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  • Algérie. Moins de mosquées, plus de logements ! (Courrier International)

     

    “Moi, ça fait treize ans que j’attends un appartement. On m’a dit que j’aurai un trois-pièces fin décembre, inch Allah ! Et ce sont des milliers de familles qui attendent, comme moi, depuis des années. Je ne comprends pas !”

    C’est un voisin qui a lu dans la presse, comme moi, que le gouvernement venait d’embaucher 1 500 ouvriers de plus pour accélérer le chantier de la grande mosquée d’Alger [la construction d’une gigantesque mosquée, qui serait la troisième plus grande du monde, a été lancée par le président Bouteflika en février 2012]. Il n’a pas osé aller plus loin dans son commentaire. Voisin, d’accord, mais sait-on jamais ? Ecoute-moi, mon frère : “Dieu est beau et il aime la beauté”, mais pas la beauté à tout prix, pas au détriment de l’essentiel. Pour toi comme pour moi, les dépenses pour l’éducation et la santé passent avant l’achat de nouveaux meubles ou de vêtements luxueux, n’est-ce pas ?

    Ensuite, s’il y a une religion qui recommande la simplicité dans le rituel, c’est bien l’islam.

    Les mosquées doivent être dépouillées de toute fioriture qui risquerait de distraire le fidèle dans sa prière. La terre entière est une mosquée en ce sens qu’on peut prier partout pourvu que l’espace soit propre. Il y a des mosquées-cathédrales, mais c’est surtout pour l’espace et la décoration architecturale, qui a atteint des sommets dans l’art islamique. Alors, il y a les rois et les princes qui ont voulu laisser leur empreinte dans l’Histoire et qui ont donc dépensé sans compter pour glorifier Dieu à leur façon. Mais c’étaient des puissants à qui tout appartenait et qui ne faisaient pas de différence entre leur fortune personnelle et celle du peuple.

    Mais dans notre cas, c’est différent, puisqu’on n’a pas de roi.

    Enfin, pas tout à fait. Tu es d’accord avec moi si je te dis qu’il est plus logique d’accélérer les chantiers de logements, de barrages ou d’hôpitaux que celui d’une mosquée. Est-ce que tu me suis ? Donc, comme Dieu bénit chaque fidèle qui participe à l’édification d’une mosquée, les hommes ont cru qu’ils pouvaient s’acheter une conduite en donnant de l’argent, sans se poser la question de savoir si cet argent est propre, disons halal. Parce que, aujourd’hui, avec les intégristes, la religion se résume à halal ou haram, yajouz ou layajouz [licite ou illicite]. Code pénal pour analphabètes du religieux. Pour eux, c’est plus important d’entrer du pied droit dans la mosquée que de savoir si l’argent versé aux mosquées est propre ou pas.

    Suspicion

    Je n’accuse personne. Je dis simplement que l’Algérie a plus besoin aujourd’hui d’hôpitaux, de centres de dialyse, de chimiothérapie, d’écoles et de collèges, de bonnes universités que de grandes mosquées. Elle a plus besoin de maternités et de crèches que de services de gériatrie. N’y vois aucune allusion. C’est l’avis de tout le monde. C’est ce qu’on entend dans les mosquées. Est-ce que tu es d’accord avec moi ? D’une certaine manière, ceux qui font tout pour glorifier Dieu en grand spectacle ont complètement raté leur objectif, parce qu’on ne triche pas avec Dieu.

    Ils le savent, d’ailleurs, parce que les formules rituelles dans leurs discussions font souvent appel à des clichés du genre, “Dieu seul le sait”, “Dieu m’est témoin”, etc., mais ils oublient que Dieu est réellement omnipotent et qu’il sait tout. Donc ils peuvent tricher avec toi et moi, mais pas avec Dieu, tu comprends ? Dans les mosquées, on évite d’aborder la question, parce qu’il y règne une atmosphère de suspicion qui n’a pas lieu d’être. La mosquée perd de sa sacralité, le doute s’installe entre les fidèles, on s’épie au lieu de communier, on n’ose pas dire ce qu’on pense, on se retrouve à craindre les murs plus que Dieu. C’est vrai ou pas ?

    C’est vrai qu’aujourd’hui il y a une espèce de surenchère entre les hommes politiques. C’est à celui qui se montrera le plus près de la masse des fidèles, quel que soit son passé, quelle que soit sa morale. Savoir que des milliards vont servir à construire la troisième plus grande mosquée du monde quand les gens meurent à l’entrée des hôpitaux faute de soins, quand on va se soigner les dents en Tunisie et que pour un rien on débarque au Val-de-Grâce [où le président Bouteflika se fait soigner], ça fait un peu désordre, tu ne crois pas ? Alors bien sûr, au crépuscule de la vie, lorsque le sommeil tarde à venir, on se tourne vers Dieu, parce qu’on sait qu’on va le retrouver bientôt et on essaie de lui dire combien on regrette et qu’on aimerait tellement se racheter.

    Croyant

    On décide de lui offrir le plus grand des temples, comme au temps des idolâtres, avant que l’islam y mette fin. Ensuite, tout se mélange et on oublie que Dieu sait tout et qu’on ne peut lui raconter de boniments. Je ne sais pas si tu lis le Coran dans le texte. Je te propose ce verset (9/107) : “Il en est qui ont édifié une mosquée par rivalité et par impiété pour semer la discorde entre les croyants et faire de ce lieu le repaire de celui qui, auparavant, avait combattu contre Dieu et Son Prophète. Ce sont ces gens-là qui, aujourd’hui, viennent jurer de toute leur force qu’ils ne voulaient faire que du bien, alors que Dieu est témoin qu’ils ne racontent que des mensonges.”

    Tu es libre de penser ce que tu veux de mes élucubrations. Je voulais te faire partager mon doute sur la sincérité des hommes. Excuse-moi, mon frère. C’est ce que je pense et, si tu es vraiment croyant, prie Dieu pour qu’il accorde sa miséricorde, malgré tout, à tous ces gens, même s’ils continuent à nous prendre pour des imbéciles. Ai-je bien fait de dire tout cela [à mon voisin] ? Après tout, je ne le connais pas bien et je ne sais pas comment il va réagir. J’ai pourtant pris toutes les précautions pour faire en sorte de l’amener à réfléchir et à ne jamais prendre pour argent comptant ce que les hommes politiques racontent. Y suis-je arrivé ? Je n’en sais rien. J’aurais peut-être réussi à lui apprendre à être moins crédule.

    Publié le 17/06/2015 - 09:03
    Aziz Benyahia
    Publié le 20 mai 2015 dans Algérie-Focus (extraits) Alger

    http://www.courrierinternational.com/article/algerie-moins-de-mosquees-plus-de-logements

  • Projet de loi contre les violences faites aux femmes (Algeria Watch)

    Inquiétude et mobilisation du mouvement associatif

    Des animatrices du mouvement associatif sont actuellement en concertation pour définir les voies et moyens de faire pression sur le gouvernement afin de l’amener à adopter le projet de loi.

    Le mouvement associatif entend «presser» le Conseil de la nation et exiger qu’aucune concession ne soit faite. Le projet de loi relatif à la protection des femmes contre toutes formes de violences avait été adopté à la majorité par l’APN, début mars dernier. Pourtant, sa présentation au Conseil de la nation n’est toujours pas d’actualité.

    Pression sur les autorités

    Ce qui inquiète au plus haut point les réseaux de protection des femmes. «Nous sommes actuellement en concertation avec d’autres associations afin d’adopter une feuille de route et discuter des actions et démarches à suivre afin de faire pression sur les autorités», affirme ainsi Dalila Djerbal, membre du réseau Wassila.

    Ce projet de loi, tant discuté «a été soumis par le gouvernement au Conseil de la nation et attend d’être débattu», a précisé hier Tayeb Louh, ministre de la Justice et Garde des sceaux, afin d’expliquer «ce retard». «Nous ne sommes pas naïves. Au vu du chahut provoqué par l’adoption de cette loi, nous sommes conscientes des réticences qu’il y a autour de ce projet», explique Mme Djerbal. «Nous sommes étonnées et inquiètes de ce blocage et on ne cerne pas quel en est l’objectif», ajoute-t-elle.

    Et elle n’est pas la seule à être soucieuse de ce qui ressemble à s’y méprendre à un rétropédalage. «Dans le cas où le statu quo perdurerait, l’Algérie deviendrait la risée du monde. Car quoi de plus naturel et nécessaire que de punir les auteurs de violences ?» s’exclame maître Nadia Aït Zai, juriste et présidente du Centre d’information et de documentation sur les droits des enfants et des femmes (Ciddef).

    Celle-ci estime qu’il s’agit d’«une anomalie que ce projet, pourtant adopté au mois de mars, ne soit toujours pas programmé, tandis que d’autres textes de loi sont à l’ordre du jour alors même qu’ils sont ultérieurs». «Il n’y a aucun motif valable et légal, ils doivent laisser la loi suivre son cours, car dans la législation, rien ne justifie un éventuel blocage. Mais il est tout de même impératif que ce soit fait avant juillet et que cela ne soit pas relégué à la session d’automne. Car cela signifierait une temporisation et une tentative de faire oublier cette loi», s’alarme-t-elle.

    Discours misogyne

    Et si les saillies haineuses et les discours misogynes n’ont pas manqué lors de la présentation de ce texte de loi, il est du devoir des autorités de ne pas céder à la pression d’une minorité au détriment de la volonté populaire et gouvernementale. Car quelle que soit l’hostilité aussi farouche qu’irraisonnée rencontrée au sein de la société, la seule réaction qui importe est celle des personnes victimes de maltraitances qui elles, n’ont pas été entendues et dont la protection est du ressort des législateurs.

    «Les seules qui ne se sont pas exprimées sont les femmes violentées et qui ont trop peur ou trop honte pour en parler», rappelle Me Aït Zai, qui ajoute : «Quant aux hommes qui justifient ou excusent la maltraitance, nous les rencontrons tous les jours lorsqu’ils accompagnent leurs filles ou leurs sœurs battues et qu’ils sont aussi indignés que honteux.»

    D’autant plus que ce n’est qu’«une modification du code pénal, un processus de réadaptation des lois pour les mettre en accord avec les mutations de la société et aussi assurer la sécurité de tous», rappelle la juriste. «Cette loi, au contraire de ce qui a été clamé par ses détracteurs, renforcera la structure familiale et non la disloquer en protégeant tous ses membres, femmes, enfants mais aussi hommes», conclut Me Aït Zai.

    Ghania Lassal El Watan, 17 juin 2015

    http://www.algeria-watch.org/fr/article/femmes/mobilisation_associations.htm

  • Selon la LADDH : Les mariages religieux explosent (Algeria Watch)

    Un couple, deux témoins, un Imam, et le tour est joué ; c'est ainsi que des milliers d'Algériens convolent en (fausses) noces en s'engageant dans des unions secrètes par le biais du mariage ôrfi.

    Le phénomène, dont l'ampleur est insoupçonnée, sévit sur une large échelle à travers tout le territoire national, selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH), qui relève à ce propos, dans un communiqué transmis, hier, à notre rédaction, que « de nombreux algériens se contentent d'une bienveillante ‘‘fatiha'' d'un Imam sans s'astreindre à l'obligation de se présenter devant les services administratifs afin d'officialiser leur union ».

    Ce genre de mariage ôrfi, qui se suffit d'un accord oral entre les époux, peut prendre plusieurs qualifications ou appellations, toutes véhiculant la notion d'une union temporaire telle que mariages El Mut'a, El Missiar (de passage), El Hiba (l'offrande)… porte un grave préjudice aux liens sociaux, surtout aux droits de la femme et des enfants qui naissent de ces unions.

    « Le mariage ôrfi est une forme d'oppression contre la femme, surtout que les autorités algériennes n'ont jamais voulu présenter à l'opinion publique des données précises autour du nombre de femmes qui souffrent de ces mariages ôrfi », considère la LADDH. Ajoutant dans ce contexte qu' « il s'agit là d'une bombe à retardement qui risque d'exploser à tout moment ». Comment peut-il en être autrement lorsque ce sont « des ministres, des cadres supérieurs, des députés, des artistes et des hommes d'affaires qui sont mariés à la coutume ôrfi et qui craignent à tout moment que la situation ne se transforme en scandale », indique le communiqué de la LADDH.

    Selon des statistiques non officielles, « les cas de mariages ôrfi se situeraient entre 46 000 et 50 000, dont 36 000 cas enregistrés entre 1993 et 1997 ». Voulant en savoir plus sur les causes de la propagation du mariage ôrfi, la mission de faire la part des choses entre le juridique, le religieux et le social, s'est avérée très difficile.

    Les hommes politiques interrogés sur le sujet ont tous esquivé la question, souligne le communiqué de la LADDH ; c'est alors vers d'autres personnes compétentes qu'on a soumis la préoccupation. Des Imams, interrogés à propos de l'application de l'instruction promulguée en 2005, en parallèle à la révision du Code de la famille durant la même année, conditionnant la lecture de la Fatiha par le préalable établissement de l'acte de mariage devant l'officier de l'état civil, affirment que cette instruction a permis de limiter les problèmes et les escroqueries qui visent les femmes.

    Malheureusement, reconnaissent-ils, « plusieurs Imams refusent d'appliquer l'instruction en question tant qu'ils n'existent pas d'instructions qui les contraint de se référer à cela dans leur travail (!) ». Dans tout cela, c'est le statut de la femme qui est en jeu.

    Des juristes, de leurs côtés, indiquent que près de 7000 affaires de faux mariages sont pendantes devant les tribunaux. Les femmes victimes de ce genre de mariage, de plus en plus, prennent leur courage à deux mains et se présentent à la justice, surtout lorsqu'elles se retrouvent enceintes dans des situations presque illicites. Selon les juristes, les mariages ôrfi ont connu une croissance phénoménale après les amendement apportés en 2005 au Code de la famille, car à travers les textes révisés on a fait désormais obligation au mari qui veut se remarier de mettre au courant sa première épouse et informer sa seconde de sa situation d'homme déjà marié, ainsi qu'une demande d'autorisation à introduire auprès du président du tribunal.

    « Les hommes évitent tout ce parcours juridique, presque impossible à satisfaire, et recourent au mariage ôrfi, en secret », estime-t-on, non sans relever à l'appui de leurs affirmations que « les cas de mariages ôrfi avant 2005 étaient très rares ». Selon d'autres avis, cette nouvelle tendance d'idée de mariages ‘‘temporaires'' est propagée par des salafistes qui ont importé ce mode de vie d'Egypte, des pays du Golfe et de la Syrie.

    En tout cas, cela est en train de provoquer la catastrophe au sein de la société. Plus de 30 000 affaires de mariages ôrfi sont actuellement devant les tribunaux du pays, afin de bénéficier de jugements qui assoiraient d'une façon légale les unions des couples concernés et assurer une filiation à leurs progénitures. A ce propos, la LADDH parle d'une famille constituée de 5 membres qui vivent « sans identité depuis 34 ans et sont privés de leurs droits les plus élémentaires ! ».

    La LADDH tire la sonnette d'alarme sur ces nouveaux modes de mariages qui risquent de disloquer le tissu social, et appelle le législateur algérien à trouver de nouveaux mécanismes juridiques pour éradiquer ce phénomène en pleine expansion, et où certains semblent avoir, tout simplement, trouvé la parade, calqué sur le modèle occidental, en instituant dans nos contrées le concubinage ‘‘hallal''.

    par Abdelkrim Zerzouri, Le Quotidien d'Oran, 17 juin 2015

    http://www.algeria-watch.org/fr/article/femmes/explosion_mariages_religieux.htm

    Voir aussi:

    http://rue89.nouvelobs.com/2010/11/13/mariage-orfi-ces-egyptiens-qui-sunissent-en-secret-175781

  • Algérie : Les cheminots reviennent à la charge (Afriques en lutte)

     

    Le trafic ferroviaire a été paralysé hier par les travailleurs du service exploitation trains de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) qui ont mis leurs menaces à exécution en entamant une grève illimitée.

    « Nous avons entamé une grève illimitée jusqu’à satisfaction de nos revendications », nous a affirmé au téléphone Abdelhak Boumansour, chef de la section syndicale des cheminots d’Alger. Ainsi trois mois après la grève nationale, en mars dernier, les travailleurs de la Société nationale du transport ferroviaire reviennent à la charge pour revendiquer à nouveau, selon toujours Abdelhak Boumansour, « la révision du tableau des filières qui définit l’évolution de carrière ».

    Il a fait état d’un litige entre la SNTF, la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) et la Caisse nationale de retraite (CNR). « Des salariés et des retraités se trouvent balancés d’une direction à une autre », a-t-il déploré.

    Pour rappel, la direction de la SNTF s’était engagée à réviser, en mars dernier, le tableau des filières en question, mais l’absence d’un partenaire social légal empêche pour l’instant la signature d’un accord.

    La section syndicale de la Fédération des cheminots (UGTA) étant gelée depuis janvier 2015, ce secteur névralgique reste visiblement otage de conflits syndicaux. C’est aussi l’une des raisons qui ont poussé au débrayage, puisque Abdelhak Boumansour dénonce « une réunion tenue le 10 juin entre le ministre des Transports, le DG de la SNTF et des syndicalistes non représentatifs ».

    Cette grève intervient après un premier débrayage de trois jours observé par les travailleurs le 23 mai dernier. Le service exploitation trains compte dans ses rangs quelque 1200 employés à travers le territoire national. Selon le syndicaliste, les travailleurs sont décidés à faire valoir leurs droits par tous les moyens.

    Selon lui, les travailleurs sont exaspérés par le « mépris de la direction de l’entreprise », précisant que la revendication principale des travailleurs relative à la promotion à l’échelon supérieur est attendue par certains travailleurs depuis 20 ans.

    « Nous faisons face à la provocation de la direction depuis longtemps, mais celle de mercredi et jeudi derniers étaient de trop », explique le syndicaliste.

    « A chaque réunion avec la direction, le directeur général nous promet de régler notre problème, mais rien de concret n’a été fait jusque-là », précise-t-il.

    Source : Le Temps d’Algérie  17 juin 2015

    http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/algerie/article/algerie-les-cheminots-reviennent-a