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  • Dans les colonies agricoles israéliennes, l’exploitation des enfants palestiniens (Reporterre)

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    Mohammed a 14 ans. Originaire de la Vallée du Jourdain, il travaille dans une colonie agricole israélienne. Salaire de misère, travail exténuant, exposition aux pesticides. Selon Human Rights Watch, il est l’un des 500 à 1 000 enfants palestiniens exploités dans les colonies israéliennes.

    Mohammed* 14 ans, est originaire de la Vallée du Jourdain. Depuis six mois, il travaille dans une colonie agricole israélienne pour soutenir sa famille. Travail exténuant pour un salaire minime, il est l’un des mille enfants et adolescents employés par les colons israéliens.

    "Il est constamment fatigué et il a mal au dos. Il dort comme une souche. Quand il ne travaille pas, il joue avec ses amis comme un enfant normal", décrit Umm Ahmad*, la mère de Mohammed. Dans le village de Zbeidat, dans la Vallée du Jourdain, assise avec son fils sur des matelas fins posés à même le sol, dans un salon réservé aux invités sans vitres aux fenêtres, elle explique que ses trois fils – Mohammed et ses deux frères de 19 et 21 ans – ont tous quitté l’école pour aider leur famille. Ils travaillent à présent dans la colonie agricole la plus proche pour 16,4 euros par jour, comme leurs parents avant eux.

    Mohammed plante, récolte et emballe des dattes et des piments. Bien que de petite constitution, il doit porter des caisses de 20 à 25 kilos chacune. Son superviseur l’empêche de les trainer. Quelques semaines avant de le rencontrer, le dos bloqué, Mohammed avait dû rester couché pendant trois jours sans salaire : "Je ne pouvais même pas soulever une bouteille d’eau", raconte-t-il.

    Ses frères ont eux aussi eu leur lot de blessures. L’un d’entre eux a dû être opéré après qu’une épine de palmier dattier l’ait blessé au genou : 118 euros l’opération, à la charge de la famille. L’aîné devra également en subir une prochainement, 424 euros également payés par la famille seule. Blessé au nez par une caisse, il souffre aussi de troubles respiratoires depuis ses 17 ans en raison de la poussière.

    La famille d’Umm Ahmad n’est pas un cas isolé dans la Vallée du Jourdain. Le 14 avril dernier, un rapport de Human Rights Watch (HRW) dénonçait l’emploi de 500 à 1 000 enfants palestiniens dans les colonies agricoles israéliennes. Les équipes de l’ONG internationale ont interrogé 38 enfants, certains ayant commencé à travailler à l’âge de 11 ans.

    Chaleur, machines lourdes et pesticides

    Les conditions de travail dans les colonies décrites par les enfants interviewés par HRW sont, d’une manière générale, terribles. Les températures pouvant en effet monter jusqu’à 45 degrés en été dans la Vallée, beaucoup d’enfants – en particulier ceux travaillant sous serre – souffrent d’insolation et de déshydratation sévère. Les blessures dues aux serpents et scorpions, et aux machines lourdes destinées à l’emballage des produits sont courantes.

    Les enfants sont également fortement exposés aux insecticides, herbicides, fongicides, et autres produits chimiques qu’ils dispersent eux-mêmes, ou lorsqu’ils travaillent aux champs après ou pendant que ceux-ci sont dispersés. Selon HRW, certains des produits identifiés seraient des neurotoxines, entrant principalement dans le corps via la peau.

    Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), citée par HRW, l’exposition aux pesticides des enfants de moins de quinze ans augmenterait le risque de tumeurs malignes (sarcomes des tissus mous) par cinq et le risque de leucémie par trois. D’autres études, toujours selon l’OIT, montrent « que le développement neurologique des jeunes est affecté par l’exposition aux pesticides », causant potentiellement « une intelligence diminuée et des anormalités comportementales plus tard dans la vie. »

    Si l’organisation manque d’étude médicale précise sur le sujet, HRW relaie toutefois des témoignages d’enfants indiquant qu’ils ne connaissent souvent pas le nom des produits employés mais souffrent pour certains de pelades, de troubles sexuels dus à un bas taux de testostérone, de troubles respiratoires et de pertes de conscience.

    Impasse

    La Vallée du Jourdain est la zone la plus touchée par ce phénomène. Située à l’est de la Cisjordanie, à la frontière avec la Jordanie, elle est pour Israël une zone militaire stratégique bien que les deux pays aient signé un traité de paix en 1994.

    Selon HRW, près de 94 % de la Vallée du Jourdain est actuellement hors d’atteinte pour les Palestiniens. Selon l’organisation israélienne B’Tselem, 45 km2 seulement sur les 2 400 que compte la Vallée sont sous contrôle de l’Autorité palestinienne et seuls 50 000 Palestiniens sont autorisés à vivre dans les villages sous contrôle israélien. Les autres doivent, pour y accéder, obtenir un permis des autorités militaires.

    Trente-sept colonies israéliennes, peuplées d’environ 9 500 colons ont mené à la confiscation de 86 % des terres agricoles. Avec le passage de ces terres sous la juridiction des conseils régionaux des colonies, les Palestiniens ont également été coupés de dizaines de puits servant à l’irrigation et à la consommation. Certaines communautés n’auraient ainsi accès qu’à 20 litres d’eau par jour et par personne au lieu de 487 pour les colons israéliens selon les estimations des ONG locales.

    Dans ce contexte, le développement de l’économie palestinienne se trouve dans une impasse. Le taux de pauvreté atteint ainsi 33,5 % dans la Vallée contre « seulement » 28,2 % dans le reste des territoires palestiniens de Cisjordanie.

    En raison de l’étroit contrôle militaire de la Vallée, y compris sur les constructions, l’accès à l’éducation est de surcroît refusé à plusieurs milliers de jeunes Palestiniens. Selon HRW, 39 écoles se sont retrouvées en 2013 sous le coup d’un ordre de démolition ou d’arrêt de construction, empêchant 4 500 élèves de continuer leur scolarité.

    « Il y a plus de 15 communautés sans écoles dans la Vallée du Jourdain. Ils ne sont pas autorisés à en avoir une. Beaucoup de parents ne peuvent pas payer le transport et il n’y a d’ailleurs pas de transport, ils doivent utiliser des taxis privés », déplore Sireen Sawafta, actrice dans une pièce de théâtre sur le travail des enfants palestiniens dans les colonies, actuellement en tournée en Cisjordanie.

    « Je n’aime pas travailler dans les colonies », dit Mohammed, « mais je dois le faire. Je préfère travailler dehors avec les moutons, avec mon père, c’est beaucoup mieux. » Son rêve est de réparer des bicyclettes.

    Produire des alternatives économiques viables

    HRW appelle au boycott des produits israéliens venant des colonies et au soutien à la création d’alternatives économiques pour les Palestiniens de la Vallée du Jourdain.
    Pendant ce temps, les acteurs locaux font également de leur mieux pour résoudre le problème. Yousef Zubeidat, directeur de l’école de Fasayel, un village proche de Zbeidat, a aujourd’hui 157 enfants à sa charge contre 75 à l’ouverture de l’école en 2008.

    « J’ai demandé à toutes les organisations de nous aider, pour changer les mentalités, la culture, laisser les enfants à l’école. Nous conseillons à ces derniers d’apprendre un métier technique au lieu d’aller travailler dans les colonies », explique-t-il. Son engagement commence à porter ses fruits. Seize enfants seulement ont quitté l’école cette année depuis septembre contre une quarantaine il y a environ trois ans. « Nous travaillons, nous changeons les choses, et nous espérons que les chiffres tomberont a zéro », affirme Zubeidat avec motivation.

    Fournir et trouver des alternatives économiques sont pour Umm Ahmad la seule solution directe au problème : « L’Autorité palestinienne ne nous offre pas d’autre travail. Les colonies sont le seul endroit où nous pouvons en trouver. La solution est de construire des entreprises et fermes palestiniennes où nous, Palestiniens, pourrons servir notre société, nos familles et notre économie nationale. »


    * Les noms marqués d’un astérisque ont été modifiés pour cet article en accord avec les recommandations sur les interviews des mineurs et de leurs familles émises par l’UNICEF et Human Rights Watch.

     


    Lire aussi : Étouffée par la politique israélienne, l’apiculture palestinienne meurt à petit feu


     

    -Correspondance, Jérusalem

    15 juin 2015 / Julie Couzinet (Reporterre)

    http://www.reporterre.net/Dans-les-colonies-agricoles-israeliennes-l-exploitation-des-enfants

  • Rhabillons les Femen ! Une réponse féministe marocaine (Orient 21)

    Le 2 juin dernier, deux Femen françaises, seins nus, s’embrassaient sur l’esplanade de la tour Hassan à Rabat, prétendant manifester de la sorte leur solidarité avec la communauté LGBT marocaine.

    Si certains militant-e-s et féministes ont pu y voir un geste fort anti-homophobie et anti-patriarcat, d’autres dénoncent une attitude paternaliste et post-coloniale qui ne peut que nuire aux luttes d’émancipation menées au Maroc par les femmes et les groupes marginalisés.

    Deux activistes des Femen ont débarqué mardi 2 juin à Rabat pour une action seins nus sur la très symbolique esplanade de la tour Hassan. Le poing levé, c’est en se donnant en spectacle dans un baiser «  intersexe  » que ces deux activistes ont entendu manifester leur solidarité avec le groupe LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) au Maroc. Cette petite escapade en «  terre d’Arabie  » qui marque la première venue des Femen au Maroc a été interprété par certaines féministes progressistes et par certains militants LGBT comme un geste fort censé venir éclairer nos sociétés archaïques et sauver nos mentalités dégénérées par l’homophobie et le patriarcat arabe.

    Pourtant, ce qu’expriment les actions éclair des Femen qui «  font le buzz  » n’est rien d’autre qu’un mépris envers toutes les femmes qui luttent depuis des années au sein de la société marocaine. C’est de ces femmes-là que l’on devrait normalement parler. Celles qui militent au grand jour, mais aussi celles qui décident de lutter dans l’ombre, celles qui refusent même, parfois, de se définir féministes mais qui sont de fait des femmes qui se battent au quotidien dans la société marocaine.

    Il serait bon de rappeler aux quelques défenseurs marocains des actions des Femen que ce groupe d’activistes n’est en rien représentatif de la cause féministe. Il en est même la manifestation la plus dévoyée et la plus odieuse. D’ailleurs, de nombreuses féministes, y compris occidentales, dénoncent le caractère islamophobe et impérialiste de leurs actions. Deux critiques majeures sont à retenir. Premièrement, ce groupe d’activistes instrumentalise le corps des femmes en exhibant des plastiques qui répondent complaisamment et en tous points aux standards imposés par les canons de beautés eurocentrés. Deuxièmement, en imposant leurs agendas politiques sans concertation ni même prise en compte des stratégies internes et propres aux dynamiques des différentes luttes existantes au Maroc, elles participent à monopoliser et à façonner un débat déconnecté des réalités locales.

    Si les critiques fusent à l’encontre des Femen, c’est bien parce que bon nombre de féministes s’insurgent de la direction qu’elles font prendre à la cause des femmes en général. Ces critiques ne sont pas l’expression d’un archaïsme  ; elles témoignent en réalité de l’effervescence des féminismes qui s’inventent et se pratiquent de par le monde. Aujourd’hui, un feminism of color existe, de même qu’un «  féminisme islamique  », et bon nombre de féministes du Nord dénoncent elles aussi le racisme structurel induit par ce type de discours qui infériorise, au nom de la liberté des femmes, les sociétés post-colonisées. En créant l’image d’une communauté musulmane minée par le «  patriarcat arabe  », les Femen produisent un discours qui réduit les rapports de force à une sorte de pathologie culturelle.

    Plus grave encore, en imposant un discours essentialisant, les Femen tentent également d’imposer des pratiques de résistance. Avec leur guide de bonnes pratiques militantes, elles ne font que reproduire un discours paternaliste tout à fait insupportable à toute personne qui entend s’inscrire dans une lutte pour l’émancipation. Les actions paternalistes, de type Femen, qui bénéficient, usent, et abusent du white privilege (privilège blanc) ne peuvent qu’engendrer des dégâts néfastes à toute possibilité d’instauration d’un dialogue social autour de questions aussi épineuses que celle de la dépénalisation des pratiques sexuelles — en particulier homosexuelles —, au Maroc. En effet, ce type d’action qui instrumentalise la question des libertés individuelles participe à dépolitiser les questions sociales, notamment en refusant de pointer les causes politico-structurelles à l’œuvre dans la criminalisation des mœurs, au profit d’un mépris sociétal et d’un discours pathogène.

    Toutefois, en dépit de tous les efforts déployés par des groupes assimilés à l’hégémonie occidentale, une alternative s’organise. Il est important de savoir qu’existe une pluralité de voix issues des sociétés post-colonisées, qui dialoguent et essaient de trouver leur propre voie d’autonomie. Elles donnent du courage, car bon nombre de défenseurs du féminisme «  va-t-en-guerre  » pensent que tout ce qui ne répond pas aux critères érigés par un féminisme eurocentré est une offense à la cause des femmes et une défense du patriarcat. Et ils sont nombreux et surtout ils (ou elles) sont ceux qui ont le pouvoir, tant médiatique que politique.

    À ces critiques, il faut simplement oser dire non  !

    Il faut oser dire, que nous, femmes marocaines, nous ne voulons plus être le bras droit d’un féminisme qui se veut prétexte à une réduction de l’homme arabe au patriarcat.

    Il faut oser affirmer que ce type de féminisme laïcard, éradicateur, exprime non seulement un mépris de classe repris par certaines de nos élites progressistes, mais surtout qu’il infériorise notre culture en niant totalement les expressions complexes et diverses des résistances des femmes qui s’expriment et se pratiquent constamment dans le quotidien marocain.

    Il est temps d’oser affirmer que nous avons le pouvoir et le devoir de ne pas vouloir que la cause des femmes soit le prétexte à des discours impérialistes, directement empruntés aux discours coloniaux. Des discours utilisés pour justifier les interventions étrangères et les politiques islamophobes qui affectent négativement toute la diaspora maghrébine en Europe.

    Et, pour ce qui est de notre émancipation, que les féministes du Nord cessent de s’inquiéter : on s’en charge  !

     
    Soraya El-Kahlaoui  16 juin 2015
    Doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et contributrice pour Le Monde Afrique.

    http://orientxxi.info/magazine/rhabillons-les-femen,0936
  • Maroc: le personnel de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable en grève (Afriques en lutt)

    Le personnel de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable appelle à une grève nationale et des sit-in, le 16 juin prochain, en protestation contre le projet de transfert des périmètres de l’ONEE à la Lydec.

    Le projet d’harmonisation des périmètres de distribution d’électricité et d’eau et du service d’assainissement dans la région du Grand Casablanca, qui devait démarrer le 31 mai dernier, peine à trouver un aboutissement et reste plongé dans un climat de tension et de blocage social persistants.

    Les employés et cadres de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable vont débrayer à nouveau à partir du 16 juin.

    Les syndicats entendent protester contre le transfert de gestion à la Lydec de sept communes du Grand Casablanca alimentées directement par l’Office. Le personnel juge illégale cette passation des pouvoirs qui va à l’encontre des intérêts des employés de l’Office. Quelque 350 fonctionnaires dénoncent l’ambiguïté entourant l’opération de transfert du personnel et ignorent le sort qui leur est réservé dans ces bouleversements.

    La fédération avait déjà observé une grève nationale, le 25 mai dernier. « Par ces batailles menées par l’ensemble du personnel de l’Office, nous espérions que le gouvernement comprendrait notre cause et privilégierait l’intérêt des citoyens et d’une institution publique à celui des capitaux étrangers », précise la fédération qui dénonce des pressions sur des employés.

    source : Le 360 16 juin 2015 

    http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/maroc/article/maroc-le-personnel-de-l-office

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