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  • Front Populaire: La nomination de Youssef Chahed va reproduire l'ancien régime (Huff Maghreb)

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    Le Front Populaire a tranché sur la question de la nomination de Youssef Chahed à la tête du cabinet d'union nationale.

    Pour le parti, cette nomination n'est pas le fruit d'une longue série de négociations mais simplement, une continuité des pratiques de l'ancien régime, reposant sur les liens de parentés, le clientélisme et la mainmise par une petite catégorie sur les leviers du pouvoir qui a des intérêts communs avec les centres de corruption

    En effet, dans un communiqué rendu public mardi 3 août, le Front Populaire s'est dit contre la nomination de Youssef Chahed qu'il qualifie de danger pour la vie politique et constitue une solution à la crise de la coalition au pouvoir aux dépens des aspirations du peuple et une dérobade de la responsabilité de l’échec de la coalition.

    “Le choix de Youssef Chahed consacre la loyauté en premier lieu au président de la République qui veut contourner la Constitution pour imposer un régime présidentiel comme première étape en désignant un chef de gouvernement proche et docile dont on pourra orienter les décisions et en amendant la Constitution au moment approprié, en seconde étape, comme l’ont affirmé plusieurs parties de la coalition au pouvoir” souligne le communiqué.

    Le parti a appelé les forces nationales et démocratiques, partis, organisations et associations, à se mobiliser pour rejeter les plans du président de la République et sa coalition au pouvoir visant à mettre fin au processus révolutionnaire et à retourner à la dictature et à la répression.

    Il est à noter que le Front Populaire n'a pas fait partie des signataires du document de Carthage à savoir la feuille de route du gouvernement d'union nationale, signée le 13 juillet dernier.

  • Entretien avec Georges Habache, cofondateur du FPLP (Ballast)

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    Georges Habache est mort il y a sept ans. Il avait cofondé en 1967 le Front populaire de libération de la Palestine, une organisation marxiste, laïque et panarabe, célèbre, dans les années 1970, pour ses détournements d'avions. Considéré par Israël comme un « chef terroriste » et comme un héros national par nombre de Palestiniens, Habache appelait, à la fin de sa vie, à la création d'un État démocratique et laïc, où coexisteraient Arabes (musulmans et chrétiens, comme lui-même l'était) et Juifs. Cet entretien est extrait de l'ouvrage Les révolutionnaires ne meurent jamais, réalisé par le journaliste Georges Malbrunot et paru aux éditions Fayard en 2008. Un témoignage historique et politique important, qui questionne notamment l'islam politique, au lendemain de l'effondrement soviétique, et la pérennité des régimes en place dans le monde arabe, deux années avant ce qu'il est d'usage de nommer son « Printemps ».

    Quel bilan tirez-vous de vos cinquante ans de lutte ?

    De temps à autre, je me réveille la nuit en pensant à tout ce que je n'ai pas accompli durant ces cinquante années : le socialisme, la lutte armée, la récupération de nos terres. Où sont mes acquis par rapport à ces slogans brandis au début de mon parcours ? Parfois, j'ai l'impression que je n'ai pas réalisé grand-chose. Cela étant, ma grande fierté reste d'avoir participé activement à la libération du Yémen du Sud.

    C'est bien peu, au regard du combat pour la Palestine !

    Certes, mais de tout temps nous avons établi un lien étroit entre le combat pour le nationalisme arabe et la lutte palestinienne, et cet acquis au Yémen reste une grande source de satisfaction quand je vois que des centaines de milliers de Yéménites vivent désormais librement dans leur pays. Je suis également fier d'avoir participé à la vie politique du Koweït à travers nos camarades établis sur place, en particulier Ahmed Khatib.

    Mon troisième succès réside dans la transformation du FPLP, mouvement nationaliste, en un mouvement marxiste. En revanche, je ne suis pas très satisfait de ne pas avoir assez insisté, dans mes mots d'ordre, sur la démocratie. La démocratie en Palestine d'abord, ensuite dans le monde arabe. Quant à l'unité arabe, nous en avons beaucoup parlé sans jamais dire clairement ce qu'elle recouvrait exactement. Avant, nous la concevions comme une union de tous les pays de la région sous la houlette d'un État. Ce n'est plus envisageable. Aujourd'hui, ce souci de l'union existe toujours, mais son application doit tenir compte des particularismes de chaque pays arabe. Je pense que l'expérience du Mouvement des nationalistes arabes requiert davantage d'étude et d'analyse. [...]

    La démocratie progresse en Afrique, en Asie, mais pas dans le monde arabe. Pourquoi ?

    Plusieurs facteurs contrarient les avancées démocratiques dans la plupart des pays arabes. D'abord, dans ces pays, les services de sécurité sont très puissants. Ils sont là pour protéger les régimes, leurs intérêts, lutter contre les opposants, et non pas pour promouvoir la démocratie. Il convient également de souligner que certains régimes occidentaux n'ont aucun intérêt à ce que la démocratie se développe dans le monde arabe. Enfin, la manière dont est interprétée la religion est également un obstacle à la percée de la démocratie. Lorsque des gens prétendent que la religion peut résoudre tous les problèmes, qu'ils soient économiques ou politiques, cela créé des blocages. La religion, quelle qu'elle soit, est un frein à la démocratie lorsqu'elle se place au-dessus du débat. Les mouvements laïcs comme le nôtre étaient intéressants, car ils considéraient la religion comme une affaire personnelle. Mais, aujourd'hui, même au FPLP, des sympathisants commencent à être attirés par les idéaux islamiques. C'est un sujet très sensible, je ne rentrerai pas dans les détails afin de ne pas être mal interprété. Nous avons besoin d'avoir des sympathisants, c'est pourquoi nous devons les ménager pour ce qui est de leurs croyances.

    Même si ce débat sur la place de la religion n'est que très peu abordé aujourd'hui, je garde l'espoir que, dans deux ou trois ans, cela pourra changer. L'islam, en effet, est basé sur la shoura : la consultation. Dans la différence, il y aussi la clémence. Il y a du bon dans toute religion. Quand je dis que je suis chrétien, ce n'est pas par fanatisme, mais parce que j'aime les aspects positifs du christianisme. La tolérance, l'amour du prochain, le dévouement sont des composantes de cette religion qui me rend heureux et que je pratique tous les jours.

    Si la démocratie était respectée, en Égypte les Frères musulmans l'emporteraient, en Palestine ce serait vraisemblablement le Hamas, au Liban le Hezbollah, en Jordanie les frères musulmans encore. Des élections libres porteraient les forces islamistes au pouvoir. Faut-il poursuivre la voie de la démocratisation ou prendre en compte ce danger ?

    Il faut aller vers la démocratie, quel que soit le risque de raz-de-marée islamiste. Donner leur chance à ces mouvements est nécessaire pour que les populations concernées puissent juger de leurs actions. Ce serait une excellente manière de les mettre à l'épreuve. Et donc, à terme, de les affaiblir. L'exemple de l'Algérie est éloquent : au début des années 90, le processus électoral y a été interrompu. L'armée a pris le pouvoir, ensuite le pays a traversé une période difficile. On aurait mieux fait de laisser les islamistes montrer ce dont ils étaient capables, une fois au pouvoir.

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    Habache et Arafat (DR)

    C'est ce qu'avait réalisé le roi Hussein en 1989 en nommant plusieurs ministres parmi les Frères musulmans qui venaient de remporter les élections législatives — avant de les congédier quelques années plus tard.

    Et si les islamistes ne veulent pas quitter le pouvoir, une fois élus ?

    Dans ce cas, au nom de la démocratie, nous lutterons pour les chasser du pouvoir ! C'est bien pour cette raison que j'ai voulu réviser notre mot d'ordre, fondé sur l'unité, la libération et le socialisme, pour y ajouter le concept de démocratie. Car cette démocratie permettrait à un parti comme le nôtre d'entrer pleinement dans le jeu politique, en lui conférant beaucoup plus de force. Cela favoriserait le jeu de l'alternance.

    Comment voulez-vous instaurer aujourd'hui l'alternance lorsqu'on voit que Bachar al-Assad succède à son père, Hafez al-Assad, en Syrie, que Gamal Moubarak fera vraisemblablement de même en Égypte après le départ d'Hosni Moubarak, et idem dans la Libye du colonel Kadhafi ?

    Ce système de république héréditaire ne durera pas éternellement. Historiquement, la démocratie a toujours fini par triompher. Voyez en Égypte, par exemple, où le mouvement Kefaya (« Ça suffit ») manifeste en faveur de davantage de démocratie, malgré la répression policière. Tout espoir n'est pas perdu.

    [...] Que pensez-vous de l'islamisme radical et de ses dérives violentes ?

    Après la chute de l'URSS, les échecs des mouvements de libération nationale et de l'unité arabe, les populations ont perdu leurs idéaux, elles se sont ruées sur l'islamisme, y voyant une alternative, un nouvel espoir. Sur le plan politique, cette montée en puissance de l'islamisme constitue une régression. Cela étant, il ne faut pas croire que l'islam politique est aussi dangereux que ses adversaires le prétendent : en s'opposant à l’hégémonie américaine qui est au cœur de notre combat depuis des décennies, cet islam politique recèle une composante nationaliste que l'on ne peut nier. Les dirigeants du Hamas ou du Hezbollah sont de vrais nationalistes. Ne voyez pas leur combat à travers le prisme réducteur du voile, par exemple. Mais il est vrai qu'il y a, de la part de certains, une volonté de détourner la religion à des fins politiques.

    Vous reconnaissez que certains de vos sympathisants sont désormais sensibles aux sirènes islamistes. N'est-ce pas le résultat de votre entente, pendant longtemps, avec les islamistes du Hamas contre le Fatah et l'Autorité palestinienne qui défendaient le processus de paix avec Israël ?

    D'abord, il faut comprendre que nous ne pouvons pas froisser les sensibilités religieuses de nos sympathisants, au risque de les perdre. Au sein du FPLP, nous commençons à voir en effet certains de nos membres aller à la mosquée, et des femmes se voiler le visage. La direction et les cadres du FPLP n'ont pas encore été influencés. Le filtre des recrutements est là pour freiner ce phénomène : je vous rappelle qu'un long travail éducatif est effectué auprès du candidat à l'adhésion au FPLP. L'idéologie du parti est très ancrée chez ses membres. La polygamie, par exemple, est interdite au FPLP. Nous évoquons cette dérive, mais nos débats là-dessus, c'est vrai, ne sortent pas du huis clos de nos réunions. Nous préférons parler aux militants du danger numéro un pour nous : l'hégémonie américaine dans la région.

    Quant à votre reproche portant sur nos relations avec le Hamas, vous ne pouvez pas dire que nous mangeons avec le diable en nous étant alliés politiquement avec lui contre le processus de paix. Il s'agit avant tout d'une union dans le combat. La résistance palestinienne représentée par ses mouvements n'a absolument rien à voir avec les mouvements islamistes d'Algérie ou d'Irak. Mais chaque époque à ses règles du jeu : aujourd'hui, Israël reste l'ennemi. Il nous faut donc trouver des alliés pour lutter contre Israël. Sur la scène palestinienne, nous nous allions avec qui combat Israël. Il se trouve que c'est le Hamas, mais ce pourrait aussi bien être une autre faction. On ne peut pas dissocier le problème palestinien du conflit israélo-arabe dans son ensemble. Les États-Unis voulaient nous imposer leur nouveau Moyen-Orient. Heureusement, la carte irakienne qu'ils espéraient facile à jouer s'est révélée extrêmement périlleuse en raison des coups très durs qui leur sont assénés par la résistance. Via Israël, les Américains ont également cherché à asséner des coups au Hezbollah, ils ont échoué. C'est vrai qu'à chaque fois les forces islamistes participent activement, avec d'autres, au combat contre l'hégémonie américaine.

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    Ismail Haniyeh, leader du Hamas (Reuters)

    [...] J'insiste : n'est-ce pas dangereux [cette part importante prise par les islamistes] ?

    C'est probable, nous en sommes conscients. Mais les islamistes ne sont pas aujourd'hui nos ennemis. Bien sûr qu'il s'agit d'un sujet gênant pour un certain nombre d'entre nous ! Le modèle islamiste comporte beaucoup de points négatifs ; en termes de choix de société, notre vision est différente, notamment sur la question des femmes. Aujourd'hui, à Gaza, certains aspects sociaux de la vie quotidienne sont inquiétants. Mais, à court terme, nous devons garder à l'esprit notre vision stratégique. Pour l'avenir, nous faisons tout pour faire prendre conscience aux cadres du FPLP du danger de cet élan islamiste.

    Estimez-vous que les islamistes sont des démocrates ?

    À l'intérieur même du courant islamiste, des contradictions existent. Les Frères musulmans égyptiens tiennent un discours plus ou moins démocratique. Quant au Hamas, je ne veux considérer pour l'instant que sa lutte politique et militaire contre Israël. La composante sociale de son projet politique n'est pas notre priorité, même si nous sommes très au fait de ses limites. De même que son respect de la démocratie reste à démontrer sur le long terme.

    Le Hamas a remporté les dernières élections législatives de 2006. Avant même qu'il ait pris le pouvoir par la force à Gaza, la communauté internationale a refusé de discuter avec lui, parce qu'il ne reconnaît pas Israël, les accords passés avec l'Autorité palestinienne, et ne renonce pas au terrorisme. Que pensez-vous de cette politique marquée également par une volonté de le sanctionner financièrement ?

    C'est une véritable gifle qui est donnée à tous les partisans de la démocratie dans le monde arabe. Ce refus de reconnaître la réalité montre bien que l'Occident ne veut rien d'autre que sa propre démocratie, qu'il ne tient qu'à coopter des personnalités parmi les plus proches de ses propres choix. La démocratie que chante l'Occident n'est que poudre aux yeux. D'ailleurs, les Américains qui s'en faisaient les chantres n'en parlent plus, après leur retentissant échec en Irak. [...] Il est très important de ne pas faire l'amalgame entre résistance et terrorisme. Nous sommes opposés à tout acte terroriste gratuit qui frappe les civils innocents. La résistance, en revanche, est légitime face à une situation d'occupation. Un peuple a le droit de défendre son pays lorsqu'il est occupé.

    [...] Dans les années 70, le FPLP avait-il pensé aux attentats-kamikazes ?

    Je n'ai jamais été attiré par cette pratique. Si je comprends pourquoi des hommes ou même des femmes en arrivent là, étant donné l'oppression qu'ils subissent, je n'ai jamais encouragé les attentats-suicides au sein du FPLP. [...] Quoi qu'il en soit, la vie humaine a une trop grande valeur pour que j'approuve ces attentats-kamikazes. Peut-être avons-nous sur cette question une vision proche des Occidentaux, mais la différence entre vous et moi, c'est que je ne condamne jamais de tels actes. Il faut voir en effet la détresse qui pousse les Palestiniens  à agir ainsi face à une agression qui dure depuis plus d'un demi-siècle.

    Peut-être est-ce dû aussi à la religion chrétienne, où le mot Jihad, la « guerre sainte », n'existe pas ?

    Dans un long entretien que j'avais accordé il y a quelques années à la presse, je me définissais comme chrétien, socialiste et marxiste. La tolérance et l'amour du prochain sont, comme je vous l'ai dit, les éléments que j'ai choisi de privilégier dans ma religion. Peut-être est-ce ce qui me distingue de cette idéologie qui glorifie le suicide. Mais cela ne signifie pas que mon amour pour autrui et ma tolérance vont me faire pardonner les crimes commis par Israël contre le peuple palestinien. Nous sommes en position d'autodéfense. J'en profite pour ajouter que tout le monde, au FPLP, a bien compris que je pouvais être marxiste sans pour autant être antireligieux ou athée. [...]

    Leila Khaled

    Leïla Khaled, 2015 (DR)

    Votre femme a joué un rôle important dans votre vie et votre combat. Au-delà, quel est votre regard sur la place de la femme dans la société arabe ?

    Je me suis toujours beaucoup intéressé au rôle de la femme dans la société. J'ai demandé à savoir quel était le pourcentage de présence féminine au sein du FPLP. J'ai toujours tenu à être avec Hilda le 8 mars pour la journée de la Femme. Le rôle des femmes dans la lutte palestinienne a toujours été très important. Hilda s'est toujours battue à mes côtés, on ne peut pas ne pas parler d'elle lorsqu'on évoque ma lutte. Tout ce que j'ai fait l'a été grâce à son soutien et son aide. Je tiens à mentionner également trois autres femmes membres du bureau politique du FPLP : Leïla Khaled, Mariam Abou Daa et Khaleda Jarra.

  • Israël autorise désormais la prison pour « terrorisme » à partir de 12 ans (AFPS)

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    La presse unanime, appelle cela une "altercation" entre le (méchant) enfant et le (gentil) militaire, et le gosse est plâtré! Et ses parents seraient des "militants" !(Pas de gauche, au moins?)

    Israël, modèle à suivre en matière de lutte contre le terrorisme ?

    Le parlement de l’Etat juif rend possible, ce mercredi, l’emprisonnement de l’auteur d’un acte « terroriste » grave dès l’âge de 12 ans. Plusieurs attaques anti-israéliennes ont été perpétrées ces derniers temps par de jeunes Palestiniens.

    Avant cette nouvelle loi, l’âge minimum était de 14 ans.

    Le texte « permettra aux autorités d’emprisonner un mineur reconnu coupable d’un crime grave comme un meurtre, une tentative de meurtre ou un homicide, même si il ou elle a moins de 14 ans », annonce la Knesset (le Parlement israélien) sur son site internet.

    Cela revient à abaisser à 12 ans l’âge minimal. Parce qu’un enfant de moins de 12 ans ne peut être jugé pour un acte criminel, a expliqué une porte-parole du ministère de la Justice.

    La loi a été définitivement adoptée mardi soir en troisième lecture par le Parlement, dominé par la majorité de droite qui soutient le gouvernement de Benjamin Netanyahu. 32 députés ont voté pour, 16 contre, un seul s’est abstenu.

    « Une approche plus agressive »

    Le texte avait été présenté face à un regain d’attaques anti-israéliennes dont les auteurs sont souvent des adolescents palestiniens. Cette réalité « exige une approche plus agressive », affirme la Knesset.

    « Peu importe à ceux qui sont assassinés d’un coup de couteau dans le coeur que l’enfant (auteur des faits) ait 12 ou 15 ans », renchérit Anat Berko, députée du parti de droite Likoud, citée par le Parlement. « Peut-être que cette loi permettra aussi d’empêcher ces enfants d’être utilisés pour tuer des gens. » Anat Berko parrainait le texte, bénéficiant du soutien de la ministre de la Justice Ayelet Shaked.

    257 personnes tuées

    Israël, les Territoires palestiniens et Jérusalem sont en proie depuis le 1er octobre 2015 à des violences qui ont coûté la vie à 219 Palestiniens, 34 Israéliens, deux Américains, un Érythréen et un Soudanais. La plupart des Palestiniens tués étaient des auteurs d’attaques anti-israélienes, ou auteurs présumés.

    B’Tselem, une ONG israélienne qui documente les violations des droits de l’Homme dans les Territoires occupés, s’est émue de l’adoption de la loi. « Plutôt que de les envoyer en prison, Israël ferait mieux de les envoyer à l’école, où ils grandiraient dans la dignité et la liberté, et non pas sous le régime de l’occupation », a déclaré l’association.

    Dans les faits, la nouvelle loi s’applique là où est appliquée la loi civile israélienne. En Cisjordanie occupée, la loi militaire permet déjà à Israël d’emprisonner des mineurs âgés de 12 ans.

    La Parisien  jeudi 4 août 2016

    http://www.france-palestine.org/Israel-autorise-desormais-la-prison-a-partir-de-12-ans

  • La société civile tunisienne mobilisée contre l’impunité et la corruption (CCFD)

    L’intention avancée dans l’exposé des motifs de cette loi « de réconciliation économique », est de rétablir un climat favorable à la reprise des investissements afin de relancer une économie qui peine à retrouver son dynamisme. L’objet de cette loi est en réalité d’éteindre toutes les poursuites contre les hommes d’affaires et les agents de l’État impliqués dans la corruption, le détournement de l’argent public, l’évasion fiscale avant la révolution, moyennant un arbitrage fondé sur la reconnaissance des faits et le versement d’une indemnité.

    « Permettre aux corrompus de l’ancien régime de retrouver leur place »

    Pour le collectif d’organisations engagées dans la campagne en faveur du retrait de ce projet de loi, son véritable objectif est de blanchir les corrompus de l’ancien régime et de leur permettre de retrouver leurs positions dans la vie économique et l’administration pour y restaurer les anciennes pratiques.

    Le débat dure en réalité depuis plus d’un an. Le 20 mars 2015, le nouveau Chef de l’État, Béji Caïd Essebsi, un ancien ministre de l’ex-président Habib Bourguiba, avait annoncé son intention de favoriser une réconciliation nationale visant à tourner la page du passé. Le 14 juillet 2015, il avait usé de son pouvoir d’initiative législative pour proposer ce projet, suscitant immédiatement une levée de bouclier. Avocats, associations engagées dans la transition démocratique, quelques partis politiques avaient multiplié les protestations, largement relayées par la presse française. Un petit collectif composé d’individus, baptisé "Manich Msemah" (en français : "pas de pardon"), s’était mobilisé pour exiger l’abandon du projet.

    Un moyen de contourner l’instance Vérité Dignité (IVD)

    Pour le collectif, la motivation à peine dissimulée de cette initiative présidentielle était de contourner l’Instance Vérité Dignité (IVD) : l’institution chargée de mettre en œuvre la justice transitionnelle, incluant les crimes économiques et financiers, une spécificité tunisienne.

    Aux yeux de ses détracteurs, l’IVD serait animée par un esprit de vengeance, trop lente pour garantir un traitement rapide des dossiers des hommes d’affaire et marquée politiquement par le contexte dans lequel la loi qui l’a créée a été élaborée.

    Des objections rejetées par la présidente de l’IVD, Sihem Ben Sedrine : « Nous n’avons jamais été consulté sur ce projet, regrettait-elle en juin 2015. Pourtant, le mécanisme d’arbitrage proposé aux hommes d’affaires par l’IVD est bien plus efficace que le système envisagé par le projet de la présidence. »

    Un projet jugé inconstitutionnel

    Sollicitée par l’IVD pour évaluer la légalité du projet, la Commission de Venise - un organisme d’expertise juridique du Conseil de l’Europe - avait rendu en octobre 2015, un avis détaillé estimant le mécanisme d’arbitrage envisagé comme inconstitutionnel dans la mesure où il contredit l’obligation de l’Etat de mener à bien le processus de Justice transitionnelle, inscrite dans la nouvelle Constitution.

    Composé en grande majorité de représentants du pouvoir exécutif, délibérant sans transparence, ne prévoyant aucun recours, ne laissant aucune initiative aux victimes des crimes financiers, ne disposant pas de pouvoirs d’investigation, le projet n’offrirait en effet aucune des conditions nécessaire pour établir la vérité et accorder ainsi l’amnistie aux acteurs de la corruption dans des conditions équitables pour les parties lésées.

    Contesté politiquement, affaibli juridiquement, le projet de loi dont les lacunes techniques sautaient aux yeux, avait disparu de l’agenda. Mais, depuis la mi-juillet 2016, il est à nouveau discuté en commission à l’Assemblée, dans sa version initiale. En dépit des objections argumentées qu’il a soulevées ; et malgré le fait que le mécanisme d’arbitrage prévu dans le cadre de l’IVD entre l’État et les opérateurs de la corruption a commencé à fonctionner, notamment avec le cas emblématique de Slim Chiboub, homme d’affaire et gendre de l’ancien président Ben Ali.

    Une mobilisation qui se structure

    Cette fois la mobilisation s’est davantage structurée. Un collectif national de 23 organisations tunisiennes s’est constitué. Parmi elles, l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE), partenaire du CCFD-Terre Solidaire. « Nous avons donné un appui en terme de méthodologie de plaidoyer et d’argumentaire, explique Layla Riahi de l’OTE. Le noyau de la mobilisation reste "Manich Msemah". »

    Emna Mornagui, l’une des animatrices de "Manich Msemah" précise : « Nous avons envoyé une lettre aux députés pour les inviter à prendre leurs responsabilités et répondre aux attentes du peuple en matière de lutte contre la corruption. En particulier, nous soulignons le fait qu’ils sont appelés à débattre d’une projet dont le caractère inconstitutionnel a déjà été établi et que, sur un plan économique, l’impunité en terme de corruption contredit les attentes de toutes les organisations internationales. Le collectif dispose à présent d’un argumentaire juridique, économique et politique détaillé. Nous avons organisé une mobilisation à travers les régions et une marche nationale à Tunis le 25 juillet 2016 avec les organisations et les partis politiques qui ont rejoint la campagne. »

    « S’il est adopté, ce projet de loi sera le dernier clou sur le cercueil de la lutte contre l’impunité, déplore Cherif el Khadi, membre de l’association iWatch, spécialisée dans la lutte contre la corruption. Le développement ne peut passer sur le blanchiment des corrompus. Le message qui sera envoyé, c’est l’impuissance de l’État face à la fraude et à la corruption. Contrairement à ce qu’avancent les promoteurs du projet, il ne créera pas un climat favorable à la reprise des investissements. »

    Seule la justice transitionnelle peut empêcher la reproduction du système

    « La justice transitionnelle a d’abord comme objectif d’empêcher la reproduction du système, insiste Layla Riahi de l’OTE. Pour cela il faut établir la vérité, que les responsables rendent des comptes et réformer les structures qui ont rendu possible la corruption. La réconciliation ne se décrète pas à priori, c’est l’aboutissement de ce processus. »

    L’enjeu de ce projet de loi va donc bien au-delà de la seule impunité des responsables de l’ancien régime, c’est la reproduction d’un modèle économique et politique fondé sur la main mise du pouvoir sur l’activité au profit de quelques clans liés au pouvoir. En d’autres termes, un système mafieux.

    La société civile écartée

    Ce débat a révélé une autre dérive inquiétante. La commission parlementaire chargé d’examiner le projet a auditionné un certain nombre d’associations, dont iWatch : « Les députés ont écarté le sujet, s’indigne Mouheb Garoui, le directeur de l’association. Le débat a porté sur le rôle de la société civile. Les députés de la majorité nous ont reproché de ne pas être neutres, d’intervenir sur un sujet politique ! »

    Dans un contexte où le rôle de la société civile dans la transition démocratique joue aussi important, salué par le Prix Nobel de la paix en 2015, cette volonté de l’écarter constitue une régression.

    Thierry Brésillon

    Pour en savoir plus :

    La révolution tunisienne, cinq ans après, le désenchantement ?
    Le prix Nobel de la paix, une reconnaissance pour la société civile tunisienne