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  • Dossier: Violences à Gaza et impasse palestinienne (Orient 21)

     

    Il y a tout juste un an, le 8 juillet 2014, débutait l’offensive israélienne sur Gaza par une phase de bombardements qui faisait plus de 200 morts. Le 26 août, l’Égypte, la Palestine et Israël annonçaient un accord de cessez-le-feu permanent. Le 23 septembre, après une première séance de négociations entre Israéliens et Palestiniens organisée sous l’égide de l’Égypte, on annonçait la reprise de pourparlers fin octobre ; à cette date, un nouveau report sine die à l’initiative de l’Égypte... Orient XXI proposait alors cette série d’articles qui permettaient de faire un point sur l’avant « guerre de Gaza ».

    Selon un porte-parole du Djihad islamique, un cessez-le-feu à Gaza aurait été négocié par l’Égypte mais Israël dément. À supposer qu’il soit établi et respecté, il faut savoir qu’il ne sera que provisoire. Tant que les territoires palestiniens resteront occupés, tant qu’il n’y aura pas d’État palestinien, il ne peut y avoir de paix stable. Or, les négociations israélo-palestiniennes sont dans l’impasse.

    Il faut aussi noter que, malgré le retrait des troupes israéliennes de Gaza en 2005, ce territoire reste occupé, comme le reconnaît l’ONU. Non seulement pour des raisons légales, mais parce que la vie des Palestiniens de Gaza est décidée par ses geôliers, même si ceux-ci campent à l’extérieur. Deux exemples parmi tant d’autres : 35 % des terres cultivables et 85 % des eaux pour la pêche sont partiellement ou totalement inaccessibles aux Gazaouis à la suite des restrictions imposées par Israël. D’autre part, le territoire reste soumis à un blocus qui aggrave la situation et qui amène les Nations unies et la communauté internationale à accepter et à gérer l’inacceptable.

     

    Et, à chaque étape, le gouvernement israélien invente une nouvelle condition pour un accord, la dernière étant que l’Autorité reconnaisse Israël comme «  État du peuple juif  ».

     

     

     

    Comme à chaque escalade, que ce soit en 2008, lors de l’invasion israélienne de Gaza, en novembre 2012 ou aujourd’hui, ce sont des raids israéliens visant des militants qui ont entrainé une riposte d’organisations palestiniennes.

     

    Pourtant, à chaque fois, l’Union européenne et la France reprennent le récit israélien sur la responsabilité, [confirmant une nouvelle fois leur alignement sur Tel-Aviv.

     

    Il suffit de jeter un œil sur les cartes ci-dessous pour mesurer combien, au cours des décennies, le territoire palestinien a été conquis, rongé, colonisé. C’est la négation de la promesse, toujours reportée, de la création d’un État palestinien, de la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination qui reste la cause de l’instabilité.

     

     

  • L’état d’urgence décrété en Tunisie (CCR)

    Les maigres acquis démocratiques du printemps tunisien remis en question

    Suite à l’attentat au musée du Bardo du 18 mars (22 morts) puis contre la station balnéaire d’El-Kantaoui près de Sousse du 26 juin (38 morts), le président tunisien Beji Caid Essebci vient de décréter l’état d’urgence dans tout le pays. Dans un contexte de montée du mécontentement social, de la réouverture d’un cycle de grève et d’occupations durant ces derniers mois, d’une impopularité croissante de la part du gouvernement de coalition composé des islamo-conservateurs d’Ennhada et de l’alliance des partis républicains laïcs hérités d’une recomposition des forces bénalistes, le pouvoir en place utilise le traumatisme que suscite ces attaques terroristes au sein de la population pour faire passer un renforcement autoritaire du régime : restrictions des libertés démocratiques fondamentales – de réunion, de presse, d’expression, interdiction des grèves – tout comme des garanties juridiques à la défense des suspects, l’état d’urgence vient renforcer la toute puissance de l’appareil d’Etat et renoue avec des traditions héritées de l’ancienne dictature.

    L’état d’urgence : un instrument ordinaire en Tunisie

    Selon le décret de 1978, l’état d’urgence en Tunisie « peut être déclaré sur tout ou partie du territoire de la République, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant par leur gravité le caractère de calamité publique ». Il donne au ministre de l’Intérieur et aux gouverneurs des régions qui sont les représentants de l’Etat sur le territoire une totale marge de manœuvre en matière de restrictions de libertés, que ce soit la liberté de circulation et d’attroupements, le droit de grève, la liberté de la presse et d’expression. En matière de répression, c’est la possibilité d’incarcérer tout suspect pendant des délais excédants toute limitation juridique.

    Seulement quelques heures après les attentats de Sousse, la ministre du tourisme, Selma Elloumi Rekkik déclarait en ces termes : « des mesures dures vont être prises. Tout va changer maintenant. Il faut prendre très au sérieux les attaques contre l’Etat, les abus de langage, les excès ».

    Loin d’être une exception liée au contexte de la menace terroriste, la pratique de l’état d’urgence a une histoire très récente en Tunisie. Après la chute du régime de Ben Ali, l’état d’urgence a été décrété sur tout le pays de 2011 à 2014. Exercé certes avec « un certain relâchement » obligé par la pression populaire du mouvement révolutionnaire en cours, il n’a pas moins été décrété dans l’optique d’éviter la contagion et le maintien de la dynamique de contestation et de parvenir à un retour à l’ordre plus rapide. En effet, les vagues d’arrestations et de répression qui ont suivi l’élection du premier gouvernement post-Ben Ali, notamment au sein de la jeunesse qui avait joué un rôle dans l’impulsion des mouvements du printemps tunisien, a sévi lors d’une période de relative accalmie et de contention et de détournement temporaire de la révolte sociale par le processus électoral.

    L’instrument de la menace terroriste pour réprimer la contestation sociale

    A quatre ans de la chute de Ben Ali, tandis que se sont succédés au pouvoir à la fois le parti islamiste d’Ennahdha puis la coalition associant ces derniers aux partis laïcs de l’opposition, les revendications sociales pour le « pain et la dignité », symptomatiques de celles de 2011, refont surface.

    Les derniers mois montrent une véritable remontée des luttes : grève des juges et des professeurs de l’enseignement primaire, grève sauvage des cheminots de la ville industrielle de Sfax contre l’avis de la centrale syndicale la plus importante du pays que constitue l’UGTT, blocage de la production de phosphate par les mineurs, ce sont également près de 450 actions de protestation qui ont été recensées au cours du mois de mai, avec notamment le mouvement des diplômés-chômeurs. La grogne sociale accumulée par les déceptions de l’ère démocratique ouverte après Ben Ali amène à la recomposition d’un mouvement de contestation potentiellement révolutionnaire, similaire à celui de 2011 du point de vue de sa radicalité et de son ampleur.

    Avec cette toile de fond, les attentats terroristes sont autant une barbarie qu’une opportunité politique que saisit le gouvernement tunisien pour légitimer l’usage d’une répression sévère, y compris à l’égard des droits démocratiques dont il se réclame l’héritier et le défenseur et mater la contestation sociale.

    Dérive autoritaire et retour sur les quelques concessions héritées du printemps tunisien

    Parmi les pays qui ont connus les processus des révolutions arabes, l’Egypte et la Tunisie ont été les plus avancés. Le processus égyptien a connu une défaite dans la première phase qui l’a conduit jusqu’aujourd’hui, et cela par l’instauration d’un coup d’Etat contre-révolutionnaire, après une interlude de réaction démocratique menée par les Frères Musulmans.

    En Tunisie, les islamistes d’Ennahdha n’ont pas choisi la même voie : leur démission du gouvernement en février 2013, mais surtout le rôle clef qu’a pu joué la direction de l’UGTT pour mener la concertation nationale entre les différentes franges du pouvoir et contenir le mouvement de masse, a permis d’éviter une issue contre-révolutionnaire plus drastique – comme ce fût le cas en Egypte. Cependant, les contradictions économiques et sociales en Tunisie, dont le resurgissement de la classe ouvrière et de la contestation sociale sont l’expression ont créé une crise de l’autorité de l’Etat. La menace terroriste constitue la meilleure excuse de l’actuel gouvernement pour se renforcer de manière autoritaire et mettre en danger les maigres concessions obtenues et qui se maintiennent comme sous-produits de la déviation contre-révolutionnaire du processus révolutionnaire tunisien.

    Face à ces attaques, des secteurs de la gauche et du mouvement démocratiques en Tunisie critiquent le tournant bonapartiste du gouvernement. Déjà, la réintégration d’Ennahdha en son sein en février 2015 en faisant un gouvernement d’union nationale. Le caractère centrale du maintien de ce régime réactionnaire pour les intérêts de l’impérialisme français au Maghreb exige l’amplification de cette dénonciation et la lutte contre cet état de fait, en organisant notamment des rassemblements devant l’ambassade de la Tunisie à Paris pour réclamer son arrêt. Nina Kirmizi

    http://www.revolutionpermanente.fr/L-etat-d-urgence-decrete-en-Tunisie-les-maigres-acquis-democratiques-du-printemps-tunisien-remis-en

    Commentaire: CCR est un courant interne du NPA