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  • USA (NPA)

    usa (npa) dans Antiimpérialisme

    USA : Trump, « la paix par la force »…

    Poutine a-t-il organisé la défaite de Clinton en ayant piraté des emails du Parti démocrate pour favoriser l’élection de Trump ? C’est ce qu’affirment des responsables de la CIA, et Obama d’ordonner une enquête et de promettre des représailles. Trump, qui vient d’être élu le 19 décembre par les grands électeurs, ironise, mais ce nouvel épisode du psychodrame électoral américain est bien dans l’air du temps du rapprochement annoncé Trump-Poutine.

    « L’ami de Poutine »

    Rex Tillerson, ex-PDG du géant pétrolier ExxonMobil, a été nommé secrétaire d’État, c’est-à-dire ministre des Affaires étrangères. De par son ancienne fonction, il entretient de bonnes relations avec la Russie, en particulier avec Igor Setchine, le patron de Rosneft, le principal producteur de pétrole russe, un proche de Poutine. Il s’était opposé aux sanctions adoptées par les États-Unis après l’annexion de la Crimée en mars 2014. Rex Tillerson ne dépare pas dans l’équipe de généraux, de grands patrons et de banquiers du futur gouvernement.

    Les nouvelles relations entre Moscou et Washington se négocient en fait autour du drame syrien, où les USA ont laissé les mains libres à Moscou et Téhéran. Trump fait confiance à Poutine. La Russie a réalisé ses objectifs : son intervention militaire a sauvé Bachar el-Assad, le dictateur ami, assuré ses bases en Méditerranée, et lui a permis de conserver la dernière de ses zones d’influence dans le monde arabe. Il s’agissait aussi de mettre un terme au « Printemps arabe », de mater l’insurrection populaire.

    La chute d’Alep aux mains de l’alliance russo-­iranienne change les rapports de forces dans une région jusqu’alors dominée par les États-Unis, et par eux seuls.

    Ceux-ci sont contraints de s’entendre avec la Russie et de négocier avec l’ayatollah Ali Khamenei, dans un monde libéral et impérialiste dit « multipolaire ».

    Fin de la « normalisation » USA-Chine ?

    Le 11 décembre, à l’occasion d’un entretien accordé à la chaîne Fox News, Trump est revenu sur l’incident diplomatique qu’avait provoqué sa conversation téléphonique, le 2 décembre dernier, avec la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, à l’initiative de cette dernière :« Je comprends parfaitement la politique d’“une seule Chine”. Mais je ne sais pas pourquoi nous devons être liés par [cette] politique(…), à moins que nous concluions un accord avec la Chine concernant d’autres choses, y compris le commerce ».

    Il n’a aucune intention de respecter l’accord diplomatique avec Pékin dit d’« une seule Chine » qui ne reconnaît pas Taïwan, accepté jusqu’alors par Washington dans le cadre de la « normalisation » des relations USA-Chine. Cette page se tourne. Trump entend non seulement mener une guerre commerciale contre la Chine mais il dénonce aussi « l’énorme forteresse au milieu de la mer de Chine méridionale » érigée par Pékin. La saisie par la marine chinoise d’une sonde de la marine américaine dans cette zone a été l’occasion d’une violente réaction de Trump.

    De toute évidence, son prétendu isolationnisme ne signifie en rien un abandon des prérogatives de l’impérialisme américain.

    Il ne s’agit plus pour les USA de prétendre au rôle de gendarme du monde, mais de se concen- trer sur la défense de leurs propres intérêts tant économiques que politiques et militaires. Ils veulent imposer à leurs alliés de prendre leur part, en particulier au niveau de l’Otan, et enten- dent renégocier en fonction des nouveaux rapports de forces au prix de tensions exacerbées. Trump sera le Président de ce tournant dans la mondialisation. Ainsi, il a repris le slogan de « paix par la force » de Reagan… tout en décidant d’accroître les dépenses militaires !

    Mardi 27 décembre 2016 Yvan Lemaitre

    http://npa2009.org/

  • L’Etat islamique, un orientalisme inversé (Cetri.be)

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    Le Djihadisme comme "Orientalisme inversé"

    Les débats sur la puissance d’attraction de l’Etat islamique ne permettent pas de saisir la complexité d’un phénomène qui puise ses forces dans un discours qui cristallise la haine d’un Occident fantasmé.

    Depuis quelques mois, le groupe Etat islamique cède ostensiblement du terrain dans tous ses fiefs - notamment en Irak, en Syrie ou encore en Libye - et répond à ces revers militaires par de violentes contre-offensives et une démultiplication des attentats, non seulement au Moyen-Orient (contre une église copte du Caire pour le plus récent), mais aussi à travers le monde (sur un campus universitaire américain dans l’Ohio).

    Début décembre, Abou Hassan al-Mouhajir, intronisé nouveau porte-parole du groupe et successeur du charismatique Abou Mohammed al-Adnani (tué dans une frappe aérienne au mois d’août), enjoignait ses partisans de perpétrer des attaques-suicides partout et de ne surtout pas déserter le champ de bataille. Si le nombre de combattants cheminant à destination du « califat » en Irak et au Levant s’est drastiquement réduit, l’attraction du « récit » développé et sophistiqué par l’Etat islamique n’est donc guère en baisse pour sa part ; sans succomber à l’alarmisme, il est même plutôt vraisemblable que les faits d’armes signés par l’organisation terroriste se poursuivent, continuant d’alimenter à ce titre une profusion de commentaires et d’analyses qui, eux-mêmes, sont sujets à maintes controverses.

    Les déchirures interprétatives survenues depuis les attentats de novembre 2015 dans le champ français des études sur le jihadisme et la radicalisation, aujourd’hui les deux grands paradigmes dominants, en sont symptomatiques.

    « Islamisation de la révolte radicale » et « nihilisme » générationnel pour les chercheurs Alain Bertho et Olivier Roy, prépondérance du facteur religieux et de l’islam radical dans le passage au jihad armé selon Gilles Kepel, poids des héritages coloniaux et postcoloniaux ainsi que des ingérences et politiques occidentales dans leurs répercussions globales selon François Burgat, les explications proposées autour du phénomène ne manquent pas, en l’espèce plus ou moins antagoniques ou complémentaires selon leurs auteurs.

    Leurs vifs échanges ne traduisent pas d’ailleurs l’intégralité d’un débat qui se veut tout aussi vif outre-Atlantique et au sein des sociétés arabo-musulmanes elles-mêmes. Mais par-delà la persistance des désaccords et des querelles, force est de reconnaître que l’Etat islamique, sous bien des aspects, reste une sorte d’énigme pour le plus grand nombre, et qu’aucune hypothèse n’a réellement permis jusqu’ici d’en éclairer l’infinie complexité. Le plus saisissant reste sans doute, de ce point de vue, la très grande diversité des profils sociologiques que le groupe est parvenu à agréger autour de lui, dimension invitant à poursuivre les discussions engagées ces dernières années.

    « résistance absolue »

    Doit-on, à ce titre, borner la puissance d’attraction toujours exercée par l’Etat islamique aux conditions structurelles, matérielles ou contextuelles de son expansion ? Ou ces dernières n’étayent-elles qu’en partie les engagements militants et effets de bascule qu’il articule ? Là encore, aucune systématisation n’apparaît concluante et pousse à s’interroger. Au rang des présomptions que l’on peut raisonnablement émettre figure ici la problématique du discours : la faculté de l’Etat islamique à se reproduire, à se renouveler militairement et à maintenir ses allégeances dans le temps long ne tient-elle pas, en effet, au « message » qu’il véhicule pour l’essentiel ?

    Sophistiqué et amplement diffusé, sur fond d’un usage maîtrisé des technologies de l’information et de la communication (dont les réseaux sociaux, caractéristiques de cette modernité « liquide » contre laquelle l’Etat islamique s’érige formellement mais dont il est aussi un élément constitutif), ce discours n’est-il pas son premier garant ? Si l’on s’attache à en étudier les termes, alors la stratégie de l’Etat islamique recouvre un nom, précis et qui n’a rien de neuf en soi : l’« occidentalisme ». Celui-ci imprime une longue histoire d’opposition, tantôt objective, tantôt imaginée, entre l’Occident et ses « adversaires », et connaît donc une fortune renouvelée depuis l’émergence du groupe sur le front irakien en 2006 et ses progrès graduels puis spectaculaires à partir de 2014. Il est la caution de cette « résistance absolue » que l’Etat islamique entend incarner et en parfait accord avec sa nature révolutionnaire radicale.

    Qu’entendre par « occidentalisme », cet envers de l’orientalisme si brillamment déconstruit en son temps par l’intellectuel palestino-américain Edward Saïd dans son ouvrage paru en 1978 [1] ?

    Si l’on en retrace les origines, l’hostilité anti-occidentale est en réalité ancienne et place les courants islamistes et jihadistes contemporains sur une « chaîne de transmission » - c’est sans doute ce qui renseigne le mieux, au-delà du seul socle religieux qu’est l’islam, sur leur capacité de conviction toujours plus large. La haine et le rejet de la modernité occidentale dont l’Etat islamique se fait le tenant recouvrent une réalité mondiale, qui plonge ses racines dans un continuum d’images négatives et réductrices développées au fil des décennies sur l’Occident. L’élaboration et la diffusion de ces stéréotypes remontent d’ailleurs à la pensée occidentale elle-même, en réaction aux Lumières et au capitalisme à l’époque ; ils se sont par la suite propagés à tous les continents et au monde musulman en particulier, soumis au régime de la colonisation. Parmi les thèmes de l’occidentalisme, tous repris par l’Etat islamique dans sa propagande, citons l’impérialisme, le multiculturalisme, le matérialisme, le consumérisme, l’individualisme, mais aussi la vision d’un mode de vie occidental « débauché » que seul un sacrifice héroïque, inscrit au sein d’une communauté réinventée et utopique -l’oumma dans le cas présent- saura transcender.

    L’Etat islamique, et avant lui un mouvement comme Al-Qaeda, en a donc fait une « marque de fabrique », et plus encore une garantie de survie au-delà de sa situation volatile au sol.

    Ce discours reste son pouvoir par excellence, celui de la construction d’une identité qu’il veut parfaitement distincte de celle de ses ennemis. A travers l’adhésion idéologique à ce récit, aussi caricatural soit-il, tout membre ou sympathisant du groupe devient le « seul », « vrai » musulman, « pur » et « authentique ». Il intègre en quelque sorte un cadre cognitif nouveau, au prisme duquel l’Occident, énoncé comme tel, et ses partenaires sont supposés rechercher coûte que coûte la destruction de l’islam et de ses fidèles.

    Sans cette narration, il relève de l’évidence que l’Etat islamique ne serait pas en mesure de justifier sa cause absolutiste et irrédentiste, son opposition radicale à toute forme de présence occidentale dans le monde musulman - y compris celle de la Russie - et se présenter comme le seul acteur capable d’infléchir l’ordre mondial. Le philosophe égyptien Hassan Hanafi a parfaitement illustré cette prégnance occidentaliste du jihad, qu’il nomme istighrab en arabe, et sa fonction d’édification d’un musulman affranchi, indépendant, synonyme d’une modernité alternée, même bâtie dans l’hyper-violence.

    • Myriam Benraad
    • 27 décembre 2016

    Notes

    [1L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Seuil, 430 pp

    http://www.cetri.be/

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    Charlotte Silver – 20 décembre 2016 Des membres de la famille Sub Laban manifestent à Jérusalem devant le quartier général de l’UE pour exiger une protection contre les colons juifs qui essaient de s’emparer de leur logement dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Mahfouz Abu Turk / APA images) La résolution...
     
     
     
    En Cisjordanie, Israël « remplace un vol de terre par un autre »

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    Par Charlotte Silver – 19 décembre 2016 Maryam Hamad, du village de Silwan en Cisjordanie avec, en arrière-plan, la colonie israélienne d’Ofra. Elle est l’un des propriétaires de la terre sur laquelle l’avant-poste Amona s’est monté. Selon la décision de la Haute Cour israélienne, les colons doivent l’évacuer ce mois-ci. (Keren Manor/ActiveStills) Le jour de...
  • Nouveautés sur "Afriques en Lutte"

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    Le Maroc condamné par le Comité de l’ONU contre la torture dans l’affaire Naâma Asfari

    Le Maroc a été condamné [1] lundi 12 décembre par le Comité de l’ONU contre la torture dans le cadre de la plainte déposée par l’ACAT et le cabinet Ancile-avocats au nom du militant sahraoui Naâma Asfari. Les auteurs de la plainte appellent le Maroc à (...)

    Algérie : Un journaliste emprisonné pour avoir enquêté sur la corruption

    En cause, une vidéo d’un entretien mené par Hassan Bouras dans laquelle des allégations étaient portées contre la police et la magistrature Le 28 novembre 2016, un tribunal algérien a condamné un journaliste indépendant qui est par ailleurs un (...)

    Messieurs Bouteflika et Sellal : un jeune blogueur vient de mourir dans votre prison !

    Voilà, votre oeuvre est enfin réalisée : Mohamed Tamalt est mort ! Mort en prison, là où vous l'aviez condamné pour un dessin sur Facebook. Mohamed Tamalt est mort : il sera allé jusqu'au bout de sa résistance, jusqu'au bout de votre intransigeance de potentat, M. Bouteflika. Qui ignorait qu'il était en grève de la faim ? Vous et vos juges ripoux, vous et vos hommes du déshonneur, avez laissé un homme périr pour votre orgueil. Retenez bien la photo deMohamed Tamalt, c'est celle que l'on gardera de vous

  • Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

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  • Israël. «La douce illusion» de la résolution 2334 de l’ONU (A l'Encontre.ch)

    Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution pour établir un Etat juif (à côté d’un Etat arabe) dans la terre d’Israël.

    Soixante-neuf ans plus tard, le vendredi 23 décembre 2016, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une résolution pour tenter de sauver celle votée en 1947. La résolution 2334, approuvée vendredi, a constitué un souffle de bonnes nouvelles, d’espoir, dans la mer d’obscurité et de désespoir des récentes années.

    Alors même que tout allait à vau-l’eau – approfondissement de l’occupation, de plus en plus soutenue par les Etats-Unis sans compter une Europe qui se précipite à droite de l’échiquier politique – voilà une résolution de Hanouka [«Fête des Lumières» du 24 décembre 2016 au 1er janvier 2017] qui allume une mince bougie d’espoir. Alors qu’il semblait que les méchants allaient l’emporter, la Nouvelle Zélande et trois autres pays sont venus donner un cadeau de Noël au monde.

    Donc, un grand merci à la Nouvelle Zélande, au Venezuela et à la Malaisie.

    Il est vrai que l’arbre de Noël qu’ils ont apporté, avec ses lumières étincelantes, sera bientôt enlevé. Donald Trump attend déjà à la porte. Mais l’empreinte restera. D’ici-là, réjouissons-nous, même si nous savons qu’on aura une gueule de bois le lendemain.

    Il nous faut bien sûr interpeller rageusement le président Barack Obama:

    «Pourquoi n’est-ce n’est que maintenant que vous faites quelque chose?» Et frustrés nous devons demander au monde: «Et qu’en est-il des actions?». Mais il est impossible d’ignorer la décision du Conseil de sécurité selon laquelle toutes les colonies sont illégales, par nature.

    Le Premier ministre Benjamin Netanyahou peut bien rappeler ses ambassadeurs, tandis que son bras droit, le ministre Yuval Steinitz hurle que la résolution est «injuste» (il a visiblement un sens de l’humour!). Isaac Herzog [Parti travailliste], le leader de l’opposition, peut aussi bafouiller : «Nous devons lutter contre cette décision par tous les moyens». Mais toute personne ayant une conscience ne manquera pas de se réjouir de cette résolution.

    En outre, aucun Israélien respectable ne devrait se laisser berner par la propagande qui prétend que la résolution est «anti-israélienne» – une définition que les médias israéliens se sont évidemment empressés d’adopter avec leur servilité caractéristique.

    Cette décision a ramené Israël sur le sol solide de la réalité.

    Toutes les colonies, y compris celles dans les territoires qui ont été annexés, dont évidemment Jérusalem Est, constituent une violation de la loi internationale. Le monde entier est unanime pour le penser, aussi bien les soi-disant amis d’Israël que ses soi-disant ennemis.

    Il est probable que les dispositifs de lavage de cerveau en Israël, de pair avec les mécanismes de répression et de déni, essaieront d’ébranler la décision. Mais lorsque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie sont d’accord pour une déclaration aussi claire, cela sera difficile. Alors vous pouvez bien vous plaindre: «Tout le monde est contre nous», hurler à l’«antisémitisme», vous pouvez demander: «Qu’en est-il de la Syrie?». En fin de compte cette vérité limpide restera: le monde entier pense que les colonies sont un crime. Toutes les colonies.

    Il est vrai que le monde ne lève pas un petit doigt pour éliminer les colonies, mais peut-être cela arrivera-t-il un jour. Mais à ce moment-là il sera trop tard.

    La résolution 2334 établit une distinction artificielle entre Israël et les colonies en ce sens qu’elle vise les colonies et non l’occupation. Comme si c’étaient les colons d’Amona [1] qui étaient coupables et non pas tous les Israéliens.

    Cette duperie prouve à quel point le monde continue à traiter Israël avec indulgence et hésite à prendre des mesures contre ce pays, comme il l’a fait contre la Russie après sa conquête de la Crimée.

    Mais les Israéliens qui ne vivent pas à Amona, qui n’y sont jamais allés, doivent se poser la question: cela vaut-il vraiment la peine? Tout cela pour quelques colons qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’ont pas vraiment envie de connaître?

    La résolution 2334 est destinée surtout aux oreilles israéliennes, comme le réveille-matin qui vous réveille juste à temps, comme une sirène qui vous incite à aller vous réfugier dans un abri antiaérien. Il est vrai que la résolution n’a aucune valeur concrète; il est vrai que la nouvelle administration états-unienne promet de l’effacer. Mais deux questions resteront. Pourquoi les Palestiniens ne méritent-ils pas exactement la même chose que les Israéliens? Et à quel point un pays avec sa puissance de lobbying, son armement et sa haute technologie peut-il continuer à ignorer le monde entier? Ce premier jour aussi bien de Hanouka que de Noël nous pouvons apprécier, ne serait-ce qu’un moment, la douce illusion [2] que la Résolution 2334 va soulever ces questions en Israël. (Article publié dans le quotidien Haaretz en date du 26 décembre 2016; traduction et titre de la rédaction de A l’Encontre)

    Notes:

    [1] «Amona, avant-poste situé près de Ramallah, devrait être détruit d’ici au 25 décembre 2016, en exécution du jugement prononcé par la Cour suprême israélienne. L’affaire a cependant permis l’adoption en première lecture au Parlement, le 5 décembre, d’une loi qui annexerait de fait la centaine d’outposts encore jugés illégaux par le droit israélien. Avec, en perspective, la légalisation de toutes les colonies en Cisjordanie.» C’est ainsi que, le 22 décembre 2016, Dominique Vidal, sur le site Orient XXI, présente cette «opération en trompe-l’œil» qui consiste à déplacer quarante familles pour les réinstaller sur une autre terre palestinienne. Un article complémentaire de celui de Gideon Levy. (Rédaction A l’Encontre)

    [2] The Times of Israël – porte-parole de la politique sioniste – annonce en date du 26 décembre 2016: «La mairie de Jérusalem est sur le point d’approuver la construction de centaines de logements à Jérusalem Est cette semaine, à peine quelques jours après l’adoption de la résolution par le Conseil de Sécurité – qui a excédé Israël – qualifiant les constructions de «violation flagrante du droit international».

    Durant la réunion, le Comité de planification et de construction du district de Jérusalem devrait donner son feu vert pour la construction de 618 unités de logements. 140 seront à Pisgat Zeev, 262 à Ramat Schlomo, et 216 à Ramot, selon un article dans le quotidien Haaretz.

    Cette réunion, destinée à l’approbation de la construction de ces logements initialement prévue pour vendredi, a été reportée suite au vote de la résolution 2334 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a qualité toutes les constructions au-delà de la Ligne verte – les terres situées au-delà des frontières de 1949 qu’Israël a annexées durant la guerre des Six Jours, en 1967 – comme illégales, y compris dans Jérusalem.

    Bien que Jérusalem soit la capitale d’Israël, la construction au sein de la ville est depuis longtemps condamnée par la communauté internationale, qui ne reconnaît pas l’annexion de la moitié de la ville par Israël. Israël maintient que la ville est unifiée et qu’il jouit du droit de construire dans tous les quartiers de la capitale.

    La Commission de zonage du district de Jérusalem doit également se réunir mercredi pour délibérer sur la construction de 5 600 logements à Jérusalem Est, donc 2 600 à Gilo, 2 600 à Givat Hamatos et 400 à Ramot, selon Israel Hayom.

    La construction à Givat Hamatos, un flanc de colline faiblement peuplé au sud de Jérusalem n’a pas pu se faire à cause d’une ferme opposition de la communauté internationale. Les détracteurs d’Israël avaient déclaré que l’ajout de maisons israéliennes séparerait le quartier palestinien de Beit Safaa des autres quartiers palestiniens de Cisjordanie, ce qui compliquerait la division de portions de Jérusalem Est du reste de la ville.

    La mairie de Jérusalem voit en l’investiture du président élu Donald Trump une opportunité pour une reprise des constructions à Jérusalem Est, qui a été ralentie à cause de la pression exercée par l’administration Obama.» (Rédaction A l’Encontre)

    Alencontre le 26 - décembre - 2016

    Gideon Levy

    http://alencontre.org/

    La colonie d’Elon Moreh: «Un manuel de l’occupation»

    Piotr Smolnar, dans Le Monde daté du 27 septembre (page 3), décrit les méthodes «classiques» utilisées par les colons de la colonie d’Elon Moreh, appuyés par l’Etat d’Israël, afin d’exproprier de leurs terres les paysans palestiniens. Une illustration, parmi d’autres, de la politique coloniale de l’Etat d’Israël à l’œuvre depuis fort longtemps:

    «Azmut, Deir Al-Hatab et Salem, là où vit la famille Marouf, sont trois villages palestiniens situés sur des collines à l’ouest de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie. De génération en génération, leurs habitants se sont consacrés à l’agriculture et à l’élevage. Leur rythme de vie, leur organisation collective et leurs revenus dépendaient de ces deux activités. Oliviers, figuiers et citronniers coloraient le paysage. Des réserves d’eau naturelle servaient à étancher la soif des bêtes. On vivait modestement, mais l’autosuffisance était assurée.

    Tout cela, c’était avant que la colonie d’Elon Moreh ne soit établie, en 1980. Depuis trente-six ans, cette communauté a grignoté les terres palestiniennes, privé les villageois de l’accès à leurs terres cultivées – à partir de la première Intifada (1987) – et à leurs pâturages.

    L’histoire de ces trois villages est un véritable manuel de l’occupation, de ses expropriations et de la négation des droits palestiniens.«Les villageois ont été laissés dans un état d’insécurité à de multiples niveaux: financier, alimentaire et social, souligne l’ONG israélienne B’Tselem dans un rapport accablant sur la situation locale, publié début décembre. L’Etat d’Israël et 1800 colons agissant avec son soutien et ses encouragements ont pris les terres des villages, en y faisant ce qu’ils voulaient, pendant que près de 10’000 résidents palestiniens ne pouvaient s’approcher de ces terres.»

    Dans cette expropriation graduelle, l’administration civile israélienne – qui gère entièrement la zone C, soit 60 % de la Cisjordanie – a procédé par des techniques classiques. Elle a élargi la zone dite de sécurité autour de la colonie; elle a enregistré de nouveaux lots de terrains comme propriétés d’Etat; elle a construit une route de contournement de 15 kilomètres, pour relier Elon Moreh à la colonie d’Itamar.

    Cette route est devenue, dans les faits, une frontière pour les villageois, les empêchant de se rendre sur leurs terres situées de l’autre côté. Sauf à deux moments de l’année, et sous haute surveillance: lors de la semence printanière et de la récolte des oliviers en octobre. Quelques jours amers.

    Enfin, deux avant-postes («outposts») – illégaux même au regard du droit israélien – sont apparus en 1998 et en 2009 au milieu de la réserve naturelle voisine de Har Kabir, créée par l’administration civile. L’armée n’a jamais démantelé ces deux colonies sauvages, qui ont étendu les zones inaccessibles pour les paysans palestiniens.

    Tandis que l’attention médiatique est focalisée, depuis de longs mois, sur l’avant-poste d’Amona, auquel le gouvernement a consacré des moyens démesurés pour déménager sans heurts quarante familles avant le 25 décembre, la Cisjordanie compte des dizaines de communautés juives similaires. Protégées par l’armée et bénéficiant de services des conseils régionaux de colons, elles sont au cœur d’un projet de loi à la Knesset visant à les légaliser.»