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  • Syrie : Après Alep, contre tous les tyrans (Alternative Libertaire)

    La victoire russo-iranienne à Alep marque une nouvelle étape dans la mêlée impérialiste en Syrie. Moscou et Téhéran sont à présent en position de force pour régler le conflit à leur avantage, avec le consentement d’Ankara. Dans cette nouvelle configuration, la gauche kurde cherche à consolider le Rojava.

    Les 23 et 24 janvier, à Astana (Kazakhstan), la Russie, la Turquie et l’Iran ont lancé un premier round de négociations de paix avec leurs clients respectifs – Bachar d’un côté, chapeauté par Moscou et Téhéran ; les brigades islamistes parrainées par la Turquie de l’autre. Les autres puissances ingérentes sont, pour le moment, en retrait. Mais que s’est-il passé pour qu’un tel retournement de situation soit possible ?

    Il se passe que la Turquie, qui apparaît d’ores et déjà comme la grande perdante de la guerre civile en Syrie, cherche à sauver les meubles.

     



    Erdoğan embourbé

    En 2011, le Printemps syrien et sa féroce répression avaient convaincu le président turc que le régime Assad ne tiendrait pas longtemps, et qu’il fallait parier sur l’avenir. Il avait donc rompu les relations diplomatiques avec son allié de la veille et accueilli les partis d’opposition qui, à Istanbul, forment le Conseil national syrien. En peu de temps, pensait-il, serait installé à Damas un nouveau gouvernement qui serait son obligé. Dès la fin 2011, la Turquie finançait et armait les mutins de l’Armée syrienne libre (ASL), de même que la France, le Royaume-uni, les États-Unis et les pétromonarchies du golfe.

    Las, tout a mal tourné.

    Moscou et Téhéran ont volé au secours de Bachar, qui n’est pas tombé. Profitant du chaos, la gauche kurde – ennemie jurée d’Ankara – a proclamé l’« autonomie démocratique » du Kurdistan syrien. Erdoğan a surenchéri en encourageant les brigades salafistes et djihadistes qui ont émergé à cette époque, notamment le front Al-Nosra, puis l’État islamique.

    On connaît la suite : les Occidentaux qui, peu confiants dans une ASL gangrenée par l’islamisme, renoncent peu à peu à leur soutien, songent un temps à intervenir militairement par eux-mêmes (2013), puis font machine arrière ; la montée en puissance de Daech (2014), qui acquiert des moyens de rétorsion envers son parrain turc ; la bataille de Kobanê qui met en lumière la duplicité d’Erdoğan ; l’enlisement des pétromonarchies dans une intervention désastreuse au Yémen (2015) ; les bombardements russes sur l’ASL qui remettent Bachar en selle et provoquent une escalade diplomatique avec Ankara...

    A l’été 2016, le résultat de cinq ans d’intervention en Syrie est donc calamiteux pour le régime Erdoğan : Bachar est toujours là ; des sommes considérables ont été englouties en pure perte ; 2,7 millions de réfugiés syriens survivent sur le sol turc ; le Rojava et Kobanê ont galvanisé l’extrême gauche turque et kurde ; Daech a créé des cellules actives jusqu’à Istanbul ; la Russie a engagé des sanctions économiques contre la Turquie ; la guerre contre le PKK ravage de nouveau l’Anatolie.

    Bref, le rêve néo-ottoman des années 2000, celui d’une Turquie à la fois membre de l’Union européenne et leader au Moyen-Orient, est en miettes.

    La tentative de putsch de juillet 2016 couronne le tout, révélant que l’hostilité à l’aventurisme d’Erdoğan en Syrie a gagné jusqu’à l’état-major de l’armée – le rôle de confrérie Gülen, montrée du doigt par le pouvoir, ne suffit pas à expliquer cette sédition ni les purges de dizaines de milliers de personnes qui ont suivi.

    Ce putsch raté décide Erdoğan à chercher une porte de sortie en Syrie tout en gardant la tête haute. Il renonce à renverser Bachar ; l’endiguement des Kurdes devient l’objectif prioritaire.

    Le nouveau trio Moscou-Téhéran-Ankara

    Entre août et octobre, c’est la réconciliation russo-turque dont on visualise bien, aujourd’hui, les tenants et les aboutissants : Poutine autorise la création d’une zone d’occupation turque en Syrie en échange du lâchage d’Alep-Est par Erdoğan, prélude à des négociations de paix. Washington a vraisemblablement acquiescé à la condition qu’Erdoğan lâche Daech.

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    Poutine et Erdogan le 10 octobre 2016 à Istanbul. Le deal : laisse-nous prendre Alep ; je t’autorise à occuper le nord de la Syrie.
    cc Kremlin.ru

    En septembre, l’armée turque envahit donc le nord de la Syrie, empêchant l’unification du Rojava. Daech lui cède le terrain sans résister. Dans la foulée, plusieurs milliers de combattants islamistes à la solde d’Ankara abandonnent Alep pour se replier dans la zone turque. Le mois suivant, l’offensive russo-iranienne contre Alep-Est débute. Elle se termine en décembre avec l’évacuation du dernier carré de combattants vers des territoires tenus par la rébellion – un deal, encore une fois, entre Moscou et Ankara [1]. Pendant que les vaincus d’Alep quittent la ville dans une noria d’autocars, l’armée turque et ses supplétifs donnent l’assaut à Al Bab, ville tenue par Daech, pour s’en emparer avant les Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition arabo-kurde).

    La nouveauté c’est qu’à Al Bab, pour la première fois, Daech ne se retire pas sans combattre. Malgré les bombardements de l’aviation russe, l’EI tient les Turcs en échec. Cela confirme deux choses : primo, l’armée turque a été passablement désorganisée par les purges de l’été ; secundo, le divorce entre Erdoğan et Daech est consommé. L’EI a d’ailleurs commis plusieurs attentats sur le sol turc – notamment le massacre du Nouvel An – et, pour la première fois, les a revendiqués. Jusqu’ici, Daech ne revendiquait ni ne démentait ses attentats en Turquie [2]. Ils avaient valeur de coups de semonce. Ce jeu-là est révolu. La guerre est officielle entre l’EI et son ex-parrain.

    Les autres impérialismes sur la touche

    Après Alep, l’avantage est donc aux impérialistes russes et iraniens. Leurs rivaux du golfe persique d’une part, occidentaux d’autre part, tergiversent.

    Pour l’Arabie saoudite, le Qatar, et les Émirats arabes unis, l’objectif d’un remplacement de Bachar el Assad par un gouvernement islamiste s’éloigne. Leurs dollars alimentent certes toujours d’importantes brigades salafistes – dont Ahrar al Cham – qui ont refusé d’aller à Astana. Mais, enlisées au Yémen, les pétromonarchies sont plus que jamais inaudibles sur le dossier syrien. Leur seul gain dans cette affaire sera d’avoir anéanti la portée subversive de la révolution populaire de 2011 en nourrissant, en son sein, la contre-révolution islamiste.

    Quant aux États-Unis, à la France et au Royaume-Uni, ils ont désormais renoncé à soustraire la Syrie à l’aire d’influence russe et iranienne. Cela ne signifie pas pour autant que l’impérialisme US va, avec fair-play, s’en laver les mains. Donald Trump demandera sans doute des gages avant d’approuver une éventuelle pax russia en Syrie – et celle-ci est loin d’être gagnée.

    La gauche kurde sur la corde raide

    Malgré sa déclaration de victoire, Bachar ne contrôle pas toute Alep. De 15% à 20% de la ville autour du quartier de Cheick Maqsoud sont contrôlés par les FDS [3]. Se tenant à équidistance du régime et des groupes rebelles pendant la bataille d’Alep, les FDS ont accueilli à Cheick Maqsoud à peu près un tiers des réfugié.es fuyant les bombardements russes – 8.000 à 30.000 personnes selon les sources –, dont des rebelles non islamistes. La police militaire russe a été déployée autour de Cheick Maqsoud, pour éviter tout accrochage avec le Hezbollah ou les soldats de Bachar.

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    Les FDS contrôlent 15% à 20% d’Alep (ici un groupe de miliciens dans le quartier de Cheick Maqsoud, en avril 2016.
    cc YPG Alep

    Dans le contexte post-Alep, la gauche kurde reste entourée d’ennemis. D’une part, Daech menace toujours. D’autre part, Ankara, Téhéran et Damas veulent étrangler cet insolent Rojava, contre-modèle démocratique et symbole anticolonialiste.

    Pour le moment, Moscou et Washington font barrage à ces prétentions. Les Russes sont bien disposés à l’égard du Parti de l’union démocratique (PYD) et pensent que son inclusion est nécessaire dans un processus de paix [4]. Mais l’opposition des trois autres est totale à la présence du PYD aux négociations de Genève et d’Astana. Quant aux Américains, ils continuent de livrer des armes aux FDS tant que ceux-ci poursuivent la campagne Colère de l’Euphrate vers Raqqa, la capitale du califat.

    Raqqa peut sembler un objectif téméraire pour les FDS, même si la libération de Manbij, en juin, a montré que le confédéralisme démocratique était « exportable » en dehors du Rojava. Mais selon une source proche de la gauche kurde, les FDS cherchent en premier lieu à s’emparer du barrage d’Al Tabqah, ce qui garantirait l’approvisionnement électrique du Rojava, et à engranger le plus possible de livraisons d’armes, en prévision d’un éventuel lâchage russe et américain et d’une confrontation directe avec Bachar et Erdoğan.

    La gauche kurde s’efforce cependant d’éviter ce scénario. Fin décembre, un congrès a réuni, à Rmaylan, 151 délégué.es des cantons kurdes et des zones libérées par les FDS. Il y a été décidé d’adjoindre à l’appellation Rojava celle de « Fédération démocratique du nord de la Syrie », moins exclusivement kurde et clairement inscrite dans le cadre syrien. L’idée est d’éviter l’accusation de séparatisme tout en persévérant dans le projet fédéraliste [5].

    Guillaume Davranche (AL Montreuil), le 19 janvier 2017


    LA SYRIE, OTAGE DES CRIMINELS DES DEUX CAMPS

    Pendant la bataille d’Alep, les médias occidentaux ont relayé, à juste titre, la détresse de la population civile sous le déluge des bombes russes. Mais, par rejet de Bachar, ils ont souvent été complaisants avec les rebelles d’Alep-Est. Notamment en minimisant la domination de l’extrême droite islamiste en leur sein, au motif que le front Fatah al Cham (proche d’Al Qaeda) y était minoritaire et l’ASL majoritaire [6]. Or l’ASL n’est qu’une étiquette, couvrant un agrégat de brigades dont beaucoup sont gangrenées par l’islamisme, voire « djihado-compatibles » [7].

    Cette réalité était connue avant la bataille d’Alep [8] et les crimes commis par des brigades estampillées ASL largement documentés [9]. Le Monde, dans un long récit collectif, a bien raconté l’étranglement de la révolution à Alep dès 2013, réprimée par le régime et poignardée dans le dos par les djihadistes arrivés de l’étranger [10]. La victoire de cette rébellion dégénérée en Syrie aurait des conséquences redoutables non seulement pour les minorités, mais aussi pour les démocrates anti-Assad. Cela explique qu’une partie de la population préfère le maintien du régime, malgré ses crimes.

    Massacres punitifs

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    « Prisonniers en Syrie : des méthodes de survie désespérées »
    Lire les témoignages recueillis par Amnesty International.

    De leur côté les médias du Kremlin – le site Sputnik ou la chaîne Russia Today –, ont encore plus biaisé leur information, en englobant toute la rébellion anti-Assad sous l’étiquette commode de « terroriste » et en réhabilitant un régime pourtant indéfendable  : quarante ans de colonialisme, de hiérarchisation raciste et de terreur policière, pratiquant enlèvements, torture et meurtres à grande échelle. Fin 2013, un photographe des services de sécurité (sous le pseudo Caesar) avait déserté en emportant une clef USB contenant près de 28.000 photos de corps suppliciés, mettant des images sur ce que l’on savait de longue date. L’ONG Human Rights Watch a authentifié le document au terme d’une enquête de onze mois, recueillant des dizaines de témoignages d’anciens détenus et de familles ayant reconnu l’un des leurs sur les photos [11].

    Amnesty International a, pour sa part, estimé à 17.000 le nombre de détenus morts en prison depuis 2011 : une moyenne de 300 morts par mois, soit cent fois plus que durant la période 2001-2011 [12]… Si l’on y ajoute les massacres punitifs de l’armée dans les zones rebelles, notamment les largages de barils d’explosifs sur la population civile, il devient évident que les prétentions de Bachar à régner de nouveau sur la Syrie sont illusoires. Reste à savoir ce que le Kremlin va faire de son protégé. G.D.


    JUSTICE : LA MORT « BIEN OPPORTUNE » D’ÖMER GÜNEY

    Le 9 janvier 2013, trois militantes de la gauche kurde, Sakinê Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, étaient abattues à Paris, en plein jour. L’enquête a montré que l’assassin, Ömer Güney, un militant d’extrême droite, était connecté aux services secrets turcs. Les investigations ne sont pas allées plus loin. Raison d’État : Paris n’a pas voulu se fâcher avec Ankara. Que vaut la vie de trois révolutionnaires kurdes ?

    Gravement malade, l’assassin est finalement mort en prison un mois avant l’ouverture de son procès, qui devait avoir lieu le 23 janvier. Frustration et colère dans la diaspora kurde. Les avocats des familles ont dénoncé le peu d’empressement du parquet à fixer une date d’audience, alors qu’on savait Güney en fin de vie, permettant cette mort « bien opportune » alors que l’enquête n’a jamais été achevée. Conclusion : « La France n’est toujours pas capable de juger un crime politique commis sur le territoire français par des services secrets étrangers. »

    Pour que l’affaire soit malgré tout jugée, la diaspora kurde organise une grande manifestation chaque année à Paris. Le 7 janvier, plusieurs milliers de personnes venues de France, d’Allemagne et de Belgique ont ainsi défilé à Paris, encadrés par un fort dispositif policier. Le Conseil démocratique kurde de France (CDKF) avait également mis en place un solide service d’ordre, et chaque manifestant.e était préalablement fouillé.e, pour réduire le risque d’attentat terroriste. Des délégations amazigh et arménienne étaient là, ainsi qu’AL, le NPA, le PCF, la CGA, la CNT et l’Union syndicale Solidaires.

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    Près de 4.000 personnes ont défilé le 7 janvier à Paris à l’appel des organisations kurdes pour réclamer vérité et justice.
    (c) Xénia Kozlitina

    Dans son allocution, AL a affirmé sa solidarité avec toutes celles et ceux qui luttent pour la justice sociale, la démocratie et l’égalité, et a dénoncé la duplicité du gouvernement français. Celui-ci salue la gauche kurde quand elle combat Daech, mais maintient le PKK sur la liste des organisations terroristes et bloque l’enquête sur l’assassinat de 2013. Ce même gouvernement condamne l’étouffement de la liberté de la presse en Turquie mais se tait quand l’armée turque martyrise le Kurdistan. Le discours, traduit en turc, a été très applaudi.

     

    [1] Christophe Ayad, « Syrie : la disparition des Arabes », Le Monde, 29 décembre 2016.

    [2] Ariane Bonzon, « Pourquoi Daech ne revendique pas d’attentats en Turquie », Slate.fr, 19 janvier 2016.

    [3] Raphaël Lebrujah, « L’autre gagnant de la bataille d’Alep », Le club de Mediapart, 21 décembre 2016.

    [4] « Syrie : la Russie réunit les Kurdes et Damas à la table des négociations », Sputnik, 14 janvier 2017.

    [5] « Une fédération démocratique en Syrie comme garantie d’une coexistence fraternelle des peuples », communiqué de la Représentation du Rojava en France, 31 décembre 2016.

    [6] Par exemple : « Alep : faux et usage de faux », Libération, 16 décembre 2016.

    [7] « Syrie : Les enjeux impérialistes des bombardements », webdito Alternative libertaire, 1er septembre 2013

    [8] Laure Stephan, « À Alep, le nouveau visage de l’insurrection syrienne », Le Monde, 9 août 2016.

    [9] Amnesty International, « Syrie. Enlèvements, torture et exécutions sommaires aux mains des groupes armés », 5 juillet 2016.

    [10] Barthe, Aubenas, Rémy, Stephan, Zerrouky, « Alep, chronique d’une révolution impossible », Le Monde, 14 décembre 2016.

    [11] HRW, « If the dead could speak. Mass deaths and torture in Syria’s detention facilities », 90 pages, 16 décembre 2015.

    [12] Amnesty International, « It breaks the human. Torture, disease and death in Syria’s prisons », 73 pages, 18 août 2016.

    24 janvier 2017

    http://alternativelibertaire.org/

  • Arrestation de syndicalistes et violation de leurs droits Polémique entre la CSI et le gouvernement algérien (Algeria Watch)

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    Dans une correspondance, dont El Watan détient une copie, Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), saisit le Président algérien pour dénoncer des intimidations et des entraves aux libertés syndicales.

    Le 30 novembre 2016, des employés communaux se rassemblent à l’entrée du siège de la wilaya de Bouira. Une action de contestation parmi les centaines qui se tiennent tout au long de l’année. Cette fois, les travailleurs contestent la nouvelle loi sur la retraite et la loi de finances 2017.

    Très vite, la police intervient, comme à chaque fois qu’un rassemblement est organisé dans un espace public. La manifestation pacifique est sévèrement empêchée et des syndicalistes sont arrêtés. Une manifestation parmi tant d’autres.
    A la différence que, cette fois, les syndicalistes entrent en contact avec la Confédération syndicale internationale (CSI) pour signaler cette entrave à leur liberté syndicale.

    Et celle-ci n’a pas manqué d’écrire à l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles pour mettre en garde le gouvernement algérien contre l’arrestation de syndicalistes et la violation de leurs droits. Dans une correspondance, dont El Watan détient une copie, Sharan Burrow, secrétaire générale de l’organisation internationale, a adressé à l’ambassade d’Algérie à Bruxelles, en date du 1er décembre 2016, une lettre dans laquelle elle saisit le président algérien pour dénoncer des intimidations et des entraves aux libertés syndicales.

    Une lettre à laquelle l’ambassadeur en poste, Amar Belani, a répondu, deux semaines plus tard, soit le 16 janvier, en réfutant ces accusations qu’il qualifie d’«allégations mensongères qui dérogent aux plus élémentaires règles d’élégance exigibles à l’adresse de la plus haute autorité d’un Etat souverain».

    Insurrection civile

    Dans un plaidoyer empreint d’indignation, le représentant officiel de l’Algérie a assuré que «les autorités algériennes ont agi conformément à la réglementation et dans le seul objectif de préserver l’ordre public contre un attroupement non autorisé dont les visées étaient, selon toute vraisemblance, l’incitation aux troubles civils».

    Il qualifie l’attroupement d’«acte illégal» et accuse le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), à l’origine de l’action de protestation du 30 novembre 2016, de «vouloir le bouleversement de l’ordre public, voire la provocation d’une insurrection civile, un agissement éminemment politique et loin de toute revendication à caractère syndical».

    La réponse de la Confédération syndicale internationale, par la voix de sa secrétaire générale, en date du 26 janvier, est cinglante : «Concernant votre défense portant sur le fait que la protestation était illégale et politique et ne revêtait pas de caractère politique justifiant ainsi les arrestations, il est clair qu’aucune arrestation ou autre forme d’ingérence violente de la part de la police ne devaient se produire, dès lors qu’elles sont en rapport avec des actions de protestation pacifique qui ne sont même pas considérées comme illégales sous les lois nationales.»

    Elle ajoute : «L’image que vous nous donnez du respect de la liberté syndicale et du dialogue social en Algérie est malheureusement loin de la réalité.» Elle cite pour exemple Mellal Raouf, président du Syndicat national autonome des travailleurs de l’électricité et du gaz, condamné à 6 mois ferme par le tribunal de Guelma. «Nous en prenons acte et ne manquerons pas de soumettre ces informations à l’OIT», conclut Mme Burrow.

    Bouredji Fella El Watan, 31 janvier 2017

    http://www.algeria-watch.org/

     

  • Reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France L’Etat français et les candidats à la présidentielle interpellés (Algeria Watch)

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    Nombre de personnalités françaises montent au créneau et interpellent l’Etat français, à la veille de l’élection présidentielle, pour la reconnaissance par la France des crimes coloniaux.

    En dépit du poids des ans et de la résistance des nostalgiques de l’empire colonial, de nombreux éléments de la société française exercent non seulement une forte pression sur la classe politique, mais aussi multiplient les initiatives visant à obliger l’Etat français à reconnaître les crimes coloniaux commis en son nom.

    Rédigé par l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, le président du Conseil représentatif des associations des Noirs de France (CRAN) Louis-Georges Tin et l’écrivain Patrick Farbiaz, l’appel fait tache d’huile. Il est appuyé par les signatures de femmes et hommes de lettres, d’artistes, d’historiens, d’écrivains, d’universitaires, de membres du mouvement associatif et de citoyens.

    N’ayant négligé aucun méfait de cette sombre page de l’histoire de l’ex-empire colonial, les rédacteurs du document (dont El Watan détient une copie) fustigent, dans le préambule, «l’esclavage et les tueries collectives — populations indigènes soumises au travail forcé, dispositions racistes et d’exception, code de l’indigénat, internement administratif, responsabilité collective... — imposés aux colonisés qui, dans leur écrasante majorité, n’étaient pas considérés comme des citoyens, mais comme des ‘sujets français’ jusqu’à la libération.

    Déportations, exécutions sommaires et massacres, autant de pratiques qui ont été constitutives de la construction et de la défense de l’empire colonial français. Les massacres de Thiaroye au Sénégal (décembre 1944), ceux de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, qui ont débuté le 8 mai 1945 et leurs dizaines de milliers de morts en témoignent sinistrement. Il y a soixante-dix ans, au mois de mars 1947, la guerre d’Indochine et l’insurrection malgache débutaient».

    Les terribles conséquences de la guerre d’Algérie et la répression des militants des territoires d’outre-mer ne sont pas éludés : «Le 1er novembre 1945, un conflit long et sanglant commençait en Algérie. Entre 1945 et 1962, la France a donc été presque constamment engagée dans des opérations militaires coloniales qui se sont soldées par près d’un million de morts. N’oublions pas la guerre longtemps occultée menée au Cameroun (1955-1971) et les répressions sanglantes des militants guadeloupéens et kanaks».

    En dernier lieu, les pétitionneurs interpellent les hautes autorités de l’Etat ainsi que les candidats aux élections présidentielles françaises afin de se positionner : «Si la loi Taubira et les initiatives de la société civile ont permis un début de reconnaissance sociale et politique de l’esclavage et de la traite négrière, il n’en est pas de la même pour les crimes commis avant ou après la Seconde Guerre mondiale. Cette situation est inacceptable car elle ajoute aux massacres l’outrage aux victimes, à leurs descendants et leurs proches...

    Aussi, nous demandons aux plus hautes autorités de l’Etat et aux candidats à l’élection présidentielle qu’ils se prononcent pour la réaction d’un lieu du souvenir à la mémoire de celles et ceux qui furent assassinés, l’ouverture de toutes les archives relatives à ces événements et la reconnaissance de ces crimes de guerre et de ces crimes d’Etat. C’est ainsi que justice sera rendue aux héritiers de l’immigration coloniale et postcoloniale et que les discriminations mémorielles qui les affectent toujours pourront être combattues.

    Enfin, de tels actes permettront à tous les Français et Françaises de mieux connaître cette histoire singulière.» Notons que des personnalités telles que l’historienne Bantigny Ludivine, l’ex- sénatrice Alima Boumediène, le philosophe Brossat Alain, le maire du 2e arrondissement de Paris Jacques Boutault (EELV), les sociologues Cours-Salies Pierre et Fassin Eric, l’écrivain Daenick Didier, le président de l’Association les oranges M’hamed Kaki, les historiens Mbembé Achille, Gilbert Meynier, Riceputi Fabrice, Riot-Sarcy Michelle, Taraud Christelle, Ruscio Alain et beaucoup d’autres intellectuels adhèrent à la démarche qui, sans nul doute, prendra une bonne place dans l’élection présidentielle. «Avec cette forte mobilisation, il peut y avoir un espoir de reconnaissance», espère Olivier Le Cour Grandmaison …


    Kamel Beniaiche El Watan, 1 février 2017

    http://www.algeria-watch.org/fr/

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