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  • Les femmes réfugiées risquent agressions, exploitation et harcèlement sexuel lors de leur traversée de l’Europe (Amnesty)

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    Les gouvernements et organismes d’aide humanitaire manquent à leur devoir de fournir la protection la plus élémentaire aux femmes réfugiées arrivant de Syrie et d’Irak.

    De nouvelles recherches effectuées par Amnesty International montrent que les femmes et les jeunes filles sont exposées à des violences, à des agressions, à l’exploitation et au harcèlement sexuel à toutes les étapes de leur trajet, y compris sur le territoire européen.

    Le mois dernier, l’organisation a recueilli en Allemagne et en Norvège les propos de 40 réfugiées qui s’étaient rendues en Grèce depuis la Turquie, avant de traverser les Balkans. Toutes ces femmes ont dit s’être senties menacées et en danger pendant leur périple. Beaucoup ont indiqué que dans presque tous les pays qu’elles ont traversés, elles ont connu agressions physiques et exploitation financière, ont été touchées de manière inappropriée ou ont subi des pressions visant à les inciter à avoir des relations sexuelles avec des passeurs, des employés chargés de la sécurité ou d’autres réfugiés.

    « Après avoir connu l’horreur de la guerre en Irak et en Syrie, ces femmes ont tout risqué pour se mettre en sécurité avec leurs enfants. Mais à compter du moment où leur trajet commence, elles sont de nouveau exposées à la violence et à l’exploitation, sans grand soutien ni protection », a déclaré Tirana Hassan, responsable de la réaction aux crises à Amnesty International.

    Des femmes et des jeunes filles voyageant seules, et d’autres seulement accompagnées de leurs enfants se sont senties particulièrement menacées dans les zones et camps de transit en Hongrie, en Croatie et en Grèce, où elles ont été forcées à dormir aux côtés de centaines d’hommes réfugiés. Dans certains cas, des femmes ont quitté les zones désignées, choisissant de dormir dehors sur la plage parce qu’elles s’y sentaient plus en sécurité.

    Des femmes ont également dit avoir dû utiliser les mêmes salles de bains et douches que les hommes. Une femme a raconté à Amnesty International que dans un centre d’accueil en Allemagne, des réfugiés de sexe masculin allaient regarder les femmes lorsqu’elles utilisaient la salle de bains. Certaines ont pris des mesures extrêmes, arrêtant de s’alimenter ou de boire afin d’éviter de devoir aller aux toilettes lorsqu’elles ne se sentaient pas en sécurité.

    « Si cette crise humanitaire avait lieu où que ce soit ailleurs dans le monde, on s’attendrait à ce que des mesures pratiques soient immédiatement prises afin de protéger les groupes les plus vulnérables, comme les femmes voyageant seules et les familles ayant une femme à leur tête. Au minimum, cela impliquerait de proposer des installations sanitaires bien éclairées réservées aux femmes, et des zones séparées des hommes où elles puissent dormir en sécurité. Ces femmes et leurs enfants ont fui certaines des zones les plus dangereuses du monde, et il est honteux qu’ils se trouvent encore en danger sur le sol européen », a déclaré Tirana Hassan.

    « Si les gouvernements et ceux qui fournissent des services aux réfugiés ont commencé à mettre des mesures en place pour aider les réfugiés, ils doivent passer à la vitesse supérieure. Il faut en faire plus pour que les femmes réfugiées, en particulier les plus vulnérables, soient identifiées et que des processus et services spécifiques soient proposés afin de protéger leurs droits fondamentaux et leur sécurité. »

    Les représentants d’Amnesty International ont parlé à sept femmes enceintes qui ont évoqué le manque de nourriture et de services de santé essentiels, et décrit avoir été écrasées par les mouvements de foule aux frontières et aux points de transit pendant leur périple.

    Une Syrienne interviewée par Amnesty International à Lillestrøm, en Norvège, qui était enceinte et allaitait sa petite fille quand elle a entrepris le voyage avec son mari, a dit qu’elle avait trop peur de dormir dans les camps en Grèce car elle se savait entourée d’hommes. Elle a ajouté qu’elle avait passé plusieurs jours sans manger.

    Une dizaine des femmes qu’Amnesty International a rencontrées ont déclaré qu’elles avaient été touchées, caressées ou déshabillées du regard dans des camps de transit européens. Une Irakienne de 22 ans a dit à Amnesty International que lorsqu’elle se trouvait en Allemagne, un agent de sécurité en uniforme lui avait proposé de lui donner des habits si elle acceptait de « passer du temps seule » avec lui.

    « Pour commencer, personne ne devrait avoir à emprunter ces itinéraires dangereux. La meilleure manière pour les gouvernements européens d’empêcher les abus et l’exploitation aux mains des passeurs consiste à proposer des itinéraires sûrs et légaux dès le début. Pour ceux qui n’ont pas d’autre choix, il est absolument inacceptable que leur passage à travers l’Europe les expose à davantage d’humiliation, d’incertitude et d’insécurité », a déclaré Tirana Hassan.

    AUTRES TÉMOIGNAGES

    Exploitation sexuelle par des passeurs

    Les passeurs prennent pour cibles des femmes qui voyagent seules, sachant qu’elles sont plus vulnérables. Lorsqu’elles manquaient de ressources financières pour payer le trajet, les passeurs essayaient souvent de les forcer à avoir des relations sexuelles avec eux.

    Au moins trois femmes ont déclaré que des passeurs et des membres de leur réseau les ont harcelées, elles ou d’autres femmes, et leur ont proposé un trajet à prix réduit ou un passage prioritaire sur un bateau traversant la Méditerranée, en échange de relations sexuelles.

    Hala, une jeune femme de 23 ans originaire d’Alep, a déclaré à Amnesty International :

    « À l’hôtel en Turquie, un des hommes travaillant avec le passeur, un Syrien, m’a dit que si je couchais avec lui, je ne paierais pas ou que je paierais moins. Bien entendu, j’ai dit non, c’était dégoûtant. Nous avons toutes connu la même chose en Jordanie. »

    « L’amie qui était venue avec moi de Syrie s’est trouvée à court d’argent en Turquie, alors l’assistant du passeur lui a proposé d’avoir des relations sexuelles avec lui [en échange d’une place sur un bateau] ; elle a bien sûr dit non, et n’a pas pu quitter la Turquie, alors elle est encore sur place. »

    Nahla, une Syrienne de 20 ans, a déclaré à Amnesty Internationa :

    « Le passeur me harcelait. Il a essayé de me toucher quelques fois. Il ne s’approchait que lorsque mon cousin n’était pas là. J’avais très peur, d’autant plus qu’on entend tout au long du voyage les histoires de femmes qui n’ont pas les moyens de payer et se voient proposer la solution de coucher avec les passeurs en échange d’une réduction. »

    Être harcelées et vivre dans une peur constante

    Toutes les femmes ont dit à Amnesty International qu’elles avaient eu constamment peur durant leur trajet à travers l’Europe. Les femmes voyageant seules étaient non seulement prises pour cibles par les passeurs, mais sentaient en outre leur intégrité physique menacée lorsqu’elles étaient contraintes de dormir dans des locaux aux côtés de centaines d’hommes célibataires. Plusieurs femmes ont par ailleurs signalé avoir été frappées ou insultées par des membres des forces de sécurité en Grèce, en Hongrie et en Slovénie.

    Reem, 20 ans, qui voyageait avec son cousin âgé de 15 ans, a dit :

    « Je n’ai jamais dormi dans les camps. J’avais trop peur que quelqu’un me touche. Les tentes étaient toutes mixtes et j’ai été témoin de violences [...] Je me sentais plus en sécurité lorsque j’étais en mouvement, en particulier dans un bus, le seul endroit où je pouvais fermer les yeux et dormir. Dans les camps, il y a tellement de risques de se faire toucher, et les femmes ne peuvent pas vraiment se plaindre et ne veulent pas causer de problèmes susceptibles de perturber leur voyage. »

    Violences policières et conditions dans les camps de transit

    Des femmes et des jeunes filles rencontrées ont indiqué qu’un certain nombre de camps étaient très sales, que la nourriture y était en quantité limitée et que les femmes enceintes en particulier ne recevaient qu’un soutien restreint, voire pas de soutien du tout. Certaines femmes ont par ailleurs déclaré que les toilettes étaient souvent sordides et que les femmes ne se sentaient pas en sécurité car certains sanitaires étaient mixtes. Par exemple, dans au moins deux cas, des femmes ont été observées par des hommes alors qu’elles s’étaient rendues dans la salle de bains. Certaines femmes ont en outre été directement victimes de violences perpétrées par d’autres réfugiés, ainsi que par des policiers, en particulier quand des tensions sont apparues dans des lieux d’accueil exigus et que les forces de sécurité sont intervenues.

    Rania, une jeune femme enceinte âgée de 19 ans venue de Syrie, s’est confiée à Amnesty International sur son expérience en Hongrie :

    « Les policiers nous ont alors conduits dans un autre lieu, qui était encore pire. C’était plein de cages et l’air ne circulait pas. Nous avons été enfermés. Nous sommes restés là deux jours. On nous donnait deux repas par jour. Les toilettes étaient pires que dans les autres camps, j’ai l’impression qu’ils voulaient les garder dans cet état pour nous faire souffrir.

    « Lors de notre deuxième jour sur place, des policiers ont frappé une Syrienne d’Alep parce qu’elles les avaient suppliés de la laisser partir [...] Sa sœur a essayé de la défendre, elle parlait anglais. Ils lui ont dit que si elle ne se taisait pas, ils la frapperaient elle aussi. Une chose similaire est arrivée à une Iranienne le lendemain parce qu’elle avait demandé plus de nourriture pour ses enfants. »

    Maryam, une Syrienne de 16 ans, a déclaré :

    (En Grèce) « Des gens se sont mis à crier, alors des policiers nous ont attaqués et ont donné des coups de bâton à tout le monde. Ils m'ont frappée sur le bras avec un bâton. Ils s’en sont même pris à des enfants. Ils ont frappé tout le monde sur la tête. J’ai été prise de vertige et je suis tombée par terre, des gens m’ont marché dessus. Je pleurais et j’ai été séparée de ma mère. Ils ont appelé mon nom et je l’ai retrouvée. Je leur ai montré mon bras et un policier l’a vu et a ri, j’ai demandé à voir un médecin, et ils nous ont dit à toutes les deux de partir. » 18 janvier 2016

    https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/01/female-refugees-face-physical-assault-exploitation-and-sexual-harassment-on-their-journey-through-europe/

  • La Tunisie est-elle le modèle pour les droits des femmes qu’elle prétend être ? (Amnesty)

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    Analyse des progrès de la Tunisie en matière de droits des femmes avant et après la « Révolution du Jasmin ».

    Le 14 janvier marque le cinquième anniversaire de la date à laquelle les Tunisiens ont évincé le président Ben Ali. En plus des appels à la liberté, à la dignité et à de meilleures conditions de vie, le soulèvement tunisien a apporté l’espoir de voir les droits des 5,5 millions de femmes en Tunisie renforcés. La Tunisie est connue pour être un exemple en matière de droits des femmes dans le monde arabe. Mais cette réputation résiste-t-elle à un examen approfondi de la situation ?

    Voici un récapitulatif des progrès de la Tunisie jusqu’à maintenant.

    Droit de vote ? Oui

    Les femmes ont acquis le droit de vote en Tunisie en 1957, un an après l’indépendance du pays par rapport à la France. Bien que la France ait introduit le droit de vote pour les femmes en 1944, elle n’avait pas étendu ce droit à la Tunisie, contrôlée par la France depuis 1881.

    Conditions permettant à davantage de femmes de se porter candidates en politique ? Oui

    Les femmes peuvent être candidates aux postes au gouvernement depuis 1959 en Tunisie. Cependant, plus de 20 ans se sont écoulés avant qu’une femme ne soit élue : en 1983, Fethia Mzali a été nommée ministre de la Famille et de la Promotion de la femme, devenant ainsi la première femme à obtenir un poste politique en Tunisie. Le pays a introduit des quotas volontaires de femmes pour les listes électorales des partis politiques en 1999.

    Ces quotas sont devenus une obligation légale en 2011. Lors des élections parlementaires d’octobre 2014, les femmes ont obtenu 30 % des sièges (soit plus qu’au Royaume-Uni, en France et au Congrès des États-Unis). C’est également en 2014 qu’une femme s’est présentée aux élections présidentielles pour la première fois en Tunisie. 

    Représentation des femmes dans les professions traditionnellement dominées par les hommes ? Oui... et non

    En 2010, 33 % des juges et 42,5 % des avocats en Tunisie étaient des femmes. En 2013, les femmes représentaient 30 % des ingénieurs et en 2014, elles représentaient 42 % des médecins. Bien que le taux d’alphabétisation des femmes soit plus élevé que celui des hommes, et bien que beaucoup plus de femmes obtiennent un diplôme universitaire, le nombre de femmes sur le marché du travail reste inférieur au nombre d’hommes. De plus, les femmes n’occupent que trois postes politiques sur 30.

    Accès à l’avortement ? Oui... et non

    La Tunisie a introduit le droit à l’avortement sur demande (le droit de demander et de se voir accorder un avortement sans délai) dans les trois premiers mois de grossesse en 1973, soit deux ans avant la France. L’avortement sur demande pendant le premier trimestre était autorisé pour les femmes ayant cinq enfants ou plus depuis 1965. La libre contraception a été introduite en 1973.

    Cependant, des données tendent à prouver que les femmes non mariées se voient souvent refuser le droit à un avortement sous le prétexte fallacieux que l’accord du père est nécessaire. Même des femmes mariées ont été dissuadées de mettre fin à leur grossesse par le personnel de cliniques publiques prétendant que l’avortement est immoral ou repoussant délibérant l’avortement jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour le pratiquer.

    Droit au mariage ? Oui... et non

    Les femmes et les hommes ont des droits égaux en ce qui concerne le mariage, le divorce et la propriété. Les hommes ne peuvent plus divorcer de leur femme sans passer par un tribunal. Grâce aux efforts des groupes de défense des droits des femmes dans le pays et aux changements apportés à la loi en 1993, les femmes mariées ne sont plus forcées d’« obéir » à leur mari.

    Cependant, le mari est toujours considéré comme le chef de famille et doit toujours subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants du mieux qu’il le peut. Les époux doivent remplir leurs devoirs conjugaux conformément aux usages et aux traditions, lesquels sont ancrés dans des attitudes et des convictions qui portent préjudice aux femmes. Une récente étude gouvernementale a montré que les femmes passent huit fois plus de temps à effectuer des tâches ménagères que les hommes, y compris à s’occuper des enfants et des personnes âgées.

    Protection des femmes contre la violence familiale ? Non

    La violence contre les femmes, particulièrement dans le cadre de la famille, reste un grave problème en Tunisie. Selon un sondage effectué par le gouvernement en 2010, 47,6 % des femmes interrogées avaient été victimes d’une forme de violence au moins une fois dans leur vie. Parmi celles-ci, un peu moins d’un tiers avaient été victimes de violence physique, 28,9 % de violence psychologique et 15,7 % de violence sexuelle. La grande majorité de celles qui avaient été victimes de violence sexuelle (78,2 %) ont déclaré que leur partenaire intime en avait été l’auteur.

    Bien que la violence familiale soit reconnue comme un crime, plus de la moitié des personnes qui en ont été victimes déclarent qu’elles ne l’ont pas signalé à la police ou à quiconque car il s’agit de « faits habituels qui ne valent pas la peine d’être discutés ». D’autres ont déclaré ne pas vouloir faire honte à leur famille.

    Celles qui signalent des violences déclarent souvent que la police les dissuade de porter plainte en leur disant de penser d’abord au bien-être de leurs enfants et ne pas briser la famille. L’hébergement d’urgence et les foyers pour les victimes de violences familiales sont rares, ce qui empêche ces femmes de chercher à obtenir justice car elles n’ont nulle part où se réfugier.

    Protection des droits des femmes par la loi ? Non

    Bien que la Constitution tunisienne de 2014 protège les progrès réalisés par les mouvements de défense des droits des femmes et garantisse le principe d’égalité et de non-discrimination, des lois discriminatoires à l’égard des femmes continuent de poser un problème. Le Code pénal classe la violence sexuelle comme une attaque contre la décence d’une personne, en mettant l’accent sur les notions d’« honneur » et de « moralité ». Le viol est mal défini et le viol conjugal n’est même pas reconnu. Selon le Code du statut personnel tunisien, un mari ne peut pas avoir de relation sexuelle avec sa femme tant qu’il n’a pas payé une dot. Cela implique qu’une fois qu’il l’a payée, il est autorisé à avoir des relations sexuelles avec elle quand il veut.

    De nombreuses femmes avec qui Amnesty s’est entretenue ont déclaré n’avoir jamais refusé de rapport sexuel avec leur mari, parce qu’elles ne pensaient pas avoir le droit. De plus, un vide juridique dans la loi tunisienne permet toujours aux violeurs d’échapper à leur condamnation s’ils épousent leur victime adolescente. Bien que cela ne soit possible que si la jeune fille accepte, la liberté qui entoure cet accord reste discutable.

    La Tunisie est-elle donc le modèle qu’elle prétend être pour les droits des femmes ? Pas encore. Mais après avoir fait tant de progrès impressionnants, le pays met ses propres efforts en danger en hésitant à régler ces derniers obstacles qui représentent pourtant beaucoup.

    L’histoire est largement à la portée de la Tunisie. Appelons ses dirigeants à la prendre en main.

     Shiromi Pinto,

    https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2016/01/is-tunisia-the-beacon-of-womens-rights-it-claims-to-be/

  • La liberté des Sahraouis : une question qui fâche au Maroc (Afriques en lutte)

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    Durant son règne, Hassan II, monarque-dictateur-colonisateur, a érigé un mur de défense de 2700 km qui a balafré le Sahara occidental pour se protéger des attaques de l’armée de libération sahraouie.

    Il a aussi bouclé le pays au Nord et au Sud au moyen d’un dispositif politico-militaire qui encadrait les voyageurs en route pour la Mauritanie ; ils ne devaient pas s’égayer dans le pays au risque de constater les « bienfaits de la colonisation ». Depuis son installation sur le trône fin 1999, son successeur de fils Mohamed VI, dit M 6, homme d’affaires avant tout [1][1], s’est construit une légende de monarque jeune, moderne, réformateur… Profitant de cette annonce, au Maroc comme au Sahara occidental, les victimes de l’oppression ont poussé la porte entr’ouverte pour exprimer leur soif de liberté.

    20 000 personnes campent dans le désert durant presque un mois

    Des observateurs étrangers se sont alors invités aux procès de militants sahraouis devant les tribunaux marocains. C’est ainsi que je m’y suis rendue pour la première fois en novembre 2002 en compagnie d’une chargée de mission de France Libertés, pour assister à l’une des audiences du procès d’Ahmed Naciri à El Ayoun. Un périple d’une semaine nous a menées de la capitale du Sahara occidental, à Smara (la ville rebelle), Boujdour et Dakhla, où c’était la première visite de défenseurs des droits de l’homme. Nous avons recueilli plusieurs dizaines de témoignages. Ceux des travailleurs et retraités de la mine de phosphate de Boucraa, spoliés de leurs droits contractuels en 1977, quand l’Espagne a cédé 65 % de ses parts au Maroc. La section locale du Forum Vérité et Justice nous a fait rencontrer les familles des prisonniers politiques, des ancien(ne)s disparu(e)s et des familles de celles et ceux qui ne sont jamais sortis vivants des bagnes secrets. Six mois plus tard, cette organisation était expulsée de son local et dissoute par le tribunal colonial. Peu à peu d’autres étrangers sont venus, des militants et trop peu de journalistes ! Charlie Hebdo, L’Humanité, La Croix, mais ce fut « silence radio et télé »[2]. Quelques militants sahraouis ont pu sortir de l’enfermement du territoire occupé, en mai 2005 les jeunes se sont emparés de la rue avec l’intifada pacifique. Mais 15 d’entre eux ont disparu en décembre 2005 alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre les Îles Canaries, chargés de vidéos, photos et tracts de leurs actions. On ne connaît toujours pas leur sort.

    Cinq ans plus tard, le Sahara occidental fut le premier des pays dits « arabes » à voir s’exprimer un soulèvement populaire : 20 000 personnes campant dans le désert durant presque un mois. Les journalistes qui ont voulu s’y rendre se sont vu interdire l’entrée par les barrages policiers. Des militants étrangers y sont entrés clandestinement. Ils ont ramené les images. Mais de la destruction violente au petit matin du 8 novembre 2010, les médias français n’ont retenu que la mort de douze membres des forces auxiliaires. Deux ans et demi après, le tribunal militaire de Rabat condamnait sans preuve vingt-quatre militants à des peines de 20, 30 ans et perpétuité sans défrayer les chroniques.

    Ces quelques années d’une timide ouverture ont permis de commencer à déconstruire l’image du pouvoir marocain, entretenue par les médias occidentaux et les dirigeants français, de Giscard d’Estaing à Sarkozy en passant par Mitterrand et Chirac. Pour sa part, le gouvernement Hollande n’a pas changé cette ligne de (mauvaise) conduite. Lors de son récent voyage au Maroc, le chef d’État accompagné d’une cohorte de ministres, d’hommes et de femmes d’affaires, sans oublier le showbiz, n’a pas abordé la question qui fâche au pays où on réprime tout ce qui relève la tête.

    La France, principal soutien du régime marocain

    Depuis avril 2014 ce sont plus de soixante-dix étrangers qui ont été empêchés d’entrer au Sahara occidental, dont huit enlevés et remis entre les mains de sbires inconnus pour être ramenés à Agadir. Ils et elles étaient venus en tant que militants, élus, journalistes, photographes, réalisateurs. Ils et elles étaient Espagnols, Français, Norvégiens, Suédois, Italiens, Anglais, Tunisiens, Américains, Tunisiens, Portugaise, Allemand. Une délégation de la Confédération des syndicats européens a été empêchée de venir rencontrer les syndicalistes sahraouis au cours de l’été 2015.

    La sortie de militantes et de militants sahraouis du territoire est redevenue au « bon vouloir du prince ». Depuis 2014, plusieurs invités à des conférences lors de la cession du Conseil des droits de l’homme à Genève ou à la semaine de la solidarité internationale en France, se sont vu refuser leur congé, quand ils avaient un emploi, ou l’accès à l’embarquement, sans explication.

    Le Maroc continue d’autre part d’exploiter illégalement les richesses naturelles d’un territoire non autonome au mépris de la législation internationale. Il peut continuer à juger et condamner des personnes revendiquant l’organisation du référendum d’autodétermination prévu dans le plan de paix de l’Onu, ratifié par les parties en 1991, pour crime de manifestation pacifique ! De ce fait, aucun observateur étranger n’a pu assister le 30 septembre au procès du jeune Salah Lebsir, 23 ans, qui milite à Smara depuis l’adolescence et qui a connu dès l’âge de 15 ans le tabassage et l’humiliation. Il vient d’être condamné à 4 ans de prison pour ses activités en faveur de l’indépendance de son pays. Il les purge dans la sinistre « prison noire » d’El Ayoun[3] [3].

    C’est pourquoi il est essentiel d’interpeler et de dénoncer la complicité de la France, principal soutien du régime marocain, qui s’oppose chaque année, quand le Conseil de sécurité renouvelle le mandat de la Minurso, à ce qu’il soit étendu à la surveillance du respect des droits de l’homme. C’est la seule mission de l’ONU en Afrique qui en soit dépourvue.

    Wafae Charaf : le procès se tient avant l’étude de sa plainte

    2014 est décidément l’année du tour de vis pour les libertés. Après un discours enflammé du ministre de l’intérieur, l’AMDH (Association marocaine des droits de l’homme) s’est vu interdire toute activité publique, sur injonction des autorités à toutes les institutions (établissements scolaires, municipalités) de ne pas mettre à disposition des locaux pour les activités de l’été comme c’était le cas depuis plusieurs années où l’organisation conduisait des animations et des formations en direction des jeunes. Les privés qui acceptaient de louer des locaux étaient bien vite contactés pour y renoncer. Punition étendue à tous les jours de l’année et renouvelée naturellement en 2015.

    C’est dans les locaux de l’AMDH que les deux journalistes qui réalisaient un reportage pour France 3 ont été arrêtés et expulsés manu militari en février 2015. Les policiers ont enfoncé la porte et jeté à terre une des femmes qui leur barraient le chemin. Caméra, téléphones, ordinateurs leur ont été confisqués. Le Quai d’Orsay a souligné qu’ils n’avaient pas reçu d’autorisation de tourner…

    Wafae Charaf, qui avait porté plainte en mai 2014 pour enlèvement, et dont le procès pour allégations mensongères s’est tenu avant l’étude de sa plainte (ce qui est contraire au code de procédure pénale marocain !), s’est vue récemment exilée dans une prison à 60 km de Tanger, pour purger ses 2 ans de prison. Elle avait écopé d’un an en première instance…

    Et faute politique encore plus grave pour notre pays, la France vient de se départir de sa compétence universelle pour instruire toute plainte (d’un ressortissant étranger ou français) à l’encontre d’officiels marocains, laissant le soin à la « justice » marocaine de les traiter ! Le roi du Maroc tient sous sa férule un peuple à 30 % analphabète (53 % chez les femmes). Il a un argument de poids : il se prétend représentant de Dieu sur terre. Pour leur part, bien que très majoritairement croyants, les Sahraouis n’entrent pas dans la combine.

    Décidément, Marocains et Sahraouis ont une belle lutte à mener ensemble pour se libérer de ce régime.

    Michèle Decaster 19 janvier 2016

    Notes:

    [1] Selon l’hebdo Point de vue, sa fortune est classée cinquième sur une liste de quinze monarques : avant « l’émir du Qatar, assis sur des barils de pétrole, alors que son homologue est installé sur des mares de pauvreté et de chômage ».

    [2] Olivier Quarante, journaliste indépendant qui est allé au Sahara occidental en juillet 2013, publie un site d’informations et d’analyses « Les nouvelles du Sahara » http://www.nouvellesdusahara.fr

    [3] Rapport sur les conditions critiques à l’intérieur de « la prison noire », écrit par Ahmed Naciri pendant son incarcération et adressé à l’AFASPA : http://www.afaspa.com/article.php3?...

    http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/republique-sahraouie/article/la-liberte-des-sahraouis-une

  • Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

    Boycott : Valls défenseur inconditionnel de l’apartheid israélien

    Communiqué de l’AFPS, mardi 19 janvier 2016
     
    Toujours plus, tel est le principe qui guide désormais le Premier ministre dès lors qu’il s’agit de répondre à une demande des soutiens inconditionnels de la politique israélienne. Devant « Les amis du CRIF », il vient ainsi de déclarer à propos des appels au boycott : « Je pense que les pouvoirs publics doivent changer d’attitude vis-à-vis de (...)
     
  • Après Salah Hamouri, sa femme et leur enfant frappés par l’arbitraire israélien ! (Ujfp)

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    L’information connue de certains était restée jusqu’ici secrète.

    Jean-Claude Lefort, ancien député communiste a décidé de monter au créneau.
    "Décidément, on ne laissera pas tranquille Salah Hamouri", dénonce - t-il dans un communiqué. "Mais cette fois le cynisme est absolu : c’est sa femme, Elsa Lefort, enceinte de leur enfant, qui a été refoulée d’Israël !", continue M. Lefort, le père de cette jeune femme.

    Munie d’un visa délivré par les autorités israéliennes valable jusqu’en octobre 2016, elle a été refoulée à l’arrivée à Ben Gourion, après deux jours et nuits d’emprisonnement, au motif, non prouvé bien évidemment, que le Shin Beth la considérait comme une personne dangereuse pour la sécurité d’Israël et même terroriste !

    Pour signer la pétition

    Enceinte de plus de 6 mois, elle ne pourra plus prendre l’avion d’ici trois semaines. Le fait que l’enfant naisse à Jérusalem et non à Paris a son importance pour l’avenir de celui-ci.

    C’est pourquoi cet appel en urgence qui est adressé à des parlementaires et à des personnalités, appel destiné à soutenir les efforts effectués vers les autorités françaises qui, dans des circonstances parallèles, ne sont pas restées inactives pour aider nos compatriotes victimes d’arbitraire.

    Merci de diffuser auprès d’autres collègues et de retourner votre signature, si vous êtes d’accord naturellement, à : soutien.salah.elsa@gmail.com

    Bien cordialement,

    Jean-Claude Lefort lundi 18 janvier 2016

    Pour signer la pétition

    Après Salah Hamouri, sa femme et leur enfant frappés par l’arbitraire israélien !

    L’acharnement israélien contre Salah Hamouri continue obstinément. Trois ans après qu’il soit sorti de prison où il a passé 7 ans de sa jeune vie, sur la base d’un dossier vide, les dirigeants israéliens le poursuivent pour l’empêcher d’avoir une vie normale sur la terre où il est né : en Palestine. Des ordres militaires succèdent aux ordres militaires restreignant sa liberté de mouvement et d’études, cherchant à l’empêcher de vivre « normalement ».

    Et maintenant, en plus de ces attaques contre lui, c’est sur sa femme, enceinte de 6 mois et demi, que les foudres viennent de tomber brutalement, cyniquement, sans la moindre humanité, et en toute illégalité, en ce début 2016.

    Salah Hamouri et Eisa Lefort se sont mariés en mai 2014. A Jérusalem. Ceci après mille tracasseries administratives, résultats du fait que Jérusalem-Est, où ils habitent, est annexée illégalement et sous juridiction israélienne. Normalement, ce mariage étant dûment acte et enregistré, Eisa aurait du recevoir un « visa épouse » lui permettant de voyager librement non seulement en Israël et en Cisjordanie mais aussi l’autorisant à sortir pour aller à l’étranger et en rentrer. Demande a été faite pour ce visa et un premier refus est tombé après plus d’un an de démarches. Motif : « Votre mari est un danger pour Israël » et donc pas de visa pour vous ! Appel, rendant suspensive cette décision, a été fait. Eisa se trouvant néanmoins limitée dans ses mouvements et ne pouvant pas circuler à l’étranger sous peine d’être interdite d’entrée.

    Eisa travaille pour le Consulat général de France à Jérusalem et à ce titre elle a obtenu un « visa de service » délivré par le Bureau des Affaires Consulaires du Ministère des Affaires étrangères israélien lui permettant d’aller et venir sur place et à l’étranger, valable jusqu’au 12 octobre 2016.

    Le 21 décembre 2015, utilisant cette possibilité légale, elle est venue en France. Elle en est repartie le 5 janvier. Et à l’arrivée à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv le 5, en milieu de journée, le cauchemar a commencé.

    Les autorités israéliennes l’attendaient avec un plan sordide, calculé à l’avance. Ils contestèrent la validité du visa de service au prétexte qu’elle n’avait pas de « visa épouse ». Ils la mirent en prison deux jours, sans le moindre ménagement malgré sa grossesse visible.

    Avec l’aide d’un avocat dépêché sur place, elle fit appel de cette décision inique. Réponse ? Cette fois ce n’était plus seulement son mari mais c’était elle-même qui était « dangereuse » aux yeux des autorités israéliennes ! Ceci étant écrit par le « juge » sous la dictée du Shin Beth lequel affirmait, sans la moindre preuve évidemment et pour cause, ce mensonge total aboutissant néanmoins à un déni de droit et à un arbitraire absolu. Elle fit de nouveau appel le lendemain, soit le 7 janvier, et la réponse du « tribunal » fut identique : « Vous êtes une terroriste » ! Ni plus ni moins. En conséquence. Eisa fut expulsée du territoire avec impossibilité, à l’heure qu’il est, d’y retourner.

    Eisa enceinte de 6 mois et demi ne pourra plus prendre l’avion d’ici 3 semaines. L’enfant « risque » donc de naître en France et ne pas avoir le « statut » de Jérusalémite ce qui sera d’emblée un obstacle pour lui pour son devenir.

    Il faut absolument empêcher ce terrible déni de justice et cet arbitraire inacceptable qui s’abat désormais sur la femme de Salah et sur leur enfant avant même qu’il ne soit né - un arbitraire qui ne repose sur strictement rien d’autre que des mensonges inventés de toute pièce par les services secrets israéliens.

    Nous en appelons avec force aux autorités françaises : la « justice » n’a rien à voir dans cette situation qui n’est en rien un « affaire intérieure » à Israël. Tout le stratagème cynique israélien est politique et il n’est rien d’autre. C’est la politique qui doit régler cette situation afin que Salah, Eisa et leur enfant puissent vivre ensemble, tous les trois, à Jérusalem et puissent circuler librement.

    Nous en appelons aux soutiens des élu-e-s et personnalités de toutes tendances, aux citoyen-ne-s, pour relayer cette exigence et soutenir les droits de cette jeune famille tels qu’en dispose les Conventions internationales. Israël ne peut pas ne doit pas, être au dessus des lois et du droit ! La liberté est universelle ou elle n’est pas.

    Justice et liberté pour Salah, Eisa et leur enfant !

    Contact : soutien.salah.elsa@gmail.com