Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Maurice Laban, ce héros algérien ! (Le Matin.dz)

    Maurice Laban  Maurice Laban

     

    Dans le vaste Panthéon où repose l'innombrable cohorte des martyrs glorieux ou inconnus qui ont arraché l'Indépendance de l'Algérie, il en est un dont le nom se confond avec l'héroïque et rude combat pour la Liberté.

    La fraternité

    Maurice Laban, l'enfant de Biskra, porte la mémoire des luttes menées depuis la nuit des temps afin que le triptyque sur lequel repose la devise de la République ne soit pas seulement une abstraction. C'est ce qu'il devait apprendre aux jeunes enfants de son école indigène dont il était l'instituteur. Dans la devise républicaine, il a incarné plus particulièrement le concept de Fraternité, par ses différents engagements au long de sa vie. Pour lui, la vertu concrète du principe de fraternité était par dessus tout la clé d'une Liberté non égoïste et d'une Egalité altruiste, toujours l'une et l'autre soucieuse d'autrui, pour lui, de ses frères Algériens, comme il aimait se reconnaître comme l'un d'entre eux. Il avait le front assez haut, les épaules assez larges pour rassembler tous les efforts déployés par quelques-uns pour réduire les fractures sociales criantes générées par le colonialisme.

    Il était persuadé que faute de ce progrès éthique, faute de ce sens de la dignité de l'autre et de notre partage de la même condition humaine, comment pouvons-nous espérer que la revendication de Liberté et de d'Egalité ne soit pas réduite, le plus souvent à la défense de ses propres intérêts. Tous ces combats menés durant sa trop courte vie, il les a engagés dans l'espoir que reculent durablement les indifférences, les haines, les rejets de l'autre et les ignorances. Par dessus tout, il considérait tout être humain comme son frère.

    L'exemplarité

    Il était né en 1914 à Biskra où durant sa vie, Maurice Laban n'a jamais cessé d'apporter de l'aide à ses frères algériens dans le dénuement de cette ville du sud algérien jusqu'à cette date fatidique du 6 juin 1956 où il tombe au champ d'honneur aux côtés de son camarade Henri Maillot qui avait rejoint la lutte des maquisards algériens avec une cargaison d'armes et d'autres martyrs tels que Belkacem Hannoun, Djilali Moussaoui et Abdelkader Zelmatt.

    Toute son existence témoigne de ce pourquoi tant de femmes et d'hommes ont donné leur vie pour que leurs frères puissent vivre dignes et libres. C'est à Paris, en 1934, qu'il adhéra au Parti communiste où il fut secrétaire de la fédération parisienne des étudiants communistes.

    Durant la guerre d'Espagne, il se porta volontaire dans les Brigades internationales.

    Dans la rage des combats contre la dictature franquiste, à Teruel, il fut blessé à la jambe. A Madrid, il fut atteint à la face. On crut que sa blessure était mortelle à tel point qu'un officier espagol républicain voulut l'achever, pour abréger ses souffrances. Georges Raffini, un communiste d'Algérie était là et l'en empêcha. Il emporta son camarade de combat sur ses épaules et lui sauva ainsi la vie. La bouche cousue, la tête entourée de bandages, Maurice Laban fut rapatrié en France.

    En 1940, de retour en Algérie où il s'était marié avec Odette, durant la Seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy, après l'avoir torturé, l'emprisonna à la prison Barberousse d'où il s'évada. Repris, Maurice fut condamné à la prison à perpétuité. On le transféra à la prison de Lambéze. Odette et Maurice furent libérés en 1943, après le débarquement des alliés. Quand il sortit de prison, son père, qui avait été, lui aussi emprisonné, mourut.

    Les difficultés de Maurice Laban avec le Parti communiste commencèrent en 1944.

    A cette époque, les députés français, toujours présents à Alger, et le PCA demandaient aux Algériens de participer à l'effort de guerre de la France. Pendant ce temps, les Algériens souffraient de la famine et du typhus. La section communiste de Biskra, dont Maurice était le secrétaire, adressa un rapport au Comité central pour exprimer son désaccord sur le fait que défendre exclusivement des mots d'ordre nationaux français était une erreur. On accusa alors Maurice de nationalisme. Son exclusion du Parti fut même envisagée. A partir de ce jour, les Laban devinrent des suspects devant qui on détournait la tête.

    En 1952, Maurice apprit qu'à Djemmorah, un village des Aurès, l'école était fermée depuis quatorze ans, faute d'instituteur. Il demanda le poste et y fut nommé en novembre. En mars 1953, on le révoqua. Ce travail lui facilitait trop les contacts avec le paysans de la région.

    Depuis l'enfance, il était lié d'amitié avec Mostépha Ben Boulaïd, l'un des animateurs de l'OS, l'Organisation spéciale, l'organisation para-militaire fondée par les nationalistes algériens. Sa plantation de palmiers lui permettait d'acheter des engrais avec lesquels il fabriquait de la poudre. Dès la fin des années quarante, à l'insu du PCA, il en fournit pour les maquisards des Aurès.

    Le 1er novembre 1954, Maurice Laban était à Biskra. Il fit tout de suite savoir au Comité central qu'il voulait participer à ce qu'il considérait être une guerre de libération. Il fut indigné par les prises de position du PCA à cette époque. Une délégation fut envoyée auprès du Comité central pour faire part de la volonté de ces hommes de s'engager dans la lutte armée. Il s'agissait ni plus ni moins d'une critique de la théorie de Maurice Thorez sur "l'Algérie, nation en formation" qui continuait à régner sur la politique algérienne du PCF et à influencer le parti algérien.

    Quelque temps après, les Laban et leur fils furent expulsés de Biskra par la police. L'arrêté d'expulsion était signé par François Mitterrand. Maurice s'attendait à être arrêté. Il passa dans la clandestinité à Alger. Odette et son fils partirent en France. Après des discussions serrées, la direction du PCA, finit par rallier la lutte armée menée par le FLN pour l'Indépendance.

    Beni Boudouane

    Le mardi 22 mai 1956, son camarade, Henri Maillot fut condamné à mort par contumace par le tribunal des forces armées d'Alger. Début juin, les maquisards de son groupe passent à l'action. Ils abattent quatre collaborateurs des autorités françaises puis mettent le feu au bureau du caïd du douar Beni Rached. Ils s'enfuient sur la rive droite du Cheliff. Alors que leur présence est signalée dans cette région où le bachaga Boualem a mis sur pied d'importantes milices de harkis, l'un d'eux va chercher du ravitaillement dans le village de Lamartine. L'importante quantité de vivres commandée attire l'attention. L'homme est arrêté, torturé. Sous la douleur, il dit où se trouvent ses camarades. Ses tortionnaires l'achèvent, en violation complète avec les accords de Genève sur les prisonniers.

    Une opération est lancée contre les maquisards. Le mardi 6 juin 1956 à l'aube, les maquisards sont encerclés. Hamid Gherab vit Maurice Laban mourir en combattant, après avoir échangé des coups de feu avec les militaires. Trois autres maquisards furent tués ce jour-là. Ils s'appelaient Belkacem et Djilali ainsi qu'Henri Maillot.

    A dix-neuf heures, le 6 juin, la police vint prévenir la mère d'Henri Maillot que son fils était mort avec ses camarades. On les enterrait à Lamartine, devenu El Karimia, hors du cimetière qui leur fut interdit. C'est le fils de Maurice qui entendit la nouvelle à la radio avant d'aller à l'école. Il prévint sa mère en lui téléphonant. Pendant très longtemps, Odette Laban refusa de croire à la réalité de la mort de son mari. Lui qui avait échappé à la mort en Espagne, qui s'était échappé de Barberousse, qu'on avait déjà proclamé mort une fois... Non, ce n'était pas possible.

    Hamid Gherab, le témoin, réussit à échapper à l'encerclement et à s'enfuir durant la nuit. C'est lui qui écrivit à Odette, des années après, en 1970 : "La mort de Laban a été celle d'un homme qui vivait son idéal, qui ne trichait ni avec lui-même ni avec les autres, qui a fait très simplement le sacrifice de sa vie parce qu'il pensait qu'il ne pouvait en être autrement. De l'Espagne au Beni-Boudouane, ça a été toujours le même homme qui n'a pas dévié d'un pouce, qui aimait les hommes droits et méprisait les fausses hiérarchies. Il est mort en plein combat en tirant jusqu'à son dernier souffle sur des soldats pleins de haine et de peur."

    Le courage et le sacrifice

    Ce qui est frappant dans le récit de cette trajectoire de Maurice Laban, rectiligne et tendue comme la corde d'un arc, c'est la dimension tout à fait exceptionnelle d'un courage et d'un esprit de sacrifice à nul autre pareil. Tout cela fait de lui un Héros à la figure christique, par la volonté qu'il a su déployer tout au long de sa vie pour faire descendre du haut des temples, où elle est gravée, la devise de la République "Liberté, Egalité, Fraternité" et la mettre en pratique dans le difficile combat pour la libération et l'émancipation des Hommes. L'exemplarité qu'il a su déployer au long de sa vie brève est un constant rappel face aux privilèges exorbitants des oligarchies et des potentats qui s'arrogent le droit de diriger les peuples du monde.

    Depuis le mois d'avril 2002, une rue à Biskra, près de la gare, porte le nom de Maurice Laban, l'un de ses fils, parmi les meilleurs.

    Que sont devenus ces femmes et ces hommes qui sacrifièrent tout à leur idéal ?

    Qu'au moins leur Histoire soit écrite et transmise. Si nous ne savons pas le faire, qui donc le dira ?

    Contribution de René Fagnoni à l’APS

    Auteur de "Chronique des Aurès".

    http://www.lematindz.net/news/18003-maurice-laban-ce-heros-algerien.html

  • Algérie : «Les affrontements de Ghardaïa sont liés à des intérêts pétroliers et gaziers» (Algeria Watch)

    Pour Fatma Oussedik, anthropologue, les affrontements entre communauté mozabite (berbères) et châamba (arabes) qui ont fait plus de 25 morts ces quatre derniers jours sont aussi liés à l'arrivée de nouvelles populations.

    Fatma Oussedik est anthropologue et professeur de sociologie à l'Université d' Alger II. La chercheuse revient sur les affrontements entre communauté mozabite (berbères) et châamba (arabes) qui ont fait plus de 25 morts ces quatre derniers jours dans la région de Ghardaïa.

    Les affrontements sont-ils liés à un conflit communautaire comme on le lit depuis quatre jours ?

    En manipulant les arguments communautaires entre Ibadites (berbères) et les chaâmba (arabes), on produit de fait du communautarisme. Ou alors du repli communautaire. Cependant, je ne crois pas à cette lecture avancée, qui me semble incomplète, car d’autres arguments et intérêts sont à l’œuvre dans la région. Pour bien saisir ce qui se passe, il faut avoir à l’esprit que, depuis la fin des années 1950, période qui correspond aux découvertes pétrolières, la population a été considérablement modifiée dans la région et Ghardaïa devenue le chef-lieu de la wilaya (préfecture).

    Comme qualifieriez-vous la région de Ghardaïa ?

    La région connaît des soubresauts liés aux énormes intérêts qui agitent la zone. Intérêts miniers, gaziers, pétroliers et nouveaux intérêts liés aux projets d’extraction du gaz de schiste. Cette région est déstabilisée par des intervenants extérieurs liés à ces mêmes intérêts économiques. A cela s’ajoute l’élément «route saharienne» car Gardhaïa a toujours été un centre important au nœud de ces routes. Et qui dit routes dit trafics intenses de drogues, de marchandises de contrebande, de migrants. Ce sont les anciennes routes de l’esclavage. De sorte qu’il y a aujourd’hui une insécurité produite par ces trafiquants.

    Quelles sont ces populations ?

    Elles sont venues, et viennent, de l’ensemble de l’Algérie. Ces populations arrivent dans un endroit où vivent depuis des siècles des communautés berbères établies avec du foncier, leurs cimetières, leur habitat et leurs organisations locales. Il y a donc des rivalités sociales et économiques entre ces gens venus de partout et ces populations établies et fortes de ce lieu d’origine et d’appartenance. Vous êtes une population berbère et vous parlez le berbère. Vous vivez ici depuis des siècles. Vous avez le sentiment qu’on vous conteste cette terre, y compris le fait d’y être établi. Ainsi s’opposeraient des autochtones et les autres populations qui se sont succédé depuis les années 50 en passant par les années 90, et ce notamment pour fuir les régions de forte insécurité [lors des années noires, ndlr]. Ces populations sont arrivées sans aucun moyen, sans aucune inscription dans aucun groupe local et presque désinstitutionnalisées.

    Et l’argument religieux ?

    Evidemment, il est présent et se surajoute. Ne pas oublier que Mokhtar Belmokhtar est né à Ghardaïa. Avant d’être un chef jihadiste, il a commencé sa «carrière» comme trafiquant. Belmoktar est le représentant d’une ces articulations multiples sur la région. Il faut savoir que les ibadites (berbères) appartiennent à une école doctrinale de l’islam. Mais en face, il y a un wahhabisme récemment installé dans la région. Pour finir le panorama, vous y rajoutez des forces centrifuges qui tentent d’attirer l’armée nationale dans une intervention extérieure vers le nord Mali ou la Libye.

    Comment expliquez-vous la passivité des forces de l’ordre dans la wilaya de Ghardaia ?

    Je dirais à qui profite le crime ? Le pacte national, c’est : l’Etat protège les biens et les personnes des interventions extérieures.
    Et que fait l’Etat algérien ? Rien.
    Cette passivité doit être interrogée quand, sur internet, des vidéos postées montrent les forces de l’ordre tirer sur les Ibadites…

    Jean-Louis Le Touzet, Libération du 10 juillet 2015

    http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/ghardaia/interets_petroliers.htm

  • La lutte contre les tunnels accroît l’asphyxie de Gaza (Afps)

    *

    Le Caire a lancé ces derniers mois une vaste opération contre les trafics avec le territoire palestinien.

    Les entrées des deux tunnels sont séparées de quelques mètres à peine. L’une ressemble à un puits, l’autre à un bunker. Elles sont condamnées. Des plaques métalliques empêchent les curieux de pénétrer à l’intérieur. De toute façon, il n’y a guère de curieux dans cette zone de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, accolée au mur frontalier avec l’Egypte.

    Le Hamas est aux aguets. Ibrahim R., 26 ans, est un policier du mouvement islamiste, qui contrôle le territoire palestinien depuis 2007. Il s’improvise guide pour convaincre le visiteur de la fin d’une époque : celle des tunnels clandestins. Ces tunnels qui ont permis pendant trente ans à la population d’acheminer de la contrebande en provenance d’Egypte : des cigarettes, de la nourriture, mais aussi des armes et des voitures.

    L’histoire que narre Ibrahim R. est celle d’un Hamas vertueux, qui chercherait à empêcher l’exploitation de ces voies de passage et mettre fin aux trafics. " Nous sommes environ 800 hommes à superviser la zone frontalière, longue de 14 kilomètres, explique-t-il. Toute personne qui y pénètre est fouillée. "

    En réalité, le gros du travail est abattu, depuis plus d’un an, par l’armée égyptienne. Après l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah Al-Sissi, le régime égyptien a lancé une vaste opération dans la zone frontalière avec la bande de Gaza. Elle avait deux objectifs : sécuriser le Sinaï, où les djihadistes alliés à l’organisation Etat islamique (EI) montent en puissance et harcèlent l’armée ; lutter contre les trafics avec le territoire palestinien. Le premier est un échec complet, le second une victoire en demi-teinte.

    Ibrahim R. monte dans le bureau provisoire où s’affairent des collègues. Leur ancien bâtiment n’est que ruines, après un bombardement israélien à l’été 2014. En hauteur, on perçoit mieux le résultat de l’opération égyptienne, de l’autre côté du mur, à quelques centaines de mètres de là. Les bulldozers ont rasé méthodiquement les habitations de Rafah, ville scindée en deux. Une mosquée reste debout au milieu du désert urbain. Par endroits, la zone tampon avec Gaza a été étendue jusqu’à trois kilomètres. En mai, le président égyptien a déclaré qu’au moins 80 % des tunnels avaient été détruits au cours des six mois précédents. " Les Egyptiens nous font mal, reconnaît le policier du Hamas, mais on a le même sang et un ennemi commun, Israël. "

    Le maire de Rafah, Sobi Redwan, mesure les dégâts provoqués par la condamnation des tunnels. " La roue de l’économie est à l’arrêt. Heureusement, la semaine dernière, du ciment égyptien est entré en petite quantité par le point de passage. C’était la première fois depuis l’été. " Conscients du risque d’asphyxie de Gaza, les Egyptiens ont décidé, comme les Israéliens au nord, de desserrer l’étreinte du blocus, pour éviter une explosion de violence. Des contacts avec le Hamas ont même été établis, au nom de la lutte contre le djihadisme. Pendant le mois du ramadan, l’Egypte a accepté de rouvrir quelques jours le point de passage de Rafah. En revanche, pas question de permettre une réhabilitation des tunnels. " Il n’y en a plus, c’est trop dangereux, prétend le maire. Nous ne voulons pas qu’ils réapparaissent. Nous demandons plutôt la fin du blocus. "

    Dans les petites épiceries de Rafah, on travaille au ralenti, et ce n’est pas seulement dû au ramadan. Youssef Abou Nadja, 65 ans, s’ennuie derrière sa caisse rouillée. Il est seul aux affaires. Le commerçant a dû changer ses approvisionnements depuis que la pression égyptienne a débuté. " Avant, tous nos produits venaient d’Egypte. Maintenant, je les fais venir de Cisjordanie et surtout d’Israël. "

    " Les Egyptiens détruisent nos vies "

    Beaucoup d’ouvriers habitués au travail souterrain ont perdu leur emploi, à l’instar d’Oussama S., 24 ans. Pendant sept ans, il a creusé des tunnels, parfois à mains nues, dans des conditions terribles. Certains de ses camarades sont morts ainsi. Ils étaient une trentaine à se relayer, pendant près de six mois, pour parvenir en Egypte. Aujourd’hui, le jeune homme est désœuvré, endetté. " Les Egyptiens ne détruisent pas seulement nos tunnels, mais nos vies. "

    Quand l’offre se contracte, les survivants prospèrent. C’est dans un faubourg de la ville de Gaza que reçoit Youssef L., 58 ans. Le rez-de-chaussée de sa maison est en marbre. La décoration est minimaliste. Un lit, une grande télévision. Un mur porte les stigmates d’un éclat de mortier israélien. Youssef L. a les ongles sales et des vêtements guère plus avenants. Il est pourtant à la tête d’un trafic florissant. Depuis deux ans et demi, il s’est lancé dans le secteur des tunnels à Rafah. Ils étaient sept investisseurs à l’origine, plus que deux aujourd’hui. Youssef L. a amené 30 000 dollars au pot commun. Une somme très vite remboursée.

    Aujourd’hui, la raréfaction des tunnels lui permet, dit-il d’engranger parfois plusieurs centaines de milliers de dollars par semaine. Lorsque Youssef L. s’est joint à l’entreprise, le tunnel faisait déjà 500 mètres de long. Il a fallu le prolonger de 300 mètres, après que les Egyptiens ont rasé Rafah. Au total, 18 travailleurs se succèdent nuit et jour pour achever le parcours. " Les ouvriers signent un papier avec nous, s’engageant au nom de leur famille à ne pas nous attaquer en justice s’ils meurent ou se blessent ", explique-t-il. Sa vocation : les cigarettes et le tabac. A quatre reprises, les Egyptiens ont découvert la sortie du tunnel et l’ont inondé avec des eaux usées. A chaque fois, il a fallu creuser une nouvelle voie. L’effort en vaut la peine. Youssef L. touche 1 000 dollars sur chaque chargement de 500 paquets de cigarettes.

    Quand on interroge le passeur sur le rôle du Hamas, qui dit condamner les tunnels, un grand éclat de rire résonne. " On ne peut rien sortir du tunnel sans qu’ils ne le sachent ! On prévient avant chaque livraison. On leur paie 1 000 shekels (238 euros) pour un chargement de cigarettes. " Il y a un mois, son partenaire égyptien a emprunté le tunnel pour venir à Rafah, avant de repartir en sens inverse, le même jour. Les Egyptiens ont alors inondé le tunnel. Quand le partenaire a voulu en utiliser un autre, pour livrer les cigarettes, les soldats l’ont tué.

    Piotr Smolar - Le Monde, dimanche 12 juillet 2015

    http://www.france-palestine.org/La-lutte-contre-les-tunnels-accroit-l-asphyxie-de-Gaza

    Lire aussi:

    http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/palestine/ghaza_vivante.htm