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Syrie

  • Syrie : « Le meilleur cadeau que l’on peut faire aux djihadistes serait de maintenir Bachar al-Assad aux commandes » (Basta)

    Une jeune activiste syrienne à Alep fin 2012 / CC Freedom House

    Alors qu’elle semblait plutôt bienveillante avec la dictature syrienne, l’administration Trump a bombardé, dans la nuit du 6 au 7 avril, une base militaire du régime.

    Comment expliquer un tel revirement, et quelles en sont les conséquences ? Si Bachar al-Assad venait à tomber, l’Europe serait-elle plus exposée au terrorisme ? L’opposition syrienne n’est-elle, comme on l’entend parfois, plus composée que de groupes djihadistes ? La tendance révolutionnaire et démocratique est-elle encore en capacité de se relever malgré un conflit qui a provoqué six millions d’exilés, sept millions de déplacés internes, 500 000 morts et 200 000 disparus ? Pour répondre à ces questions, qui touchent autant à l’avenir de la Syrie qu’à celui des sociétés européennes, Basta ! s’est entretenu avec le politologue franco-libanais Ziad Majed, spécialiste du Proche-Orient.

    Basta ! : Comment expliquer le revirement soudain de l’administration Trump, qui a récemment bombardé une base militaire du régime syrien, alors qu’elle semblait, à peine quelques jours plus tôt, beaucoup plus accommodante avec celui-ci ?

    Ziad Majed [1] : Il y a plusieurs éléments d’explication. D’abord, l’administration Trump n’a pas de vision claire sur la question. Une tendance, en son sein, prône un désengagement en Syrie et au Moyen-Orient, en conservant une priorité : la lutte contre Daech. Cela fait du maintien ou non de Bachar al-Assad une question secondaire. Une autre tendance est caractérisée par son hostilité envers l’Iran. Celle-ci ne peut s’exprimer en Irak, où les États-unis sont alliés à Téhéran par l’intermédiaire du gouvernement de Bagdad, et des combats contre l’État islamique. Elle peut cependant s’exprimer en Syrie, où l’expansion des Iraniens, dont les groupes armés sont omniprésents, énerve les américains. Une volonté d’endiguer cette situation expliquerait leur changement d’attitude vis-à-vis d’Assad.

     

     

     

     

     

     

     

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    Ensuite, Donald Trump affiche une volonté de se démarquer de son prédécesseur. Obama, sur les questions internationales, a installé une tradition moins interventionniste, privilégiant la diplomatie sur l’usage de la force. Trump a promis une politique isolationniste, mais il semble vouloir aussi réaffirmer la suprématie américaine sur la scène mondiale, sa capacité à être ferme devant un défi majeur. De ce point de vue, l’usage des armes chimiques par Assad s’est présenté comme une opportunité. Bien que s’étant rapproché de la Russie, Trump veut montrer qu’Assad ne peut le provoquer de la sorte. Sa riposte, même limitée, vise à repositionner les États-unis comme l’un des maîtres du jeu, à démontrer que son administration ne peut être tenue totalement à l’écart de la question syrienne.

    Cette démonstration de force viserait donc aussi à regagner quelques marges de manœuvre sur le plan diplomatique ? Mais que peut-il en sortir ?

    La question est de savoir ce que sera la position américaine et occidentale vis-à-vis d’Assad après cette frappe. Sera-t-il inclus dans une transition politique préparant l’avenir de la Syrie ? Si malgré la frappe américaine, les ambiguïtés persistent, à travers une position du type « soit Assad, soit les djihadistes », alors Assad a de beaux jours devant lui. C’est une invitation à l’impunité, car si l’on présente les choses de cette manière, bien entendu aucune capitale ne choisira les djihadistes ! Ce type de discours relève de l’ignorance, et d’un mépris du peuple syrien. Si on en termine avec ces ambiguïtés, s’il y a une volonté de mettre Assad hors jeu, alors la situation pourra peut-être évoluer dans le bon sens.

    Je pense que l’attaque chimique, comme en 2013, visait à tester la nouvelle administration américaine. Il est impossible qu’Assad ait agi sans l’aval des Russes et des Iraniens ; ce serait pour lui un risque énorme. Désormais, la réaction américaine est identifiée. Depuis, les Russes et l’armée du régime intensifient leurs frappes sur les mêmes zones, sans armes chimiques mais avec des bombes incendiaires. Ils veulent montrer leur détermination. Les États-unis ne riposteront probablement pas sur le plan militaire, mais qu’en sera-t-il sur le plan politique ? Tout cela va se préciser dans les semaines à venir. Nous saurons si le changement de ton vis-à-vis d’Assad était temporaire, ou bien s’il se confirme.

    Une action contre les capacités militaires du régime avait été demandée très tôt par les révolutionnaires syriens, dès l’année 2011...

    Ce que demandaient les révolutionnaires à leurs soutiens occidentaux, lorsqu’ils sont passés à la lutte armée, c’était de leur fournir des missiles anti-aériens pour lutter contre l’aviation du régime. L’administration Obama a refusé de leur fournir ces armes, et a fait pression sur d’autres États pour qu’ils suivent cette ligne. En 2012, lorsque le régime a commencé à utiliser l’aviation, ainsi que des missiles balistiques Scud, c’était pourtant le moment d’agir : Daech n’existait pas, et le Front al-Nosra, alors affilié à Al-Qaïda [2], était encore une fraction assez marginale. Il y avait en revanche l’Armée syrienne libre, ainsi que des mouvements islamistes syriens non-djihadistes, que la plupart des acteurs régionaux et occidentaux connaissaient bien.

    Mais la priorité américaine était la négociation sur le nucléaire iranien, et un désengagement militaire, faisant suite à leur retrait d’Irak et d’Afghanistan. Ce qui a encouragé le régime et ses alliés à être plus fermes encore. La rébellion n’a demandé un bombardement des aéroports militaires et des bases d’artillerie du régime qu’en août 2013, au moment du massacre chimique de la Ghouta, dans la périphérie de Damas. Mais Obama a fait machine arrière. C’est alors qu’est intervenu le deal pervers qui a permis à Bachar al-Assad d’échapper à toute sanction, en échange d’une restitution de son stock de gaz sarin. Rappelons qu’il niait déjà farouchement toute possession d’armes chimiques. Avant d’en restituer près de 1400 tonnes. Ce n’était probablement pas la totalité du stock. Et les bombardements classiques ont continué, puis les bombardements utilisant les barils explosifs et le chlore, causant plus de 100 000 morts civils.

    Quand on voit, sur le temps long du conflit, la réticence des États-unis et de l’Europe à soutenir réellement l’opposition, on semble bien loin de la thèse d’une guerre qui serait au service de l’« impérialisme occidental », ou pilotée de l’extérieur pour s’approprier les ressources du pays, comme on l’entend parfois...

    Malheureusement sur le Moyen-orient, les théories du complot sont toujours florissantes. Cela s’explique par un contexte particulier : des ressources importantes, notamment pétrolières et gazières, la position stratégique de la région, ou encore le conflit israélo-arabe, qui a nourri un sentiment de deux poids deux mesures. Ensuite, par des expériences récentes : la fabrication américaine de fausses preuves pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003, et l’intervention en Libye, où la résolution 1973 des Nations-unies destinée à protéger les populations a été utilisée pour précipiter la chute du régime. La conséquence est qu’en occident, dans certains milieux à gauche, un discours officiel hostile à l’un des régimes arabes est immédiatement taxé d’« impérialisme », et de volonté « interventionniste » cachée derrière la question des Droits de l’homme.

    Les sociétés arabes et leurs populations sont absentes des analyses de la majorité des « experts » occidentaux. On ne connaît pas la société syrienne et les rapports de classes qui la traversent. On ne lit pas ses intellectuels, leurs récits des expériences carcérales, leurs projets de réformes, leurs relations avec le régime, la peur. On parle géostratégie, frontières, pétrole, pipelines… Mais la Syrie n’est pas le bon endroit pour les obsessions pétrolières et gazières ! Il y a du pétrole et du gaz, oui, mais pas en quantité importante. Il s’agit surtout d’une révolution dont il faut comprendre les causes profondes, de la lutte d’un peuple pour sa liberté, qui s’est transformée en lutte armée puis en guerre totale. La base du problème est là. Dans les discours politiques dominants, en France par exemple, on ne voit plus que les rivalités entre les grandes puissances, le conflit entre sunnites et chiites… Certains ne peuvent s’imaginer qu’une société à majorité musulmane puisse lutter pour la dignité et pour sa liberté. Non, pour eux, ce sont sans doute des télécommandes qui ont fait descendre des millions de personnes dans la rue !

    Mais la Syrie n’est-elle pas bel et bien devenue le champ de bataille d’un grand nombre de puissances étrangères, régionales et mondiales ?

    C’est vrai, mais il faut mettre les choses en perspective. On dénonce la récente intervention militaire américaine contre une base aérienne du régime. Mais il y a déjà eu près de 8000 raids américains contre Daech, ayant causé des centaines de morts civils, et personne ne les a dénoncés. Côté russe, plus de 10 000 raids, pour plus de 4500 morts civils et des milliers de morts parmi les combattants de l’opposition – et non de Daech. Pourtant, nous n’avons pas entendu parler d’« intervention », alors même qu’une partie d’Alep et de ses habitants ont été rayés de la carte. De même, la Syrie est occupée par 30 à 40 000 miliciens chiites libanais, irakiens, afghans, pakistanais… mobilisés par l’Iran et venus aider le régime. On ne les évoque pas ! Ne s’agit-il pas également d’une grave ingérence extérieure ?

    Je me demande quels êtres humains sont capables de manifester contre une frappe visant un aéroport militaire, tuant des militaires syriens et détruisant des appareils qui attaquaient des civils, sans jamais protester contre le massacre de 200 000 civils par le régime et ses alliés. Je me demande comment on peut rester silencieux face aux massacres quotidiens qui durent depuis six ans, puis dénoncer une « guerre impérialiste », parce qu’il y a eu 59 missiles tirés sur une base militaire du régime. Aucun civil tué, aucune destruction aux alentours, juste une base militaire, qui semait la mort et la terreur, qui massacrait des enfants. Pour moi, c’est le comble.

    On pourrait effectivement souligner que les avions de la base d’Al-Chaayrate, celle qui a été bombardée par les États-unis, ne décollaient pas pour aller frapper Daech…

    L’État islamique n’a aucune présence dans cette région. Cette idée selon laquelle le régime syrien combattrait Daech, c’est une grande illusion ! Cela n’arrive que de manière exceptionnelle, et dans une logique d’expansion territoriale souvent imposée par Daech – comme à Palmyre ou autour de l’aéroport de Deir Ezzour. Je ne dis pas non plus que Daech et le régime sont alliés ; ça, c’est une autre théorie du complot. Mais le régime n’a pas intérêt à éliminer Daech, qui lui est utile pour justifier son maintien au pouvoir.

    Ce sont surtout les combattants de l’opposition – dans la campagne d’Alep, à Qalamoun et dans le sud –, ceux des milices kurdes – au nord – et les américains qui frappent Daech. D’après l’Institute of war, plus de 86% des frappes russes ont visé l’opposition et des civils, et seulement 14% des zones contrôlées par Daech. Quant aux forces du régime, entre avril 2013, naissance de Daech, et septembre 2014, quand les américains ont commencé leurs bombardements, elles n’ont jamais attaqué directement l’État islamique.

    Au delà de l’État islamique, certains estiment que l’opposition syrienne ne serait, de toutes manières, plus composée que de groupes djihadistes. Partagez-vous cette affirmation ?

    Pour certains effectivement, il n’y aurait plus qu’Assad et des djihadistes. Qu’ils soient le fait de l’ignorance ou d’une volonté de manipulation, ces discours font le jeu d’Assad ; ils facilitent son maintien au pouvoir. Il y a en fait, aujourd’hui, trois composantes essentielles dans l’opposition. La première est l’Armée syrienne libre, qui est le prolongement direct de la révolution. Malgré son affaiblissement, malgré le fait qu’elle n’a pas reçu un grand soutien de la part des alliés de l’opposition, elle existe toujours sur plusieurs fronts, et domine la région de Deraa, au sud, de même que plusieurs poches dans le centre du pays.

    La deuxième composante, ce sont les groupes islamistes syriens, mais qui ne sont pas des groupes djihadistes. Ils sont proches des Frères musulmans, ou de courants de l’islam salafiste, par exemple. Ils considèrent l’islam comme une source de gouvernance et de législation, mais leur combat est limité à la Syrie, et leur priorité est de combattre le régime. Ils sont parfois puissants, ont été soutenus par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar. Mais, comme leur équivalent Palestinien, le Hamas, leur lutte armée est territorialisée, sans volonté de djihad international. Tous les syriens de l’opposition ne sont pas d’accord avec eux, mais ils sont, dans certains cas, acceptés par une partie de la population.

    Restent Daech et le Front al-Nosra, souvent considéré comme la branche locale d’Al-Qaïda...

    Effectivement. La troisième composante de l’opposition est le Front al-Nosra, qui appartient à la mouvance djihadiste. Ce groupe a changé de nom et s’appelle désormais Fatah al-Cham, depuis qu’il s’est, officiellement, séparé d’al-Qaïda. Al-Nosra combat le régime, Daech, et parfois les autres groupes de l’opposition. Quant à Daech, incarnation du djihadisme en Irak comme en Syrie, il n’a jamais fait partie de l’opposition. Il combat cette dernière beaucoup plus qu’il ne combat le régime.

    Il y a donc une diversité importante d’acteurs. Les djihadistes sont forts, mais ils ne sont pas la seule force, ni celle qui impose ses choix et ses priorités à l’opposition. Et si on a peur de la montée des djihadistes, et même des islamistes, pourquoi on ne soutient pas davantage l’Armée syrienne libre ? Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire aux djihadistes et aux islamistes radicaux, pour les aider à recruter en Syrie, serait de maintenir Bachar al-Assad aux commandes du pays.

    Le départ de Bachar al-Assad ne ferait-il courir un risque supplémentaire aux pays européens, en permettant aux djihadistes d’occuper l’espace laissé vacant ?

    C’est exactement le contraire. Certes, le départ de Bachar al-Assad ne mettrait pas immédiatement fin au conflit. Certaines forces, telles Daech, tenteraient de nuire au processus politique. Mais ce serait le début de la fin d’un conflit des plus meurtriers. Six millions d’exilés, sept millions de déplacés internes, 500 000 morts, 200 000 disparus… Il n’y a pas pire que le chaos actuel ! Avec du temps, et une volonté internationale de soutenir la transition, toute alternative mettant fin aux bombardements sera préférable à cette catastrophe. Si quelqu’un se pose encore la question, c’est qu’il ne comprend pas bien ce qu’il se passe. Cela revient à dire aux Syriens : « Vous avez subi tous ces crimes, tous ces morts, mais vous allez garder le dictateur qui vous a massacrés, ça va aller... » C’est impossible. Par ailleurs, sans les occupations russe et iranienne, le régime ne pourrait tenir. Et nous savons ce que les occupations militaires donnent au Moyen-orient. Donc avec Assad, aucune solution n’est « réaliste ».

    Sans compter les conséquences extrêmement dangereuses du message qui serait envoyé aux syriens, ainsi exclus du droit international. Plus Assad reste, plus Daech, al-Nosra et d’autres pourront recruter, grâce à la frustration, la colère, l’injustice. Bien-sûr si Assad part, tous les problèmes ne seront pas réglés. Il y a eu six ans de conflit. Avant cela, 41 ans d’une dictature barbare. Sous le père de Bachar al-Assad, Hafez, il y a eu 20 000 civils tués à Hama en février 1982, et 17 000 disparus à travers ses trente ans de présidence. Il y a eu un état d’urgence permanent, une extermination de la vie politique. Aucun parti ne pouvait se créer, penser des alternatives. Il y a eu une invasion militaire du Liban, des guerres régionales, des milliers d’exilés et de réfugiés politiques. Pour en finir, il faut que les responsables de ce régime partent. La justice est la seule solution contre le nihilisme guerrier, contre la radicalisation.

    Au milieu de cette myriade d’acteurs, est-ce que la révolution syrienne, aujourd’hui, existe encore ? Si Assad partait, la société syrienne aurait-elle la capacité de reprendre son destin en main ?

    La révolution s’est métamorphosée. Elle est prise au piège d’un conflit armé, nourri par les interventions extérieures depuis 2012. Cela ne veut pas dire que certaines formes de lutte armée ne font pas partie du processus révolutionnaire. Mais ce dernier s’est trouvé piégé dans une guerre qui le dépasse, tout comme elle dépasse le régime, d’ailleurs. Celui-ci n’a plus d’indépendance vis-à-vis de ses soutiens. Mais la volonté révolutionnaire syrienne est toujours vivante : à travers les comités locaux, à travers toutes les initiatives de la société civile née sous les bombardements, autour de l’entraide et de la solidarité. Les médecins, les infirmiers, la défense civile – les fameux casques blancs –, les organisations de femmes, avec un nombre très important de veuves et d’orphelins qui sont pris en charge par des associations. Tous ceux qui travaillent avec les réfugiés et les déplacés.

    Cette volonté perdure aussi à travers les récits des artistes et des intellectuels. L’expression artistique s’est développée de manière phénoménale à partir de 2011, avec une incroyable libération de la parole, une destitution de la peur, des tabous, de l’auto-censure ; avec aussi une volonté de créer une mémoire syrienne, de refuser le silence qui a longtemps régné. La société civile syrienne est incroyablement résistante et résiliente. Elle est au cœur de la révolution, de sa permanence. C’est pourquoi elle est sans cesse visée, bombardée.

    Il faut évoquer l’avenir des exilés… Pourront-ils jouer un rôle dans l’avenir du pays ? Et si oui, sous quelles conditions ?

    Parmi les six millions d’exilés, dont cinq millions qui sont encore dans les pays voisins, il y a beaucoup d’activistes de la révolution syrienne, de membres des comités de coordination qui organisaient les manifestations et les sit-in, qui filmaient les événements. Des milliers de leurs camarades ont perdu la vie ou croupissent encore dans les prisons du régime. Il est important que ceux qui en ont réchappé puissent revenir un jour en Syrie. Mais tant qu’Assad sera au pouvoir, ces gens, comme la grande majorité des réfugiés, ne rentreront pas.

    Pour qu’ils rentrent, il faudra aussi un processus de reconstruction, avec une aide internationale. La Russie demande à l’Europe de financer ! Mais financer, avec Assad au pouvoir, reviendrait à consolider son régime et à lui offrir une nouvelle vie ! Il faut une transition dans la justice, excluant ceux qui, dans les renseignements, l’armée, les prisons, sont coupables de crimes. Mais il ne faut pas reproduire l’erreur irakienne, en purgeant la totalité des responsables du régime. Il faut des réformes, mais l’appareil étatique doit être préservé : l’électricité, l’eau, les infrastructures... Un système décentralisé est également nécessaire, pour donner leur place aux différentes composantes de la société syrienne : les courants politiques, les régions, les communautés, la population kurde. Mais encore une fois, la condition préalable est le départ d’Assad et de son clan.

     Thomas Clerget

    https://www.bastamag.net/

     

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    Le conflit syrien pour les nuls : « Journalistes et universitaires, connaisseurs du pays, nous souhaitons dépasser un récit médiatique parfois trompeur. Nous vous proposons ici de décrypter le conflit, ses causes, ses étapes et ses protagonistes. Bref, d’apporter des réponses claires à des interrogations légitimes. »

     

    Notes:

    [1Ziad Majed est un politologue franco-libanais, professeur d’Études du Moyen-Orient à l’Université Américaine de Paris, spécialiste des sociétés civiles et des mouvements démocratiques du Liban et des pays voisins.

    [2Le Front al-Nosra a depuis déclaré son autonomie vis-à-vis de l’organisation terroriste internationale. Le groupe a également changé de nom, pour se faire appeler front Fatah al-Sham (ndlr).

     

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  • Moyen-Orient. «Du point de vue de l’intérêt du peuple syrien, la priorité est de mettre un terme à cette guerre» (Al'Encontre.ch)

    Entretien avec Gilbert Achcar

    Il semble que personne en Occident n’a le loisir de détourner le regard de ce qui se passe au Moyen-Orient. Il y a eu, ces dernières semaines, les attentats à Londres et il y a quelques jours à Stockholm. Il apparaît pourtant que les Occidentaux ne parviennent pas à comprendre véritablement ce qui se passe au Moyen-Orient. Comment expliquer cela?

    On ne peut blâmer les gens en général car ce qu’ils savent provient des médias. Il va de la responsabilité des forces progressistes de fournir les informations et les explications que les médias dominants ne procurent pas. Le manque d’information est général. Les gens ne comprennent pas ce qui se passe ou reçoivent un aperçu déformé. Ils ne réalisent généralement pas le rôle que jouent leurs Etats dans le développement de la situation, leur contribution à ce qui se passe.

    Un ensemble de conditions favorise la montée du terrorisme et le profil des personnes impliquées dans les attentats est très différent d’un cas à l’autre. L’attentat de Stockholm a été réalisé par un Ouzbek et c’est un acte plutôt d’un caractère plutôt exceptionnel. Des pays comme la France ou le Royaume-Uni sont, cependant, impliqués dans des guerres en Irak, en Syrie, au Yémen et au Mali. Ces pays, qui ont une longue histoire de violence coloniale, ont été systématiquement sous attaque. Pour ce qui a trait aux Etats-Unis, s’ils n’étaient protégés par le fait d’être situés au-delà des océans ainsi qu’une surveillance de type «big brother»,  ils seraient constamment sous attaque.

    Les motivations qui sous-tendent le terrorisme sont diverses. Un grand nombre de ceux qui ont été attirés par l’Etat islamique étaient des citoyens français ou britanniques d’origine immigrée. Cela indique une combinaison entre des conditions sociales et politiques qui favorisent la montée de cette «radicalisation». La plupart des gouvernements n’ont pas d’autre réponse que la répression et la guerre. Songez à l’état d’urgence en France ou en Egypte. Ce dernier exemple est adéquat en ce qu’il montre comment la violence nourrit la violence. Les Chrétiens ont été transformés en boucs émissaires dans des conditions violentes créées à l’origine par l’instauration brutale du régime lors du coup de 2013. De nouvelles restrictions des libertés et un accroissement de la violence constituent la seule réponse de ces régimes.

    En effet, si l’on se réfère aux émeutes des banlieues de 2005 en France, on remarque qu’elles n’avaient rien de religieux. Si l’on observe toutefois le profil de ceux qui ont rejoint l’Etat islamique, nombre d’entre eux ont trouvé une conviction dans leur action dans les émeutes d’alors. C’est une constante, pour ces personnes, que l’absence d’autres perspectives sociales ou politiques…

    Les prisons sont devenues un centre important de recrutement pour la violence djihadiste. Il n’y a aucun mouvement progressiste capable de représenter ces catégories de personnes comme c’était le cas dans le passé avec les grands partis de la classe laborieuse qui organisaient, au moins partiellement, les migrants. Une partie de la colère qui aurait pu être canalisée vers ces organisations se dirige aujourd’hui dans la violence djihadiste.

    Cette absence d’alternatives progressistes est aggravée par la montée du racisme et de l’islamophobie depuis le 11 septembre 2001. L’Etat islamique joue sur ces aspects en projetant une image hollywoodienne de lui-même en tant que contre-violence, ce qui attire des jeunes désireux d’échapper à leurs conditions sociales difficiles et à leur existence vers une expérience intense de «héros» de leur cause.

    Prenons par exemple la Tunisie. Il s’agit, proportionnellement, du pays d’origine du plus grand nombre de jeunes qui sont allés combattre avec l’Etat islamique. Comment cela s’explique-t-il? La Tunisie était un pays relativement laïc ayant peu de tradition de fondamentalisme islamique violent jusqu’à récemment. On ne peut séparer cela du fait qu’il y a en Tunisie un chômage des jeunes massif, des conditions sociales qui se détériorent ainsi qu’une énorme frustration parmi les jeunes qui ont participé à la «révolution» qui s’est achevée par un retour du personnel de l’ancien régime ainsi que d’un président âgé de 90 ans.

    Ce type de frustration produit toujours une couche de gens dans les marges qui cherchent à exprimer leur colère en recourant au terrorisme. Une chose semblable s’est passée en Europe dans le sillage de la radicalisation de la jeunesse à la fin des années 1960-début 1970. En Allemagne, suite à l’échec du mouvement de Rudi Dutschke [le SDS : Sozialistischer Deutscher Studentenbund, très actif dans le mouvement contre la guerre des Etats menée au Vietnam], la Fraction armée rouge est apparue. Des choses similaires se sont déroulées en Italie avec les Brigades rouges, ainsi qu’en France, plus marginalement. Une fraction d’une génération a participé à des luttes avec de grandes espérances et elle a échoué car elle n’a pas eu la capacité de conduire à un changement. La frustration qui en est résultée a créé au sein d’une frange les conditions d’une spirale de la violence. Il en est allé de même avec le printemps arabe. Parce que la gauche a échoué en large mesure et qu’elle est restée dans l’ensemble faible, le fondamentalisme islamique a pris sa place en canalisant une partie de la frustration sociale et politique.

    Nous vivons dans une nouvelle période historique. L’ancienne gauche du XXsiècle a échoué et le besoin de renouveau se fait sentir. Un potentiel immense existe au sein de la nouvelle génération, ainsi que l’ont démontré la campagne Bernie Sanders et l’élan autour de Jeremy Corbyn. Nous assistons, bien sûr, à une bipolarisation entre l’extrême-droite et la gauche radicale. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un mouvement progressiste qui ne soit pas une répétition de la gauche du XXsiècle, mais une chose véritablement différente: une gauche du XXIsiècle qui tiendrait compte de l’échec de la gauche du siècle passé. Un certain nombre de groupes et d’individus travaillent dans cette direction, mais les manques sous cet angle sont encore très importants. C’est une question clé pour le XXIsiècle face à la montée de l’extrême droite de gens comme Donald Trump et Marine Le Pen.

    Si l’on se tourne vers la Syrie, quelles sont les possibilités de paix? Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a lancé un appel à la transformation de la guerre par procuration en Syrie en une paix par procuration [proxy war/proxy peace]. Est-ce que l’on va dans cette direction? Comment pensez-vous que la paix puisse être garantie dans la région?

    Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une paix en Syrie sans soutien international. De même que cette guerre est prolongée par l’engagement des diverses forces internationales, la paix doit être appliquée grâce à un engagement international. Cela comprend non seulement des négociations de paix, auxquelles une participation internationale est indispensable car tous ceux qui contribuent à cette guerre doivent faire de son arrêt, mais aussi par des troupes internationales de maintien de la paix. Je ne peux imaginer une paix en Syrie sans déploiement de troupes de maintien de la paix.

    Vous avez déclaré qu’il ne peut y avoir de paix en Syrie alors qu’Assad est au pouvoir…

    La présence d’Assad au gouvernement aura pour effet que les tensions resteront élevées. Son retrait de la présidence est donc une condition pour mettre un terme au conflit. Il pourrait s’achever alors qu’il reste à son poste au cours d’une période de transition, mais son départ est une condition indispensable à une paix durable. Tandis que les gouvernements occidentaux prétendent que c’est l’Etat islamique qui est la priorité en Syrie, je considère que la priorité est de mettre un terme à cette guerre sanglante.

    La seule intervention significative des Etats-Unis dans la guerre en Syrie, au-delà du bombardement de l’Etat islamique, s’est faite aux côtés des YPG kurdes [Unités de protection du peuple, liées au parti PYD]. Les seules troupes américaines sur le terrain aident les YPG: les Etats-Unis soutiennent les forces kurdes car ils estiment qu’elles sont les seules efficaces dans le combat contre l’Etat islamique, et qu’il s’agit en outre d’une force laïque dans laquelle sont impliquées des combattantes, ce qui est bien reçu par le public des Etats-Unis. Ceci dit, le soutien aux YPG dans leur combat contre l’Etat islamique est une bonne chose, qu’il provienne des Etats-Unis ou de quiconque. Certains à gauche considèrent que l’on doit s’opposer à une intervention des Etats-Unis, où qu’elle ait lieu. Le fait, toutefois, reste que sans soutien des Etats-Unis, Kobané serait tombé et les Kurdes auraient traversé un désastre. Ceci indique la complexité de la situation, qui n’est pas celle où il y aurait une séparation claire entre les «bons» et les «méchants». Si l’on est quelqu’un de véritablement progressiste, soutenant de véritables valeurs de gauche et affichant comme priorité l’émancipation démocratique des gens, on doit déterminer une position sur cette base – et non par une opposition viscérale envers tout ce que font les Etats-Unis, les Etats-Unis et ses alliés exclusivement, tout en ignorant ce que fait la Russie et ses alliés.

    Du point de vue de l’intérêt du peuple syrien, la priorité est de mettre un terme à cette guerre. Cet objectif supplante tous les autres, y compris le retrait d’Assad. Le but est de créer en Syrie les conditions d’une reprise d’un processus politique ainsi que celles qui permettent le retour de millions de réfugié·e·s. Parmi ces derniers se trouvent les plus progressistes, dont un grand nombre, si ce n’est la plupart, ont quitté la Syrie vers la Turquie, le Liban, l’Europe ou ailleurs car ils ne pouvaient rester libres et en vie sous le régime ou face aux groupes armés fondamentalistes islamiques. En ce sens, il était juste qu’ils partent. J’espère que les conditions permettant le retour de ces personnes en Syrie seront rapidement créées et que le processus politique puisse reprendre. C’est pourquoi des troupes internationales sont nécessaires. Des gens comme vous et moi ne se sentiraient pas en sécurité sans la présence de troupes de maintien de la paix vous protégeant autant du régime que de ses ennemis fondamentalistes.

    Qu’avez-vous à dire au sujet de l’opposition armée, ceux qui l’on nomme parfois les «rebelles modérés» ou l’Armée syrienne libre?

    L’Armée syrienne libre n’existe plus vraiment, bien qu’il y ait toujours des groupes qui y fassent référence. L’opposition armée est désormais dominée par des groupes qui recouvrent le spectre du fondamentalisme islamique, allant d’une modération relative aux djihadistes et salafistes et culminant avec Al-Nosra et l’Etat islamique. Cette situation de l’opposition en Syrie est le résultat de la carte blanche offerte par Washington à la Turquie et aux monarchies du Golfe dans la gestion de l’opposition. Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour créer ce type d’opposition syrienne au moyen de la distribution de leurs financements, armes et autres équipements.

    La position envers l’Etat islamique a été ambiguë autant de la part du gouvernement turc que celui de Syrie. Le régime syrien a construit des rapports avec l’ancêtre irakien de l’Etat islamique et les a maintenus longtemps avec le prétendu califat. Le gouvernement turc, de son côté, a longtemps fermé les yeux devant les mouvements de l’Etat islamique le long de ses frontières et soutenu activement Al-Nosra. L’ennemi principal du régime syrien est l’opposition dominante, et pas l’Etat islamique. De même, le principal ennemi du gouvernement turc est le PYD/YPG et la principale raison pour laquelle les troupes turques sont entrées en Syrie l’automne dernier consistait à combattre le mouvement kurde, pas l’Etat islamique. Bien sûr, les Etats-Unis portent la responsabilité principale devant la montée de l’Etat islamique pour en avoir créé les conditions avec son invasion de l’Irak.

    Et le gouvernement syrien a en quelque sorte favorisé les fondamentalistes islamiques comme son pendant…

    C’est ce que je nomme les «ennemis préférés» du régime. Au début, Assad a libéré de prison de nombreux djihadistes. L’un d’entre eux a fondé l’Armée de l’Islam. Un de ses proches dirige désormais l’opposition syrienne aux négociations d’Astana [capitale du Kazakhstan] sponsorisées par la Russie. Les exemples de ce type abondent: des djihadistes relâchés par Assad qui deviennent des figures clés de l’opposition armée fondamentaliste islamique. Cela permet au régime d’effrayer les minorités religieuses ainsi qu’une partie des Arabes sunnites de Syrie en affirmant que l’opposition est principalement composée de djihadistes, d’Al-Qaida, etc. Il s’agit effectivement des ennemis préférés du régime de la même façon que ce sont les amis préférés des monarchies du Golfe ou d’Erdogan qui préfèrent traiter avec de tels groupes qu’avec des forces progressistes.

    Qu’en est-il de l’opposition officielle, tel Conseil national syrien?

    L’opposition officielle a échoué lamentablement. L’échec du soulèvement syrien a débuté lorsque sa direction est passée des comités de coordination de base en Syrie au Conseil national syrien basé à Istanbul sous la tutelle qatarie-turque et avec une place de choix dévolu aux Frères musulmans. Cela a représenté le commencement de la fin de la première étape du processus révolutionnaire syrien. Lorsque, fin 2011, ces gens ont pris le contrôle et se sont exprimés au nom de la révolution syrienne, on pouvait déjà prédire l’échec. Au début, ils ont placé à sa tête des personnalités progressistes: un professeur de gauche, un homme d’origine kurde ainsi qu’un chrétien. Mais ce jeu s’est terminé au bout d’un certain temps et le royaume saoudien a repris les rênes lorsque le Conseil national syrien a cédé la place à la coalition nationale syrienne.

    L’argent a corrompu le tout. Alors que des millions de réfugiés se rassemblaient aux frontières dans des conditions effrayantes, ces gens se réunissaient dans des hôtels cinq étoiles. Il s’agissait d’une corruption délibérée de la part des financiers [de l’opposition officielle]. La même chose s’est produite avec le mouvement palestinien après 1967, lorsque les Saoudiens lui a lancé des dollars. Il s’agissait d’une manière d’empêcher que l’opposition syrienne devienne progressiste car cela aurait constitué une menace autant pour les monarchies du Golfe que pour le régime Assad. Cette corruption des mouvements de libération est un problème majeur dans la région. On commence avec la révolution palestinienne et l’on finit avec Mahmoud Abbas ou encore on débute avec le mouvement de libération kurde et l’on finit avec des gens comme Massoud Barzani [dirigeant depuis 1979 du Parti démocratique du Kurdistan et du gouvernement régional du Kurdistan] qui est un allié de la Turquie, le principal oppresseur du peuple kurde.

    Une complète régénération du mouvement et une nouvelle direction sont évidemment nécessaires. Prenons par exemple les Etats-Unis et le phénomène surprenant de la campagne Bernie Sanders. C’est peut-être la première fois aux Etats-Unis depuis les années 1930 que de larges masses, comprenant des millions de jeunes Américains, s’identifient à une personne qui se qualifie de socialiste. Le potentiel est grand, mais il a besoin d’organisation politique et de clarification. Nous sommes au commencement d’une nouvelle période historique. L’ancien système s’effrite et le potentiel de renouveau est énorme. Pour emprunter une citation à Gramsci – que j’ai utilisée dans le titre de mon dernier ouvrage: «l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les symptômes morbides les plus variés.». La dérive vers l’extrême droite et la montée du terrorisme figurent au nombre des symptômes morbides.

    Qu’en est-il alors du PYD-YPG et des Forces démocratiques syriennes? Indiquent-elles une voie différente des «deux forces contre-révolutionnaires», pour reprendre votre qualificatif du régime syrien et des fondamentalistes islamiques, y compris l’Etat islamique?

    Les YPG-YPJ [les YPJ sont les unités féminines] représentent les forces armées les plus progressistes sur le terrain en Syrie mais elles ne peuvent constituer un modèle pour le reste du pays en raison de son facteur ethnique. Les Forces démocratiques syriennes sont multi-ethniques, mais les gens considèrent celles-ci comme un instrument du PYD. Reconnaître le fait que les cantons kurdes constituent l’expérience la plus progressiste en Syrie ne doit pas amener au romantisme. Même avec les meilleures intentions, les choses ne peuvent être bonnes dans des conditions de guerre. Les groupes de défense des droits humains font état d’abus politiques et ethniques dans les zones sous hégémonie du PYD.

    Il est vrai que ceux qui, du côté arabe, dénoncent cela devraient d’abord reconnaître le long héritage d’oppression nationaliste arabe des Kurdes. Nous devons dépasser les tensions ethniques et accepter les droits de chaque peuple. Chaque peuple devrait jouir du droit à l’auto-détermination et le peuple kurde devrait pouvoir décider s’il veut vivre dans des cantons autonomes ou même dans un Etat séparé – ce ne sont pas les affaires des Arabes, mais une décision qui revient aux seuls Kurdes dès lors que cela les regarde et ne porte pas atteinte aux droits des autres peuples. C’est là, bien entendu, l’un des problèmes clés auquel fait face la région. Alors que tout le monde se concentre actuellement sur l’Etat islamique en Irak, cette question a seulement renvoyé à plus tard les tensions confessionnelles entre sunnites et chiites et ethniques entre les Arabes, les Turkmènes et les Kurdes. Il n’y a pas d’issue à ce casse-tête en dehors des droits démocratiques et des libertés fondamentales, la liberté de chacun étant limitée par la liberté des autres sans que les uns prennent le dessus. (Entretien publié le 13 avril 2017 sur le site komnews.org; traduction A l’Encontre)

    Alencontre le 18 - avril - 2017

    http://alencontre.org

  • « Nous aspirons de toute urgence à la renaissance des mouvements et de l’esprit du printemps arabe, seuls à fournir une possibilité de rompre avec la spirale mortelle des politiques du Moyen-Orient » (ESSF)

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    Non à la brutalité d’Assad ! Non à l’Etat islamique ! Non aux bombardements et aux forces militaires des Etats-Unis et de la Russie en Syrie ! Pour une renaissance du printemps arabe !

    • Nous sommes terrifiés par les attaques incessantes et cruelles du régime Assad, assisté de Moscou et de Téhéran, contre le peuple syrien. En termes de brutalité pure, les bouchers de Damas ont peu d’équivalents dans le monde d’aujourd’hui. Nous condamnons toutefois aussi sans réserve le bombardement par les Etats-Unis, ainsi que la présence de leur armée en Syrie qui tueront des innocents et qui ne contribueront en rien en une solution juste au conflit syrien tout en concourant à renforcer la présence militaire réactionnaire des Etats-Unis au Moyen-Orient et à consolider l’affirmation rhétorique d’Assad selon laquelle il défend le peuple syrien contre l’impérialisme occidental, aussi creuse que cette déclaration puisse être.

    • Assad prétend représenter la seule force entre la « stabilité » et une victoire de l’Etat islamique. C’est ignorer le fait que des régimes autoritaires et répressifs comme ceux d’Irak, d’Arabie saoudite, de Bahreïn et de Syrie sont très efficaces quant au recrutement de l’Etat islamique et de djihadistes du même type. L’autre terreau majeur dans le recrutement des extrémistes religieux et de terroristes au Moyen-Orient est, avec leur histoire sanglante d’interventions, les Etats-Unis et leurs alliés. A cela s’ajoute, dans le cas des Etats-Unis, la carte blanche presque totale accordée à l’Etat Israël. S’il est possible que l’attaque par missile de Trump contre la base aérienne de Shayrat [suite à l’attaque « chimique » contre Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb] ait été limitée, un tel bombardement a sa propre logique, mettant dangereusement en jeu le « prestige » impérial des Etats-Unis, déclenchant ainsi potentiellement des attaques en escalade ainsi que des contre-attaques.

    • Nous assistons en Syrie à un ensemble de symbioses mortelles : Assad et l’Etat islamique s’utilisant l’un l’autre comme justification de leur propre sauvagerie alors que les Etats-Unis et ses alliés, d’un côté et, de l’autre, la Russie et l’Iran, pointent le doigt sur les crimes tout à fait réel des uns et des autres afin de justifier des interventions qui ne protègent ou défendent en aucune mesure le peuple syrien. Ils n’ont d’autre objectif que de servir leurs intérêts impériaux dans la région (ou, dans le cas de l’Iran, de puissance sous-impériale).

    La guerre en Syrie ne peut être comprise en dehors du paysage politique plus large de l’ensemble du Moyen-Orient. Les soulèvements révolutionnaires populaires du printemps arabe, de la Tunisie à l’Egypte, à Bahreïn en passant par la Syrie, la Libye et le Yémen ont offert une perception d’un avenir juste et démocratique pour les peuples de la région. Jusqu’à maintenant ces aspirations ont été frustrées et, dans la plupart des cas, elles semblent avoir été écrasées par la conjugaison de forces locales réactionnaires et le soutien de leurs parrains étrangers.

    La résistance en Syrie s’est toutefois montrée étonnamment résiliente : pas plus tard qu’au mois de mars de l’année dernière, des manifestations de rue courageuses se déroulaient dans les villes syriennes sous le slogan « la révolution se poursuit » lors des brefs arrêts des hostilités. Le New Statesman indiquait : « Lorsque des combattants de Jabhat al-Nosra ont tenté d’attaquer l’une de ces manifestations dans la ville de Maarat al-Numan, les manifestants les ont expulsé en scandant “Un, un, un ! Le peuple syrien est un !”. Il s’agit d’un slogan des premières phases, laïques, du soulèvement lorsque les Syriens se battaient pour endiguer les tensions confessionnelles et ethniques croissantes injectées par l’engagement djihadiste dans le conflit. » [1]

    • Nous vivons à une époque de doubles standards énormes et obscènes.

    Nous voyons Donald Trump, accompagné de la plupart des médias dominants ainsi que des politiciens démocrates et républicains de premier plan, déplorant hypocritement le massacre d’hommes, de femmes et de bébés innocents en Syrie – alors qu’ils restent froidement indifférents devant les massacres et les victimes perpétrés par les Etats-Unis et les forces qu’ils soutiennent à Mossoul et au Yémen. Au même moment, des réfugiés syriens désespérés par le carnage de Syrie sont cruellement rejetés hors des frontières des Etats-Unis.

    Nous voyons aussi Donald Trump accueillir le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi [le 3 avril 2017], alors qu’il écarte de manière éhontée toute préoccupation en termes de droits humains et continue la politique généreuse d’aide militaire d’Obama malgré l’horrible liste d’assassinats et d’emprisonnements de milliers d’opposants. On peut néanmoins prédire sans l’ombre d’un doute, que si et lorsque l’Etat islamique gagnera un nombre toujours croissant de partisans en Egypte face au règne dictatorial de Sissi, nous entendrons un chœur de défenseurs affirmant qu’aussi détestable qu’il puisse être, Sissi est, en tant que dirigeant laïc, meilleur que les djihadistes barbares, qu’il bénéficie d’un soutien populaire et qu’il doit donc être soutenu.

    • Au même moment, Vladimir Poutine, le gouvernement russe et l’agence « d’informations » RT (Russia Today) déplorent l’abominable destruction de quartiers ainsi que la mort de civils à Mossoul et au Yémen. Ils dénoncent également l’insensibilité de l’armée américaine – tout en justifiant les attaques d’Assad contre les populations d’Alep et du reste du pays. En réalité, la participation militaire russe, qui comprend le soutien aérien aux attaques contre les opposants civils et militaires du régime, a joué un rôle significatif, probablement critique, dans le maintien au pouvoir du régime Assad.

    • Nous rejetons totalement ces alternatives aberrantes. Nous aspirons de toute urgence à la renaissance des mouvements et de l’esprit du printemps arabe, seuls à fournir une possibilité de rompre avec la spirale mortelle des politiques du Moyen-Orient. Nombreux seront ceux qui écarteront cette perspective comme étant impraticable ; ce qui est toutefois vraiment impraticable, c’est l’idée que les grandes puissances, chacune avec son propre programme impérial, apporteront la justice ou la démocratie. Si, envers et contre tout, les forces démocratiques parviennent à arracher un accord les protégeant de la poursuite des massacres par Assad et l’Etat islamique et qu’il leur permette de lutter à nouveau plus tard, leur décision d’accepter un tel accord limité devra être respectée. Cependant, même un tel accord ne pourra être gagné qu’à la suite de pressions provenant du peuple syrien, et non par l’initiative de puissances extérieures qui, malgré leurs différences et rivalités, partagent une profonde hostilité devant le renouveau de forces populaires autonomes en Syrie ou n’importe où ailleurs.

    • Les forces populaires démocratiques peuvent bien être actuellement faibles, mais notre position de principe ainsi que pratique consiste à affirmer notre solidarité avec leurs luttes, à tenter de les renforcer ainsi qu’à nous opposer à tous ceux qui tentent de les renverser ou de les détruire.

    Déclaration de la Campaign for Peace and Democracy


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  • Syrie : La souffrance d’un peuple face au dictateur Assad et aux commerçants de la guerre (NPA)

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    L’attaque aux gaz toxiques du 4 avril, contre la ville de Khan Cheikhoun dans la province d’Idlib, a fait plus de 80 morts dont plus de 25 enfants et plusieurs centaines de blessés graves...

    En réaction, la base militaire Shayrat du régime Assad, d’où auraient décollé les appareils responsables de cette attaque, a été la cible de frappes aériennes étatsuniennes. Pour la première fois en six ans...

    Attaques chimiques et gaz toxiques, une réalité quotidienne

    Le bombardement aux armes chimique sur la ville de Khan Cheikhoun a été une énième étape dans la campagne meurtrière pour détruire ce qui reste de l’opposition populaire au régime d’Assad en instaurant la terreur chez les populations civiles. Ce n’est pas une exception dans les vastes moyens répressifs du régime. Depuis les attaques chimiques dans la région de la Ghouta, au sud de Damas en août 2013, qui avaient fait environ 1 400 morts, jusqu’à celle sur Khan Cheikhoun la semaine dernière, d’autres bombardements contenant des produits chimiques toxiques ont eu lieu régulièrement. Pourtant le dictateur Assad avait déclaré en juin 2014 que toutes ses armes chimiques avaient été transférées hors de la Syrie pour être détruites, suite à l’accord entre Moscou et Washington à la fin de l’été 2013.

    Le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR) a documenté 167 ­attaques par les forces du régime utilisant des substances toxiques depuis septembre 2013. En 2017, le SNHR en a déjà documenté 9 en y incluant Khan Cheikhoun. 97 % de ces attaques ont été commises dans les zones dites « libérées », tandis que 3 % ont été menées dans des zones détenues par le prétendu État islamique (Daesh).

    C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la satisfaction de certaines parties des classes populaires syriennes, en particulier dans les zones libérées, de voir une base militaire d’un régime les massacrant jusque-là en toute impunité, être la cible de frappes aériennes punitives par les États-Unis. Cela dit, aucune forme d’optimisme ne devrait être placée dans l’administration du président Trump qui pourrait apporter quelque chose de positif au peuple syrien.

    Aucune illusion dans l’administration Trump

    Beaucoup de Syriens le comprennent d’ailleurs très bien et sont loin d’être naïfs. Dans de nombreux témoignages, on peut entendre des activistes dire que ces frappes aériennes n’ont pas pour objectif de punir Assad trop durement... mais simplement lui faire comprendre qu’il doit respecter les « lignes rouges » qui proscriraient l’utilisation des armes chimiques. En même temps, les forces militaires du régime et ses alliés ont tout loisir de continuer la guerre avec des barils de TNT, des bombes à fragmentation, des armes au phosphore, et autres armes meurtrières... Les habitantEs de Khan Cheikhoun ont d’ailleurs souffert d’un nouveau bombardement le 8 avril, qui a tué une femme et blessé plusieurs autres personnes. Le régime et la Russie ont également bombardé tout le week-end diverses provinces, entraînant la mort de nombreux civils.

    Les États-Unis ont aussi démontré une volonté de ne pas trop punir Assad et fâcher Moscou. Washington a en effet averti les dirigeants russes avant de bombarder la base militaire de Shayrat, tandis que, selon certains témoignages, le régime syrien avait eu le temps d’évacuer son personnel et de déplacer son équipement hors de la base avant les frappes. D’ailleurs dans les 24 heures qui ont suivi les bombardements, l’aviation du régime utilisait à nouveau la base de Shayrat !

    Nos solidarités avec la lutte du peuple syrien

    D’autres éléments montrent la nécessité de lutter contre les illusions d’une intervention bénéfique d’un pouvoir étatsunien raciste et qui fait la chasse aux réfugiés et aux étrangers sur son propre sol. Depuis 2014, les frappes aériennes des États-Unis en Syrie et en Irak ont fait plus de 2 500 morts civils, dont plus de 1 000 durant le seul mois de mars. La semaine passée une frappe aérienne des États-Unis dans une localité proche de Raqqa a causé la mort de 15 civils. Cela sans oublier le soutien aux dirigeants d’autres régimes autoritaires dans la région : Turquie, Israël, Arabie saoudite, Égypte, etc.

    Dans ces conditions, l’administration Trump, comme d’ailleurs celle de son prédécesseur Obama, ne peut représenter un espoir pour les SyrienEs. Les déclarations du secrétaire d’État Rex Tillerson, qui doit visiter Moscou le 12 avril, confirment qu’il n’y a pas pour l’instant de changement de cap pour Washington. La priorité des États-Unis reste la prétendue « guerre contre le terrorisme » et Daesh, en tentant d’atteindre une forme de stabilité autoritaire en Syrie maintenant les structures du régime intactes, avec à sa tête Assad ou pas.

    Le peuple syrien continue donc de souffrir, renforçant la nécessité de notre solidarité avec sa lutte démocratique et sociale contre le régime Assad et ses alliés russes et iraniens, contre toutes les forces fondamentalistes religieuses, et contre toutes les ­interventions étrangères.

    Joseph Daher

    https://npa2009.org/

  • Les pipelines et les gazoducs sont-ils à l’origine de la guerre en Syrie, comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon (Le Monde)

     
    Les différents projets de gazoducs soit abandonnés soit au point mort car irréalisables.

    En centrant son discours sur les pipelines, auxquels il prête un rôle central dans le conflit, Jean-Luc Mélenchon semble nier l’insurrection populaire syrienne.

    Jean-Luc Mélenchon l’évoquait déjà en janvier ou à l’été 2016 : selon lui, le conflit syrien est une guerre de «gazoducs et de pipelines». Le candidat de La France Insoumise a de nouveau tenu ce discours à Marseille devant 70 000 personnes, dimanche 9 avril. Au risque de sembler nier ainsi la révolte née des manifestations pacifiques du printemps 2011 contre la dictature de Bachar Al-Assad, et dont la sanglante répression a conduit au conflit syrien.

    « Ces guerres ont eu parfois la religion pour prétexte, mais elles n'ont jamais cessé d'être autre chose qu'une dispute pour accaparer les matières premières. Les convois des armées, les voyous et les brigands armés jusqu'aux dents, ils n'ont jamais rien fait d'autre que détruire les pipelines et les gazoducs. »

    Le candidat de gauche avait également défendu cette thèse en 2011 à propos de l’Afghanistan, année noire pour l’armée française, qui y avait perdu vingt-quatre militaires. Il avait estimé que la France avait « été à la remorque des Américains » en étant en Afghanistan « pour protéger un pipeline ».

    Cette théorie n’est d’ailleurs pas portée par le seul Jean-Luc Mélenchon, mais elle revient régulièrement depuis le 11-Septembre, et depuis cinq ans dans le cas de l’insurrection syrienne. Ainsi, on retrouve, en août 2012, un éditorial publié sur le site d’Al-Jazira, qui pose les premières pierres de cette théorie des pipelines.

    Une révolte née des « printemps arabes » en mars 2011

    Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que l’ampleur sans précédent de la contestation et du nombre de victimes en Syrie depuis six ans – 465 000 morts et disparus – ne peut pas s’expliquer par une tentative de déstabilisation.

    L’étincelle, c’est l’arrestation et la torture des jeunes qui avaient écrit sur un mur, fin février 2011, dans la foulée de la chute de l’Egyptien Hosni Moubarak, le slogan potache « Ton tour arrive, docteur » – Bachar Al-Assad est ophtalmologiste de formation. Dès lors, les manifestations pacifiques démarrent dans tout le pays sur le terreau de trente ans de dictature d’Hafez Al-Assad, puis onze de son fils Bachar. Ces manifestations se transformeront en guerre civile à l’automne 2011, avec au fur et à mesure l’intrusion des islamistes sur le champ de bataille, qui profitent de la situation.

    Les raisons de la contestation puis de sa militarisation sont probablement plutôt à chercher dans des causes locales, dont une crise économique liée à une longue sécheresse entre 2006 et 2011, les échecs de la libéralisation du pays et la forte pression démographique dans un pays dont la population a quasiment doublé en vingt ans.

    Trois projets de gazoducs dans la région

    Il existe bien plusieurs projets de gazoducs, tous trois au point mort et portés par différents acteurs :

    • Le projet du Qatar : mené par Qatar Petroleum et Exxon-Mobile East Marketing Limited Company, ce projet doit substituer un gazoduc aux navires méthaniers, et devrait passer soit par l’Arabie saoudite, la Syrie puis la Turquie, soit plus à l’est, simplement par l’Irak, en « évitant » la Syrie.
    • Le projet Nabucco : le gaz venu d’Azerbaïdjan et du Turkménistan passerait par l’Iran, la Turquie et les Balkans (sans passer par la Syrie et l’Irak, donc). Ce projet date de 2002, indique le spécialiste Cédric Mas sur son blog, mais était déjà régulièrement court-circuité par la Russie, écrivait le Conseil français de l’énergie en 2010.
    • Un dernier projet dans la région existe, l’Islamic Gas Pipeline (IGP), dont l’accord de principe entre l’Iran, l’Irak et la Syrie date de juillet 2011. Et si la signature a abouti après le début de l’insurrection syrienne, ses négociations ont débuté bien avant.

    Tous ces projets ont un seul but : que l’Europe diversifie ses sources d’approvisionnement et ne dépende plus exclusivement des importations russes. Les bornes chronologiques importantes peuvent être résumées ainsi :

    • juin et juillet 2009 : le Turkménistan signe un accord de fourniture de gaz à la Chine, et ne peut plus mettre de gaz dans les tuyaux du projet Nabucco ; un mois plus tard l’Azerbaïdjan donne l’accès à ses ressources à la Russie en signant un accord avec Gazprom (La Tribune, juillet 2009) et affaiblit un peu plus le projet Nabucco ;
    • septembre 2009 : Damas refuse le projet du Qatar, sous pression russe (en 2014, Russia Today, l’organe officiel du Kremlin, écrit alors explicitement qu’Assad a rejeté le projet « en raison des relations énergétiques importantes entre la Syrie et la Russie ») ;
    • mars 2011 : des manifestations commencent contre le président Assad, dans la foulée des printemps arabes au Maghreb et au Proche-Orient. Elles sont réprimées dans le sang par Damas et mèneront à une militarisation de la contestation ;
    • juillet 2011 : annonce de la signature tripartite pour le projet Islamic Gas Pipeline entre l’Irak, la Syrie et l’Iran, qualifié de « grosse claque aux plans du Qatar » par le quotidien The Guardian.

    Les tenants d’une théorie des pipelines font le lien entre le refus de Damas en septembre 2009 et le début de la contestation en mars 2011. Autrement dit, que la révolution serait une réponse des partisans du projet qatari contre le régime de Bachar Al-Assad.

    Cette version ne prend pas en compte que l’un des plans du projet qatari prévoyait d’éviter la Syrie en passant par l’Irak. D’autre part, souligne encore Cédric Mas, cela ne prend pas non plus en considération la signature de l’accord tripartite Iran-Irak-Syrie de juillet 2011, qui intervient quatre mois après le début des manifestations. Ce projet n’est encore ni lancé ni même financé puisque son tracé, encore une fois, passe par des zones très instables.

    Difficile, donc, d’affirmer que le conflit syrien est motivé par ces gazoducs ou oléoducs pour le moment inexistants.

    Des projets mort-nés et des obstacles (géo) politiques

    Ces projets de gazoducs sont pour l’instant au point mort. Le projet le plus récent, IGP, peut difficilement être considéré comme viable puisqu’il envisage de passer par deux pays en pleine guerre civile, l’Irak et la Syrie, ainsi que par des zones contrôlées par ce qui deviendra par la suite l’organisation Etat islamique. Il n’a fait l’objet d’aucune étude de faisabilité, selon Cédric Mas, et ne bénéficie d’aucun financement. Il ne faut pas y voir autre chose qu’un accord de principe entre les trois pays, et l’occasion pour l’Iran de mettre la pression sur la communauté internationale.

    Le projet Nabucco, de son côté, se heurte à la volonté de l’Europe de ne pas poursuivre les discussions avec l’Iran sur la question du gaz naturel, et sur le retrait de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan, qui préfèrent traiter avec le voisin russe. Autrement dit, les deux pays n’ont plus de gaz à mettre dans les tuyaux.

    Enfin, le projet qatari, qui passe soit par la Syrie pour sa version longue soit par l’Irak pour la version plus courte, se heurte à plusieurs obstacles politiques majeurs « dans lesquels le refus de Damas pèse peu », écrit M. Mas. Au premier rang de ces obstacles, ce gazoduc doit passer soit par le territoire saoudien soit par ses eaux territoriales, or le royaume est un rival direct du Qatar depuis le milieu des années 1990 et s’oppose à toute augmentation des exportations qatariennes. Autrement dit, même si Damas et Ankara avaient donné leur accord, le projet se serait heurté au refus de Riyad.

    Un intérêt des puissances pour leurs approvisionnements énergétiques

    Entre deux projets infaisables pour des raisons stratégiques, de stabilité ou de mésentente, et un projet lancé plus récemment – l’IGP –, qui envisage la construction de gazoduc dans des pays en guerre, on voit difficilement quels pays ou quelles entreprises pourraient s’y lancer.

    S’il n’est pas question de nier l’importance qu’attachent les Européens, les Russes et les Américains à leur approvisionnement énergétique, on voit mal comment ils pourraient s’affranchir des tensions entre les acteurs régionaux que sont l’Arabie saoudite et le Qatar.

    Ici, la chronologie et les montages commerciaux entre nations pour la construction de gazoducs ne permettent pas d’établir une suite d’événements menant à une intervention occidentale dans le but unique de protéger les gazoducs et l’approvisionnement européen.

    En résumé, si les raisons économiques d’ordre énergétique sont un élément d’analyse des conflits et de leurs causes, elles ne peuvent en être le seul. Sur la seule Syrie, la répression par Bachar Al-Assad du mouvement né dans la foulée des « printemps arabes » tunisien ou égyptien de 2010-2011 explique sans doute avant tout les origines de ce conflit.

    LE MONDE | Pierre Breteau

    http://www.lemonde.fr/

    Commentaire: Il ne peut être question pour lui d'imaginer que le peuple syrien en ait marre de son dictateur chéri! Ce ne peut être qu'un complot!

  • Attaque des États-Unis contre une base aérienne syrienne. Si Trump est inquiet pour la vie des civils, il doit s'engager envers les réfugiés syriens (Amnesty)

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    En réaction aux frappes aériennes lancées par les États-Unis le 6 avril contre une base aérienne de l'armée syrienne à Homs, trois jours après l’attaque à l'arme chimique qui a tué plus de 80 civils dans la province d'Idlib, Margaret Huang, directrice d'Amnesty International États-Unis, a déclaré :

    « Le président Donald Trump a déclaré que cette attaque était motivée par l'inquiétude à l’égard de la vie des civils syriens, alors que son administration fait preuve d'un mépris flagrant envers les Syriens qui tentent de fuir pour échapper à la mort. Il doit immédiatement révoquer le décret interdisant aux citoyens de plusieurs pays musulmans d’entrer sur le territoire américain et mettre fin aux restrictions visant les réfugiés syriens, qui fuient l'horreur dans leur pays.

    Le président Donald Trump a déclaré que cette attaque était motivée par l'inquiétude à l’égard de la vie des civils syriens, alors que son administration fait preuve d'un mépris flagrant envers les Syriens qui tentent de fuir pour échapper à la mort. Il doit immédiatement révoquer le décret interdisant aux citoyens de plusieurs pays musulmans d’entrer sur le territoire américain et mettre fin aux restrictions visant les réfugiés syriens, qui fuient l'horreur dans leur pays.

    Margaret Huang, directrice générale d'Amnesty International États-Unis

    « En outre, les forces américaines doivent respecter strictement les obligations découlant du droit international humanitaire et prendre toutes les précautions possibles pour protéger la population civile lorsqu'elles procèdent à une opération militaire, notamment en s'abstenant d'utiliser des armes interdites au titre du droit international, comme les armes à sous-munitions. Les récentes frappes aériennes de la coalition que dirige les États-Unis en Irak et en Syrie ont tué des centaines de civils, dont beaucoup de femmes et d’enfants pris au piège chez eux.

    « Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi à protéger les civils en Syrie depuis les six dernières années. Cela a encouragé toutes les parties au conflit en Syrie à commettre des crimes horribles en toute impunité. Il est impératif que les États membres du Conseil adoptent une résolution permettant de garantir la tenue sur le terrain d’une enquête sur l'attaque à l'arme chimique qui s'est déroulée à Khan Sheikhoun et de contribuer à traduire en justice les responsables présumés de ces crimes. »

    7 avril 2017

    https://www.amnesty.org/fr

  • Syrie : la tache de Mélenchon (Libération)

    Le candidat de La France insoumise fait fausse route sur la question de la crise syrienne, et son passage au JT de France 2, vendredi, l'a encore prouvé.

    «M. Trump intervient, que croyez-vous qu’il va résulter de cette intervention ? Rien, sinon une escalade de nouveau, alors que là, on croyait qu’on s’acheminait vers…» (Vendredi, sur le plateau du 20 heures de France 2). Vers quoi ? Dommage que Jean-Luc Mélenchon n’ait achevé sa phrase.

    Vers un écrasement des poches de rébellions au nord, dans la province d’Idlib, la reconquête totale du territoire, par ailleurs impossible sans l’appui décisif indispensable de la Russie, de l’Iran et des milices chiites financées et armées par celui-ci ainsi que du Hezbollah, comme le prônait encore Bachar al-Assad dans un entretien accordé à un journal croate, où il déclarait ne pas croire aux négociations ni de Genève ni d’Astana. C’est vers cela, donc, que Jean-Luc Mélenchon souhaitait qu’on s’achemine : des négociations le couteau sous la gorge avec une opposition de l’extérieur divisée et réduite à l’impuissance, des milices armées au nord dans l’attente d’offensives et bombardées, et un front sud redoutant le même sort ?

    Il faut rappeler que le candidat de la France insoumise n’était pas à son coup d’essai, lui qui déclarait en  février 2016 qu’il était favorable à l’intervention russe en Syrie, car, selon lui, Vladimir Poutine allait «régler le problème» en élimant Daech. Au passage, il remettait en cause le fait que les frappes russes se concentrent davantage sur les rebelles que sur l’Etat islamique. La preuve de son erreur : Alep est tombé, mais Raqqa  non. L’unilatéralité des Etats-Unis qu’il condamne ne le gêne pas quand il s’agit de celle des Russes.

    Obstruction

    De même, le droit international qu’il brandit comme un étendard («que les Nations unies s’en mêlent, c’est la seule autorité légitime mondiale») alors qu’il ne l’a pas défendu lorsque le secrétaire général de l’ONU de l’époque, Ban Ki-moon, dénonçait en septembre 2016 les crimes de guerre commis à Alep par le régime syrien bombardant délibérément des hôpitaux avec l’appui de son parrain russe.

    De même que l’obstruction systématique menée par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, les deux derniers blocages de résolutions datant du 8 octobre 2016 et du 28 février 2017, ne semble pas perturber celui qui se drape dans la légitimité internationale. Il préfère se complaire dans des «pudeurs de gazelle» quand il déclare, donnant du grain à moudre aux conspirationnistes de tous bords, que le responsable de l’attaque chimique doit être condamné qu’il s’agisse «du gouvernement de Bachar al-Assad, des Russes, des Américains, d’Al-Nosra, d’Al-Qaeda», alors que selon la représentante de la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie, Carla Del Ponte, la responsabilité du régime est certaine. En outre, l’indéfectible soutien iranien du régime ne l’a pas exonéré de toute responsabilité, en ne niant pas l’implication des forces armées de Bachar al-Assad.

    Révolution

    Mais le plus grave, c’est que Jean-Luc Mélenchon n’ait jamais eu un mot pour les Syriens, et ce depuis des années. Certes, pour justifier les bombardements sur Alep au prétexte qu’Al-Nosra était affilié à Al-Qaeda qui avait revendiqué les attentats de Charlie Hebdo. 

    Mélenchon nous avait habitués à plus de subtilité qu’un pauvre syllogisme qui ne résume pas la complexité et la plasticité des alliances entre milices armées pour se maintenir sur le terrain. Il fait l’impasse sur les civils qui composent avec ces groupes armés. Le candidat devrait lire les travaux de Gilles Dorronsoro et son équipe (Syrie, anatomie d’une guerre civile) ou de Thomas Pierret, et voir le documentaire 300 Miles du jeune réalisateur syrien Oroa al-Moqdad, tourné à Alep entre 2013 et 2015, pour comprendre cette complexité.

    Il n’a pas eu non plus un seul mot pour la répression terrible qui s’est abattue d’emblée sur un soulèvement populaire, pas plus d’ailleurs pour les conseils locaux menant des expériences de démocratie réduites à néant par la répression, se contentant de dire que «des crimes, là-bas [en Syrie, ndlr], beaucoup de gens en commettent», sans revenir sur la responsabilité du régime dans la militarisation et de la confessionnalisation de la crise. Que des Syriens parlent encore aujourd’hui de révolution, le candidat de La France insoumise s’en moque et ne la conçoit pas pour eux. Inquiétant.

     
     Nicolas Appelt, doctorant à l'université de Genève
     
    À lire aussi :
     
    La Syrie resurgit dans la campagne
     
     
    http://www.liberation.fr/
  • Nouveautés "Syrie" (NPA + Souria Houria)

    syrie.jpg

     

    Déclaration de Philippe Poutou «Après le bombardement états-unien en Syrie»

    Déclaration Philippe Poutou : Remis en selle par les grandes puissances, Assad gaze le peuple syrien Assez d’impunité et de bombardements ! (NPA)

    Syrie : Assez de massacres !(NPA et divers)

    Dossier Alencontre: Syrie. L’arme chimique sème la mort

    Après le massacre de Khan Cheikhoun, rassemblements jeudi 6 avril en solidarité avec le peuple syrien

    Que cherche Poutine en Syrie?(Souria Houria)

    Pourquoi l’Armée Syrienne Libre n’a-t-elle pas vaincu ? Partie I

    Pourquoi l’Armée Syrienne Libre n’a t’elle pas vaincu ? Partie II

    «Never again» et ce tralala ne semble qu’être des foutaises qui ont aveuglé la conscience internationale (Souria Houria)

    De Damas à Paris, itinéraire d’un enfant de la révolution (Orient 21)

  • « La révolution syrienne a subi plusieurs revers mais elle reste vivante » (NPA)


    Entretien. Chercheur en sciences politiques franco-libanais, Ziad Majed s’est engagé de longue date pour la démocratisation du Liban, et depuis six ans en solidarité avec la révolution syrienne. Il tient un blog, « Vendredis arabes », et a publié en 2014 le livre « Syrie, la révolution orpheline »1.

    Six ans après son déclenchement, et deux mois après la chute d’Alep est, la révolution syrienne est-elle toujours vivante ?

    La révolution syrienne a certes subi plusieurs revers, politiques comme militaires, lors des derniers mois. Elle se trouve aujourd’hui plus que jamais isolée et trahie, mais elle reste néanmoins vivante.

    Elle est vivante à travers les différentes formes de résistance qu’exprime la société dans les zones libérées du régime, dans les camps de réfugiés, comme au niveau de la production culturelle. Nous pouvons évoquer le travail de conseils locaux qui essayent toujours de fournir des services dans les villages et villes bombardés quotidiennement. Nous pouvons évoquer aussi le travail que font les enseignants, les secouristes et les médecins qui sauvent des vies dans des conditions inhumaines, les femmes qui luttent au quotidien pour défendre leurs droits et nourrir leurs enfants, les jeunes journalistes-citoyens, et les activistes pacifiques nombreux qui continuent de documenter les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Nous pouvons enfin parler de la société civile syrienne naissante, qui s’organise dans les camps de réfugiés et parmi les Syriens dans la diaspora exprimant une solidarité et une détermination que rarement la Syrie a connues dans son histoire avant 2011. À cela s’ajoute la libération de la parole, la publication de récits, de romans et d’essais politiques, et l’explosion artistique qui tentent de maintenir en vie la résistance culturelle face au régime, mais aussi face à la guerre et la mort.

    La révolution reste donc vivante à travers tout cela, et à travers certaines forces combattantes sur le terrain qui brandissent toujours le drapeau révolutionnaire et les slogans de liberté, de dignité et de justice.

    Pourquoi l’as-tu définie comme une « révolution orpheline » ? Avec des considérants opposés, beaucoup de monde pense que les USA et la France l’ont soutenue...

    Je l’ai qualifiée d’orpheline, car depuis son début en mars 2011, et malgré un bilan humanitaire des plus lourds, malgré les destructions des villes et des villages par les bombardements aériens, balistiques et à coups de barils explosifs, malgré les millions d’images, de films et de témoignages qui documentent la tragédie syrienne, malgré l’utilisation par le régime Assad d’armes chimiques contre des civils dans plus d’une région, les institutions de la « Communauté internationale » – qu’elles soient politiques, juridiques ou humanitaires – ont toutes manqué à leur devoir à l’égard du peuple syrien. Elles ont souvent persisté à fournir justifications et excuses pour ne rien faire qui puisse aider les Syriens à tourner la page de la tyrannie qu’ils subissent depuis le coup d’État de 1970 qui a conduit Assad père au pouvoir.

    Pire, certains intellectuels, courants politiques et médias, soutiennent ouvertement le régime au prétexte d’un « complot impérialiste » ourdi contre lui ou de « sa laïcité et sa protection des minorités », alors que d’autres s’abstiennent de prendre position, alléguant que toutes les parties « se valent en termes de violence et de barbarie » et que ces événements se déroulent dans un « Moyen-Orient compliqué ».

    Quant aux USA et à la France, leur soutien à l’opposition a été diplomatique. Elles ne l’ont pas traduit en actes fermes, ce qui a encouragé les Iraniens et surtout les Russes à intervenir sans craindre les conséquences. Le refus catégorique de l’administration Obama de fournir des missiles sol-air à l’opposition ou d’imposer une zone d’exclusion aérienne dès 2012, bien avant la création de Daech, a permis au régime de bombarder toutes les zones qui se libéraient de son armée, et a rendu l’émergence de gouvernance et d’alternatives politiques dans ces zones impossible. L’inaction américaine, qui a paralysé le gouvernement français l’été 2013 suite au massacre chimique commis par Assad dans la Ghouta de Damas, au moment où la seule ligne rouge qu’avait émis Obama a été franchie, a montré au régime et ses alliés que les occidentaux n’étaient pas près de les inquiéter. Les conséquences ont été terribles.

    Que réponds-tu à ceux qui considèrent que la politique de la Russie en Syrie est un « moindre mal » face aux djihadistes ? Les négociations qu’ils relancent peuvent-elles aboutir ?

    La Russie de Poutine a souhaité à travers son intervention militaire directe en Syrie faire la démonstration d’un « moment de gloire » similaire à celui des Américains durant l’opération « Tempête du désert » en 1991 contre l’Irak, et ce, sous la bénédiction de l’église russe qui est allée jusqu’à qualifier l’intervention de « guerre sainte ». Les opérations militaires de Moscou cherchaient à réaliser deux objectifs sur le terrain.

    Le premier, affaiblir l’opposition syrienne, voire l’anéantir dans les régions limitrophes de la côte méditerranéenne, dans le centre du pays et autour de Damas et d’Alep, ceci dans le but de permettre aux forces du régime (et ses alliés) de reprendre du territoire. Ainsi, une nouvelle configuration du conflit permettrait à Moscou de n’évoquer que deux forces principales sur le terrain : le régime et les djihadistes. C’est dans cette même logique que les Russes ont dès le début de leurs opérations nié l’existence de l’Armée syrienne libre et des groupes armés « modérés », et qu’ils ont plus tard annoncé qu’ils bombardaient sans distinction tous les groupes terroristes en Syrie. La carte des frappes montre que non moins de 86 % des attaques russes ont visé l’opposition syrienne, et seulement 14 % ont visé Daech.

    Le deuxième objectif consistait à affirmer que Moscou ne se contentait plus du rôle de sponsor politique du régime, mais qu’il devient l’acteur le plus influent en Syrie, non seulement à court mais même à long terme. La Russie a préservé par ce biais sa domination (impérialiste !) de la Syrie de demain.

    De plus, le grand « succès » militaire russe, c’est-à-dire, l’invasion des quartiers Est d’Alep (après la destruction systématique des hôpitaux et des boulangeries dans ces quartiers et après la déportation des civils qui ont survécu vers d’autres régions), ce « succès » s’est fait contre les forces de l’opposition qui avaient chassé Daech d’Alep en janvier 2014 !

    D’ailleurs, depuis janvier 2017, les russes ont invité aux négociations les mêmes groupes qu’ils bombardaient et qualifiaient de « djihadistes » et de « terroristes ». Ces négociations ressemblent aux négociations entre Israéliens et Palestiniens. Le principe qui les dirige semble être « négocier pour négocier », car les questions fondamentales ne sont pas traitées sérieusement : la transition politique et le départ d’Assad, la levée des sièges sur les centaines de milliers de Syriens, la libération des détenus et des prisonniers, le retrait des forces étrangères du pays, etc. Même la lutte contre Daech ne peut être juste et efficace à long terme que si un changement politique à Damas s’effectue et permet la construction d’une nouvelle majorité politique syrienne.

    Quel peut être le rôle des citoyens qui voudraient être solidaires du peuple syrien, mais qui se trouvent démunis face aux machines militaires, diplomatiques et humanitaires des États ?

    Je pense que notre responsabilité en tant que citoyens commence par le refus de la banalisation du mal, par le rejet de l’impunité accordée aux criminels de guerre, et par l’opposition ferme à toute tentative de normalisation avec le régime Assad. Après, il y a tout le travail que nous pouvons faire pour informer, mobiliser l’opinion publique, soutenir les réfugiés, soutenir les projets à l’intérieur de la Syrie (tels les écoles, les dispensaires, les casques blancs, etc), montrer aux Syriens que les valeurs universelles, l’internationalisme et la solidarité, existent encore.

    Propos recueillis par Jacques Babel

     
     
  • Athènes Syrie

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    Manifestación de Atenas en el sexto aniversario de la revolución Siria.

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