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Arabie Saoudite

  • Guerre au Yémen : la France finance le conflit… et empoche 455 millions d’euros (Anti-k)

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    François Hollande vient de donner son accord pour vendre à l’Arabie saoudite des armes en masse dans le cadre de la guerre au Yémen où sunnites et chiites se déchirent.

    Un contrat de près de 455 millions d’euros suffisant pour fermer les yeux sur l’horreur de la situation… et de l’intervention saoudienne.

    Yémen : un conflit entre sunnites et chiites

    Depuis près de deux ans, le Yémen est en proie à un conflit interne entre le gouvernement de Sanaa et les rebelles houtis. Ce conflit dépasse largement les frontières nationales puisque les puissances présentes au Moyen-Orient alimentent le conflit de leur soutien et se livrent une guerre par procuration. Dans le camp des houtis, c’est l’Iran chiite qui finance la guerre tandis que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis entend remettre en selle le président Abd Rabbo Mansour Hadi, d’obédience sunnite.

    Les conflits au Yémen font rage et touchent sans distinction les combattants, les populations civiles, les hôpitaux et les écoles.

    Le nombres de victimes de raids aériens sur des hôpitaux est astronomique à l’image de celui qui a fait 140 morts et 500 blessés en octobre 2016 ou celui perpétré par les États-Unis au mois de janvier dernier. Alors que les violations des droits les plus élémentaires sont monnaie courante dans ce conflit, que de nombreuses associations comme Amnesty International dénoncent l’implication des États-Unis et du Royaume-Uni dans la coalition, la France fait la sourde oreille à propos des souffrances des civils et n’écoute que l’appel des profits que la vente d’armes peut lui rapporter. Avec près de 20 milliards d’euros de matériel vendu en 2016, la France a battu son précédent record de 17 milliard atteint en 2015. Elle entend donc consolider sa place dans le trio mondial d’exportateurs d’armes.

    Saudi-French Military Contract : 455 millions d’euros de contrat d’armement

    Les relations commerciales en matière d’armement entre la France et la pétromonarchie du golfe remontent, pour la période récente, à 2014. Le contrat Donas, signé par l’Arabie saoudite et la France au profit du Liban s’est finalement mué en achat direct d’armes pour le compte du principal pays de la péninsule arabique. D’un montant de 3 milliard d’euros, il a déjà fait la joie des industriels français. Aujourd’hui le contrat a été rebaptisé SFMC pour Saudi-French Military Contract. C’est sur ce nouveau contrat que les saoudiens ont entrepris de refaire leur stock d’armement pour une somme qui atteint actuellement les 455 millions d’euros mais qui pourrait, à terme, représenter 1,2 à 1,4 milliard d’euros.

    Dans ces conditions, pas question de faire perdre de juteux contrats en munitions et canons à Nexter et Thalès TDA Armements. Pourtant, la procédure de transfert des armes dans le golfe n’a pas été facile et il a finalement fallu qu’Hollande mette un terme aux réticences de Cazeneuve et du Quai d’Orsay et tranche en faveur de l’autorisation de la vente d’armes à l’Arabie saoudite. C’est donc la ligne du ministère des Finances, toujours près à rendre service aux grands groupes, et de celle Le Drian, toujours près à combattre le terrorisme en finançant les pires dictatures, qui l’a emporté.

    Pour masquer un financement ouvert du conflit, le contrat a été rédigé dans des termes qui ne laissent pas entendre qu’il finance une guerre d’influence locale, alors que les armes une fois livrées y serviront sans aucun doute. Une partie des fournitures est directement destinée à la garde nationale qui n’intervient pas en dehors du pays et les munitions livrées le seront sans qu’on s’inquiète de leur usage, bien que la quantité commandée indique un besoin supérieur aux demandes ordinaires de Riyad.

    Dans le domaine des règles commerciale comme dans celui des droits démocratiques, la France fait une fois de plus la démonstration qu’elle se moque éperdument de celles qu’elle s’enorgueillit de respecter et de promouvoir. En dépit de la ratification du traité sur le commerce des armes qui interdit la vente d’équipements militaires s’il est avéré qu’ils serviront à perpétrer des violences contre les civils, la France finance bel et bien une guerre ouverte qui la conforte dans sa position de puissance industrielle et militaire d’envergure internationale.

    Boris Lefebvre mercredi 22 mars

    http://www.anti-k.org/

    http://www.revolutionpermanente.fr/

    Commentaire:

    Anti-k est le site de la Commission Economie du NPA. Révolution Permanente est un courant interne du NPA.

     

     

  • Yémen : De la guerre à la famine (NPA)

    C’est une guerre largement oubliée ici mais qui sévit depuis plusieurs années. Mais les humanitaires y pensent, par la force des choses...

    Ainsi, dans ce pays d’environ 26 millions d’habitantEs, deux millions de personnes dépendaient d’une aide alimentaire d’urgence fin janvier. Fin février, c’est même le chiffre de 7,3 millions de personnes qui a été évoqué auprès des Nations unies, qui chiffraient le besoin d’aide urgentissime à 1,7 milliard de dollars. Le 26 janvier, le dirigeant des opérations humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, évoquait « la plus grande urgence pour la sécurité alimentaire dans le monde ». 14 millions de Yéménites ont par ailleurs besoin d’un soutien alimentaire venu de l’extérieur. Les réserves de blé du pays sont en train de s’épuiser, et 2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition, soit une augmentation de + 53 % par rapport à la situation de 2015.

    C’est essentiellement le blocage des ports du pays qui est responsable de cette situation catastrophique, ainsi qu’un arrêt des transactions des banques avec le Yémen, alors que ce pays dépend largement des importations. Dans un rapport élaboré par un groupe d’experts des Nations unies rendu public fin février, il est écrit que « toutes les parties (du conflit armé) ont fait obstacle à la distribution de l’aide alimentaire dans le pays »...

    Ces parties belligérantes sont essentiellement d’un côté une coalition menée par l’Arabie saoudite (soutenue par les monarchies arabes et notamment les Émirats arabes unis), et de l’autre une alliance de circonstance entre l’ex-président Ali Abdallah Saleh (déchu en 2012 suite à une révolte dans le contexte du « printemps arabe ») et des miliciens chiites.

    Alors que pendant ses années au pouvoir (1979 à 2012), Saleh s’était surtout appuyé sur l’Arabie saoudite voisine et les USA, une fois évincé, il s’est rappelé qu’il était lui-même chiite... Et alors qu’il avait combattu le groupe armé des houthistes, une rébellion de type intégriste issue de la minorité chiite du pays, il s’est rapproché de ces mêmes houthistes après son remplacement au palais présidentiel par son ancien vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi (élu en 2012 lors d’une élection où il fut le seul candidat...).

    Le jeu des puissants

    L’alliance Saleh-houthistes a conquis une large partie du pays en 2014, ce qui a déclenché en mars 2015 une intervention militaire de l’Arabie saoudite appuyée par des régimes arabes sunnites. La guerre, dont le nombre de morts civils était chiffré à 10 000 fin 2016, a donc pris des allures de conflit confessionnalisé. Mais c’est aussi une lutte d’influence entre le régime saoudien et son grand rival chiite, le régime iranien, soupçonné d’appuyer les houthistes.

    La coalition dirigée par le régime saoudien bloque les ports du pays, surtout ceux de la Mer rouge, ce qui empêche les importations alimentaires d’entrer. Le principal port, celui de Hodeida, est toujours tenu par les houthistes, alors que le président Rabo a pu reprendre celui de Moka.

    Les USA, qui se contentaient jusque-là d’appuyer les monarchies du Golfe (alors que l’Arabie saoudite est aussi armée par la France et l’Allemagne), se sont mêlés du conflit ces dernières semaines. Les Saoudiens sont soupçonnés de complaisance avec les forces djihadistes sunnites, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et dans une moindre mesure Daesh opérant dans le pays.

    Or, depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, les USA ont bombardé les combattants d’AQPA. Le 29 janvier, un premier raid étatsunien contre une mosquée et un dispensaire à Yakla a tué 57 personnes... dont au moins 16 civils. Et le Yémen figure aussi sur la liste des pays – initialement sept, désormais six puisque l’Irak a été retiré de la liste – dont les ressortissants sont interdits d’entrée aux USA par l’administration Trump...

    Bertold du Ryon


  • L'Arabie saoudite accentue la répression visant les militants des droits humains (Amnesty)

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    Les autorités saoudiennes ont entamé la nouvelle année en intensifiant la répression contre les militants des droits humains, s'attaquant une fois de plus violemment aux derniers vestiges d'une société civile très fragilisée dans le pays, a déclaré Amnesty International.

    Ces dernières semaines, plusieurs militants ont été arrêtés ou ont comparu devant la justice pour des motifs liés à leurs activités pacifiques de défense des droits humains, ce qui indique que les autorités ont l'intention de poursuivre la répression contre les dissidents pacifiques. Parmi ces personnes figure un militant poursuivi en justice pour avoir fourni des informations à Amnesty International.

    « Cette dernière série d'arrestations incite à craindre que 2017 ne soit une nouvelle année noire pour les droits humains en Arabie saoudite, les autorités poursuivant leurs tentatives d'anéantissement de tout ce qui peut ressembler à un mouvement de défense des droits humains dans le pays, a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe des recherches au bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth. 

    « Les militants des droits humains sont une espèce en voie de disparition en Arabie saoudite. Ils disparaissent les uns après les autres, étant poursuivis en justice, incarcérés, réduits au silence par des manœuvres d'intimidation ou contraints à l'exil, et cela témoigne de la politique de tolérance zéro des autorités à l'égard de la liberté d'expression. »

    Les militants des droits humains sont une espèce en voie de disparition en Arabie saoudite. Ils disparaissent les uns après les autres, étant poursuivis en justice, incarcérés, réduits au silence par des manœuvres d'intimidation ou contraints à l'exil
    Lynn Maalouf, directrice adjointe des recherches au bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth

    Le 10 janvier, Abdulaziz al Shubaily, défenseur des droits humains et membre fondateur de l'Association saoudienne pour les droits civils et politiques (ACPRA), une organisation indépendante de défense des droits humains aujourd'hui dissoute, a comparu devant le Tribunal pénal spécial, qui s'occupe des affaires de terrorisme. Il a été condamné à une peine de huit ans d'emprisonnement en raison de son travail de défense des droits humains. Il était accusé, entre autres, d’avoir « été en contact avec des organisations étrangères » et d’avoir fourni des informations à Amnesty International pour deux rapports de l’organisation. Tous les autres membres de l'ACPRA ont été poursuivis en justice ou incarcérés.

    Le 8 janvier, Essam Koshak, défenseur des droits humains,a été convoqué pour un interrogatoire par le Département de police judiciaire (CID) à La Mecque vers 17 heures (heure locale). Il s'est immédiatement rendu au commissariat d'al Mansour, mais il a été placé en détention et n'est depuis pas rentré chez lui. Amnesty International a appris qu'Essam Koshak n'a pas été autorisé à prendre un avocat et qu'il est interrogé au sujet de son compte Twitter, qu'il a principalement utilisé pour envoyer des tweets sur la situation des droits humains en Arabie saoudite.

    Trois jours plus tôt, le 5 janvier, Ahmed al Mushaikhass, membre fondateur du Centre Adala pour les droits humains, une organisation indépendante de défense des droits humains qui n'avait pas été autorisée à se faire enregistrer en Arabie saoudite, avait reçu un appel téléphonique du CID qui lui demandait de se rendre au commissariat de police d'al Qatif pour un interrogatoire. Le 8 janvier, il a été transféré au commissariat d'al Dammam, où il est toujours détenu. Il est depuis interrogé par le Bureau des enquêtes et des poursuites judiciaires (BIP). Ahmed al Mushaikhass est un défenseur des droits humains dont le travail est reconnu ; il aide notamment les proches de personnes détenues dans la province de l’Est à exposer leur cas auprès des autorités. Son frère, Yussuf al Mushaikhass, a été condamné à mort en janvier 2016 parce qu'il avait participé à une manifestation dans la province de l’Est, et il risque à tout moment d'être exécuté.

    Le 18 décembre, Issa al Nukhaifi, défenseur des droits humains et membre de l'ACPRA, a été convoqué pour un interrogatoire au BIP à La Mecque. Il a été interrogé au sujet, entre autres, de ses tweets soutenant des militants des droits humains saoudiens et d'autres détenus. Il est actuellement incarcéré à la prison générale de La Mecque. Il avait déjà été incarcéré en 2013 en raison de son travail en faveur des droits humains et était resté trois ans en prison avant d'être remis en liberté en avril 2016. Il a continué après sa libération à dénoncer les violations des droits humains perpétrées en Arabie saoudite, représentant ainsi une épine dans le pied des autorités. 

    Actuellement, en Arabie saoudite, toute personne qui ose défendre publiquement les droits humains est en danger
    Lynn Maalouf, directrice adjointe des recherches au bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth

    « La persécution incessante des défenseurs des droits humains par les autorités saoudiennes vise à les dissuader de parler de la situation des droits humains dans le pays et d'œuvrer en faveur des victimes de violations. Les militants des droits humains qui ont été arrêtés uniquement en raison de leur travail de défense de ces droits doivent être remis en liberté immédiatement et sans condition, a déclaré Lynn Maalouf.

    « Actuellement, en Arabie saoudite, toute personne qui ose défendre publiquement les droits humains est en danger. Comme cette répression généralisée ne semble pas s'épuiser, il est plus que jamais important que les soutiens internationaux de l'Arabie saoudite la dénoncent à voix haute. »

    https://www.amnesty.org/

  • Nouveautés sur "Amnesty International"

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    Syrie. Dans l'est d'Alep, les civils craignent les actes de représailles

    Égypte. Une défenseure des droits des femmes est arrêtée sur fond d’intensification inquiétante de la répression

    Arabie saoudite. Les condamnations à mort prononcées collectivement à l’issue d’un procès pour «espionnage» sont une parodie de justice

    Sommet du Conseil de coopération du Golfe. Répression systématique de la liberté d’expression dans le Golfe

    Mauritanie. 10 militants anti-esclavagistes libérés

  • Sommet du Conseil de coopération du Golfe (Amnesty)

    King of Bahrain, Hamad bin Issa al-Khalifa, attends a Gulf Cooperation Council (GCC) summit on December 6, 2016, in the Bahraini capital Manama. British Prime Minister Theresa May was to join Gulf Arab leaders at the summit in Bahrain for talks on trade after Britain's exit from the European Union. (Stranger/AFP/Getty Images)

    Répression systématique de la liberté d’expression dans le Golfe

    Le bilan déplorable des droits humains dans les États du Golfe ne doit pas être balayé sous le tapis lorsque les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se réuniront dans la capitale bahreïnite, Manama, les 6 et 7 décembre, à l’occasion de leur sommet annuel, a déclaré Amnesty International lundi 5 décembre 2016.

    Il est à noter que les droits humains seront absents de l’ordre du jour du sommet annuel, qui réunira les six États du CCG – Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – pour débattre de la coopération en matière de commerce et de sécurité, sans évoquer la vague de répression qui balaie la région pour des motifs de sécurité.

    « Depuis quelques années, à travers les pays du Golfe, nous constatons que les militants des droits humains, les opposants politiques pacifiques et les détracteurs des autorités sont systématiquement pris pour cibles au nom de la sécurité. Des centaines d’entre eux sont harcelés, poursuivis illégalement, déchus de leur nationalité, détenus de manière arbitraire ou dans certains cas emprisonnés voire condamnés à mort à l’issue de procès iniques, dans le cadre d’une initiative concertée visant à les intimider et à les réduire au silence, a déclaré Randa Habib, directrice régionale du bureau d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

    « Le recours à ces méthodes pour piétiner les droits des citoyens dans les États du CCG doit prendre fin sans délai. »

    La Première ministre britannique Theresa May, qui doit assister au sommet du CCG, a une occasion unique d’évoquer les préoccupations relatives aux violations des droits humains relevant d’une pratique bien établie dans la région.

    « Depuis des années, les alliés occidentaux des États du CCG, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, répugnent à parler franchement des violations endémiques des droits humains dans le Golfe. Ils tournent ainsi le dos aux innombrables victimes dans la région. Il est grand temps que les alliés du CCG cessent de faire passer le commerce et la coopération en matière de sécurité avant les droits humains et Theresa May doit saisir cette occasion d’aborder des problèmes clés en matière de droits », a déclaré Randa Habib.

    Dans les années qui ont suivi les soulèvements de 2011 dans le monde arabe, plusieurs pays du Golfe ont adopté des lois répressives relatives au terrorisme, à la cybercriminalité et aux rassemblements publics, en vue de restreindre la liberté d’expression et de sanctionner ceux qui critiquent les politiques gouvernementales, leurs dirigeants ou ceux d’autres États du CCG.

    Dans les pays du CCG, se dégage clairement une tendance qui consiste à s’appuyer sur des lois générales et vagues relatives à la sécurité afin de condamner des militants et détracteurs pacifiques à l’issue de procès d’une iniquité flagrante.  

    « Si les tensions sont vives dans la région depuis la montée du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) et le risque d’attentats meurtriers, ce n’est pas une excuse pour se déchaîner en écrasant toute forme de dissidence pacifique. Les gouvernements du CCG doivent cesser d’utiliser la sécurité comme un prétexte pour justifier la répression », a déclaré Randa Habib.

    Parmi ceux qui sont pris dans les filets de la répression figurent des défenseurs des droits humains, des leaders de l’opposition, des journalistes, des avocats et des universitaires.

    Citons entre autres en Arabie saoudite l’avocat et défenseur des droits humains Waleed Abu al Khair, dont le cas illustre parfaitement l’usage de la loi antiterroriste pour sanctionner ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression. Il purge actuellement une peine de 15 ans de prison après avoir été condamné à l’issue d’un procès inique aux termes de la loi antiterroriste de 2014, pour diverses infractions liées à son travail en faveur des droits fondamentaux et pour un acte qui ne devrait même pas être criminalisé. Il a défendu de nombreux militants pacifiques et a critiqué haut et fort le terrible bilan de l’Arabie saoudite en termes de droits humains.

    Le 1er décembre, le tribunal antiterroriste de Riyadh a alourdi à l’issue d’un procès iniqueen appel la peine prononcée à l’encontre d’Issa al Hamed, défenseur saoudien, de neuf à 11 années de prison.

    Cas emblématique aux Émirats arabes unis, l’avocat spécialiste des droits humains Mohammed al Roken purge une peine de 10 ans de prison. Il a été déclaré coupable d’infractions liées à la sécurité nationale à l’issue du procès collectif, et inéquitable, de 94 accusés.

    Dans la région, des citoyens se retrouvent à purger de lourdes peines de prison simplement pour avoir osé exprimer leurs opinions librement sur les réseaux sociaux. Le célèbre militant bahreïnite Nabeel Rajab compte parmi plusieurs militants dans les pays du CCG qui ont été poursuivis illégalement pour avoir posté des commentaires sur Twitter.

    Au Koweït, Abdallah Fairouz, militant des droits humains arrêté en novembre 2013, purge une peine de cinq ans et demi de prison pour des tweets dans lesquels il affirmait que nul ne devrait bénéficier d’une immunité de poursuites au seul motif qu’il réside dans un palais royal. Cet homme est un prisonnier d’opinion.

    S’exprimer librement pour critiquer les politiques mises en œuvre par le gouvernement et appeler à des réformes pacifiques a valu à Ali Salman, responsable de la principale formation d’opposition à Bahreïn, la Société islamique nationale Al Wefaq, une condamnation à neuf ans de prison. Ce fut une atteinte choquante à la liberté d’expression. En outre, ce parti a été fermé.

    À Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Koweït, depuis quelques années, des centaines de personnes sont illégalement déchues de leur nationalité, ce qui les rend souvent apatrides et les prive de droits majeurs. Fait inquiétant, cette méthode semble de plus en plus utilisée pour punir les dissidents.

    « Dans les États du CCG aujourd’hui, exercer vos droits fondamentaux ou exprimer librement vos opinions peut très facilement vous conduire derrière les barreaux. Ces États doivent cesser de considérer les militants indépendants et les détracteurs pacifiques comme des criminels. Au lieu d’enfermer ces citoyens pendant de longues périodes sous le faux prétexte de défendre la sécurité nationale, ils doivent accepter l’examen de leurs bilans en termes de droits humains », a déclaré Randa Habib.

    Complément d’information

    Les violations des droits humains dans les États du CCG vont au-delà de la répression de la liberté d’expression et se traduisent par des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements en détention, des procès iniques, l’insuffisance de protection des droits des travailleurs migrants et le recours à la peine de mort. Par ailleurs, la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite, qui englobe plusieurs pays du CCG, a lancé une série d’attaques illégales au Yémen, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre.

    https://www.amnesty.org/

  • Nouveautés sur A l'Encontre.ch

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    21 - octobre - 2016 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Eric Ruder Lorsqu’un destroyer de la marine états-uniens a tiré, le 13 octobre 2016, des missiles contre des forces qui contrôlent la capitale du Yémen depuis 2014, le New York Times a décrit ainsi l’attaque: «c’est la première fois que les Etats-Unis ont été impliqués militairement» dans le conflit [1].  Le jour suivant, le Times […]

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    Par Benjamin Barthe Un mois d’enfer et trois jours de répit: c’est le régime russe pour Alep. Après avoir brusquement intensifié, le 22 septembre, leurs bombardements sur les quartiers rebelles, dans l’est de la ville, Moscou et son allié syrien ont cessé leurs raids aériens, entre mardi 18 et jeudi 20 octobre. Objectif officiel de cette pause qualifiée […]

    Syrie: «C’est une guerre qui s’est inscrite, dès le début, en dehors du droit de la guerre»

    16 - octobre - 2016 Publié par: Alencontre
     
     

    Entretien avec Françoise Bouchet-Saulnier conduit par René Backmann Le jeudi 15 octobre 2015, au palace Beau-Rivage, à Lausanne, se réunissaient, «pour rien», Kerry, Lavrov ainsi que des représentants de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, ces derniers «soutiennent» la rébellion. L’Iran, engagé militairement auprès de Damas, était aussi représenté. S’y ajoutent, pour les bienfaits […]

     

    Syrie-Yémen. Contre les bombardements en Syrie et au Yémen!

    16 - octobre - 2016 Publié par: Alencontre
     
     

    Par Gilbert Achcar L’opinion politique arabe se divise en deux catégories principales. Il y a, d’un côté, ceux qui condamnent les bombardements destructeurs et meurtriers des villes et des campagnes de Syrie par le régime et son maître russe tout en restant silencieux au sujet des bombardements destructeurs et meurtriers des villes et des campagnes […]

     
  • Pétition en Arabie pour libérer les femmes de leur tuteur (TV5 Monde)

    L'activiste Aziza Youssef lors d'un entretien, à Ryad, le 27 septembre 2016
    L'activiste Aziza Youssef lors d'un entretien, à Ryad, le 27 septembre 2016
    afp.com - FAYEZ NURELDINE

    Des milliers de Saoudiens ont signé une pétition appelant à l'abolition du système de tutelle dans ce royaume ultraconservateur où les femmes ont besoin de l'autorisation d'un tuteur pour travailler, étudier ou voyager, selon des militants.

    La pétition, qui s'adresse au roi Salmane au pouvoir depuis 20 mois, a recueilli au moins 30 000 signatures, a indiqué mardi à l'AFP l'activiste Aziza Youssef.

    Les promoteurs de cette initiative réclament que les 10 millions de femmes du royaume soient traitées comme "des citoyens à part entière" et que soit fixé "un âge (...) à partir duquel elles sont adultes et responsables de leurs propres actes", a-t-elle ajouté.

    Cette universitaire à la retraite a indiqué que la pétition serait transmise par email au cabinet royal après avoir tenté en vain lundi de la remettre directement au cabinet.

    En Arabie saoudite, grand pays du Golfe qui applique strictement la loi islamique, les femmes ont besoin de l'autorisation d'un tuteur pour "travailler, voyager, se faire soigner, se doter d'une carte d'identité ou d'un passeport" ou encore se marier, rappellent les signataires. Le royaume est aussi le seul pays au monde où les femmes n'ont pas le droit de conduire.

    Le tuteur, un fils

    Le tuteur est en principe le père ou le mari, mais il peut être aussi entre autres un frère, un fils ou un neveu.

    Des activistes relèvent que même une ex-prisonnière doit être remise à un tuteur lors de sa libération, ce qui signifie qu'une détenue peut être maintenue en prison si son tuteur refuse de l'accueillir.

    "Nous souffrons de ce système de tutelle", a déclaré Nassima al-Sadah, une activiste dans la province Orientale. La campagne a été lancée il y a deux mois sur Twitter sous un hashtag en langue arabe, appelant à l'abolition de la tutelle.

    "L'élan s'est particulièrement accéléré après la création du hashtag" et la publication d'un rapport de Human Rights Watch (HRW), a expliqué Mme Youssef.

    "Le système de tutelle masculine en Arabie saoudite reste l'entrave la plus importante aux droits des femmes dans le pays, malgré les réformes limitées de la dernière décennie", a prévenu l'organisation de défense des droits de l'Homme.

    Bien que le gouvernement n'exige plus l'autorisation d'un tuteur pour employer une femme, HRW a noté que cette autorisation est toujours exigée par des employeurs mais aussi par des hôpitaux pour certains actes médicaux.

    "Assez d'humiliation (...), je veux ma liberté", a écrit une internaute dans un tweet.

    "Comment un père illettré peut-il devenir le tuteur d'une femme très éduquée?", s'est par ailleurs interrogé un chroniqueur, Abdallah Al-Alweet, dans le quotidien local Saudi Gazette. Des militantes notent qu'obtenir l'autorisation d'un tuteur éclairé ne pose pas de problème mais la difficulté, c'est qu'il est tenu de donner son accord par écrit.

    "C'est une directive du gouvernement", en vigueur depuis une trentaine d'années, a déploré Mme Sadah.

    Chômage à 33,8%

    Pour des activistes, mettre fin au système de tutelle aidera les Saoudiennes à travailler au moment où le royaume cherche à renforcer l'emploi des femmes.

    "Cela ne peut pas se faire avec la moitié de la population paralysée", selon Mme Youssef. En avril, le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a annoncé un ambitieux plan, appelé "Vision 2030", pour diversifier l'économie et réduire la dépendance du pétrole. En vertu du Programme de Transformation nationale qui fixe des objectifs pour la mise en oeuvre de "Vision 2030", la part des femmes sur le marché de l'emploi devrait passer de 23% à 28% en 2020.

    Le taux de chômage des femmes saoudiennes s'est encore aggravé l'an dernier à 33,8%, selon des statistiques citées par la firme Jadwa Investment.

    En mars 2014, une initiative similaire avait été lancée par des militantes saoudiennes. Elles avaient appelé dans une pétition le Majlis Al-Choura, un Conseil consultatif, à agir pour promulguer un code de statut personnel et prévenir le mariage des mineures, la répudiation et le harcèlement sexuel.


  • La « Russie soutient-elle le régime Assad ou bien mène-t-elle sa propre guerre en Syrie ? » (Souria Houria)

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    Il apparaît de plus en plus que le Kremlin poursuit ses propres objectifs de guerre en Syrie, qui vont bien au-delà du simple soutien au régime Assad. Cette nouvelle réalité doit être impérativement prise en compte pour sortir de l’impasse totale qui prévaut à l’ONU.

    La vision actuelle du conflit syrien repose sur l’hypothèse, à mon avis dépassée, que la Russie apporterait un soutien, certes inconditionnel, mais un soutien au régime Assad. Or il semble de plus en plus évident que le despote syrien n’est plus maître des opérations menées en son nom sur le territoire qu’il prétend gouverner. Ce sont les militaires russes, en coordination avec les « conseillers » iraniens, qui décident en premier chef.

    L’ENJEU D’ALEP

    Le bombardement aérien d’un convoi humanitaire de l’ONU et de la Croix Rouge internationale, durant la nuit du 19 septembre 2016, au nord d’Alep, porte toutes les marques d’une initiative du Kremlin. Il s’est poursuivi durant deux longues heures, alors même que le régime Assad avait donné son accord à l’acheminement de cette aide. Une partie des vingt civils tués sont des volontaires du Croissant rouge syrien, dont le président, Abderrahmane Attar, est un proche de Bachar al-Assad.

    Rappelons enfin que l’opposition et les jihadistes n’ont aucune force aérienne, tandis que l’aviation pro-Assad n’a aucun moyen de bombardement nocturne. Le raid du 19 septembre a d’ailleurs été prolongé, durant la nuit suivante, par de nouveaux bombardements aériens d’installations médicales, cette fois au sud d’Alep. J’avais décrit sur ce blog, en avril dernier, le caractère systématique de la destruction de toute infrastructure de santé dans les zones tenues par l’insurrection à Alep. Il s’agit de briser les derniers ressorts d’une population civile, privée de soins comme de nourriture, afin de contraindre la résistance locale à la capitulation.

    C’est ce scénario implacable qui a déjà conduit, à une échelle plus restreinte, à l’évacuation des combattants, mais aussi de la population civile du bastion révolutionnaire de Daraya, à proximité de Damas, le 26 août 2016. C’est bien cette alternative entre la reddition et la mort que la Russie entend imposer dans toute sa brutalité aux habitants des secteurs rebelles d’Alep. Le Kremlin a en effet ressenti comme une humiliation la rupture du siège des quartiers insurgés d’Alep, au milieu de l’été, et a tout fait pour rétablir un blocus impitoyable, au début de septembre.

    La carte ci-dessous des bombardements russes sur le Nord de la Syrie, du 20 au 22 septembre, établie par l’Institute for the Study of War, prouve que les zones tenues par Daech (en gris) sont épargnées, alors que les frappes se concentrent sur le territoire tenu par l’opposition (en jaune).

    Russia 20-22 Sept 2016

    LES BUTS DE GUERRE DE MOSCOU

    On ne crédite pas assez Vladimir Poutine d’une vision mondialisée de son engagement en Syrie. Le président russe a parfaitement compris que le retrait ostensible des Etats-Unis hors du Moyen-Orient lui offrait le privilège de restaurer, à partir de cette région, un statut de superpuissance disparu avec l’URSS. Les intérêts anciens de Moscou en Syrie et les affinités multiples entre Poutine et Assad pèsent dès lors moins que ce grand dessein russe qui se développe depuis le Moyen-Orient vers le reste du monde.

    L’intervention militaire russe en Syrie, directe et massive depuis septembre 2015, se fonde sur un discours-programme prononcé quelques jours auparavant par Poutine à la tribune de l’ONU. Le président russe s’y pose en farouche défenseur de la souveraineté des « Etats », en fait des régimes en place, contre les aspirations des peuples. Il lance ainsi une campagne idéologique qui ne peut se comparer qu’à la « guerre globale contre la terreur » de George W. Bush, elle aussi conceptualisée à la tribune de l’ONU, en 2002.

    De même que la vision des néo-conservateurs américains rejetait dans l’enfer de la « terreur » toute forme d’opposition, dès lors associée à Al-Qaida, la propagande pro-Poutine stigmatise comme « terrorisme » toute contestation organisée du statu quo, aussitôt assimilée à Daech. Mais, de même que « W » s’est heurté à la réalité de l’Irak et a embourbé ses troupes dans ce pays « libéré », Poutine fait désormais l’expérience de l’incapacité d’Assad à rétablir sa position autrement que sur des champs de ruines.

    MILICIENS PRO-IRANIENS ET IRREGULIERS SYRIENS

    La contre-insurrection en milieu urbain, que la dictature Assad a été incapable de mener, a été assumée à partir de 2013 par les milices pro-iraniennes, d’abord le Hezbollah libanais, puis différents groupes irakiens et afghans. Les Gardiens de la Révolution, venus d’Iran, ont donné sa cohérence opérationnelle à ce dispositif disparate. C’est d’ailleurs le général Qassem Soleimani, le chef des troupes de choc des Gardiens de la Révolution, qui s’est rendu à Moscou en juillet 2015 pour alerter ses alliés russes sur les défaillances du régime Assad, alors en recul sur tous les fronts.

    L’intervention russe en Syrie, en septembre 2015, a beau avoir été « cadrée » à l’ONU par Poutine, elle est donc motivée également par les faiblesses intrinsèques au régime Assad. L’armée gouvernementale, épuisée par l’hémorragie des désertions et par cinq années de conflit, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les troupes combattantes dignes de ce nom sont réservées à la protection du régime lui-même. La seule unité reconfigurée pour l’offensive est commandée par Suhail al-Hassan, général des services de renseignement de l’Armée de l’Air, les plus puissants de tous les « services » en Syrie. Hassan est surnommé « le Tigre » (pour mémoire, Assad signifie « lion » en arabe).

    Cette contraction du périmètre d’action de l’armée loyaliste a amené l’émergence d’un vaste éventail de milices, aux titres d’autant plus ronflants que leur valeur militaire est discutable. Les militaires russes engagés sur le terrain, depuis plus d’un an, ont dû, après les « conseillers » iraniens, se frayer un chemin dans le maquis des groupes armés pro-Assad. Rien ne permet d’affirmer, contrairement aux allégations de certaines sources, que des soldats russes auraient combattu aux côtés d’irréguliers syriens.

    Il est en revanche certain que le Kremlin a pris la mesure, avec un déplaisir à chaque fois croissant, du degré de corruption et d’indiscipline prévalant dans les rangs des pro-Assad. C’est pourquoi le président syrien a été convoqué à Moscou, en octobre 2015, dans un avion militaire russe. Ce déplacement est le seul de Bachar al-Assad à l’étranger depuis le début de la révolution syrienne en 2011 et il n’a été annoncé qu’après le retour du dictateur à Damas.

    Poutine a jugé nécessaire de préciser qu’il était lui-même à l’initiative de ce sommet russo-syrien. De manière plus générale, les officiers russes en Syrie ont pris directement en mains la conduite des opérations, notamment lors de l’expulsion de Daech hors de l’oasis de Palmyre. Cet interventionnisme russe de plus en plus pesant amène à s’interroger sur l’insistance mise par le Kremlin à un maintien d’Assad au pouvoir : il est désormais possible que le dictateur syrien, pieds et poings liés par Moscou, soit le seul dirigeant capable d’accepter un tel degré d’ingérence multiforme de la part de son « protecteur » russe.

    NEGOCIER A ALEP PLUTOT QU’A NEW YORK

    En tout état de cause, le destin de la Syrie et de son président importe moins pour Poutine que la montée en puissance mondiale de la Russie, gagée sur le succès de l’aventure syrienne. Il est dans ces conditions vain d’espérer régler entre Washington et Moscou le sort de la Syrie, puisque, dans ce jeu à somme nulle, la Russie ne peut accepter qu’une victoire totale. La séquence récente à l’ONU le démontre d’autant plus crûment qu’elle a été suivie, depuis le 23 septembre 2016, d’un déluge de bombes russes sur Alep, avec destruction ciblée de trois des quatre centres de la Défense civile.

    Pour sortir d’une impasse aussi désastreuse pour le système international, il est urgent de s’atteler enfin à un cessez-le-feu entre belligérants syriens à Alep. Cette approche « locale », que je prône depuis janvier 2014, à rebours des grands-messes diplomatiques sur les bords du Lac Léman, passe par la neutralisation de toutes les forces étrangères, qu’elles soient russes, pro-iraniennes ou jihadistes. Elle a l’immense avantage de ne pas poser la question du pouvoir à Damas et de contourner ainsi un blocage assuré au Conseil de sécurité de l’ONU.

    Que Staffan di Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie depuis 2014, cesse de se lamenter dans les couloirs de New York ou de Genève. Qu’il se rende sur-le-champ à Alep pour travailler à cette « paix des braves » entre Syriens de l’Est et de l’Ouest de la ville. Le défi est immense, mais si, comme l’affirme Ban Ki-moon, le destin de l’ONU est en jeu, alors cette voie doit être explorée jusqu’au bout. La Russie est en guerre en Syrie, il est temps d’en tirer toutes les conséquences, au moins diplomatiques.

    Jean-Pierre FILIU

    Souria Houria le 25 septembre 2016
     
  • La campagne des femmes saoudiennes pour la suppression de la tutelle masculine dans le royaume rallie des centaines de milliers de soutiens (Global Voices)

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    ‘En prison : Mettre fin à la tutelle masculine en Arabie Saoudite’ – Capture d'écran de la campagne de Human Rights Watch Source: YouTube Video.

    Dans le cadre des actions visant à abroger les draconiennes lois anti-féminines de leur pays, les femmes d'Arabie Saoudite ont lancé une campagne exigeant la fin de l'autorisation masculine pour des activités aussi courantes que le travail, la propriété et les voyages.

    Sous le hashtag #TogetherToEndMaleGuardianship [Ensemble pour mettre fin à la tutelle légale des hommes] et sa version arabe #سعوديات_نطالب_باسقاط_الولاية (signifiant ‘Les Saoudiennes exigent la fin de la tutelle légale’), la campagne a récolté des centaines de milliers de soutiens à travers le monde.

    Financée par Human Rights Watch, la campagne suit la publication de son rapport détaillé intitulé “Coincées : les femmes et l'institution de la garde légale masculine en Arabie Saoudite”. L'organisation internationale de défense des droits humains explique :

    En Arabie Saoudite, la vie d'une femme est contrôlée d'un homme de la naissance à la mort. Toute femme saoudienne doit avoir un gardien masculin, d'ordinaire son père ou son mari, dans certains cas un frère ou même un fils, qui a le pouvoir de prendre toute une gamme de décisions cruciales à sa place. Comme l'ont déclaré des dizaines de femmes à  Human Rights Watch, l'institution de la tutelle légale est l'obstacle le plus considérable à la mise en oeuvre des droits des femmes dans ce pays, transformant efficacement les femmes adultes en mineures juridiques incapables de prendre des décisions clés les concernant.

    Le rapport comportait trois courtes vidéos illustrant les effets de l'institution sur la vie des femmes, et des déclarations de citoyennes et militantes féministes saoudiennes qui considèrent la loi comme un handicap social et économique.Ainsi, une ancienne directrice d'école et Saoudienne engagée de 44 ans, Hayat, disait à Human Rights Watch le 7 décembre 2015 :

    L'institution de la tutelle légale affecte aussi la capacité des femmes à chercher du travail à l'intérieur de l'Arabie Saoudite et à saisir des opportunités à l'étranger qui pourraient faire progresser leur carrière. Plus précisément, les femmes ne peuvent demander un passeport sans l'accord d'un gardien masculin, et ont besoin de sa permission pour voyager hors du pays. Les femmes ne peuvent pas non plus étudier à l'étranger avec une bourse du gouvernement sans approbation du gardien, et, même si ce n'est pas toujours appliqué, doivent officiellement être accompagnées d'un parent masculin tout au long de leurs études.

    Cela sème le doute en vous et dans votre conscience de soi. Comment pouvez-vous vous respecter, comment votre famille vous respectera, s'il est votre gardien légal ?

    Human Rights Watch explique aussi que les motifs religieux qui justifieraient prétendument l'institution de la tutelle légale masculine ont été contestées à maintes reprises :

    L'imposition en Arabie Saoudite de l'institution de la garde légale est fondée sur l'interprétation la plus restrictive d'une sourate coranique ambiguë—interprétation contestée par des dizaines de Saoudiennes, parmi lesquelles des universitaires et des féministes musulmanes, qui ont été interrogées par Human Rights. Les théologiens contestent eux aussi cette interprétation, y compris un ancien magistrat saoudien qui a dit à Human Rights Watch que l'imposition par le pays de la garde légale n'est pas requise par la charia, et l'ancien directeur de la police religieuse, lui aussi théologien respecté, qui a dit en 2013 que l'interdiction de conduire pour les femmes en Arabie Saoudite n'est pas exigée par la loi islamique.

    Voilà, parmi de nombreuses autres raisons, pourquoi les femmes saoudiennes et ceux qui les soutiennent contestent, sur Twitter et ailleurs, l'institution de la tutelle. Selon Vocativ, au 4 août 2016, pas moins de 170.000 tweets avaient été envoyés tant en arabe qu'en anglais.

    Rien d'étonnant à de telles positions si on considère que l'Arabie Saoudite a été classée 134ème sur 145 pays de l'Index mondial des inégalités hommes-femmes du Forum Economique Mondial de 2015, ce qui n'empêche pas les femmes saoudiennes de poursuivre la lutte dans l'espoir que le statu quo sera bientôt ébranlé.

  • Les mille visages de la contestation en Arabie saoudite (Orient 21)

    Contestation musicale...

    Peu d’informations circulent sur la contestation en Arabie saoudite.

    Pourtant, celle-ci est ancienne, multiforme, souvent menée par des islamistes qui réclament des réformes, la fin de la répression, une lutte réelle contre la corruption et même l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. À toutes ces demandes, le pouvoir répond par la répression.

    Quelques mois après la destruction des tours jumelles de Manhattan le 11 septembre 2001, un prince saoudien, doté des responsabilités politiques, déclara au cours d’une interview : «  Nous qui avons fait nos études en Occident sommes pour la démocratie que dis-je  ? nous sommes de vrais démocrates. Mais si nous donnons au peuple le droit de vote, pour qui pensez-vous qu’il votera, sinon pour les islamistes  ? Comment voulez-vous que nous introduisions la démocratie en Arabie  ? Ce n’est pourtant pas l’envie qui nous manque  »1 Ce point de vue sous-entend que les islamistes sont les ennemis de la démocratie, même si, pour arriver au pouvoir, ils empruntent la voie démocratique. Pourtant par là aussi, peut-être à son insu, le prince reconnaissait la légitimité des islamistes ainsi que l’impopularité de la famille royale.

    La crainte que les islamistes ne viennent troubler la vie politique saoudienne a provoqué des mesures de répression sans précédent depuis la révolution iranienne de 1979 et l’occupation de la grande mosquée de la Mecque par des salafistes armés la même année. Au cours des dernières décennies, des dizaines de milliers de personnes ont été embastillées et des milliers d’autres assassinées au nom de la stabilité du régime. Et pourtant, il existe en Arabie saoudite bon nombre de mouvements sociaux qui s’inspirent pour partie de l’islamisme dans ses formes diverses et qui cherchent à créer des mouvements de masse et à organiser des protestations contre cet environnement si répressif. Ces mouvements n’ont guère de relais institutionnels puisque les partis politiques ont été interdits en 1932, les manifestations et les grèves en 1956. Et depuis 2014, toute action collective est assimilée au terrorisme et réprimée en conséquence. Malgré tout, ces mouvements, souvent issus de l’islam politique, parviennent à faire descendre des gens dans la rue et à les envoyer aux urnes pour contester telle ou telle orientation de l’État. Ils luttent pour imposer des réformes, dénoncer les abus de pouvoir, revendiquer une monarchie constitutionnelle et le respect des droits humains. Cet article a pour objet d’expliquer la réussite de quelques-uns de ces mouvements et l’échec des autres, et d’évaluer leur éventuel apport à l’avenir de la politique saoudienne.

    Sahwa, l’«  éveil islamique  »

    Al-sahwa al-islamiyya, «  l’éveil islamique  » (couramment appelé «  Sahwa  »), est l’un des mouvements sociaux les plus anciens d’Arabie saoudite. C’est l’expression saoudienne de réseaux transnationaux composés d’activistes égyptiens, syriens, irakiens, indiens, yéménites et saoudiens, venus de divers horizons politiques, certains étant des immigrants entrés dans le pays à partir de 1952. Dans le passé, la famille royale Al-Saoud a accueilli favorablement les Frères musulmans d’Égypte et de Syrie en exil, tout en interdisant la création d’une confrérie saoudienne.

    Les Frères musulmans saoudiens sont répartis entre quatre groupements informels, dont deux dans le centre du pays, l’un dans la province orientale (Al-Charqiya), et un autre dans le Hedjaz. À partir des années 1970, les Frères musulmans ont été actifs dans le système éducatif et dans les médias. Ils se faisaient les défenseurs d’une culture islamique plus inclusive et plus moderne que celle de l’enseignement religieux officiel. Ils critiquaient aussi l’influence d’experts étrangers au sein des institutions de l’État.

    Dans les années 1960 et 1970, en même temps que les Frères musulmans, des groupes salafistes ont émergé dans le cadre de la Sahwa.

    Nés d’une volonté de réinterpréter les textes religieux où l’État puise sa légitimité, ils se sont divisés aussi en plusieurs groupes, et leur interprétation du dogme va du quiétisme aux doctrines révolutionnaires. l’État tire sa légitimité, mais eux aussi se sont divisés en plusieurs groupes, dont les interprétations des dogmes vont du quiétisme aux doctrines révolutionnaires. Certains salafistes soutiennent l’État et sa politique religieuse, d’autres critiquent les institutions religieuses officielles. Les uns demandent des réformes politiques tandis que d’autres appellent à combattre par les armes l’État et ses soutiens occidentaux. Ils sont unis par une tendance à récuser l’impératif d’action politique organisée, sommant l’individu de se modifier lui-même d’abord pour devenir un musulman régénéré. Les Frères musulmans, en revanche, croient en la nécessité de l’organisation politique et en la possibilité de réformer la société de bas en haut. La Sawha se compose aussi bien de salafistes que de Frères musulmans.

    Comment des islamistes peuvent-ils s’opposer à un État qui doit sa légitimité à son adhésion bruyante à l’orthodoxie sunnite la plus stricte  ?

    Les salafistes comme les Frères musulmans soutiennent que la famille Al Saoud a abusé de la religion en la transformant en outil de pouvoir. Contre cet assujettissement du religieux au politique, ils espèrent utiliser la capacité des réseaux religieux comme remparts potentiels contre l’autoritarisme. Les islamistes croient que mobiliser ainsi les réseaux religieux permettra d’opposer la loi de Dieu aux méthodes de la famille royale, y compris sa coopération avec les États-Unis et l’Europe, perçue comme une tentative de recoloniser le Proche-Orient.

    Des militants de la Sahwa ont pris part aux protestations de masse contre la première guerre du Golfe (1990-1991), lorsque l’Arabie saoudite servait de base arrière aux armées occidentales déployées contre Saddam Hussein. Les islamistes saoudiens réclamaient la rupture des accords militaires avec les États-Unis et l’Europe, ainsi que l’indépendance de la magistrature, le respect des droits humains, la liberté d’expression, l’interdiction de la torture, une extension de l’État-providence et la fin de la corruption. Les Al Saoud ont répondu en renforçant leurs pouvoirs, avec l’adoption en 1992 de la Loi fondamentale et en réprimant le mouvement islamiste à partir de l’année suivante. Lors de leur sortie de prison à la fin des années 1990, des militants seront autorisés à participer à la mise en œuvre de réformes très limitées. Au cours du bref «  Printemps saoudien  » de 2003, ils réclameront de nouveau des changements politiques, apporteront leur soutien à une monarchie constitutionnelle et exigeront une fois de plus que les droits humains soient respectés. Les attentats de 2000-2005 visant les Occidentaux susciteront des arrestations massives et ce projet de réforme sera vite étouffé.

    Cependant, des candidats islamistes ont remporté les élections municipales de 2005 à Riyad, Djeddah, Dammam, La Mecque, Taëf et Tabouk.

    Ils sont parvenus à déjouer les règles draconiennes du système électoral qui interdisaient à la fois les coalitions de candidats et les programmes fondés explicitement sur la religion. La riposte des islamistes — y compris des salafistes, qui remportèrent quelques sièges à Dammam et Djeddah — a consisté à nouer des alliances clandestines, à l’aide de réseaux militants déjà en place. Mais ces élections ne présageaient d’aucune ouverture politique. Les électeurs ne désignent que la moitié des conseillers municipaux, l’autre moitié étant nommée par le gouvernement  ; et ces conseils n’ont aucun pouvoir, leur rôle est uniquement consultatif. La faible participation (environ 11 % à Riyad) montre à quel point la population s’est désintéresée d’un scrutin largement perçu comme dénué de signification. Cependant ces victoires des islamistes ont surpris et n’ont jamais été reconnues par l’État. Pour les élections suivantes, l’administration a modifié le code électoral pour empêcher une autre victoire islamiste, tout en réprimant toute action politique organisée avec une rigueur accrue.

    En 2011, à la veille des soulèvements arabes, des activistes de la Sahwa ont publié plusieurs pétitions adressées au roi Abdallah Ben Abdelaziz Al-Saoud, dont l’une, intitulée «  Vers un État de droit et des institutions  », plaidait en faveur d’élections libres et une autre, à coloration plus salafiste, s’intitulait «  Appel à la réforme  ». En 2013, ils ont apporté aussi leur soutien au président égyptien déchu, Mohamed Morsi. En février 2011, des militants salafistes ont fondé le Parti de l’oumma (Hizb al-umma) malgré l’interdiction des partis politiques, réclamant des élections libres et la séparation des pouvoirs. Les membres fondateurs ont tous été arrêtés et les réformateurs de nouveau réduits au silence.

    L’Association pour les droits politiques et civiques

    Le mouvement politique le plus important issu de l’islamisme sunnite est l’Association pour les droits politiques et civiques (jam‘iyya al-huquq al-siyasiyya wa-l-madaniyya) ou HASM, un acronyme signifiant «  détermination  ».

    Créé en 2009 par des militants de la Sahwa de haut rang, défenseurs des droits humains et membres de la société civile, HASM a «  réinventé l’islamisme en tant qu’activisme  », et esquissé «  une vision de réforme politique  ». Le mouvement réclamait la fin de la répression, prenant fait et cause pour les droits des prisonniers politiques et appelant de ses vœux une monarchie constitutionnelle.

    L’action directe non violente est au cœur de la stratégie des militants de HASM. Comme l’affirme le militant islamiste Abdallah Al-Hamid, la «  lutte par la parole  » (jihad al-kalima) ou la «  lutte paisible  » (jihad selmi) devraient être les principaux moyens de s’opposer aux injustices de l’État. Les membres de HASM ont dans leur collimateur aussi bien de ne conseiller le roi qu’en privé (nasiha), défendue par l’establishment religieux, que la répression de l’activisme politique, tolérée par le clergé. Pour eux, la répression étatique et l’interdiction des manifestations pacifiques sont les principales causes de l’escalade de la violence politique en 2003-2004, quand Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) a lancé une série d’attaques contre des conseillers occidentaux militaires et policiers à l’intérieur du royaume.

    Les procès publics des militants de HASM en 2011-2012 ont offert l’occasion d’actions collectives et de lobbying, les activistes s’en servant comme tribune pour critiquer la répression et exprimer leurs points de vue sur la réforme politique. Tous les fondateurs du mouvement ont néanmoins été condamnés à de lourdes peines par le tribunal spécial créé en 2008 pour juger les affaires de terrorisme. En 2013, ce tribunal a prononcé la dissolution de HASM2.

    La place des chiites

    La majorité des chiites saoudiens habite Al-Charqiya, la province orientale, riche en hydrocarbures. Même si les élites régnantes qualifient volontiers l’islamisme chiite saoudien de sous-marin iranien, ce mouvement a en réalité pris naissance dans les villes irakiennes de Nadjaf et Kerbala dans les années 1950 et 1960, et au Koweït dans les années 1970. Les islamistes chiites saoudiens sont affiliés au mouvement transnational Shirazi, du nom de l’ayatollah irakien Mohamed Al-Shirazi, qui a passé les trente dernières années de sa vie au Liban, au Koweït et en Iran. En 1979, les «  shirazis  » saoudiens se sont élevés contre la répression et la marginalisation dont ils étaient victimes, créant l’Organisation de la révolution islamique dans la péninsule arabique (munazhzhama al-thawra al-islamiyya fi-l-jazira al-arabiyya), rebaptisée en 1991 «  Mouvement réformiste saoudien  » (al-haraka al-islahiyya fi-l-sa’udiyya) puis se sont rapprochés de la Sahwa et de la famille royale. Le seul groupement chiite islamiste qui entretient des relations avec Téhéran est le Saudi Hezbollah, qui est beaucoup plus petit et qui a mené des opérations armées à l’intérieur du pays vers la fin des années 1980 et au milieu des années 1990.

    Des militants du Mouvement réformiste saoudien ont signé les appels nationaux en faveur de réformes politiques au cours du Printemps saoudien, et ont publié leur propre pétition, «  Partenaires dans la nation  », qui réclamait la reconnaissance officielle de la jurisprudence de l’islam chiite, l’égalité entre tous les citoyens et une meilleure représentation des chiites au sein des administrations et des tribunaux. Lors des élections municipales de 2005, les islamistes chiites ont emporté la majorité des sièges élus dans la ville de Qatif et la moitié à Hofuf. Les manifestations dans la province orientale, Al- Charqiya, ont débuté en 2006 en réaction à la guerre israélienne au Liban et en soutien au Hezbollah  ; plusieurs manifestants ont été arrêtés. En 2009, des heurts entre pèlerins chiites et sunnites en route pour La Mecque ont déclenché des manifestations de masse. Lors du soulèvement à Bahreïn en 2011, des chiites saoudiens sont descendus dans la rue par solidarité avec les protestataires du pays voisin. Un dissident shirazi, Nimr Al-Nimr a organisé plusieurs manifestations dans la ville d’Awamiya, qui se sont étendues à Qatif, Satwa et Hofuf. Les manifestations de rue et leur répression par la police se sont poursuivies tout au long de l’année 2014, avec des dizaines de militants abattus en pleine rue ou exécutés, dont Nimr Al-Nimr, mis à mort au début de 2016. Entre 2011 et 2014, ce soulèvement dans la province orientale a été l’incarnation la plus tangible d’une version saoudienne des soulèvements arabes de 2011.

    En finir avec la corruption

    Le mouvement anticorruption s’est formé au cours des violentes inondations qui frappèrent la ville portuaire de Djeddah en 2009, 2011 et 2015. Le 25 novembre (dit «  mercredi noir  »), des pluies diluviennes ont provoqué des inondations sans précédent qui ont balayé la ville, tuant entre cent et quatre cents habitants, détruisant maisons et infrastructures, surtout dans les quartiers pauvres. Militants et habitants des environs se sont organisés pour apporter des secours aux zones sinistrées, puisque les membres de la défense civile et les pompiers étaient mobilisés en vue de l’imminent pèlerinage à La Mecque. À Djeddah, les réseaux de militants propalestiniens, des militants de la conservation des monuments ainsi que des islamistes sunnites ont soutenu la mobilisation en faveur des victimes des inondations.

    L’étendue du désastre a conduit les habitants de Djeddah à une recherche collective des causes. Les militants montraient du doigt la municipalité, accusée d’avoir accordé des permis de construire n’importe où et d’avoir négligé la modernisation du réseau d’évacuation des eaux pluviales. Pour eux, les inondations sont une catastrophe naturelle causée par l’homme. En raison de la corruption municipale, affirmaient-ils, les zones inondables ont été loties, les canaux d’évacuation n’ont pas été entretenus et le système des égouts ne desservait que 8 % de la ville. Le 28 novembre 2009, l’avocat et militant des droits humains Walid Abou Al-Khair, représentant les familles des victimes, a porté plainte contre la ville de Djeddah. L’indignation générale a obligé le roi Abdallah à nommer une commission d’enquête, et plusieurs dizaines de fonctionnaires municipaux ont été condamnés à des peines de prison.

    Une répression tous azimuts

    Après les attentats de New York de 2001, Riyad a collaboré à la guerre contre la terreur conduite par les États-Unis, notamment en invitant des agents du Federal Bureau of Investigation (FBI) à assister aux interrogatoires de personnes suspectées de terrorisme3. Après qu’AQPA eut lancé une campagne d’attentats à la bombe contre des occidentaux en 2000-2005, des milliers de personnes ont «  disparu  » entre les mains des services de sécurité. Dès 2010, le pays comptait entre douze et trente mille prisonniers politiques. Tortures, mauvais traitements, viols, aveux extorqués étaient monnaie courante, et le sont toujours. La répression et les violences de l’État ont eu pour effet de sensibiliser le public à la situation politique et de déclencher la mobilisation des familles de prisonniers en un mouvement qui était alimenté par la répression au lieu d’être freiné par elle. Plus il y avait de détenus, plus il y avait de chances de voir des militants parmi leurs familles.

    Ce mouvement a démarré en octobre 2003 lorsqu’une grande manifestation a encerclé le lieu où se tenait le premier congrès des droits humains de Riyad4. Les parents des prisonniers politiques ont organisé des manifestations à répétition et des sit-in dans les mosquées de Riyad, devant le ministère de l’intérieur et dans plusieurs villes de province, surtout dans le centre du pays, ou le mouvement des «  partisans  » (al-munisarun) a organisé des dizaines de manifestations et a eu souvent maille à partir avec la police. Ces manifestations se sont poursuivies pendant les soulèvements arabes de 2011. Au début de cette année-là, par exemple, des dizaines de femmes se sont rendues au ministère de l’intérieur pour exiger des procès équitables pour leurs proches. Parmi d’autres slogans, elles scandaient : «  libérez nos innocents  » et «  Où sont nos enfants  ?  ».

    À la suite des soulèvements arabes, les Al Saoud ont donné un tour de vis supplémentaire à la répression. En 2014, un décret royal a défini le terrorisme comme étant «  toute action… visant à nuire à l’ordre public ou perturbant la sécurité de la société ou la continuité de l’État… ou insultant la réputation et l’honneur de l’État  »5. Cette même année, une ordonnance du ministre de l’intérieur définissait comme actes terroristes :
    - «  le fait de propager l’athéisme et la mise en doute des principes de l’islam sur lesquels la nation est fondée  » (article 1)  ;
    - «  le fait de prêter allégeance à quelque parti politique, organisation, mouvement, groupe ou individu  » (art. 2)  ;
    - «  le fait de soutenir, rejoindre ou sympathiser avec toute organisation, groupement, mouvement, rassemblement ou parti politique  », y compris sur les réseaux sociaux (art. 3)  ;
    - «  le fait d’appeler à des sit-in, des manifestations, des meetings, signer des communiqués ou inciter à y participer ou à en faire la publicité  » (art. 8)  ;
    - «  le fait d’assister à des conférences, des réunions ou des meetings […] qui sèmeraient […] de la discorde dans la société  » (art. 9).

    Selon ces définitions vagues, toute action organisée, même non violente, est désignée comme terroriste et réprimée. Les Frères musulmans eux-mêmes sont étiquetés terroristes.

    Relance des grèves

    Les syndicats ouvriers sont interdits en Arabie saoudite depuis 1947 et les grèves le sont aussi depuis 1956, après que la compagnie américaine Aramco a été paralysée par des mouvements sociaux en 1945, 1953 et 1956. Malgré cette répression de longue date, des conflits de travail sont reparus récemment en raison de la chute du prix du pétrole et la dégradation des conditions de vie, surtout parmi les ouvriers non qualifiés et les diplômés de l’enseignement supérieur. Depuis la fin des années 2000, des diplômés au chômage, des personnels hospitaliers, de l’éducation nationale et des autres services publics, et même les employés de la grande mosquée de La Mecque ont organisé des actions collectives et des grèves pour protester contre le chômage, les bas salaires, les salaires impayés ou la privatisation des entreprises publiques. L’exemple de ces travailleurs du secteur public — des Saoudiens pour la plupart, mais parfois aussi des étrangers — a été suivi dans le privé. Les restructurations économiques et les privatisations rend paradoxalement les mouvements sociaux plus efficaces : dans le contexte saoudien, les sociétés privées pâtissent davantage de la perte d’heures de travail et de bénéfices que les entreprises d’État. Les employés d’un opérateur téléphonique privé, Etihad Etisalat, ont ainsi fait grève en 2011 pour obtenir des augmentations. Le mouvement s’est répandu dans plusieurs régions et la compagnie a dû réévaluer ses échelles de salaire.

    Des ouvriers du bâtiment, secteur où l’on engage surtout des étrangers, ont également commencé à se rebiffer. Les travailleurs du Saudi Binladin Group, l’un des fleurons de la construction, font depuis 2010 des grèves à répétition contre les bas salaires, les salaires impayés et les licenciements massifs. En 2016 encore, des milliers d’entre eux ont participé à des manifestations et des grèves.

    Des succès réels mais limités

    Quatre mouvements sociaux — mouvements de réforme chiite et sunnite, mouvement contre la corruption et mouvement ouvrier — sont parvenus au cours des dix dernières années à introduire en Arabie saoudite des changements, si limités fussent-ils. Ils ont gagné dans plusieurs villes les élections municipales de 2005, fait comparaître devant les tribunaux des fonctionnaires corrompus et obligé les employeurs publics et privés à prendre en compte les revendications de leurs travailleurs.

    — Les islamistes se sont jetés à fond dans la bataille électorale de 2005 malgré la répression qui s’était abattue sur leurs mouvements et nonobstant le pouvoir limité des conseils municipaux. Leur victoire est un indice de leur capacité de mobilisation potentielle, et de la désaffection relative de la population envers la famille royale et les élites du régime. Elle a montré aussi qu’au lieu de boycotter des élections imparfaites, les islamistes pouvaient adhérer aux procédures électorales tout en contournant les règles complexes du scrutin. Le prince cité en tête de cet article avait à la fois raison et tort : des élections ont été organisées et les islamistes les ont remportées, mais elles ont surtout montré que les Al Saoud et les élites soutenues par l’État ne sont pas les seuls à vouloir jouer le jeu de la politique électorale. La participation des islamistes à ces élections et le soutien que depuis longtemps ils apportent à l’idée d’une monarchie constitutionnelle sont la preuve qu’ils tiennent les élections pour un outil de réforme légitime.

    L’État n’a jamais admis que les vainqueurs soient des islamistes  ; selon les médias officiels, ces élections n’avaient qu’un caractère technique, nullement politique, les élus aux conseils n’étaient que des technocrates sans partisans organisés. Les fonctionnaires de l’État ont retardé la première réunion de ces conseils municipaux pendant plus d’une année, voulant par là souligner leur insignifiance. En conséquence, lors des élections de 2011 et 2015, la participation, déjà faible en 2005, était encore plus basse. Pendant ce temps, l’État a poursuivi sa répression de toute action politique, identifiée au terrorisme depuis 2014.

    — Le mouvement anticorruption a conduit à une enquête publique sur les causes des inondations à Djeddah et à la condamnation de plusieurs fonctionnaires. Le succès était incomplet, cependant, car les principaux décideurs — et parmi eux des princes saoudiens — n’ont pas été inculpés. Le scandale causé par le nombre de morts n’explique pas à lui seul les résultats de la mobilisation. Les infrastructures municipales et le développement du secteur immobilier sont deux des principales voies par lesquelles la rente pétrolière est injectée dans l’économie. L’immobilier et les infrastructures sont au cœur du système de gouvernement saoudien. Les princes font don des terres en échange de la loyauté des bénéficiaires, et pour des secteurs importants du monde des affaires, ces terres sont source d’enrichissement. Les promoteurs, investisseurs immobiliers et propriétaires fonciers bénéficient tous de prêts publics gratuits et sont ainsi liés à l’État à la fois par cet endettement et par leurs espoirs financiers (les emprunts immobiliers privés n’ont été introduits qu’en 2012). De plus, en développant les villes et en les transformant en immenses banlieues, l’État a non seulement créé des occasions d’investissement, mais il a aussi rendu la mobilisation et les manifestations plus difficiles en raison de la dispersion de la population. Naguère rassemblés dans des agglomérations denses, les Saoudiens sont aujourd’hui atomisés en maisons individuelles éparpillées à travers un vaste paysage d’autoroutes, d’échangeurs et de banlieues mornes. La terre est par essence politique, elle est au cœur du système de pouvoir de la famille Al Saoud, que l’intervention du roi Abdallah à Djeddah visait à préserver.

    — Les succès du mouvement ouvrier ont été réels, mais très limités. Les grèves ayant contraint les entreprises à négocier sont rares et elles mettent en péril les ouvriers. L’interdiction des syndicats et la répression qui s’abat sur toutes les actions collectives, y compris les grèves et les manifestations, rendent particulièrement vulnérables les ouvriers les plus mal payés, dans leur immense majorité des immigrants asiatiques et arabes.

    Le plus grand échec des mouvements contestataires saoudiens est leur incapacité à surmonter les barrières géographiques et politiques pour réunir leurs forces. Les groupes islamistes sunnites sont aussi fragmentés que les groupes chiites. Les mouvements contre la répression et la corruption n’ont souvent qu’une base locale. En général, les mouvements protestataires saoudiens sont mal outillés pour s’opposer à la répression étatique. L’absence d’un mouvement national au moment des soulèvements qui ont mis fin au règne de Zine El-Abidine Ben Ali en Tunisie, de Hosni Moubarak en Égypte, de Mouammar Kadhafi en Libye et d’Ali Abdallah Saleh au Yémen est un symptôme de cette fragmentation. Certes, il y a eu des manifestations en janvier 2011 : des centaines de Saoudiens ont défilé contre la corruption et en faveur de la transparence. Pendant plusieurs jours, des manifestations ont eu lieu devant des bâtiments municipaux et des ministres clés  ; quelques immolations par le feu se sont produites entre 2011 et 2013 en réponse au suicide par le feu du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi qui avait marqué le début de la révolution tunisienne. Les plus grandes manifestations se sont déroulées dans les zones chiites de la province orientale. Pourtant ces protestations ne se sont pas fondues en un soulèvement national. Toute possibilité de mobilisation générale a été écrasée dans l’œuf par un massif déploiement de policiers dans la capitale, la mise en détention de nombreux militants (y compris des membres du HASM et des dizaines d’activistes chiites) et par une escalade de la violence entre chiites et forces de sécurité dans la province orientale.

    Répression partout, réforme nulle part

    L’autoritarisme saoudien est peu subtil. Il consiste en une interdiction de toute action politique, un recours fréquent à la violence policière, l’opacité et la désinformation. Il y a des raisons historiques à cette situation. La famille Al-Saoud a consolidé son emprise sur le pays contre les protestations et l’insatisfaction populaires avec l’aide de la compagnie pétrolière américaine Aramco et la coopération d’experts sécuritaires occidentaux et arabes. Au cours des dernières décennies, l’État saoudien a bénéficié de l’aide jordanienne, égyptienne, française, britannique et américaine pour mettre sur pied un appareil de répression particulièrement brutal. Cette répression tous azimuts ne signifie pourtant pas que des membres des élites islamistes n’ont pas, de temps en temps, été intégrés aux ministères de l’éducation, des médias et des affaires islamiques. Mais chaque fois que des islamistes contestent l’autoritarisme et critiquent l’alliance américano-saoudienne, les Al-Saoud ont recours à des tactiques plus violentes.

    La répression des années 1990 a sans doute contribué à la radicalisation de certains secteurs marginaux de l’islamisme, à la création d’Al-Qaida ainsi qu’à une escalade de la violence dans la région et dans le monde. La guerre contre la terreur dans sa version saoudienne a été accompagnée dans les années 2000 par certaines réformes limitées, dont l’introduction de ces élections municipales. Or ces ouvertures très contrôlées n’ont pas modifié fondamentalement la formule du pouvoir. Et les lois de 2014 sur le terrorisme ont étendu la définition de celui-ci pour inclure toute contestation pacifique, toute parole politique et toute action organisée. L’État saoudien conserve entre ses mains les pleins pouvoirs, qui lui permettent d’écraser toute protestation et toute critique, si paisible ou si constructive soient-elles.

    L’arrivée au pouvoir en 2015 du roi Salman n’augure rien de bon quant à l’avenir politique, qui semble plus sombre que jamais. Son prédécesseur, le roi Abdallah était à l’origine des réformes — très limitées — des années 2000 (il a également été l’architecte principal de la guerre contre la terreur version saoudienne). À la différence de celui-ci, le roi Salman est resté muet sur les réformes politiques. Sa «  Vision saoudienne 2030  » présentée en 2016 préconise l’austérité, la diversification économique et la privatisation des services publics. Elle promet aussi davantage d’emplois et de divertissements. En l’absence de toute réforme politique et à mesure que diminuent les dépenses publiques, la répression policière demeurera l’alpha et l’oméga du système politique saoudien. Moins que jamais, les Al Saoud pourront prétendre être de «  vrais démocrates  » dans ce pays.


    1Note de terrain, Riyad, juin 2002.

    2Madawi Al-Rasheed, Muted Modernists : The Struggle over Divine Politics in Saudi Arabia, Hurst Publishing, Londres, 2015), pp. 33–34.

    3Témoignage de Thomas J. Harrington, sous-directeur adjoint de la section contre-terrorisme du FBI devant la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants, Washington D.C., 24 mars 2004.

    4NDLR. MàJ. Un contresens s’était glissé dans la traduction Nos excuses pour cette erreur.

    5Décret royal sur les crimes de terrorisme et leur financement, publié le 31 janvier 2014.