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Sommet du Conseil de coopération du Golfe (Amnesty)

Répression systématique de la liberté d’expression dans le Golfe
Le bilan déplorable des droits humains dans les États du Golfe ne doit pas être balayé sous le tapis lorsque les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se réuniront dans la capitale bahreïnite, Manama, les 6 et 7 décembre, à l’occasion de leur sommet annuel, a déclaré Amnesty International lundi 5 décembre 2016.
Il est à noter que les droits humains seront absents de l’ordre du jour du sommet annuel, qui réunira les six États du CCG – Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – pour débattre de la coopération en matière de commerce et de sécurité, sans évoquer la vague de répression qui balaie la région pour des motifs de sécurité.
« Depuis quelques années, à travers les pays du Golfe, nous constatons que les militants des droits humains, les opposants politiques pacifiques et les détracteurs des autorités sont systématiquement pris pour cibles au nom de la sécurité. Des centaines d’entre eux sont harcelés, poursuivis illégalement, déchus de leur nationalité, détenus de manière arbitraire ou dans certains cas emprisonnés voire condamnés à mort à l’issue de procès iniques, dans le cadre d’une initiative concertée visant à les intimider et à les réduire au silence, a déclaré Randa Habib, directrice régionale du bureau d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
« Le recours à ces méthodes pour piétiner les droits des citoyens dans les États du CCG doit prendre fin sans délai. »
La Première ministre britannique Theresa May, qui doit assister au sommet du CCG, a une occasion unique d’évoquer les préoccupations relatives aux violations des droits humains relevant d’une pratique bien établie dans la région.
« Depuis des années, les alliés occidentaux des États du CCG, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, répugnent à parler franchement des violations endémiques des droits humains dans le Golfe. Ils tournent ainsi le dos aux innombrables victimes dans la région. Il est grand temps que les alliés du CCG cessent de faire passer le commerce et la coopération en matière de sécurité avant les droits humains et Theresa May doit saisir cette occasion d’aborder des problèmes clés en matière de droits », a déclaré Randa Habib.
Dans les années qui ont suivi les soulèvements de 2011 dans le monde arabe, plusieurs pays du Golfe ont adopté des lois répressives relatives au terrorisme, à la cybercriminalité et aux rassemblements publics, en vue de restreindre la liberté d’expression et de sanctionner ceux qui critiquent les politiques gouvernementales, leurs dirigeants ou ceux d’autres États du CCG.
Dans les pays du CCG, se dégage clairement une tendance qui consiste à s’appuyer sur des lois générales et vagues relatives à la sécurité afin de condamner des militants et détracteurs pacifiques à l’issue de procès d’une iniquité flagrante.
« Si les tensions sont vives dans la région depuis la montée du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) et le risque d’attentats meurtriers, ce n’est pas une excuse pour se déchaîner en écrasant toute forme de dissidence pacifique. Les gouvernements du CCG doivent cesser d’utiliser la sécurité comme un prétexte pour justifier la répression », a déclaré Randa Habib.
Parmi ceux qui sont pris dans les filets de la répression figurent des défenseurs des droits humains, des leaders de l’opposition, des journalistes, des avocats et des universitaires.
Citons entre autres en Arabie saoudite l’avocat et défenseur des droits humains Waleed Abu al Khair, dont le cas illustre parfaitement l’usage de la loi antiterroriste pour sanctionner ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression. Il purge actuellement une peine de 15 ans de prison après avoir été condamné à l’issue d’un procès inique aux termes de la loi antiterroriste de 2014, pour diverses infractions liées à son travail en faveur des droits fondamentaux et pour un acte qui ne devrait même pas être criminalisé. Il a défendu de nombreux militants pacifiques et a critiqué haut et fort le terrible bilan de l’Arabie saoudite en termes de droits humains.
Le 1er décembre, le tribunal antiterroriste de Riyadh a alourdi à l’issue d’un procès iniqueen appel la peine prononcée à l’encontre d’Issa al Hamed, défenseur saoudien, de neuf à 11 années de prison.
Cas emblématique aux Émirats arabes unis, l’avocat spécialiste des droits humains Mohammed al Roken purge une peine de 10 ans de prison. Il a été déclaré coupable d’infractions liées à la sécurité nationale à l’issue du procès collectif, et inéquitable, de 94 accusés.
Dans la région, des citoyens se retrouvent à purger de lourdes peines de prison simplement pour avoir osé exprimer leurs opinions librement sur les réseaux sociaux. Le célèbre militant bahreïnite Nabeel Rajab compte parmi plusieurs militants dans les pays du CCG qui ont été poursuivis illégalement pour avoir posté des commentaires sur Twitter.
Au Koweït, Abdallah Fairouz, militant des droits humains arrêté en novembre 2013, purge une peine de cinq ans et demi de prison pour des tweets dans lesquels il affirmait que nul ne devrait bénéficier d’une immunité de poursuites au seul motif qu’il réside dans un palais royal. Cet homme est un prisonnier d’opinion.
S’exprimer librement pour critiquer les politiques mises en œuvre par le gouvernement et appeler à des réformes pacifiques a valu à Ali Salman, responsable de la principale formation d’opposition à Bahreïn, la Société islamique nationale Al Wefaq, une condamnation à neuf ans de prison. Ce fut une atteinte choquante à la liberté d’expression. En outre, ce parti a été fermé.
À Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Koweït, depuis quelques années, des centaines de personnes sont illégalement déchues de leur nationalité, ce qui les rend souvent apatrides et les prive de droits majeurs. Fait inquiétant, cette méthode semble de plus en plus utilisée pour punir les dissidents.
« Dans les États du CCG aujourd’hui, exercer vos droits fondamentaux ou exprimer librement vos opinions peut très facilement vous conduire derrière les barreaux. Ces États doivent cesser de considérer les militants indépendants et les détracteurs pacifiques comme des criminels. Au lieu d’enfermer ces citoyens pendant de longues périodes sous le faux prétexte de défendre la sécurité nationale, ils doivent accepter l’examen de leurs bilans en termes de droits humains », a déclaré Randa Habib.
Complément d’information
Les violations des droits humains dans les États du CCG vont au-delà de la répression de la liberté d’expression et se traduisent par des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements en détention, des procès iniques, l’insuffisance de protection des droits des travailleurs migrants et le recours à la peine de mort. Par ailleurs, la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite, qui englobe plusieurs pays du CCG, a lancé une série d’attaques illégales au Yémen, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre.
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Gaza : des familles en quête de justice (AFPS)

L’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), le CCFD-Terre Solidaire, l’Institut du Monde Arabe, le magazine en ligne Orient XXI, l’équipe du webdocumentaire « Obliterated Families »
Vous convient lundi 12 décembre de 19h à 21h à la conférence « Gaza : des familles en quête de justice »
En présence de :
Anne Paq et Ala Qandil, co-auteures du webdocumentaire et respectivement photographe du collectif Activestills et reporter
Hélène Legeay, responsable Maghreb et Moyen-Orient à l’ACAT
Mahmoud Abu Rahma, responsable Relations internationales au Centre Al Mezan des droits humains à Gaza
Ramsis al-Kilani, membre d’une famille de victimes
Conférence animée par Sylvain Cypel, journaliste membre de la rédaction d’Orient XXI
Le webdocumentaire « Obliterated Families », véritable plongée dans la réalité glaçante de Gaza au cours de l’été 2014, relate l’histoire de dix familles dont les vies ont été détruites par l’offensive israélienne de juillet 2014 (http://obliteratedfamilies.com/fr/). Il sera pour la première fois en France présenté lors d’une rencontre au grand public.
Gaza, 17 juillet 2014. Au cours de l’offensive israélienne dite « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza, un missile s’abat sur le toit de la maison de la famille Shuheibar, où cinq enfants nourrissent des pigeons. Il tue une petite fille de 8 ans, Afnan, et deux petits garçons de 9 et 10 ans, Wassim et Jihad. Il blesse également grièvement deux garçons de 15 et 9 ans, Udai et son cousin Bassil.
Seront également évoqués durant cette conférence les bombardements israéliens sur la bande de Gaza en 2014, le combat pour la justice des familles de victimes, et le travail des ONG contre les violations du droit international.
Le 29 juin 2016, la famille Shuheibar, présentée dans le webdocumentaire, a porté plainte en France pour complicité de crime de guerre et homicide involontaire contre l’entreprise française Exxelia Technologies [1].
Selon l’ONU, l’opération dite « Bordure protectrice » a causé la mort de 1462 civils palestiniens, dont 551 enfants et 299 femmes.
Inscrivez-vous à l’événement sur Facebook
Rencontre Langue et mémoire
Autour du webdocumentaire « Obliterated Families »
Auditorium de l’Institut du Monde Arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris
(Entrée libre dans la limite des places disponibles / Ouverture au public à 18h30)
Evénement organisé en partenariat avec ActiveStills, Al Mezan Center for Human Rights, Solivr, Middle East Eye et The New Arab
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Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

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La droite de la droite rêve d’annexion en Cisjordanie
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La Palestinienne Nurhan Awad, 16 ans, condamnée à passer 13 années dans les prisons israéliennes
Samidoun, Réseau de Solidarité avec les Prisonniers Palestiniens, mercredi 7 décembre 2016 -
Israël : feu vert pour la légalisation de 4000 logements de colons
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Un propre mur d’apartheid pour le Liban ?
Belen Fernandez, Middle East Eye, mercredi 7 décembre 2016 -
La France souhaite organiser la deuxième conférence pour la paix au Proche-Orient le 21 décembre
Piotr Smolar, Le Monde, mardi 6 décembre 2016 -
L’après-Abbas : qui Israël souhaite-t-il à la tête des Palestiniens ?
Jonathan Cook, Middle East Eye, lundi 5 décembre 2016 -
Palestine : Mahmoud Abbas conforté lors du congrès du Fatah
Guilhem Delteil, RFI, lundi 5 décembre 2016
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Le crépuscule de Mahmoud Abbas (Regards)

Mahmoud Abbas a été reconduit mardi à la tête du Fatah.
Cette réélection masque mal les tensions politiques autour du président de l’Autorité palestinienne. Chantre de la négociation avec Israël, âgé de 81 ans, il incarne la faillite du système engendré par le “processus de paix”.
Le titre était pourtant intrigant : “Le plan secret des pays arabes pour évincer le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas”. Mais cet article, publié fin mai sur le site Middle East Eye, n’a guère suscité de réactions au-delà des cercles s’intéressant encore à la question palestinienne. Le journaliste David Hearst y livre des informations sur la volonté des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de la Jordanie d’anticiper une « ère post-Mahmoud Abbas » et de remplacer celui-ci, à terme, par Mohammed Dahlan, ancien responsable de la sécurité préventive à Gaza. Ce qui constituerait un changement générationnel radical : en 1961, année où Mohamed Dahlan venait au monde dans la bande de Gaza, Mahmoud Abbas (nom de lutte : Abou Mazen), alors au Qatar, rejoignait le Fatah créé en 1959 au Koweït voisin.
Cet éventuel remplacement ne devrait cependant pas advenir tout de suite : mardi 29 novembre, en ouverture de son 7ème congrès qui se tient à Ramallah, en Cisjordanie, le Fatah a reconduit son vieux leader, pour un mandat de 5 ans. Au terme de cette échéance, il aura 86 ans.
« Abbas est l’un des derniers du noyau historique », résume Julien Salingue, politologue, auteur de plusieurs ouvrages sur la Palestine [1]. Farouq Kaddoumi, « pas consensuel », est écarté. Abu Jihad, Abu Iyad et Yasser Arafat, les autres fondateurs historiques du Fatah, sont morts. Surtout, « il ne reste aucun ancien qui aurait, comme Mahmoud Abbas, accompagné d’aussi près la séquence Oslo », souligne le chercheur. De fait, sa réélection mardi apparaît surtout comme une dilatation artificielle du crépuscule politique d’Abou Mazen. Crépuscule qui est avant tout celui, interminable, du “processus de paix”, que la plupart des dirigeants internationaux, incapables de tracer de nouvelles perspectives, tentent de maintenir artificiellement en vie.
Dans la “cuisine” d’Oslo
Face à cette peur du vide, celui qui préside non seulement l’Autorité palestinienne (AP) depuis janvier 2005 mais aussi le Fatah et le comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), offre quelques gages de continuité. Et demeure un acteur régional d’importance qui, contrairement aux propos du premier ministre israélien qui l’accuse régulièrement de soutenir le “terrorisme”, est toujours resté fidèle à sa ligne politique adoptée il y a quarante ans : celle de la négociation avec l’occupant pour parvenir à une solution à deux États. Dans cette région sujette aux bouleversements, les chancelleries occidentales ne sont pas pressées de voir partir un dirigeant aussi constant. Interrogé, le Quai d’Orsay ne se mouille guère : « La France soutient les autorités palestiniennes légitimes, au sein desquelles toute évolution devra passer par le fonctionnement démocratique des institutions ».
Au cœur des années 70, alors que l’OLP amorce son virage stratégique vers la solution de deux États, il est l’un des premiers à nouer des contacts avec la gauche israélienne. Mais l’époque des fedayins n’est pas encore totalement révolue et, dans un environnement où la lutte armée est magnifiée, Abou Mazen a déjà cette réputation d’homme de dialogue plus que de combat. « On disait d’Arafat qu’il savait à la fois manier le fusil et le rameau d’olivier et c’est à mon sens ce qui expliquait sa popularité ; Abbas, lui, se contente du rameau d’olivier... », relève Taoufiq Tahani, président de l’Association France Palestine solidarité (AFPS). « Le vieux problème de Mahmoud Abbas est celui de la légitimité, ajoute Nicolas Dot-Pouillard, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), auteur de La mosaïque éclatée, ouvrage consacré à l’histoire récente du mouvement national palestinien, qui vient de paraître [2]. Bien que faisant partie des historiques du parti, il n’est pas une de ses figures combattantes comme Abu Jihad ou Abu Iyad, assassinés ; il a toujours été le bureaucrate. »
En l’occurrence, ses qualités d’organisateur permettent au militant, né à Safed en 1935, exilé avec sa famille en Syrie en 1948, passé par le Caire et le Collège oriental de Moscou (où il a étudié l’histoire), d’intégrer le comité exécutif de l’OLP en 1981. Trois ans plus tard, il est chargé des relations extérieures de l’organisation. Mais c’est au début des années 90 qu’il acquiert une place réellement incontournable dans le dispositif de la centrale palestinienne. Au printemps 1993, alors que les négociations initiées à Madrid piétinent, les Israéliens cherchent à savoir qui est réellement en coulisse à Oslo, où se déroulent des discussions parallèles et secrètes. Ils parviennent à la conclusion qu’Abou Mazen est « le véritable maître d’œuvre de l’opération ». Son bureau est alors appelé “la cuisine” [3]. Il le quitte quelques mois plus tard pour aller parapher, aux côtés de Yasser Arafat, Ytzhak Rabin et Shimon Péres, la déclaration de principe sur la terrasse de la Maison blanche. Cette signature leur vaudra de partager un Nobel de la paix dont Abbas sera, dit-on, vexé d’avoir été privé. Mais à la suite de ces accords, il peut enfin retourner en Palestine. Ce qu’il fait en 1995. Devenu secrétaire général de l’OLP un an plus tard, il va y conforter au fil des ans sa position d’interlocuteur privilégié des Américains et des Israéliens.
Un proviseur en costume sombre
En septembre 2000, la deuxième Intifada éclate. Mahmoud Abbas condamne les attentats-suicides et, convaincu qu’elle mène à l’impasse, la militarisation du mouvement. Un positionnement qui sied aux américains et à l’UE : au printemps 2003, ils imposent à Arafat, assiégé à la Mouqata de Ramallah, d’en faire son premier ministre. Il le restera à peine quelques mois, démissionnant en septembre. Après la mort de Yasser Arafat à Paris, en novembre suivant, Mahmoud Abbas, soutenu par le Fatah, remporte les élections du 9 janvier 2015, recueillant plus de 62% des voix. Il assure qu’il « respectera l’héritage d’Arafat ». Mais au visage expressif du vieux chef militaire arborant toujours un keffieh sur la tête et, souvent, une arme à la ceinture, succède la figure austère de cet homme au sourire hésitant, vêtu d’un costard sombre et portant d’épaisses lunettes. Tout un symbole : « En 1994, l’ossature de l’Autorité palestinienne (AP) est constituée du noyau militant Fatah-OLP, souligne Julien Salingue. En 2005, quand Abbas prend le pouvoir, c’est déjà assez largement une bureaucratie non politique qui gère l’AP, avec des purs technocrates, comme l’ancien premier ministre Salam Fayyad. Et ce type de profil n’aide pas à prendre des décisions qui vont à l’encontre de la structure ! »
Aujourd’hui, onze ans plus tard, la “structure”, sous perfusion permanente de l’aide internationale, est confrontée à un bilan objectivement désastreux pour le peuple palestinien : la fracture territoriale et politique Hamas-bande de Gaza / Fatah-Cisjordanie, survenue en 2007, n’est pas résorbée ; “l’intifada des couteaux”, menée sporadiquement depuis octobre 2015 par des jeunes agissant hors cadre collectif, témoigne d’un degré de désespérance politique inégalé ; et le nombre de colons en Cisjordanie est passé d’environ 250.000 fin 2004 à 513.000 en 2014 selon l’organisation B’Tselem.
« Je considère que Mahmoud Abbas n’en fait pas assez et ne suis d’accord ni avec sa politique économique intérieure, ni avec son choix de la négociation à tout prix avec Israël », assène B. un Palestinien de Cisjordanie, responsable associatif. Depuis qu’un ami travaillant aux renseignements lui a conseillé de faire attention après qu’il a posté une caricature sur Facebook, il préfère garder l’anonymat. « Ici, il se dit qu’il aurait été un bon proviseur de lycée mais que, comme chef de l’Autorité, il est nul. La coordination sécuritaire avec les Israéliens [un volet d’Oslo que Mahmoud Abbas a toujours fermement défendu] est vue comme une génuflexion devant l’occupant. Et depuis 2007 et la séparation entre Gaza et la Cisjordanie, son image dans la société est celle d’un lâche. Il n’a jamais été dans la bande de Gaza alors que le territoire a subi de nombreuses offensives meurtrières. Beaucoup pensent que, même retenu par les Israéliens, Arafat aurait pris sa voiture pour se rendre sur place, ou qu’il aurait au moins essayé. » Pour lui, « Abbas n’est pas un homme courageux. Quant à la réconciliation Hamas-Fatah, c’est un véritable feuilleton égyptien, c’est du n’importe quoi ! Ils se retrouvent tous les ans à Doha, discutent, parviennent à un accord qui n’entre jamais en application... Or c’est quand même à lui, le président, d’impulser quelque chose de sérieux à ce niveau. » En juin dernier, l’énième “round de négociation” qui s’est tenu entre les deux partis, toujours à Doha, n’a rien donné.
L’homme d’un système désavoué
S’il regrette lui aussi l’absence de « gestes forts » du président de l’AP au moment des offensives israéliennes dans la bande de Gaza (en 2008-09, 2012 et 2014), Taoufiq Tahani tempère cette sentence : « Au plan politique, il n’y a pas eu de grande différence avec Arafat. Simplement, quand Yasser Arafat laissait les groupes armés agir lorsque cela l’arrangeait, Mahmoud Abbas, lui y a toujours été opposé et l’a fait savoir. Il reste d’ailleurs un homme de parole : quand il dit quelque chose, il le pense. Et dans les faits, il n’a renoncé ni au droit au retour, ni à l’État palestinien dans les frontières de 1967. N’oublions pas qu’en 2005, lorsqu’il parvient au pouvoir, il n’y a aucune offre internationale sur la table. Et qu’en 2006, lorsque le Hamas gagne les élections législatives, il joue pleinement le jeu de la démocratie en nommant un premier ministre du Hamas. C’est ensuite la communauté internationale qui l’a contraint à revenir là-dessus ».
De fait, nul ne pourra reprocher à Abbas d’avoir triché avec les exigences des “parrains” internationaux. Au contraire. « Il a toujours misé sur les Américains en pensant que s’il arrivait à poser les bases d’un État, ils l’aideraient », note Taoufiq Tahani, qui regrette son incapacité à se démarquer du champ institutionnel : « Il s’est beaucoup adressé à la communauté internationale officielle, mais pas assez à l’opinion publique internationale, me semble-t-il. Comme s’il n’avait pas mesuré l’importance de la solidarité populaire, oubliant l’exemple, entre autres, de l’Afrique du Sud ».
Ce pari obstiné sur le processus d’Oslo – en dépit de son torpillage constant par les gouvernements israéliens successifs – et sa volonté de ne jamais fâcher Washington ont souvent conduit le président palestinien à prendre des positions très peu goûtées par l’opinion. En 2009, cédant aux pressions américaines, il accepte de suspendre la procédure d’examen du rapport Goldstone sur la guerre menée par Israël à Gaza en décembre 2008-janvier 2009. En novembre 2012, il dit avoir le droit de voir Safed (sa ville natale, dont tous les habitants ont été expulsés en 1948 et qui est désormais sur le territoire israélien), mais plus celui d’y vivre ; en décembre 2013, il affirme, lors d’une conférence de presse en Afrique du Sud, qu’il ne « soutient pas le boycott d’Israël », marquant ainsi sa distance avec la campagne BDS [4].
Des positions répétées et signifiantes mais qui, selon Julien Salingue, posent moins de question sur l’homme lui-même que sur le système qu’il a choisi de servir : « Ce n’est pas une question de personne, mais d’orientation politique. Il s’est juste coulé dans le moule d’Oslo et de l’Autorité palestinienne. Ce que l’on a pu observer au cours de la décennie passée s’inscrit dans le prolongement ce qui se passait avant : le clientélisme, les réseaux financiers parallèles, ce n’est pas Abbas qui les a mis en place. Simplement, là aussi, il a accompagné le processus général de dépolitisation. Il est responsable de s’en être accommodé. » Et d’avoir laissé s’amalgamer au fil des ans un “appareil proto-étatique”, l’AP, et une formation politique, le Fatah.
Le libéral et le diplomate
Si au cours des dernières années, la question de la dissolution de l’AP a régulièrement été évoquée comme une réponse politique possible au blocage de toute avancée par les Israéliens, cette éventualité pose d’autres questions internes, passées plus inaperçues : « La distinction entre le Fatah comme mouvement politique et l’Autorité palestinienne comme structure administrative n’a pas été réglée, regrette Julien Salingue. Et des orientations fondamentales n’ont pas été prises : comment faire en sorte que l’AP ne se substitue pas au mouvement de libération ? Comment refondre une OLP élargie, incluant le Hamas et l’ensemble des composantes du mouvement national de libération ? Le problème est que le débat sur l’AP est complètement biaisé par le fait qu’elle est le principal pourvoyeur d’emplois en Palestine... » L’Autorité palestinienne et les gouvernorats locaux employaient, mi 2012, en Palestine, 192.000 personnes, soit une hausse de 5% par an depuis la création de l’AP [5].
À la tête de cet appareil donnant le pouvoir de la distribution des salaires, Mahmoud Abbas a mené une politique intérieure plutôt libérale. « C’est vrai qu’il n’a aucune, ou une très faible, marge de manœuvre pour lutter contre l’occupation israélienne, reconnaît B. Mais la situation intérieure s’est elle aussi détériorée. Aujourd’hui, les services publics sont en très mauvais état. Ceux qui le peuvent vont dans les hôpitaux privés pour se soigner. Les universités sont payantes ; on a vu cinq ministres assister à l’inauguration d’un établissement scolaire privé dont l’un d’eux est actionnaire. Et les secteurs qui pourraient rapporter un peu d’argent à l’État, comme par exemple la téléphonie mobile, ont été cédés à des grandes familles de Cisjordanie... Il faut être honnête, Abbas n’est pas à l’origine de cette dérive, Arafat avait déjà commencé. Mais cela s’est poursuivi et il est clair que lorsque tout est privatisé, cela profite généralement aux proches du pouvoir. » Récemment, le nom de Tareq Abbas, le second des trois fils du président (en plus de Mazen, mort en 2002, et de Yasser) est apparu dans l’affaire des Panama Papers. Membre du conseil d’administration d’un gros distributeur de produits de consommation, il avait aussi été nommé, au début des années 2000, vice-président d’un fonds d’investissement de la diaspora.
Restent les batailles menées à l’ONU : l’entrée de la Palestine à l’Unesco comme membre officiel (octobre 2011), le rehaussement de son statut au stade d’État observateur non-membre (novembre 2012), son adhésion à la Cour pénale internationale (avril 2015). Des victoires symboliques mais importantes, acquises en dépit des menaces et manœuvres de Washington et Tel Aviv. « Cela a contribué à acter une légitimité à l’échelle internationale de la revendication d’un État palestinien et montré qu’Israël est isolé dans les institutions étatiques, estime Julien Salingue. Mais cela a aussi contribué à entretenir l’illusion qu’il existe quelque chose s’apparentant à un État palestinien, alors qu’aujourd’hui sur le terrain, il n’y a absolument rien qui ressemble à un début d’État... » Une réserve à laquelle abonde B. : « Des fêtes solennelles ont été organisées à Ramallah. Mais ici, ces évolutions n’ont aucun effet. Il fallait mener ces batailles, mais cela ne méritait pas autant de battage. La mise en valeur surjouée de ces événements est une sorte de mensonge à haute voix : on va se montrer à New York, on dresse le drapeau sur l’esplanade de l’Unesco, mais ici, en Palestine, rien ne bouge, la situation d’occupation ne change pas. »
Luttes de succession
Tout laisse aujourd’hui à penser que, en cohérence avec son parcours, ces faits d’armes livrés dans l’arène diplomatique seront les plus saillants, positivement, de Mahmoud Abbas en tant que président de l’AP. Mais après ? Le scrutin municipal qui était initialement prévu le 8 octobre a été reporté à une date encore inconnue. Pour d’éventuelles consultations présidentielles et / ou législatives, rien n’est encore fixé. « Il a fait le ménage autour de lui, écarté des gens qui lui étaient proches tels que Salam Fayad ou Ahmed Qoreï, explique Nicolas Dot Pouillard. Il est aujourd’hui assez isolé. On a affaire à une présidence problématique ». Majid Faraj, le responsable des services secrets, serait le candidat du sortant. Mais sa jubilation assumée après l’arrestation d’activistes armés lui a valu une condamnation de quasiment toutes les factions palestiniennes. Si il en avait la possibilité, B. voterait, lui, pour Marwan Barghouti – « sa situation de prisonnier est le reflet exact de celle du peuple palestinien, nous sommes enfermés, détenus ». Mais le “Mandela palestinien” est emprisonné depuis 2002 en Israël et, s’il bénéficie d’un grand crédit au sein du mouvement de solidarité international, c’est moins le cas dans les territoires et parmi les plus jeunes Palestiniens.
Reste donc l’hypothèse Dahlan, bien au chaud dans le Golfe, apprécié par Le Caire et Tel Aviv mais détesté par la gauche palestinienne et une très grande partie de la population. « Les informations circulant sur Dahlan sont globalement fondées, estime Nicolas Dot-Pouillard. Il est en quelque sorte le commis voyageur des Émirats arabes unis et utilise cette position pour tenter de se placer en candidat incontournable pour la présidence palestinienne. Il dispose d’argent, c’est évident, et a des soutiens dans certains camps de réfugiés. Le scénario de son parachutage n’est donc pas exclu, même si cela s’apparenterait clairement à un coup d’État télécommandé de l’extérieur... Au delà, mon analyse est qu’il n’y a pas vraiment de désaccord stratégique entre tous ces hommes. Mais des divergences de personnes et des luttes pour la prise de l’appareil de l’Autorité nationale. La réalité du Fatah, aujourd’hui, est qu’il fonctionne comme un ensemble de féodalités locales lié à des financements de divers personnages. Au Liban, on le voit très bien dans les camps de réfugiés : Il y a les pro-Abbas, les pro-Fayyad, les pro-Dahlan. »
Un délitement politique auquel Abou Mazen, dupé plus ou moins consentant d’Oslo, n’est pas totalement étranger. En le reconduisant à sa tête, le Fatah semble avoir écarté l’hypothèse Mohamed Dahlan. Mais, vu l’âge d’Abbas, ce n’est que temporaire. Les incertitudes sur "l’après", accrues par l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, demeurent nombreuses. Une seule chose est sûre : si c’est bien Dahlan - figure archétypale, au début des années 2000, de la dérive autoritaire de l’AP et de sa soumission aux exigences de Tel Aviv - qui finit par s’imposer, cela apporterait une terrible réponse aux questions que se posait le négociateur Abbas le 12 septembre 1993 dans l’avion qui le menait de Tunis à Washington [6] : « (…) ce que nous apprêtions à faire allait-il nous ouvrir les portes de l’avenir ou les refermer ? Avions nous trahi ou préservé les droits de notre peuple ? »
Notes
[1] Notamment La Palestine d’Oslo, L’harmattan / bibliothèque de l’iReMMO, 2014 ; et La Palestine des ONG. Entre résistance et collaboration, La Fabrique, 2015.
[2] La mosaïque éclatée. Une histoire du mouvement national palestinien (1993 -2016). Sindbad Actes Sud/Institut des études Palestiniennes, 2016.
[3] Lire Les sept vies de Yasser Arafat, de Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, Grasset, 1997.
[4] Campagne citoyenne internationale Boycott désinvestissement sanction.
[5] “Labour market and employment policies in Palestine”, document de European Training Foundation (2014).
[6] Lire Through Secrets channels. The road to Oslo, (Le chemin d’Oslo) de Mahmoud Abbas, Garnet publishing, 1995.
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Solidarité avec la lutte du peuple syrien (NPA)

- Joseph Daher
«Pour la démocratie, la justice sociale et l’égalité, contre toutes les formes de confessionnalisme et de racisme»
L’étau ne cesse de se refermer sur les derniers quartiers libérés d’Alep, avec les offensives continues des forces pro-régime d’Assad et de ses alliés. La chute d’Alep Est marquerait un tournant dramatique pour le soulèvement populaire syrien, au niveau militaire comme politique.
Lancée le 15 novembre à coups de raids aériens, de barils d’explosifs et de tirs d’artillerie quasi-incessants, l’offensive des forces pro-régime, composée de centaines de soldats d’élite de la Garde républicaine et de la 4e division syrienne, mais surtout de milliers de combattants étrangers encadrée par l’Iran et le Hezbollah, a permis de reconquérir aux dernières nouvelles plus de 60 % de la partie orientale d’Alep.
Assiégée, Alep résiste
Entre 30 000 et 50 000 civils ont fui depuis le 26 novembre les quartiers assiégés depuis plus de quatre mois, où les réserves de denrées alimentaires et de carburant sont épuisées, tandis que tous les hôpitaux ont été détruits à la suite de bombardements de l’aviation d’Assad et de Poutine. Depuis le 15 novembre, au moins 310 civils, dont 42 enfants, ont péri dans l’Est d’Alep, tandis que dans les parties occidentales de la ville, 69 civils, dont 28 enfants, ont été tués par des tirs des groupes de l’opposition armée.
Les forces armées d’Alep Est, qui ont uni leurs forces au sein d’un commandement unifié d’opposition appelé « armée d’Alep », ont déclaré leur refus de quitter leur enclave assiégée, et signalé qu’elles continueront à se battre, malgré « l’invitation » de Moscou et les pourparlers avec Washington pour le retrait de tous les combattants des forces armées d’opposition à Alep Est. En face, l’armée du régime a indiqué qu’elle veut reprendre le contrôle complet d’Alep dans les prochaines semaines.
L’offensive réactionnaire du régime et des fondamentalistes
Les offensives des forces pro-régime ne se limitent pas à Alep. Plusieurs localités ont aussi été reprises autour de la capitale Damas, après des accords ponctuels passés avec des groupes de l’opposition armée. Quelque 2 000 personnes, dont des combattants de l’opposition et leurs familles, ont quitté vendredi la ville d’Al-Tal, au nord de Damas, pour la province d’Idlib, contrôlée par l’alliance Jaysh al-Fatah, une coalition armée dominée par les djihadistes de Jabhat al-Nusra et les salafistes d’Ahrar Sham. C’est la sixième ville ainsi évacuée en trois mois. Ces évacuations ont été dénoncées par des ONG et l’ONU comme une stratégie d’évacuation forcée. Dans la province d’Idlib, 73 civils sont morts dans des bombardements de l’aviation russe et du régime Assad.
Des manifestations dans diverses villes libérées (province de Damas, Saqba, et dans la province d’Idlib) ont eu lieu en soutien aux habitantEs d’Alep Est et pour l’unification des groupes armées de l’opposition sous un seul commandement. Dans la ville d’Idlib, la manifestation en soutien à Alep a été attaquée par un militant djihadiste qui a déchiré le drapeau de la révolution syrienne. Les forces fondamentalistes islamiques continuent en effet à employer des mesures réactionnaires et autoritaires contre les populations civiles et activistes dans les territoires libérés.
Stopper la guerre, soutenir la lutte du peuple syrien
Il existe une tendance générale, au niveau mondial, qui veut « liquider » la révolution syrienne et ses aspirations démocratiques au nom de la « guerre contre le terrorisme ». La victoire de Donald Trump aux États-Unis renforce cette tendance, lui qui a en effet déclaré à plusieurs reprises qu’il souhaite conclure des accords avec Poutine sur la Syrie. En octobre 2015, il avait loué l’intervention directe de l’aviation russe en appui au régime de Damas. Même s’iI est vrai qu’en raison des déclarations variées et contradictoires de Trump sur la politique étrangère, il est difficile de savoir ce qu’il fera réellement, la Russie et les États-Unis seront probablement plus enclins à collaborer dans la prétendue « guerre contre le terrorisme », renforçant et légitimant encore davantage le régime Assad ainsi que d’autres pouvoirs autoritaires. Le régime de Damas et ses alliés russe et iranien accélèrent donc leurs offensives en Syrie pour réaliser un fait accompli lors de l’entrée en fonction du nouveau président à Washington le 20 janvier 2017.
Face à la guerre sans fin du régime Assad et de ses alliés contre le peuple syrien, face à la volonté croissante des puissants de liquider les aspirations démocratiques de la révolution syrienne, il faut réaffirmer notre soutien à la lutte du peuple syrien pour la démocratie, la justice sociale et l’égalité, contre toutes les formes de confessionnalisme et de racisme. Pour cela, il faut en premier lieu arrêter la guerre, qui ne cesse de créer des souffrances terribles, empêche le retour des réfugiéEs et déplacéEs internes, et ne profite qu’aux forces contre-révolutionnaires issues des deux bords.
Joseph Daher
Hebdo L’Anticapitaliste - 362 (08/12/2016)
https://npa2009.org/ -
PST (Algérie)

PST حــــــزب العمـــــــال الاشـــــــــتراكي
Dans le cadre de son programme d’activités,
Le Parti Socialiste des Travailleurs
vous invite à une conférence-débat :
« Quelle résistance à la politique antisociale du gouvernement »
Samedi 10 Decembre 2016, à 13h30,
au siège national du PST, animée par
M. Idir Achour, Secrétaire général du Conseil des lycées d'Algérie (CLA)
Adresse : 27, boulevard Zighoud-Youcef, Alger-CentreFacebook