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  • Messali Hadj et le mouvement nationaliste algérien (Que Faire?)

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    L’occupation anglo-américaine de l’lrak et la résistance irakienne à propulsé de nouveau la question nationale sur les devants de la scène.

    L’analyse de la nature progressiste ou non des mouvements de libération nationale, les rapports entre le mouvement national et le mouvement ouvrier et avec ses organisations, la place d’idéologies contradictoires telle que la religion et l’attitude des révolutionnaires à l’égard des mouvements de libération nationale sont toutes des questions débattues dans le nouveau contexte de l’lrak occupée aujourd’hui.

    Il peut être intéressant de revenir sur des aspects du mouvement de libération en Algérie, et ce par le biais de son fondateur, Messali Hadj, et les organisations qu’il à contribué à construire. D’une part ce n’est que très récemment qu’on à commencé à admettre à une plus grande échelle la brutalité de la colonisation de l’Algérie et de la guerre de libération nationale. La sortie récente du film La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo en est un symbole. Mais l’analyse du mouvement national algérien peut aussi éclairer les débats actuels par rapport à la lutte de libération nationale.

    L’étoile Nord-africaine

    La première organisation à revendiquer l’indépendance pour l’Algérie est l’étoile Nord-africaine (ENA). Entre 1920 et 1924, 120 000 travailleurs immigrés maghrébins, dont 100 000 Algériens, s’installent en France et pour beaucoup dans la région parisienne. L’ENA est fondée en 1924 parmi les travailleurs immigrés algériens sous l’impulsion du Parti communiste français et suite à une décision du 6e comité exécutif de l’Internationale communiste (IC). Le PCF avait présenté Hadj Ali AbdelKader aux élections législatives de 1924, et il lui manqua seulement 20 voix pour être élu. Selon les rapports de police, le travail du PCF parmi ces travailleurs algériens à porté ses fruits : on estime à 8 000 le nombre de musulmans sympathisants ou adhérents du PCF. Le même rapport les cite comme « les régiments de choc du bolchévisme ». Hadj Ali, un communiste, sera le premier dirigeant de l’ENA. Le Journal de l’ENA l’Ikdam est imprimé par la CGTU (syndicat d’obédience communiste). Messali Hadj rejoint l’organisation en 1926 et deviendra le principal dirigeant du mouvement national algérien pendant 30 ans.

    Le contexte politique est important.

    Cela se passe sept ans seulement après l’espoir soulevé par la Révolution russe. La crise à la fin de la guerre à vu l’émergence de partis communistes dans la plupart des pays industrialisés, des tentatives de révolution en Allemagne, en Hongrie, en Italie, et des soulèvements dans les colonies. Avec la guerre du Rif, la révolution chinoise en 1925-27, un vent de liberté souffle dans les colonies et semble faire écho au premier congrès des peuples à Bakou en 1920, organisé à l’apogée de l’lnternationale communiste. Mais à partir du milieu de la décennie le mouvement communiste international entre en crise.

    En Russie la politique du « socialisme dans un seul pays » à pris le pas sur le développement de la révolution mondiale, et l’épuration et la bureaucratisation du parti bolchevik est bien en cours. Au niveau international, les généraux du Kuomintang, soutenus par l'IC, occupent Shanghaï en 1927 puis massacrent les ouvriers du parti communiste chinois tuant dans l’œuf la révolution chinoise. La stratégie des partis communistes fut dictée par la nécessité pour Moscou de forger des alliances avec des bourgeoisies et donc de freiner les revendications les plus radicales. Ce tournant marque tout le développement du mouvement nationaliste algérien.

    Radicalisation et rupture

    Messali Hadj émerge comme principal dirigeant de l’ENA en 1926-27, notamment à partir du congrès international de Bruxelles, organisé par l'IC. Il développe les revendications centrales pour les peuples opprimés et en particulier pour l’Algérie, opposant celle de l’indépendance totale à celle soutenue par la gauche française d’une autonomie avec un parlement indigène. L’influence internationaliste de la révolution russe est bien présente dans les tentatives de rapprochements avec les organisations du mouvement ouvrier français, notamment le PCF, mais aussi dans la revendication d’indépendance pour la Tunisie et pour le Maroc, et pour l’unité du Maghreb. Cette dernière revendication est aussi un signe précurseur évident du panarabisme de Nasser dans les années 50.

    D’ores et déjà, l’islam, méprisé par le colonisateur, apparaît comme un agent culturel susceptible d’être un facteur d’unité dans la lutte de libération nationale : «  la France a laissé les Algériens dans l’ignorance de leur propre religion (...) heureusement le peuple arabe, inspiré par une foi ardente (...) ne pliera jamais devant la force matérielle ». À ce stade, la base sociale de l’ENA ce sont les ouvriers algériens travaillant en France. Le PCF favorise sa construction en fournissant des militants et des moyens financiers (Messali est payé comme permanent pendant plus d’un an par le PCF).

    Des centaines de musulmans, membres du Parti communiste français s’associent à la construction de l’ENA. Au niveau de la propagande, de l’agitation et des meetings l’organisation s’inspire largement des structures des partis communistes. Mais en 1927, le désaccord sur la revendication centrale d’indépendance ou d’autonomie mène à la rupture avec le PCF. C’est précisément à ce moment que la doctrine du « socialisme dans un seul pays » est adoptée par Staline. Dorénavant sa politique sera conditionnée par la recherche d’alliances avec des bourgeoisies européennes, tout soutien à une révolution dans les colonies est alors à proscrire.

    Atteignant rapidement plusieurs milliers d’adhérents, l’ENA influence largement des dizaines de milliers de travailleurs algériens. Elle est dissoute par l’Etat français en 1929, mais les structures de l’organisation lui permettent de résister à la répression pour réapparaïtre en 1933.

    L’ENA participe activement au front anti-fasciste du 12 février 1934 au nom de la défense de la démocratie, et pour la première fois noue des liens avec la gauche non communiste, notamment l’aile gauche de la SFIO de Pivert et Guérin. Des milliers d’Algériens « indigènes » participent aux manifestations antifascistes qui se déroulent à Alger en 1934.

    Entre 1934 et 1936, la radicalisation des masses à gauche mène à la victoire électorale du Front populaire. Cette nouvelle situation élève l’espoir d’indépendance des Algériens. La polémique « indépendance ou autonomie » revient au premier plan autour du projet Blum-Viollette en 1936. Le gouvernement du Front populaire propose une assemblée indigène avec une forme de suffrage censitaire. Messali et l’ENA rejettent cette réforme car elle créerait des divisions entre riches et pauvres en Algérie, et au sein du mouvement nationaliste. lis réclament l’indépendance totale. Sans le soutien de la majorité de la SFIO et du PCF, l’ENA est de nouveau dissoute, mais cette fois-ci par un gouvernement de gauche.

    L’année 1936 voit aussi la percée de l’ENA en Algérie, les meetings de Messali Hadj sont de véritables moments de mobilisation de masse, alimentant la crise politique au sein du Front populaire sur la question de l’indépendance pour les colonies.

    Du massacre de Sétif à la lutte armée

    Opposant de Vichy, l’ENA maintient néanmoins la revendication d’indépendance. Le mouvement refait surface en 1945 à Sétif. Les manifestations du 8 mai expriment à la fois une défense de la démocratie et l’aspiration à l’in-dépendance. Parmi les revendications on trouve notamment la libération de Messali Hadj, détenu par l’Etat français de Vichy depuis 1941. La répression fait plusieurs dizaines de milliers de morts, et le Parti communiste algérien traite les militants du parti de Messali Hadj d’« agents hitlériens » et réclame qu’ils soient « châtiés conformément aux lois en vigueur ».

    On ne peut pas assez souligner l’importance du tournant de Sétif.

    Pour beaucoup de jeunes algériens c’est la confirmation que l’indépendance ne peut être acquise que par la force des armes. C’est aussi la raison pour laquelle ils commencent à s’impatienter avec la politique de Messali Hadj qui soulignait la nécessité de compter sur les masses, sans néanmoins exclure pour autant la lutte armée. Enfin, pour les militants nationalistes les évènements de Sétif marquent une rupture quasi définitive avec une part importante de la gauche française.

    La vitrine légale du PPA (Parti populaire algérien) de Messali Hadj, le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) fondé en 1946, effectue une percée impressionnante lors des élections de 1946. Mais l’obtention d’élus pose un nouveau problème : le danger de cooptation dans le système colonial. Un défenseur de l’Algérie française de l’époque, J.Chavallier, conscient des enjeux, critique en 1956 les tentatives faites pour chasser les élus Messalistes de l’assemblée : « ...tant qu’ils défendaient chez nous leurs idées, avec violence, mais verbalement, ils ne dirigeaient pas les commandos pour la libération de leur pays. »

    Trois courants commencent à s’afficher au congrès du MTLD en 1953.

    Le courant réformiste dit centraliste, composé de la majorité des membres du comité central du MTLD, axe sur la bataille électorale. Le courant messaliste qui regroupe la plupart des cadres politiques historiques du mouvement, crée une organisation paramilitaire, l’organisation spéciale (OS), et n’exclut plus la lutte armée. Enfin un courant rassemblant des jeunes favorables à l’insurrection immédiate et qui rejettent les anciennes divisions dans le mouvement.

    Un premier pas vers ce qui deviendra le FLN est la fondation par Mohammed Boudiaf à l’age de 26 ans du comité révolutionnaire pour l’unité d’action, le CRUA. En 1954, d’autres futurs dirigeants politiques comme Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed le rejoignent.

    Tous les futurs cadres du FLN passeront par le MTLD.

    Les Messalistes tiennent un congrès à Hornu (Belgique) en 1954 qui confirme la scission et qui décide de préparer une insurrection. Dans les faits le FLN les prendra de vitesse. Hornu est aussi un congrès qui voit des positions politiques s’affirmer et qui seront déterminantes dans la guerre d’indépendance.

    Le FLN et la guerre fratricide

    Ces positions reflètent dans une certaine mesure les mutations en oeuvre dans la société algérienne de l’après guerre. Bien que l’emploi agricole concerne encore 60-70 % de la population, le rôle des villes est de plus en plus important. Une classe ouvrière, d’abord d’origine européenne puis musulmane se développe. La bourgeoisie algérienne naissante est de plus en plus dépendante du rattachement à la France. Stora la décrit comme une bourgeoisie "compradore".

    Cependant, il se développe aussi une petite bourgeoisie urbaine (étudiants, intellectuels, quelques professions libérales) qui commence à articuler des revendications d’indépendance nationale pour leur pays. Les effets de cette différenciation sociale ne sont pas analysés par Messali Hadj ou au mieux abordés de façon empirique sur le moment.

    Par exemple les critiques du mouvement de Ferhat Abbas, l’union démocratique du manifeste algérien (l’UDMA) ne tient pas compte de sa base sociale. Messali insiste sur l’unité du peuple ou de « peuple-classe » dans la lutte nationale. Le FLN, issu du CRUA, portera le même défaut. Ayant précédé tout le reste du mouvement dans l’action avec l’insurrection du 1er novembre 1954, il devient le centre de la lutte de libération nationale et rallie les communistes algériens, les oulémas et l’UDMA.

    Aucun de ces courants n’avait comme revendication principale l’indépendance complète de l’Algérie mais ils se rallient au FLN devenu hégémonique et qui bénéficie d’un soutien important à l’étranger, notamment de l’Egypte. Messali refuse de rallier le FLN sans clarification sur les revendications politiques et fonde son propre mouvement de lutte, le MNA (Mouvement national algérien).

    La défaite militaire de la France en Indochine à Dien-Bien-Phu marque un tournant. Deux ans après, la crise de Suez constitue une nouvelle défaite pour l’impérialisme français et propulse Nasser à la tête des mouvements anti-coloniaux, marquant aussi la percée du panarabisme. Nasser (Egypte) et Bourguiba (Tunisie) arment ouvertement le FLN. Celui-ci dispose de moyens considérables mais ses ressources politiques sont faibles et ses cadres sont peu formés et peu expérimentés. Une guerre fratricide se développe entre le FLN et le MNA pour l’hégémonie du mouvement de libération nationale. Ce qui est déjà en jeu est l’après-guerre.

    Cette rivalité tragique fait des milliers de morts, dont l’épisode le plus connu est le massacre en mai 1957 de 300 villageois de Mélouza soupçonnés de sympathies Messalistes. Beaucoup de cadres du MNA sont aussi assassinés. Comme par exemple Ahmed Bekhat, le premier secrétaire du premier syndicat de travailleurs algériens (USTA) qu’il à fondé en 1956 avec Messali Hadj. En réponse à l’USTA le FLN fonde l’UGTA.

    Les divisions du mouvement nationaliste sont évidemment encouragées par la France, mais les méthodes employées sont de mauvais augure pour la démocratie dans le futur Etat algérien du FLN. Déjà face à la répression de l’armée française le prix payé par les nationalistes algériens en termes de cadres politiques tués était très élevé. Mais la guerre fratricide en a rajouté, laissant la voie ouverte aux hommes avec peu d’expérience politique et plus d’expérience militaire comme Boumédiène.

    La guerre est tellement sanglante que Messali Hadj finit par déclarer qu’il faut négocier avec de Gaulle, renonçant momentanément à la revendication nationaliste de l’indépendance totale. En 1958 il déclare « il y a des ouvertures susceptibles de permettre la création d’un état algérien, pour aller ensuite à un Commomvealth (...) France-Maghreb (...) ». Dans un entretien avec Pierre Lambert de l’organisation trotskyste, l’OCI, il explique : « Il y a la guerre, le flot de sang qui coule (...) Il faut arrêter la guerre. »

    Il revient sur cette position en 1962 pour soutenir de nouveau l’indépendance, mais est totalement marginalisé par le FLN qui devient le seul interlocuteur pour l’Algérie au niveau international. Pour beaucoup de militants du FLN, Messali Hadj a trahi la cause nationale.

    Limites du mouvement national

    La nature de l’ENA/PPA/MTLD/MNA et celle du FLN était la même : un mouvement de libération nationale qui visait à réunir le peuple entier derrière cette revendication.

    Paradoxalement, Messali Hadj, plus politique, à largement sous-estimé l’influence d’abord des intellectuels, des nouvelles classes moyennes en Algérie mais aussi l’impatience de la plus jeune génération marquée non pas par quinze ans de lutte politique patiente mais par le massacre de Sétif et par le manque de solidarité de la part de la gauche française. Le FLN visait à réunir et dominer l’ensemble des organisations anticoloniales. Mais pour cela il lui fallait gommer les différences sociales, par exemple avec les très conservateurs oulémas. Il défendait la lutte armée comme principe pour arracher l’indépendance, et laissait en suspens complet les questions sociales. Vu le niveau de développe-ment du mouvement ouvrier algérien il aurait été difficile d’apporter des réponses aux questions sociales, mais elles auraient pu au moins être posées.

    Le mouvement nationaliste à su forger une idéologie face à l’occupation coloniale. Sa grande faiblesse était l’absence de courants démocratiques et révolutionnaires capables d’argumenter pour une extension sociale de la lutte et de faire face politiquement à la confiscation de la révolution algérienne. Elle eu lieu d’abord en partie par Ben Bella lors de la dissolution du gouvernement provisoire de la république algérienne pendant l’été 1962 et la répression des militants de l’intérieur de la IIIe wilaya (la Kabylie), puis, et avant tout, par le coup d’état de Boumédiène en 1965 qui mettait fin aux expressions démocratiques d’opposition et ouvrait la voie au système étatique dirigé par l’appareil du FLN.

    La gauche française

    La solidarité avec la lutte de libération nationale aurait du être automatique pour la gauche française. Les ravages du stalinisme et le chauvinisme de la social-démocratie ont, au contraire, contribué à isoler l’ENA du mouvement ouvrier français. Le recours de Messali Hadj à l’idée du « peuple-classe » était alors d’autant plus fort, au lieu du développement d’un nouvel internationalisme qui aurait pu s’articuler avec la revendication d’indépendance. Les faiblesses d’analyses politiques de Messali Hadj comme celles des dirigeants du FLN tels que Ben Bella et Boudiaf sont évidentes, bien qu’inégales. Boudiaf et Hocine Aït Ahmed ont refusé de cautionner l’action de Ben Bella en 1962 et se sont exilés, comprenant bien de manière presque prophétique les dangers encourus par la nouvelle république algérienne en termes de démocratie.

    La question de la religion n’a presque à aucun moment été un obstacle au développement du mouvement nationaliste. Pourtant, elle était omniprésente dans les discours des dirigeants nationalistes. C’était la revendication elle-même d’indépendance qui posait problème pour la gauche française.

    Il y avait heureusement des exceptions : les porteurs de valise, une partie de l’extrême gauche, les Jeanson, Sartre, l’UNEF. Mais ils représentaient une minorité.

    L’attitude de la gauche par rapport au FLN lors du tournant vers le terrorisme en 1955 ne pouvait pas non plus se résumer uniquement à une condamnation des attentats, mais devait continuer à développer une solidarité avec la lutte d’indépendance comme question prioritaire. Entre 1924, date de la fondation de l’ENA, et 1962, seule une minorité de la gauche française à su articuler une solidarité juste avec le mouvement nationaliste algérien. Si elle avait été plus importante le coût en termes de vie humaine de la guerre aurait été sans doute moins élevé. En outre, des dialogues établis avec le mouvement auraient encouragé et renforcé des courants démocratiques d’inspiration socialiste et révolutionnaire au sein du mouvement, peut-être en définitive le seul garant d’un processus menant à une véritable libération nationale et sociale.

    C’est le défi qui est posé pour la résistance, complexe et différenciée (sur des bases de classe, d’ethnie ou de religion), à l’occupation anglo-américaine de l’Irak. La responsabilité des courants de gauche dans les pays occidentaux est particulièrement importante.

    Seule une minorité de la gauche française a su articuler une solidarité juste avec le mouvement nationaliste algérien.

     Nick Barrett 6 septembre 2009

    Une grande partie des notes qui précèdent s’appuient sur l’excellent livre de Benjamin Stora Messali Hadj (1898-1974) Hachette 2004.

    http://quefaire.lautre.net/Messali-Hadj-et-le-mouvement

  • Décès de Hocine Ait-Ahmed (Siwel)

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    Hocine Ait-Ahmed lors d'un meeting du FFS (PH/DR)

    GENEVE, SUISSE (SIWEL) — Le plus vieil opposant kabyle au régime algérien, Hocine Ait-Ahmed, l'un des dirigeants historiques de la guerre d'Algérie est décédé ce mercredi matin à Lausanne (Suisse), à l'âge de 89 ans.

    Hocine Ait-Ahmed, figure de l'indépendance algérienne, est né le 20 août 1926 à At Yahya (Michelet / Ain El Hammam, dans le département de Tizi-Ouzou), en Kabylie.

    Le dernier encore en vie des neuf "fils de la Toussaint", les chefs qui ont déclenché la guerre d'Algérie contre la puissance coloniale française le 1er novembre 1954, est décédé à l'hôpital "à la suite d'une longue maladie", a indiqué le FFS dans un communiqué sans mentionner de quoi il souffrait.

    Après avoir été entre 1945 et 1949 le chef de l'OS (Organisation Spéciale du PPA MTLD note du blog) et pendant la guerre d'Algérie l'un des principaux chefs du Front de libération nationale (FLN), Hocine Aït Ahmed démissionne du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et de tous les organes du nouveau pouvoir algérien après le coup d'Etat militaire orchestré par le clan d'Oujda et l'armée des frontières.

    En septembre 1963, il fonde le Front des forces socialistes (FFS) et réclame la démocratie et le pluralisme politique. Avec les derniers maquisards de la wilaya III (Kabylie), il prend le maquis contre le nouveau gouvernement algérien pan-arabe et mènera une guerre contre lui pendant deux ans.

    La Kabylie, lessivée par sept années de guerre, perdra la nouvelle guerre contre la dictature arabo-islamiste du Gouvernement algérien. Près de 400 maquisards kabyles seront liquidés par la nouvelle armée algérienne, toute fraîche et formée à l'étranger pour liquider le peuple kabyle et dévoyer l'indépendance acquise de haute lutte.

    La Kabylie vient de perdre l'un de ses grands hommes

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    Suite au décès du dirigeant historique de la révolution algérienne et du FFS, le PST présente ses sincères condoléances a la famille Ait Ahmed , au peuple Algérien et aux camarades du FFS.

    Le PCF:

    http://www.humanite.fr/hocine-ait-ahmed-un-des-chefs-historiques-du-fln-est-decede-593950

    Wikipedia:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Hocine_A%C3%AFt_Ahmed

  • Syrie : quelle solution politique dans un pays détruit ? (Lutte Ouvrière)

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    Plus de quatre ans et demi après le début du conflit meurtrier en Syrie, les ministres des Affaires étrangères lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 18 décembre, ont voté, à l’unanimité, une résolution prévoyant l’instauration d’un cessez-le-feu d’ici à un mois, et demandant à toutes les parties prenantes au conflit de « cesser immédiatement les attaques contre les civils ».

    Ce texte « envoie un message clair à tous pour dire qu’il est temps de mettre fin aux tueries en Syrie », a affirmé le secrétaire d’État américain John Kerry. On ne peut pas être plus cynique.

    Après avoir attisé la guerre civile en Syrie et en Irak, les États-Unis voudraient désormais trouver une solution au chaos syrien. Il faut rappeler que, en 2011, lorsque la contestation sociale et politique du régime de Bachar al-Assad déboucha finalement sur une guerre civile, les puissances impérialistes n’étaient pas mécontentes de voir le régime d’Assad affaibli. Elles laissèrent leurs alliés régionaux, comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie, financer et armer des milices djihadistes, comme Daech ou le Front al-Nosra, branche d’al-Qaida en Syrie, afin de déstabiliser et renverser Assad.

    L’affrontement de ces différentes bandes armées, dont celles du régime ­d’Assad, a déstabilisé toute la région. Cette situation s’est encore compliquée du fait de la compétition entre les puissances régionales, en particulier l’Arabie saoudite et le Qatar d’un côté, et l’Iran de l’autre.

    Comment stabiliser cette région dans leur intérêt ? Sur quels relais locaux s’appuyer ? Voilà le problème des puissances impérialistes.

    Les États-Unis ne souhaitent pas intervenir directement, craignant de se retrouver dans un bourbier identique à celui qui a suivi leur intervention militaire en Irak de 2003. La Russie et la France n’ont de toute façon pas les moyens de le faire, si tant est qu’elles en aient vraiment l’intention. Les seules forces militaires en présence capables de faire face à Daech sont celles du régime d’Assad, soutenues par l’Iran, auxquelles s’ajoutent les milices kurdes à l’Est. L’opposition syrienne, elle, est éclatée en un grand nombre de groupes, qui sont autant de bandes armées.

    Devant le chaos qu’ils ont eux-mêmes contribué à provoquer en aidant tout ce qui pouvait déstabiliser le régime d’Assad, les dirigeants occidentaux sont maintenant convaincus que le mieux serait d’assurer la continuité de ce régime.

    Cela revient à constater que les quatre ans de guerre civile, les 300 000 morts, les destructions et les souffrances sans nombre n’auront servi à rien.

    Les dirigeants occidentaux voudraient maintenant pouvoir s’appuyer sur ce régime qu’ils ont cherché à détruire, afin de ne pas voir arriver à Damas un pouvoir islamiste complètement incontrôlable. Le mieux pour eux serait d’ailleurs qu’Assad lui-même, décidément trop voyant, accepte de s’effacer tandis que le régime resterait en place.

    Comment le lui faire accepter ? Pour cela, les dirigeants occidentaux s’en remettent à la Russie. Mais faire accepter une telle « solution » aux divers groupes djihadistes et aux puissances régionales, comme la Turquie et l’Arabie Saoudite, est une autre paire de manches.

    Voilà pourquoi cette résolution qui établit une « feuille de route » pour l’engagement dès le début de 2016 de « négociations officielles sur un processus de transition politique » afin d’aboutir à la création d’un gouvernement de transition dans les six mois, et à des élections dans les dix-huit mois, risque fort d’être un coup d’épée dans l’eau de plus.

    Restent les discours pour la galerie sur la nécessité pour « le peuple syrien de décider seul de son avenir ». Mais le sort de la population syrienne est le cadet des soucis des Hollande, Obama, Poutine, Assad et de tous les autres.