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  • Un ami de l’AFPS est mort, assassiné par l’armée israélienne (Afps 22)

    Nous avions rencontré Moataz cet été en Bretagne. Notre ami palestinien Moataz est mort assassiné par l’armée, hier à Bethléem.

    Il était venu à l’invitation de la Fédération des MJC des Côtes d’Armor pour participer à des échanges, pour débattre avec d’autres jeunes étrangers de la question des murs réels et symboliques qui empêchent la construction d’un monde meilleur. Ils imaginaient ensemble des démocraties où chacun pourrait vivre sans haine.

    Moataz était heureux quand il était face à la mer : cela lui procurait une sensation de liberté, de légèreté, qu’il n’avait pas connue avant. Il adorait le football et avait envisagé de jouer dans l’équipe nationale palestinienne. Il aimait la vie, la musique, la danse, les copains. Moataz avait 27 ans, 27 années passées dans le camp de Deheishe, à Bethléem.

    Il appartenait à une famille connue pour sa lutte pacifique contre l’occupation : sa mère, ses cousins et son oncle Naji Owdah ont été arrêtés à de nombreuses reprises ; son frère Ghassan est actuellement en prison en détention administrative depuis 8 mois. Lors de la seconde intifada, son cousin Jad avait été assassiné dans les mêmes conditions. Aujourd’hui, au cours de ce que nos amis appellent la 3è intifada, c’est Moataz qui s’est fait prendre la vie par les Israéliens. Cet été Ghassan avait entamé une grève de la faim qu’il a terminé depuis peu.

    Depuis son retour en Palestine, ses copains, sa famille ne cessaient de lui demander pourquoi il n’était pas resté en France. Ce à quoi Moataz répondait : "mon frère est en prison, il fait une grève de la faim, sa vie est en danger. Je ne veux pas qu’il meure sans que je sois là."

    Moataz est mort au checkpoint de Bethléem. Il est mort lors d’une manifestation non violente. Il protestait contre l’assassinat d’un autre jeune tué la veille par l’armée israélienne.

    Moataz est mort. Son frère est toujours en prison. Ils ne se sont pas revus. Il manquera à sa famille, à ses amis et il nous manquera mais il restera pour nous tous le combattant de liberté.

    Nathalie Thouquan-Lailet, Marie-Noëlle Blavet pour l’AFPS
    Corinne Le Fustec, Yoann Le Puil pour les MJC

    AFPS Saint-Brieuc - MJC Saint-Brieuc, mercredi 14 octobre 2015

    http://www.france-palestine.org/Un-ami-de-l-AFPS-est-mort-assassine-par-l-armee-israelienne

    http://french.pnn.ps/2015/10/13/martyriser-a-bethleem/

  • Informer sur le Proche-Orient : le syndrome de Tom et Jerry (Acrimed)

     

    Nous remettons à la « une », trois ans après sa première publication, un article consacré au traitement médiatique du conflit opposant Israël aux Palestiniens. Les événements de ces derniers jours, et leur couverture par les « grands médias », confirment en effet malheureusement la plupart des constats opérés dans cet article (Acrimed, 15 octobre 2015).

    Contrairement à d’autres questions d’actualité internationale, le conflit opposant Israël aux Palestiniens est l’objet de nombreux articles, sujets et reportages. Le problème de la couverture médiatique de ce conflit n’est donc pas tant quantitatif que qualitatif. Un décryptage de cette couverture nous conduit à distinguer trois travers majeurs qui caractérisent l’information relative au Proche-Orient, telle qu’elle nous est proposée par les « grands médias ».

    De l’art d’équilibrer une situation déséquilibrée

    Le premier de ces biais est celui de l’injonction permanente à un traitement « équilibré » du conflit. Les événements du Proche-Orient suscitent en France, pour des raisons politiques, historiques et culturelles que l’on ne pourra pas développer ici, une attention toute particulière. Ils sont générateurs de passions et leur perception est marquée par une lourde charge émotive, ce qui ne manque pas d’avoir des répercussions sur la manière dont les grands médias essaient de les couvrir.

    D’où l’injonction au traitement « neutre », que l’on peut parfois assimiler à une forme de censure, voire d’autocensure de la part de certains journalistes et de certaines rédactions : il ne faudrait pas froisser l’un des deux « camps » et, pour ce faire, adopter une position « équilibrée ».

    Or la situation ne s’y prête pas, pour la bonne et simple raison que l’Etat d’Israël et les Palestiniens ne sont pas dans une situation équivalente. S’il existe bien un « conflit » opposant deux « parties », nul ne doit oublier que ses acteurs sont, d’une part, un Etat indépendant et souverain, reconnu internationalement, doté d’institutions stables, d’une armée moderne et suréquipée et, de l’autre, un peuple vivant sous occupation et/ou en exil, sans souveraineté et sans institutions réellement stables et autonomes.

    Adopter une démarche qui se veut équilibrée conduit donc nécessairement à occulter certains aspects de la réalité, tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’équivalent dans l’autre « camp ». C’est ainsi que les grands médias privilégieront les moments de tension visible, en d’autres termes militaires, les « échanges de tirs », les « victimes à déplorer dans les deux camps » ou, dans un cas récent, les « échanges de prisonniers ». Il s’agit de montrer que la souffrance des uns ne va pas sans la souffrance des autres, et que les moments de tension ou d’apaisement sont liés à des décisions ponctuelles prises par l’un ou l’autre des deux « camps », ou par les deux conjointement.

    C’est ainsi qu’un tel traitement médiatique occulte presque totalement ce qui est pourtant l’essentiel de la vie quotidienne des Palestiniens et l’un des nœuds du « conflit » : l’occupation civile (colonies) et militaire (armée) des territoires palestiniens. Les camps militaires israéliens et les colonies n’ont pas d’équivalent en Israël, pas plus que les centaines de checkpoints qui morcellent les territoires palestiniens, le mur érigé par Israël, les réquisitions de terres et les expulsions, les campagnes d’arrestations, les attaques menées par les colons, les périodes de couvre-feu, les routes interdites sur critère national, etc.

    Une couverture qui se veut « équilibrée » conduit nécessairement, par la recherche permanente d’un contrepoint, d’un contrechamp, d’une équivalence, à passer sous silence des informations pourtant essentielles : c’est ainsi qu’il faut aller consulter la presse israélienne pour savoir, par exemple, que pour la seule année 2010 ce sont pas moins de 9 542 Palestiniens de Cisjordanie qui ont été déférés devant les tribunaux militaires israéliens, avec un taux de condamnation de 99,74 %. Une information des plus parlantes, mais qui n’a pas d’équivalent côté israélien. Elle ne sera donc pas traitée.

    Cette couverture biaisée, cette « obsession de la symétrie », au nom d’une prétendue neutralité, conduit donc les grands médias à offrir une image déformée des réalités proche-orientales. Le public est ainsi dépossédé d’une partie pourtant indispensable des éléments de compréhension de la persistance du conflit opposant Israël aux Palestiniens. A fortiori dans la mesure où ce premier biais se double d’un second, tout aussi destructeur pour la qualité de l’information : le « syndrome de Tom et Jerry ».

    Le syndrome de Tom et Jerry

    Tom et Jerry, célèbres personnages de dessins animés, sont en conflit permanent. Ils se courent après, se donnent des coups, construisent des pièges, se tirent parfois dessus et, quand ils semblent se réconcilier, sont en réalité en train d’élaborer de nouveaux subterfuges pour faire souffrir l’adversaire. Le spectateur rit de bon cœur, mais il reste dans l’ignorance : il ne sait pas pourquoi ces deux-là se détestent, on ne lui a jamais expliqué pourquoi Tom et Jerry ne peuvent pas parvenir à une trêve durable, voire une paix définitive.

    La comparaison a ses limites, mais il n’est sans doute pas exagéré de considérer que les grands médias, notamment audiovisuels, nous offrent souvent, lorsqu’il s’agit du Proche-Orient, une information digne de Tom et Jerry : « le cycle de la violence a repris » ; « la trêve a été brisée » ; « la tension monte d’un cran » ; « les deux parties haussent le ton » ; etc.

    Mais pourquoi ces deux-là se détestent-ils ? Bien souvent, le public n’aura pas de réponse. Il devra se contenter d’une couverture médiatique qui se focalise sur la succession des événements, sans s’interroger sur les causes profondes ou sur les dynamiques à long ou moyen terme. L’information est donc la plupart du temps décontextualisée, dépolitisée, déshistoricisée, quitte à flirter allègrement avec le ridicule.

    C’est ainsi qu’en décembre 2010, un véritable morceau de bravoure a été publié dans le quotidien Libération. Ce « reportage », que nous avons analysé en détail sur notre site [1], cumulait la quasi-totalité des travers de l’information relative au Proche-Orient, entre autres le syndrome de Tom et Jerry. Nous écrivions alors :

    L’absence de la mention des racines politiques et historiques des « tensions » peut parfois confiner au ridicule. Témoin ce passage de l’article, un véritable chef-d’œuvre du genre : « Les tensions se sont pourtant multipliées ces derniers temps. En août, l’élagage d’un arbre par des soldats israéliens sur la ligne bleue, tracée par l’ONU après le retrait israélien du Sud-Liban en 2000, a fait quatre morts et failli dégénérer en conflit ouvert. » On se frotte les yeux et on relit pour être sûr de bien comprendre, en retenant seulement cette fois-ci le sujet, le verbe et le complément : L’élagage d’un arbre… a fait quatre morts.

    Mais que s’est-il passé ? Les élagueurs sont-ils tombés de l’arbre ? Ou alors est-ce l’arbre qui est tombé sur une famille qui pique-niquait tranquillement ? Ou peut-être, autre explication plausible, est-ce le Hezbollah, mouvement islamique et donc, à sa façon, « vert », qui a manifesté sa fibre écologiste en voulant venger la mort d’un arbre ?

    Trêve d’ironie : malheureusement, l’incident dit « de l’arbre » a, lui aussi, été tragique, se soldant par la mort de deux policiers et d’un journaliste libanais, ainsi que celle d’un officier israélien. La seule explication qui permet de comprendre comment les choses ont ainsi pu dégénérer est bien évidemment le contentieux frontalier entre Israël et le Liban. En effet, même si Israël s’est retiré du Liban en 2000 après vingt-deux années d’occupation, le tracé de la « frontière » est toujours objet de polémique. Polémique aussi au sujet de la zone dite des « fermes de Chebaa », conquise par Israël en 1967. Et quiconque observe la vie politique régionale sait que c’est notamment parce qu’il revendique la souveraineté arabe sur les zones occupées que le Hezbollah se considère toujours en guerre contre Israël.

    C’est ainsi que bien souvent les grands médias proposent au public de se focaliser sur l’arbre qui cache la forêt. Les événements spectaculaires et les causalités immédiates sont privilégiés, au détriment de l’exposé et de l’analyse des causes profondes et des tendances sur la longue durée. Le pseudo-équilibre et la course à l’événement vont peut-être offrir au public les moyens de s’émouvoir, mais absolument pas de comprendre.

    Un journalisme de diplomates ?

    Un troisième et dernier biais peut être identifié : il s’agit de l’alignement quasi-systématique des lignes éditoriales sur l’agenda diplomatique. Il ne s’agit pas seulement de privilégier, ou de valoriser, les analyses et les propositions de la diplomatie française et, plus généralement, occidentale. Il s’agit bien souvent de trier les informations, consciemment ou non, en fonction des aléas du mal-nommé « processus de paix ».

    Deux exemples illustrent cette idée. C’est seulement à partir de l’année 2002 que la thématique de la nécessaire « réforme » de l’Autorité palestinienne a fait son apparition marquée dans les grands médias français. Corruption, clientélisme, népotisme, etc. : le « système Arafat » était un véritable échec, et toute perspective de « sortie du conflit » passerait nécessairement par une refonte du système institutionnel palestinien et par l’émergence de nouveaux acteurs. Coïncidence ? C’est précisément à cette période que les Etats-Unis et Israël ont considéré que Yasser Arafat, qui avait pourtant été un acteur central du « processus de paix », n’était plus un interlocuteur crédible et devait être mis hors-jeu.

    La corruption et l’incurie de l’appareil politico-administratif palestinien étaient un secret de polichinelle pour quiconque s’intéressait un tant soit peu à la question. Nombre de rapports d’ONG ou de commissions parlementaires étaient en circulation depuis le milieu des années 1990. Ces informations avaient été rarement relayées et ne semblaient pas, à l’époque, nécessiter une attention médiatique particulière. L’explication la plus probable est qu’alors, le « processus de paix » dans sa version originelle semblait demeurer une perspective crédible pour les Occidentaux et qu’il ne fallait pas prendre le risque de le mettre en péril en critiquant ouvertement la direction Arafat. C’est lorsque la donne diplomatique a changé, au début des années 2000, que l’attention des médias s’est progressivement déplacée vers des questions jusqu’alors ignorées.

    Deuxième exemple, parmi d’autres : Mahmoud Abbas. Le président de l’Autorité palestinienne est lui aussi un personnage central du « processus de paix ». Considéré comme plus « modéré » et plus « pragmatique » que son prédécesseur, Yasser Arafat, il a durant de longues années bénéficié des louanges de l’administration états-unienne, des chancelleries occidentales et même des responsables israéliens. Et même si la démarche qu’il a entreprise à l’ONU lui a attiré de nombreuses critiques, il continue d’être considéré comme un élément clé dans la perspective d’éventuelles négociations.

    Tel est le personnage que donnent également à voir les grands médias. Mais le public sait-il, par exemple, que Mahmoud Abbas a préfacé en 1983 un ouvrage de Robert Faurisson sur les chambres à gaz, avant de publier une thèse de doctorat contenant des éléments négationnistes ? Non. Cette information est-elle indispensable et mériterait-elle nécessairement d’être communiquée ? La question mérite débat. Mais imaginons, l’espace d’un instant, que ce ne soit pas Mahmoud Abbas mais l’un des deux dirigeants les plus en vue du Hamas (Khaled Meshaal et Ismaïl Haniyah) qui ait préfacé Faurisson ou publié une thèse négationniste. Peut-on imaginer que cette information serait longtemps dissimulée au public ? La réponse est, bien évidemment, dans la question.

    L’hypothèse selon laquelle Mahmoud Abbas jouit d’un traitement « différencié » en raison de son rôle, avéré ou non, potentiel ou plausible, dans une solution diplomatique telle que la conçoivent les pays occidentaux, est donc très largement probable. Elle est, à l’image du changement de ton par rapport à Yasser Arafat, une des très nombreuses confirmations de l’alignement, volontaire ou non, de la plupart des grands médias sur les positions et les rythmes diplomatiques français, phénomène typique du « journalisme de guerre » (voir à ce sujet sur notre site la rubrique « Journalisme de guerre »). Il ne s’agit évidemment pas de porter un jugement sur la politique française ou sur les dirigeants palestiniens eux-mêmes, mais bien de constater, une fois de plus, que la rigueur journalistique s’efface lorsque la diplomatie s’en mêle.


    Quelques notables exceptions permettent d’éclaircir un peu ce sombre tableau, notamment du côté des rares correspondants permanents de la presse écrite et audiovisuelle. Mais leur rareté ne fait que confirmer les tendances générales telles que nous venons de les décrire. Les trois écueils que nous avons signalés ici sont rarement évités par les grands médias et ajoutent une victime supplémentaire au conflit opposant Israël aux Palestiniens : l’information.

    Julien Salingue  jeudi 15 octobre 2015

    - Article publié dans le magazine trimestriel d’Acrimed, Médiacritique(s), n°3 (avril 2012)

    http://www.acrimed.org/Informer-sur-le-Proche-Orient-le-syndrome-de-Tom-et-Jerry

     
  • Palestine. Aux côtés des Palestiniens, contre l’occupation (A l'Encontre.ch)

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    Par Julien Salingue

     Les grands médias et les analystes autoproclamés s’interrogent: comment comprendre la multiplication, ces derniers jours, des attaques menées par des Palestiniens en Cisjordanie, à Jérusalem et en Israël?

    Pourquoi le «calme précaire» a-t-il cédé le pas à un «regain de violences»? Le gouvernement israélien va-t-il pouvoir «reprendre le contrôle» de la situation?

    Ils «vivent» sous occupation

    Une fois de plus, l’intérêt est porté sur le conflit opposant Israël aux Palestiniens lorsque des Israéliens sont blessés ou tués. Comme si, entre deux attaques au couteau ou entre deux tirs de roquettes, les «violences» s’interrompaient. Comme si la mainmise israélienne sur les territoires palestiniens, l’occupation militaire et la colonisation n’étaient pas des violences. Comme si le blocus de Gaza était une mesure pacifique…

    Combien de fois faudra-t-il le rappeler, les Palestiniens vivent sous occupation depuis des décennies. Ils sont confrontés chaque jour à la politique discriminatoire, expansionniste et répressive de l’Etat d’Israël. Il n’y a pas de «processus de paix», mais un processus de colonisation maintenue, avec son cortège d’expulsions, de saisies de terres, de démolitions de maisons, d’arrestations des récalcitrants.

    En temps «normal», il ne s’écoule pas une semaine sans que des manifestations palestiniennes soient prises pour cibles par l’armée israélienne, sans que des habitants de Cisjordanie soient victimes d’exactions commises par les colons [1], sans que des dizaines de Palestiniens soient enlevés en pleine nuit ou au petit matin pour être incarcérés sans jugement dans des prisons militaires.

    Alors, à la question «Pourquoi ces violences de la part des Palestiniens», on a envie de répondre par une autre question: «Pourquoi pas?»

    Sois colonisé et tais-toi?!

    Comme le faisait en effet remarquer la journaliste israélienne Amira Hass dans une tribune parue le 6 octobre dernier dans Haaretz: «Les Palestiniens se battent pour leurs vies, [alors qu’]Israël se bat pour l’occupation.» Et de poursuivre: «Les jeunes Palestiniens ne se mettent pas à assassiner des juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui bloquent leur horizon. Les jeunes Palestiniens, vengeurs et désespérés, sont prêts à donner leur vie et à causer à leur famille une énorme douleur, parce que l’ennemi auquel ils font face leur prouve chaque jour que sa cruauté n’a pas de limites.» [L’article traduit a été publié sur le site A l’Encontre en date du 10 octobre 2015.]

    Quelles sont les perspectives offertes aux Palestiniens par ceux qui aujourd’hui critiquent leurs actions et exigent un «retour au calme»? Aucune, sinon la perpétuation d’un système de domination et d’oppression contre lequel ils n’auraient pas le droit de s’insurger, et face auquel ils n’auraient qu’une seule attitude à adopter: la soumission et le silence, en attendant que les choses s’améliorent dans un avenir plus ou moins lointain. En d’autres termes: sois colonisé et tais-toi!

    La révolte des Palestiniens est légitime

    Entre le 1er et le 11 octobre, 4 Israéliens sont morts suite à des attaques au couteau et une dizaine d’entre eux ont été blessés. Dans le même temps, 24 Palestiniens ont été tués et plus de 1300 ont été blessés par balles réelles ou balles en caoutchouc, soit une moyenne de 130 par jour. Durant la seule journée du dimanche 11 octobre, 75 Palestiniens ont été atteints par des tirs à balles réelles lors de manifestations en Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza. Des chiffres qui indiquent non seulement l’ampleur de la répression israélienne, qui se durcit chaque jour, mais aussi et surtout le déséquilibre des forces en présence. [Depuis le mercredi 14 octobre, l’armée est déployée, suite à une décision du gouvernement, dans la ville de Jérusalem aux côtés des forces de police; de nouveaux checkpoints ont été mis en place dans Jérusalem-Est, etc.]

    Difficile de mesurer aujourd’hui l’ampleur que peut prendre la révolte en cours, notamment parce qu’elle se caractérise par une accumulation d’actes individuels, sans coordination ni stratégie de la part des factions politiques palestiniennes. Mais une chose est certaine: le gouvernement israélien a une fois de plus choisi de nier ses responsabilités et de se faire passer pour la victime, quitte à multiplier les provocations, les amalgames et les incitations à la haine. Mais rien n’y fera: la colère, la révolte et la résistance des Palestiniens sont légitimes, et personne ne pourra leur interdire de lutter pour affirmer leurs droits. Nous avons été, nous sommes, et nous serons à leur côté dans ce combat. (Publié sur L’Anticapitaliste en date du 14 octobre 2015)

    [1] Dans Le Monde daté du 14 octobre 2015, en page 3, Piotr Smolar rapporte: «L’heure est grave pour les colons; il faut se faire entendre. «Nous pensons qu’il existe une fenêtre historique pour changer la donne et étendre la souveraineté d’Israël à toute la Judée-Samarie [autrement dit la Cisjordanie occupée], explique Avi Roeh, président du conseil de Yesha (organisation regroupant les représentants des colons).»

    Fin de l’article: «Les colons ne représentent pas qu’une minorité bruyante. Leur influence politique est devenue majeure, leur idéologie centrale, faute d’une gauche décomplexée, qui présenterait une alternative solide. Le président Reuven Rivlin, issu du Likoud, ne dit-il pas lui-même que les constructions représentent un «droit national et historique»? Il y avait 341’000 colons en Cisjordanie en 2012; ils étaient 370’000 en 2014 (auxquels s’ajoutent 200’000 à Jérusalem-Est). Quant aux constructions, 2874 chantiers ont été lancés en 2013, 1503 en 2014 et 983 au cours des six premiers mois de 2015, précise l’ONG israélienne La Paix maintenant. «Il est totalement faux de dire que tout est à l’arrêt, explique Anat Ben Nun, responsable des relations extérieures de l’ONG. On construit aussi bien dans les avant-postes illégaux que dans les grands blocs de colonies.» (Réd. A l’Encontre)

    Publié par Alencontre le 14 - octobre - 2015

    Julien Salingue, chercheur, est l’auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels: Israël: un Etat d’apartheid? Enjeux juridiques et politiques (avec Céline Lebrun), Paris, L’Harmattan, 2013; A la recherche de la Palestine, préface d’Alain Gresh, Le Cygne, Paris, 2011.

    http://alencontre.org/video/palestine-au-cote-des-palestiniens-contre-loccupation.html

  • Conflit israélo-palestinien : les médias restent silencieux. Et la violence s’accélère (Ujfp)

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    L’escalade de la violence se poursuit entre Israëliens et Palestiniens. Comment les médias traitent-ils ces heurts ? Michèle Sibony, membre de l’Agence Média Palestine et de l’Union Juive Française pour la Paix, regrette que les radios et les chaînes de télévision énoncent les faits de façon brute, sans les analyser. Explications.

    Depuis le début octobre auditeurs et téléspectateurs des principaux médias audiovisuels, comme France Inter ou les grandes chaînes de télévision, n’auront pu qu’enregistrer des événements bruts : un Palestinien tué par balles réelles sur un check point, deux colons tués dans leur voiture, puis une accélération des violences...

    Ce qu’ils appellent "un nouveau cycle" ou mieux, "une nouvelle spirale" de violence. Cycle ou spirale ayant l’avantage de supprimer toute temporalité inscrivant dans une circularité éternelle le retour inéluctable d’une violence immanente débarrassée de toute causalité.

    Jouer la carte du dominant

    Ce qui est remarquable, c’est l’absence quasi totale de commentaires de ces événements. Pas d’interviews d’experts, pas de débats contradictoires ou non, pas d’analyses sur les causes ou les conséquences, les solutions éventuelles, en d’autres termes, pas de discours sur le réel. Cela finit par interpeller.

    Que signifie l’énoncé brut des faits ? On peut penser qu’il ne signifie rien justement. Pourtant, cette absence est signifiante en elle-même.

    Ce qu’elle dit d’abord et avant tout : "il n’y a rien à comprendre, nous sommes devant des violences gratuites". Le citoyen en déduit qu’ils s’entre tuent, point. Il n’y a donc rien à penser pour l’auditeur ou le téléspectateur, renvoyé à sa seule opinion, comme les Palestiniens et les Israéliens semblent l’être eux aussi dos à dos.

    Mais – et c’est là le plus vicieux de la méthode car il s’agit bien d’une méthode, déjà éprouvée avec la crise syrienne à ses débuts –, ne pas donner à penser, c’est jouer la carte du dominant.

    Ne pas expliciter la situation syrienne correspondait à une volonté politique française de ne pas s’interposer entre Bashar Al Assad et son peuple en révolte. Même chose avec la répression de la Tchétchénie : circulez y’a rien à comprendre, parce qu’il n’y avait pas d’intervention politique décidée.

    L’Ukraine, par contre, c’est autre chose, attention, là on a vu, écouté, et appliqué des sanctions, blocus sur les échanges avec la Russie. Impressionnant, cette vigueur soudaine.


    Les Palestiniens n’en peuvent plus

    Sur la question d’aujourd’hui, les explosions multiples de révoltes en Cisjordanie échappant à tout contrôle palestinien et non commandées par des groupes politiques, il faut le souligner, traduisent que les limites du supportable sont atteintes pour de nombreux Palestiniens, dans la jeunesse en particulier.

    Ils n’en peuvent tout simplement plus de l’oppression quotidienne de l’occupation, de la violence quotidienne exercée par l’armée et les colons contre eux, sans limites ni sanctions du gouvernement israélien lui même, ou de l’étranger.

    Ils n’en peuvent plus des fausses négociations qui ont duré plus de 20 ans, et n’étaient qu’un leurre destiné à poursuivre en toute tranquillité la colonisation.

    Ils n’en peuvent plus de l’Autorité palestinienne qui n’a aucune autorité sur personne sauf éventuellement sur eux-même pour les contraindre, et qui ne justifie son existence que pour son existence.

    Ils n’en peuvent plus de l’inertie criminelle des puissances qui auraient du intervenir pour les protéger depuis des dizaines d’années et qui laissent faire, en Ponce Pilate ravi de l’aubaine.


    Le "cycle de la violence" est israélien

    À la violence de la conquête, de l’occupation, de la colonisation, Israël ajoute toujours plus de violence, outil colonial majeur (et classique) de la pacification des territoires conquis.

    Le "cycle de la violence" est israélien du début jusqu’à la fin. C’est la violence initiale qui engendre la résistance, armée ou non, du peuple palestinien depuis les pierres de la première Intifada, aux brigades armées des différents groupes politiques palestiniens de la seconde.

    Arrêter le cycle de la violence, c’est arrêter Israël. Qu’on ne demande pas comment, tous les outils sont là, seule manque la volonté politique, ce qui explique le silence de nos médias.

    Alors no comment dans nos médias, pourquoi ? Pour que la violence israélienne puisse continuer de s’exercer, et que les "terroristes" de 13 et 15 ans soient punis et tués aux checks points de Qalandia ou de Shouafat. Pour que les frappes continuent sur Gaza et que l’auditeur se taise parce qu’il n’y comprend rien.


    Une spirale sans issue

    Le seul hic, c’est que la violence débridée finit toujours par se retourner contre soi, et l’on a depuis des années à présent des exemples multiples de la violence grandissante de la société israélienne.

    Cette violence s’exerce à l’égard des femmes, des juifs orientaux, des juifs éthiopiens, des gays, des travailleurs étrangers, et bien évidemment des Palestiniens citoyens d’Israël, qui sont les premiers visés, des milliers de Bédouins expulsés du Néguev. Ces derniers jours ont également vu l’emprisonnement d’une cinquantaine de jeunes manifestants en Israël.

    La fameuse idée de la démocratie israélienne est entrain de s’évaporer, et le roi est nu pour l’enfant qui sait regarder. Et le fameux cycle de la violence enferme de fait Israël dans une spirale sans issue.


    Cette violence détruit nos droits

    À la violence de la loi du plus fort, seul peut s’opposer le droit régulateur. Laisser exercer cette violence, c’est détruire le droit, nos droits à tous.

    Nous y sommes, et nous bénéficions des médias de ce système. Ceux-là même qui, pour nous informer sur la destruction du droit du travail, nous montrent l’épaisseur du code du travail et limitent leur analyse lapidaire à : "illisible, doit être simplifié".

    Comme ils montrent et remontrent les images d’Air France afin de nous convaincre que la violence est le fait des syndicalistes et des employés révoltés.

    Sur la Palestine, ils se contentent d’énumérer morts et blessés, car au fond, comme sur le reste, nous n’avons rien à en savoir de plus.

     
    mercredi 14 octobre 2015 par Michèle Sibony

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4444

  • Appel : Vague internationale BDS de solidarité avec la résistance populaire palestinienne #SolidarityWaveBDS

    Une nouvelle génération de Palestiniens marche sur les traces des générations précédentes en se levant contre le système d’occupation brutal qui dure depuis des décennies, contre le colonialisme et l’apartheid. Des dizaines de milliers de Palestiniens ont pris part à des manifestations dans des dizaines de villes dans toute la Palestine historique, dans les camps de réfugiés et dans les pays arabes voisins.

    À partir de ce weekend, participez à la vague d’action de solidarité avec la lutte des Palestiniens. Les gens de conscience qui veulent soutenir la lutte des Palestiniens sont incités à agir et à développer des efforts de Boycott Désinvestissement Sanctions. Cela fera savoir aux Palestiniens qu’ils ne sont pas seuls.

    Le soulèvement en cours mené par des jeunes de Palestine est une réponse à l’intensification par Israël du nettoyage ethnique et de l’oppression des Palestiniens, particulièrement dans Jérusalem occupée. Dans les derniers mois, Israël a accéléré le vol de la terre palestinienne et la démolition des maisons palestiniennes, accru ses attaques racistes sur le domaine de la mosquée d’Al-Aqsa, resserré le siège de Gaza et pris de nouvelles mesures racistes contre les citoyens palestiniens d’Israël.

    Israël et ses groupes terroristes de colons fondamentalistes attaquent sauvagement le protestataires palestiniens, exécutent des enfants palestiniens et des jeunes dans les rues ; ils en ont laissé plus de 1000 avec des blessures qui peuvent bouleverser leur vie.

    Il est urgent de donner une réponse internationale efficace pour faire pression sur les gouvernements, les institutions et les grandes entreprises afin qu’ils cessent de jouer un rôle dans les crimes d’Israël.

    Le Comité National Palestinien de BDS (BNC), qui dirige le mouvement BDS à l’échelle mondiale, est une large coalition de syndicats palestiniens et d’organisations, dont beaucoup sont engagés dans la résistance populaire. Le BNC appelle à une vague d’actions en solidarité avec la lutte des Palestiniens, qui doit démarrer ce weekend des 16-18 octobre.

    Élevons la solidarité internationale avec la résistance populaire palestinienne à un niveau supérieur via le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) :

    - Appelez à un embargo militaire et à d’autres sanctions contre Israël dans toutes les manifestations et actions créatives directes.
    - Maximisez le bénéfice des manifestations de solidarité en appelant à des campagnes dans tous les domaines pour isoler davantage le régime israélien d’occupation et d’apartheid, comme cela fut fait pour l’apartheid sud-africain.
    - Lancez des campagnes contre la complicité des entreprises internationales telles que G4S et HP et contre les entreprises israéliennes telles Elbit Systems, qui participent à l’infrastructure de l’oppression exercée par Israël.
    - Organisez des événements, des teach-ins, des actions inventives et des activités qui éduquent sur les droits des Palestiniens, à travers l’engagement dans BDS.
    - Faites connaître vos actions en utilisant le hashtag #SolidarityWaveBDS.

    Est-ce que vous organisez une manifestation dans votre ville ? Faites nous savoir ce que vous prévoyez en remplissant cette feuille. Nous ferons circuler toutes les formes d’action mises en place dans le monde sur ce site bdsmovement.net/solidarity-wave. Traduction : SF pour BDS France

    Source : BNC

     

    14 octobre 2015 - post du Comité nationale BDS de Palestine

    Solidarité avec la résistance populaire palestinienne ! Boycottez Israël maintenant !

    #SolidarityWaveBDS

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4443