner un paysage politico-militaire divisé et au bord de nouveaux affrontements. L’absence d’accords entre Erbil et Bagdad sur les découpages territoriaux de l’après Etat Islamique, la montée en forces de milices chiites, (...)

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      Dynamics of Power in Iraq: The Political Stakes of the Battle for Mosul

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      The battle for Mosul is the final episode of the recapture of Iraq. It is the last act of a divided political and military landscape on the verge of new struggles. The absence of any agreements between Erbil and Baghdad concerning the post-Islamic State territorial settlement, and the increased (...)

     

  • Israël et sionisme: lumière sur une idéologie et sa propagande (Anti-k)

     
    Retours sur un échange passionnant avec Nurit Peled-Elhanan, enseignante-chercheuse israélienne, dont les travaux nous éclairent considérablement sur l’idéologie sioniste et sa propagande, ainsi que sur la politique raciste et dévastatrice d’Israël.
     
    Peut-être connaissez-vous Nurit Peled-Elhanan? Il est bien dommage qu’elle ne soit pas davantage connue et reconnue en France.

    Ses travaux sont traduits en de nombreuses langues, mais pas en français. Son livre n’est disponible que sur Internet et acheminé via la Grande-Bretagne, on ne le trouve pas en France dans les sites classiques de distribution.

    Je me suis entretenue avec elle hier matin par Skype, n’ayant malheureusement pas eu l’occasion de la rencontrer à Jérusalem durant mon récent séjour. Nurit est en effet israélienne et vit à Jérusalem Ouest. Elle est professeure de sciences du langage à l’université hébraïque de Jérusalem, et est également chercheuse et militante.

    Je ne vais pas vous parler ici de son passé, de son histoire ou de ses activités militantes, car ce n’est pas là-dessus que nous nous sommes entretenues. Par ailleurs, ce sont des éléments que vous pouvez trouver sur Internet.

    Non, je souhaite plutôt vous parler de ses travaux, qui sont aussi passionnants qu’édifiants.

    En effet, Nurit Peled-Elhanan a étudié en profondeur les manuels scolaires israéliens, et plus précisément les discours racistes dans la représentation des Arabes/Palestiniens dans lesdits livrets. Actuellement, Nurit travaille sur Israël en tant que « colon-colonisateur » et plus spéficiquement sur son système d’oppression sociale, culturelle, politique et religieuse des minorités (juifs arabes, éthiopiens, yéménites, etc). Elle a décortiqué pendant des années les manuels scolaires, visité et fréquenté les écoles, parlé aux élèves, aux instituteurs, aux directeurs d’établissements, etc. Et son étude fait froid dans le dos !

    Elle m’en a résumé quelques aspects fondamentaux, avant que je puisse la lire complètement.

    Elle explique par exemple comment Israël pratique « l’éducation à l’holocauste ». « On apprend aux enfants israéliens que les Juifs sont sous la menace constante d’un holocauste imminent et que donc pour l’éviter, il faut imposer un holocauste aux autres. » Le but est d’en faire des soldats, des machines à tuer sans réfléchir et sans contester. Car le service militaire est obligatoire en Israël à partir de 18 ans, il est de 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles. Et les hommes restent mobilisables jusqu’à 55 ans. « Tout cela est très agressif » ajoute Nurit. « C’est de l’endoctrinement et de l’empoisonnement mental qui commence dès 3 ans et se poursuit jusqu’à 18 ans. »

    Depuis la publication de son livre, elle est bannie de toutes les conférences qui évoquent le sujet.

    Classique… Elle enseigne néanmoins toujours à l’Université hébraïque, où elle tente d’éveiller les consciences. Elle participe également à des conférences et séminaires sur les sciences du langage, l’écriture et le racisme dans l’éducation.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nurit ne mâche pas ses mots, et qu’elle sait de quoi elle parle.

    Née en Israël, de parents israéliens déjà très critiques envers le sionisme et le gouvernement israélien, elle dévoile des réalités dont on ignore souvent tout en Europe !

    « Je crois qu’Israël est le seul pays au monde qui fait venir les gens pour ensuite les discriminer ». Effectivement, dans sa politique démographique et sa logique d’occupation de la terre, Israël fait venir des juifs des quatre coins du monde, leur faisant miroiter toutes sortes de choses, les attirant avec de belles promesses. Au final, pour les minorités non-blanches, c’est la discrimination et l’oppression qui les attendent. « C’est un génocide culturel en cours depuis les années 50 » s’exclame Nurit.

    Les éthiopiens, les marocains, les yéménites… Tous ceux qui ne sont pas blancs, pas européens, sont discriminés, agressés, sommés de changer de culture et de pratiques religieuses.

    « Je crois que le pays le plus antisémite au monde, c’est Israël ! Parce que les Juifs sont persécutés pour leur façon de pratiquer le judaïsme. On ne peut pas pratiquer son judaïsme librement comme dans le reste du monde. Les Ethiopiens par exemple, quand ils arrivent on exige d’eux qu’ils se reconvertissent! Alors qu’ils sont juifs depuis des générations, on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas juifs. Ils sont même parfois re-circoncis ! C’est horrible ce qu’ils subissent »

    Nurit explique que le sionisme est une idéologie occidentale, blanche, laïque, qui se sert de la religion à des fins politiques.

    Je commence à mieux comprendre pourquoi Israël est tant soutenu par les puissances occidentales. Car au bout du compte, il reproduit le même schéma de domination des minorités, le même schéma de colonisation et d’oppression sociale, culturelle et politique que ses « alliés ».  Le sionisme n’est rien d’autre qu’une idéologie blanche de domination, et la dernière « démocratie » coloniale du monde, à l’aube de 2017. Combien de gens pensent encore que l’Etat d’Israël a été créé en réponse à l’holocauste? Combien de gens sont persuadés que le sionisme date de 1945? Alors qu’il s’est développé bien avant la shoah et que les négocations pour la création d’un Etat juif avaient déjà débutées bien avant la guerre.

    Quand on commence à changer de prisme, à s’extraire des discours dominants et des langues de bois, à écouter celles et ceux qui sont experts sur la question, à s’intéresser aux recherches et expériences des rares israélien-ne-s qui remettent tout cela en question, les masques tombent et la réalité devient beaucoup plus claire. Ce qu’on appelle aujourd’hui et depuis quelques années – à tort selon moi –  « le conflit israélo-palestinien » est en réalité tout sauf un conflit!

    C’est une colonisation en bonne et due forme d’un pays par un groupe de gens venus d’Europe qui depuis presque 70 ans pillent les terres, tuent celles et ceux qui se placent en travers de leur route, refusent toute négociation de « paix » ou compromis, méprisent les lois et les droits humains les plus basiques, et ont construit leur État sur le sang, les ruines et sur une idéologie raciste. Non ce n’est pas un conflit et ça ne l’a jamais été.

    D’ailleurs, peut-on parler de conflit ou de guerre quant l’une des deux parties a, à l’origine, été attaquée par surprise sans comprendre ni connaître les réelles motivations des attaquants?

    Les Palestiniens se sont retrouvés du jour au lendemain, au printemps 1948, au coeur d’une tempête qu’ils n’avaient pas vue venir, et qui ravageait tout sur son passage.

    Concernant les Palestiniens justement, Nurit explique qu’ils n’existent pas dans la conscience collective israélienne. C’est à dire qu’ils n’existent pas en tant qu’êtres humains, en tant que peuple, en tant que culture. Ils ne sont mentionnés dans les manuels scolaires que sous forme de problèmes, problèmes qu’il faut éliminer d’une manière ou d’une autre. A aucun moment ils ne sont considérés comme des êtres humains.

    La Nakba (1948) est présentée dans les manuels comme « une guerre » et les massacres qui en ont découlé sont considérés comme légitimes.

    Il fallait « gagner » cette terre, puis relier Tel Aviv à Jérusalem, en faisant le ménage au passage… Dans le cadre de son étude, Nurit constate que la rhétorique dans les manuels scolaires est de pire en pire depuis les années 70. « Ils sont devenus des manifestes politiques et religieux, les faits ont disparu, ne reste que l’idéologie. »

    Parallèlement à cela, Nurit pointe une jeunesse israélienne de plus en plus raciste. Bien sûr! Avec un gouvernement formé par des gens ouvertement racistes, cela ne peut que renforcer les discours et actes racistes sur le terrain. « On donne pratiquement aux gens un permis de tuer, même les enfants palestiniens. »

    Lorsque je l’interroge sur la récente et assez inédite – de par la position des Etats-Unis – résolution de l’ONU, Nurit se montre très réservée.

    Elle considère que tant que les Etats-Unis donneront des milliards à Israël, rien de concret ne changera sur le terrain. D’ailleurs Israël n’existe et ne perdure que grâce aux financements extérieurs. Car concrètement, il est en train de sombrer. Nurit m’explique que l’économie s’écroule, le taux de chômage est très élevé, le taux de pauvreté ne cesse d’augmenter (1 enfant sur 3 a faim en Israël, même lorsque ses parents travaillent), le système de santé, le système politique… Tout part en vrille.

    En fin de conversation, et puisque nous abordons la question des problèmes économiques d’Israël, je lui demande son opinion sur les gens qui font leur « aliyah » (migrer en « terre d’Israel ») et qui après quelques temps regrettent. Nurit me répond dans un soupir: « c’est bien fait pour eux, ils le méritent. Les français qui viennent ici par exemple, ils sont extrêmement racistes, ils viennent pour « tuer de l’arabe » parce qu’ils sont dans l’idée que les arabes les tuent (en France), ils ont choisi de ne pas voir la vérité sur Israël, et maintenant ça leur tombe dessus. Ils n’ont plus qu’à assumer… »

    Non, Nurit Peled-Elhanan ne mâche pas ses mots, et elle sait de quoi elle parle. 

    Ses travaux et ses analyses sont extraordinairement éclairants sur une idéologie dont on a encore du mal, en 2016, à remettre en question et à voir telle qu’elle est vraiment. Une machine de guerre qui broient les êtres humains aussi sûrement qu’elle écrase la paix.

    2 janvier 2016 30 DÉC. 2016 LE BLOG DE RAY ELSA

    http://www.anti-k.org/

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