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  • Israël : le boycott que Valls veut criminaliser (Regards)

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    Alors que le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) s’étend contre les produits israéliens, le premier ministre trouve que « ça suffit » et annonce des mesures. Sur ce sujet comme sur les autres, il faut juguler la contestation.

    Manuel Valls préfère la liberté d’expression sur une plaque commémorative que dans la bouche des militants pro-palestiniens. Le 5 janvier il dévoilait l’hommage « à la mémoire des victimes de l’attentat terroriste contre la liberté d’expression perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 ». Deux semaines plus tard, le premier ministre confiait aux "Amis du CRIF" vouloir durcir les mesures contre les appels au boycott des produits israéliens.

    « Je pense que les pouvoirs publics doivent changer d’attitude vis-à-vis de ce type de manifestations », a-t-il déclaré lundi soir. « Je pense que nous allons prendre des dispositifs – mais toujours dans l’État de droit – qui doivent montrer que ça suffit, et qu’on ne peut pas tout se permettre dans notre pays. » Dans la lignée de l’interdiction des manifestations pro-Gaza à l’été 2014, Manuel Valls demeure dans une logique de criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine.

    BDS : des victoires importantes

    La manœuvre est toujours la même, et bien rodée : disqualifier les critiques de la politique israélienne en les assimilant à de l’antisémitisme. « On est passé de la critique d’Israël à l’antisionisme et de l’antisionisme à l’antisémitisme. » En décembre dernier déjà, Manuel Valls condamnait devant l’Assemblée nationale le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), dénonçant la volonté « de confondre critique légitime de la politique de l’État d’Israël avec l’antisionisme et l’antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme ».

    Lancée en juillet 2005 par 170 organisations palestiniennes, cette campagne internationale préconise des « mesures de sanction non violentes (...) jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international ». Trois types de mesures sont recommandées : boycott de l’économie et des institutions israéliennes, notamment universitaires, retrait des investissements étrangers, sanctions contre l’État et ses dirigeants.

    Le mouvement a remporté des batailles importantes l’année dernière, y compris en France : Orange a promis de rompre son contrat avec la société de téléphonie israélienne Partner Communications, le festival de BD d’Angoulême a annulé le sien avec Sodastream, une entreprise de machines à soda installée dans une colonie de Cisjordanie, et Veolia s’est complètement retiré du pays. Sur le front culturel, des vedettes comme Lauryn Hill et Thurston Moore de Sonic Youth ont refusé de jouer dans le pays.

    L’interdiction d’une critique citoyenne

    La campagne pourrait toutefois être mise à mal par la décision de la Cour de cassation, qui a déclaré illégal en octobre dernier, l’appel à boycotter des produits israéliens et confirmé la lourde condamnation de quatorze militants BDS. Ces derniers étaient entrés dans des supermarchés à Mulhouse où ils avaient crié des slogans, distribué des tracts et porté des vêtements appelant au boycott des produits israéliens. La France devient ainsi le seul pays à pénaliser les appels à ne pas acheter les produits israéliens.

    La Cour a invoqué un article de la loi de la presse qui évoque le délit de "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée". Or cette loi « ne prévoit nullement de protéger la politique d’un État contre une critique citoyenne, lorsque cette critique prend la forme d’un appel au boycott de produits, rappellent les militants et intellectuels signataires d’un appel à renforcer le mouvement BDS. À de nombreuses reprises, des organisations ont appelé dans le monde au boycott de la Birmanie ou de la Russie, de la Chine ou du Mexique, sans que soit jamais évoquée une telle clause ».

    Dans le contexte d’un état d’urgence dont on a vu comment il était utilisé contre les mouvements sociaux durant la COP21, la dissuasion et la répression de la contestation étendent leur emprise, activement soutenues par un Manuel Valls dont les combats sont décidément très sélectifs.

    http://www.regards.fr/web/article/israel-le-boycott-que-valls-veut

    http://www.politis.fr/articles/2016/01/pour-valls-bds-ca-suffit-37/

  • Irak. Des images satellite confirment des destructions de masse délibérées dans des villages arabes contrôlés par les peshmergas (Amnesty)

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    Les peshmergas - combattants des unités du Gouvernement régional du Kurdistan - et des milices kurdes du nord de l’Irak ont passé au bulldozer, fait exploser et réduit en cendres des milliers de logements dans le but semble-t-il de déraciner des populations arabes, en représailles contre leur soutien supposé au groupe se faisant appeler État islamique (EI), écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mercredi 20 janvier.

    Ce rapport, intitulé Banished and dispossessed: Forced displacement and deliberate destruction in northern Iraq, s’appuie sur des recherches réalisées sur le terrain dans 13 villages et villes, et sur des témoignages recueillis auprès de plus de 100 témoins et victimes de déplacement forcé. Elles sont étayées par des images satellite donnant à voir la destruction de grande ampleur semée par les peshmergas, ou dans certaines cas par des milices yézidies et des groupes armés kurdes de Syrie et de Turquie agissant en collaboration avec les peshmergas.

    « Les forces armées du Gouvernement régional du Kurdistan semblent être le fer de lance d’une campagne concertée visant à déplacer les populations arabes en détruisant des villages entiers dans des zones reprises à l’EI dans le nord de l’Irak. Le déplacement forcé de civils et la destruction délibérée de logements et de biens sans aucune justification militaire peuvent constituer des crimes de guerre », a déclaré Donatella Rovera, conseillère principale sur la réaction aux crises à Amnesty International, qui a effectué les recherches sur le terrain dans le nord de l’Irak.

    Des résidents arabes ayant fui leur domicile sont par ailleurs empêchés par les forces du Gouvernement régional du Kurdistan de retourner dans les zones reprises.

    « Des dizaines de milliers de civils arabes qui ont été forcés à fuir leur domicile en raison des combats ont désormais de grande difficultés à survivre dans des camps improvisés où les conditions sont désespérées. Beaucoup ont perdu leurs moyens de subsistance et toutes leurs possessions, et n’ont plus rien vers quoi se retourner, leur domicile ayant été détruit. En interdisant à ces personnes déplacées de rentrer dans leur village et en détruisant leurs logements, les forces du Gouvernement régional du Kurdistan accroissent encore leurs souffrances », a déclaré Donatella Rovera.

    Le rapport révèle des éléments sur des déplacements forcés de population et des destructions d'habitations de grande ampleur dans des localités des provinces de Ninive, Kirkouk et Diyala reprises entre septembre 2014 et mars 2015 par les peshmergas à l’EI.

    Si des responsables du Gouvernement régional du Kurdistan justifient le déplacement de populations arabes en invoquant la sécurité, il semble pourtant que cette pratique ait pour but de punir ces personnes en raison de leurs sympathies supposées pour l’EI, et afin de consolider des gains de territoires dans des « zones contestées » que les autorités kurdes revendiquent de longue date. Cela s’inscrit dans une volonté de rectifier les abus du passé commis par le régime de Saddam Hussein, qui avait déplacé de force des kurdes, puis installé des arabes dans ces régions.

    « Les forces du Gouvernement régional du Kurdistan ont le devoir de traduire en justice dans le cadre de procès équitables les individus soupçonnés d’avoir été complices des crimes de l’EI. Mais elles ne doivent pas punir des populations entières pour des crimes perpétrés par certains de leurs membres, ou sur la base de soupçons vagues, discriminatoires et sans fondement selon lesquels elles soutiennent l’EI », a déclaré Donatella Rovera.

    L’imagerie satellite confirme les informations faisant état de destructions de masse

    Des milliers de résidents de villages arabes proches de Jalawla, dans l’est du gouvernorat de Diyala, ont fui après que des combattants de l’EI ont attaqué la zone en juin 2014. Plus d’un an après que la zone a été reprise par les peshmergas, les résidents ne peuvent pas rentrer chez eux et les villages ont été en grande partie détruits.

    Maher Nubul, père de 11 enfants ayant quitté son village, Tabaj Hamid, en août 2014, a déclaré que le village tout entier a été « aplati » après avoir été repris par les peshmergas quatre mois plus tard.

    « Tout ce que je sais, c’est que quand les peshmergas ont repris le village, les maisons étaient encore là. Nous ne pouvions pas rentrer chez nous mais nous arrivions à les voir de loin. Et plus tard ils ont détruit le village au bulldozer, je ne sais pas pourquoi. Il ne reste rien. Ils ont tout détruit sans raison », a-t-il dit.

    Des chercheurs d’Amnesty International s’étant rendus dans cette zone en novembre 2015 ont découvert que le village de Tabaj Hamid avait été rasé. Les images satellite obtenues par l’organisation montrent également que pas une seule structure n’a été épargnée.

    À Jumeili, les chercheurs ont découvert qu’il ne restait de la majeure partie du village que des décombres. Ces constats ont été étayés par des images satellite qui montrent que 95 % des murs et des structures basses ont été détruits. Sur les structures encore debout, la plupart des toits et des fenêtres ont été endommagés ou détruits.

    Dans les deux villages, l’imagerie satellite révèle par ailleurs ce qui ressemble à des traces laissées par des bulldozers, près de piles de gravats et de débris où s’élevaient auparavant des immeubles. 

    Les images satellite ont également fourni des informations tendant à prouver la destruction de deux villages situés non loin, Bahiza et Tubaykh.

    Amnesty International a par ailleurs relevé des éléments attestant la destruction délibérée de logements et de biens dans des villages arabes se trouvant sous le contrôle des peshmergas dans le gouvernorat de Ninive (nord-ouest de l’Irak).

    « Après que nos logements ont été réduits en cendres, nous étions prêts à nous retrousser les manches et à les réparer, mais les peshmergas ne nous ont pas autorisés à rentrer chez nous, puis les milices yézidies sont revenues et ont tout passé au bulldozer, même nos vergers ; il n’y a rien à sauver », a déclaré Ayub Salah, résident de Sibaya, au nord-est du mont Sinjar.

    À Sibaya et dans quatre villages arabes proches - Chiri, Sayir, Umm Khabari et Khazuqa – la plupart des maisons ont d’abord été incendiées en janvier 2015 par des membres des milices yézidies et des combattants de groupes armés kurdes syriens et turcs présents dans la région de Sinjar. Ils ont été détruits quand ces derniers sont revenus avec des bulldozers cinq mois plus tard.

    Des représentants d’Amnesty International se sont rendus dans cette zone en novembre 2015 et ont trouvé les villages largement détruits. Lors d’une mission précédente, en avril 2015, de nombreuses maisons avaient été mises sens dessus dessous et incendiées, mais elles tenaient encore debout.

    Les images satellite obtenues pour quatre de ces cinq villages les montrent également en grande partie détruits. À Sibaya par exemple, plus de 700 structures ont été endommagées ou détruites sur un total estimé à 897 structures.

    À Barzanke, un village arabe proche, où quasiment chaque maison avait été rasée, des peshmergas ont essayé d’attribuer ces destructions aux combattants de l’EI, malgré l’absence d’éléments étayant ces affirmations et le fait que leurs propres collègues aient avoué qu’ils avaient détruit le village pour s’assurer que les résidents arabes n’y retrouveraient plus rien.

    À au moins deux occasions, peu après leur arrivée dans des villages détruits, les chercheurs d’Amnesty International ont été appréhendés par des peshmergas, qui les ont escortés hors de la zone et les ont empêchés de prendre des photos.

    Halte aux destructions illégales et aux déplacements forcés

    Les autorités du Gouvernement régional du Kurdistan ont été confrontées à des difficultés sans précédent sur le plan humanitaire et sur celui de la sécurité, des centaines de milliers de personnes ayant cherché refuge dans les zones se trouvant sous leur contrôle après que l’EI s’est emparé de vastes pans du nord de l’Irak en 2014. Ces circonstances éprouvantes ne doivent toutefois pas excuser les destructions délibérées et les autres graves violations commises par les forces du Gouvernement régional du Kurdistan et d’autres milices évoquées dans le rapport.

    « Le Gouvernement régional du Kurdistan doit immédiatement faire cesser la destruction illégale de maisons et biens civils, et accorder des réparations complètes à tous les civils dont le logement a été démoli ou pillé. Les civils ayant été déplacés de force doivent être autorisés à rentrer chez eux dès que possible », a déclaré Donatella Rovera.

    « Les peshmergas ne doivent pas permettre à des groupes armés et des milices qui sont leurs alliés dans le cadre de la lutte contre l’EI de commettre de telles violations. Ils contrôlent la zone depuis qu’ils l’ont reprise à l’EI en décembre 2014, et ont la responsabilité de garantir la protection de toutes les communautés.

    « Il est en outre essentiel que la communauté internationale - notamment les membres de la coalition dirigée par les États-Unis qui combat l’EI, tels que le Royaume-Uni et l’Allemagne, et d’autres acteurs qui soutiennent les peshmergas - condamne publiquement toutes les atteintes de ce type au droit international humanitaire. Ils doivent en outre veiller à ce que l’assistance qu’ils fournissent au Gouvernement régional du Kurdistan n’alimente pas ces violations. »  20 janvier 2016

    https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/01/northern-iraq-satellite-images-back-up-evidence-of-deliberate-mass-destruction-in-peshmerga-controlled-arab-villages/

    Commentaire:

    Il semble que ce soit dû au gouvernement kurde "autonome" quasi "officiel" du Nord de l'Irak, qui a déjà été dénoncé et non des combattants de Syrie, de Turquie ou d'Iran.

  • Tunisie: La contestation sociale était prévisible car "la population ne peut plus patienter" (Al Huff')

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    Chercheur pour le centre Carnegie, Hamza Meddeb, dit ne pas être "étonné" par la vague de contestation sociale qui a éclaté dans les régions défavorisées de Tunisie, soulignant que la population "ne peut plus patienter" face à l'absence de changements depuis la révolution.

    Face à "l'inertie" des pouvoirs publics, "le pays s'embourbe dans une crise sociale" qui "risque de déstabiliser l'expérience démocratique" née du renversement du régime de Zine el Abidine Ben Ali en 2011, prévient M. Meddeb, co-auteur de l' ouvrage "L'Etat d'injustice au Maghreb. Maroc, Tunisie".

    Êtes-vous surpris par cette explosion de la contestation?

    Hamza Meddeb: "J'étais encore à Kasserine (d'où sont parties les manifestations, ndlr) il y a deux mois et tout cela ne m'étonne pas. La situation est désastreuse, rien n'a changé depuis cinq ans. (...) On a de nouvelles générations qui constatent ça. C'est un problème d'injustice sociale et de corruption.

    Il y a beaucoup de corruption dans l'administration, en particulier locale. Beaucoup de clientélisme. Tout cela fait exploser la colère. Les manifestations ont pris et la flamme s'est propagée".

    Les premières annonces du gouvernement sont-elles suffisantes?

    "Le gouvernement a annoncé des mesures sur l'embauche à Kasserine, dans le but de désamorcer la colère. Mais celle-ci s'est au contraire propagée. Ce sont des mesures à double tranchant.

    Ce qu'a eu Kasserine, tout le monde veut l'avoir à présent! Les revendications commencent à gagner beaucoup de régions. Ces petites mesures sont contre-productives et montrent que le gouvernement n'a pas vraiment de plan stratégique, et qu'on est dans une politique à courte vue. Ça fait un an qu'il est en place et rien de concret n'a été fait. Ça lui explose à la figure".

    Faut-il alors craindre une dégradation?

    "Il me semble qu'on va vers un enlisement de la situation. Les mesures destinées à désamorcer la crise l'alimentent au contraire, et le pays s'embourbe dans la crise. Le malaise social risque de déstabiliser l'expérience démocratique. En Tunisie, il n'y a pas vraiment de mécanisme de régulation des crises sociales, c'est un système politique extrêmement fragile.

    Dans le même temps, on a une administration très bureaucratique. Il faut mesurer son inertie. On a par exemple 1,4 milliard de dollars pour les infrastructures qui sont bloqués. Ça n'est pas un problème de financement mais d'exécution.

    On a des nominations (dans l'administration locale) de responsables qui étaient en charge sous Ben Ali. On ne répond pas aux besoins de développement avec les pratiques d'un autre temps. La bureaucratie ne peut pas continuer à fonctionner comme sous Ben Ali. La population a patienté pendant cinq ans. Elle ne peut plus patienter".  

    LIRE AUSSI:

    http://www.huffpostmaghreb.com/2016/01/21/tunisie-contestation-soci_n_9041210.html?utm_hp_ref=maghreb

  • Tunisie: La colère montre contre le chômage (Afriques en lutte)

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    La police tunisienne a fait usage de grenades lacrymogènes mardi pour disperser plusieurs centaines de demandeurs d’emploi qui s’étaient rassemblés dans au moins quatre villes du pays pour réclamer du travail, deux jours après le suicide d’un jeune chômeur, rapportent des témoins.

    Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’instauration d’un couvre-feu nocturne à Kasserine, la ville où Ridha Yahyaoui s’est donné la mort et où a eu lieu la première manifestation. Mais des incidents se sont poursuivis au cours de la nuit et se sont étendus aux villes de Tahla, Fernana et Meknassi, a rapporté l’agence de presse TAP.

    Les manifestants ont défilé aux cris de « Travail, liberté, dignité », selon un habitant. A Meknassi, des groupes de jeunes gens sont descendus dans les rues et ont incendié des pneus par solidarité avec les manifestants de Kasserine, a déclaré Mahdi Horchani, un habitant.

    La « révolution de jasmin », qui a donné le coup d’envoi du printemps arabe, était partie des émeutes ayant suivi la mort, le 4 janvier 2011, de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant qui s’était immolé par le feu à Sidi Bouzid.

    Plusieurs des chômeurs rassemblés mardi à Kasserine ont menacé de se suicider deux jours après Ridha Yahyaoui, qui, selon des témoins, a mis fin à ses jours faute d’avoir pu obtenir un emploi dans la fonction publique.

    Malgré la révolution, le chômage est passé de 12 à 15,3% entre 2010 et la fin 2015, alors qu’un tiers des demandeurs d’emplois possèdent des diplômes universitaires.

    A Kasserine, chef-lieu d’une des régions les plus défavorisées de Tunisie, les chômeurs représentent environ 30% de la population active.

    Source : Reuters 21 janvier 2016 

    http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/tunisie/article/tunisie-la-colere-montre-contre-le

     

  • Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

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    Lettre ouverte à Christiane Taubira

    La LDH, la CGT et l’AFPS, jeudi 21 janvier 2016
     
  • Netanyahou et Erdogan: un drôle de couple (Al'Encontre.ch)

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    Si les alliances se brisent aussi facilement qu’elles se forment, les ennemis peuvent également conclure des accords

    Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président turc Recep Tayyip Erdo?an forment un drôle de couple, même lorsque les troupes marines israéliennes n’embarquent pas dans des navires pour tuer des citoyens turcs dans les eaux internationales. Depuis l’épisode du Mavi Marmara [31 mai 2010, le navire est attaqué par un commando de l’armée de l’Etat d’Israël] il y a cinq ans, les deux hommes ont passé leur temps à se dévisager à distance, un peu comme Napoléon et Koutouzov devant le village de Borodino.

    Erdogan a comparé les actions d’Israël contre les Palestiniens à celles d’Hitler; de même, lorsqu’il a fustigé Netanyahou pour avoir «osé assister» au rassemblement à Paris après l’attentat de Charlie Hebdo (janvier 2015), l’Israélien a accusé le Turc d’être un «tyran antisémite».

    Il est ainsi surprenant d’apprendre que les pourparlers entre Israël et la Turquie en vue d’une normalisation des relations entre les deux pays sont sur la bonne voie.

    Les responsables turcs trouvent leurs homologues israéliens ouverts à la discussion au sujet des exigences consécutives à l’affaire du Mavi Marmara, à savoir soulager le siège de Gaza en se servant de la Turquie comme d’un intermédiaire pour les vivres et les autres fournitures. Il pourrait même être question de produire de l’électricité à partir d’un navire amarré au large de la côte.

    Erdogan a déclaré que la Turquie pourrait envoyer un navire à Gaza pour produire de l’électricité et fournir des matériaux de construction, et a affirmé avoir obtenu la garantie qu’Israël lèverait le siège si toute l’aide à destination de Gaza passait par la Turquie.

    Nous sommes arrivés à ce point à quelques reprises auparavant. Sur les deux fronts, celui du Mavi Marmara et celui de la levée du siège de Gaza, des espoirs sont nés, uniquement pour être réduits à néant par la tournure ultérieure des événements. Les contours d’un accord sur le Mavi Marmara avaient fait l’objet de négociations entre des responsables peu après l’incident, mais Netanyahou y avait finalement opposé son veto. En juin 2013, Israël a présenté ses excuses. Cette relation de répulsion et d’attraction est évidente aujourd’hui.

    Lorsque le ministre turc du Commerce Bülent Tüfekçi a plus ou moins répété ce que son président a déclaré («Si un accord peut être conclu entre les deux pays, Israël autorisera l’entrée dans la bande de Gaza de produits et de matériel d’aide d’origine turque par le biais de la Turquie»), Netanyahou a nié le fait qu’Israël lèverait le blocus maritime.

    Lors d’un meeting du parti Likoud, il a déclaré: «Ils [la Turquie] ont plaidé contre le blocus de Gaza, et bien entendu, nous n’avons pas l’intention de changer notre politique de blocus naval […] Même si Israël est le pays qui transfère les [biens en vue de la] subsistance et de la réhabilitation de la bande de Gaza, nous ne pouvons pas renoncer à notre sécurité.»

    Ce siège, qui dure depuis huit ans et qui a formé l’épine dorsale d’une stratégie partagée, de facto, par Israël, Mahmoud Abbas et le Quartet [Etats-Unis, Russie, UE, Nations unies], ne sera pas levé facilement. Les pourparlers sont tributaires du prochain événement qui se produira. D’après Amos Harel, journaliste à Haaretz, le Shin Bet [Service de sécurité intérieure] prétend avoir déjoué trois tentatives de préparation d’attaques à grande échelle par le Hamas en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Shin Bet affirme également que la construction de tunnels sous la frontière de Gaza avance à nouveau à plein régime. «Les composantes de base de la situation dans le sud – la poursuite de la construction de tunnels, l’absence de barrière efficace à la frontière et le siège serré de Gaza – laissent la porte ouverte au risque d’une nouvelle série de combats», conclut ainsi Harel.

    L’autre doute majeur concerne la personnalité même de Netanyahou. Ce dernier s’est forgé un passé de négociateur peu fiable, revenant sur les positions qu’il a exprimées en privé et se débarrassant de ses interlocuteurs en un clin d’œil. On a souvent dit que Netanyahou préférait le processus de négociation à son aboutissement. Cette fois, cependant, il y a peu à gagner du processus. Seul le résultat sera utile.

    Les pourparlers d’Erdogan surviennent dans la foulée de rencontres entre l’ancien émissaire du Quartet Tony Blair et le chef du Hamas Khaled Mechaal à Doha l’an dernier, que j’avais révélées au départ [voir l’article de l’auteur «Blair a rencontré Khaled Mechaal pour négocier la fin du siège de Gaza»].

    Les pourparlers, qui comprenaient une proposition de visite à Londres en juin dernier faite à Mechaal, ont échoué en raison du désintérêt d’Israël et du veto de l’Égypte. Le Hamas s’est également montré foncièrement méfiant vis-à-vis des motivations de Blair.

    Erdogan n’a pas le passif de Blair. Il ne pourrait pas non plus être associé avec les Émiratis ou avec l’homme fort du Fatah né à Gaza, Mohammed Dahlan [opposant à Mahmoud Abbas, présent dans de nombreux «mauvais coups» dans les batailles entre fractions au sein du Fatah, a été en 2014 jugé in absentia pour corruption à Ramallah; son rôle à Gaza est fort discuté, comme ses liens, affirmés par ses juges, avec les services israéliens], contrairement à Blair. Erdo?an demeure un ennemi implacable du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, et la Turquie a autrefois accueilli des hauts responsables du Hamas, dont l’un des fondateurs des Brigades al-Qassam, Salah al-Arouri, bien qu’il ait quitté le pays depuis. Erdogan et Mechaal entretiennent des contacts fréquents.

    De ce fait, si Netanyahou prend effectivement au sérieux ces pourparlers, une vraie question se pose: pourquoi? Qu’est-ce qu’Israël a à gagner d’une détente avec la Turquie? Pourquoi, après trois guerres, Israël s’intéresse-t-il à l’idée de lever le siège d’une «entité ennemie» alors que selon le Shin Bet, la sécurité d’Israël est compromise comme jamais auparavant?

    Le gisement de gaz Léviathan est situé à 130 km au large du port d'Haïfa

    Le gisement de gaz Léviathan est situé à 130 km au large du port d’Haïfa

    La nécessité d’exporter le gaz dont Israël dispose désormais depuis ses propres gisements représente une motivation. L’annonce de découvertes importantes de gaz dans les eaux territoriales égyptiennes l’année dernière a mis la pression sur une série d’accords d’exportation de gaz qu’Israël avait signés à l’origine avec l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne. Le gisement de gaz égyptien identifié par la multinationale italienne ENI, dont le potentiel s’élève à 849 milliards de mètres cubes, est considérablement plus grand que Léviathan, le gisement de 621 milliards de mètres cubes d’Israël. S’il s’avère que l’Égypte n’a pas besoin du gaz israélien, les marchés restants pour Israël sont l’Extrême-Orient et l’Europe.

    Israël ne peut exporter son gaz vers l’Extrême-Orient que s’il est liquéfié, et dans la mesure où ces installations sont longues et coûteuses à construire, cela repose sur des usines en Égypte, ainsi que sur des contrats avec l’usine de la compagnie espagnole Union Fenosa à Damiette et l’usine de GNL de Shell à Idku.

    Comme la voie égyptienne devient plus complexe en pratique qu’elle ne le semble en théorie, l’idée d’un gazoduc vers la Turquie et le marché européen devient de plus en plus attrayante pour résoudre cette problématique, bien que cela nécessite une solution à une autre crise, opposant Chypriotes grecs et turcs.

    De son côté, la Turquie s’intéresse à tout ce qui permettrait de réduire sa dépendance au gaz naturel russe, après avoir abattu un avion de combat russe survolant l’espace aérien turc à la frontière syrienne. Les analystes en Turquie comme en Russie estiment que la relation entre Erdogan et Poutine a été définitivement détériorée suite à cet épisode.

    Gaza constitue en soi une seconde motivation. L’idée qu’il est dans l’intérêt de la sécurité d’Israël de maintenir et d’établir le cessez-le-feu avec le Hamas est antérieure à la dernière guerre à Gaza. L’ancien chef du Mossad Ephraim Halevy a qualifié le Hamas d’«ami-ennemi» d’Israël: «Le Hamas, par exemple, est en état de guerre avec Israël, mais sa lutte contre les autres organisations dans la bande de Gaza, qui rejettent son autorité, sert les intérêts sécuritaires d’Israël.»

    Ce raisonnement a reçu depuis une impulsion importante. Quel que soit le nom qui lui est donné (la «Troisième Intifada», l’«Intifada des couteaux», la «Rébellion des loups solitaires»), le soulèvement qui a coûté la vie à 153 Palestiniens, 20 Israéliens, un Américain et un Érythréen existe désormais comme un fait politique.

    Bien que le Shin Bet puisse souhaiter voir la signature du Hamas dans l’organisation d’attaques à plus grande échelle, les attaques au couteau et à la voiture-bélier sont menées sans chef et de manière aléatoire. Israël et les systèmes de sécurité de l’Autorité palestinienne sont orientés pour détecter les attaques planifiées et ciblées. Ils ne savent pas quoi faire face aux actes désespérés et généralement suicidaires d’individus au casier judiciaire vierge et sans affiliation politique. Jusqu’à présent, ils ont répondu avec des mesures de sanction collective qui ne font qu’attiser la révolte et rendre l’occupation encore plus difficile à supporter.

    Ce soulèvement n’a pas été uniquement alimenté par la vision de la disparition d’un État palestinien sous les yeux d’une nouvelle génération de Palestiniens. Il a également été produit par un vide de leadership palestinien, en particulier à Jérusalem-Est.

    Ajoutez-y le groupe État islamique [Daech]. Ou du moins, une déclaration de son chef Abou Bakr al-Baghdadi, qui a été prise au sérieux. Ce dernier a averti Israël dans un enregistrement audio: «Nous nous rapprochons de vous jour après jour. Ne pensez pas qu’on vous a oubliés. La Palestine ne sera jamais votre terre ou votre foyer. Elle sera pour vous un cimetière. Allah vous a rassemblés en Palestine pour que les musulmans vous tuent.» En effet, l’État islamique se trouve juste de l’autre côté de la frontière, en Syrie, ainsi que dans le Sinaï, après qu’un président issu des Frères musulmans a été renversé en Égypte, tandis que le Hamas a été contenu à Gaza.

    La plupart des analystes sont farouchement réfractaires à l’idée de voir la cause et l’effet de tout cela. Ils ne veulent pas reconnaître que le fait d’avoir écrasé un gouvernement islamiste élu en Égypte a généré l’oxygène dont l’islam takfiri a besoin pour respirer. Israël partage l’avis des gouvernements russe, égyptien, français et britannique, selon lesquels l’islamisme est un mal sous toutes ses formes et les islamistes politiques travaillent en tandem avec les djihadistes pour arriver aux mêmes fins théocratiques.

    En termes d’idéologie, de coutume et de pratique, Israël est catégoriquement opposé à un accord avec le Hamas, qu’il étiquette comme étant au-delà de tout discours rationnel. Le développement des liens secrets d’Israël avec les Émiratis, qui partagent cette même vision, est le recours actuel. Mais supposez simplement que l’appel aux armes d’al-Baghdadi soit entendu par certaines personnes en Palestine, ce qui n’est pas impossible dans le climat actuel, puisque l’État islamique se trouve déjà à proximité, à la frontière syrienne et dans le Sinaï.

    Tous les paris seraient ouverts si Israël devait choisir l’ennemi auquel il préférerait faire face. Avec qui Israël préférerait-il négocier un échange de prisonniers à Gaza? Le Hamas ou l’État islamique? Un mouvement de résistance islamique rationnel ou irrationnel? Une chose est claire. Il est peu probable que le coût d’une victoire israélienne à Gaza et la chute du Hamas en tant que gouvernement de facto puissent avantager le Fatah ou Dahlan. On n’assisterait pas à l’émergence d’un régime libéral et laïc. Au moins certains groupes soutenant le Hamas passeraient du côté de l’État islamique.

    Deux signes clairs indiquent que les pourparlers entre la Turquie et Israël sont en progrès. Le premier signe a été un curieux incident qui s’est produit dans les collines du Kurdistan irakien. La Russie a voulu placer des troupes sur le terrain, d’où elle aurait pu lancer des opérations à Mossoul, et a demandé la permission au dirigeant kurde Jalal Talabani, dont le groupe contrôle la zone. Talabani a consulté ses alliés. Les États-Unis n’avaient pas d’objection, au contraire d’Israël, curieusement. Israël voulait montrer son inquiétude quant au fait que l’intervention russe en Syrie confortait l’influence de l’Iran dans ce théâtre de guerre. De même, Israël voulait montrer à la Turquie son influence dans la région.

    Le second signe émane des cris d’indignation de l’Égypte, qui a tant fait sous Sissi pour faire respecter le siège de Gaza, notamment en faisant exploser la moitié de la ville frontalière de Rafah et en inondant les tunnels. Lors de rencontres avec l’ambassadeur d’Israël au Caire et durant la visite du chargé d’affaires égyptien à son ambassade à Tel-Aviv, les autorités égyptiennes se sont opposées à toute concession d’Israël à la Turquie au sujet de la bande de Gaza. De toute évidence, elles perdraient la dernière carte qu’il leur reste à jouer, à savoir la carte palestinienne.

    Quoi qu’il arrive, les pourparlers israéliens avec la Turquie sont un signe de l’état de flux permanent dans lequel se trouve la région. Les alliances se brisent aussi facilement qu’elles se forment. Les ennemis concluent des accords. Ce qui est dans l’air un jour ne dure pas nécessairement jusqu’au lendemain. Netanyahou est peut-être à la recherche d’une autre solution. (15 janvier 2016)

    Publié par Alencontre le 22 - janvier - 2016

    David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Etranger du journal The Guardian

    http://alencontre.org/moyenorient/israel/netanyahou-et-erdogan-un-drole-de-couple.html