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IVè Internationale

  • Kamel Aissat (PST)

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    Kamel Aissat, tête de liste du Parti Socialiste des Travailleurs (PST) est l'invité de  l'émission Tamoughli W-Assa (KBC) et ce aujourd'hui jeudi 23 Mars 2017, a partir de 20h 15.

  • Al Mounadil-a (Maroc)

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    Nos camarades marocains atteignent les 10 000 amis sur facebook

     

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  • Déclaration (PST)

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    Comme pour les élections passées, le PST ne se fait aucune illusion sur les prochaines législatives du 04 mai 2017.

    Loin d’être libres et transparentes, ces élections n’apporteront ni les changements démocratiques qui mettent un terme à l’autoritarisme du pouvoir et le musellement des libertés, ni l’amélioration de la situation sociale de la majorité des masses populaires écrasées par l’austérité, le chômage et le mal de vivre.

    La nouvelle loi électorale, taillée sur mesure pour les partis du pouvoir et leurs amis du patronat, exclue de fait les projets politiques alternatifs et réduit au silence toutes les voix critiques et d’opposition. Promulguer une loi en 2016 et imposer, de façon rétroactive, un seuil minimal de 4% des voix en 2012, traduit la volonté du pouvoir d’éliminer ses adversaires politiques. Exiger de notre parti, fondé en 1989 et reconnu par sa présence dans les luttes politiques et sociales depuis les années de la clandestinité, de collecter plusieurs dizaines de milliers de signatures pour ces élections, alors qu’il n’est financé que par les cotisations de ses militant-E-s, signifie que seuls les partis subventionnés à tour de bras par l’argent publique et ceux qui sont soutenus par les milliardaires affairistes et financés par l’argent sale sont conviés à la mascarade.


    Face à cette situation, il est plus aisé de ne pas participer à ces élections déloyales et appeler à les « boycotter ». Mais, dans les conditions actuelles, cette attitude ne constitue pas une alternative pour les travailleurs et les masses populaires. Si les rapports de forces d’aujourd’hui ne permettent pas la mobilisation d’un boycott actif et massif capable d’imposer une autre solution, ne pas participer aux élections et se limiter à dénoncer la mascarade ne constituent pas un programme politique conséquent et ne suscitent aucun espoir dans nos luttes de demain.


    Pour le PST, au-delà de la nature anti démocratique de ces élections, il est plus constructif de se saisir de la tribune électorale et d’aller proposer nos idées politiques aux travailleurs et aux mases populaires, comme on vient de le faire dans une dizaine de wilayas, même si nous n’avons pas réussi à collecter le nombre exigé des signatures.

    D’ailleurs, à Béjaïa nos camarades ont réussi, au prix de beaucoup d’efforts militants, à relever le défi des trois milles signatures exigées dans cette wilaya en ramassant plus du double. Mieux, au-delà des délais formels, les signatures continuent d’affluer encore vers notre siège local. Pour nous, Il s’agit d’une mobilisation populaire et citoyenne inédite autour de nos propositions politiques et de notre liste de militants et de militantes, connus pour leur probité et leur engagement sur le terrain des luttes démocratiques et sociales tous les jours et toute l’année, indépendamment des échéances électorales.

    Ainsi, le PST a décidé d’accompagner cette dynamique et ne pas déserter une bataille politique qu’il va falloir amplifier et fructifier, à partir de Béjaïa et d’ailleurs, dans la perspective d’impulser une grande convergence des luttes et des énergies militantes, une grande convergence démocratique, anti libérale et anti impérialiste.

    Parti Socialiste Des Travailleurs
  • PST (Algérie)

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  • «Le contrôle du nouveau Parlement constituera un avantage dans la bataille pour la succession» (El Watan)

    «Le contrôle du nouveau Parlement constituera un avantage dans la bataille pour la succession»

    Mahmoud Rachidi. Secrétaire général du Parti socialiste des travailleurs (PST)

    Quelle analyse faites-vous de la situation politique du pays, à trois mois des législatives ?

    La situation politique est avant tout marquée par l’impasse économique et sociale du libéralisme dans notre pays, par la dérive autoritaire du régime qui se traduit par un véritable musellement des libertés démocratiques, et par la crise de succession de Bouteflika qui suscite, en dépit de l’accalmie de façade de ces derniers mois, une guerre larvée entre les différentes factions au pouvoir.

    D’ailleurs, dès la chute des prix des hydrocarbures, le pouvoir s’est empressé de nous administrer, avec la bénédiction du FMI et de la Banque mondiale, une nouvelle «thérapie de choc» libérale et antisociale, caractérisée par une baisse du coût réel du travail à travers une diminution drastique des salaires, et la baisse des déficits publics, notamment par la suppression future des transferts sociaux. Passant à l’acte, le pouvoir n’a produit, sous l’appellation de loi de finances 2017, qu’un ramassis de mesures d’austérité, de réduction des dépenses publiques et d’abandon des projets de développement.

    Ce qui était présenté pompeusement comme un nouveau modèle économique pourrait se réduire à une nouvelle entreprise de bradage de ce qui reste de nos ressources financières, comme le suggère l’analyse de certains projets faramineux de «partenariat» dans l’agriculture et dans d’autres domaines. Et comme cette offensive libérale ne s’accommode plus des petites brèches de liberté et de droits démocratiques indispensables pour l’expression des revendications politiques et sociales des travailleurs, des jeunes et des démunis, elle se traduira par des explosions sociales qui ne pourront être que violentes et radicales, comme ce fut le cas lors des émeutes du 2 janvier à Béjaïa.

    Le PST va-t-il présenter des candidats aux législatives ?

    Comme pour les élections passées, le PST ne se fait aucune illusion sur les législatives du 4 mai prochain. Pour nous, loin d’être libres et transparentes, ces élections n’apporteront ni les changements démocratiques qui mettent un terme à l’autoritarisme du pouvoir et le musellement des libertés, ni l’amélioration de la situation sociale de la majorité des masses populaires écrasées par l’austérité, le chômage et les dures conditions de vie.

    En plus, la nouvelle loi électorale, qui impose le seuil des 4% de voix en 2012, est conçue de façon à éliminer de la participation des partis, comme le PST, qui ne sont pas proches du pouvoir et ou financés par les affairistes et l’argent sale de tous les trafics. Mais ,quand bien même il aurait été plus aisé de ne pas participer à ces élections déloyales et appeler à les «boycotter», cette attitude ne constitue pas une alternative pour les travailleurs et les masses populaires. Aujourd’hui, les rapports de force ne permettent pas la mobilisation à un boycott actif et massif capable d’imposer une autre solution. Pis, ne pas participer et se limiter à dénoncer la mascarade ne constitue pas un programme politique conséquent.

    Pour le PST, il est plus constructif de se saisir de la tribune électorale et d’aller proposer nos idées politiques aux travailleurs et aux masses populaires, comme on vient de le faire dans une dizaine de wilayas, même si nous n’avons pas réussi à collecter le nombre exigé des signatures. Mais, à Béjaïa qui demeure un bastion des luttes sociales et démocratiques dans notre pays, nos camarades ont réussi à relever le défi des 3000 signatures exigées. Dans cette expérience, nous avons constaté une mobilisation populaire inédite autour de nos propositions politiques et notre liste militante. Ainsi, on a décidé d’accompagner cette dynamique et ne pas déserter une bataille politique qu’il va falloir amplifier et fructifier. C’est notre camarade Kamel Aïssat qui a été proposé comme tête de liste par la base militante de notre parti à Béjaïa.

    La commission de surveillance des élections installée par le Président vous paraît-elle en mesure d’empêcher la fraude ?

    Il n’y a que le contrôle populaire de toute l’opération électorale qui peut empêcher la fraude et garantir le respect du choix des électeurs. On l’a déjà constaté dans le passé, les commissions de surveillance ne sont qu’une caution pour la fraude. Lorsque le président de l’une d’elles, en l’occurrence M. Bouchaïr, avait osé, en 2007, accuser le FLN d’une toute petite fraude dans un bureau de vote à Rouiba, c’est M. Zerhouni alors ministre de l’Intérieur qui est venu le contredire à la télévision et le rappeler à l’ordre. Depuis, on n’a plus entendu parler de ce brave M. Bouchaïr.

    Quant à l’actuelle commission, d’emblée il faut rappeler qu’il s’agit bien d’une régression démocratique. Alors qu’il était élu auparavant parmi ses membres, le président de la commission actuelle, lui-même ancien ministre et ex- ambassadeur, est nommé par Bouteflika et pour plusieurs années. Cela renseigne de façon éclatante sur l’indépendance de ladite commission. Par contre, ceux qui réclamaient naïvement une telle commission à partir de Zéralda, mais sans se référer à la nécessaire mobilisation populaire, ils sont «bien servis».

    Les partis politiques accusent le gouvernement d’un manque de transparence dans la gestion du fichier électoral. Partagez-vous leurs accusations ?

    Bien sûr, l’absence de transparence commence par la gestion du fichier électoral, notamment en ce qui concerne sa mise à jour. Sinon, comme l’illustrait à l’époque de façon magistrale une scène de la pièce théâtrale  Babour Ghraq, alors qu’il n’y avait que trois votants, l’urne s’est retrouvée bourrée de centaines de bulletins de vote au moment du dépouillement.
    Le fichier électoral appartient au peuple algérien et il doit être public. A tout moment chaque citoyen ou citoyenne doit avoir le droit d’y accéder et de le consulter. De même, chaque parti, syndicat ou association de citoyens doit être destinataire d’une copie actualisée du fichier électoral national. Toute entrave à l’accès au fichier électoral est une atteinte à la transparence de tout le processus électoral. Par ailleurs, il faut rappeler aussi l’opacité qui caractérise encore le vote des corps constitués, dont le nombre de votants, le lieu de vote, le dépouillement des suffrages... restent loin de tout contrôle démocratique.

    Comment jugez-vous la fusion ou les alliances opérées par les partis islamistes avant les législatives ?

    Je pense que les mouvements islamistes, à l’échelle internationale, sont entrés dans un cycle de recul et de déclin. A l’instar de ce qui s’est produit en Algérie, les plus radicaux ont subi des défaites militaires majeures, comme en Irak et en Syrie, alors que les «modérés» sont relativement discrédités et leur image ternie par l’exercice du pouvoir, comme au Maroc et en Tunisie. Mais la religiosité, qui constitue un terreau indéniable pour ces mouvements, est encore hégémonique sur le plan culturel dans nos sociétés.

    Quant aux alliances électorales des partis islamistes algériens en vue des législatives du 4 mai, je ne pense pas que cela constitue un événement politique majeur. Déjà en 2012, après les longues années d’alliance présidentielle, le MSP et ses amis de l’Alliance verte, notamment Ennahda et El Islah, n’ont pas pu constituer un poids significatif dans les rapports de force politique de ces dernières années. Cependant, leur alliance avec certains secteurs du patronat privé et les forces de l’argent, comme c’est la règle pour le FLN, le RND et d’autres partis, dévoile leur vraie nature de représentants d’une partie conservatrice de la nouvelle bourgeoisie algérienne. Leur alliance vise la réalisation d’un score qui leur permettra de négocier un strapontin dans le futur gouvernement. Quant au mouvement de M. Djaballah, qui a été affaibli depuis longtemps par des scissions récurrentes, il a perdu sa bataille de leadership avec le MSP depuis longtemps.

    Ces législatives vont-elles dessiner l’après-Bouteflika ?

    Je pense que le verrouillage sans précédent de ces législatives leur confère une importance particulière dans la cristallisation des rapports de force au sein du régime. Le contrôle du nouveau Parlement et des futures assemblées locales constituera un avantage assez important dans la bataille de succession qui s’annonce dans un futur très proche.

    L’ICSO a volé en éclats. L’opposition algérienne est-elle abonnée aux divisions ?

    L’opposition à laquelle vous faites référence n’est pas issue des luttes démocratiques et sociales qui ont secoué notre pays ces dernières années. Elle ne constituait pas un véritable pôle indépendant du pouvoir, conséquent et capable de mobiliser les masses populaires pour imposer un changement démocratique. Elle est composée, à une exception près, d’anciens chefs de gouvernement, de ministres et de partis qui ont participé à un moment ou à un autre au pouvoir sous la présidence de M. Bouteflika. Par ailleurs, la plateforme ultralibérale qu’elle a adoptée s’attaque de façon explicite aux travailleurs coupables, à ses yeux, de multiplier les «grèves sauvages». Loin d’être un bloc de principes, cette expérience n’a pas résisté à l’épreuve des élections.

    Qui gère aujourd’hui le pays ? La Présidence ? L’armée ? Ou les oligarques ?

    Je pense que ces trois entités sont parties prenantes au pouvoir. Ce qui est vraisemblable, c’est que le pouvoir politique n’est plus entre les mains exclusives de l’armée. Les affairistes et autres prédateurs, que vous appelez oligarques, ont leur mot à dire aujourd’hui dans la prise de décision. La Présidence, incarnée par M. Bouteflika, devrait garder une prédominance dans certaines sphères de la gestion de l’Etat et dans le jeu d’arbitrage entre les intérêts des uns et des autres. Il s’agit d’assurer un équilibre permettant une cohabitation entre les différentes factions et de garantir les intérêts des puissances et des multinationales qui soutiennent le régime.

    Le PST a lancé un appel pour une «convergence démocratique, antilibérale et anti-impérialiste». Où en est cette initiative ?

    Notre appel pour «une convergence démocratique, antilibérale et anti-impérialiste» est toujours en vigueur. Le PST continue à agir dans le cadre de cette orientation. Des contacts politiques et syndicaux avec des mouvements sociaux sont toujours en cours. Des expériences de luttes communes, à l’instar de l’intersyndicale, des mobilisations estudiantines, du forum social, des luttes féministes, etc., participent à la construction de cette perspective unitaire. Pour le PST, il s’agit notamment d’une convergence dans les luttes réelles et non pas une proclamation solennelle d’une unité d’appareils. Mais, il est vrai que la cristallisation d’une telle convergence et l’édification d’un cadre commun nécessitent plus d’efforts pour que les résistances actuelles se renforcent et se développent dans un grand mouvement unitaire de progrès et d’espoir. Dans cette perspective, on est pour l’unité des partis de gauche dans les luttes et dans les batailles électorales.

    L’Algérie doit créer près d’un million d’emplois par an pour stabiliser et résorber progressivement le chômage. Cela vous semble-t-il possible ?

    Cet objectif est possible, si on met un terme au libéralisme économique qui ne sert que les intérêts d’une infime minorité et si on impose un autre choix tourné résolument vers la satisfaction des besoins sociaux de tous. Cette perspective exigera de grands projets de développement générateurs d’emplois dans l’industrie, l’agriculture et les services. Mais, à terme, la création d’emplois passera aussi par la réduction du temps de travail et l’âge de départ à la retraite par exemple.

    On reproche aux formations politiques classées à gauche de continuer à militer à contre-courant face à la globalisation de l’économie…

    Il s’agit de la globalisation capitaliste et ses ravages sociaux, son désastre écologique et ses guerres destructrices. Militer à contre- courant de ces calamités mobilise, certes, les organisations de gauche, mais dans la réalité on voit bien que cet impératif mobilise aussi des peuples entiers pour leur émancipation, ou la défense de leur environnement. La crise actuelle est celle de ce système capitaliste néolibéral qui ne produit plus que la barbarie et la régression. Oui, il faut militer à contre-courant de ce système pour imposer un monde meilleur, un monde d’espoir, de liberté et de fraternité à l’échelle de l’humanité.

    Bio express

    Né à Alger en 1961, Mahmoud Rachidi s’engage en politique dès le lycée, comme animateur de la Coordination des lycéens d’Alger. Une fois étudiant il adhère à la troupe de gauche Debza et au GCR clandestin (Groupe  Communiste Révolutionnaire). En 1989, il est l’un des membres fondateur du PST. Il remplace Chawki Salhi à la tête du parti en 2012.

    13.03.17

    http://www.elwatan.com/

  • Syrie : le peuple syrien résiste dans le chaos (NPA)

    Les discussions de « Genève IV » sur l’avenir de la Syrie se sont achevées en fin de semaine passée avec peu d’avancées concrètes, pendant que sur le terrain les affrontements continuent...

    Ces « négociations de paix » sous l’égide de l’ONU ont mis face-à-face le régime et différents acteurs de l’opposition : le Haut Comité des négociations (HCN), principale délégation de l’opposition, et des opposants proches de la Russie, le « Groupe du Caire » et le « Groupe de Moscou ». Une fois réaffirmées les divergences de fond, les discussions se sont conclues le 3 mars avec l’acceptation d’un « agenda clair » incluant quatre points : la lutte contre le terrorisme, la gouvernance – thème flou pour évoquer une transition politique –, la Constitution et les élections. L’ONU prévoit un nouveau rendez-vous en mars.
    Parallèlement, mardi 28 février, la Russie et la Chine ont mis à l’ONU leur veto à des sanctions contre le régime Assad pour l’utilisation d’armes chimiques. C’est la septième fois que Poutine utilise son veto pour protéger le régime de Bachar el-Assad, rejoint par la Chine pour bloquer six de ces sept résolutions. La nouvelle proposition de sanctions suivait une enquête conjointe menée par les Nations unies et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui avait conclu en octobre que le régime syrien avait mené au moins trois attaques avec des armes chimiques en 2014 et 2015. Les enquêteurs ont déterminé que les djihadistes du groupe État islamique (EI) avaient eux aussi utilisé du gaz moutarde en 2015.


    Bombardements et attentats...


    Sur le terrain, le cessez-le-feu négocié le 30 décembre est quotidiennement violé, notamment par les bombardements de l’aviation du régime Assad et de son allié russe contre des régions où sont absents les djihadistes de l’EI et de Fateh al-Sham (initialement al-Qaïda en Syrie). Ils touchent particulièrement les civils. Les forces pro-régime continuent par exemple les avancées militaires et les bombardements sur la ville de Deraa.
    En même temps, Fateh al-Sham a revendiqué des attentats de kamikazes à Homs le samedi 25 février contre les services de renseignement du régime, faisant une quarantaine de morts dont Hassan Daaboul, le chef du renseignement militaire de Homs, un proche du dictateur Bachar el-Assad. En réponse, il y a eu une intensification des bombardements par les forces du régime contre le quartier assiégé d’al-Waer à Homs, aux mains de l’opposition.
    Ces attaques se sont produites au lendemain d’un autre jour sanglant en Syrie, où des attentats revendiqués par l’EI contre des forces de l’Armée syrienne libre (ASL) ont fait 83 morts, dont 45 civils, près d’Al-Bab dans le nord du pays.
    Plus récemment, dimanche 5 mars, l’EI a également perpétré deux attentats suicides dans la province d’Alep, tuant huit soldats du régime près de la localité de Deir Hafer et sept combattants de l’opposition armée à Azaz.
    Les forces de Damas ont repris la ville de Palmyre à l’EI, tandis qu’au moins 60 000 civils dans le nord de la Syrie ont fui les combats, marquant la double offensive, d’une part, des forces turques alliées à certains groupes de l’opposition armée et, d’autre part, des troupes du régime syrien appuyées par la Russie, chacune contre l’EI... mais en concurrence entre elles.


    Des forces démocratiques toujours présentes

    Malgré une situation toujours plus chaotique, des résistances civiles et démocratiques se poursuivent à la fois contre le régime et les forces fondamentalistes religieuses. Dans la campagne d’Alep, la population de la ville d’Atareb s’oppose depuis plusieurs semaines aux pratiques autoritaires de la nouvelle coalition « Hay’at Tahrir a-Sham » (HTS), dominée par les djihadistes de Fateh al-Sham. Des manifestations ont notamment eu lieu pour dénoncer les attaques du HTS contre le quartier général d’un groupe local de l’Armée syrienne libre (ASL), ou contre les tentatives djihadistes de prendre le contrôle de la boulangerie de la ville.
    De même, des conseils locaux sont toujours actifs.

    Au mois de janvier, des élections ont d’ailleurs eu lieu pour élire le conseil local d’Idlib. Il reste encore environ 300 conseils locaux dans les régions libérées, tandis qu’il en existait plus de 700 au début de l’année 2013.
    Cela démontre à nouveau que malgré la domination croissante de groupes militaires réactionnaires, les for- ces démocratiques civiles sont toujours présentes et actives, défiant les autorités lorsque les combats et les bombardements du régime et de son allié russe cessent. C’est pourquoi il est important de mettre un terme à la guerre qui ne profite qu’aux deux acteurs de la contre-révolution – le régime et les forces fondamentalistes réactionnaires – tout en refusant toute relégitimation sur la scène internationale d’Assad et de ses associés.


    Joseph Daher

     
  • Kurdistan de Syrie : Rojava, le PYD et l’autodétermination kurde (ESSF)

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    Les Kurdes de Syrie, c’est-à-dire du Kurdistan-Ouest (Rojava) sont désormais devenus des acteurs incontournables du processus combiné de révolution, contre-révolution, guerre civile et autodétermination en cours en Syrie.

    Le PYD (Parti de l’Union démocratique) avait déjà de facto pris le contrôle dans les enclaves de Kobané d’abord, puis d’Afrin et de Jazira à la suite du retrait des forces du régime Assad en juillet 2012, et il avait déclaré l’autonomie dans cette région en janvier 2014 comme réaction à ce qu’il ne soit pas invité à la deuxième conférence de Genève. Mais c’est principalement avec le siège de Kobané par l’État islamique et à l’audacieuse résistance des Unités de protection populaire (YPG) et particulièrement des femmes combattant dans les rangs des YPJ que les forces liées au PYD et l’expérience d’autodétermination au Rojava ont obtenu une légitimité et jouissent d’un soutien au niveau international.

    Comme nous le savons, le siège de Kobané a finalement été brisé, avec le soutien de militants kurdes et turcs passant de force la frontière turco-syrienne, des peshmergas Irakiens et bien sûr des frappes aériennes étatsuniennes. Depuis, les Forces démocratiques de Syrie (FDS) dont les YPG constituent la principale force militaire, soutenus par les États-Unis et, dans une certaine mesure, par la Russie, jouent un rôle crucial dans la guerre contre l’État islamique.

    Nous essayerons d’exposer brièvement dans cet article les racines politiques du PYD, sa place dans le mouvement national kurde de Syrie, sa ligne idéologique, ses positions dans la révolution, ainsi que les principales modalités et difficultés du processus d’autodétermination en cours dans le Rojava.

    Le nationalisme kurde sous le Baath

    Le nationalisme kurde en Syrie représente un paysage fortement fragmenté. La multitude de partis dépasse de loin ce que l’on peut voir dans les autres parties du Kurdistan. S’il est difficile de suivre les perpétuels regroupements et scissions, on peut sans doute affirmer que plus d’une quinzaine de partis kurdes sont actifs actuellement. La plupart de ces partis sont originaires du Parti démocrate du Kurdistan de Syrie (PDKS) fondé en 1957 dont se sont rapidement dégagées des tendances « gauche » et « droite », qui ont scissionné pour former des partis distincts vers 1965. Les développements fractionnaires dans les partis kurdes d’Irak (pris comme modèles), les conditions d’activités clandestines, les accusations de collaboration avec le régime et les infiltrations et interventions des services de renseignements ont perpétué les scissions.

    Les divergences politiques provenaient principalement du ton employé envers le régime et des revendications politiques qui allaient de la reconnaissance des droits culturels, linguistiques et de citoyenneté à la reconnaissance constitutionnelle des Kurdes comme minorité. Toutefois il est important de souligner que l’autonomie n’a pratiquement jamais été revendiquée avant 2011 (à part le parti Yekiti). Notons cependant que la citoyenneté est une question cruciale étant donné qu’après le recensement exceptionnel de 1962 plus de 120 000 Kurdes se sont vu retirer leur nationalité et ont été classifiés soit comme ajanib (« étranger ») muni d’une fiche d’état civil spécifique, soit comme maktumin, non-enregistré, sans pièce d’identité et sans droits…

    Cette multitude de partis mena dans les années 1990 à des regroupements. Ainsi les partis proches du courant irakien-kurde de Jalal Talabani se regroupèrent dans l’Alliance démocratique kurde de Syrie (« Hevbendi ») alors que ceux liés à Mesut Barzani formèrent le Front démocratique kurde de Syrie (« Eniya »). Parmi les partis non originaires du PDKS, nous devons tout d’abord bien sûr compter le PKK et son « parti frère », le PYD, fondé en 2003. Le leader du PKK Abdullah Öcalan ainsi que toute son organisation avaient bénéficié du soutien de Hafez al-Assad – dans le cadre de sa rivalité avec son voisin turc – jusqu’à la fin des années 1990, les camps du PKK étant installés en Syrie depuis le début des années 1980. Ainsi la question kurde en Syrie n’était pas à l’ordre du jour du PKK et c’est seulement après que le régime eut cessé d’abriter Öcalan et la fondation du PYD que ce dernier commença à s’intéresser à la politique syrienne.

    Un autre parti important fut celui de Michel Temo, le Parti de l’Avenir kurde, fondé en 2005, qui privilégia la coopération avec l’opposition arabe au début de la révolution, mais son assassinat porta un coup sévère à son mouvement, qui scissionna. Le Parti de l’Union kurde de Syrie, connu sous le nom de Yekiti et né de la fusion de plusieurs groupes – dont un petit courant trotskiste qui se réclamait dans les années 1980 de la IVe Internationale, dirigé par le poète Marwan Othman [1], doit être aussi signalé comme force de gauche dans l’éventail politique kurde. L’intervention politique de Yekiti, plus ouverte, plus radicale, visant à mobiliser la communauté kurde, et pas seulement dans le Rojava, mais directement dans la capitale, avec un programme « lutte de classe », à partir de 2002, au lendemain du court printemps de Damas, a été importante au niveau de la confrontation avec le régime et de la politisation qui mena au « Serhildan » (révolte en kurde) de Qamishlo [2].

    De l’intifada kurde à la révolution syrienne

    Un événement clé fut donc la révolte de Qamishlo en 2004, désignée aussi comme l’intifada kurde, où pour la première fois des milliers de Kurdes, à la suite d’affrontements avec des supporters nationalistes arabes lors d’un match de football et une sévère répression de la police, sortirent dans la rue pour affirmer leur identité kurde et revendiquer leurs droits de citoyenneté. Le soulèvement ne fut pas limité à Qamishlo ou à la région du Rojava, mais gagna rapidement les quartiers kurdes de Alep et de Damas. Des statues du père Assad furent renversées, des commissariats, des établissements publics, des centres du Baath furent attaqués.

    C’est lors de ce serhildan que l’on assista pour la première fois, pendant plus de dix jours, à la mobilisation d’une jeunesse kurde radicale et indépendante des partis traditionnels du nationalisme kurde et que l’on reverra dans les premiers temps de la révolution. Aux côtés de cette jeunesse radicalisée, il faut préciser que c’est surtout Yekiti et le PYD qui furent le fer de lance des mobilisations (la chaîne de télévision lié au PKK, Roj TV, appelait ouvertement à l’insurrection). Mais la répression du régime fut féroce. Des organisations de jeunesse se formèrent au lendemain de la révolte, se distanciant du pacifisme des partis traditionnels – avec parfois une orientation de lutte armée, sans pour autant passer à l’acte. La perspective de l’autonomie gagna du terrain dans les consciences face aux revendications d’égalité des droits et de citoyenneté défendues par l’Alliance et le Front [3].

    Contrairement à ce que l’on pense, les premières mobilisations spontanées en 2011 dans le Kurdistan syrien eurent lieu, assez tôt, fin mars, principalement dans la ville d’Amuda, puis de Serekaniye. Si Bachar al-Assad essaya de calmer la situation en acceptant de donner la nationalité aux Kurdes possédant le statut « d’étranger » (mais non aux maktumin) cela ne fut pas suffisant pour renvoyer la jeunesse kurde chez elle. Comme dans le reste du pays, des comités de coordination se formèrent, le Mouvement de Jeunesse kurde (TCK) fondé dans le feu des événements de 2004 joua aussi un important rôle mobilisateur.

    Au niveau des partis ce furent principalement le Mouvement de l’Avenir, Yekiti et le Parti kurde de la liberté (« Azadi ») qui prirent part aux manifestations dès le début. Les autres partis ne rejoignirent le mouvement que dans le courant de l’été. Michel Temo, leader du Mouvement de l’Avenir fut le seul à participer au Conseil national syrien (CNS), fondé lors de la conférence d’Istanbul au mois de juillet. Cette position aurait permis de nouer des liens entre les oppositions syrienne et kurde, s’il n’avait pas été assassiné en octobre 2011. Ses funérailles se transformèrent en manifestations géantes à Qamishlo. Ces mobilisations accélérèrent l’entreprise de regroupement des partis kurdes originaires du PDKS, qui finalement se ralliaient à la révolte et formèrent, sous l’égide de Mesut Barzani, le Conseil national kurde de Syrie (ENKS), auquel se joignirent aussi Yekiti et Azadi. Ainsi ce fut le plus large rassemblement du mouvement national kurde en Syrie.

    Deux partis seulement se tinrent en dehors, le parti de Temo, toujours membre du CNS et le PYD. Ce dernier, qui se tenait en marge du soulèvement qui secouait tout le pays, ainsi que la région kurde, avait fondé dès le mois de septembre une coordination de différents partis arabes baathiste de gauche (« marxiste », « communiste », « léniniste ») et un parti araméen-chrétien. Leur orientation était plutôt de négocier avec le régime afin d’obtenir des acquis démocratiques, sans perspective de renverser le régime et – selon eux – sans risquer d’ouvrir la porte à une guerre civile. Des centaines de militants du PYD sortirent ainsi de prison en même temps que les militants djihadistes.

    Critiquant l’ENKS accusé de faire le jeu de la Turquie (en raison des rapports entre Barzani et Ankara) et du CNS qui ne donnait aucune garantie pour les droits du peuple kurde, le PYD opta ainsi pour une « troisième voie ». À travers son Mouvement pour une Société démocratique (Tev-Dem) regroupant les partis et associations de la société civile qui lui sont liés, il déclara la fondation du Conseil populaire du Kurdistan de l’Ouest, qui constituera la principale structure administrative dans le Rojava après que le PYD et les YPG y eurent pris le contrôle à la suite du retrait des forces du régime [4].

    Le PYD et le confédéralisme démocratique

    La fondation du PYD résulte d’une tendance à la décentralisation du PKK, parallèlement à un changement radical de perspective politique de la part d’Öcalan. Peu avant son arrestation en 1999, le leader du PKK avait abandonné l’objectif d’un Kurdistan indépendant et unifié (qui était désormais selon lui un « conservatisme ») et proposé un nouvel objectif stratégique reposant sur sa thèse de la « république démocratique ». Probablement formulée en vue d’ouvrir des négociations, Öcalan y proposait une résolution de la question kurde à travers la démocratisation de la Turquie, sans changement de frontière. Ainsi les objectifs étaient limités à la reconnaissance des Kurdes par l’État et au respect de leurs droits culturels (de même que la libération des prisonniers et l’autorisation des combattants de se réintégrer dans la vie civile).

    Toutefois, il s’est avéré rapidement qu’il n’était pas question de négociation de la part de l’État. De plus, avec la consolidation de la région autonome kurde en Irak à la suite de l’intervention américaine, le Kurdistan du sud (d’Irak) et le PDK de Barzani – rival historique du PKK – devenaient un pôle d’attraction pour le peuple kurde. Donc la perspective d’une résolution de la question kurde limitée à une démocratisation du régime turc contenait un réel risque politique pour le PKK. Öcalan a ainsi dû opérer à nouveau un changement de stratégie prenant en compte toutes les parties du Kurdistan [5]. La fondation du PYD en Syrie (2003) et celle du PJAK en Iran (2004), de même que le projet politique qui allait plus tard prendre le nom de confédéralisme démocratique, résultent de cette nouvelle approche. Ce projet ainsi que celui de l’autonomie démocratique qui le complète au niveau local est fortement inspiré des études du théoricien socialiste libertaire Murray Bookchin (qui participa au mouvement trotskiste dans les années trente aux États-Unis). Après une reconsidération du marxisme, Bookchin remplace la contradiction capital-travail par la contradiction capital-écologie et propose un combat anticapitaliste visant à une décentralisation des villes, une production locale de nourriture, l’utilisation d’énergies renouvelables. Dans le projet « communaliste » de Bookchin, ces petites villes autonomes administrées à travers des conseils démocratiques, formeraient entre elles des unités confédérales pour la résolution des problèmes dépassant les frontières de leur commune [6]. Toutefois, dans les différents textes programmatiques du PKK et les écrits d’Öcalan, ce à quoi correspondraient ces notions dans la pratique reste assez indéterminé : s’agira-t-il de la confédération des partis et organisations liés au PKK ou est-ce un projet plus vaste et inclusif ? Est-ce un projet multi-ethnique pour tous les peuples du Moyen-Orient ou bien un projet pour le Kurdistan et dont le protagoniste serait le peuple kurde ? L’autonomie signifie-t-elle un renforcement des administrations locales existantes ou bien s’agit-il d’un projet politique plus subversif [7] ? On peut multiplier les questions notamment au niveau des moyens à utiliser pour conquérir l’autonomie et des rapports avec les États concernés, sans parler de ceux avec le mode de production capitaliste…

    Ainsi que le souligne Alex de Jong dans son excellent article sur les évolutions idéologiques qu’a connu le PKK, les écrits d’Öcalan et les textes du PKK (dont Öcalan est « l’organe théorique-idéologique suprême » selon ses statuts) comportent un « potentiel du flou », ainsi il est possible de trouver toute sorte de réponses à ces questions et, avec tous les inconvénients que cela comporte, le caractère flou et inachevé de son projet politique peut s’avérer utile et l’ouvrir à des interprétations plus larges [8]. Mais en dehors de ceci, se dégagent de ces textes (et de la pratique des organisations liés au PKK) deux points essentiels. Le rejet de l’État-nation (remplacé par la « nation démocratique », concept flou encore une fois) et l’importance de l’écologie et de la libération de la femme (reposant parfois sur une identification femme-nature-vie), que l’on retrouve dans la Charte de Rojava.

    Rojava, potentialités et contradictions

    Le modèle d’administration présenté dans la charte ou le « contrat social » de Rojava (2014), qui a désormais pris le nom de Système fédéral démocratique de la Syrie du Nord et du Rojava, frappe par l’accent qu’il met sur l’importance de la démocratie (« auto-administration »), des droits des femmes et des enfants, de l’écologie, de la laïcité et bien sûr du caractère multi-ethnique de la région. Dans un territoire dont les différentes parties sont contrôlées par l’État islamique, par les bandes djihadistes d’Al Nusra et d’Ahrar al Sham et par le régime sanguinaire d’Al Assad, ce n’est pas rien. Le contrat qui est dit être accepté par les peuples kurde, arabe, arménien, syriaque (assyrien, chaldéen et araméen), turkmène et tchétchène, refuse l’État-nation, l’État religieux et militaire et l’administration centrale et se déclare comme une partie d’une Syrie parlementaire, fédérale, pluraliste et démocratique.

    La dimension multi-ethnique du régime au Rojava, qui a mené à la modification de son nom – Öcalan avait d’ailleurs proposé que ce soit juste « Fédération de la Syrie du Nord » [9] – est critiquée par des courants nationalistes présents dans l’ENKS. Ainsi le secrétaire général du Parti progressiste démocrate, Ehmed Suleyman, exprime dans un entretien réalisé en janvier 2015 qu’il ne s’agit pas d’un « projet pour les Kurdes. L’autonomie démocratique a été fondée avec les arabes, les Syriaques et les Tchétchènes. Nous ne pouvons pas résoudre la question kurde de cette façon. Notre peuple doit comprendre que ce qu’ils ont fondé n’appartiendra pas aux kurdes ». Contre cette perspective d’inclure les différentes ethnies dans le processus de construction de l’autonomie certains partis de l’ENKS défendent par exemple le déplacement des populations arabes installées dans le Rojava dans le cadre de la politique de la « ceinture arabe » dans les années 1970 [10].

    Si ce contrat est principalement limité à la structure administrative, la Charte adoptée auparavant par Tev-Dem en 2013, beaucoup plus détaillée, reflétait encore plus l’esprit libertaire bookchinien des idées d’Öcalan qui a fortement inspiré le modèle du confédéralisme démocratique. Par exemple les communes sont définies comme « les plus petites unités de la société et les plus efficaces. Elles sont constituées selon le paradigme de la société où règnent les valeurs de la liberté de la femme et la démocratie écologique sur la base de la démocratie directe ». Le système économique communal est dit être dominé par l’idée de justice sociale et vise à éliminer toutes les formes d’exploitation. Les « maisons du peuple » œuvrent à « la naissance de la culture de la démocratie communale ».

    Toutefois il n’est malheureusement pas suffisant de répéter le terme de démocratie pour que celui-ci fonctionne sans entrave. Car pour l’instant il s’agit d’une démocratie… sans élections. Si le pluralisme est loué au niveau des différents groupes ethniques, sa dimension politique est plutôt absente. Que le contrat social désigne les YPG comme forces armées de Rojava, reflète bien le fait que le PYD ne soit pas enclin à partager le contrôle des territoires qu’il dirige. L’imposition de l’idéologie d’Öcalan est aussi visible au niveau de l’éducation. Tous les enseignants de l’école primaire ou autre doivent auparavant passer par une formation basée sur les textes d’Öcalan et, par exemple, dans le canton de Jazira, dans des livres d’école primaire figurent des paroles d’Öcalan et des écrits concernant la vie des martyrs du PKK [11]. Mais mis à part ces exemples d’imposition d’une idéologie officielle dès le plus jeune âge (fait ressemblant très étrangement à l’expérience du kémalisme) les pratiques autoritaires à l’égard des autres partis kurdes et des groupes ethniques n’acceptant pas la domination du PYD ont été maintes fois dénoncées. Il y a eu des mouvements de protestation contre le PYD et ses pratiques, notamment à Amuda et Derabissyat en 2013, les forces de sécurités liées au PYD (les « asayish ») n’ont pas hésité à tirer sur la foule, en causant la mort de plusieurs manifestants [12]. Plus récemment, en août 2016 l’arrestation de Hassan Salih, dirigeant de Yekiti, a été un acte déplorable. Salih avait déjà été emprisonné pendant un an et demi en 2003 par le régime syrien, avec Marwan Othman, et leur libération avait réuni un cortège de 4 kilomètres de long avec la participation de plusieurs milliers de personnes [13]

    De plus, le fait que le régime se soit retiré (partiellement) du Rojava sans aucun conflit armé en laissant une grande partie de son artillerie et de ses munitions, tout en continuant à contrôler l’aéroport, la gare ferroviaire, des établissements étatiques, détenant un camp militaire au sud de Qamishlo et continuant à être présent à Hasseke, payant le salaire des enseignants (à part ceux des cours de kurde), est jugé par l’opposition kurde comme témoignant de la collaboration avec l’État syrien. S’il n’est pas possible d’exclure la thèse d’un certain compromis concernant le retrait de l’armée syrienne entre le PYD et le régime, soucieux de ne pas multiplier les fronts de combat, il nous semble difficile de parler à proprement dire d’une alliance entre les deux, ainsi que le montrent les récents conflits entre les forces (YPG et asayish) du Rojava et celles du régime soutenu par les milices assadiennes, de même que les bombardements de quartiers civils à Hasseke par l’aviation militaire syrienne.

    La situation est d’autant plus complexe que le PKK-PYD a pour la première fois obtenu l’occasion de concurrencer son rival historique d’Irak du Nord en construisant son propre « État », une structure administrative souveraine avec des frontières, pour l’instant toujours changeantes. La réalité d’un Rojava autonome, renforcé par la bataille héroïque de Kobané (qui constitue désormais un nouveau mythe fondateur pour le PKK), a permis à l’organisation, mutilée par l’emprisonnement de son leader et des années de négociation avec l’État turc sans résultat – s’étant de plus soldées par un bain de sang – d’ouvrir une nouvelle séquence de son histoire…

    Campisme et révolution permanente

    Les marxistes révolutionnaires n’ont pas le luxe de succomber à la tentation d’adopter confortablement une grille d’analyse campiste et une des prises de position qui en découle. Le campisme dans son sens classique désigne le fait de soutenir, dans des périodes de tensions et conflits géopolitiques, un des camps en présence, contre l’autre identifié à un mal absolu, sans prendre en compte les rapports de domination de classe en son sein. Le débat sur le campisme porte principalement sur le soutien par des forces de gauche, lors de la guerre froide, au bloc de l’Est ou de l’Ouest, respectivement au nom de l’anti-impérialisme ou de la démocratie. Une telle polarisation survient aujourd’hui concernant le conflit ukrainien et surtout la question syrienne entre les États-Unis/l’Union européenne et la Russie. Ce dont il est question dans notre cas, c’est, dans le cadre du processus combiné en Syrie, la défense, suivant la même mentalité campiste, d’un des camps en présence, c’est-à-dire des Kurdes dans leur projet d’autonomisation ou du soulèvement contre le régime, sans prendre en compte l’autre processus, en lui attribuant une importance secondaire ou bien en le plaçant dans une position adverse.

    Ainsi il ne nous est pas possible d’isoler le processus d’autodétermination kurde des dynamiques du soulèvement syrien et de porter un regard acritique envers le PYD-PKK, en jugeant comme secondaire les pratiques autoritaires et les atteintes aux droits politiques, qui sapent de plus les bases de son projet démocratique. Mais il n’est pas concevable non plus de refuser de prendre en compte le processus en cours au Rojava avec ses dimensions véritablement progressistes – qui n’ont pas leur pareil dans toute la région – et de minimiser les potentialités émancipatrices qu’elles comportent, en prétextant les rapports (en évolution permanente) avec le régime ou avec les États-Unis, qui comportent leur part de danger, ainsi que les contradictions que nous avons citées.

    Si la direction du Rojava est bien entendu responsable de ses actes et alliances, toutes ses contradictions doivent aussi être abordées dans le cadre des conflits historiques inter-ethniques entre les Kurdes et les arabes dans la région et de la rivalité entre les diverses directions du peuple kurde. Nous n’avons pas d’autre choix que de prendre la question avec toute sa complexité à bras-le-corps et d’élaborer une approche critique et constructive en même temps [14]. Celle-ci doit s’appuyer sur le socle de la communauté des intérêts des classes laborieuses kurdes, arabes et des autres peuples de la région et donc de la nécessité de l’imbrication des processus d’autodétermination et de révolution.

    Rien de nouveau en cela, l’argument principal de la perspective stratégique de la révolution permanente formulée par Léon Trotski au lendemain de la révolution russe de 1905, mais ayant déterminé (surtout par son absence) le cours de tous les soulèvements révolutionnaires, de la révolution française au « printemps arabe », met en évidence cette nécessité. Les processus révolutionnaires ayant pour objectif la libération nationale et l’instauration d’un régime démocratique s’affaiblissent et finalement échouent si des mesures collectivistes, anticapitalistes ne sont pas prises, si les aspirations des classes populaires – dont le soutien est primordial – ne sont pas prises en considération et déçues. Et de même lorsque des mouvements visant à une transformation radicale, égalitaire et libertaire de la société ne respectent pas les principes démocratiques sur les territoires qu’ils contrôlent, ne reconnaissent pas le droit à l’autodétermination des autres peuples, n’agissent pas avec une perspective anti-impérialiste c’est-à-dire en toute indépendance politique des forces mondiales et régionales, leur révolution est condamnée à s’éloigner de ses objectifs initiaux, et donc vouée à l’échec.

    Ainsi, une tâche principale pour la gauche radicale qui milite hors de l’espace de conflit, mis à part les indispensables actions de solidarité, est d’œuvrer au développement de cette conscience dans nos sociétés respectives contaminées par ce fléau idéologique – ressorti de sa tombe – qu’est le campisme, dont l’unique antidote demeure toujours la tradition de l’internationalisme prolétarien portée par le marxisme révolutionnaire.

    Uraz Aydin

    Inprecor n° 633-634 novembre-décembre 2016 :
    http://www.inprecor.fr/

    * Cet article a été initialement rédigé pour le numéro d’automne 2016 de Athawra Addaima (Révolution permanente), revue des militants marxistes révolutionnaires de la région arabe.

    http://www.europe-solidaire.org/

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  • Béjaia et Législatives 2017 : Le PST dans la bataille avec une liste qui sera conduite par Kamel AISSAT (Béjaia News)

    PST

    Béjaia et Législatives 2017 : Le PST dans la bataille avec une liste qui sera conduite par Kamel AISSAT

    Le Parti socialistes des Travailleurs vient de ficeler sa liste après un débat très détendu lors de l’assemblée des militants, tenue ce samedi au siège du parti à Bejaia. Le PST a jugé utile  de s’inscrire  dans la bataille des législatives, suite à la réussite de son opération de parrainage  et après avoir rempli toutes les conditions légales.

    Le choix de tête de liste a été porté sur l’universitaire, syndicaliste et militant des causes justes Kamel AISSAT, il sera secondé par Madame OURARI Naima, élue à l’APC d’Adekar , militante féministe et syndicaliste.Le directoire de compagne a été confié au militant intarissable de Tamazight et ex détenu des événements de Mai 81 à Béjaia Mohand Sadek AKROUR.

    Dans une déclaration sanctionnant sa rencontre, le PST salue l’adhésion de la population à son opération de parrainage et  considère que sa participation aux législatives de Mai prochain, n’est qu’une opportunité pour débattre avec une population orpheline d’une classe politique ayant transformé leurs appareils  en apparatchiks et reître sa position principale,  pour une assemblée constituante, qui sera l’émanation de la seule volonté des masses populaires.

  • « On assiste aujourd’hui à une montée de grèves et de luttes urbaines »(PST)

    Membre de la direction nationale du Parti des travailleurs socialistes, Nadir Djermoune revient sur la situation sociale et politique en Algérie aujourd’hui.

    Quels sont les effets de la crise sur la prétendue politique d’industrialisation et d’intégration dans le marché mondial de l’État algérien ? L’effet des privatisations ? Et quelle part y prend la bourgeoisie algérienne ?

    La politique d’industrialisation poursuivie par le pouvoir algérien est plutôt une politique de « désindustrialisation », après une politique économique centrée sur une industrie « industrialisante » menée avec beaucoup de volontarisme les premières décennies de l’indépendance. Le pouvoir, dès les années 1980, sous la présidence de Chadli Benjedid a engagé une restructuration de tout l’appareil productif tant industriel qu’agricole.

    L’offensive des libéraux dans la décennie 1990 a trouvé chez Bouteflika son homme providentiel, un « Bonaparte éclairé ». Celui-ci a mené une politique de privatisations tous azimuts avec cependant une intégration très prudente au marché mondial. Cette prudence est dictée par deux considérants. Le premier est économique : l’impérialisme vise surtout les richesses énergétiques et une sous-traitance sans condition des secteurs économiques les moins porteurs. Le deuxième est surtout social : l’équilibre acquis par la société algérienne, tout relatif par ailleurs, est historiquement attaché à la souveraineté nationale et à une protection du marché national et de ses secteurs énergétiques. Il s’avère donc difficile voire impossible d’effacer ces acquis d’un revers de main. La résistance populaire, des travailleurs, y compris des secteurs de la bourgeoisie et de la bureaucratie bourgeoise au pouvoir, a eu raison des velléités néolibérales de la présidence.

    Mais aujourd’hui, cette prudence n’a mis hors privatisation que les seuls secteurs énergétiques du pétrole et du gaz sous contrôle de la Sonatrach et de la Sonelgaz. Tous les autres secteurs sont pratiquement privatisés ou en cours de privatisation. Et l’ensemble de l’activité économique reste ainsi très dépendante des prix du pétrole, dont la baisse accentue les tensions.

    Quelles en sont les conséquences pour les travailleurs et la population ?

    Les effets de ces privatisations commencent à se faire sentir dans le monde du travail par une grande précarisation et une montée du chômage, notamment chez les jeunes et les nouveaux diplômés.

    Bien évidemment, ces privatisations enrichissent des secteurs de la grande et moyenne bourgeoisie qui devient de plus en plus agressive et offensive sur le plan politique.

    Si d’un côté, le monde du travail, les jeunes chômeurs, les étudiantEs se battent, mènent des grèves et des protestations d’une manière récurrente – avec malheureusement une grande faiblesse sur le plan de l’organisation syndicale –, le patronat en revanche exerce des pressions plus organisées, avec une forte présence au niveau médiatique et des liens forts avec les rouages du pouvoirs, avec son lot de corruption.

    Quels sont les appuis qui permettent à Bouteflika de se maintenir au pouvoir ? En particulier quel rôle joue l’armée ?

    Si Bouteflika se maintient au pouvoir malgré sa maladie et les effets néfastes de sa politique économique au niveau populaire, c’est grâce à deux faits. Une certaine aisance financière durant son mandat, ce qui lui a permit de construire et de nourrir une clientèle diversifiée, chez les petits et grands commerçants et entrepreneurs, chez les paysans, des secteurs des fonctionnaires et même chez les jeunes, avec des aides pour la création d’entreprise...

    Il a aussi réussi à neutraliser ses oppositions politiques et à verrouiller toute expression politique. De plus, le fantôme de la guerre civile des années 1990, l’insécurité régionale, lui ont facilité la tache.

    Comme au début des années 1990, la crise pourrait-elle profiter à nouveau aux forces fondamentalistes islamistes ?

    La crise des années 1990 était aiguë, sur le plan économique mais aussi politique. Elle a touché les couches populaires mais aussi les couches moyennes. La montée des islamistes a surfé sur un processus de fascisation dans la société. Aujourd’hui, la crise n’est pas si aiguë. Entre-temps, les islamistes ont été défaits politiquement, même si idéologiquement, ils restent présents dans l’espace algérien. Mais les défaites subies sur le plan militaire et politique et l’intégration des forces islamistes dans le système, notamment pour les Frères musulmans, les ont fragilisés. Ils ont perdu toute crédibilité au yeux de pans entiers de la population, notamment chez les travailleurs. Les bouleversements qui traversent la région et le monde musulman, les effets néfastes de Daesh sur la Libye ou encore l’Irak et la Syrie introduisent des méfiances pour leurs discours de la part de larges couches de la société.

    Quelles sont les perspectives, alors que le processus révolutionnaire engagé en 2011 en Tunisie se heurte à une offensive réactionnaire ?

    L’effet domino du processus révolutionnaire engagé en Tunisie n’a pas eu de répondant direct en Algérie, même si on a assisté à des protestations de rue. Mais il faut aussi noter que l’Algérie avait connu un mouvement de même ampleur en 2001. Si ce mouvement n’a pas débouché sur un changement de régime, il n’en reste pas moins qu’il est resté vif sous forme d’émeutes et de révoltes sporadiques.

    Les protestations sociales continuent. On assiste aujourd’hui à une montée de grèves et de luttes urbaines qui gagnent les catégories tels les diplômés chômeurs, les étudiants, le mouvement contre la cherté de la vie, les mouvements environnementaux, notamment concernant l’exploitation du gaz du schiste... Récemment, l’augmentation des prix de électricité et du gaz mais aussi de l’essence et ses conséquences sur le transport, ont fait sortir des gens dans la rue dans certaines régions les plus défavorisées. De son côté, le mouvement syndical tente de se réorganiser en dehors de la centrale syndicale UGTA, bureaucratisée et de plus en plus inféodée au pouvoir.

    La perspective reste aujourd’hui l’organisation de la protestation, la construction d’une résistance aux offensives des libéraux et du patronat et une politique de défense des acquis sociaux non encore démolis. Politiquement, il faut construire une convergence des luttes sur le plan démocratique, antilibéral et anti-impérialiste.

    Propos recueillis par Yvan Lemaitre