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  • Vers une nouvelle intervention en Libye ? (Le Monde Diplomatique)

     
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    Fadi Al-Hamwi. – « 4:00 am at Studio » (4 heures du matin à l’atelier), 2012 www.fadialhamwi.com
     
    Un dialogue national instrumentalisé par les Occidentaux
     
    Mercredi 20 juillet 2016. Le ministère de la défense a annoncé le 20 juillet la mort de trois militaires français en Libye, pays où la France mène « des opérations périlleuses de renseignement ». En février dernier, le journal Le Monde révélait qu’elle procédait également à des bombardements. Jean-Yves Le Drian avait aussitôt lancé une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale », confirmant les informations du quotidien ainsi que l’analyse de Patrick Haimzadeh dans nos colonnes.

    Après la conclusion d’un accord entre Parlements rivaux, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ouvre la voie à une action militaire occidentale en Libye. Dirigée contre les forces de l’Organisation de l’Etat islamique, une nouvelle ingérence de forces étrangères risquerait d’aggraver les violences entre factions et de faire échouer le fragile dialogue interlibyen. 

    La signature le 17 décembre à Skhirat, au Maroc, d’un accord d’entente nationale entre les représentants des deux Parlements libyens sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) a ouvert la voie à la désignation, le 19 janvier, d’un gouvernement d’union nationale de 32 ministres dirigé par l’homme d’affaires tripolitain Fayez Sarraj. Cela démontre la pertinence du dialogue engagé en septembre 2014. Malgré les tensions entre entités politiques et groupes rivaux, une grande majorité des adversaires qui refusaient de se rencontrer il y a encore un an ont accepté de faire des concessions. Même les plus radicaux des deux camps ne rejettent pas l’idée d’une conciliation. Bien que perfectible à maints égards, la politique des « petits pas » déployée par l’ONU (1), alliée à la multiplication des initiatives d’acteurs locaux dans l’ouest du pays pour mettre en œuvre des mesures de confiance, a permis d’y contenir, voire d’y réduire sensiblement, le niveau de violence.

    En dépit des apparences, et même si les médias occidentaux emploient souvent le mot « chaos », les adversaires se parlent en Libye. Dans ce pays où un semblant de normalité quotidienne peut très vite céder la place aux combats, nombre d’habitants soutiennent les discussions et font pression sur leurs responsables locaux pour qu’ils œuvrent au retour de la paix civile.

    Pour autant, l’accord du 17 décembre, pierre angulaire du processus de réconciliation, souffre de deux défauts majeurs : l’insuffisante représentativité de ses signataires et le fait qu’il semble n’avoir été conclu — dans l’urgence et sous la forte pression de puissances européennes — que pour permettre une intervention occidentale contre les milices et groupes armés ayant fait allégeance à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI).

    Depuis deux ans, il ne se passe pas une semaine sans que des responsables politiques et militaires américains, français, britanniques et, dans une moindre mesure, italiens n’annoncent l’inéluctabilité d’une telle intervention. Dès le 27 janvier 2014, l’amiral français Edouard Guillaud, alors chef d’état-major des armées, déclarait : « En Libye, l’idéal serait de monter une opération internationale. Le problème du sud de la Libye, c’est qu’il faudrait qu’il y ait un Etat dans le Nord. » Il s’agissait alors d’intervenir dans le Sud pour y combattre les groupes ayant quitté le nord du Mali après l’intervention française dans ce pays.

    Au printemps 2015, après les naufrages successifs de plusieurs embarcations de migrants en provenance de Libye, l’Union européenne lançait son opération navale « Sophia ». « Il n’y aura d’effet final que lorsque nous pourrons travailler au plus près des réseaux eux-mêmes, aller appréhender les gros poissons, et pas les petits qui vont en mer », estimait le 27 octobre 2015, à Rome, le contre-amiral français Hervé Bléjean, commandant en second de cette opération. « C’est-à-dire qu’à un moment, il va falloir travailler dans l’espace de souveraineté libyen. » Ces mesures qui correspondent à la troisième phase de l’opération « Sophia » ne sont possibles qu’avec l’aval des autorités légitimes libyennes ; accord que le Parlement de Tobrouk, reconnu par les pays occidentaux, s’est toujours refusé à donner, à la différence de celui de Tripoli.

    « Terminer le travail »

    Par la suite, les attentats du 13 novembre à Paris ont relancé l’idée d’une nouvelle intervention internationale en Libye. Bien que les tueurs, tous français et belges, n’aient pas séjourné dans ce pays, la nouvelle « guerre contre le terrorisme » officialisée par le président François Hollande inclut désormais le territoire libyen, où des milices ont fait allégeance à l’OEI dans les villes de Derna (Est) et de Syrte (Centre-Ouest). Les 21 et 23 novembre 2015, des Rafale ont décollé du porte-avions Charles-de-Gaulle et effectué des vols de reconnaissance sur la ville de Syrte. Des groupes armés, dont les effectifs sont évalués à plusieurs centaines d’hommes, tiennent la ville et mènent régulièrement des attaques, notamment contre les installations pétrolières.

    Quelques jours plus tard, le premier ministre Manuel Valls affirmait : « La Libye est incontestablement le grand dossier des mois qui viennent » (Europe 1, 1er décembre 2015) ; puis : « Il faudra combattre Daech [acronyme de l’OEI en arabe], sans doute demain en Libye » (France Inter, 11 décembre). Dans un article intitulé « Daech : la France va-t-elle intervenir à nouveau en Libye ? », Le Figaro du 22 décembre, citant des sources au ministère de la défense, se montrait plus précis : « Pour éradiquer le “cancer Daech et ses métastases libyennes”, une action militaire est jugée indispensable à l’horizon de six mois, voire avant le printemps. »

    Les experts en stratégie, spécialistes multicartes et partisans systématiques des interventions militaires, qui prédisaient en 2011 la chute du régime de Mouammar Kadhafi en quelques jours puis l’avènement de la démocratie, se relaient désormais dans les médias pour expliquer la nécessité d’une nouvelle expédition. Cinq ans après celle de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, il s’agirait de « terminer le travail » — une rhétorique qui n’est pas sans rappeler le discours des néoconservateurs américains pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Certains vont jusqu’à affirmer la nécessité de mettre le pays sous tutelle pour y instaurer une gouvernance digne de ce nom (2).

    Afin de respecter les formes de la légalité internationale, cette intervention doit néanmoins être demandée officiellement par des institutions reconnues. La formation du gouvernement d’union nationale, légitime aux yeux du Conseil de sécurité, constituait donc un préalable à tout appel à l’aide. Le nouveau représentant du secrétaire général de l’ONU, le diplomate allemand Martin Kobler, s’était attelé à cet objectif dès sa nomination à la mi-novembre. Le 6 décembre, alors qu’aucun consensus ne se dégageait au sein des deux Parlements libyens, il déclarait à la chaîne qatarie Al-Jazira : « L’heure a sonné pour une approbation rapide de l’accord politique libyen. Le train a quitté la gare. » Manière de signifier que la proposition était à prendre ou à laisser. Le message s’adressait aux deux Parlements, qui, quoique rivaux, formulaient la même exigence : entériner la composition de tout gouvernement d’entente nationale.

    La volonté onusienne et européenne d’aboutir coûte que coûte, et ce malgré les oppositions, s’est confirmée le 13 décembre 2015, lors de la conférence internationale pour la Libye coprésidée par le ministre des affaires étrangères italien et le secrétaire d’Etat américain. Le communiqué final de cette rencontre conférait, avant même sa nomination, le statut de « seul gouvernement légitime » au futur gouvernement d’union nationale.

    Les chercheurs spécialistes de la Libye exprimaient des réserves unanimes, et des cercles de réflexion influents, dont l’International Crisis Group (présidé par l’ancien secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno), mettaient en garde contre la précipitation à obtenir un accord qui ne serait pas validé par le plus grand nombre possible de parties libyennes (3). Qu’importe : M. Kobler s’est démené pour y parvenir à tout prix. Le 15 décembre, il s’est notamment entretenu avec le général Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne, basée en Cyrénaïque et opposée au gouvernement de Tripoli. Il lui a donné des garanties sur son avenir comme chef d’état-major des armées.

    A la demande des parrains de la conférence de Rome, l’accord interlibyen du 17 décembre prévoyait dans son article 39.2 que le futur gouvernement aurait le droit, dans le domaine sécuritaire, de « requérir l’assistance nécessaire des Nations unies, de la communauté internationale et des organisations régionales compétentes ». Le 23 décembre, la résolution 2259 du Conseil de sécurité, adoptée sur proposition britannique, l’a entériné en rappelant que la situation en Libye « constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales ». Son article 12 « exhorte les Etats membres à aider au plus vite le gouvernement d’entente nationale, à sa demande, à lutter contre les menaces qui pèsent sur la sécurité en Libye et à prêter un concours actif au nouveau gouvernement en vue de vaincre l’Organisation de l’Etat islamique, les groupes qui lui ont prêté allégeance, Ansar Al-Charia et tous les individus, groupes, entreprises associés à Al-Qaida opérant en Libye ».

    Sur le papier, les exigences des puissances occidentales réunies à Rome sont donc satisfaites, et les bases légales d’une nouvelle intervention sont en place. Mais, dans la pratique, cet accord et la désignation du nouveau gouvernement risquent d’engendrer de nouvelles lignes de fracture et d’accroître la violence. De nombreux députés de l’Est n’approuvent pas le document de Skhirat ; le Parlement de Tobrouk n’était d’ailleurs représenté que par 75 élus sur 188 lors de la cérémonie de signature au Maroc. Toujours en Cyrénaïque, le général Haftar a certes déclaré qu’il reconnaîtrait le gouvernement d’entente nationale, mais il est peu probable qu’il renonce à combattre ses adversaires politiques de Tripoli. Quant à M. Ibrahim Jadhran, autre homme fort de l’Est et chef de la garde des installations pétrolières — ses puissantes milices font face à celles de l’OEI dans le golfe de Syrte —, il soutient l’accord, mais il accuse le général Haftar et son embryon d’armée nationale de faire le jeu de l’OEI en ne luttant pas prioritairement contre elle.

    Cependant, c’est à l’Ouest que la situation demeure la plus problématique. Seuls 26 députés sur 136 de l’ex-Congrès national général de Tripoli assistaient à la signature de l’accord de Skhirat. Le nombre total de parlementaires soutenant le gouvernement d’entente nationale est quant à lui inférieur à 75. Certains de ses opposants, tel M. Abdelkader Al-Huweïli, y voient déjà un « complot étranger contre la Libye ». Si certaines milices de Zintan, Misrata et Zaouia acceptent d’« assurer la protection » du nouveau gouvernement, les quatre plus puissantes milices de la capitale ont d’ores et déjà déclaré qu’elles s’opposeraient à cette nouvelle instance. Les milices de Misrata affiliées au Front de la fermeté (Jabhat Al-Sumud) de M. Salah Badi ont également fait part de leur hostilité. Le grand mufti de Libye, M. Sadek Al-Ghariani, affirme quant à lui que cet accord imposé par l’étranger « n’est pas conforme aux principes islamiques ». La position de certains personnages influents de Misrata, dont M. Abdelrahman Suweihli, qui s’opposent au texte dans sa forme actuelle, dépendra quant à elle de la volonté et de la capacité de M. Kobler à répondre à leurs demandes. Ils souhaitent que l’on donne un poids accru à l’ancien Congrès général national, élu en 2012, pour contrebalancer celui du Parlement de Tobrouk, qui, selon les termes de l’accord, doit être maintenu comme principal corps législatif. De plus, une majorité de députés de l’Ouest refusent la nomination du général Haftar en tant que chef des armées.

    Hostilité de la population

    Obtenir un accord à marche forcée, fût-il insatisfaisant pour nombre d’acteurs libyens influents, tel a été le pari onusien ; mais il risque d’aboutir à une nouvelle impasse. Pour l’éviter, les Nations unies auraient dû faire preuve de souplesse en poursuivant les négociations avec les parties qui ne se reconnaissent pas dans cet arrangement, ainsi qu’en ouvrant un dialogue sécuritaire avec les acteurs politico-militaires locaux et les chefs de milice. A défaut, la situation ressemblera à celle qui prévalait en août 2014, quand la « communauté internationale » reconnaissait comme seul représentant du peuple libyen le Parlement de Tobrouk, qui ne contrôlait, au mieux, qu’un tiers du pays.

    S’il a vite été désigné, rien ne dit que le gouvernement d’union nationale pourra s’installer facilement à Tripoli ni, surtout, s’y maintenir sans heurts. Et même si c’était le cas, il devrait sans doute se garder d’appeler à une intervention étrangère. Si elles unissent leurs efforts, les milices de Misrata et de l’est du pays ont en effet la capacité de vaincre celles affiliées à l’OEI dans la ville de Syrte. De plus, toute ingérence étrangère, outre qu’elle décrédibiliserait le gouvernement et compromettrait durablement la reconstruction d’une nation et d’un Etat libyens, ne ferait que nourrir la propagande de l’OEI : l’Occident bombarderait une nouvelle fois des populations arabes. Cette propagande trouverait un écho au sein d’une population majoritairement hostile à une telle hypothèse, alimentant ainsi le recrutement de l’OEI. Il est toutefois peu probable que les responsables politiques et militaires occidentaux s’en préoccupent. Pour beaucoup d’entre eux, la prochaine guerre en Libye n’est désormais qu’une question de semaines (4).

    Patrick Haimzadeh

    Ancien diplomate français à Tripoli (2001-2004), auteur de l’ouvrage Au cœur de la Libye de Kadhafi, Jean-Claude Lattès, Paris, 2011.
     
    http://www.monde-diplomatique.fr/
  • Syrie. Le prix d’une «stratégie erronée» dans le combat contre Daech (Al'Encontre.ch)

    airstrike

    C’est la plus grosse bavure jamais commise par la coalition internationale contre l’organisation Etat islamique (EI) depuis son entrée en action dans le ciel de la Syrie, en septembre 2014.

    Plusieurs dizaines de villageois des environs de Manbij, une ville de 50’000 habitants tenue par l’organisation djihadiste, à 100 km au nord-est d’Alep, ont péri dans des bombardements aériens dans la nuit du 18 au 19 juillet. La coalition conduite par les Etats-Unis, qui comprend dix autres membres dont la France et le Royaume-Uni, mène depuis la fin mai une vaste offensive en partenariat avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, pour déloger l’EI de ce carrefour stratégique.

    Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau d’informateurs et de médecins sur le terrain, les bombardements ont fait 56 morts civils, dont 11 enfants, dans le village de Toukhar, une dizaine de kilomètres au nord de Manbij. Des photos de corps démembrés, couverts de poussière, en train d’être déposés dans une fosse commune, ont circulé sur les réseaux sociaux. L’organisme de communication des djihadistes de l’EI, Aamaq, évoque pour sa part 160 morts. Selon Hassan Al-Nifi, membre du conseil révolutionnaire de cette localité, qui vit en exil dans la ville turque de Gaziantep mais dispose de contacts sur place, le bilan pourrait être encore plus élevé.

    «Quand les membres de la défense civile sont intervenus mardi matin, ils ont récupéré 85 cadavres dans les décombres, principalement des femmes et des enfants, explique le responsable municipal, joint par téléphone. Mais lorsqu’ils ont pu faire venir leur matériel de déblaiement, beaucoup d’autres corps sont apparus. Nous sommes à plus de 200 morts et le décompte n’est pas terminé.» Lundi matin déjà, au moins 21 civils avaient trouvé la mort dans d’autres raids aériens sur des faubourgs de Manbij.

    La coalition a reconnu avoir procédé à 18 frappes dans cette zone le 18 juillet, visant toutes, selon elle, des positions et des véhicules de l’EI. «Nous allons examiner toutes les informations dont nous disposons sur l’incident», ont indiqué les militaires, qui ne se prononcent pas pour l’instant sur d’éventuelles erreurs de tir.

    «Nous prenons toutes les dispositions pendant nos missions pour éviter ou minimiser les pertes civiles (…) et nous conformer aux principes du droit de la guerre», poursuit le communiqué, envoyé en réponse à un e-mail de l’AFP.

    Le carnage de Toukhar a déclenché un tollé au sein de l’opposition syrienne. L’indignation est avivée par la méfiance traditionnelle de ses membres vis-à-vis des combattants du Parti de l’union démocratique (PYD), la composante kurde des FDS, qu’ils accusent de menées séparatistes. Dans un courrier envoyé à Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, Riyad Hijab, le président du Haut conseil pour les négociations (HCN), le bras diplomatique des anti-Assad, fustige le «silence international » qui entoure ces «centaines de morts».

    Le Conseil national syrien (CNS), l’une des principales composantes de l’opposition, représentée au sein du HCN, dénonce pour sa part un «massacre d’innocents», tout en déplorant que les précédentes attaques contre des civils n’aient pas fait l’objet d’enquêtes approfondies.

    «Il doit y avoir une enquête rapide, indépendante et transparente pour déterminer ce qui s’est passé, qui est responsable et comment éviter des pertes civiles supplémentaires», renchérit Magdalena Mughrabi, du département Moyen-Orient d’Amnesty International. L’ONG de défense des droits de l’homme soutient que le Pentagone a écarté des «dizaines» d’accusations de morts civils, pourtant «crédibles» selon elle, et affirme que le nombre de personnes mortes sous les bombes de la coalition, en Syrie et en Irak, se chiffre désormais en «centaines ».

    Le collectif Airwars, spécialisé dans le recensement des victimes collatérales de l’offensive anti-EI menée par Washington depuis vingt-deux mois, dispose d’une évaluation encore plus précise. Après avoir croisé et vérifié de multiples sources, des communiqués militaires aux décomptes des ONG, en passant par les comptes rendus des médias locaux, l’organisation parvient au chiffre de 1422 civils tués, ce qu’elle considère comme une estimation basse. Le Pentagone pour sa part ne reconnaît à ce jour que 41 morts.

    Sur place, Hassan Al-Nifi, le responsable du conseil local de Manbij, ne décolère pas contre la stratégie des Etats-Unis et de leurs alliés kurdes, consistant à encercler la ville et à avancer pas à pas vers le centre, sous le couvert des avions de la coalition, qui ont effectué 450 frappes depuis le début de l’opération, le 31 mai. «Nous soutenons le combat contre Daech [acronyme arabe de l’EI]», assure M. Nifi, qui se dit proche de l’Armée syrienne libre, la branche modérée de l’insurrection syrienne, «mais, en interdisant toute fuite possible aux djihadistes, la coalition les condamne à se battre jusqu’à la mort, dans un cadre de guérilla urbaine où ils excellent, en utilisant, qui plus est, la population comme bouclier humain. C’est une stratégie erronée. Daech finira par être vaincu, mais au prix de la destruction totale de Manbij.»

    Les morts de Toukhar pourraient peser sur la suite de l’offensive des FDS dans cette localité et dans le nord de la Syrie en général. Durant le week-end, ces forces se sont certes emparées du quartier général des djihadistes, installé dans un hôpital dans l’ouest de la ville. Mais l’hécatombe risque de nuire à l’image des troupes kurdes, déjà passablement mauvaise dans cette zone à majorité arabe, et de compliquer la gestion sur le terrain de l’après-EI. La plupart des Syriens, en particulier ceux acquis à l’opposition, redoutent qu’après avoir repris Manbij les Kurdes cherchent à opérer la jonction avec Afrin, plus à l’ouest, de façon à asseoir leur contrôle sur la quasi-totalité de la bande frontalière avec la Turquie.

    Sur place, à Toukhar, les habitants achèvent de compter leurs morts. Ironie macabre: le massacre du 18 juillet survient quatre ans jour pour jour après la «libération de Manbij», c’est-à-dire l’expulsion de l’armée syrienne de la ville. (Article publié dans Le Monde daté du 20 juillet 2016)

    Par Allan Kaval et Benjamin Barthe

     Alencontre le 20 - juillet - 2016
     
  • La santé du gréviste de la faim palestinien se dégrade : LIBEREZ BILAL KAYED ! (UJFP)

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    #Freedom4Bilal

    L’état de santé de Bilal Kayed palestinien en grève de la faim depuis un mois pour protester contre sa détention administrative en Israël s’est dégradé jeudi, selon un officiel palestinien et des membres de sa famille.

    Bilal Kayed a débuté le mois dernier une grève de la faim pour protester contre sa détention administrative par Israël, une mesure permettant l’emprisonnement d’une personne sans procès ni charge !

    Après avoir purgé une peine de 14 ans et demi de prison pour ses activités au sein du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), il devait être libéré le 15 juin.


    - Téléphonez, écrivez aux bureaux de la commissaire européenne Federica Mogherini +32 (0) 2 29 53516 , federica.mogherini@ec.europa.eu comme le propose le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens samidoun.

    - Dans les réseaux sociaux utilisez le mot clé #Freedom4Bilal


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    La famille du gréviste de la faim Bilal Kayed lance un appel au monde

    dimanche 17 juillet 2016 - 06h:32 - Addameer - Traduction Info-Palestine

    Pour tous ceux qui ont une conscience vivante dans ce monde, pour tous ceux qui croient et se battent pour l’humanité – qui est bafouée aux yeux du monde entier – nous crions de toutes nos forces pour que l’on nous rejoigne, en disant : ASSEZ !

    Nous, la famille du prisonnier Bilal Wajeeh Mohammad Kayed, appelons à la justice. Bilal a passé quatorze ans et demi à purger sa peine injuste dans les prisons israéliennes. Il a passé quatorze ans et demi loin de sa famille et de ses amis – qui se sont languis chaque seconde pour lui, priant pour qu’il retrouve sa liberté bien méritée. Une liberté dont il avait rêvé à chaque instant tout au long de ces années, voulant se remettre debout et continuer sa vie comme une personne et rattraper le temps perdu derrière les barreaux sionistes, où les meilleures années de sa jeunesse lui ont été volées.

    Bilal a perdu son emploi, un certain nombre de ses amis, et n’a même pas eu la possibilité d’entendre les dernières paroles de son père ni n’a-t-il pu lui dire adieu – tout cela alors qu’il était maintenu dans l’isolement dans la prison sioniste, subissant une grande oppression et une grande souffrance dans la dernière année de sa peine. Bilal a été isolé de tout contact avec d’autres prisonniers et de toutes les visites de sa mère malade ; une mère qui rêvait du moment de sa libération, le moment de leur réunion et le moment de la paix, en sachant qu’il aurait la chance de revenir dans le monde et de reconstruire une vie qui lui avait été volée.

    Le 13 juin 2016, le même jour où il était censé respirer sa liberté, Israël a détruit ce rêve. Il a effacé les sourires sur les visages de la famille et des amis de Bilal. Israël a placé Bilal en détention administrative pour six mois ; une détention sans inculpation ni jugement. Où est l’humanité dans la détention d’un être humain le jour de sa libération après quatorze ans et demi ? Quel gouvernement dans le monde permettrait de priver un être humain de ses droits les plus élémentaires ? N’est-ce pas un crime d’ampleur internationale que de tolérer cette peine inhumaine pour un prisonnier devant être libéré ?

    Nous implorons la communauté internationale de se dresser contre un tel crime : la détention d’une personne pour aucune raison. Si cet acte est toléré, des centaines d’autres prisonniers palestiniens comme Bilal en seront les victimes et Israël continuera de violer les lois internationales, et sous le nez du monde entier. Bilal avait purgé sa sentence injuste longue de 174 mois ; il a passé ce qui aurait été les plus beaux jours de sa vie en prison purgé une peine pour des crimes dont un tribunal sioniste l’a accusé sans preuves.

    La liberté de Bilal a été effacée et une nouvelle peine de six mois d’obscurité lui a été infligée ! Bilal s’est révolté contre cette décision cruelle et il a immédiatement commencé une grève de la faim. Il ne prend que de l’eau depuis 30 jours, refusant tout aliment et tout substitut alimentaire, et rejetant toute intervention médicale. Son corps est en souffrance. Il a perdu plus de 30 kilos et a commencé à souffrir de graves évanouissements. Mettant en danger sa propre vie, Bilal insiste sur le fait qu’il n’assistera pas aux audiences du tribunal et il refuse de mettre fin à sa grève, lui qui a toujours été prêt à se sacrifier pour les droits de chacun. En réponse, Israël lui a proposé quatre ans d’exil, ce qu’il refusé. Après quoi l’administration pénitentiaire israélienne l’a remis en isolement et à l’écart de ses camarades.

    Nous croyons encore à l’humanité, et donc nous implorons la communauté internationale d’adopter la posture nécessaire et de se rassembler pour soutenir le droit de Bilal à sa liberté.


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    Bilal Kayed, un prisonnier palestinien dont la libération était prévue, doit poursuivre sa détention sans accusation

    source Samidoun traduit par Pour la Palestine

    Le matin du 13 juin, le prisonnier palestinien Bilal Kayed, dont il était prévu qu’il soit libéré ce jour-là après avoir séjourné quatorze ans et demi dans les prisons israéliennes, s’est vu brusquement infliger en lieu et place six mois de détention administrative, c’est-à-dire une incarcération sans accusation ni procès.

    Kayed, 34 ans, originaire d’Asira al-Shamaliya, près de Naplouse, a été privé à de très nombreuses reprises des visites de sa famille et il a effectué plusieurs séjours en enfermement solitaire, durant ses années de détention. Il a participé à de multiples grèves de la faim, notamment en février dernier, pour protester contre sa mise en isolement à la prison d’Ashkelon.

    Avant d’être transféré en cellule d’isolement à Ashkelon, Kayed avait été le représentant des prisonniers du Front populaire de libération de la Palestine, le parti politique palestinien de gauche, à la prison de Megiddo. Il faisait partie des douzaines de prisonniers transférés de Megiddo, en septembre 2015, dans le cadre d’une campagne de répression, répression consistant en autres en transferts, raids et agressions contre les prisonniers.

    Kayed a été emprisonné le 14 décembre 2001. Il avait 19 ans, à l’époque. Durant son séjour en prison, il a travaillé d’arrache-pied pour parfaire son éducation et son rôle de représentant de ses compagnons prisonniers.

    Kayed fait partie des 750 Palestiniens emprisonnés en détention administrative, c’est-à-dire sans accusation ni procès. Les ordonnances de détention administrative, délivrées au nom du commandant militaire de l’occupation israélienne de la Cisjordanie, valent pour des périodes allant de un à six mois, et ce, sur base de preuves tenues secrètes. Elles sont renouvelables à l’infini.

    La détention administrative de Bilal Kayed est manifestement une tentative d’éviter arbitrairement de libérer un prisonnier et combattant palestinien qui a passé plus de 14 ans dans les prisons israéliennes. Depuis son adolescence, Kayed est connu comme un organisateur hors pair et un dirigeant de la jeunesse palestinienne. Ceci illustre une fois de plus le recours à la détention administrative en tant que méthode de ciblage des meneurs de la communauté et société palestinienne, et en tant que pratique coloniale systématique censée dépouiller le peuple palestinien de ses organisateurs efficaces et d’isoler du peuple les dirigeants palestiniens en devenir.

    Le Réseau Samidoun de solidarité avec les détenus palestiniens réclame la libération immédiate de Bilal Kayed et de tous les prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes et il invite instamment tous les amis du peuple palestinien à s’organiser, à protester et à agir pour réclamer sa liberté et celle des 7 000 Palestiniens qui se trouvent actuellement en prison.

     
    mercredi 20 juillet 2016