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Altermondialisme

  • Tunisie : les ouvrières du textile décidées à faire valoir leurs droits (TV5)


    Ouvrières d’une usine textile près de Tunis
    Ouvrières d’une usine textile près de Tunis
    Dag Terje Filip Endresen - Wikicommons

    Des ouvrières qui portent plainte contre leur ancien employeur belge. D’autres qui se regroupent en autogestion pour maintenir leur usine en activité. Dans l’industrie textile, pilier de l’économie tunisienne, mise à mal par les soubresauts sociaux et politiques, les ouvrières, galvanisées par la révolution, sont décidées à se battre. Une bonne nouvelle en arrière plan des "fashion weeks" qui se succèdent en cette fin d'hiver 2016, à Paris et ailleurs.

    Si les ouvrières tunisiennes du textile cousent pour les enseignes internationales, peu d’entre elles peuvent s’offrir ces vêtements. La confection textile a beau représenter une part importante de l’industrie, la concurrence s’y fait aussi au dépend des employés et de leur salaires. En 2013 une entreprise de textile belge a fermé mettant en chômage 2500 personnes. Plus de 300 se sont regroupées pour porter plainte. Une affaire qui illustre bien les non-sens et la précarité du monde du textile.

    En Tunisie, les fripes sont une institution. On y va en famille, entre amis ou seul, pour trouver des vêtements de seconde main. La fouille est rythmée par les voix fortes des vendeurs qui haranguent les acheteurs : "Dinar! Dinar! Alfïne!" Un ou deux dinars, cinquante centimes et un euro.
     
    Si les adultes cherchent plutôt un vêtement fonctionnel à un prix économique, les jeunes préfèrent les marques de prêt à porter internationales. C'est que peu de grandes enseignes ont pignon sur rue en Tunisie et que les prix sont exorbitants, par rapport au salaire moyen.

    Pourtant certains de ces vêtements ont parfois été confectionnés en Tunisie, avant d'être envoyés en Europe, puis vendus dans des grandes enseignes pour enfin revenir sur les étals des fripes tunisiennes.
     
    En Tunisie, en 2014, le secteur du textile et de la confection constituait le tiers des entreprises industrielles du pays, soit 34% des emplois de l'industrie manufacturière, selon l'Agence de la Promotion de l'Industrie et de l'Innovation.

    La région de Monastir  (à 162 kms au Sud de Tunis), sur la côté ouest du pays, rassemble un quart des industries du secteur. C'était le cas de plusieurs filiales d'un groupe textile belge, JBG, qui a fermé en 2013, mettant au chômage prés de 2500 employés.

    L'affaire JBG

    Emna Saidi a travaillé 27 ans pour JBG. Avant la fermeture elle était au contrôle final, pour vérifier qu’il n’y a pas de malfaçons. " Il y avait toujours une demande forte de rendement, un salaire faible et peu de droits..." se rappelle-t-elle. Du jour au lendemain, les employés se retrouvaient "dans la rue, sans salaire, indemnité ou prime." Aujourd'hui, elle ne travaille plus, et a des problèmes au dos et aux bras dus à son travail.
     
    Elle qui a travaillé cinq jours par semaine de 7h à 16h30 et le samedi matin, "avec 30 minutes de pause dans la rue pour déjeuner, été comme hiver", ne comprend pas comment le patron a pu partir en laissant derrière lui des employés qui travaillé pour lui depuis des années.

    Avec 310 autres employés du groupe, Emna a décidé d'aller obtenir ses droits en justice et a porté plainte contre l'entreprise, soutenu par le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES). Naser Farhat fait partie du groupe. Lui a travaillé 27 ans pour JBG comme gardien et chauffeur. Son visage fermé, ses yeux cernés, son expression de colère, laissent comprendre que même si le temps passe, il n'oublie pas. Il a été floué et se retrouve lui aussi sans activité. "Beaucoup d'entre nous sont trop âgés pour être employés ailleurs. Il y a bien la récolte des olives mais moi je suis cardiaque..."

    Fast-fashion

    Au printemps 2014, le procès est reporté, mais l'entreprise ayant "fermé boutique" aucune indemnité n'a été  versée. Reste les cotisations sociales, qui auraient du être versées par l'Etat tunisien. Mais finalement sans que l'entreprise ne soit redevable.
     
    "Ce que soulève cette affaire c'est la faiblesse des droits dans la mondialisation. On manque d'un vrai cadre de protection des droits humains et il n'y a pas de chaîne de responsabilité", explique Antonio Manganella, directeur du bureau tunisien d'Avocats Sans Frontières, qui a accompagné la procédure juridique.
     
    Mais surtout c'est la rudesse du secteur textile qu'il pointe du doigt. En 2005, la fin de l'accord multifibre qui permettait de l'octroi de quotas de marché par pays a libéralisé le secteur et a eu pour conséquence du dumping social, "au point que la Tunisie n'était plus un pays attrayant dans le domaine", continue-t-il.

    Plus il y a de pièces, plus les ouvrières ont le temps de se faire la main et donc de produire plus rapidement
    Kais, ouvrière

    Une réalité que Kais, qui souhaite rester anonyme et dont la famille possédait des usines de confection, raconte :  "l'entrée de la Chine dans le secteur, avec sa capacité à baisser les coups, à produire en grande quantité a impacté le marché tunisien, qui ne semblait plus aussi rentable pour les donneurs d'ordre européens."
     
    Aujourd'hui dans les rayons, la "fast-fashion" a pris le pas : les collections se succèdent avec une temporalité plus rapide. Difficile de faire le poids en Tunisie : "Ce qui est rentable ce sont les grosses commandes, car quand il y a beaucoup de pièces, les ouvrières ont le temps de se faire la main et donc de produire plus rapidement", explique Kais. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et après les pays asiatiques, c'est l'Ethiopie, plus au Sud, qui casse les prix de la confection.

    Éthique sur étiquette en Tunisie

    Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif français Ethique sur étiquette a constaté, dans les résultats d'une étude réalisée par le FTDES, soutenue par son association, c'est que même s’il existe un code du travail sur lequel s'appuyer, l'univers de la confection est fait de nombreuses violations des droits des travailleurs, en Tunisie comme ailleurs.  "Le travailleur est une variable d'ajustement au service d'un modèle économique qui est simpliste : on minimise les coûts de production, à commencer par le salaire", décortique-t-elle.

    La législation nationale tunisienne garde les ouvrières dans une grande précarité
    Antonio Manganella, avocat

    L'étude, réalisée par le FTDES, intitulée "Violations des droits économiques et sociaux des femmes travailleuses dans le secteur du textile", première du genre, a été réalisée en 2013 et a permis d'interroger 260 employées, sur leurs conditions de travail. On y apprend que les ouvrières travaillent en moyenne 9 heures par jour, que pour 90% des femmes interrogées le salaire ne correspond pas au volume de travail, qu'un quart d'entre elles n'ont pas de couverture sociale, que les usines manquent dans un cas sur deux de salle de repos ou encore que les équipements de sécurité font défaut.
     
    Si la mondialisation a directement impacté le travail des ouvrières du textile en Tunisie, il ne faut pas négliger la législation nationale, qui "garde les ouvrières dans une précarité" perpétuelle, explique M. Manganella. Les CDD sont renouvelés au coup par coup, privant les employés de stabilité et donc de pouvoir de négociation.

    Des ouvrières futures "cas d'école" ?

    Il faudrait alors inventer un nouveau modèle. Le FTDES pense à la création d'une coopérative pour ces ouvrières lésées. De son côté, Antonio Manganella parle de former en prise de parole publique pour que ces femmes qui ont osé s'élever contre une entreprise étrangère  deviennent "un cas d'école", elles qui sont vues comme des parias par le reste de la société aujourd'hui.
     
    Du côté du partenariat entre le FTDES et Ethique sur étiquette, Nayla Ajaltouni explique qu' une étude va être lancée pour observer les grandes marques françaises qui font fabriquer en Tunisie et essayer d'alerter sur les réalité des conditions de travail. Le pays est le premier investisseur dans le textile en Tunisie.

    Pendant ce temps, autogestion à Chebba...

    Les ouvrières de l'usine Mamotex à Chebba, de la région de Mahdia (à environ 200 kms au sud de la capitale), ont choisi, elles, de tenter de sauver leur usine en continuant ses activités durant 4 à 5 mois, par la voie de l'autogestion. Une solution issue d'un compromis entre syndicat, salariées et patron. L'usine devait fermer après la mise faillite, à l'instar de dizaines d'autres dans le pays. "Les ouvrières ont gagné un procès engagé contre le propriétaire de l'usine. Elles ont préféré continuer de travailler au lieu d'attendre qu'il leur verse de l'argent. En fait s'il dépasse les délais, le seul moyen de récupérer leur dû est d'attendre une saisie judiciaire", explique Badii Mbarek, représentant du bureau régional de l'UGTT de Mahdia, au Huffpost Tunisie. "Chaque ouvrière connaît les tâches qui lui sont attribuées. Le système fonctionne et on voudrait même aller plus loin. Les discussions sont en cours pour trouver un moyen de perdurer l'expérience et de créer une sorte de coopérative pour que l'usine soit définitivement la propriété de ses ouvrières. L'usine sous traite actuellement pour une usine voisine dont le propriétaire est un proche du propriétaire de l'usine Mamotex. Si les ouvrières réussissent à s'approprier l'usine, il leur faudra trouver des contrats et un marché qui leur permettra de poursuivre leurs activités", s'inquiète Badii Mbarek.
    Nul doute que cette expérience sera attentivement suivie.

  • Plus de 20 ans après ou l’exemple d’un projet de construction d’un hôpital en matériaux locaux en Mauritanie (Blog de Paul Jorion)

    Je voudrais apporter un petit témoignage sur la réalisation d’un projet d’hôpital réalisé en matériaux locaux en Mauritanie, à laquelle j’ai pris part entre 1988 et 1991.

    L’idée fait suite à une vidéo récente de Jean-Luc Mélenchon, où il parle de la filière de la construction écologique en terre, comme un élément de son programme. Il est intéressant de voir qu’il y a 30 ans, on expérimentait et développait des projets de construction en terre, notamment dans les pays dits « en voie de développement », et qu’aujourd’hui cette question revient un petit peu à l’ordre du jour.

    Ce projet, dans la lignée de plusieurs projets de construction à cette époque, développait une certaine philosophie de la construction et de projets dits de « développement intégré », recherchant la valorisation des ressources locales : matériaux, technologie et main d’œuvre.

    Initié en 1981 et mis en œuvre par une ONG connue à cette époque dans ce secteur, l’ADAUA (Association pour le Développement d’une Architecture et d’un Urbanisme naturel Africain), le projet avait été conçu et réalisé dans une région sahélienne au sud de la Mauritanie à Kaedi, où la culture du riz est fortement développée (via, d’ailleurs, des financements européens), utilisant l’irrigation permise par le fleuve Sénégal. La construction utilisait la brique cuite à la balle de riz. Le bâtiment avait été construit suivant une technique de coupoles édifiées sans coffrage bois (le bois étant rare et onéreux, essentiellement importé), s’inspirant ainsi d’une technique ancestrale, remise à jour par le célèbre architecte égyptien Hassan Fathy à New-Gourna près du Caire.

    La main d’œuvre et les approvisionnements de chantier provenaient essentiellement de la région.

     Bref, ce projet était dans la lignée d’un modèle de développement qu’on appellerait aujourd’hui « durable ». La conception fonctionnelle de l’architecture voulait répondre à des conditions locales de mode de vie : les malades étaient pris en charge par les familles accompagnantes (pour la nourriture et la toilette en particulier). Toutes les chambres d’hôpital donnaient sur l’extérieur. Aux abords du bâtiment furent construits de larges abris pour les visiteurs. Des toilettes extérieures avaient été également réalisées aux abords du bâtiment, alimentées en eau à partir d’un château d’eau, lui-même alimenté au moyen d’une éolienne. Ainsi, l’ensemble du projet était pensé dans l’optique d’une utilisation maximale des ressources endogènes. Bref, ce projet fut réalisé avec succès (l’hôpital mis en service en 1991). Mais certaines péripéties firent que l’ADAUA fut dissoute et ne réalisa donc plus de nouveaux projets.

    Depuis j’ai pu observer que ce type de projet n’a plus été soutenu par les politiques publiques et les bailleurs de fonds.

    Un virage « libéral » réorienta les projets de construction vers des filières dites «  conventionnelles », utilisant essentiellement la construction avec des parpaings de ciment, des toitures en tôle ondulée ou du béton armé (le ciment étant importé en Mauritanie), qui constituent aujourd’hui la quasi-totalité de la construction des villes, du moins en Afrique de l’ouest, à ma connaissance.

    Je me souviens, à ce propos, d’une étude portant sur l’économie de la construction en Mauritanie, qui comparait en détail les différentes filières de la construction dans le pays.

    Elle concluait que le prix de revient de la filière de construction en matériaux locaux était sensiblement comparable à celle des matériaux dits « conventionnels » de type parpaing ciment ; mais la structure des coûts différaient beaucoup, et en particulier la valeur ajoutée locale des constructions en matériaux locaux était beaucoup plus importante. Grosse différence ! Pour faire vite, je dirais que les politiques dites « libérales » ont tourné le dos aux filières locales, pour, sous couvert d’efficacité, privilégier les techniques importées et exogènes.

    Et pourtant, je peux témoigner qu’un projet comme l’hôpital de Kaedi a eu un impact très bénéfique pour l’économie locale durant sa réalisation, car une portion très importante de l’argent de la réalisation était dépensé sur place, et avec un impact plus important sur l’activité de la ville. On pourrait ajouter à la considération purement financière, celle de faire appel à la main d’œuvre locale et donc, de créer des emplois. Enfin ce projet faisait d’une certaine manière, la fierté des habitants, beaucoup plus que si le projet avait été en quelque sorte entièrement importé.

    A travers cet exemple, je voulais illustrer quelque chose que je trouve significatif de la période actuelle : le modèle dit « néolibéral » semble de plus en plus montrer ses limites et poser des problèmes, en particulier du fait des enjeux environnementaux, mais aussi économiques, sociaux et culturels.  Et il me semble que cela illustre deux modèles économiques : le modèle « libéral » semble avoir totalement occulté la notion de structure de coût, tant interne qu’externe. Le « prix du marché » est devenu le seul critère valable, et a effacé toutes les autres dimensions telles que le bénéfice pour l’économie locale, la qualité environnementale, sociale ou culturelle.

    A quelles conditions le redéveloppement de filières locales aujourd’hui, dans un système économique où le prix concurrentiel est devenu le seul critère, serait réalisable ? Je laisse à la réflexion….

    Emmanuel Rousseaux 14 mars 2017

    http://www.pauljorion.com/

  • Algérie (Arte)

  • L’intolérable révisionnisme sur le colonialisme (UFJP)

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    Il aura suffi qu’un présidentiable amateur de paillettes réalise qu’il y a des voix à prendre dans les banlieues et énonce une évidence : « la colonisation a été un crime contre l’humanité » pour que le ban et l’arrière-ban des nostalgiques du « temps des colonies » lui tombe dessus.

    Macron était tellement peu convaincu par ses propres propos qu’il s’est cru obligé de singer De Gaulle avec un vibrant « je vous ai compris » adressé aux anciens de l’Algérie Française.

    Qu’as-tu appris à l’école ?

    Cette belle chanson de Tom Paxton (1963) traduite par Graeme Allwright parle de l’école américaine. Et la nôtre ? J’ai appris que la France allait de Dunkerque à Tamanrasset. Qu’il y avait 15 départements avec préfectures et sous-préfectures en Algérie et deux territoires sahariens. Que certaines villes avaient de jolis noms sentant bon la province : Philippeville, Orléansville, Bougie, La Calle.

    J’ai appris que le dey d’Alger avait vraiment été méchant en 1827 en frappant du « manche de son chasse-mouche » le consul de France et que c’est un peu à l’insu de notre plein gré qu’il avait fallu réparer l’outrage.

    J’ai dû me fader les noms de grands généraux :


    Le père Bugeaud (comme dit la chanson) a été le « pacificateur » de l’Algérie. Heureusement, Wikipédia nous en dit aujourd’hui un peu plus : Les troupes furent divisées en colonnes mobiles ; elles pourchassèrent les résistants algériens par une incessante offensive et, pour les affamer, firent le vide devant eux, incendiant les villages, raflant les troupeaux. C’est la politique de la terre brûlée. Il disait « Le but n’est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; il est d’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, […] de jouir de leurs champs […] Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu’au dernier. » Critiqué pour ses « enfumades », il eut une réponse qui pourrait être aujourd’hui celle de Trump quand il fait l’apologie de la torture : « Et moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment ». Si vous avez des interrogations sur le joli terme d’enfumade, Wikipédia a la réponse : Des milliers d’Algériens (y compris des femmes et des enfants) sont enfumés ou emmurés dans les grottes d’Algérie. En effet, les populations civiles se réfugiaient souvent dans des grottes pour échapper aux combats.

    Si Bugeaud sent un peu le moisi dans certains milieux, le Maréchal Lyautey est toujours célébré comme étant le « pacificateur du Maroc » et on peut acheter sur Internet des médailles à l’effigie de ce grand philanthrope. Ce gradé fera ses premières armes en « rassurant et en remettant au travail les paysans du nord du Madagascar » (sans rire). On a appris sur Lyautey des phrases énigmatiques : « il parvient à pacifier la zone frontière, il réprime un soulèvement … La révolte continue et on a bien du mal à la contenir ».

    Lyautey avait fait ses premières armes auprès d’un autre grand général dont on nous a célébré les exploits : Joseph Galliéni. Devenu gouverneur général de Madagascar, il travailla à la grandeur de la France : « À la méthode diplomatique de son prédécesseur, le général M. Laroche, il préfère la méthode forte pour endiguer la montée de la résistance anti-coloniale. Il instaure le travail forcé des indigènes … Au total, la répression qu’il mène contre la résistance malgache à la colonisation aurait fait de 100 000 à 700 000 morts pour une population de 3 millions. »

    Il y a un hôtel Galliéni à Marseille et une station de métro à Bagnolet. Pas d’avenue Philippe Pétain : célébrer le fascisme est devenu politiquement incorrect mais célébrer les génocides coloniaux ne pose pas de problème.

    De l’esclavage à la colonisation.

    Dans l’histoire, les prédateurs ont souvent été des pillards.

    La découverte et la conquête de l’Amérique marquent un tournant. Les peuples autochtones vont subir une violence extrême. 90% de ces « indigènes » disparaîtront, victimes de massacres, de maladies venues d’Europe et du travail forcé. La « controverse de Valladolid » (1550-1551) reste d’une incroyable actualité. Le théologien Juan Gines de Sepulveda justifie la colonisation et l’évangélisation forcée par la « cruauté des civilisations précolombiennes ». On croirait entendre Sarkozy sur les « Africains qui ne sont pas entrés dans l’histoire » (Dakar, 2007).
    Entre 7 et 8 millions d’Amérindiens mourront au travail pendant les 4 siècles d’exploitation de la mine de Potosi à près de 5 000 m d’altitude. Les conquistadors s’acharneront aussi à effacer toute trace de la culture autochtone en construisant leurs églises et cathédrales sur les temples originels. Un « sociocide » s’ajoutera au génocide : les sociétés autochtones seront éradiquées au nom de la vraie foi et de la « modernité ».

    Si certains Espagnols « avancés » comme Bartolomé de las Casas pensaient que les Indiens avaient une âme, il y avait unanimité pour considérer que les Noirs n’en avaient pas.

    L’esclavage a non seulement été une horreur pour celles et ceux qui l’ont subi mais il a durablement déstructuré les sociétés africaines. On évalue à 14 millions le nombre d’esclaves enlevés et déportés en Amérique. La traite est à l’origine de la prospérité des pays européens maritimes et des grands ports atlantiques. L’accumulation des richesses issues de la traite est à l’origine du développement du capitalisme

    Le « grand ministre » Colbert tant vanté dans nos manuels scolaires est l’auteur du « Code Noir » qui promulgue la loi sur les relations entre les esclaves et leurs maîtres. Abrogé par la Révolution Française, l’esclavage sera rétabli par Napoléon. Il ne sera aboli qu’en 1848 en France et en 1888 à Cuba ou au Brésil.

    Aux États-Unis, même s’il a existé un important mouvement abolitionniste (voir l’étonnante histoire de John Brown) avant la guerre de Sécession, ce n’est absolument pas « par humanisme » que le Nord a fait la guerre au Sud. Cette guerre a levé tout frein à l’expansion du capitalisme « yankee » naissant. Celui-ci a rapidement montré sa férocité là où il a conquis des nouveaux territoires (Ouest des États-Unis, Cuba, Philippines).

    Après la fin théorique de l’esclavage (1865), les Noirs, privés de terre et de moyens d’existence, vont vivre un siècle de discriminations et de lynchages. Les lynchages étaient annoncés dans la presse à l’avance et aucune autorité ne voulait ou ne pouvait s’y opposer.

    Le colonialisme ne marque en rien une rupture par rapport à l’esclavage. C’est sa continuation par d’autres moyens. En s’emparant de l’essentiel des richesses et en déstructurant totalement l’économie locale, les colonisateurs n’ont plus besoin du travail forcé, les indigènes cherchent du travail pour survivre. Au Congo, pour construire la ligne de chemin de fer entre Pointe-Noire et Brazzaville (1921-1934), 127 000 ouvriers furent recrutés et 17 000 y laissèrent la vie.

    Le colonialisme, c’est génial pour le capitalisme : on connaît l’histoire du coton cultivé dès le XVIIIe siècle en Inde, transformé dans les usines de Manchester et réexporté en Inde.

    Les colonies constituent aussi un immense réservoir pour les armées des États colonisateurs : zouaves, tirailleurs, spahis, goumiers … ces jolis noms masquent mal l’enrôlement plus ou moins forcé des indigènes dans l’armée de la république.

    À Marseille, on célèbre le général de Montsabert qui libère la ville en août 1944. On masque soigneusement le fait que seule la hiérarchie de cette armée était blanche. Ces tirailleurs ont été bien mal récompensés. 300 d’entre eux qui réclamaient leur solde ont été exécutés à Thiaroye (Sénégal) en 1944.

    La conquête coloniale a été meurtrière partout : Algérie, Madagascar, Maroc… La guerre du Rif a fait des milliers de morts. Le 14 juillet 1926, la France du Cartel des Gauches a rassemblé sous l’Arc de Triomphe les principaux acteurs de cette victoire de la « civilisation » : Aristide Briand, Édouard Herriot, Philippe Pétain, Primo de Rivera (qui fondera les Phalanges espagnoles).

    Quand la « décolonisation » commence, immédiatement après la défaite du nazisme, les crimes contre l’humanité vont s’accumuler : le bombardement d’Haiphong décidé par l’amiral d’Argenlieu (6 000 morts en 1946) déclenche la première guerre du Viêt-Nam.

    Dans l’île de Madagascar, quand des paysans se révoltent en 1947, la « pacification » se met en marche sous les ordres du gouvernement « socialiste » de Paul Ramadier : il y aura officiellement 89 000 morts. Bien avant les militaires fascistes argentins, l’armée française jettera des suspects d’avions pour « terroriser » la population.

    La France n’est pas la seule dans le massacre de masse des colonisés : les troupes britanniques ont massacré 12 000 Palestiniens pendant la révolte de 1936-39 et un nombre équivalent de Kikuyus au Kenya pendant l’insurrection Mau-Mau (1952-56). L’Allemagne a été privée de colonies après 1918. Mais c’est l’Allemagne impériale qui a perpétré le premier génocide du XXe siècle : l’extermination des Héréros et des Namas dans le Sud-Ouest Africain (Namibie, 1904-7).

    La gauche et le colonialisme

    Les « Lumières » ont-elles été contre l’esclavage et pour l’égalité de tou-te-s indépendamment de leur origine et de la couleur de leur peau ?

    Oui et non. Il y a eu un mouvement d’idée qui a mené à l’abrogation de l’esclavage. Celui-ci est vivement condamné par Diderot et d’Alembert dans « l’Encyclopédie », par Voltaire dans « Candide » et dès 1788, est créée une « société des amis des Noirs ». Mais le siècle des Lumières est aussi celui de la classification « scientifique » des races. Et même Diderot ou Voltaire (homme d’affaire peu regardant sur l’origine de son argent) ne sont pas exempts de préjugés racistes.

    Les partis bourgeois dits « de gauche » seront bien sûr colonialistes. Ils ne verront aucune contradiction entre leur anticléricalisme et l’utilisation de l’Église pour aller évangéliser les colonisés et en faire des auxiliaires à l’entreprise coloniale.

    Le socialisme est né comme expression des classes ouvrières européennes. Il a tardé à comprendre la question coloniale quand il ne l’a pas totalement ignorée. Louise Michel est une fantastique exception : pendant les 7 ans de sa déportation en Nouvelle Calédonie (Kanaky), elle a un rapport d’échange mutuel avec les Kanaks et elle prend leur défense au moment de l’insurrection de 1878 (la tête de Ataï qui dirigea l’insurrection fut achetée et conservée dans le formol. C’est beau, la civilisation). C’est elle qui témoignera de la sauvagerie de la répression alors que les autres déportés pactisent avec l’armée.

    La « gauche », toutes tendances confondues, a largement propagé l’idée que les peuples européens apportaient civilisation et modernité à des peuples arriérés, en tout cas pas mûrs pour le socialisme.

    Dès qu’apparaît l’aile réformiste du socialisme, celle qui s’est ralliée à l’Union Sacrée en 1914, on va retrouver des « socialistes » à l’avant-garde du colonialisme.
    C’est le Front Populaire qui dissout en janvier 1937 l’Étoile Nord Africaine, le parti de Messali Hadj, en application du « décret Régnier » qui réprimait les manifestations contre la souveraineté française en Algérie.

    Après 1945, on retrouvera la SFIO puis le PS actifs dans toutes les entreprises coloniales ou néo-coloniales. Il y a l’Algérie bien sûr. Guy Mollet avait en interne un langage de « marxiste orthodoxe ». Il gagne les élections de 1956 sur la promesse de la paix en Algérie. Très rapidement, il obtient les pleins pouvoirs et lance les paras dans une guerre totale. La torture, les disparitions, les viols, les « corvées de bois », les camps seront organisés et gérés par des « socialistes » : Max Lejeune, Robert Lacoste. Malgré cet acharnement barbare, l’Algérie obtiendra l’indépendance.
    Les socialistes aideront aussi une entreprise néocoloniale : la conquête de la Palestine par les sionistes. Leur aide a été déterminante dans l’acquisition par Israël de la force nucléaire.

    Quand Mitterrand arrive au pouvoir en 1981, les magouilles meurtrières de Foccart qui envoie systématiquement l’armée française au secours des pires dictateurs africains semblent discréditées. Jean-Pierre Cot devient ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement avec l’idée d’impulser de nouvelles pratiques. En désaccord avec le système de la Françafrique qui se poursuit, il démissionne. Son successeur, Christian Nucci sera compromis dans le premier grand scandale de la Mitterrandie : l’affaire du Carrefour du développement.

    Le soutien aux multinationales et aux dictateurs africains sera désormais plein et entier sous la droite comme sous la « gauche ». Pour le crime le plus effroyable, le soutien militaire jusqu’au bout aux génocidaires du Rwanda, les responsabilités sont partagées entre Mitterrand, Balladur et Juppé.

    Il serait diffamatoire de mettre sur le même plan l’attitude des communistes face au colonialisme. Ils se sont battus contre la guerre du Rif et contre la guerre d’Indochine. Beaucoup de dirigeants anticolonialistes (comme Ho-Chi-Minh) ont été formés par ce parti. Sur l’Algérie, il y a un couac terrible. Le 8 mai 1945, quand l’armée française commence un massacre qui fera des milliers de morts à Sétif et Guelma, l’Humanité appelle à « châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute ». Mais beaucoup d’anticolonialistes ou plus tard de porteurs de valise sont issus des rangs communistes. On célèbre la mémoire de Fernand Iveton, communiste français d’Algérie rallié au FLN et guillotiné en février 1957 (le garde des sceaux était alors Mitterrand). Des militants comme Henri Alleg ou William Sportisse qui ont connu la prison ou la torture n’ont jamais « chargé » le parti communiste. Pour eux et pour beaucoup, le PCF est le parti des mort-e-s du métro Charonne. Pourtant, en tant que parti, le PCF a voté les pleins pouvoirs à l’armée en 1956 et en est resté au seul mot d’ordre « paix en Algérie ». Il aura été bien timide sur la question de l’indépendance.

    Algérie : la parole n’a jamais été dite

    On attend en vain une reconnaissance par les plus hautes autorités françaises de ce que le colonialisme a fait en Algérie sur le mode d’un Willy Brandt s’agenouillant à Auschwitz.

    Rétablissons les faits : non, la France n’a pas apporté la « modernité » en Algérie. Sauf si on considère que les colons en liesse le 13 mai 1958 à Alger (jour du coup d’État) arrachant les voiles des femmes musulmanes, c’est un acte de modernité.

    La France a pris les meilleures terres, elle a fait « suer le burnous ». Elle a divisé officiellement la population en fonction des origines et de la religion. Les juifs sont devenus français (décret Crémieux, 1870) mais pas les musulmans, le colonialisme a toujours divisé et fragmenté les sociétés dominées. Les musulmans (que la loi nommait « indigènes ») n’avaient qu’un seul droit, travailler pour leurs maîtres. Leur droit à la citoyenneté n’a jamais existé.

    Au début de l’insurrection en 1954, 90% des musulman-e-s étaient analphabètes. Après 130 ans de présence française !!

    La défaite du nazisme avec lequel beaucoup de colons avaient collaboré n’a signifié en rien un changement des rapports coloniaux. Le massacre qui a commencé le jour de la capitulation du IIIe Reich à Sétif a fait entre 3 000 et 30 000 mort-e-s.

    La guerre (1954-1962) a connu le sobriquet « d’événements ». Elle a fait périr 7 à 8% de la population de l’époque.

    Faut-il détailler ce qu’a fait notre chère armée ? La construction d’un mur miné et électrifié de 320 km sur la frontière, les massacres de villages comme à Beni Oudjehane (mai 1956), le détournement d’un avion pour enlever la direction du FLN. En 1959, Michel Rocard écrit un livre sur les camps de regroupement (il faudrait parler de camps de concentration) où l’armée française faisait mourir à petit feu la population civile démunie de tout.

    Tout a été utilisé dans cette guerre : la torture, les exécutions sommaires, le viol (que subiront des résistantes comme Louisette Ighilariz), la censure, la répression contre les Français solidaires. Cette guerre a engendré un fascisme bien français (celui de l’OAS) qui a été à deux doigts de prendre le pouvoir.

    Il aura fallu le courage et la fierté du peuple algérien, la détermination d’une petite poignée de Français (le général de la Bollardière qui démissionne de l’armée, les 121 intellectuels, le réseau Jeanson, les journalistes qui osent enquêter et parler) pour en finir avec ce crime. Il aura fallu que, malgré le silence étatique, des militants comme Jean-Luc Einaudi s’acharnent à enquêter pour faire la lumière sur les dizaines d’Algérien-ne-s de Paris jetés dans la Seine par la police de Papon le 17 octobre 1961.
    Il aura surtout fallu d’énormes pertes dans un contingent qui a fini par refuser de mourir pour les colons. Cela explique l’émergence d’un puissant mouvement populaire (500 000 personnes aux obsèques des victimes de Charonne) qui a pu imposer la fin de la boucherie.

    La vérité a été enfouie avec l’amnistie et ce non-dit a permis l’essor du Front National qui regroupait à ses débuts pleins d’anciens de l’OAS. Les Salan, Jouhaud, Massu, Aussaresses sont morts dans leur lit. On ne sait pas comment est mort sous la torture Maurice Audin et ce qu’on a fait de son corps. Il aura fallu des films comme « Avoir 20 ans dans les Aurès » (1972) ou « La bataille d’Alger » (tourné en 1966, interdit en France jusqu’à 1971) pour que la vérité crue commence à sortir.

    La colonisation n’a jamais cessé

    En 1978, François Béranger chante dans « Mamadou m’a dit » : « les colons sont partis. Ils ont mis à leur place une nouvelle élite de noirs bien blanchis … Que l’Afrique se démerde. Que les paysans crèvent. Les colons sont partis avec, dans leurs bagages quelques bateaux d’esclaves pour pas perdre la main …

    La décolonisation est un leurre. Presque partout, le colonisateur a installé ses hommes pour garantir les profits et le pillage. Entre 1955 et 1962, la France a mené une guerre totale contre les indépendantistes de l’UPC. Les estimations vont de 20 000 à 120 000 mort-e-s. La France a installé son homme (Ahidjo) au pouvoir et Jacques Foccart a obtenu en 1971 l’exécution du dirigeant de l’insurrection Ernest Ouandié.

    L’Afrique a été livrée aux multinationales. L’armée française est intervenue pour maintenir au pouvoir les pires dictateurs, ceux qui garantissent les profits miniers ou l’exportation à bas prix des matières premières. Elle a utilisé des mercenaires comme Bob Denard aux Comores. Elle n’est pas étrangère à l’assassinat de Thomas Sankara. Multinationales et armée française ont une responsabilité directe dans des massacres de masse comme ceux perpétrés au Congo-Brazzaville par Sassou Nguesso ...

    Dans les DOM-TOM, tout a été fait pour maintenir une dépendance totale vis-à-vis de la métropole. En Martinique, les Békés ont survécu à la Révolution (contrairement à la Guadeloupe où ils ont été guillotinés). Deux siècles plus tard, leurs descendants possèdent toujours l’essentiel de la production et de la distribution.
    Quand la France a testé sa bombe atomique, ça s’est fait chez les colonisés (Sahara, Polynésie).

    La colonisation est théoriquement devenue politiquement incorrecte. Mais il ne fait pas de doute que le soutien inconditionnel apporté par l’Occident à Israël vient du fait que, là-bas, la reconquête coloniale est en marche.

    En Europe vit aujourd’hui une importante population post-coloniale. Environ 10% de la population française. Une population prolétarisée que nos capitalistes sont allés chercher pendant les Trente Glorieuses. Pour eux, la colonisation ne s’est jamais arrêtée, même si la plupart ont acquis la nationalité française. La discrimination est la règle, au travail ou au logement avec la constitution d’énormes ghettos urbains. La stigmatisation contre eux continue comme au bon vieux temps des colonies. Toujours la même accusation d’être arriérés, de ne pas avoir accepté les « valeurs » de notre société. Contre eux, les contrôles au faciès et les violences policières sont la règle.

    Allez, courage, Macron ! Après une intuition comme celle que tu as eue, tu as encore du chemin à faire pour aller au fond d’une dénonciation plus que jamais nécessaire.

    Pierre Stambul dimanche 26 février 2017

    http://www.ujfp.org/

  • Nouveautés sur "Lutte Ouvrière"

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  • Maroc : Halte à l’exploitation ; Halte à l’humiliation (Via Campesina)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Appel à manifestation nationale RABAT le 15 février 2017 (FNSA)

     Pour dénoncer la souffrance des travailleurs(e)s agricoles et éradiquer toutes les formes de discrimination, la Fédération Nationale du Secteur Agricole (FNSA/UMT) a entamé une campagne de protestation le 18 Janvier dernier. Cette campagne sera couronnée par une manifestation nationale à Rabat le 15 Février 2017, sous le slogan : "Halte à l’exploitation ; Halte à l’humiliation (la hogra)". 

    La Fédération Nationale du Secteur Agricole (FNSA/UMT) entame une campagne de lutte, du 18 Janvier au 15 février 2017, pour protester contre l’exploitation accrue, les conditions sociales et économiques déplorables vécues par les ouvriers (es) agricoles et la discrimination juridique dont ils font l’objet en permanence. A travers cette campagne, les ouvrier(e)s agricoles visent à dénoncer la réalité de leur extrême pauvreté, l’intensité de l’exploitation qu’ils subissent et le bafouement de leurs droits élémentaires

     1. la discrimination au niveau des salaires

    Secteur

     

    Salaire minimum légal

    Salaire mensuel (Dh)

    Retenues(Dh)

    Salaire mensuel net(Dh)

    Industrie

     

    13,46 Dh/Heure

     

    2570,86

     

    173,27

    2398

    Agriculture

     

    69,73 Dh/jour

     

    1812,9

    (26 J/mois)

    122,19

     

    1691

    Le salaire minimum légal dans le secteur Industriel (SMIG) est supérieur de 42% au salaire minimum légal dans secteur Agricole (SMIG). La différence est de 700 Dh. La FNSA revendique, d’une part, de mettre fin à cette discrimination flagrante en unifiant le salaire minimum, comme convenu dans l’accord conclu lors du dialogue social du 26 avril 2011 entre syndicats, patronat et gouvernement et, d’autre part, d’augmenter sa valeur selon l’augmentation des prix et du niveau de vie.

    2. La Discrimination au niveau de la durée du travail

    Légalement, et selon le code du travail Marocain, les ouvrier (e)s agricoles doivent travailler 48 heures par semaine. La durée hebdomadaire pour les travailleur (se)s du secteur industriel, du commerce et des services est de 44 heures. En réalité, la durée du travail dans le secteur agricole est plus longue. Elle dépasse, dans la majorité des cas, 10 heures par jour et dans des conditions lamentables. Ils travaillent dans des serres à forte humidité et des températures élevées et utilisent des produits phytosanitaires très toxiques et sans protection.

    3. La grande faiblesse de la protection sociale

    A peine 16% sont des ouvriers agricoles déclarés à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) sur un total estimé par la FNSA à un million d’ouvriers et ouvrières agricoles. Une majorité d’entre eux sont privés de l’assurance maladie obligatoire et des allocations familiales. L’impunité dont bénéficie le patronat agricole accentue la défaillance des déclarations à la CNSS tout en amplifiant illégitimement leurs profits.

    4. Utilisation des moyens de transport dégradés et non appropriés 

    Les ouvrier(e)s agricoles sont transportés, entassés, vers les exploitations dans de vieux véhicules (remorques, pick up). Ces véhicules, généralement non assurés, mettent les vies des travailleurs agricoles en danger. Des accidents, souvent mortels se produisent régulièrement dans beaucoup de régions. La circulation de ce type d’engins est effectuée au vu et au su des autorités compétentes. Le transport demeure un des aspects cruels de l’exploitation des travailleur(se)s agricoles.

    5. La Précarité du travail et la généralisation de l'insécurité de l'emploi dans le secteur agricole. Le recours intensif aux entreprises d’emploi temporaire (sous traitance) détruit la stabilité du travail, érode les acquis relatifs à l’ancienneté et brise le syndicat.

    6. Droits syndicaux bafoués : Les ouvrier(e)s syndiqué(e)s sont souvent licencié(e)s juste après la formation du bureau syndical. Les délégué(e)s des salariés, censés être protégé(e)s par la loi, sont les premières victimes. Pour briser les luttes ouvrières le patronat agricole bénéficie de la bienveillance du gouvernement qui lui met à sa disposition les outils de répression. Les sit-in et les grèves sont souvent réprimés par l’intervention des forces de répression et l’utilisation de l’article 288 du code pénal qui condamne les grévistes pour leur soit disante entrave, à la liberté du travail.

    7. Absence du dialogue social avec la FNSA.  Contrairement à l’attitude bienveillante du gouvernement envers le patronat agricole, la FNSA est privée complètement de son droit à la négociation sociale prévue par le code du travail. Malgré la formulation de multiples demandes et la présentation des pétitions portant 6000 signatures d’ouvriers et ouvrières, le gouvernement est resté muet.

    ​Ce ne sont ici que quelques aspects des conditions d’oppression et d’exploitation des ouvrier(e)s agricoles, dont la responsabilité incombe à l’Etat et son gouvernement. Pour ce dernier, garantir la soumission des travailleur(se)s agricoles au profit des grands capitalistes agricoles et propriétaires terriens se justifie par la nécessité d’encourager des investissements.

    Par ailleurs, et en plus de l’exonération d’impôt, le patronat agricole bénéficie de subventions, qui atteignent des milliards de dirhams chaque année, et des facilités pour utiliser des terres agricoles cédées par l’Etat.

    Nous, militant(e)s de la Fédération Nationale du Secteur Agricole, lançons un appel à tou(te)s les démocrates et défenseur(se)s des intérêts de la classe ouvrière en vue de se mobiliser pour dénoncer ces violations flagrantes des droits humains et pour soutenir et participer au mouvement de protestation qui aura lieu devant les sièges du ministère de l'Agriculture et du Parlement à Rabat le MERCREDI 15 Février 2017 à partir de 9h.

    Nous appelons également tous les réseaux de solidarité ouvrière et rurale, tant à l’échelle régionale/nationale qu’internationale, à appuyer et soutenir cette initiative militante, de la faire connaître et de la médiatiser.  

    https://viacampesina.org/

  • Semaine Anticoloniale

    affiche_semaine_2017_web.jpg

     

    MARDI 21 FEVRIER 11h

    Rassemblement Hommage à Missak Manouchian et aux FTP MOI (Francs Tireurs et Partisans de la Main d’Oeuvre Immigrée)

    RDV devant le 11 rue de Plaisance Paris 14è

    M°Plaisance

    JEUDI 23​ FEVRIER

    18h30 INAUGURATION Soirée de présentation de la campagne

    " Suspension de l’Accord d’Association UE-Israël "

    organisée par le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens et le Collectif "Trop, c’est Trop !"

    Avec les soutiens de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine

    Espace Oscar Niemeyer 2 Place du Colonel Fabien Paris 19ème

    M° Colonel Fabien 

    La soirée se prolongera par un temps convivial. 

    Inscriptions à : international@pcf.fr

    19 h 00 L’ Afrique des clichés, des stéréotypes et des préjugés

    avec Georges Courade (auteur du livre L’Afrique des idées reçues, 2016, Belin)

    La Belle Etoile - Jolie Môme, 14, allée Saint-Just, La Plaine Saint-Denis

    M°Front Populaire

    VENDREDI 24 FEVRIER

    19h Retour sur l’histoire de Fernand Iveton, communiste algérien victime du colonialisme

    Il y a 60 ans, le 11 février 1957, Fernand Iveton, militant communiste rallié au FLN, était guillotiné sur l’ordre de l’État français. Il avait commis comme « crime » un acte de solidarité avec son peuple, le peuple algérien. La guerre d’Algérie durait alors depuis trois ans. Le peuple algérien paya un lourd tribut à la cause de son indépendance, certains européens d’Algérie, aux premiers rangs desquels les communistes, furent partie prenante de ce combat.

    En présence de :

    Sadek Hadjerès, ancien secrétaire du PCA

    Alain Ruscio, historien

    Rosa Moussaoui, journaliste à l’Humanité

    Joseph Andras, romancier (sous réserves)

    Espace Niemeyer

    2 place du Colonel Fabien 75019 Paris

    M°Colonel Fabien

    SAMEDI 25 FEVRIER

    11h Projection du film d’Emmanuel Audrain Retour en Algérie

    proposé par 4ACG

    Rencontre avec Tramor Quemeneur, historien 

    Luminor 20 rue du Temple Paris 4è

    M°Hôtel de Ville

    6 euros

    VENDREDI 3 MARS

    19h30 Vernissage de l’exposition consacrée à l’Exposition Coloniale

    Soirée cabaret autour de la chanson coloniale animée par Alain Ruscio, historien

    ECS 100 rue de Charenton Paris 12è

    M°Ledru Rollin ou Gare de Lyon

    SAMEDI 4 & DIMANCHE 5 Mars SALON ANTICOLONIAL (entrée solidaire 2 euros)

    Programme en ligne dans la rubrique dédiée

    RENCONTRES DÉBATS ANIMATIONS ESPACE LIBRAIRIE STANDS DE LA SOLIDARITE INTERNATIONALE

    PRIX DU COLONIALISTE DE L’ANNEE, PRIX DU LIVRE ANTICOLONIAL

    LA BELLEVILLOISE

    21 RUE BOYER PARIS 20è

    M°Ménilmontant ou Gambetta

    SAMEDI 4 MARS

    11h Projection du film d’Emmanuel Audrain Retour en Algérie

    proposé par 4ACG

    Rencontre avec Claude Juin, ancien appelé, sociologue 

    Luminor 20 rue du Temple Paris 4è

    M°Hôtel de Ville

    6 euros

    14h30 Rencontre des Soldats du refus

    SPF - 9-11 rue Froissart Paris 3è avec Julien Lauprêtre

    MARDI 7 MARS

    19h Quand les cellules se mettent à parler

    Lecture musicale et théâtrale proposée par Samia El Ouazzani, accompagnée par Kacem Mesbahi

    Maroc, années 70’s années de plomb

    Répressions, contrôles, arrestations de militanteEs. Enfermement.

    Il y avait Saïda Menebhi, morte le 11 Décembre 1977 après 34 jours de grève, à l’âge de 25 ans. Il y avait aussi tous les autres militantEs...

    Et il y avait leur poèmes.

    Les mots comme une arme, un outil, un espace d’existence et de résistance"

    "Quand les cellules se mettent à parler..." nous porte, nous transporte, nous emporte dans les méandres poétiques des textes écrits en prison par les résistantEs marocainEs des années 70.

    Au son du oud, de la clarinette, de la flûte, du daff, du bendir... Kacem Mesbahi accompagne ces poèmes, ce voyage mémoriel, qui nous rappelle que l’écriture est un cri humain.

    CICP

    21 ter rue Voltaire Paris 11è

    M°Rue des Boulets

    Entrée 5 euros

    19h Projection-débat : Maurice Audin, La disparition un film de François Demerlac dans le cadre du 60ème anniversaire de la Bataille d’Alger

    Centre Culturel Algérien

    171 Rue de la Croix Nivert Paris 15è M°Boucicaut

    19h Réunion-débat :« Le dynamisme démographique africain est-il un risque et pour qui ? (Surpeuplement, condition des femmes et migrations) 

    Proposé par Les Amis du Monde Diplomatique

    Avec Georges Courade ,auteur du livre Les Afriques au défi du XXIème siècle,2014, Belin

    Théâtre de la Jonquière

    88 rue de la Jonquière Paris 17è M°Guy Môquet, Brochant ou Place de Clichy

    MERCREDI 8 MARS

    19h Femmes en résistance  Organisé par l’AFASPA

    Les femmes djiboutiennes contre l’impunité des viols des militaires Les femmes sahraouies

    Salle des expositions

    8 rue de la Banque Paris 2è

    M° Bourse

    21h Grandes figures militantes et évolution du statut des femmes dans les pays de l’ALBA et de la CELAC

    soirée proposée par France Cuba et El Otro Correo et animée par Hernando Calvo Ospina auteur de "Belles, Latines et Rebelles"

    Maison de l’Amérique Latine   217 bd Saint Germain Paris 7è

    M°Solférino

    JEUDI 9 MARS

    19h Quels syndicalismes dans l’Etat colonial ? Champs d’activité, interrelations, contradictions

    A l’initiative de : Union syndicale Solidaires, Sindicatu Di I Travagliadori Corsi (STC), Langile Abertzaleen Batzordea (LAB), USTKE, CNT

    Bourse du travail de Paris

    3 rue du Château d’Eau Paris 10è

    M°République

    19h Bienvenue à Madagascar un film de Franssou Prenant

    http://www.survivance.net/ document/29/69/Bienvenue

    Projection en avant-première en présence de la réalisatrice

    Invité Olivier Lecour Grandmaison

    Espace Jean Dame

    17 rue Léopold Bellan Paris 2è

    M° Sentier

    19h Racisme, medias et politiques gouvernementales

    Réunion débat avec Vincent Gay

    En partenariat : Amis du Monde Diplomatique de Saint-Denis et Sciences Pop de Saint-Denis

    La Belle Etoile – Jolie Môme

    14, allée Saint-Just

    La Plaine Saint-Denis

    M°Front Populaire

    VENDREDI 10 MARS

    18h30 Café politique Sortir l’Afrique de la servitude monétaire . A qui profite le franc CFA ?    avec Kako Nubukpo , ancien ministre du Togo, en charge de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques

    organisé par Pcf 14e et Les amis du PIT (Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal)

    32 rue Saint-Yves Paris 14e

    M°Alésia

    19h30 Rencontre avec Omar Benlaala autour de ses ouvrages La Barbe, et L’Effraction

    Librairie Libre Ere

    111 Bd de Ménilmontant Paris 20è

    M°Ménilmontant

    19h30 Afrique : comment maîtriser une urbanisation galopante : villes ingouvernables et indociles

    Réunion débat avec Georges Courade

    Salle des expositions

    8 rue de la Banque 75002 Paris

    M°Bourse

    SAMEDI 11 MARS

    10h30-18h Colloque : Notre Histoire n’est pas un roman

    organisé par Réseau International Histoire et Mémoires et Sortir du Colonialisme

    La Bellevilloise

    21 rue Boyer Paris 20è

    M°Ménilmontant

    14h - 23h La Nouvelle-Calédonie en marche vers Kanaky ?

    Point sur la décolonisation :

    - projection film

    - 1e table ronde : situation politique et sociale en Kanaky (avec des militant-e-s de l’ustke et du Mjkf (mouvement des jeune kanak en France)

    - 2e table ronde : quelle solidarité en France à l’aube du referendum de 2018.. (aisdpk, collectif solidarité kanaky, comités soutien corses, basques....)

    - Repas

    - 20h30 Concert du groupe kanak Pacific Family

    CICP

    21 ter rue Voltaire Paris 11-

    M°Rue des boulets

    11h Retour en Algérie un film d’Emmanuel Audrain

    proposé par les 4ACG

    Invité Jean-Claude Escaffit, journaliste

    Cinéma Luminor

    20 rue du Temple M°Hôtel de Ville

    6 euros

    12h-18h Initiative du réseau Indonésie

    19h-23h Expérience comparées des Kurdes et des Zapatistes

    Invité Jérôme Baschet, historien

    Débat suivi d’un concert avec Cihan et des musiciens kurdes et sahraouis

    ECS

    100 rue de Charenton Paris 12è

    M°Ledru Rollin ou Gare de Lyon

    10h Projection La bataille d’Alger

    14h Projection La terre parle arabe

    Collectif Faty Koumba

    1-3, rue Frédérick Lemaître Paris 20è

    M°Jourdain

    LUNDI 13 MARS

    19h Soirée politico-artistique autour de Haïti

    Proposée par Kreyolofoni

    Salle des Expositions

    8 rue de la Banque Paris 2è

    M°Bourse

    19h L’Espèce Humaine

    Mise en scène d’extraits de "L’espèce humaine" , livre éponyme de Robert Antelme par la Compagnie Monsieur Madame

    Mise en scène et dramaturgie Maylis Isabelle Bouffartigue - Co-dramaturgie Olivier Le Cour Grandmaison - Interprétation Diogène Ntarindwa (Atome)

    ECS

    100 rue de Charenton Paris 12è

    M°Ledru Rollin ou Gare de Lyon

    MARDI 14 MARS

    19h Hommage à José Marti, philosophe, penseur, journaliste et poète cubain

    Conférence animée par Paul Estrade professeur émérite à Paris 8

    Présentée par El Otro Correo

    Salle des expositions

    8 rue de la Banque Paris 2è

    M°Bourse

    20h Dis leur que j’existe, une histoire sahraouie 

    Film de Manu Mosset sur le militant des droits de l’Homme Sahraoui Naâma Asfari

    Les mardis de l’AFASPA

    Cinéma La Clef

    34 rue Daubenton Paris 5e

    M°Censier-Daubenton

    5 euros

    19h L’Espèce Humaine

    Mise en scène d’extraits de "L’espèce humaine" , livre éponyme de Robert Antelme par la Compagnie Monsieur Madame

    Mise en scène et dramaturgie Maylis Isabelle Bouffartigue - Co-dramaturgie Olivier Le Cour Grandmaison - Interprétation Diogène Ntarindwa (Atome)

    ECS 100 rue de Charenton Paris 12è

    M°Ledru-Rollin ou Gare de Lyon

    MERCREDI 15 MARS

    19h L’Espèce Humaine Mise en scène d’extraits de "L’espèce humaine" , livre éponyme de Robert Antelme par la Compagnie Monsieur Madame

    Mise en scène et dramaturgie Maylis Isabelle Bouffartigue - Co-dramaturgie Olivier Le Cour Grandmaison - Interprétation Diogène Ntarindwa (Atome)

    ECS 100 rue de Charenton Paris 12è

    M°Ledru Rollin ou Gare de Lyon

    19h Soirée organisée par la Campagne de solidarité avec la Palestine BDS (Boycott désinvestissement Sanctions)

    CICP

    21 ter rue Voltaire Paris 11è

    M°Rue des Boulets

    19h Quel avenir pour une Afrique divisée et dépendante, jeune et convoitée ?

    avec Georges Courade, auteur du livre Les Afriques au défi du XXIème siècle, 2014, Belin)

    Le Lieu-dit 6 rue du Sorbier Paris 20è M°Ménilmontant

    Sortie nationale de Bienvenue à Madagascar, film de Franssou Prenant   Séance à 13h50 et 20h du 15 au 21 mars Rencontres autour du film

    Reflet Médicis 3 rue Champollion Paris 5ème M°Cluny-La Sorbonne   Tarif 9.30 € et réduit 6.90 €

    JEUDI 16 MARS

    19h30 "Peuples autochtones - WATER IS LIFE ! AGUA ES VIDA ! - On ne peut pas coloniser l’eau qui coule ! - De la Guyane dite "française" aux terres sioux lakota de Standing Rock !"

    organisé par le CSIA-Nitassinan

    CICP

    21 ter rue Voltaire Paris 11è

    M°Rue des Boulets

    19h Algérie du Possible film de Viviane Candas

    Projection en présence de la réalisatrice

    Espace Jean Dame

    17 rue Léopold Bellan Paris 2è

    M°Sentier

    19h Les survivances coloniales entre la France et l’Algérie. La solidarité syndicale comme arme de lutte

    Avec Stéphane Enjalran (Solidaires) Frençois Gèze, et un-e membre de la CGATA (confédération générale autonome des travailleurs algériens )

    Bourse du travail Salle Hénaff 85 rue Charlot Paris 3è M° République ou Filles du Calvaire

    19h30 Présentation du livre d’Amel Chaouati Les Algériennes du Château d’Amboise, en présence de l’auteure

    Librairie Envie de Lire

    16 Rue Gabriel Péri Ivry-sur-Seine M°Mairie d’Ivry

    VENDREDI 17 MARS

    19h Le Gang ses Antillais, film de Jean-Claude Barny

    Projection en présence du réalisateur et de l’historien Amzat Boukari Yabara

    Ciné 104

    104 avenue Jean Lolive

    M°Hoche ou Eglise de Pantin

    6 euros

    19h Le rôle du Maroc dans les réseaux Françafrique

    proposé par l’AMDH

    Salle des expositions

    8 rue de la Banque Paris 2è

    M°Bourse

    Du 17 mars au 22 avril La Compagnie Jolie Môme joue L’Exception et la règle de Bertold Brecht

    Vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 16h

    La Belle Etoile

    14 rue Saint-Just, La Plaine, Saint-Denis - M° Front Populaire

    Renseignements et réservations 01 49 98 39 20

    www.cie-joliemome.org

    Les représentations des dimanches seront accompagnées de rencontres

    20h Mon Algérie film sur Raymond Hannon

    Cinéma l’Etoile

    1 allée du Progrès La Courneuve

    SAMEDI 18 MARS

    11h Retour en Algérie Film d’Emmanuel Audrain

    proposé par les 4ACG

    Invité Gilles Manceron, historien et journaliste

    Cinéma Luminor

    20 rue du Temple M°Hôtel de Ville 6 euros

    14h Initiative du Réseau indonésie

    Section du PCF 10 rue Victor Hugo Montreuil

    M°Croix de Chavaux ou Mairie de Montreuil

    DIMANCHE 19 MARS

    Marche pour la justice et la dignité, à l’appel des familles des victimes de crimes policiers

    RDV 14h Place de la Nation

    19h Poétiques de la résistance

    Maison de la Poésie

    157 rue Saint Martin Paris 3è

    M°Rambuteau

    5 euros

    LUNDI 20 MARS

    18h30 Vernissage de l’exposition proposée par les 4 ACG, "Un appelé en Algérie se souvient" (jusqu’au 30 mars)

    Salle des expositions

    8 rue de la Banque Paris 2è

    M°Bourse

    MARDI 21 MARS

    Du 21 mars au 11 avril Les 11 mois et 20 jours de la République de Mahabad    Comment en 1946, les Kurdes d’Iran se sont affranchis pendant 11 mois et 20 jours du pouvoir central iranien.

    Exposition de documents d’archives par Esmaell Mameli

    Projection du film documentaire "11 mois et 20 jours de bonheur et de joie" Écrit par Esmaell Mameli

    Commune d’Aligre 3 rue d’Aligre Paris 12ème

    SAMEDI 25 MARS

    11h Retour en Algérie D’Emmanuel Audrain

    Invitée : Florence Beaugé, journaliste

    Luminor

    20 rue du Temple Paris 4è

    M°Hôtel de Ville

    6 euros.

    DIMANCHE 26 MARS

    10h Projection Ben Barka

    14h Projection Les 18 fugitives

    Collectif Faty Koumba

    1-3, rue Frédérick Lemaître Paris 20è M°Jourdain

    MERCREDI 29 MARS

    1947-2017 : L’insurrection malgache : Histoire universitaire- Mémoires Populaires

    organisée par Mémoires de Madagascar

    INALCO (amphi 7)

    65 Rue des Grands Moulins Paris 13è

    M°Bibliothèque François Mitterrand

    JEUDI 30 MARS

    18h30 Mon Algérie Film sur Raymond Hannon

    Hotel de Ville de Paris

    4 rue Lobeau Paris 75004

     

    Programme

     

    http://www.anticolonial.net/

     

     

  • Désunion arabe face aux changements climatiques (Anti-k)

    Le Maroc a abrité du 7 au 18 novembre 2016 la vingt-deuxième conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Pourquoi les pays arabes ont-ils été si peu nombreux à y participer ? Reportage dans les couloirs de la « zone bleue » du village de la COP22, réservée aux officiels.

    Le 15 novembre, à Marrakech, dix-huit chefs d’État arabes manquaient à l’appel lors de la photo de la cérémonie d’ouverture du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la 22e Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP22) |1|. Seuls les émirs du Qatar et du Koweït accompagnaient le roi Mohammed VI lors de cette photo. L’infréquentable Omar Al-Bachir, président du Soudan, avait été placé bien loin des trois autres chefs d’État arabes. Si les présidents africains étaient présents en force, et Israël aussi — une partie de la société civile marocaine s’est indignée, mais cette présence a été passée sous silence par les représentants des vingt-deux pays arabes — les dignitaires de la région MENA (Moyen-Orient Afrique du Nord) avaient en effet préféré faire l’impasse sur cette COP en terre marocaine. Leur absence remarquée est le résultat de facteurs conjoncturels et structurels.

    Une COP plus africaine qu’arabe

    Tout d’abord, le Maroc avait choisi de faire de ce sommet une « COP africaine ». Le royaume chérifien paie donc en quelque sorte son désengagement continu de la scène arabe, même si le roi Mohammed VI s’est excusé de ne pas avoir voulu abriter le sommet ordinaire de la Ligue arabe en février dernier. Une décision surprenante, justifiée dans un communiqué fustigeant l’inertie des pays arabes : « Ce sommet ne sera qu’une occasion d’adopter des résolutions ordinaires et de prononcer des discours qui ne feront que donner une fausse impression d’unité et de solidarité entre les États du monde arabe », affirmait en février le ministère des affaires étrangères. Le sommet a été déplacé en catastrophe en Mauritanie, et ce désistement a laissé des traces.

    Les absences des pays arabes à la COP22 sont aussi emblématiques du peu d’intérêt accordé par les décideurs des pays de la région à la question des changements climatiques. Pourtant, la région MENA figure parmi les zones les plus menacées dans le monde par le réchauffement climatique, la désertification et le stress hydrique |2|. La région est même une illustration de l’injustice climatique, dans la mesure où les 22 pays de la région demeurent de faibles émetteurs de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, avec seulement 4,2 % des émissions globales. Une inégalité régionale s’y ajoute : 85 % de ces émissions sont produites par les six pays membres du Conseil de coopération des pays du Golfe (CCG).

    À l’ombre de l’Arabie saoudite

    L’Arabie saoudite est pourtant chef de file et porte-parole du groupe arabe auprès de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCUCC) depuis deux décennies, mandatée par la Ligue arabe. « L’ironie c’est que le ministre du pétrole est toujours présent lors des sommets », regrette un délégué d’un pays arabe |3|.

    Le rôle de Riyad est décrié par les acteurs de la société civile régionale. À l’instar d’autres pays producteurs d’énergies fossiles, le royaume a en effet joué un rôle de blocage lors des négociations de l’accord de Paris sur le climat qui a suivi les conclusions de la COP21. Le royaume saoudien s’est longtemps opposé à la réduction de l’utilisation des énergies fossiles — une position partagée avec les grands producteurs de pétrole d’Amérique latine et d’Afrique — et a notamment bloqué la mention, dans l’accord de Paris, de l’objectif de limitation à 1,5 °C de la hausse des températures. Le groupe arabe avait porté une mention sur ce sujet, qui n’a pas été retenue dans l’accord final.

    La présidence du groupe arabe ne fait plus l’unanimité aujourd’hui. « La position arabe demeure peu visible dans les espaces de la COP. La coopération et les consultations entre les pays sont faibles durant les sommets », regrette un membre de la délégation jordanienne. Même sentiment dans la délégation libanaise : « Au sein du groupe, nous avons certes moins de divergences qu’auparavant. Par le passé, nous avions des différences sur les réponses majeures (la transition vers le renouvelable, le financement de la transition énergétique, l’objectif 1,5 C °), mais depuis l’accord de Paris ces questions ont été résolues. Maintenant, nous devons avoir une coordination de nos positions », exige Vahakn Kabakian, chef de la délégation libanaise.

    Le manque de consultation préalable inquiète également plusieurs délégations arabes. « L’Arabie saoudite ne doit pas se contenter de nous informer sur ce qui s’est passé lors des négociations. Nous devons nous concerter sur les propositions communes. La situation est inconcevable », déplore le responsable libanais.

    Sous influence climato-sceptique

    Ces divergences de points de vue et d’approches entre les pays arabes se sont manifestées lors des négociations pour l’accord de Paris en 2015. L’Arabie saoudite avait joué un rôle de blocage pour en retarder l’adoption par le groupe arabe. « Une bonne partie de ce groupe est composé de pays membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). Cette année à Marrakech, les Saoudiens ont encore une fois bloqué des négociations, déjà très lentes », regrette Safa’Al-Jayoussi, coordinatrice de Climate Action Network (CAN) pour le monde arabe.

    Le manque de visibilité et d’actions de ces pays lors des sommets sur le climat est fréquemment expliqué par ce rôle joué par le royaume saoudien. « Depuis le démarrage du processus de négociation sur le climat, la délégation saoudienne était présidée par Dr Mohamed Al-Sabban. Ce climatosceptique avait la réputation d’être un acteur de blocage pour l’avancement des négociations », rappelle Wael Hmaidan, directeur de CAN-International |4|. Le remplacement de ce diplomate saoudien à partir de 2015 aura permis à l’Arabie saoudite de modifier légèrement ses positions au sujet des négociations climatiques.

    Dans les rangs de la délégation saoudienne présente à Marrakech, une lecture conservatrice de l’accord de Paris est toujours prédominante. Ayman Shasly est conseiller au ministère saoudien de l’énergie et membre de l’équipe des négociateurs : « L’accord de Paris permet une adaptation selon le niveau de développement de chaque pays. Les pays n’ont aucun engagement pour fournir des efforts en matière d’énergies fossiles. Tous les engagements restent volontaires », indique-t-il. D’autres pays arabes prennent leurs distances avec cette stratégie.

    Faible ratification de l’Accord de Paris

    À une journée de la fin du sommet, Safa’ Al-Jayoussi était déçue par la faible présence arabe lors de cette COP. « La participation arabe était plus importante lors de la COP21 », compare-t-elle. Pourtant son réseau a appelé durant des mois à « une présence forte pour soutenir la présidence marocaine », en vain : seuls quelques ministres de l’environnement ont fait le déplacement. « Le nouveau président libanais devait participer à ce sommet, mais il a été retenu par des engagements urgents liés à la formation du nouveau gouvernement », explique pour sa part le chef de la délégation libanaise.

    Cette présence plus que discrète est à l’image de la faible mobilisation pour la signature de l’accord de Paris parmi les pays membres de La Ligue arabe. Sur les vingt-deux pays, seuls trois – l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Maroc — ont déposé leur signature auprès de la CNUCUCC. Quatre pays ont lancé le processus de ratification au niveau national : l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et le Liban. « Nos pays sont venus à la COP22 peu préparés. Ils ont été surpris par le rythme rapide des ratifications. Au final, ils étaient frustrés de ne pas pouvoir participer à la négociation, car ils ne font pas encore partie de l’accord », observe Safa’Al-Jayoussi.

    En ordre dispersé

    À la « zone bleue » de la COP22, les pavillons des pays arabes n’avaient pas tous la même visibilité et le même positionnement. Le Maroc, pays hôte, confirmait son orientation africaine à la recherche d’opportunités d’affaires dans ce continent. La Tunisie, également présente dans le pavillon africain, s’est contentée d’une présence symbolique et d’un pavillon modeste. L’Algérie pour sa part avait choisi de ne pas avoir de pavillon, réduisant sa présence au strict minimum. Au final, c’est le pavillon du CCG qui aura été le lieu de rassemblement de ces délégations. Cet espace organisait quelques rares moments d’échanges entre les pays de la région sur leurs stratégies d’adaptation face aux changements climatiques. Très peu suivies par les délégués des pays, les présentations des programmes nationaux n’ont pas apporté une réponse régionale aux défis posés par le changement climatique.

    Tous ces facteurs mènent les pays arabes à des stratégies isolées. Comme le Maroc, l’Égypte se positionne comme un acteur-clé dans le groupe des pays africains. C’est d’ailleurs le ministre égyptien de l’environnement, Khaled Fahmy, qui en assure la présidence. Le Liban, le Maroc et la Tunisie font partie du Climate Vulnerable Forum, qui défend des positions davantage progressistes que le groupe arabe. Même les Émirats arabes unis (EAU), l’un des principaux alliés du royaume commence à s’émanciper -– légèrement — de la tutelle du grand frère saoudien. Sur le pavillon du CCG, les Émirats Arabes Unis ont choisi de faire cavalier seul, ayant choisi de disposer de leur propre pavillon. L’émirat exprimait ainsi sa forte mobilisation face aux changements climatiques. Ces réponses nationales rendent difficiles toutes coordinations régionales.

    L’endettement comme perspective

    Ces multiples positionnements n’ont pas été faciles à gérer pour des pays comme le Maroc. « Bien que le Maroc ait pris part aux COP depuis 1995, il est difficile d’identifier une stratégie autonome du pays ou une position politique claire sur le sujet. En absence de vision claire, ‘’nos ‘’ négociateurs sont perdus entre vingt groupes de négociations », explique Jawad Moustakbal, membre de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) Maroc. Ces stratégies solitaires affaiblissent la position commune, laissant le champ libre à l’Arabie saoudite. « Notre principal handicap est que le groupe arabe est présidé par un pays pétrolier et climatosceptique, tranche Al-Jayoussi. « Nous aurions espéré une déclaration commune des pays arabes, une initiative de soutien à la présidence marocaine de cette année, or nos représentants brillent par leur discrétion ».

    L’unique initiative à dimension régionale a finalement été l’œuvre de la Banque mondiale. Le vaisseau amiral des politiques néolibérales dans les pays en développement promet aux pays de la région MENA des recettes déjà mises en œuvre pour d’autres problématiques, notamment la réduction de la pauvreté. Ainsi, cette institution annonce, entre autres, qu’elle portera de 18 à 30 % la part de ses prêts en appui à l’action climatique |5|. À défaut d’une réponse régionale des gouvernements arabes, les peuples du Maghreb et du Machrek ont pour perspective de devoir s’endetter dans les décennies à venir pour financer une difficile adaptation aux changements climatiques.

    Notes

    |1| Retrouvez notre dossier complet « COP22 Des paroles aux actes ».

    |2| Pour une radioscopie complète des conséquences des changements climatiques sur la région, voir Climate Projections and Extreme Climate Indices for the Arab Region, UN Economic and Social for Western Africa (ESCWA), 2015.

    |3| Plusieurs des interviewés ont requis l’anonymat.

    |4| Wael Hmaidan, « The Wind of Change Hitting the Arab Region ? », in A Region Heating Up : Climate Change Activism in the Middle East and North Africa, Perspectives n° 9 (août 2016), fondation Heinrich Böll.

    |5| Un nouveau plan d’appui à la lutte contre le changement climatique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 15 novembre 2016.

    CADTM – 19 décembre par Salaheddine Lemaizi

    Auteur.e

    Salaheddine Lemaizi membre d’ATTAC CADTM Maroc et Comité des études et de plaidoyer du CADTM Afrique.

     

  • Sur la perspective des classes dirigeantes et de l’élite au Maroc concernant les enjeux environnementaux (CADTM)

    Cet article a été publié en version originale anglophone pour la première fois le 12 octobre 2016.

    « La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays.

    Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins »
    (Discours de Thomas Sankara du 4 avril 1986) |1|. – (1949-1987)

    « De toutes les régions encore appelées le tiers monde, la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est celle qui fait face à la crise de développement la plus sévère » |2|. – Gilbert Achar

     

    L'oued Moulouya

    Le Maroc est un modèle d’injustice climatique. Alors que ses propres émissions de gaz à effet de serre sont globalement insignifiantes – avec 1.74 tonnes métriques par habitant en 2011 comparé à 17 tonnes métriques aux Etats-Unis (voir Graphique) – le Maroc est parmi les pays les plus vulnérables dans le monde face aux impacts négatifs du changement climatique. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les ressources en eau et l’agriculture.

    Comme la plupart des pays non producteurs de pétrole de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), le Maroc est l’un des moins susceptible de s’adapter aux impacts actuels et attendus du changement climatique. Ceci est dû à un manque de démocratie au Maroc, à une corruption endémique, une pauvreté généralisée, un niveau élevé des inégalités économiques, et un faible niveau de l’éducation. Comme l’explique Gilbert Achcar : « de toutes les régions encore appelées le tiers monde, la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est celle qui fait face a la crise de développement la plus sévère » |3|.

    1

    Cet article tend à montrer comment l’État marocain n’a pas de position claire et indépendante relative aux questions environnementales globales et la crise climatique; et n’a pas réussi à développer sa propre stratégie dans le processus de négociation de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce manque d’indépendance trouve son origine dans l’histoire du colonialisme français et dans la théorie de la modernisation d’après-guerre, ainsi que dans l’alliance des classes dirigeantes marocaines avec le capital étranger.


    Est-ce que le régime marocain a une réelle perspective indépendante concernant les enjeux environnementaux dans le monde ?

    Le régime marocain ne base pas ses politiques environnementales sur sa position en tant que pays victime d’injustices climatiques. Il ne s’est pas allié à d’autres pays du Sud pour réclamer son droit à la justice environnementale, pour réclamer la reconnaissance de sa dette écologique – une dette écologique historique que les pays du Nord et leurs grandes entreprises doivent à tous les pays pauvres du Sud. Plutôt que de développer sa propre approche en collaboration avec des pays du Sud semblables, le régime marocain continue d’adopter des positions similaires à celles préconisées par les puissances mondiales telles que la France et les États-Unis.

    De plus, l’alignement du régime marocain sur les monarchies du Golfe, particulièrement l’Arabie Saoudite, est encore plus troublant en ce qui concerne la position des négociateurs marocains dans les négociations climatiques – en raison de la position très conservatrice de l’Arabie Saoudite dans ces négociations. Saïd Reem Al Mealla, co-fondateur du Mouvement Arabe de la jeunesse sur le climat, a expliqué juste avant la COP 21 à Paris :
    « La société civile arabe fait pression sur les pays arabes pour prendre une position collective plus forte lors des pourparlers de la COP21 à Paris mais c’est difficile, en particulier pour les États producteurs de pétrole. L’Arabie Saoudite est opaque et refuse de collaborer ce moment. Ils ont embauché une équipe de Relations Publiques pour gérer toute leur communications et nous trouvons qu’il est très difficile de se mettre en contact avec eux » |4|].

    Même si le Maroc a pris part à toutes les Conférences des Parties (COPs) depuis leur lancement en 1995, il est difficile d’identifier une stratégie autonome ou une position politique claire chez les négociateurs marocains. Ilest aussi difficile d’identifier les alliés du Maroc : les pays arabes ? Les pays africains ? Le Groupe des 77 |5|,  la Chine ? En raison de cette absence de vision claire, « nos » négociateurs sont perdus parmi plus de 20 groupes de pression.

    En conséquence, la participation marocaine dans ces négociations n’est pas plus que symbolique. C’est la situation décrite par un négociateur marocain, qui a préféré l’anonymat, et qui a pris part aux négociations de la COP depuis plusieurs années :
    « Le changement climatique implique un grand nombre de réunions et beaucoup de voyages… On ne peut que s’interroger sur l’utilité de telles réunions. Même lorsqu’un accord est conclu, comme à Kyoto en 1997, l’accord n’est jamais pleinement appliqué et les objectifs ne sont jamais totalement atteints » |6|.

    En outre il prétend que :
    « … ces réunions deviennent un véritable gaspillage de temps et d’énergie. D’après mon expérience, je sais que rien ne se passe avant la toute dernière minute des deux semaines de négociations. Je sais qu’il y aura des décisions décevantes, faites dans des salles cachées entre quelques délégués de pays importants et elles seront annoncées très tôt le lendemain matin »

    D’autre part, étant donné l’absence d’une vision claire et l’échec de nos représentants à participer et à agir de manière indépendante, le rôle du Maroc dans la tenue de telles conférences internationales se limite aux questions logistiques ; c’est- un organisateur de fêtes chargé de préparer le lieu de la cérémonie et le décorer, de prendre soin des invités en assurant la restauration et la musique … »

    “Le capitalisme vert marocain”

    Le fait que les classes dirigeantes du Maroc n’aient pas de perspective claire et autonome sur la crise climatique ne les empêche pas de chercher de nouvelles opportunités pour accumuler plus de profits au nom de la protection de l’environnement.

    La plupart des entreprises impliquées dans des projets de développement écologique, tant nationales qu’étrangères ont historiquement été responsables de la pollution de beaucoup d’écosystèmes locaux.
    Un exemple en est la Société Nationale d’Investissement (SNI), société de portefeuille dont le plus grand actionnaire est la famille royale. Elle se présente aujourd’hui comme un leader dans le développement durable au Maroc, particulièrement dans l’énergie éolienne. Cependant, non seulement son entreprise sucrière Consumar a été impliquée dans des désastres de pollution mais sa branche minière Managem et sa mine d’argent « Imider », localisée dans le sud du Maroc, a provoqué la contamination d’aquifères et elle est toujours en conflit avec la population locale concernant les ressources en eau |7|.
    La participation des classes dominantes dans les projets « verts » aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une continuation des opérations de vol « légitimé », dans lesquels elles ont été impliquées depuis l’indépendance officielle du Maroc. Comme l’a bien décrit Frantz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre :

    « Il arrive que la décolonisation ait lieu dans des régions qui n’ont pas été suffisamment secouées par la lutte de libération et l’on retrouve ces mêmes intellectuels débrouillards, malins, astucieux. On retrouve chez eux, intactes, les conduites  et  les  formes  de  pensée  ramassées  au  cours  de  leur  fréquentation  de  la bourgeoisie colonialiste. Enfants gâtés hier du colonialisme, aujourd’hui de l’autorité  nationale,  ils  organisent  le  pillage  des  quelques  ressources  nationales.  Impitoyables, ils se hissent par les combines ou les vols légaux: import-export, sociétés anonymes, jeux de bourse, passe-droits, sur cette misère aujourd’hui nationale. Ils  demandent  avec  insistance  la  nationalisation  des  affaires  commerciales,  c’est-à-dire  la  réservation  des  marchés  et  des  bonnes  occasions  aux  seuls  nationaux. »  |8|. Dans notre contexte local, ceci revient à la “marocanisation” du vol des ressources marocaines.

    Un discours anti-pastoral

    Les classes dirigeantes au Maroc ont hérité du discours environnemental du colonialisme français, qui dans le cadre de sa « mission civilisatrice », a présenté les méthodes de subsistance traditionnelles des indigènes comme inefficaces et nuisibles à la terre. Ce discours prétend que pour conserver la terre et les autres ressources naturelles, la foresterie traditionnelle et les méthodes d’agriculture et de pâturage sur les terres collectives devraient être remplacés par l’agriculture moderne et la propriété privée. Ce discours colonial – appelez-le anti-pastoral, proto-conservateur, moderniste – était premièrement utilisé par les français en Algérie comme une justification technocratique pour déposséder les locaux de leur terre et ressources. Comme l’explique Davis, D.K. (2006):

    « [Ce discours] était largement utilisé pour faciliter l’appropriation des terres collectives, un exemple classique de confiscation des biens communs si emblématiques dans le changement des relations sociales avec la nature entrepris pendant cette période du libéralisme classique et de la montée de l’économie mondiale. L’utilisation actuelle de ce discours néocolonialiste par la monarchie marocaine et les acteurs financiers internationaux a facilité la confiscation contemporaine des biens communs ; … l’utilisation de ce récit faisait des éleveurs marocains et des agriculteurs de subsistance comme des « hors-la-loi » … Cela a aussi été utilisé pour changer et réécrire de nombreuses lois et politiques au cours de la période coloniale. Dans ce processus, les usages traditionnels de la forêt et des terres par les Algériens ont été systématiquement criminalisés et la majorité de la population indigène a été marginalisée et appauvrie. Le même récit environnemental fut porté à la Tunisie en 1881 et au Maroc en 1912, avec les même effets.» |9|.

    Ce premier discours colonial s’est fusionné avec ce qui est connu à présent comme la Théorie de la modernisation après la Seconde guerre mondiale. Désormais au nom du développement plutôt que de la mission civilisatrice, un nouveau groupe d’institutions financières internationales, telles que la Banque mondiale et le Fond monétaire international (FMI) ainsi que l’USAID, attaquent les formes de propriété collective comme étant inefficaces et poussent plutôt vers un modèle de propriété privée, capitalistique , avec une utilisation intensive de produits chimiques. Malgré que ceci a été présenté comme le chemin vers la prospérité pour tous, il n’a entrainé qu’une hausse des inégalités.

    Comme l’explique assez bien K. Davis, ces nouveaux champions de la mondialisation capitaliste … « ont utilisé ce discours pour encourager les réformes dans la gestion des pâturages pendant 30 ans. Invoquant la thèse libérale de la « tragédie des communs » de Garrett Hardin qui prétend que toutes les terres communes seront nécessairement surexploitées et devraient donc être privatisées, l’USAID a fortement recommandée qu’au Maroc « les pâturages collectifs doivent premièrement être confisqués »… L’USAID affirme qu’il est nécessaire de clôturer les pâturages collectifs en raison de sa sévère dégradation, bien qu’il admet « qu’il n’y a pas de données fiables sur le degré de la dégradation actuelle »… Malgré ce manque déroutant de données démontrant le surpâturage et la dégradation des sols, l’USAID a conseillé le Maroc de privatiser les pâturages depuis les années 60 » |10|.

    Au cours des deux dernières décennies, un autre discours technocratique de modernisation a émergé et a tenté de se présenté comme « vert ». Aujourd’hui, dans des milieux qui prétendent être progressistes, efficaces et innovants, la gestion environnementale est invoquée pour justifier les attaques sur la propriété collective et publique.

    Malheureusement, dans le milieu universitaire marocain et dans les discussions publiques, la question de l’écologie politique est presque entièrement absente. Le fait que la publication et la recherche universitaire reste toujours faible n’aide pas à surmonter le discours dominant sur le « supposé » progrès capitaliste. « En 2009, le nombre de publications scientifiques marocaines n’a pas dépassé les 3100, loin derrière l’Afrique du Sud, l’Egypte, la Tunisie, l’Arabie Saoudite et l’Algérie » |11|.

    Sur la perspective des classes dirigeantes et de l’élite au Maroc concernant les enjeux environnementaux.


    Que dit la société civile marocaine sur les questions environnementales ?

    Si les dirigeants et les classes dominantes sont incapables de développer une perspective indépendante et alternative sur le problème du changement climatique et de la crise environnementale mondiale, alors la question qui se pose est : Y-a-t-il un autre acteur dans le pays qui peut penser à cette perspective alternative, et plus précisément, la société civile est-elle capable de le faire ? Récemment, le Maroc a assisté à l’émergence de milliers d’associations dites de la société civile focalisées sur les problèmes environnementaux. La quantité et les activités de ces associations ont augmenté à l’occasion de l’organisation par le Maroc de la COP22. Le résultat est l’expansion des associations « mercenaires » profitant du sujet de la protection environnementale pour bénéficier de subventions. Par ailleurs, l’État intervient sérieusement pour tenir les ONGs éloignées des enjeux environnementaux majeurs considérés comme politiquement sensibles, et limiter leur champs d’intervention à la simple collecte des ordures et à la plantation d’arbres, comme on le voit dans la campagne de « Boundif »  pour le nettoyage des plages |12|.

    De plus, certaines organisations environnementales  essayent de remédier à la négligence de l’Etat dans différents domaines, et à son incapacité à fournir des infrastructures de base telles qu’alimenter en eau des villages, construire des routes, ou aider les habitants à s’organiser en coopératives pour produire et distribuer des produits locaux.

    Au-delà d’une connaissance insuffisante concernant les défis environnementaux mondiaux, un certain nombre de militants considèrent le débat sur ces sujets comme un luxe intellectuel, compte tenu du niveau de pauvreté et du manque de démocratie qui existe actuellement au Maroc. Ce groupe  adopte une perspective « mécanique » qui peut être résumée de la manière suivante : nous devons militer d’abord pour établir une démocratie et réclamer des droits économiques et politiques. Quand ces conditions seront remplies, nous pourrons parler de protection de l’environnement et discuter de la crise climatique. Ceci était évident dans les manifestations du mouvement du 20 février, qui n’incluaient pas de demandes claires concernant le problème de l’environnement, à l’exception de quelques slogans liés à la répartition des richesses naturelles. (Voir photo)

    2

    Manifestation qui a eu lieu à Rabat en 2011 avec une pancarte où on peut lire ‘nous avons des phosphates et deux mers mais nous vivons une vie de misère »

     

    Un chemin plein d’espoir : Vers un modèle de développement éco-socialiste

    En 2009, j’ai participé au Forum Social Mondial (FSM) à Belém, capitale et plus grande ville de l’État de Pará dans le nord du Brésil aux portes du fleuve Amazone. Le forum de Belém était un des FSM les plus réussi grâce notamment à l’implication directe des brésiliens, avec plus de 140.000 participants, en particulier des peuples autochtones |13|]. Cette année-là, le FSM s’était principalement focalisé sur la crise environnementale mondiale, en la considérant comme un des pires aspects de la « crise systémique » et de la « crise de civilisation » auxquels le monde fait face aujourd’hui.

    J’ai été témoin et j’ai été impressionné par la façon dont les ONG sociales et environnementales tiraient leurs forces de leur peuple et essayent de développer des alternatives basées sur leurs propres histoires et traditions, sans importer des solutions toutes faites venant de l’Ouest. Inspiré par cela, je crois qu’un défi fondamental auxquels sont confrontés les militants sincères et les ONG dans la région MENA est : comment construire un véritable mouvement de justice sociale et environnementale, relié au mouvement international, mais ne reproduisant pas la même relation néocoloniale avec les puissances occidentales que nos gouvernements maintiennent toujours ?

    Le chemin pour construire un réel mouvement de justice environnementale au Maroc sera long et dur, mais il  est devenu aujourd’hui à la fois inévitable et nécessaire de le tracer.

    La première étape vers la construction d’un tel mouvement est de comprendre consciencieusement les dommages que les modèles de développement adoptés jusqu’à maintenant génèrent dans les systèmes environnementaux. Et ce, en fournissant des analyses critiques à partir d’une perspective de justice environnementale des plans économiques stratégiques qui se déroulent actuellement au Maroc ; et aussi en proposant des alternatives pratiques avec pour objectif de construire un modèle de développement progressiste, c’est-à-dire un modèle éco-socialiste.

    Le point le plus important à souligner ici, est la contradiction structurelle entre les ressources naturelles limitées du pays et les choix stratégiques adoptés par les dirigeants du Maroc. La plupart des plans mis en place, tels que le Plan Azur pour le tourisme, le Plan vert marocain pour l’agriculture et le Plan Halieutis pour la pêche, non seulement ignorent l’impact des changements climatiques sur les ressources que le Maroc possède, mais renforcent leur épuisement en encourageant leur surexploitation. Les conséquences déjà visibles et celles potentielles de ces plans sur les ressources naturelles du pays, conjuguées à l’approche économique néolibérale et aux plans d’ajustement structurel mis en place depuis plusieurs décennies, ajoutées aux impacts actuels et futurs du changement climatique, conduisent à une imminente « convergence catastrophique » |14|, et constituent une véritable menace pour la nature humaine et non-humaine du Maroc.

    Le second défi pour construire un grand mouvement de justice environnementale est de favoriser les connections et solidarités entre les véritables victimes de l’injustice environnementale locale et mondiale qui luttent chaque jour partout au Maroc pour protéger leurs droits et leurs territoires.


    Pour citer quelques exemples :

    À Ouarzazate/Imider, les communautés locales luttent depuis 2011 contre la surexploitation et la pollution de l’eau par une entreprise minière, ainsi que pour leurs droits historiques et leur souveraineté sur leurs propres ressources ;

    À Bensmim, les villageois ont mené une lutte spectaculaire qui a duré plus de 10 ans pour défendre leurs droits relatifs à l’eau contre une entreprise de mise en bouteille appartenant à une multinationale soutenue par les autorités centrales ;

    À Mohamedia, les habitants ont pris position contre un puissant lobby immobilier privé qui voulait “clôturer” et détruire leurs plages, plages déjà altérées par les industries locales, notamment par une digue construite pout les besoins d’importation de pétrole pour la raffinerie « Samir ». Nous devons nous rappeler que cette même raffinerie, la seule au Maroc privatisée dans les années 90, a été conduite vers la faillite début 2016 par ses nouveaux propriétaires privés ;

    À Saadia, une coalition d’ONG locales menée par un ingénieur agronome local a révélé l’impact catastrophique d’un mégaprojet touristique peu judicieux qui nuisait à l’écosystème côtier et excluait et marginalisait les communautés locales ;

    À Agadir/Ait Melloul, de petites ONG menées par d’anciens membres de l’association des diplômés chômeurs ont réussi à arrêter une usine très nuisible et polluante impliquée dans le recyclage d’huiles de cuisine.

    Ces luttes sont, pour moi, une source d’espoir et d’inspiration. L’espoir que nous pouvons construire un grand mouvement populaire de justice environnementale de grande envergure au Maroc. Un mouvement agissant non seulement pour une véritable protection des écosystèmes locaux mais aussi pour une souveraineté réelle et totale des citoyens et des communautés locales sur leurs ressources naturelles et pour leur droit légitime de décider des utilisations appropriées de leur eau, leurs terres, leurs forêts, leur mer et leur soleil.

    Casablanca, Octobre, 2016

    Traduit par Trommons

    Jawad Moustakbal

    Cette publication est une mise à jour d’un article publié par le magazine “Perspectives” « n°9 août 2016 » édité par la Fondation Heinrich Boll.

    http://attacmaroc.org/fr

    Notes :

    |1| Gakunzinom, D.(1988) Oser Inventer L’avenir : La parole de Sankara (1983 – 1987). Atlanta : Pathfinder Press. p. 13

    |2| Achar, G. (2013) The people want : A Radical Exploration of Arab Uprising. London : University of California Press. P.10

    |3|  Ibid, p.10

    |4| Pari, T. Here’s why Saudi Arabia is highly unpopular at Paris climate conference. [Online] Updated : December 10, 2015 4:53 pm. Available : http://indianexpress.com/article/bl… [28 May 2016

    |5| « Le Groupe des 77 est la plus grande organisation intergouvernementale des pays en développement des Nations unies qui offre aux pays du Sud les moyens d’articuler et de promouvoir leurs intérêts économiques collectifs et de renforcer leur capacité de négociation commune sur toutes les grandes questions économiques internationales au sein de l’ONU et de promouvoir la coopération Sud-Sud pour le développement. » Pour plus de détails, visitez : http://www.g77.org

    |6| Cette déclaration a été rédigée par le négociateur dans une présentation textuelle de son expérience personnelle dans ces négociations en faveur des étudiants d’une université américaine en 2014.

    |7| Bouhmouh, N & Bailey, K.D. A Moroccan village’s long fight for water rights For four years, residents of Imider have held a sit-in against a mine they say is ruining their livelihoods. [Online]. Available : http://www.aljazeera.com/news/2015/… [28 May 2016

    |8| Fanon, F. (2004) ‘On violence’. In : The wretched of the earth. New York : Grove Press. P. 47

    |9| Davis, D.K. (2006). Neoliberalism, environmentalism, and agricultural restructuring in Morocco. The Geographical Journal, 172(2), p.93.

    |10| Ibid, p.94.

    |11| Hicham, H. Recherche scientifique : des cerveaux mais des moyens dérisoires. Lavieco newspaper [online]. Available : http://lavieeco.com/news/societe/re… [28 May 2016

    |12| Une campagne organisée chaque année par la « Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement » présidée par la princesse royale. Voir : http://www.fm6e.org

    |13| Conway, J. Belém 2009 : Indigenizing the Global at the World Social Forum [Online]. Available : http://www.openspaceforum.net/twiki… [28 May 2016

    |14| Parenti, C. (2012) Tropic of Chaos : Climate Change and the New Geography of Violence. New York : Nation Books, p.7.

  • Maroc, acquittement pour les deux inculpé.e du procès microcrédit à Ouarzazate (CADTM)

    Photos Souad Guennoun

    Depuis 2011, les femmes de la région de Ouarzazate mènent une longue lutte contre les organismes de microcrédit. Lutte inégale contre des organismes de microcrédit au-dessus des lois, défendus, soutenus par la Finance et la « société civile ». Par leur résistance, les femmes ont démontré que le système du microcrédit, censé lutter contre la pauvreté, enfonce encore plus les familles et surtout les femmes dans la spirale infernale de l’endettement, la misère, la criminalisation…

    Dans cette région du sud du Maroc, où les hommes émigrent pour travailler et subvenir aux besoins de leur famille, pendant que les femmes travaillent la terre, cultivent, font les tapis…
    La région de Ouarzazate a vécu autour du tourisme et du studio de cinéma, or avec la crise économique, les hôtels ferment, licenciements et chômage accompagnent les plans d’ajustement structurel et la destruction des secteurs sociaux de base. Ouarzazate est pleine de pauvres et de femmes… et les organismes de microcrédit se sont précipités pour endetter la population. La majorité des victimes sont des femmes. Elles ont commencé à se rassembler, parler et ont pris conscience que ces organismes de microcrédit les ont entraînées dans la spirale de la dépendance par l’endettement.

    Les femmes ont mené une longue lutte contre les rebondissements et retombées des nombreux procès judiciaires menés contre l’association de défense des victimes du microcrédit.

    Attac CADTM Maroc a soutenu ce mouvement et organisé plusieurs caravanes de solidarité nationales et appelé à une large solidarité, nationale et internationale contre la criminalisation de la lutte des victimes des microcrédits.

    En avril 2014 , la Caravane internationale de solidarité a parcouru la région de Ouarzazate en soutien au mouvement des femmes et à l’association.

    Après de nombreux procès, les deux représentants de leur mouvement, Amina Morad et Nasser Ismaïni, ont été acquittés en novembre 2016.

    Par leur lutte, les femmes de la région de Ouarzazate ont démontré comment, avec les organismes de microcrédit, la finance dépossède les pauvres pour s’enrichir de leur pauvreté.

    Et la lutte continue…

    4 décembre par Souad Guennoun

    Auteur.e

    Souad Guennoun

    Architecte et photographe renommée, vit à Casablanca. Elle témoigne depuis plusieurs années des crises sociales du Maroc d’aujourd’hui : émigration clandestine, enfants des rues, situation des femmes, luttes ouvrières, etc. Elle filme les luttes menées contre la concentration des richesses, les restructurations d’entreprises provoquées par le néo libéralisme, les choix du régime monarchique visant à soumettre la population aux exigences de la mondialisation financière. Elle est membre d’ATTAC-CADTM Maroc.

    http://www.cadtm.org/Acquittement-pour-les-deux-inculpe