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Ecologie

  • Aokas : Les habitants se mobilisent pour défendre la bande boisée (Béjaia)

    aookas

     

    Dans un appel, le comité citoyen pour la défense de la bande boisée d’Aokas, appelle la population à rejoindre massivement la marche de protestation prévue pour le Samedi 22 Avril 2017, qui prendra le départ à 9 heures de la place de la poste à Aokas, pour exiger l’annulation de toutes les concessions dans le cadre de l’investissement touristique et la restitution de la bande boisée à la collectivité.

    Le comité, dans son appel, rappelle les premières actions menées en 2016 par la population et l’implication des citoyens dans la sauvegarde du patrimoine et des potentialités touristiques a travers des pétitions, rassemblements , marches et correspondances adressées aux hautes autorités, dénonçant la construction en béton armé en plein bande boisée sans permis de construction avec la complicité des élus, des doléances qui demeurent lettres mortes, traduisant ainsi la volonté du pouvoir à décimer la population locale en multipliant les sources et causes des fléaux, maladies épidémies qui la ravagent, provoquant ainsi des cancers, troubles respiratoires, maladies cardiovasculaires…

    Le comité illustre la légitimité de son action par un arsenal juridique protégeant la bande boisée , notamment la loi N°12 relative à la protection et à la valorisation du littoral des  décrets exécutifs N°07-23 fixant les modalités de rétrocession ou de terrains situés à l’intérieur des zones d’expansion et sites touristiques et N°07-206 fixant les modalités de construction et d’occupation de sol sur la bande littorale, de l’occupation des parties naturelles bordant les plages et l’extension de la zone.

  • Tension au Kef et à Tataouine : Le FTDES prône un nouveau modèle de développement (Tunisia in red)

    Le Kef.

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    Publié le Mercredi 05 Avril 2017 à 10:31
    Dans un communiqué rendu public mercredi matin, le FTDES a exprimé son soutien au mouvement de protestation populaire des habitants de Tataouine et du Kef et estime que c'est une réaction normale face à l'impuissance du gouvernement qui s'est contenté d'envoyer deux délégations ministérielles pour apaiser la tension.

    Après avoir appelé à la coordination des mouvemenets de protesations, le forum a tenu à rappeler qu'il est convaincu qu'adopter un nouveau modèle de développement qui rompt avec les choix libéraux impopulaires et coûteux serait le dénominateur commun qui rassemblerait toutes les forces civiles, syndicales et démocrates ainsi que les mouvements sociaux.

    Rappelons que les habitants de la ville de Tataouine et des villages limitrophes observent des mouvements de protestation pour réclamer emploi et développement depuis deux semaines.

    Un sit-in est observé, depuis jeudi au Kef, par les ouvrier de la câblerie « Coroplast » afin de pousser l’administration de cette usine de câbles pour automobiles d’annuler la fermeture provisoire de l’usine.

    http://www.gnet.tn/

    Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux

    http://ftdes.net/

  • Soja, la Tunisie importe les OGM (Nawaat.tn)

    OGM4.jpg

    Dans un rapport publié fin février 2017, le Foreign Agricultural Service (FSA) du département agricole américain (USDA) prévoit une augmentation de l’importation de soja en Tunisie « pour répondre à la demande croissante du secteur de transformation » .

    Maintenant que Carthage Grains, la seule société qui s’occupe du concassage du soja, a augmenté ses capacités à transformer les graines et qu’une nouvelle unité d’extrusion est en cours de construction à la Société de nutrition animale (SNA), la transformation des graines de soja importées en tourteaux destinés au secteur avicole et en huile destinée à la consommation humaine peut passer à la vitesse supérieure.  Alors que la plus grande partie de soja est génétiquement modifié et que la Tunisie n’a toujours pas de législation concernant les OGM, le pays compte augmenter les importations de ce produit.

    A l’échelle mondiale, le tourteau de soja constitue le premier ingrédient dans les aliments pour animaux tandis que l’huile de soja compte parmi les huiles alimentaires les plus utilisées. Idem en Tunisie, où 546 000 mille tonnes ont été importées l’année dernière, selon l’USDA. Si le pays ne produit pas cette légumineuse riche en protéines et facile à digérer pour les animaux, c’est une question de ressources en eau et de rentabilité, explique Hamadi Ben Salah, ancien chef du laboratoire des grandes cultures à l’INRAT. Ben Salah précise que « le soja est une culture estivale, les conditions en Tunisie sont favorables à cette culture, mais en irrigué, la disponibilité de l’eau est très limitée. De ce fait la culture n’est pas économiquement rentable » .

    L’USDA prévoit une importation de 600 000 milles tonnes de soja pour la saison 2016-2017 et de 640 000 milles tonnes pour 2017-2018. Le rapport rappelle que la politique tunisienne en matière d’oléagineux vise à diversifier les variétés de tourteaux importées à travers « une approche axée sur les prix » . Aussi elle vise à développer la production nationale de colza, tournesol et de plantes légumineuses. Car, « à part l’huile d’olive, la production des huiles à graines oléagineuses en Tunisie reste insignifiante malgré les efforts du ministère de l’Agriculture pour encourager les agriculteurs à cultiver colza et tournesol afin de diversifier la production de graines oléagineuses », constate le rapport.

    Tourteau de soja pour le secteur avicole

    Hamadi Ben Salah fait partie d’une équipe de chercheurs qui a mené une étude, encore non publiée, avec des recommandations pour organiser le secteur des cultures légumineuses. Il nous précise qu’ « il y a d’autres cultures qui peuvent se substituer partiellement au tourteau de soja comme les fèves, mais les superficies ne sont pas très importantes à cause de la fluctuation des prix et le rendement peu élevé » . En fait, Carthage Grains dispose d’un accès continu de la culture en question, ce qui n’est pas le cas pour les fèves. D’ailleurs, le contenu nutritif de soja est plus convenable pour les animaux, étant riche en protéines (environ 45% par rapport à 20% pour les fèves). De ce fait, la majorité de tourteaux importés (70% d’après l’USDA) sont destinés au secteur avicole.

    Huile de soja pour cuisiner

    Alors que l’huile d’olive est de loin la première huile produite et consommée en Tunisie, la consommation nationale est en baisse car les prix relativement élevés sont largement déterminés par la demande du marché européen. Entre-temps, le gouvernement a réduit, et dans certains cas a supprimé, les droits de douanes et les taxes sur d’autres huiles alimentaires comme les huiles de soja, de palme et de maïs.

    Ben Salah explique que le choix des consommateurs est dicté par la politique des prix. Une politique dont la priorité est l’exportation de l’huile d’olive. En 2015, l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI, sous tutelle du ministère de l’Agriculture) avait déjà souligné qu’ « en voulant protéger le pouvoir d’achat des couches sociales les plus défavorisées par la subvention de certains produits de base notamment les céréales et autres produits importés tels les huiles de graines (soja, maïs, tournesol, etc.) et le sucre, l’Etat n’a-t-il pas, lui aussi accordé des subventions aux producteurs étrangers de graines et des huiles oléagineuses ?» Et de prévoir l’aggravation de cette tendance jusqu’en 2025, car la Tunisie se positionne au-dessus de la moyenne internationale en termes de consommation par habitant d’huiles végétales avec une augmentation annuelle de 2,21%.

    Le soja, aux dépens de la souveraineté alimentaire

    En supprimant les droits douaniers et en important en quantités croissantes des huiles alimentaires, la Tunisie aggrave sa dépendance dans le secteur des graines oléagineuses. D’ailleurs, le gouvernement compte continuer à subventionner l’huile alimentaire dans les années à venir, comme nous explique l’USDA. Plus grave, mais le rapport ne le mentionne pas, le pays continuera à importer du soja argentin, américain, ou brésilien, génétiquement modifié. L’Europe, pendant longtemps réticente à l’importation des organismes génétiquement modifiés (OGM), en importe désormais des dizaines de milliers tonnes chaque année pour l’alimentation des animaux. Alors que la Tunisie n’a toujours pas de loi spécifique concernant les OGM et qu’elle les importe selon les mêmes standards que les produits conventionnels, une éventuelle législation risque de se conformer au modèle appliqué par son premier partenaire cormmercial, l’Union européenne. A moins que la récente Unité de détection des OGM de la Banque nationale des gènes puisse œuvrer pour une réglementation qui protège le pays des risques biotechnologiques.

    Vanessa Szakal

    Vanessa studied French, Spanish, and Arabic at the University of Washington in Seattle. She currently interns at Nawaat where she is able to pursue her interests in news media and the universal right to access to information.
     
     
    Et aussi:
  • Ksibet El-Mediouni (Tunisie): la société civile revendique le droit à l’emploi (Africanmanager)

    Manif-Grève-Générale-à-Ksibet-El-Mediouni-Crédits-photos-FTDES.jpg

     

    Les composantes de la société civile et des représentants de partis, à Ksibet El-Mediouni, revendiquent le droit à l’emploi, à un environnement sain et à des services publics de qualité.


    A l’issue d’un meeting tenu, lundi, Place des arts, ils appellent le gouvernement à mettre fin à la marginalisation de leur ville, l’exhortant à trouver des solutions aux problèmes de la pollution, du chômage, de la faiblesse de l’infrastructure et des services publics. Ils menacent d’une grève générale et d’une marche pacifique, le 2 mai 2017, si leurs revendications ne sont pas prises en compte.

    La ville de Ksibet El-Mediouni est devenue marginalisée du fait de sa situation sur le littoral, alors qu’elle l’était déjà dans le passé en raison de son militantisme et de son opposition au despotisme, déclare à l’agence TAP Mounir Hassine, président de la section du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), à Monastir.

    Les composantes de la société civile s’étaient réunies les 7 et 12 mars 2017 au siège du Forum, à Ksibet El-Mediouni, et avaient publié une déclaration dénonçant  » la politique de marginalisation  » menée contre leur ville.

     Tunis Afrique Presse -

    http://africanmanager.com/

    Lire aussi:

    Pollution : Baie de Monastir à Ksibet El Mediouni, un «triangle de la mort» (Nawaat)

  • Maroc « Nous dénonçons l’arrestation de défenseurs de l’environnement à Bni Oukil, opposés au projet de carrière du mont Dchira »(AMDH et ATTAC CADTM )

     

    l’AMDH et ATTAC CADTM Maroc   « Nous dénonçons l’arrestation de défenseurs de l’environnement à Bni Oukil, opposés au projet de carrière du mont  Dchira »

     

    Rabat, le 18 février 2017

    Communiqué conjoint de l’AMDH et ATTAC CADTM Maroc 

    « Nous dénonçons l’arrestation de défenseurs de l’environnement à Bni Oukil, opposés au projet de carrière du mont  Dchira »

    Le 15 février, Mohammed Akkad, qui défend les droits à un environnement sain des habitants de Bni Oukil , près d’Oujda (est du Maroc) a été arrêté par la gendarmerie royale dans l’enceinte même du Tribunal de première instance d’Oujda. M. Akkad a subi des violences de la part de la gendarmerie au moment de son arrestation.

    L’arrestation arbitraire de M. Akkad est en lien direct avec la lutte menée par les habitants de la Commune rurale d’Isly, près d’Oujda, contre un projet de carrière de gravier. Ce projet constitue une menace pour les activités agricoles des habitants et va détruire le patrimoine écologique   du mont Dchira, haut lieu historique de cette région.

    La répression des militants se développe dangereusement. Seize personnes, dont des militants écologistes de la région, sont aujourd’hui poursuivies en justice dans le cadre de cette affaire. Une décision de la wilaya (préfecture) criminalisant toute action contre ce projet pouvait laisser prévoir une telle escalade. Les autorités locales n’ont pas pris en comptes les nombreuses plaintes des habitants contre ce projet.

    Nos deux associations n’ont cessé d’alerter contre l’écran de fumée que représentent les faux projets environnementaux (une carrière n’est jamais présentée comme un projet environnemental) et de développement. LEt nous défendons le droit des populations victimes de l’injustice climatique et sociale de lutter contre  les abus des patrons locaux comme étrangers, qui bénéficient d’une protection totale de l’Etat.

    ATTAC Maroc et l’AMDH apportent leur soutien total aux habitants de Bni Oukil qui s’opposent avec courage contre les projets destructeurs de la nature dans la région de l’Oriental.

    Nous dénonçons les intimidations du responsable de ce projet dangereux ainsi que le harcèlement de l’Etat. Et nous appelons à :

    • La libération immédiate et sans conditions de Mohammed Akkad et nous dénonçons l’agression dont il a fait l’objet dans le hall du Tribunal qui a entraîné des blessures.
    • L’arrêt des poursuites contre les défenseurs de l’environnement et de l’intégrité physique des habitants de Bni Oukil
    • L’arrêt du projet de carrière, refusé par la population locale.
    • Nous lançons un appel à toutes les organisations pour élargir la campagne de solidarité avec les luttes de Bni Oukil et contre toutes les dépassements de l’entrepreneur de ce projet et les violations commises par les autorités, mettant en péril la santé et la sécurité de ces habitants.

    La solidarité et l’union des luttes est notre force pour obtenir nos droits et préserver notre dignité

    Bureau central de l’AMDH

    Secrétariat national d’ATTAC CADTM Maroc

    http://attacmaroc.org/

  • Eau en Palestine

    Hommage à  Jean-Christophe Victor, présentateur du Dessous des cartes, décédé hier

    Israël - Palestine, la guerre de l'eau (Dessous des cartes Arte du 17/03/2010)

  • Dossier: Révolutions Arabes 2011 2016 (NPA)

    gaz de schiste

    Contre le gaz de schiste en Algérie

     

    Flux et reflux de la vague révolutionnaire

    Les jeux des grandes et moyennes puissances

    Le rôle de l’Iran dans la tragédie syrienne

    La dimension kurde du conflit syrien

    Les révolutions arabes et l’environnement : « Le peuple veut l’eau au robinet »

  • Désunion arabe face aux changements climatiques (Anti-k)

    Le Maroc a abrité du 7 au 18 novembre 2016 la vingt-deuxième conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Pourquoi les pays arabes ont-ils été si peu nombreux à y participer ? Reportage dans les couloirs de la « zone bleue » du village de la COP22, réservée aux officiels.

    Le 15 novembre, à Marrakech, dix-huit chefs d’État arabes manquaient à l’appel lors de la photo de la cérémonie d’ouverture du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la 22e Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP22) |1|. Seuls les émirs du Qatar et du Koweït accompagnaient le roi Mohammed VI lors de cette photo. L’infréquentable Omar Al-Bachir, président du Soudan, avait été placé bien loin des trois autres chefs d’État arabes. Si les présidents africains étaient présents en force, et Israël aussi — une partie de la société civile marocaine s’est indignée, mais cette présence a été passée sous silence par les représentants des vingt-deux pays arabes — les dignitaires de la région MENA (Moyen-Orient Afrique du Nord) avaient en effet préféré faire l’impasse sur cette COP en terre marocaine. Leur absence remarquée est le résultat de facteurs conjoncturels et structurels.

    Une COP plus africaine qu’arabe

    Tout d’abord, le Maroc avait choisi de faire de ce sommet une « COP africaine ». Le royaume chérifien paie donc en quelque sorte son désengagement continu de la scène arabe, même si le roi Mohammed VI s’est excusé de ne pas avoir voulu abriter le sommet ordinaire de la Ligue arabe en février dernier. Une décision surprenante, justifiée dans un communiqué fustigeant l’inertie des pays arabes : « Ce sommet ne sera qu’une occasion d’adopter des résolutions ordinaires et de prononcer des discours qui ne feront que donner une fausse impression d’unité et de solidarité entre les États du monde arabe », affirmait en février le ministère des affaires étrangères. Le sommet a été déplacé en catastrophe en Mauritanie, et ce désistement a laissé des traces.

    Les absences des pays arabes à la COP22 sont aussi emblématiques du peu d’intérêt accordé par les décideurs des pays de la région à la question des changements climatiques. Pourtant, la région MENA figure parmi les zones les plus menacées dans le monde par le réchauffement climatique, la désertification et le stress hydrique |2|. La région est même une illustration de l’injustice climatique, dans la mesure où les 22 pays de la région demeurent de faibles émetteurs de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, avec seulement 4,2 % des émissions globales. Une inégalité régionale s’y ajoute : 85 % de ces émissions sont produites par les six pays membres du Conseil de coopération des pays du Golfe (CCG).

    À l’ombre de l’Arabie saoudite

    L’Arabie saoudite est pourtant chef de file et porte-parole du groupe arabe auprès de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCUCC) depuis deux décennies, mandatée par la Ligue arabe. « L’ironie c’est que le ministre du pétrole est toujours présent lors des sommets », regrette un délégué d’un pays arabe |3|.

    Le rôle de Riyad est décrié par les acteurs de la société civile régionale. À l’instar d’autres pays producteurs d’énergies fossiles, le royaume a en effet joué un rôle de blocage lors des négociations de l’accord de Paris sur le climat qui a suivi les conclusions de la COP21. Le royaume saoudien s’est longtemps opposé à la réduction de l’utilisation des énergies fossiles — une position partagée avec les grands producteurs de pétrole d’Amérique latine et d’Afrique — et a notamment bloqué la mention, dans l’accord de Paris, de l’objectif de limitation à 1,5 °C de la hausse des températures. Le groupe arabe avait porté une mention sur ce sujet, qui n’a pas été retenue dans l’accord final.

    La présidence du groupe arabe ne fait plus l’unanimité aujourd’hui. « La position arabe demeure peu visible dans les espaces de la COP. La coopération et les consultations entre les pays sont faibles durant les sommets », regrette un membre de la délégation jordanienne. Même sentiment dans la délégation libanaise : « Au sein du groupe, nous avons certes moins de divergences qu’auparavant. Par le passé, nous avions des différences sur les réponses majeures (la transition vers le renouvelable, le financement de la transition énergétique, l’objectif 1,5 C °), mais depuis l’accord de Paris ces questions ont été résolues. Maintenant, nous devons avoir une coordination de nos positions », exige Vahakn Kabakian, chef de la délégation libanaise.

    Le manque de consultation préalable inquiète également plusieurs délégations arabes. « L’Arabie saoudite ne doit pas se contenter de nous informer sur ce qui s’est passé lors des négociations. Nous devons nous concerter sur les propositions communes. La situation est inconcevable », déplore le responsable libanais.

    Sous influence climato-sceptique

    Ces divergences de points de vue et d’approches entre les pays arabes se sont manifestées lors des négociations pour l’accord de Paris en 2015. L’Arabie saoudite avait joué un rôle de blocage pour en retarder l’adoption par le groupe arabe. « Une bonne partie de ce groupe est composé de pays membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). Cette année à Marrakech, les Saoudiens ont encore une fois bloqué des négociations, déjà très lentes », regrette Safa’Al-Jayoussi, coordinatrice de Climate Action Network (CAN) pour le monde arabe.

    Le manque de visibilité et d’actions de ces pays lors des sommets sur le climat est fréquemment expliqué par ce rôle joué par le royaume saoudien. « Depuis le démarrage du processus de négociation sur le climat, la délégation saoudienne était présidée par Dr Mohamed Al-Sabban. Ce climatosceptique avait la réputation d’être un acteur de blocage pour l’avancement des négociations », rappelle Wael Hmaidan, directeur de CAN-International |4|. Le remplacement de ce diplomate saoudien à partir de 2015 aura permis à l’Arabie saoudite de modifier légèrement ses positions au sujet des négociations climatiques.

    Dans les rangs de la délégation saoudienne présente à Marrakech, une lecture conservatrice de l’accord de Paris est toujours prédominante. Ayman Shasly est conseiller au ministère saoudien de l’énergie et membre de l’équipe des négociateurs : « L’accord de Paris permet une adaptation selon le niveau de développement de chaque pays. Les pays n’ont aucun engagement pour fournir des efforts en matière d’énergies fossiles. Tous les engagements restent volontaires », indique-t-il. D’autres pays arabes prennent leurs distances avec cette stratégie.

    Faible ratification de l’Accord de Paris

    À une journée de la fin du sommet, Safa’ Al-Jayoussi était déçue par la faible présence arabe lors de cette COP. « La participation arabe était plus importante lors de la COP21 », compare-t-elle. Pourtant son réseau a appelé durant des mois à « une présence forte pour soutenir la présidence marocaine », en vain : seuls quelques ministres de l’environnement ont fait le déplacement. « Le nouveau président libanais devait participer à ce sommet, mais il a été retenu par des engagements urgents liés à la formation du nouveau gouvernement », explique pour sa part le chef de la délégation libanaise.

    Cette présence plus que discrète est à l’image de la faible mobilisation pour la signature de l’accord de Paris parmi les pays membres de La Ligue arabe. Sur les vingt-deux pays, seuls trois – l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Maroc — ont déposé leur signature auprès de la CNUCUCC. Quatre pays ont lancé le processus de ratification au niveau national : l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et le Liban. « Nos pays sont venus à la COP22 peu préparés. Ils ont été surpris par le rythme rapide des ratifications. Au final, ils étaient frustrés de ne pas pouvoir participer à la négociation, car ils ne font pas encore partie de l’accord », observe Safa’Al-Jayoussi.

    En ordre dispersé

    À la « zone bleue » de la COP22, les pavillons des pays arabes n’avaient pas tous la même visibilité et le même positionnement. Le Maroc, pays hôte, confirmait son orientation africaine à la recherche d’opportunités d’affaires dans ce continent. La Tunisie, également présente dans le pavillon africain, s’est contentée d’une présence symbolique et d’un pavillon modeste. L’Algérie pour sa part avait choisi de ne pas avoir de pavillon, réduisant sa présence au strict minimum. Au final, c’est le pavillon du CCG qui aura été le lieu de rassemblement de ces délégations. Cet espace organisait quelques rares moments d’échanges entre les pays de la région sur leurs stratégies d’adaptation face aux changements climatiques. Très peu suivies par les délégués des pays, les présentations des programmes nationaux n’ont pas apporté une réponse régionale aux défis posés par le changement climatique.

    Tous ces facteurs mènent les pays arabes à des stratégies isolées. Comme le Maroc, l’Égypte se positionne comme un acteur-clé dans le groupe des pays africains. C’est d’ailleurs le ministre égyptien de l’environnement, Khaled Fahmy, qui en assure la présidence. Le Liban, le Maroc et la Tunisie font partie du Climate Vulnerable Forum, qui défend des positions davantage progressistes que le groupe arabe. Même les Émirats arabes unis (EAU), l’un des principaux alliés du royaume commence à s’émanciper -– légèrement — de la tutelle du grand frère saoudien. Sur le pavillon du CCG, les Émirats Arabes Unis ont choisi de faire cavalier seul, ayant choisi de disposer de leur propre pavillon. L’émirat exprimait ainsi sa forte mobilisation face aux changements climatiques. Ces réponses nationales rendent difficiles toutes coordinations régionales.

    L’endettement comme perspective

    Ces multiples positionnements n’ont pas été faciles à gérer pour des pays comme le Maroc. « Bien que le Maroc ait pris part aux COP depuis 1995, il est difficile d’identifier une stratégie autonome du pays ou une position politique claire sur le sujet. En absence de vision claire, ‘’nos ‘’ négociateurs sont perdus entre vingt groupes de négociations », explique Jawad Moustakbal, membre de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) Maroc. Ces stratégies solitaires affaiblissent la position commune, laissant le champ libre à l’Arabie saoudite. « Notre principal handicap est que le groupe arabe est présidé par un pays pétrolier et climatosceptique, tranche Al-Jayoussi. « Nous aurions espéré une déclaration commune des pays arabes, une initiative de soutien à la présidence marocaine de cette année, or nos représentants brillent par leur discrétion ».

    L’unique initiative à dimension régionale a finalement été l’œuvre de la Banque mondiale. Le vaisseau amiral des politiques néolibérales dans les pays en développement promet aux pays de la région MENA des recettes déjà mises en œuvre pour d’autres problématiques, notamment la réduction de la pauvreté. Ainsi, cette institution annonce, entre autres, qu’elle portera de 18 à 30 % la part de ses prêts en appui à l’action climatique |5|. À défaut d’une réponse régionale des gouvernements arabes, les peuples du Maghreb et du Machrek ont pour perspective de devoir s’endetter dans les décennies à venir pour financer une difficile adaptation aux changements climatiques.

    Notes

    |1| Retrouvez notre dossier complet « COP22 Des paroles aux actes ».

    |2| Pour une radioscopie complète des conséquences des changements climatiques sur la région, voir Climate Projections and Extreme Climate Indices for the Arab Region, UN Economic and Social for Western Africa (ESCWA), 2015.

    |3| Plusieurs des interviewés ont requis l’anonymat.

    |4| Wael Hmaidan, « The Wind of Change Hitting the Arab Region ? », in A Region Heating Up : Climate Change Activism in the Middle East and North Africa, Perspectives n° 9 (août 2016), fondation Heinrich Böll.

    |5| Un nouveau plan d’appui à la lutte contre le changement climatique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 15 novembre 2016.

    CADTM – 19 décembre par Salaheddine Lemaizi

    Auteur.e

    Salaheddine Lemaizi membre d’ATTAC CADTM Maroc et Comité des études et de plaidoyer du CADTM Afrique.

     

  • Sur la perspective des classes dirigeantes et de l’élite au Maroc concernant les enjeux environnementaux (CADTM)

    Cet article a été publié en version originale anglophone pour la première fois le 12 octobre 2016.

    « La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays.

    Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins »
    (Discours de Thomas Sankara du 4 avril 1986) |1|. – (1949-1987)

    « De toutes les régions encore appelées le tiers monde, la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est celle qui fait face à la crise de développement la plus sévère » |2|. – Gilbert Achar

     

    L'oued Moulouya

    Le Maroc est un modèle d’injustice climatique. Alors que ses propres émissions de gaz à effet de serre sont globalement insignifiantes – avec 1.74 tonnes métriques par habitant en 2011 comparé à 17 tonnes métriques aux Etats-Unis (voir Graphique) – le Maroc est parmi les pays les plus vulnérables dans le monde face aux impacts négatifs du changement climatique. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les ressources en eau et l’agriculture.

    Comme la plupart des pays non producteurs de pétrole de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), le Maroc est l’un des moins susceptible de s’adapter aux impacts actuels et attendus du changement climatique. Ceci est dû à un manque de démocratie au Maroc, à une corruption endémique, une pauvreté généralisée, un niveau élevé des inégalités économiques, et un faible niveau de l’éducation. Comme l’explique Gilbert Achcar : « de toutes les régions encore appelées le tiers monde, la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est celle qui fait face a la crise de développement la plus sévère » |3|.

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    Cet article tend à montrer comment l’État marocain n’a pas de position claire et indépendante relative aux questions environnementales globales et la crise climatique; et n’a pas réussi à développer sa propre stratégie dans le processus de négociation de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce manque d’indépendance trouve son origine dans l’histoire du colonialisme français et dans la théorie de la modernisation d’après-guerre, ainsi que dans l’alliance des classes dirigeantes marocaines avec le capital étranger.


    Est-ce que le régime marocain a une réelle perspective indépendante concernant les enjeux environnementaux dans le monde ?

    Le régime marocain ne base pas ses politiques environnementales sur sa position en tant que pays victime d’injustices climatiques. Il ne s’est pas allié à d’autres pays du Sud pour réclamer son droit à la justice environnementale, pour réclamer la reconnaissance de sa dette écologique – une dette écologique historique que les pays du Nord et leurs grandes entreprises doivent à tous les pays pauvres du Sud. Plutôt que de développer sa propre approche en collaboration avec des pays du Sud semblables, le régime marocain continue d’adopter des positions similaires à celles préconisées par les puissances mondiales telles que la France et les États-Unis.

    De plus, l’alignement du régime marocain sur les monarchies du Golfe, particulièrement l’Arabie Saoudite, est encore plus troublant en ce qui concerne la position des négociateurs marocains dans les négociations climatiques – en raison de la position très conservatrice de l’Arabie Saoudite dans ces négociations. Saïd Reem Al Mealla, co-fondateur du Mouvement Arabe de la jeunesse sur le climat, a expliqué juste avant la COP 21 à Paris :
    « La société civile arabe fait pression sur les pays arabes pour prendre une position collective plus forte lors des pourparlers de la COP21 à Paris mais c’est difficile, en particulier pour les États producteurs de pétrole. L’Arabie Saoudite est opaque et refuse de collaborer ce moment. Ils ont embauché une équipe de Relations Publiques pour gérer toute leur communications et nous trouvons qu’il est très difficile de se mettre en contact avec eux » |4|].

    Même si le Maroc a pris part à toutes les Conférences des Parties (COPs) depuis leur lancement en 1995, il est difficile d’identifier une stratégie autonome ou une position politique claire chez les négociateurs marocains. Ilest aussi difficile d’identifier les alliés du Maroc : les pays arabes ? Les pays africains ? Le Groupe des 77 |5|,  la Chine ? En raison de cette absence de vision claire, « nos » négociateurs sont perdus parmi plus de 20 groupes de pression.

    En conséquence, la participation marocaine dans ces négociations n’est pas plus que symbolique. C’est la situation décrite par un négociateur marocain, qui a préféré l’anonymat, et qui a pris part aux négociations de la COP depuis plusieurs années :
    « Le changement climatique implique un grand nombre de réunions et beaucoup de voyages… On ne peut que s’interroger sur l’utilité de telles réunions. Même lorsqu’un accord est conclu, comme à Kyoto en 1997, l’accord n’est jamais pleinement appliqué et les objectifs ne sont jamais totalement atteints » |6|.

    En outre il prétend que :
    « … ces réunions deviennent un véritable gaspillage de temps et d’énergie. D’après mon expérience, je sais que rien ne se passe avant la toute dernière minute des deux semaines de négociations. Je sais qu’il y aura des décisions décevantes, faites dans des salles cachées entre quelques délégués de pays importants et elles seront annoncées très tôt le lendemain matin »

    D’autre part, étant donné l’absence d’une vision claire et l’échec de nos représentants à participer et à agir de manière indépendante, le rôle du Maroc dans la tenue de telles conférences internationales se limite aux questions logistiques ; c’est- un organisateur de fêtes chargé de préparer le lieu de la cérémonie et le décorer, de prendre soin des invités en assurant la restauration et la musique … »

    “Le capitalisme vert marocain”

    Le fait que les classes dirigeantes du Maroc n’aient pas de perspective claire et autonome sur la crise climatique ne les empêche pas de chercher de nouvelles opportunités pour accumuler plus de profits au nom de la protection de l’environnement.

    La plupart des entreprises impliquées dans des projets de développement écologique, tant nationales qu’étrangères ont historiquement été responsables de la pollution de beaucoup d’écosystèmes locaux.
    Un exemple en est la Société Nationale d’Investissement (SNI), société de portefeuille dont le plus grand actionnaire est la famille royale. Elle se présente aujourd’hui comme un leader dans le développement durable au Maroc, particulièrement dans l’énergie éolienne. Cependant, non seulement son entreprise sucrière Consumar a été impliquée dans des désastres de pollution mais sa branche minière Managem et sa mine d’argent « Imider », localisée dans le sud du Maroc, a provoqué la contamination d’aquifères et elle est toujours en conflit avec la population locale concernant les ressources en eau |7|.
    La participation des classes dominantes dans les projets « verts » aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une continuation des opérations de vol « légitimé », dans lesquels elles ont été impliquées depuis l’indépendance officielle du Maroc. Comme l’a bien décrit Frantz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre :

    « Il arrive que la décolonisation ait lieu dans des régions qui n’ont pas été suffisamment secouées par la lutte de libération et l’on retrouve ces mêmes intellectuels débrouillards, malins, astucieux. On retrouve chez eux, intactes, les conduites  et  les  formes  de  pensée  ramassées  au  cours  de  leur  fréquentation  de  la bourgeoisie colonialiste. Enfants gâtés hier du colonialisme, aujourd’hui de l’autorité  nationale,  ils  organisent  le  pillage  des  quelques  ressources  nationales.  Impitoyables, ils se hissent par les combines ou les vols légaux: import-export, sociétés anonymes, jeux de bourse, passe-droits, sur cette misère aujourd’hui nationale. Ils  demandent  avec  insistance  la  nationalisation  des  affaires  commerciales,  c’est-à-dire  la  réservation  des  marchés  et  des  bonnes  occasions  aux  seuls  nationaux. »  |8|. Dans notre contexte local, ceci revient à la “marocanisation” du vol des ressources marocaines.

    Un discours anti-pastoral

    Les classes dirigeantes au Maroc ont hérité du discours environnemental du colonialisme français, qui dans le cadre de sa « mission civilisatrice », a présenté les méthodes de subsistance traditionnelles des indigènes comme inefficaces et nuisibles à la terre. Ce discours prétend que pour conserver la terre et les autres ressources naturelles, la foresterie traditionnelle et les méthodes d’agriculture et de pâturage sur les terres collectives devraient être remplacés par l’agriculture moderne et la propriété privée. Ce discours colonial – appelez-le anti-pastoral, proto-conservateur, moderniste – était premièrement utilisé par les français en Algérie comme une justification technocratique pour déposséder les locaux de leur terre et ressources. Comme l’explique Davis, D.K. (2006):

    « [Ce discours] était largement utilisé pour faciliter l’appropriation des terres collectives, un exemple classique de confiscation des biens communs si emblématiques dans le changement des relations sociales avec la nature entrepris pendant cette période du libéralisme classique et de la montée de l’économie mondiale. L’utilisation actuelle de ce discours néocolonialiste par la monarchie marocaine et les acteurs financiers internationaux a facilité la confiscation contemporaine des biens communs ; … l’utilisation de ce récit faisait des éleveurs marocains et des agriculteurs de subsistance comme des « hors-la-loi » … Cela a aussi été utilisé pour changer et réécrire de nombreuses lois et politiques au cours de la période coloniale. Dans ce processus, les usages traditionnels de la forêt et des terres par les Algériens ont été systématiquement criminalisés et la majorité de la population indigène a été marginalisée et appauvrie. Le même récit environnemental fut porté à la Tunisie en 1881 et au Maroc en 1912, avec les même effets.» |9|.

    Ce premier discours colonial s’est fusionné avec ce qui est connu à présent comme la Théorie de la modernisation après la Seconde guerre mondiale. Désormais au nom du développement plutôt que de la mission civilisatrice, un nouveau groupe d’institutions financières internationales, telles que la Banque mondiale et le Fond monétaire international (FMI) ainsi que l’USAID, attaquent les formes de propriété collective comme étant inefficaces et poussent plutôt vers un modèle de propriété privée, capitalistique , avec une utilisation intensive de produits chimiques. Malgré que ceci a été présenté comme le chemin vers la prospérité pour tous, il n’a entrainé qu’une hausse des inégalités.

    Comme l’explique assez bien K. Davis, ces nouveaux champions de la mondialisation capitaliste … « ont utilisé ce discours pour encourager les réformes dans la gestion des pâturages pendant 30 ans. Invoquant la thèse libérale de la « tragédie des communs » de Garrett Hardin qui prétend que toutes les terres communes seront nécessairement surexploitées et devraient donc être privatisées, l’USAID a fortement recommandée qu’au Maroc « les pâturages collectifs doivent premièrement être confisqués »… L’USAID affirme qu’il est nécessaire de clôturer les pâturages collectifs en raison de sa sévère dégradation, bien qu’il admet « qu’il n’y a pas de données fiables sur le degré de la dégradation actuelle »… Malgré ce manque déroutant de données démontrant le surpâturage et la dégradation des sols, l’USAID a conseillé le Maroc de privatiser les pâturages depuis les années 60 » |10|.

    Au cours des deux dernières décennies, un autre discours technocratique de modernisation a émergé et a tenté de se présenté comme « vert ». Aujourd’hui, dans des milieux qui prétendent être progressistes, efficaces et innovants, la gestion environnementale est invoquée pour justifier les attaques sur la propriété collective et publique.

    Malheureusement, dans le milieu universitaire marocain et dans les discussions publiques, la question de l’écologie politique est presque entièrement absente. Le fait que la publication et la recherche universitaire reste toujours faible n’aide pas à surmonter le discours dominant sur le « supposé » progrès capitaliste. « En 2009, le nombre de publications scientifiques marocaines n’a pas dépassé les 3100, loin derrière l’Afrique du Sud, l’Egypte, la Tunisie, l’Arabie Saoudite et l’Algérie » |11|.

    Sur la perspective des classes dirigeantes et de l’élite au Maroc concernant les enjeux environnementaux.


    Que dit la société civile marocaine sur les questions environnementales ?

    Si les dirigeants et les classes dominantes sont incapables de développer une perspective indépendante et alternative sur le problème du changement climatique et de la crise environnementale mondiale, alors la question qui se pose est : Y-a-t-il un autre acteur dans le pays qui peut penser à cette perspective alternative, et plus précisément, la société civile est-elle capable de le faire ? Récemment, le Maroc a assisté à l’émergence de milliers d’associations dites de la société civile focalisées sur les problèmes environnementaux. La quantité et les activités de ces associations ont augmenté à l’occasion de l’organisation par le Maroc de la COP22. Le résultat est l’expansion des associations « mercenaires » profitant du sujet de la protection environnementale pour bénéficier de subventions. Par ailleurs, l’État intervient sérieusement pour tenir les ONGs éloignées des enjeux environnementaux majeurs considérés comme politiquement sensibles, et limiter leur champs d’intervention à la simple collecte des ordures et à la plantation d’arbres, comme on le voit dans la campagne de « Boundif »  pour le nettoyage des plages |12|.

    De plus, certaines organisations environnementales  essayent de remédier à la négligence de l’Etat dans différents domaines, et à son incapacité à fournir des infrastructures de base telles qu’alimenter en eau des villages, construire des routes, ou aider les habitants à s’organiser en coopératives pour produire et distribuer des produits locaux.

    Au-delà d’une connaissance insuffisante concernant les défis environnementaux mondiaux, un certain nombre de militants considèrent le débat sur ces sujets comme un luxe intellectuel, compte tenu du niveau de pauvreté et du manque de démocratie qui existe actuellement au Maroc. Ce groupe  adopte une perspective « mécanique » qui peut être résumée de la manière suivante : nous devons militer d’abord pour établir une démocratie et réclamer des droits économiques et politiques. Quand ces conditions seront remplies, nous pourrons parler de protection de l’environnement et discuter de la crise climatique. Ceci était évident dans les manifestations du mouvement du 20 février, qui n’incluaient pas de demandes claires concernant le problème de l’environnement, à l’exception de quelques slogans liés à la répartition des richesses naturelles. (Voir photo)

    2

    Manifestation qui a eu lieu à Rabat en 2011 avec une pancarte où on peut lire ‘nous avons des phosphates et deux mers mais nous vivons une vie de misère »

     

    Un chemin plein d’espoir : Vers un modèle de développement éco-socialiste

    En 2009, j’ai participé au Forum Social Mondial (FSM) à Belém, capitale et plus grande ville de l’État de Pará dans le nord du Brésil aux portes du fleuve Amazone. Le forum de Belém était un des FSM les plus réussi grâce notamment à l’implication directe des brésiliens, avec plus de 140.000 participants, en particulier des peuples autochtones |13|]. Cette année-là, le FSM s’était principalement focalisé sur la crise environnementale mondiale, en la considérant comme un des pires aspects de la « crise systémique » et de la « crise de civilisation » auxquels le monde fait face aujourd’hui.

    J’ai été témoin et j’ai été impressionné par la façon dont les ONG sociales et environnementales tiraient leurs forces de leur peuple et essayent de développer des alternatives basées sur leurs propres histoires et traditions, sans importer des solutions toutes faites venant de l’Ouest. Inspiré par cela, je crois qu’un défi fondamental auxquels sont confrontés les militants sincères et les ONG dans la région MENA est : comment construire un véritable mouvement de justice sociale et environnementale, relié au mouvement international, mais ne reproduisant pas la même relation néocoloniale avec les puissances occidentales que nos gouvernements maintiennent toujours ?

    Le chemin pour construire un réel mouvement de justice environnementale au Maroc sera long et dur, mais il  est devenu aujourd’hui à la fois inévitable et nécessaire de le tracer.

    La première étape vers la construction d’un tel mouvement est de comprendre consciencieusement les dommages que les modèles de développement adoptés jusqu’à maintenant génèrent dans les systèmes environnementaux. Et ce, en fournissant des analyses critiques à partir d’une perspective de justice environnementale des plans économiques stratégiques qui se déroulent actuellement au Maroc ; et aussi en proposant des alternatives pratiques avec pour objectif de construire un modèle de développement progressiste, c’est-à-dire un modèle éco-socialiste.

    Le point le plus important à souligner ici, est la contradiction structurelle entre les ressources naturelles limitées du pays et les choix stratégiques adoptés par les dirigeants du Maroc. La plupart des plans mis en place, tels que le Plan Azur pour le tourisme, le Plan vert marocain pour l’agriculture et le Plan Halieutis pour la pêche, non seulement ignorent l’impact des changements climatiques sur les ressources que le Maroc possède, mais renforcent leur épuisement en encourageant leur surexploitation. Les conséquences déjà visibles et celles potentielles de ces plans sur les ressources naturelles du pays, conjuguées à l’approche économique néolibérale et aux plans d’ajustement structurel mis en place depuis plusieurs décennies, ajoutées aux impacts actuels et futurs du changement climatique, conduisent à une imminente « convergence catastrophique » |14|, et constituent une véritable menace pour la nature humaine et non-humaine du Maroc.

    Le second défi pour construire un grand mouvement de justice environnementale est de favoriser les connections et solidarités entre les véritables victimes de l’injustice environnementale locale et mondiale qui luttent chaque jour partout au Maroc pour protéger leurs droits et leurs territoires.


    Pour citer quelques exemples :

    À Ouarzazate/Imider, les communautés locales luttent depuis 2011 contre la surexploitation et la pollution de l’eau par une entreprise minière, ainsi que pour leurs droits historiques et leur souveraineté sur leurs propres ressources ;

    À Bensmim, les villageois ont mené une lutte spectaculaire qui a duré plus de 10 ans pour défendre leurs droits relatifs à l’eau contre une entreprise de mise en bouteille appartenant à une multinationale soutenue par les autorités centrales ;

    À Mohamedia, les habitants ont pris position contre un puissant lobby immobilier privé qui voulait “clôturer” et détruire leurs plages, plages déjà altérées par les industries locales, notamment par une digue construite pout les besoins d’importation de pétrole pour la raffinerie « Samir ». Nous devons nous rappeler que cette même raffinerie, la seule au Maroc privatisée dans les années 90, a été conduite vers la faillite début 2016 par ses nouveaux propriétaires privés ;

    À Saadia, une coalition d’ONG locales menée par un ingénieur agronome local a révélé l’impact catastrophique d’un mégaprojet touristique peu judicieux qui nuisait à l’écosystème côtier et excluait et marginalisait les communautés locales ;

    À Agadir/Ait Melloul, de petites ONG menées par d’anciens membres de l’association des diplômés chômeurs ont réussi à arrêter une usine très nuisible et polluante impliquée dans le recyclage d’huiles de cuisine.

    Ces luttes sont, pour moi, une source d’espoir et d’inspiration. L’espoir que nous pouvons construire un grand mouvement populaire de justice environnementale de grande envergure au Maroc. Un mouvement agissant non seulement pour une véritable protection des écosystèmes locaux mais aussi pour une souveraineté réelle et totale des citoyens et des communautés locales sur leurs ressources naturelles et pour leur droit légitime de décider des utilisations appropriées de leur eau, leurs terres, leurs forêts, leur mer et leur soleil.

    Casablanca, Octobre, 2016

    Traduit par Trommons

    Jawad Moustakbal

    Cette publication est une mise à jour d’un article publié par le magazine “Perspectives” « n°9 août 2016 » édité par la Fondation Heinrich Boll.

    http://attacmaroc.org/fr

    Notes :

    |1| Gakunzinom, D.(1988) Oser Inventer L’avenir : La parole de Sankara (1983 – 1987). Atlanta : Pathfinder Press. p. 13

    |2| Achar, G. (2013) The people want : A Radical Exploration of Arab Uprising. London : University of California Press. P.10

    |3|  Ibid, p.10

    |4| Pari, T. Here’s why Saudi Arabia is highly unpopular at Paris climate conference. [Online] Updated : December 10, 2015 4:53 pm. Available : http://indianexpress.com/article/bl… [28 May 2016

    |5| « Le Groupe des 77 est la plus grande organisation intergouvernementale des pays en développement des Nations unies qui offre aux pays du Sud les moyens d’articuler et de promouvoir leurs intérêts économiques collectifs et de renforcer leur capacité de négociation commune sur toutes les grandes questions économiques internationales au sein de l’ONU et de promouvoir la coopération Sud-Sud pour le développement. » Pour plus de détails, visitez : http://www.g77.org

    |6| Cette déclaration a été rédigée par le négociateur dans une présentation textuelle de son expérience personnelle dans ces négociations en faveur des étudiants d’une université américaine en 2014.

    |7| Bouhmouh, N & Bailey, K.D. A Moroccan village’s long fight for water rights For four years, residents of Imider have held a sit-in against a mine they say is ruining their livelihoods. [Online]. Available : http://www.aljazeera.com/news/2015/… [28 May 2016

    |8| Fanon, F. (2004) ‘On violence’. In : The wretched of the earth. New York : Grove Press. P. 47

    |9| Davis, D.K. (2006). Neoliberalism, environmentalism, and agricultural restructuring in Morocco. The Geographical Journal, 172(2), p.93.

    |10| Ibid, p.94.

    |11| Hicham, H. Recherche scientifique : des cerveaux mais des moyens dérisoires. Lavieco newspaper [online]. Available : http://lavieeco.com/news/societe/re… [28 May 2016

    |12| Une campagne organisée chaque année par la « Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement » présidée par la princesse royale. Voir : http://www.fm6e.org

    |13| Conway, J. Belém 2009 : Indigenizing the Global at the World Social Forum [Online]. Available : http://www.openspaceforum.net/twiki… [28 May 2016

    |14| Parenti, C. (2012) Tropic of Chaos : Climate Change and the New Geography of Violence. New York : Nation Books, p.7.

  • Déclaration de Marrakech

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    Le Maroc est prêt!

    Nous, mouvements sociaux marocains, maghrébins, africains et internatio- naux, rassemblés à Marrakech à l’occasion de la COP22 réaffirmons notre détermination à construire et défendre la justice climatique, et notamment à agir pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C  conformément à l’engagement pris à Paris par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement.

    Le monde ne peut pas attendre

    Partout, les inégalités sociales se creusent, les droits régressent, les conflits et les guerres se multiplient ou s’enlisent. Nos peuples sont opprimés et la biodiversité s’éteint. Les conséquences du changement climatique sont particulièrement fortes en Afrique et dans les pays du Sud.

    Les records de chaleurs, dépassés tout au long de l’année 2016, et la succession de cyclones, d’ouragans, d’inondations, de feu de forêts, de sécheresses, nous rappellent que le changement climatique est une réalité, qui affecte d’ores et déjà des centaines de millions d’entre nous - en particulier le flot de migrant.e.s arraché.e.s de leur terre et jeté.e.s dans les eaux au péril de leur vie. Nous savons que la différence entre 1,5°C et 2°C de réchauffement n’est pas mathématique mais est une question de vie ou de mort.

    Les mouvements et les organisations de la société civile constatent que les négociations internationales sur le climat ne parviennent à déboucher sur les politiques indispensables, et considèrent donc que continuer de construire le mouvement pour la justice climatique est une priorité.

    Nous dénonçons également la présence de multinationales polluantes et criminelles dans l’enceinte de la COP. Les COP ne doivent pas être transformées en opération de greenwashing par des gouvernements qui ne respectent pas nos droits et nos libertés.

    Zéro fossile, 100 % renouvelables : notre horizon, notre lutte

    Contenir le réchauffement climatique à 1,5°C implique de laisser les combustibles fossiles dans le sol, en commençant par les hydrocarbures non-conventionnels. Nous appelons donc les dirigeant.e.s du monde entier à geler le développement de nouveaux projets fossiles et à engager la transition juste vers un futur 100% renouvelable et démocratique. L’industrie fossile est engagée dans une bataille pour sa propre survie. Nous savons donc que nous devons nous mobiliser pour bloquer ses projets destructeurs, partout où cela sera nécessaire.

    Nous devons également nous battre pour ne pas être dépossédé.e.s des alternatives : nous travaillons à une transformation sociale, écologique, féministe et démocratique et ainsi construire les emplois de demain.

    Nous exigeons également un contrôle citoyen sur les fonds verts, dont 50% des financements doivent aller à des projets et stratégies basés sur les communautés et les écosystèmes.

    C’est la seule voie pour sortir du modèle productiviste extractif, soumis aux règles du marché et ne pas tomber dans le piège de l’économie verte et des fausses solutions : notre avenir ne dépend pas de la main invisible du marché mais du pouvoir des peuples du monde entier.

    Contre Donald Trump et son monde...

    Certains utilisent la crise sociale pour justifier des politiques réactionnaires, conservatrices, racistes, sexistes, qui ne font qu’accroître les injustices climatiques.

    Donald Trump n’est que le dernier avatar de ce national-populisme autoritaire, qui menace en premier lieux les femmes, les personnes de couleurs, les migrant.e.s, les musulman.e.s et les plus pauvres d’entre nous.
    ...un climat de convergence

    Nous exigeons la libération immédiate de tou.te.s les prisonnièr.e.s environnementaux et la protection des défenseur.e.s de l’environnement, partout dans le monde.

    De notre côté, nous nous engageons à œuvrer conjointement pour :

    - instaurer des processus d’élaboration des politiques collectifs et concertés à l’échelle locale et territoriale pour garantir une participation citoyenne effective, faire entendre la voix de la société civile, et faire des législations nationales des vecteurs de justice sociale et d’émancipation permettant de garantir aux peuples la réappropriation des biens communs (la terre, l’eau, l’air, les semences), ce qui passe notamment par la défense de la souveraineté alimentaire ;

    - concevoir et mettre en place un espace régional citoyen en intégrant en particulier l’espace africain, l’espace méditerranéen et celui des États insulaires qui reflètent l’ampleur et l’urgence à avancer dans nos combats communs pour la justice climatique.

    Nos peuples souffrent mais nos luttes sur le terrain prennent de l’ampleur et la prise de conscience collective de la nécessité d’unité, de respect de la diversité et de complémentarité des modes d’action, s’amplifie.

    Nous sommes convaincu.e.s que les changements nécessaires sont profonds. Nous refusons que nos États se plient aux choix du libre-échange et permettent à des entreprises de se doter d’armes législatives leur permettant d’agir impunément et que les lois du marché puissent outre-passer l’accession aux droits pour toutes les femmes et tous les hommes, de défendre le droit des petit.e.s paysan.ne.s et pécheur.e.s, et de toute celles et ceux qui sont en première ligne de la construction d’un monde réellement juste et durable.

    Nous n’attendrons pas les moments de négociation internationale pour nous réunir et travailler à notre convergence. La travail se fait depuis longtemps, se poursuit et continuera sur le terrain et au niveau des mouvements de base qui luttent localement pour un autre système, un autre monde.

    Nous tenons en particulier à affirmer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui sont en première ligne de la lutte contre l’extractivisme : à Imider, à Gabes, à Aïn Salah, à Standing Rock, à Notre Dame des Landes, et partout ailleurs.

    Nous sommes solidaires de la lutte du peuple Palestinien pour sa liberté et ses droits à la terre et à l’accès à ses ressources.

    Aujourd’hui, nous réaffirmons avec force et conviction qu’un autre monde est possible !

    Fait à Marrakech, le 17 novembre 2016.

    http://www.ujfp.org/