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  • Massacre de Rabaa : le rapport que les autorités égyptiennes ne veulent pas qu’on lise (Orient 21)

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    Le massacre de Rabaa du 14 août 2013 et les tueries de masse de manifestants en Égypte font l’objet d’un rapport détaillé de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch qui les qualifie de « probables crimes contre l’humanité ».

    Une délégation de l’organisation, avec à sa tête son directeur Kenneth Roth, devait se rendre au Caire pour présenter les résultats de son enquête. L’entrée du territoire lui a été interdite.

    Human Rights Watch (HRW) publie dans son rapport All According to Plan : The Rab’a Massacre and Mass Killings of Protesters in Egypt1 le compte-rendu minuté d’une journée qui marque un tournant dans l’histoire récente de l’Égypte et de ce qui l’a précédé. Le 14 août 2013, en effet, sur la place de Rabaa Al-Adaweyya au Caire, au moins 817 Égyptiens ont été tués en douze heures (le chiffre avoisine probablement le millier).

    Après la destitution par l’armée de Mohamed Morsi, premier civil démocratiquement élu, ses partisans organisent deux grands sit-in au Caire, sur les places Rabaa et Al-Nahda. «  Des dizaines de milliers de manifestants pro-Morsi, en grande majorité pacifiques, notamment des femmes et des enfants, ont tenu un sit-in du 3 juillet au 14 août afin de demander la réintégration du président déchu par le coup d’État militaire  », explique HRW. Avant d’être évacués. Le rapport détaille comment «  l’un des plus importants massacres de manifestants de l’histoire récente  » a été planifié au plus haut sommet de l’État.

    Une tuerie programmée

    14 août, 5 h 30. La place est encerclée par la police et l’armée. Des messages diffusés durant quelques minutes demandent aux 20 000 personnes installées à Rabaa2 de s’en aller. La plupart ne les entend pas ou n’y prête pas attention : depuis des jours, les autorités préviennent que les lieux seront vidés, mais sans donner de précisions. Estimant être dans leur droit de s’opposer pacifiquement à la destitution du président, les manifestants veulent rester. Mais toutes les issues sont bientôt bloquées par des véhicules blindés de transport de troupes. Le dispositif est lourd : bulldozers, troupes au sol, snipers, tireurs d’élite installés dans des hélicoptères. À 6 h 30, l’assaut est lancé. Le piège se referme sur les manifestants. «  Les forces de sécurité utilisent des balles réelles et visent la tête, le cou, et la poitrine.  » L’hôpital et le personnel de santé sont eux aussi ciblés. La mosquée dans laquelle des femmes et enfants ont trouvé refuge est incendiée : le gouvernement accusait les manifestants d’y avoir mis le feu. HRW dément et dénonce «  l’usage d’une force meurtrière sans discernement  ». Plus de 800 manifestants sont arrêtés, certains d’entre eux «  battus, torturés et exécutés sommairement  ». Les cadavres s’amoncellent. Des vidéos montrent des bulldozers qui leur roulent dessus. Des corps brûlés. Des charniers. HRW accuse au moins douze personnes d’avoir «  suivi un plan qui prévoyait des milliers de morts  ». Dont le général Abdel Fattah Al-Sissi, à l’époque ministre de la défense. 

    Considérant que les Égyptiens avaient répondu à son appel de lui manifester leur soutien dans sa «  lutte contre le terrorisme  », le général Al-Sissi a lancé les dispersions de sit-in après plusieurs semaines de campagne à l’encontre des manifestants. Le discours sur les pro-Morsi est similaire à celui tenu sur les révolutionnaires de la place Tahrir en 2011 : ils sont accusés d’être instrumentalisés et payés, de gêner la circulation et de porter atteinte à la sécurité nationale.

    «  Pendant des semaines, le premier ministre, les ministres de l’intérieur et de la défense et d’autres représentants du gouvernement ont indiqué qu’un dispersion forcée était nécessaire.  » Mais ce qui retient particulièrement l’attention de HRW, ce sont les déclarations publiques des ministres qui, avant le démantèlement, prévoyaient déjà un nombre de victimes très important.

    «  Le ministère de l’intérieur avait tablé sur un bilan allant jusqu’à 3 500 tués. Le ministre Mohamed Ibrahim — qui a dit avoir passé “un très grand nombre de longues journées à discuter de tous les détails de la dispersion” — a déclaré avoir prévu des pertes de l’ordre de 10 % des personnes présentes, admettant que le sit-in en avait réuni “plus de 20 000”. Le premier ministre Hazem al-Beblawi commentera en septembre : «  On s’attendait à bien pire. Le bilan final est inférieur à nos prévisions  ». L’un «  des plus grands massacres de manifestants en une seule journée de l’histoire récente à l’échelle mondiale  » est considéré comme «  une réussite  ». Pour HRW, «  une douzaine de hauts responsables de la chaîne de commandement  », «  en particulier le ministre Mohamed Ibrahim, le ministre de la défense de l’époque, qui a tenu un rôle de commandement sur les forces armées, l’actuel président Al-Sissi et le chef des forces spéciales à la tête de l’opération Medhat Menshawi devraient faire l’objet d’une enquête afin d’établir leur rôle dans ces tueries  ».

    Des crimes impunis

    Si le rapport précise que les manifestants ont pu détenir des armes et ont riposté, notamment avec des cocktails molotov, il ne met pas sur le même plan leurs violences et celles des forces de l’ordre qui ont débuté les hostilités. Ibrahim a déclaré que quinze armes à feu avaient été saisies, ce qui conforte l’organisation de défense des droits de l’homme dans son propos. HRW détaille tous les arguments à l’encontre des manifestants pour en revenir à la même conclusion : rien ne peut justifier un tel usage de la force. Et confronte les déclarations et conclusions du ministre de l’intérieur et les faits, mettant ainsi en évidence, preuves accablantes à l’appui, les contradictions.

    Elle rappelle aussi le contexte : propagande médiatique à l’égard des soutiens de Morsi, arrestation massive de Frères et de Soeurs musulman-e-s et de tout opposant, liberté de la presse restreinte, interdiction de manifester, dissolutions d’associations, procès de masses, milliers de personnes détenues, peines de morts massives. L’attaque de Rabaa n’est pas un événement isolé. Le démantèlement de Al-Nahda a été mené selon les mêmes méthodes et six manifestations entre le 5 juillet et le 17 août 2013 ont été sévèrement réprimées. 1 150 personnes ont ainsi été tuées en deux mois par les forces de sécurité.

    Kenneth Roth dénonce l’impunité de ceux qui dirigent encore le pays et sont impliqués dans «  ces probables crimes contre l’humanité  ». HRW demande une enquête internationale et des réactions fermes de tous les pays, rappelant que l’Union européenne et les États-Unis continuent à fournir des armes et d’autres équipements à l’Égypte.

    Si ces violences sont spectaculaires, les conclusions de ce rapport sont, elles, familières : depuis la révolte de 2011, les autorités, les forces de police et l’armée ont pris l’habitude de réprimer sévèrement toute opposition. Dans une totale impunité.

    1Le rapport se base sur plus de 200 témoignages de manifestants, médecins, résidents locaux et journalistes indépendants. HRW s’est rendu sur chacun des sites des manifestations durant les attaques ou immédiatement après leur début et a examiné les preuves matérielles, des heures de séquences vidéo ainsi que les déclarations des pouvoirs publics.

    2La place a accueilli jusqu’à 85 000 manifestants.

    Voir aussi:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre de la place Rabia-El-Adaou

  • Arrêtez les bombardements et les sièges en Syrie, soutien au peuple syrien ! (JAC.be)

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    Cela fait 5 ans qu’a commencé le soulèvement populaire en Syrie, qui demande la liberté, la justice sociale et la dignité contre le régime impitoyable de la famille Assad.

    Ce soulèvement faisait partie d’un processus révolutionnaire plus large de la région qui a débuté en Tunisie, enflammant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, un exemple de lutte pour les classes populaires du monde entier. Cette année à nouveau, pendant le cessez-le-feu de mars, des centaines de manifestations soutenant les mêmes revendications ont eu lieu tous les vendredis à travers la Syrie libre. Les manifestations récentes à Maarat Al Naaman, contre Assad, Al Nusra et Daesh sont un bon exemple de la survie de forces démocratiques dans le pays. On peut dire la même chose de Kafranbel ou des Casques Blancs qui risquent leur vie tous les jours pour sauver des gens des bombardements.

    Le peuple syrien a rapidement fait face à la plus violente contre-révolution qui ait eu lieu depuis des décennies.

    Le régime Assad et ses alliés, à savoir le corps des Pasdaran iraniens, l’aviation russe, le Hezbollah et d’autres milices sectaires d’Iran et d’Afghanistan, ont usé de tout type d’armes pour punir le soulèvement démocratique, recourant à des bombes à sous-munition, aux snipers, à la torture, aux sièges, aux massacres sectaires ou aux armes chimiques. Plus de 500 000 personnes ont été tuées par le régime Assad et ses alliés, qui est responsable de 95% des morts civiles. Plus de 10 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont été déplacé.e.s ou ont fui la Syrie pour les pays voisins.

    Assad a relâché des djihadistes de ses prisons en 2011, et par la suite a laissé intact le cancer grandissant qu’est Daesh. Son objectif était clair : détruire l’esprit de la révolution qui scandait “Le peuple syrien ne fait qu’un” et de l’Armée Syrienne Libre, et de répandre le sectarisme dans le pays. Assad et Daesh ont besoin l’un de l’autre pour des raisons de propagande mais aussi pour des raisons militaires. Ils rêvent tous deux de rester les deux seules options en Syrie. Malgré les mythes, Assad a permis à Israël de frapper plusieurs fois en Syrie, sans lever le petit doigt. Son régime a également violemment réprimé les kurdes en 2004 et n’est l’ami sincère d’aucune lutte de libération. Il n’y a aucune excuse pour les crimes contre l’humanité commis par Assad.

    Cette contre-révolution extrêmement violente à multiples faces nous concerne tou·te·s.

    Tout pouvoir global ou régional est, d’une façon ou d’une autre, opposé à une à une Syrie authentiquement démocratique et non-sectaire. Notamment les Etats-Unis, qui se focalisent uniquement sur Daesh et désirent forger un accord avec la Russie ; les régimes réactionnaires d’Arabie Saoudite et du Qatar qui supportèrent la confessionnalisation de la révolution ; ou encore la Turquie, opposée à l’autonomie kurde dans le nord du territoire, qui a conclu un accord infâme avec l’UE pour arrêter les réfugié·e·s, et a autorisé les partisans de Daesh à se rendre en Syrie. La solidarité humaine et l’internationalisme nous font comprendre combien cette contre-révolution pousse des millers de réfugié·e·s à mourir sur la route vers l’Europe, combien elle nourrit les gangs criminels de Daesh et la montée d’actes de violence de masse, et surtout l’état policier et l’extrême droite dans nombre de nos pays. En tant que jeunes internationalistes, nous refusons de choisir entre des concurrents impérialistes ou entre les alternatives réactionnaires d’Assad et de Daesh et nous réaffirmons notre soutien aux peuples en lutte en Syrie, pour les structures auto-organisées subsistantes qui assurent la survie et la liberté de centaines de milliers de Syrien. ne.s, pour les brigades démocratiques qui ont survécu malgré un rapport de forces militaires très inégal.

    Aujourd’hui, 1,4 million de personnes vivent assiégées en Syrie. Ils et elles manquent de nourriture, de soins médicaux, d’eau potable et d’autres besoins basiques. Ils et elles sont également coupé·e·s du monde extérieur. Depuis la mi-juillet, la dernière route de ravitaillement de la partie Est d’Alep a été coupée par les forces pro-Assad, ce qui met 300000 personnes sous la menace immente de famine et en danger de mort. Au même moment, la ville de Daraya fait face à l’invasion des forces pro-Assad et risque un massacre. Les Nations Unies elles-mêmes coopèrent honteusement avec le régime Assad et sa politique de “soumets-toi ou meurs de faim” dans la manière avec laquelle elles apportent ou non l’aide humanitaire.

    La seule manière d’avancer nécessite de se débarrasser du régime Assad et de soutenir un régime démocratique et laïque qui assure la justice sociale pour le peuple, ainsi que l’auto-détermination pour le peuple kurde. Les 33èmes Rencontres internationales des Jeunes révolutionnaires, qui se sont tenues en Catalogne, répondent à l’appel du peuple syrien à la solidarité :

    • Arrêt immédiat des bombardements, spécifiquement des infrastructures médicales
    • Arrêt immédiat des sièges
    • Ouverture des frontières et soutien concret aux réfugié·e·s
    • Accès immédiat à l’aide humanitaire dans les zones actuellement assiégées : “Larguez de l’aide, pas des bombes”
    • Toute l’aide matérielle nécessaire pour les structures et forces démocratiques en Syrie

    Longue vie à la révolution permanente !

    August 12th, 2016

    http://www.anticapitalisme.be/

  • Le FMI vole au secours d’une Egypte plombée par les déficits (Anti-K)

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    Le Fonds monétaire international va prêter 12 milliards de dollars au Caire.

    Le Caire et le Fonds monétaire international (FMI) ont annoncé jeudi être parvenus à un « accord initial » pour un crédit de 12 milliards de dollars sur trois ans à l’Egypte. Une aide indispensable au vu du déficit budgétaire équivalent à 11 % du PIB et de celui de la balance des paiements, 7,5 % du PIB.

    Le chef de la mission du FMI, arrivée au Caire fin juillet, Chris Jarvis, a souligné que le programme avait pour objectif « d’améliorer le fonctionnement du marché des changes, augmenter les réserves de change, ramener l’inflation sous les 10 %, réduire le déficit budgétaire et relancer la croissance ». Le Caire table sur un total de 21 milliards de dollars avec l’apport de la Banque mondiale et de financiers non précisés.

    Le gouvernement s’est engagé en contrepartie à mener des réformes :

    introduction de la TVA, flexibilité du taux de change, modération des rémunérations dans la fonction publique pléthorique et suppression des subventions à la consommation d’énergie. Mais le FMI, qui doit encore valider l’accord dans les prochaines semaines, restera prudent en débloquant l’argent tranche par tranche. L’Egypte est déjà revenue deux fois depuis le printemps arabe en 2011 sur des accords avec le FMI, par nationalisme ou crainte d’agitation sociale. Mais, cette fois, Le Caire n’a plus le choix. Ses taux d’intérêt à 17 % sont punitifs, l’inflation à 14 % rogne le pouvoir d’achat de la plupart des 80 millions d’Egyptiens et le service de la dette publique absorbe le tiers des dépenses de l’Etat. La croissance est retombée à 3 % en 2015-2016, bien trop bas dans un pays en forte croissance démographique et où plus d’un jeune sur trois est au chômage.

    Un plan de réformes

    Le déficit des paiements (lire ci-dessous) met en outre la livre sous pression. Le gouverneur de la banque centrale, Tareq Amer, a reconnu que la défense du taux fixe de change de la livre était « une grave erreur » et l’a dévalué de 5 % en mars, à 8,8 pour 1 dollar. Sans vraiment rétablir la confiance, puisque la livre se négocie aujourd’hui à 12 dollars au marché noir. Les réserves de la banque centrale sont tombées à 15,5 milliards de dollars en juillet, juste assez pour financer trois mois d’importations, au plus bas depuis seize ans. En essayant de lutter contre le marché noir de devises, au prix de la fermeture récente de dizaines de bureaux de change le pratiquant, le gouvernement n’a réussi qu’à provoquer une pénurie de devises qui pénalise les importations de pièces détachées dont l’industrie locale a besoin. Une nouvelle dévaluation semble inévitable.

    Le président Al Sissi, ex-chef de la junte militaire, applique toutefois déjà une ébauche de plan de réformes. Medhat Nafei, professeur d’économie à l’université Misr International, souligne dans le journal « Al Monitor » qu’il s’est résolu à réduire les subventions aux carburants qui représentent encore un cinquième des dépenses publiques. Et le Parlement étudie depuis mi-juillet un projet de loi instaurant la TVA, dont on parle depuis des années. Le Caire compte aussi instaurer le guichet unique pour la création d’une entreprise, alors qu’il faut actuellement… 78 permis différents.

    YVES BOURDILLON

    http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/0211199744599-le-fmi-vole-au-secours-dune-egypte-plombee-par-les-deficits-2020223.php?CJ8SjFhvSLr41dJU.99

  • En Egypte, un photographe "oublié" en prison depuis trois ans (France 24)

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    Il hurle pour se faire entendre depuis le box des accusés insonorisé d'un tribunal du Caire. Le photographe Mahmoud Abdel Shakour a le sentiment "d'avoir été oublié" trois ans après son arrestation au plus fort de la répression en Egypte.

    Le photojournaliste de 29 ans, primé à l'étranger pour son travail et connu sous le pseudonyme de Shawkan, avait été interpellé le 14 août 2013, alors qu'il couvrait au Caire la sanglante dispersion d'un sit-in de l'opposition islamiste par les forces de sécurité.

    Pour les défenseurs des droits de l'Homme, le cas de Shawkan est l'un des nombreux exemples de la répression qui sévit en Egypte depuis la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013.

     Des centaines de partisans du président Morsi avaient été tués le 14 août 2013, jour le plus meurtrier de l'histoire moderne de l'Egypte et l'un des plus sanglants dans la région depuis le Printemps arabe en 2011. Dix policiers ont également péri."Je suis désespéré, je me sens impuissant. Le temps passe et je suis toujours en prison", hurle Shawkan depuis la cage des accusés lors de son procès le 9 août.

    Après des mois de détention provisoire, lui et 738 co-accusés sont jugés pour meurtre de policiers et résistance aux forces de l'ordre durant la dispersion du sit-in. Ils risquent la peine de mort.

    "J'ai l'impression d'avoir été oublié en prison", déplore le photographe, lauréat en 2016 d'un prix prestigieux décerné par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

    "J'aurais voulu me réjouir, mais je ne peux pas. Reprenez le prix et redonnez-moi ma liberté!", lance Shawkan. "Chaque jour, je perds un peu plus espoir".

    Lors d'une audience, le jeune homme s'est plaint d'être détenu dans une cellule mal ventilée qui rend insupportable la chaleur de l'été. Sa famille assure en outre qu'il ne peut pas recevoir en prison les soins nécessaires pour traiter l'hépatite C dont il souffre.

    'Aucune preuve'

    Shawkan couvrait la dispersion du sit-in pour l'agence photo Demotix. Trois journalistes ont été tués ce jour-là, dont le caméraman de la chaîne d'information Sky News Michael Deane.

    "Il n'y a aucune preuve l'incriminant. Au contraire, on a de quoi prouver qu'il travaillait comme journaliste indépendant", affirme à l'AFP son avocat Karim Abdel Radi.

    "C'est la pire période pour être journaliste en Egypte", assène de son côté Sherif Mansour, du CPJ, une ONG basée à New-York.

    Ainsi, le chef du syndicat de la presse et deux de ses adjoints sont actuellement poursuivis en justice pour avoir abrité dans les locaux de l'institution deux journalistes accusés par les autorités d'avoir appelé à manifester contre le gouvernement.

    Quelques mois après l'arrestation de Shawkan, l'Egypte avait déclenché un tollé international avec l'arrestation fin 2013 de trois reporters d'Al-Jazeera, dont un Australien et un Canadien. Traduits en justice, ils ont été condamnés à la prison avant d'être graciés par le président.

    Un co-accusé de M. Shawkan, un journaliste de l'antenne arabophone d'Al-Jazeera, Abdallah ElShamy, avait été libéré en juin 2014 pour raisons de santé et avait quitté le pays, après cinq mois de grève de la faim.

    Le président Abdel Fattah al-Sissi, l'ex-chef de l'armée architecte de la destitution de M. Morsi, est régulièrement accusé par les organisations de défense des droits de l'Homme d'avoir instauré un régime ultra-répressif.

    Des milliers d'opposants islamistes croupissent toujours en prison, tandis que des centaines ont été condamnés à mort en première instance. La répression cible également l'opposition laïque et de gauche, qui compte des dizaines de partisans derrière les barreaux.

    "Je n'arrive pas à dormir la nuit, en sachant que mon fils est victime d'injustice", confie la mère de Shawkan, Reda Mahrous, les larmes aux yeux sur le lit du photographe, près de son portrait.

    A son poignet, un bracelet vert fabriqué par son fils en prison. "Tous les jours, je fais son lit, j’attends qu'il frappe à la porte. Mais ça n'arrive jamais."

  • Israël veut briser les grèves de la faim des prisonniers palestiniens (Info-Palestine)

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    Israël intensifie sa répression sur les prisonniers grévistes de la faim en les privant de leur droit de rencontrer leurs avocats.

    Plus de 100 prisonniers, selon Addameer, le groupe de défense des prisonniers, refusent toute nourriture en solidarité avec Bilal Kayed qui a lancé la dernière vague de grèves de la faim parmi les prisonniers, et qui a maintenant dépassé 57 jours sans alimentation. La semaine dernière, Kayed a annoncé qu’il refusait tout traitement médical jusqu’à ce qu’il soit libéré. Alors qu’il s’approche de deux mois sans la moindre alimentation, Kayed ressent de lancinantes douleurs dans le corps et de profonds engourdissements. Sa vision est devenue floue et il souffre de déshydratation. Sa peau a viré au jaune et se met à peler,  ses cheveux commencent à tomber. Physicians for Human Rights-Israël a déclaré qu’il courait à présent le risque d’un accident vasculaire cérébral.

    Alimentation forcée

    Un médecin du centre médical de Barzilai, où Kayed est détenu, a déclaré à l’avocat du prisonnier que si Kayed perdait conscience, il sera gavé de force.

    Des médecins israéliens ont déjà auparavant alimenté de force des grévistes de la faim palestiniens. En janvier, alors qu’il s’approchait de 50 jours de grève de la faim, Muhammad al-Qiq avait été attaché à son lit d’hôpital et une équipe médicale lui avait administré de force des sels et minéraux par injection intraveineuse.

    La déclaration de Malte de l’Association médicale mondiale interdit à la fois d’appliquer des pressions pour mettre fin à une grève de la faim et d’imposer un traitement médical forcé. Le protocole d’Istanbul de l’Organisation des Nations Unies souligne la nécessité pour les médecins d’obtenir le consentement conscient des patients avant de procéder à un traitement médical.

    Le 9 août, à l’extérieur de l’hôpital Barzilai, les partisans de Kayed se sont affrontés avec des Israéliens d’extrême-droite dont certains criaient « mort aux terroristes », selon The Times of Israel. Les contre-manifestants auraient jeté des pierres sur la police quand celle-ci est intervenue.

    Kayed proteste contre son incarcération en détention administrative – un emprisonnement sans inculpation ni jugement et sans limite de temps – après avoir purgé une peine de prison de près de 15 ans.

    Détention sans inculpation

    Une partie des grévistes de la faim réclament leur libération, étant eux-mêmes des prisonniers politiques placés en détention administrative pour des raisons gardées secrètes. Cette pratique largement exploitée permet à Israël d’emprisonner qui il veut sur la base d’accusations non divulguées.

    Le 4 août dernier, le journaliste Omar Nazzal, membre du syndicat des journalistes et président de l’Union démocratique des journalistes palestiniens, s’est lancée une grève de la faim en signe de protestation à la fois contre sa détention sans limite de temps et en soutien à Kayed.

    Le journaliste âgé de 53 ans a été kidnappé le 23 avril à la frontière avec la Jordanie, alors qu’il allait participer à une assemblée générale de la Fédération européenne des journalistes.

    Marilyn Nazzal, l’épouse de Omar Nazzal, a rapporté que le service pénitentiaire israélien a immédiatement transféré le prisonnier dans une cellule en isolement après qu’il ait commencé sa grève.

    Le 8 août, la Haute Cour d’Israël a rejeté l’appel de Nazzal pour sa libération, comme elle le fait régulièrement lorsque les prisonniers palestiniens font appel contre les ordres de détention administrative, lesquels sont émis par des tribunaux militaires.

    Nazzal est représenté par un avocat de l’organisation Addameer, qui la semaine dernière a déclaré qu’ « il est notoirement connu et attendu que les tribunaux israéliens ne connaissent rien à la justice, mais il est de notre devoir de tenter de défendre Nazzal. »

    Mais Nazzal a annoncé à présent que le Service pénitentiaire israélien l’avait menacé de le nourrir de force lors d’un transfert en-dehors de sa cellule d’isolement. Il dit avoir été traité « brutalement » et avoir été enfermé dans une camionnette de la prison pendant des heures, jusqu’à ce qu’il ait eu la sensation de suffoquer.

    Deux frères en grève de la faim

    Les frères Mahmoud et Muhammad Balboul continuent la grève de la faim qu’ils ont lancé le 5 et le 7 juillet contre leur détention administrative, alors qu’un tribunal militaire israélien a confirmé leurs ordres de détention plus tôt cette semaine.

    Mahmoud, qui prépare son diplôme de maîtrise à l’Université Al-Quds, a été condamné à cinq mois de détention et Muhammad, un dentiste, à six mois de détention.

    Les deux frères ont été kidnappés le 9 juin, deux mois après que leur jeune soeur, âgée de 14 ans, ait été elle-même kidnappée et accusée de posséder un couteau.

    Les frères et leur jeune soeur sont les enfants d’Ahmad al-Balboul, un chef de file dans l’aile militaire du Fatah, les Brigades des Martyrs al-Aqsa, qui a été assassiné avec trois autres dirigeants palestiniens par un escadron de la mort israélien en mars 2008.

    Al-Balboul a été assassiné après que lui-même et l’Autorité palestinienne aient échoué à obtenir un accord d’amnistie de la part d’Israël.

    Chantage aux visites familiales

    En réponse à la décision prise par le Comité international de la Croix-Rouge de réduire le nombre de visites familiales pour les détenus palestiniens de sexe masculin à une seule visite par mois, l’Autorité palestinienne a décidé de couvrir les dépenses pour maintenir la seconde visite mensuelle.

    En mai, le CICR a annoncé qu’il allait réduire le nombre de visites familiales organisées dans les prisons israéliennes en raison de coûts élevés et de l’incapacité des familles de se présenter à des voyages réguliers. Les familles en Cisjordanie dépendent du CICR qui les aide à se procurer des permis de voyage pour visiter leurs proches détenus dans les prisons en Israël.

    La Quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer les prisonniers à l’extérieur d’un territoire occupé. Pourtant, à l’exception d’une seule, toutes les prisons israéliennes qui détiennent des Palestiniens sont situées à l’extérieur de la Cisjordanie.

    Le CICR assure un transport essentiel aux familles qui doivent se déplacer jusqu’à sept heures de temps pour une brève rencontre avec leurs proches. Sans l’aide du CICR, le voyage pourrait leur coûter jusqu’à 250 dollars.

    Fares Qadura, responsable du Club des prisonniers palestiniens, a déclaré cette semaine que l’Autorité palestinienne allait signer un accord avec le CICR, en promettant d’assurer les coûts chaque mois de la moitié des visites familiales dans les prisons chaque mois.

    Mais avec ou sans l’aide du CICR, Israël peut de façon unilatérale annuler les permis de voyage des familles comme il l’a fait récemment à plus d’une douzaine de familles qui voulaient visiter des parents en prison.

     11 août 2016 – The Electronic Intifada


    * Charlotte Silver est une journaliste américaine indépendante vivant à San Francisco, et précédemment basée en Cisjordanie.

    http://www.info-palestine.eu

    De la même auteure :

     Israël a démoli pour 74 millions de dollars de projets européens - 7 juin 2016

     Israël multiplie les démolitions de maisons dans les territoires occupés - 8 avril 2016


     Colonisation : les vols de terres en Cisjordanie atteignent des records - 2 avril 2016