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Irak

  • "On est dans l'urgence" : en Irak, les camps autour de Mossoul submergés par l'afflux de réfugiés (France Info)

    Des déplacés irakiens au camp Hammam al-Alil, au sud de Mossoul, en mars 2017
    Des déplacés irakiens au camp Hammam al-Alil, au sud de Mossoul, en mars 2017 (ARIS MESSINIS / AFP)

    Ils fuient les combats de Mossoul. Près de 98 000 Irakiens ont trouvé refuge dans des camps alentours mi-mars. Oriane Verdier s'est rendue dans le camp d'Hammam al-Alil, qui a du mal à faire face.

    "Si tu ne te bats pas, tu n'auras pas de nourriture. C’est de la boxe ! Et moi, je suis enceinte !" Devant le camp d'Hammam al-Alil, Zahra sort de la cohue les mains vides, désespérée. Sur un terrain vague couvert d’ordures, hommes, femmes et enfants sont attroupés autour de pickups. Ils ont été conduits ici par l'armée irakienne dans leur fuite des combats qui font rage à Mossoul. Voilà un mois, depuis le 19 février, que les forces irakiennes ont déclenché leur offensive contre le groupe État islamique dans les quartiers ouest de la deuxième ville d'Irak.

    À Hammam al-Alil, plusieurs milliers de déplacés arrivent chaque jour

    Selon un bilan du gouvernement irakien établi le 17 mars, plus de 98 000 personnes ont déjà trouvé refuge dans des camps, où elles reçoivent soins, vivres et couvertures. Géré par les autorités irakiennes et des ONG, le camp d'Hammam al-Alil se situe à une trentaine de kilomètres au sud de Mossoul. Des hommes des villages voisins sont venus distribuer de la nourriture aux dizaines de mains tendues.

    "Chez nous, sous les bombardements, c'était mieux qu'être ici, commente encore Zahra. On dort tous dans un immense chapiteau. On n'a même pas de natte pour dormir. On nous dit qu’il n'y a plus de places dans le camp, qu'il faut attendre que d’autres camps soient finis d'être construits."

    Nous, on a tout laissé derrière nous. On n'a rien. La nuit, c’est l’enfer !" Zahra à franceinfo

    Non loin de là, Nicolas Andrade tente de parer au plus pressé. Lui et son organisation humanitaire, Norwegian Refugee Council, ont repris la direction du camp mi-mars. La tâche est immense. "On est dans l'urgence, explique-t-il. On a eu un afflux massif de déplacés, plusieurs milliers qui arrivaient chaque jour. Normalement, ils sont censés repartir dans des bus en moins de 24 heures, vers des camps où il y a encore de la place. Mais la plupart des autres camps sont pleins ! Les gens restent coincés ici."

    Parmi la foule amassée au camp d'Hammam al-Alil, certaines familles ne sont pas originaires de Mossoul. Ahmad, par exemple, est originaire de Domiz, un village repris il y a plus de deux ans par les combattants kurdes. Mais malgré le départ des jihadistes, il ne peut pas y retourner. "Quand les affrontements ont commencé entre Daech et les peshmergas à Domiz, nous avons fui et nous n'avons pu qu'aller vers Mossoul, nous confie-t-il. Maintenant, les autorités kurdes pensent que nous avons collaboré avec Daech. Elles disent qu’il faut attendre la libération complète de Mossoul pour qu'on nous donne l’autorisation de rentrer chez nous. Mais notre village est arabe, pas kurde."

    Nous ne sommes pas des guerriers ! Nous sommes simplement des gens qui fuient les combats et qui veulent retourner chez eux. Ahmad, un Irakien à franceinfo

    Car derrière la lutte contre le groupe État islamique se joue également désormais un rapport de force entre les différentes entités militaires et politiques d'Irak. Un jeu dangereux pour les communautés habitant la région.

    En Irak, les camps autour de Mossoul submergés par l'afflux de réfugiés. Oriane Verdier Radio France

  • Irak: la bataille de Mossoul tourne au carnage pour les civils (Anti-k)

    Jeune fille transportée le 15 mars aux ambulances à l’aéroport de Mossoul. D’après ceux qui l’ont amenée, elle a perdu 19 membres de sa famille dans une frappe qui a fait 26 morts, mardi, dans le quartier de Mahatta. © Jérémy André

    Après cinq mois de combats, les forces irakiennes appuyées par l’aviation américaine se fraient un chemin coûte que coûte dans l’ouest de Mossoul, vers sa vieille ville étroite et surpeuplée, encore tenue par les djihadistes de l’État islamique.

    Mardi 14 mars, une frappe aérienne a tué 26 civils. Ils s’ajoutent à des centaines de victimes « collatérales » déjà documentées, alors que près de 100 000 personnes ont fui la zone. Reportage à Mossoul de notre envoyé spécial.

    Mossoul (Irak), de notre envoyé spécial.-  Avancer à tout prix. C’est le nouveau mot d’ordre des forces irakiennes à Mossoul-Ouest. Dans le quartier de Mahatta, près de la gare, 26 civils l’ont payé de leur vie, tués par une frappe aérienne mardi 14 mars, vers 4 heures de l’après-midi. « Amad, Mahmoud, Youssef, Marwan, Abdullah Fatah, sa femme, sa mère… », listent les cinq témoins directs interrogés par Mediapart, réfugiés dans des maisons au sud de la ville.

    Ce sont des hommes de la seconde division des forces spéciales irakiennes qui ont demandé cette frappe qui a tué 26 civils dans une maison de Mahatta. Miraculé, Khalef Khudair, 50 ans, étale sur le sol d’une maison où il s’est réfugié les cartes d’identité des 18 membres de sa famille tués par l’attaque. « C’était mardi 14 mars, entre 4 heures et 4 h 15, explique-t-il. Un homme de Daech s’était posté sur notre toit. J’étais dans une pièce avec deux autres personnes. Deux énormes missiles sont tombés sur la maison. La pièce voisine, où étaient tous les autres, a été complètement détruite. » Après, le trou noir, jusqu’à ce qu’on le sorte des décombres.

    Un voisin, Ahmed Abu Ahmed, 41 ans, a tout vu : « Le combattant de Daech avait installé une mitrailleuse lourde PKC sur l’un des toits. Les forces spéciales irakiennes ont d’abord essayé de venir vers lui, mais il est parvenu à les repousser. Puis deux missiles sont tombés, l’un juste après l’autre. » Ancien policier, Ahmed Abu Ahmed en est persuadé : c’est un avion F16, un bombardier de construction américaine, qui a effectué la frappe. Il s’est précipité pour fouiller les décombres, jusqu’à la nuit tombée. Premier décompte, dix-neuf corps.

    Mais le lendemain, des voisins entendent une voix faible qui provient de dessous les ruines : « Maman ! Papa ! » Ahmed Abu Ahmed fouille de nouveau, y trouve une petite fille, les jambes cassées, blessée au crâne, qu’il porte jusqu’à une ambulance. Les fouilles se poursuivent et identifient sept corps de plus, établissant le bilan à vingt-six morts. Les proches des victimes ne réclament qu’une chose : être autorisés à aller enterrer les cadavres, qu’ils ont dû laisser sur place, quand les forces irakiennes les ont évacués de la zone.

    Ce n’est pas l’heure d’enterrer ses morts pour les militaires. « Mes hommes ne sont plus qu’à 600 mètres de la mosquée Al-Nouri, celle d’où Abou Bakr al-Baghdadi s’était proclamé calife ! » Le visage soucieux, le colonel Omar Ali martèle cette distance comme un mantra. Dans des rues en principe sécurisées depuis une semaine, l’officier irakien se tient tout de même à couvert sous l’auvent d’une échoppe de Dawwasah, face au parc de la municipalité. Les yeux sévères furètent à droite, à gauche, puis il court jusqu’à son blindé, qui l’emmène rejoindre ses hommes en marche vers le Vieux-Pont.

    Quelques minutes plus tôt, les hommes, des palmiers et des immeubles ont tremblé. De l’autre côté du parc, entre la vieille ville et le fleuve, un bulldozer piégé s’est faufilé, slalomant entre deux lignes d’unités de la Division de réaction rapide (Emergency Response Division, ERD en anglais), les sections d’assaut du ministère de l’intérieur irakien, fer de lance de la reconquête de Mossoul-Ouest. Un tir de lance-roquettes l’a désintégré avant qu’il n’atteigne la troisième et dernière ligne de défense. L’explosion a tout de même fait plus d’une dizaine de blessés graves parmi les soldats irakiens.

    Il est loin le temps où les sections d’assaut de l’ERD s’emparaient en une demi-journée de l’aéroport, pénétraient le premier quartier d’habitation le surlendemain, remontaient sans encombre vers le quatrième pont de la ville, le tout en à peine dix jours. Les forces de l’ERD voulaient en remontrer aux forces spéciales, la fameuse « Division d’or » qui menait l’offensive à Mossoul-Est. Mais aujourd’hui, à la mi-mars, et comme depuis deux semaines, elles peinent à grignoter un archipel de grands bâtiments aux abords sud de la vieille ville.

    Même les offensives nocturnes n’ont pas permis de maintenir le rythme. Les forces irakiennes ont avancé ainsi dans le quartier administratif la nuit du 6 au 7 mars. L’État islamique les a laissées venir et, le lendemain, une contre-attaque massive les forçait à se replier. Il a fallu remettre cela dans la nuit du 9 au 10. Cette fois, les défenses de Daech ont immédiatement riposté. Depuis, l’ERD doit chaque jour combattre dans ces zones en principe déjà conquises.

    Nous reproduisons cet article du site Mediapart, qui vit de ses abonnements, c’est le meilleur article sur ce sujet, cela nous permet d’appeler nos lectrices et lecteurs à s’abonner à  cet excellent site d’informations. La suite sur le site…

    PAR JÉRÉMY ANDRÉ

    https://www.mediapart.fr/

  • Irak : la sale besogne des peshmergas contre la gauche kurde (Alternative Libertaire)

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    Miliciens YBŞ à Sinjar.cc Aranews.net

    Erdogan a le bras long, et tout est bon pour étrangler le Kurdistan. Après que son armée a envahi le nord de la Syrie, son allié Massoud Barzani met la pression sur le Sinjar, jusque là défendu par les milices de la gauche kurde.

    Le 3 mars, 500 peshmergas, les soldats du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) ont attaqué la ville de Khanasor, dans la région hautement symbolique du Sinjar, en Irak [1]. On a dénombré plusieurs morts et blessés. L’attaque a été repoussée, mais la vigilance reste de mise.

    Rappelons que le Sinjar est le foyer des Yézidis, une minorité religieuse considérée comme « satanique » par les djihadistes de Daech. A l’été 2014, les peshmergas qui tenaient la région s’étaient enfuis devant l’avancée de Daech, abandonnant les populations yézidies au sort que leur promettait les djihadistes : l’extermination pour les hommes, l’esclavage pour les femmes. La population yézidie n’avait dû son salut qu’à la contre-offensive spectaculaire menée par les combattantes et les combattants du PKK et des YPG-YPJ, qui avaient stoppé Daech et sécurisé le mont Sinjar.

    Par la suite, la gauche kurde a encouragé l’auto-organisation des Yézidis, qui se sont dotés de leurs propres unités d’autodéfense, armés et entraînés par le PKK : les YBŞ (hommes et femmes) et les YJŞ (femmes).

    Ce sont les YBŞ qui ont repoussé l’attaque des peshmergas, et en ont capturé plusieurs.

    Enclaves rouges en Irak

    Avec Maxmûr [2]ou les monts Qandil, le Sinjar constitue un des points d’appui de la gauche kurde en Irak, contrariant fort les pouvoirs en place à Bagdad, à Ankara et à Erbil, la capitale du GRK où règne Massoud Barzani, un potentat dans l’orbite d’Erdogan. En janvier, un rapprochement entre les présidents turc et irakien a ouvert la voie à cette tentative de reprise en main de Sinjar [3].

    On voit aujourd’hui le résultat.

    Triste spectacle que ces peshmergas, encensés l’an passé dans un film de BHL [4], qui tirent sur leurs rivaux de gauche, alors qu’à quelques dizaines de kilomètres de là, Daech poursuit ses exactions.

    Menace turque sur Manbij

    L’attaque du Sinjar éclate alors que l’armée turque et ses supplétifs islamistes de l’Armée syrienne libre (ASL) se sont emparés de la ville d’Al Bab le 27 février, après plusieurs mois de combats contre Daech. A présent, les troupes d’Erdogan visent la ville de Manbij, tenue par les Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition arabo-kurde). Pour déjouer cette menace, les FDS ont préféré reculer de plusieurs kilomètres, laissant les troupes de Bachar el Assad se glisser entre elles et les troupes turques. Russes et Américains ont avalisé ce tour de passe-passe pour limiter les affrontements.

    Et le fait est là. Al-Bab, Manbij, Sinjar : en plusieurs endroits, l’État turc et ses alliés démontrent que Daech n’est, pour eux, qu’un adversaire secondaire. Leur objectif premier est d’éradiquer la gauche kurde et d’étrangler ce symbole démocratique et anticolonialiste que constitue le Rojava/Fédération Démocratique du Nord de la Syrie [5].

    Guillaume (AL Montreuil), Étienne (AL 92), le 9 mars 2017

    9 mars 2017

    Notes:

    [1] « Clashes stop between Rojava Peshmerga, PKK affiliate fighters in Sinjar », sur Kurdistan24.net.

    [2] Lire « À Maxmur, l’autogestion est un sport de combat », Alternative libertaire, janvier 2017.

    [3] Allan Kaval, « Ankara et Bagdad renouent le dialogue sur le dos du PKK », Le Monde, 9 janvier 2017.

    [4] Bernard-Henri Lévy, Peshmergas, 2016.

    [5] La Fédération Démocratique du Nord de la Syrie englobe l’ensemble des territoires libérés par les FDS, qu’ils soient arabes, kurdes ou syriaques

    http://alternativelibertaire.org/

  • Rojava : Les Peshmergas attaquent le Rojava et le PKK avec l’aide de la Turquie et de l’ASL (Tendance Claire)

    Le Mont Shengal en mai 2016 (cliquez pour agrandir)

    Le Mont Shengal en mai 2016 (cliquez pour agrandir)

    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Le PDK (Parti Démocrate du Kurdistan, le parti féodal libéral qui gouverne la région autonome du Kurdistan en Irak) veut depuis longtemps conquérir le Rojava.

    Il demande régulièrement à faire entrer des peshmergas dans ce territoire du nord de la Syrie afin de "combattre Daesh" selon ses propres dires. Les YPG et les YPJ le répètent : si les peshmergas du PDK veulent combattre Daesh en Syrie, ils devront le faire sous l’écusson des YPG et des YPJ. A l’inverse, le PKK contrôle plusieurs zones dans le Kurdistan irakien : les montagnes du nord de la région (à la frontière turque) et le Mont Shengal, la montagne des Yézidis, que Daesh a tenté de génocider alors qu’ils étaient abandonnés par les peshmergas et qui avaient été secourus par le PKK, les YPG et les YPJ. Cette situation est une épine dans le pied du PDK, empêtré dans des scandales de détournement de pétrole et traînant à organiser un référendum sur l’indépendance du Kurdistan Sud tant qu’il n’a pas la garantie de s’y mettre au pouvoir. Le Mont Shengal est aujourd’hui défendu contre Daesh par des milices du PKK et des milices yézidies, le PDK a plusieurs fois poser des ultimatums afin de les en chasser, sans succès.

    La situation a évolué en ce début de mois de mars : le PDK demande toujours à faire entrer 5000 "peshmergas rojava" (surnommés "roj-pesh") en Syrie, il négocie ferme avec les régimes turc et syrien à cette fin et a récemment rejoint l’opération "Bouclier de l’Euphrate". Pour rappel, cette opération est une mise en place d’une zone tampon empêchant l’unification des cantons du Rojava, elle est pilotée par la Turquie et appliquée par des factions salafistes issues de l’armée syrienne libre. Cette opération a empêché les YPG/YPJ de libérer la ville d’Al-Bab et menace à présent la ville de Manbij qui a été libérée aux YPG après une bataille extrêmement coûteuse en vies humaines.

    En plus de la menace sur Manbij, 500 roj-pesh ont été massés aux portes du Mont Shengal ce matin du 3 mars. Ils voulaient passer à Hawl (au-delà de la frontière syrienne, au Rojava) et sont donc passés dans la ville yézidie de Khanasor, contrôlée par des milices yézidies pro-PKK, les YBS. Des affrontements ont éclatés, 400 familles ont été évacuées en quelques heures, fuyant par des routes qu’elles avaient déjà du prendre en fuyant Daesh en août 2014. Cette agression du PDK contre le PKK survient à quelques kilomètres à peine de la ligne de front contre Daesh, dans un village où vivent des centaines de Yézidis qui ont déjà été martyrisés par l’Etat Islamique (des centaines de femmes sont toujours détenues comme esclaves sexuelles). Selon des sources non-officielles, il y aurait eu au moins 10 morts coté PDK, 6 coté YBS, 5 côté PKK, et un civil yézidi, ainsi que des dizaines de blessés. Les milices YBS et PKK n’ont pas d’artillerie lourde au Mont Shengal, mais des témoins rapportent que du matériel est importé depuis le Rojava en urgence. En réaction à cette attaque, des locaux de mouvements proches du PDK au Rojava ont été incendiés par des foules en colère. Notamment le local du KNC à Qamislo.

    Politiquement, le Mont Shengal ne fait officiellement pas partie de la région autonome du Kurdistan irakien selon les frontières de 2003. Il est donc disputé entre les gouvernements de Baghdad et d’Erbil mais est défendu par des milices pro-PKK qui encouragent l’administration de la montagne par les Yézidis (en tant que "Yézidistan"). Une réunion d’urgence aurait eu lieu entre PKK, YBS et PDK avec le PUK (un autre parti plus progressiste au Kurdistan irakien) comme médiateur. La réunion aurait échouée et la situation resterait extrêmement tendue sur place.

    Pour plus d’information, un statut à dérouler.

    Pour mieux comprendre la situation au Kurdistan, voir notre dossier "Notes sur le Kurdistan".

    http://www.secoursrouge.org/Rojava-Les-Peshmergas-attaquent-le-Rojava-et-le-PKK-avec-l-aide-de-la-Turquie

    http://tendanceclaire.org/

    Commentaire: La "Tendance Claire" est un courant du NPA.

  • Irak : Une offensive complexe de la coalition à Mossoul (NPA)

    Quatre mois après le début de l’offensive visant à reprendre la région de Mossoul à Daesh/« l’État islamique », le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a lancé dimanche 19 février l’opération finale visant à libérer la partie ouest de la grande ville.

    Il s’agit évidemment d’un enjeu stratégique essentiel pour le fragile gouvernement irakien, mais aussi pour la coalition internationale dirigée par les États-Unis qui l’encadre. Mossoul est la deuxième ville irakienne (2 millions d’habitantEs). Elle a connu le « privilège » d’être proclamée en juin 2014 capitale du « califat » de Daesh, avec à cette occasion la seule apparition publique de son chef, le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi. La bataille y est donc très dure, Daesh résistant de toutes ses forces.

    La densité de population à l’ouest du Tigre y est aussi la plus élevée, dans la partie ancienne de la ville avec ses petites ruelles et 750 000 habitantEs (dont 350 000 enfants) fragilisés par le manque d’eau et de nourriture, mais aussi par la répression sanglante menée par Daesh. Il y a eu plusieurs actions internes de résistance contre les forces djihadistes dans la ville, vite stoppées par l’ampleur de la punition contre ces actes : selon des habitants, pour chacun de ses membres tués, Daesh a arrêté 40 jeunes et les a ­exécutés sur place.

    Coalition et pouvoir irakien

    Cette offensive présente de nombreuses difficultés pour la coalition qui la mène. Elle ne peut se permettre d’être aussi féroce envers les civils que celle du régime syrien et de ses alliés contre Alep et les autres villes syriennes : à la différence de la Syrie, elle combat ici vraiment Daesh et non une insurrection populaire. La coalition doit aussi tenir compte un minimum de l’opinion publique internationale, et dans l’immédiat, elle est confrontée aux alertes pressantes d’organisations humanitaires qui voient venir une situation d’abandon catastrophique de centaines de milliers de civils.

    De son côté, du fait de sa faiblesse au Parlement, le Premier ministre irakien Abadi et son gouvernement ont un besoin absolu de victoires militaires afin de restaurer un fort crédit populaire pour rassembler les différentes composantes de la population. Il ne dispose de manière sûre que de 20 à 30 parlementaires (sur 328 !), face à son frère ennemi l’ancien Premier ministre al-Maliki, qui lui a choisi la confrontation contre les alliés kurdes et arabes sunnites, suivant la ligne du gouvernement iranien fondée sur une agitation confessionnaliste. Or Mossoul est composé de multiples ethnies et religions : il s’agit donc d’une des dernières opportunités de conserver l’Irak comme pays de cohabitation.

    Sur le terrain du rapport de forces

    Se résignant à aller lentement, Abadi privilégie l’envoi au front des unités du CTS (Service de contre-terrorisme), dont le chef a refusé qu’il soit bâti à l’image de l’État irakien sur des quotas confessionnels ou ethniques. Cette force a montré son efficacité militaire contre Daesh, en même temps que sa capacité à établir de bonnes relations avec les populations des zones libérées. Cela au contraire d’autres unités militaires et milices responsables d’exactions récemment dénoncées, comme la force « Mobilisation populaire » constituée à l’appel de l’autorité religieuse chiite Ali al-Sistani, mais dont la plupart des unités ne suivent pas les recommandations de bonnes relations avec la population sunnite.

    À côté de ces unités, il y a des forces de « mobilisation tribale » sunnites et les peshmergas kurdes barzanistes. Et le tout compte sur l’aviation de la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Ceux-ci cherchent, sans y arriver, à éviter les bavures militaires ou diplomatiques, comme la récente déclaration de Trump regrettant que les USA n’aient pas obtenu plus de pétrole irakien en compensation de l’engagement militaire étatsunien...

    Le calme après la tempête ?

    Jusqu’ici, Abadi a réussi à séparer les composantes inflammables des forces anti-Daesh, laissant la plupart des forces des « Mobilisations populaires » loin de Mossoul, négociant avec les peshmergas kurdes qui ont lutté pour la première fois côte-à-côte avec l’armée irakienne... Ce qui ne les pas empêché de recevoir des obus d’artillerie tirés par des « milices indisciplinées » !

    Mais le retour au calme en Irak est encore loin. La reprise de Mossoul peut déraper à tout moment. Il reste des territoires à l’ouest de la ville jusqu’à la frontière avec la Syrie contrôlées par Daesh. Il y a aussi les forces du PKK auxquelles les USA interdisent d’entrer dans la ville de Sinjar, et considérées comme une organisation terroriste en Irak, mais amie en Syrie. Et il y a le discrédit du système politique irakien avec sa corruption et ses tensions confessionnalistes.

    Pour notre part, nous maintenons notre opposition aux bombardements sur les zones habitées comme aux guerres substituant les logiques impérialistes et dictatoriales aux luttes des peuples, bombardements et guerres qui au Moyen-Orient n’ont fait que favoriser les obscurantismes depuis tant d’années.

    Karim Saïd et Jacques Babel

     
  • Brest Rassemblement

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    Communiqué du collectif « Paix au Moyen-Orient ».

    Rassemblement mercredi 1er mars à 18 heures au Monument aux Morts

    Avec la reprise de son aéroport par les forces gouvernementales, la reconquête de Mossoul est entrée dans une phase cruciale. Après la Syrie et Alep, c'est aujourd'hui en Irak, dans les quartiers Ouest de Mossoul où 700 000 civils dont près de la moitié d'enfants se trouvent pris au piège que l'on peut craindre un nouveau drame humanitaire.

    Plus que jamais nous devons rester mobilisés pour dénoncer les drames qui se déroulent sous nos yeux, exiger la protection des populations civiles et réclamer l'ouverture d'un sommet de l'ONU afin de trouver une issue politique aux conflits qui embrasent aujourd'hui le Moyen-Orient.

     

  • Syrie-Irak Repenser l’internationalisme après Alep Réflexions au fond, exigences urgentes (ESSF)

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    « La Syrie et les Syriens se sentent abandonnés pas seulement par les États du monde « libre » mais aussi et surtout par les sociétés civiles occidentales.

    Le seul élan de solidarité remarquable et reconnaissable s’est traduit par l’engagement citoyen de certains pays, comme l’Allemagne et le Canada, pour gérer d’une manière décente la question des réfugiés en général et celle des Syriens en particulier. » (Salam Kawakibi, intellectuel franco-syrien originaire d’Alep, politiste et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative. Entretien accordé à Joseph Confavreux, Mediapart, 14 décembre 2016.)

    Alep est le nom d’une défaite qui est aussi la nôtre compte tenu de l’incapacité des gauches radicales à construire un mouvement de solidarité internationaliste de masse en France et en Europe. Alep : que faire ? Que dire pour sortir de l’impuissance ? Quels pourraient être les contours d’un programme d’action internationaliste avec le peuple syrien aujourd’hui ? Ces questions se sont posées avec force depuis l’offensive lancée par Poutine et Assad sur Alep-Est le 15 novembre dernier. Elles s’étaient déjà posées auparavant, au fil de l’escalade dans l’horreur de cette guerre d’une dictature contre son peuple : après le carnage de la Ghouta, dans la banlieue de Damas, en août 2013, après le largage de barils d’explosifs par l’aviation syrienne sur les quartiers rebelles d’Alep en décembre 2015, après le bombardement de Homs en 2015. Elles se poseront sans doute à nouveau demain, peut-être à Idlib, car la prise d’Alep par le régime syrien et ses alliés ne résout rien dans la guerre en cours.

    Je tente ici d’interroger l’orientation politique des gauches radicales françaises concernant la guerre en Syrie et de penser les contours d’un programme d’action internationaliste. Plus une esquisse qu’une étude exhaustive, cet article est aussi un appel à la critique et des contributions pour penser les voies possibles pour construire une campagne de solidarité internationaliste à la hauteur des enjeux de la question syrienne. Les points d’appui théoriques et politiques de la réflexion proposée ci-après sont, de manière inégale, Daniel Bensaïd, Pierre Bourdieu, Philippe Corcuff, Francis Sitel, Gilbert Achcar, Michel Agier, Jean Jaurès et Eric Hobsbawm.

    Rapports de force

    L’action politique subalterne est par définition confrontée à un rapport de forces défavorable : elle est structurellement asymétrique, par sa position dans l’espace social et politique. Sa condition de possibilité est la définition et l’affirmation d’un penser/agir qui puisse suspendre les fatalités déterministes de l’ordre existant du monde. [1] Une orientation politique se déployant dans l’espace public faite de mots d’ordre, de revendications immédiates et de principes politiques généraux qui, sans chercher à changer miraculeusement le monde d’un seul coup, permet de défendre certaines positions tout en ouvrant de nouveaux possibles dans l’auto-émancipation individuelle/collective du plus grand nombre.

    En pratique, cela signifie que l’idée selon laquelle « les rapports de force dégradés » rendraient impossible une action politique internationaliste concernant la guerre en Syrie est une erreur. Erreur justifiée par tout le poids social de la domination politique qui s’exerce sur les gauches radicales.

    L’asymétrie de la lutte peut toutefois être employée comme un point de départ pour penser une intervention politique. Il s’agirait, comme le propose Hannah Arendt, d’aller à la racine des choses et de la vérité en ne commençant à nous « défendre que dans les termes de l’attaque, en retournant le sens des mots ». Poutine, Assad et leurs adorateurs de droite comme de gauche en France soutiennent que la priorité est la « lutte contre le terrorisme » ? Le terrorisme, c’est aussi eux ! rappellent à juste titre Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann dans une tribune au Monde datée du 13 décembre dernier. Les partisans des campagnes impériales de bombardements en Syrie et en Irak soutiennent que ces opérations pourront rétablir la loi et l’ordre dans une région du monde qui aspire à la paix. Une paix impériale introuvable. Ce discours guerrier et impérialiste qui va de Le Pen à Fillon en passant par Hollande, Obama, mais aussi Trump et Poutine, est démenti jour après jour par le chaos persistant et l’emballement de la violence au Moyen-Orient. Le désordre mondial du capitalisme est accentué par les campagnes impérialistes successives au Moyen-Orient.

    Parallèlement à l’asymétrie des mots, il y a aussi une asymétrie dans le temps et les rythmes de la politique et de la guerre en cours : un renversement dialectique peut aussi s’envisager dans les échéances du calendrier politique. Force est de constater que l’initiative politique dans la guerre en cours en Syrie demeure entre les mains des États : présidents, états-majors, diplomates, chancelleries. De communiqué en communiqué, de conférence « de paix » en conférence « de paix », de réunion onusienne en réunion onusienne… la colère et la solidarité internationaliste des militants des gauches ne trouve aucune expression politique qui parvienne à suspendre le cycle infernal des chefs d’État dans la guerre en Syrie. Où trouver la brèche ? Le pari stratégique est de s’immiscer dans les affaires des puissants. Toute occasion est bonne à prendre. Pourquoi, par exemple, ne pas s’inviter aux « primaires de la gauche » pour y poser ces questions politiques déplacées qui seules peuvent ouvrir de nouveaux possibles ? Quelle que soit la réponse envisagée, il importe de penser stratégiquement l’action politique sur une temporalité qui dépasse les campagnes d’urgence liées à l’actualité. Le martyre d’Alep n’a rien réglé à la guerre en Syrie. Il est encore temps de sortir du piège des « immédiatetés successives ». [2]

    Impasses

    La difficulté à formuler un programme d’action internationaliste clair et efficace concernant la guerre en Syrie est triple.

    Premièrement, le martyre syrien nécessite de penser sans schéma préétabli, car même si les expériences historiques, comme celle de la guerre civile espagnole (1936-39), fournissent des analogies utiles pour saisir une situation présente profondément complexe, elles ne peuvent résoudre la question stratégique du que faire aujourd’hui ? La situation contemporaine est sans précédent historique, cela étant vrai par ailleurs pour toute conjoncture historique. L’art de la politique demeure donc un pari incertain et une série d’improvisations réglées d’après une hypothèse stratégique ouverte et changeante. La nouveauté et la complexité de la guerre en Syrie ne sont donc pas étrangères à l’impuissance généralisée qu’elle concentre. Francis Sittel écrivait à juste titre en février 2014 dans la revue Contretemps : « Et voici la Syrie. Avec ce qu’elle porte d’inimaginable : une dictature qui mène contre son peuple une guerre. (…) En France, face à cette horreur, seule répond l’impuissance généralisée : gouvernements, opinion publique, partis politiques constatent… qu’on n’y peut rien. » [3]

    Deuxièmement, la révolution démocratique et populaire en Syrie semble aujourd’hui avoir été défaite quelque part entre la militarisation du conflit par Bachar al-Assad et l’intervention militaire russe. On ne peut que partager la critique de Francis Sitel à l’encontre de tous ceux qui sont empressés de déclarer la mort clinique de la révolution syrienne : « qu’est-ce qui permet de décréter que telle est bien la situation » ? [4] Cela ne peut se faire que par le peuple syrien lui-même. Or, la chute d’Alep-Est semble en effet indiquer un tournant dans la situation qu’on ne saurait ignorer. Yassine al-Hajj Saleh par exemple souligne aujourd’hui clairement que « [d]eux sentiments contradictoires me tenaillent. D’abord le constat que les espoirs de la révolution syrienne sont morts. Nous sommes battus. C’est trop tard, on ne peut plus gagner. En même temps, je veux parler de ma fierté. Pour notre lutte, pour nos morts, pour nos torturés, pour nos humiliés. Je ne me résous pas au pessimisme total. La lutte dépasse le cadre syrien. C’est un combat global pour la dignité et la liberté. » [5]

    Les aspirations politiques de la révolution démocratique de 2011 demeurent vivantes dans la mémoire populaire et les mémoires marranes des exilés. Mais force est de constater aujourd’hui que les acteurs de la révolution née dans le contexte des révolutions arabes en 2011 ne font plus partie du paysage politique/militaire du conflit syrien. Il s’ensuit donc pour les militants des gauches radicales en France une difficulté à trouver un point d’appui dans ce conflit : qui soutenir ? quel programme ? quelles revendications ?

    Sur ce point, la presse du NPA par exemple continue à nourrir certaines ambiguïtés qui ne facilitent pas une orientation claire dans ce qui apparaît – pour un observateur en France – comme un reflux des irruptions démocratiques du peuple syrien dans l’espace public contre ses oppresseurs. Jacques Babel parle par exemple dans L’Anticapitaliste. La Revue (n° 81, octobre 2016) de « l’insurrection populaire toujours en cours » en Syrie. Or, la situation est telle aujourd’hui qu’il est difficile d’identifier et de voir clairement les acteurs de ces aspirations démocratiques sur les différents fronts syriens. Peut-être la situation sera tout autre dans un an. Peut-être la révolution démocratique de 2011, renaîtra-t-elle avec force bien plus tard, dans cinq, dix, quinze ans, avec d’autres formes de luttes, d’autres mots d’ordre, d’autres acteurs. Que faire alors aujourd’hui ? Cinq années après les soulèvements démocratiques du monde arabe, les causes profondes de ces révolutions font toujours partie du tableau politique et social de tous ces pays, y compris ceux où la révolution a triomphé comme la Tunisie. Adopter un horizon stratégique d’une durée moyenne – proche de la temporalité de cycles économiques mais aussi de celle des luttes politiques et sociales – semble donc nécessaire pour quiconque souhaite rester fidèle à l’événement de 2011 et, de manière plus générale, au principe de l’auto-émancipation.

    Troisièmement, toute action politique portant sur la guerre en Syrie encourt le risque de tomber dans le piège des lignes de partage tracées par les principaux camps qui s’affrontent. Un tel alignement « campiste » adossé à l’anti-impérialisme est assez répandu dans les gauches radicales, comme en témoignent la politique du Venezuela, de Cuba ou bien de Jean-Luc Mélenchon. Les faits de la situation syrienne démontrent toutefois l’impasse de cette ligne politique. Suivant l’analyse de Gilbert Achcar, la situation en Syrie montre que la révolution démocratique a été défaite par deux forces contre-révolutionnaires elles-mêmes opposées : le régime de Bachar al-Assad et ses alliés (Russie/Iran/Hezbollah) et les groupes rebelles islamistes allant des « modérés » soutenus par les Etats-Unis aux djihadistes de Daesh en passant par les groupes soutenus par les pétromonarchies du golfe Persique et la Turquie. [6]

    Dans le prolongement de ce piège des deux « camps », il existe aussi l’impasse d’un impérialisme humanitaire qui, comme tout projet impérial, véhicule la chimère d’une paix et d’un ordre mondial stable. Impasse démontrée en pratique par l’intervention française et britannique en Libye en 2011. A l’époque les gauches critiques s’étaient divisées à l’échelle mondiale sur la question d’un appel à l’intervention humanitaire ou pas face au risque d’un massacre de la révolte de Benghazi.

    Réintroduire le « tiers exclu » suivant les termes de D. Bensaïd devient ici indispensable pour qui ne veut pas tomber dans ces impasses politiques. Daniel Bensaïd : « le dégel de la guerre froide et l’interférence complexe de multiples conflits oblige de sortir de la logique binaire des « camps » sous hégémonie étatique d’une mère patrie (fut-elle celle du socialisme réellement existant), et de réintroduire le tiers exclu pour s’orienter stratégiquement dans des conflits comme ceux des Balkans ou du Golfe. » [7] Ce « tiers exclu » ne peut être un donné positif ; il relève de la raison stratégique/politique et non pas de la rationalité scientifique. Il est donc une construction politique. Dans le cas syrien aujourd’hui, le « tiers exclu » des gauches radicales ne peut provenir que des masses populaires, des acteurs et des organisations de la révolution démocratique de 2011, envisagés ni comme des victimes, ni comme des marionnettes de puissances étrangères, mais comme des sujets politiques à part entière qui travaillent pour leur propre libération dans un contexte traversé par de multiples forces et contradictions. Ce camp révolutionnaire-démocratique est devenu « invisible » au fil du temps, selon les termes de Yassine al-Hajj Saleh. [8] Le régime d’Assad a sciemment œuvré pour l’étouffer et favoriser les courants réactionnaires dans la rébellion armée syrienne. [9].

    Pourtant, le « tiers exclu » ne saurait être identifié aux groupes armés islamistes et/ou djihadistes dans la mesure où ils représentent exactement le contraire de la révolution démocratique syrienne. Leur projet politique, en rupture avec l’ordre établi, se rapproche davantage d’une « révolution conservatrice » telle que caractérisée par Pierre Bourdieu dans la République de Weimar durant l’entre-deux-guerres. [10] Associer les forces réactionnaires des groupes islamistes au projet de la révolution démocratique née en 2011 constitue en ce sens une erreur d’analyse [11] qui conduit à entretenir un soutien ambigu et/ou critique envers ces groupes en vertu de leur seule opposition armée au régime sanguinaire du maître de Damas. On risque ainsi de retomber dans le piège du « campisme », à la remorque de forces politiques et de puissances bien éloignées de l’aiguillon de l’émancipation.

    Droit/civils/hégémonie

    Face aux déraisons de la raison d’État qui sert à masquer aujourd’hui en Syrie la barbarie la plus abjecte, les militants des gauches radicales ne peuvent pas rejeter le droit comme un simple outil de classe ou comme une illusion idéologique des puissances impérialistes. La lutte pour faire respecter le droit doit être au contraire au centre d’un programme d’action internationaliste dans un contexte d’un reflux de la révolution syrienne.

    Les « hors-lieux » où s’applique un état d’exception, fondé sur l’institution de la violence comme seule loi de régulation, se multiplient aujourd’hui au même rythme que les déséquilibres qu’entraîne la mondialisation marchande et armée du capital. En ce début du XXIe siècle, les champs migratoires, les camps de migrants, de déplacés, de réfugiés, les zones de guerre se rapprochent donc plus des normes biopolitiques d’Auschwitz que du droit national/international en vigueur aujourd’hui. [12]

    Lutter contre ce que l’anthropologue Michel Agier appelle des « hors-lieux », c’est-à-dire ces espaces localisables mais situés en dehors d’un ordre territorial, juridique et politique où s’institue un état d’exception, implique en effet de prendre appui sur le droit national, européen et/ou international pour protéger les droits les plus élémentaires de la population civile dans la guerre en cours.

    En s’emparant du droit pour articuler une action politique qui se veut utile, il est aussi question de renforcer la lutte des gauches radicales pour l’hégémonie. Car comme Jaurès l’a souligné suite à l’affaire Dreyfus (1894-1899) face à J. Guesde, cette affaire a été une bataille où le mouvement socialiste et ouvrier « a rempli son devoir envers lui-même, envers la civilisation et l’humanité ; c’est parce qu’il a poussé si haut son action de classe, qu’au lieu d’avoir la bourgeoisie pour tutrice, c’est lui qui est devenu dans cette crise le tuteur des libertés bourgeoises que la bourgeoisie était incapable de défendre », montrant ainsi « qu’il sera capable de lutter demain pour l’humanité tout entière ». [13]

    Mutatis mutandis, dans la guerre en cours en Syrie, il s’agit d’engager une lutte pour « remplir notre devoir envers nous-mêmes, envers la civilisation et l’humanité » et montrer que le mouvement social et les gauches radicales sont aujourd’hui les tuteurs véritables des droits et libertés fondamentaux. La fécondité de cette ligne politique visant à construire l’hégémonie est confirmée par l’expérience du mouvement mondial contre la guerre en Irak de l’hiver/printemps 2003, mais aussi, plus près de nous, par la lutte pour les droits et libertés démocratiques au printemps dernier pendant le mouvement contre la loi travail et son monde. Par-delà des magistrats qui témoignent d’un engagement dans le champ de la justice, il apparaît indéniable aujourd’hui que les libertés démocratiques, les droits les plus élémentaires et le droit international n’ont été défendus avec constance et vigueur au cours des vingt dernières années que par le camp des mouvements sociaux, des gauches radicales et critiques, du mouvement altermondialiste et de leurs réseaux multiformes.

    Responsabilités

    L’historien Jean-Pierre Filiu, spécialiste de la Syrie et du Moyen-Orient à Sciences Po, soutient que la responsabilité de ce qui se passe à Alep aujourd’hui est partagée par « … le monde entier. La responsabilité collective est historiquement indéniable. » [14] Une telle perspective présente l’avantage d’ouvrir à la complexité du conflit mais évacue néanmoins la critique des impérialismes, des effets destructeurs de la mondialisation armée et du capitalisme de manière plus générale.

    Il appartient donc à la critique anticapitaliste de rappeler la dialectique du développement historique sur la longue durée telle qu’esquissée par Marx en 1859 dans sa Préface à la Critique de l’économique politique : « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’elles étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. » [15] Le martyre d’Alep en est aujourd’hui l’illustration. La guerre en Syrie n’a rien d’un complot capitaliste ou impérialiste. S’il existe des auteurs indéniables d’exactions, de massacres et de crimes de guerre et/ou d’humanité, il n’en demeure pas moins que les origines historiques/sociales/structurelles de ce conflit sont bien plus profondes et viennent de loin. Et dans ces origines de longue durée, le mode de production capitaliste est incontournable.

    Une enquête historique approfondie et détaillée serait nécessaire pour en saisir toutes les médiations historiques. Mais, dans l’immédiat, en voici ici un seul des multiples aspects. Jean Jaurès expliquait à la tribune de la Chambre des députés le 7 mars 1895 que la société bourgeoise « porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage ». Car « [t]ant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts possibles de la masse, s’appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques, tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l’une par l’autre, écrasant au moyen du peuple aigri les libertés parlementaires de la bourgeoisie, écrasant au moyen de la bourgeoisie gorgée d’affaires le réveil républicain du peuple ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. C’est de la division profonde des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations. » [16]

    Si ce discours a souvent été associé dans la culture politique des gauches au danger d’une guerre impérialiste, il n’a pas été actualisé par les mouvements anti-guerre de notre période. L’équation posée par Jaurès, capitalisme = guerre, apparaît non seulement comme un point d’appui d’une critique internationaliste et anticapitaliste des guerres impériales et de la guerre menée par un dictateur contre son peuple. Elle est aussi une ligne de partage historique au sein des gauches françaises qui demeure valable dans le contexte actuel où les militants des gauches radicales travaillent à reconstruire une gauche de combat et une nouvelle représentation politique des exploités et des opprimés.

    Mots d’ordre

    L’action politique anticapitaliste n’est pas une passion triste. La déploration incessante des horreurs du monde tel qu’il va a des effets anesthésiants sur la créativité politique et éloigne du terrain politique le plus grand nombre. [17] Pour construire des interventions claires, cohérentes et visibles dans l’espace public contre la guerre en Syrie, des mots d’ordre ouvrant des brèches à l’ordre établi sont nécessaires. A l’image des mesures d’urgence ou de transition des gauches radicales, ces mots d’ordre et revendications cherchent à la fois à répondre aux besoins de la situation immédiate et à prendre appui sur les virtualités révolutionnaires inscrites dans la situation et la période contemporaines.

    En voici une brève liste de propositions, du plus urgent au plus général, à soumettre au débat.

    Ouverture des frontières européennes et françaises pour accueillir les réfugiés syriens en masse. « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République » stipule le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 toujours en vigueur aujourd’hui dans la Constitution. Des campagnes locales pour l’adoption de résolutions allant en ce sens par les conseils municipaux, généraux et régionaux, ou encore par des assemblées générales de ville ou de quartier peuvent être envisagées pour débloquer une situation qui à l’échelle nationale de l’Etat demeure sous le contrôle des classes dirigeantes.

    Envoi massif d’aide humanitaire par les pays capitalistes développés et création de couloirs humanitaires pour évacuer les civils d’Alep-Est et des autres villes bombardées, assiégées et dévastées en Syrie.

    Arrêt des bombardements et trêve générale à Alep, en Syrie et en Irak.

    Ouverture d’une commission d’enquête internationale sous l’égide de l’ONU en Syrie et dans tous les pays belligérants, y compris la France, pour établir la vérité sur les violations des droits fondamentaux, les crimes de guerre et/ou d’humanité, les atrocités, les responsabilités, etc. Cela devrait également permettre de percer l’opacité entretenue par le ministère de la Défense en France sur les opérations aériennes françaises et obliger l’Etat à communiquer des données pour en débattre démocratiquement.

    Ouverture en Europe d’une commission internationale de la mémoire et de la vérité sur la guerre en Syrie. Construire un réseau d’intellectuels reconnus capable de recueillir et d’éditer de manière critique le témoignage des réfugiés syriens au sein d’institutions de recherche consacrées comme l’Ehess, l’Inalco ou encore le Collège de France. L’édition critique et la publication officielle, à grand tirage, des documents de la révolution démocratique syrienne, afin de sauver la mémoire de cette révolution défaite et la diffuser dans l’espace public. Le risque d’un négationnisme des crimes commis en Syrie est très présent aujourd’hui ; Florence Massena le souligne dans son billet de blog, « Alep aux bien-pensants », sur Mediapart, 14/12/2016 : « hier, après l’annonce des Nations unies que selon des sources fiables des civils étaient abattus par des forces du régime dans les rues, des messages lapidaires sur les réseaux sociaux sont apparus, doutant de la véracité de cette information. (…) Rien sur la guerre en Syrie n’est clair et vérifiable ni les chiffres ni de nombreux témoignages. » Le confusionnisme, le complotisme et le négationnisme diffus dans les opinions publiques européennes aujourd’hui sont des ennemis mortels d’un espace public démocratique. Cette « ère de la post-vérité » n’est pas étrangère à la privatisation du monde et à la marchandisation de la sphère médiatique au cours de la période précédente. Elle en est un aboutissement logique. Ces dynamiques contribuent à renforcer les courants réactionnaires et peuvent être combattues par la lutte pour la vérité dans l’espace public.

    Vos guerres – nos morts. Retrait des puissances impérialistes du Moyen-Orient, à commencer par les puissances occidentales, la Russie et les puissances régionales (Arabie saoudite, Iran, Turquie, pétromonarchies du golfe Persique). L’expérience historique montre que le mythe politique de « la loi et l’ordre », entretenu par les projets impériaux d’une paix mondiale sous domination d’une ou plusieurs puissances mondiales, comme la Pax Americana, est justement un mythe. L’historien britannique Eric Hobsbawm souligne à quel point ce rêve de stabilité et de domination impériale relève plus que jamais de la fiction en ce début du XXIe siècle : « l’âge des empires est mort. Nous aurons à trouver une autre façon d’organiser le monde globalisé du XXIe siècle. » [18] Les interventions militaires des puissances impérialistes au Moyen-Orient, en Asie du Sud et en Afrique depuis le 11 septembre 2001 se sont toutes soldées par un plus grand désordre, des désastres humanitaires de masse, des vides de légitimité politique dans les pays « libérés » et des violations flagrantes du droit : l’Afghanistan et le Pakistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Mali, sans parler de la Somalie. Par conséquent, le discours dominant qui soutient que la lutte contre le terrorisme nécessite des bombardements massifs en Irak et en Syrie se trompent en plus de tromper l’intérêt général et la sécurité de leur peuple. Cela vaut autant pour Hollande que pour Poutine ; autant pour Obama que pour Fillon et Trump. La sécurité de la France est donc aujourd’hui menacée par les va-t’en guerre qui nous dirigent.

    Liberté et auto-détermination des Syriens et des Kurdes. Fin de toutes les occupations étrangères de la Syrie : armées étrangères, mercenaires, milices et brigades hors de Syrie. La légitimité démocratique doit être le point d’appui d’une critique anti-impérialiste des puissances – grandes et petites – qui se partagent la Syrie par le feu et par le sang. Alors que la partition territoriale la Syrie s’installe, le Kremlin soutient l’intégrité territoriale de la Syrie, assimilée au régime sanguinaire d’Assad. Cette défense de l’intégrité territoriale syrienne n’a pas plus de légitimité démocratique que la proclamation du califat par les djihadistes de Daesh ou l’intervention militaire de puissances étrangères sur le sol syrien pour y étendre leur influence.

    Fin de la diplomatie secrète. Fin du monopole présidentiel et étatique sur la politique étrangère. Droit d’information parlementaire et publique sur les affaires étrangères et militaires. Droit de regard démocratique à instituer sur les affaires étrangères et les opérations militaires en cours.

    Les principes-clés de ces mots d’ordre sont l’internationalisme, l’anti-impérialisme, la souveraineté populaire et démocratique et la passion pour la vérité dans le débat public : autant de lignes de partage entre les gauches françaises ces derniers mois dans les questions de l’accueil des migrants, du rapport aux institutions politiques et du rapport au nationalisme. Intervenir politiquement sur ces questions aujourd’hui participe donc de la lutte pour une recomposition d’une gauche de combat aussi fidèle aux dominés que la classe dirigeante l’est aux intérêts des possédants et des puissants.

    Dimitris Fasfalis 8 février 2017 Contretemps

    http://www.contretemps.eu/

    http://www.europe-solidaire.org/

  • Gilbert Achcar: Printemps arabes : échec et mat ? ( France Culture )

    Le choc des barbaries

    Le choc des barbaries : terrorismes et désordre mondial Syllepse, 2017 Gilbert Achcar

    Gilbert Achcar : « La seule prospective que l’on peut faire, c’est qu’il n’y aura pas de stabilité dans ces pays avant longtemps » (La Grande Table)

    Gilbert Achcar : « D’un point de vue moral, la non-assistance à tout un peuple en danger est un crime d’une ampleur bien plus grande, qui peut même relever de la complicité tacite dans un crime contre l’humanité. Et pourtant, ce crime n’est pas inscrit dans le droit international. (…) Les Etats-Unis, bien entendu, n’attendent pas le feu vert de l’ONU lorsqu’ils estiment que leurs intérêts sont en jeu. Ils ont bombardé la Serbie en 1999 et envahi l’Irak en 2003 sans autorisation de l’ONU. De ce point de vue, le crime commis par Washington contre la Syrie n’est pas moins condamnable que celui qu’il a commis contre l’Irak. » (Extrait de Symptômes morbides : la rechute du soulèvement arabe : essai)

     

    FRANCE CULTURE

    Symptômes morbides (Actes Sud)

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    Trois ans après Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Gilbert Achcar analyse le blocage du processus révolutionnaire déclenché en 2010 et le contre-choc régional.
    En Syrie d’abord, il montre comment le soulèvement populaire a été noyé dans les conflits régionaux et souligne l’écrasante responsabilité internationale dans le désastre, qu’il s’agisse des alliés du régime ou de Washington.La consolidation des assises du pouvoir et la montée d’un djihadisme dont Daech est le prototype le plus spectaculaire ont contracté l’espace dans lequel s’exprimaient les revendications populaires et imposé l’image d’un pays pris entre deux barbaries.
    L’intervention militaire russe, épaulant l’offensive terrestre du régime et des milices pro-iraniennes, a rétréci davantage cet espace.En Égypte ensuite, le coup d’État du général Sissi, tirant profit de la gestion calamiteuse par les Frères musulmans de leur victoire électorale, a réinstallé au pouvoir les forces dominantes sous Moubarak. L’armée, la police et les services de renseignement prennent leur revanche en réprimant les révolutionnaires, en étouffant les libertés et en acquittant les hommes de l’ancien régime. Mégalomanie, culte de la personnalité, répression de plus en plus féroce, néolibéralisme économique forcené, les ingrédients d’une crise future s’accumulent.L’auteur conclut par une réflexion sur les guerres civiles en Libye et au Yémen, sur le compromis tunisien et une évaluation sans complaisance de la situation de la gauche dans le monde arabe.
    France Culture – La Grande table  – Olivia Gesbert – 03.02.2017
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