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Israël - Page 13

  • «Ce ne sont pas les manifestants arabes qui posent problème, c’est la société qui les considère comme des ennemis» (A l'Encontre.ch)

    Hassan Jabareen

    Hassan Jabareen

    Entretien avec Hassan Jabareen
    conduit par Noam Sheifaz

    Quinze ans après les événements d’octobre 2000 au cours desquels la police israélienne a abattu 13 protestataires arabes, Hassan Jabareen, dirigeant d’une organisation pour la défense des droits civils arabes, s’entretient avec le site +972 sur ce que la population palestinienne d’Israël a appris des morts, de l’escalade systématique de la discrimination, et sur la conception d’un Etat démocratique pour tous ses citoyens. «Si les Arabes d’Israël choisissaient leur orientation politique selon ce que leur dictent les juifs, ils seraient toujours inférieurs.»

    Quinze ans se sont écoulés pour la population arabe d’Israël depuis les protestations au cours desquelles la police a abattu 13 personnes et laissé des centaines de blessés. «Octobre 2000 a forcé notre population à comprendre que les outils parlementaires et légaux en vigueur ne suffisaient pas pour défendre nos droits», explique l’avocat Hassan Jabareen, fondateur et directeur d’Adalah, dans un entretien avec le magazine +972. Jabareen ajoute qu’octobre 2000 a été un moment clé pour les citoyens palestiniens d’Israël, un moment qui a changé leur perception de l’Etat d’Israël et a modifié à tout jamais leur rapport politique avec celui-ci.

    Lorsque les événements ont éclaté, à peine cinq ans après la constitution d’Adalah, Jabareen a dirigé l’équipe légale qui représentait les familles des victimes au sein d’une commission d’enquête, connue sous le nom de Commission Or, nommée par Aharon Barak, qui était alors chef de la Cour suprême. Depuis lors, Adalah est devenue l’organisation de défense légale la plus importante pour la minorité arabe d’Israël, soit plus de 1,6 million de Palestiniens (21% de la population) qui sont des citoyens israéliens.

    Au cours des années, Adalah a formulé une longue série de revendications réclamant des droits égaux et une répartition équitable des ressources pour la minorité arabe. Un grand nombre de ces demandes ont abouti à des décisions faisant jurisprudence. Adalah s’est également opposée, sans succès, à une nouvelle vague de lois ciblant les droits et les activités politiques des Palestiniens d’Israël: la loi sur la Nakba [expulsion des Palestiniens en 1948], celle sur la citoyenneté, celle des «comités d’admission» qui ont légalisé la ségrégation au niveau du logement et la loi anti-boycott. Jabareen lui-même a dirigé la défense des membres palestiniens de la Knesset qui étaient disqualifiés de se présenter aux élections (il a gagné tous les cas) et la défense des personnalités publiques arabes menacées de poursuites criminelles et politiques.

    Jabareen est l’avocat du High Follow-Up Committee pour les Arabes citoyens d’Israël et de beaucoup de membres palestiniens de la Knesset [parlement]. Aharon Barack, l’ex-chef de la Cour suprême, a dit de lui qu’il était «un des avocats constitutionnels les plus importants en Israël». Il faisait partie de l’équipe qui a publié la Déclaration d’Haïfa en 2007, présentant la conception arabo-israélienne d’un «Etat démocratique pour tous ses citoyens». Dans notre entretien, Jabareen évoque les événements d’octobre 2000 et décrit ce qui a changé ou non depuis lors, et parle des perspectives de l’égalité civile en Israël.

    Sur quelles questions travailliez-vous dans les mois avant octobre 2000?

    Nous entrions dans un nouveau millénaire avec un certain optimisme. C’était une époque faste pour les organisations de la société civile et c’est pendant cette période qu’ont été fondées Adalah et d’autres associations œuvrant pour les droits des Palestiniens en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Des discussions entre l’OLP et le gouvernement israélien semblaient sérieuses et nous pensions que nous étions proches de la fin de l’occupation. L’élan pouvait être ressenti partout dans le monde. De nouveaux régimes démocratiques étaient en train de surgir, c’était la fin de l’apartheid, la chute du mur de Berlin. Nous savions qui nous vivions sous un régime de discriminations institutionnelles, mais nous avions de l’espoir. Les événements d’octobre 2000 nous ont surpris.

    Les Palestiniens en Israël avaient l’habitude de protestations politiques, mais depuis que six personnes ont été abattues à Sakhnin et à Arabeh lors de la Journée de la Terre de 1976, nous n’avions plus fait l’expérience concrète de tueries. Nous pensions que tout cela était derrière nous. Je participais à la manifestation à Umm el-Fahn où la première victime a été abattue. J’ai vu les réactions des gens, j’ai senti la colère. J’étais là, à l’hôpital Rambam, au moment où Wissam Yazbek, de Nazareth, est mort. J’étais à côté de sa mère lorsque le médecin est sorti lui annoncer que son fils était décédé. Je n’oublierai jamais ce moment.

    Comment avez-vous interprété les incidents à l’époque?

    En tant que membres d’une organisation de défenses des droits humains, ce qui nous préoccupait le plus était de savoir comment réagir: comment faire un maximum pour fournir une protection légale aux protestataires et comment faire connaître ces tueries. Nous avons rassemblé 500 avocats palestiniens pour représenter pro bono [pour le bien public, donc engagement volontaire] toutes les personnes arrêtées. Nous avons publié des communiqués de presse très fermes – en arabe, en hébreu et en anglais – accusant le Premier ministre, le ministre de la Sécurité publique et le commissaire de police de meurtres. Nous accusions la société israélienne de n’avoir pas réagi. Nous sommes encore d’accord avec chacune de ces paroles. A l’époque nous écrivions que les tueries n’étaient simplement pas justifiées. Après avoir enquêté sur les incidents, il est devenu clair que nous avions raison là-dessus. La Commission Or a plus tard confirmé tout cela.

    Le public juif a également été surpris. Que répondez-vous aux gens qui pensent que les citoyens arabes ont rejoint l’Intifada en octobre 2000?

    Les événements ont éclaté lorsque Ariel Sharon, qui à l’époque dirigeait l’opposition, est monté au «Mont du Temple» où se trouve la mosquée Al-Aqsa. Il ne fait aucun doute que cette manœuvre était destinée à faire capoter les négociations qui se déroulaient entre l’OLP et le gouvernement d’Ehoud Barak. La police des frontières y a utilisé une énorme puissance de feu et les images de cet incident ont eu une résonance profonde parmi les Palestiniens israéliens. En réaction, le High Follow Up Committee pour les citoyens arabes d’Israël les a appelés à une grève générale – une réaction qui me paraît évidente.

    La grève aurait pu se terminer comme d’autres. Pour mémoire, des grèves avaient également été appelées en décembre 1988, il s’agissait de manifestations généralisées de solidarité avec les événements de la Première Intifada. Or, à cette époque, rien ne s’était passé. Mais cette fois l’utilisation de force létale par le gouvernement à Wadi Ara a déclenché une escalade. Si la police avait permis aux gens de manifester, tout se serait passé autrement, même si l’autoroute de Wadi Ara avait été bloquée durant quelques heures. Rappelons en passant que de temps en temps la police a toléré de tels blocages, parfois même en coordination préalable avec certains des membres arabes de la Knesset. Tout cela confirme le fait que les choses auraient pu se dérouler autrement que ce qui s’est passé en octobre 2000.

    La solidarité que démontraient les Palestiniens israéliens avec les autres Palestiniens était légitime. Elle s’est manifestée pacifiquement et dans le calme. Personne n’a utilisé des balles réelles. Les 800 pages du rapport Or sur les événements d’octobre 2000 ne mentionnent pas un seul incident où un Arabe aurait utilisé des balles réelles.

    Mais des routes ont été bloquées et des pierres ont été lancées contre des conducteurs innocents…

    Il est admissible qu’une minorité ou des groupes opprimés bloquent des routes pour protester contre certains événements. Des démocraties permettent à des groupes marginalisés de protester, y compris, parfois, au-delà du cadre légal. Seule une conception fasciste insisterait sur le devoir de se soumettre et d’obéir à la loi à tout prix. Il n’est évidemment pas admissible de causer des préjudices à d’autres lors d’une protestation, mais dans des cas exceptionnels on peut permettre de bloquer des routes et d’arrêter le trafic. L’Etat d’Israël n’a de loin pas une conception démocratique en ce qui nous concerne, nous autres Arabes.

    Le problème ce ne sont pas les manifestants arabes mais le public israélien qui les voit comme des ennemis contre lesquels il faut utiliser la force. Ce n’est pas par hasard si la police utilise la force létale contre les manifestants arabes: elle fait partie de la population juive et internalise son racisme. Il existe bien entendu des membres de la population israélienne qui sont opposés à cette hostilité à l’égard des Arabes, à l’utilisation de violence et qui soutiennent l’égalité, mais il s’agit là d’une minorité. La majorité ne fait pas de distinction entre une solidarité légitime et la violence, la seule question étant de savoir si vous êtres juif ou palestinien. C’est là le facteur déterminant, et c’est pour cela que les tueries d’octobre avaient des relents racistes.

    Les manifestants n’ont-ils pas mis la vie de gens en danger? N’est-ce pas cela qui a entraîné des tirs?

    La Commission Or a entendu 434 témoignages. Elle a relu des dizaines de milliers de documents ainsi qu’une grande partie des rapports de police et des services de renseignement du Shin Bet. Ils se sont rendus aux sites où les gens avaient été abattus et ont évalué chaque incident individuellement. C’est seulement après tout cela que la Commission a déclaré sans équivoque qu’aucun meurtre n’avait été justifié, pas un seul. La Commission a confirmé sans équivoque l’idée que la police avait utilisé une force excessive et violé les règles d’engagement. Elle a condamné l’utilisation de snipers et de tirs à balles réelles.

    Il est vrai qu’au cours des «huit jours d’octobre» il y a eu des incidents sévères. Certains conducteurs juifs ont été traînés de leur voiture et blessés, et un citoyen juif a été tué près de Jissr a-Zarqa. Mais il s’agissait d’incidents isolés et exceptionnels. Le Follow Up Committee les a immédiatement fermement condamnés. Outre le fait que la police a tué 13 jeunes Arabes et blessé d’innombrables autres personnes, il faut déplorer le fait que des Arabes d’Israël ont été attaqués et persécutés par des citoyens juifs à Nazareth, à Illit, à Tiberias, à Acre, à Lod et à Ramie.

    Le Yom Kippour d’octobre 2000 a été terrible. Des Juifs sont sortis et ont attaqué des Arabes – certains utilisaient même des couteaux. Ils ont terrorisé des boutiques et des travailleurs. A Tiberias ils ont essayé de détruire une ancienne mosquée. Les autorités se focalisaient sur l’arrestation et les poursuites de centaines d’Arabes, mais se montraient indifférentes lorsque c’étaient des Juifs qui attaquaient des Arabes.

    Quelle signification ont aujourd’hui pour les citoyens palestiniens d’Israël les événements d’octobre 2000?

    Beaucoup de choses se sont passées depuis lors. Le mur de séparation a été érigé. Gaza a été assiégée; la Cisjordanie est devenue encore plus déconnectée. De nouvelles lois contre la population arabe ont été introduites en Israël; la réunification familiale pour les familles arabes en Israël a été abrogée par la Cour suprême elle-même; la loi sur la Nakba a été introduite, ainsi que la loi sur les «comités d’acceptation». Nous vivons dans un monde très différent de celui de l’an 2000.

    Les citoyens palestiniens d’Israël sont arrivés à la conclusion que les outils législatifs et légaux ne suffisaient plus à sauvegarder leur statut. C’est la raison pour laquelle ils consacrent depuis octobre 2000 davantage d’efforts à l’internationalisation; à se présenter devant des comités internationaux, à participer à des rencontres avec des représentants d’ambassades étrangères à Tel-Aviv, à se présenter devant la Commission européenne et devant divers comités des Nations unies. Leur objectif est d’obtenir que la communauté internationale s’engage davantage pour la sauvegarde du statut des citoyens palestiniens d’Israël.

    Malgré quelques soucis et réserves, nous avons coopéré avec la Commission Or. Nous nous attendions à ce qu’il y ait des procédures judiciaires et lorsque le ministre de la Justice a décidé de clore les enquêtes contre des officiers de police nous avons décidé de faire appel à la communauté internationale. Au cours des années précédentes c’étaient les Arabes qui étaient opposés à s’adresser aux Nations unies et à la communauté internationale, mais le bouclage des enquêtes internes a fait qu’un consensus a été trouvé pour faire appel à la communauté internationale.

    Dans les années suivantes les Arabes d’Israël ont publié une série de documents qui constataient l’hostilité structurelle de l’Etat d’Israël à l’égard des citoyens palestiniens. Nous avons souligné notre identité nationale palestinienne et considéré que la Nakba était une composante centrale de l’identité palestinienne. Ces documents étaient très influencés par les événements d’octobre 2000.

    Du point de vue juif, ce processus trace une narration dans laquelle les citoyens palestiniens d’Israël se sont détachés de l’Etat en octobre 2000 et ont ensuite ancré ce détachement dans les documents exposant leur conception.

    Je comprends que l’on puisse voir les choses ainsi si l’on souscrit au consensus de la conception israélienne. La décision des Palestiniens de faire appel au niveau international est perçue comme étant hostile parce que pour la majorité des Juifs israéliens les Arabes devraient se soumettre et accepter les fondements de leur régime – en particulier son fondement constitutionnel en tant qu’Etat juif et démocratique – et agir en conséquence. Nous rejetons cette conception.

    Il ne s’agit pas seulement de mon opinion personnelle, c’est l’opinion de la vaste majorité des personnes actives dans la société civile, dans les partis politiques et parmi les membres du Follow Up Committee. Nous n’acceptons pas les fondements constitutionnels ethniques d’Israël, nous nous battons pour un Etat démocratique pour tous les citoyens. Si les Arabes d’Israël plaquaient leurs opinions politiques selon ce que leur disent les juifs, ils ne pourraient même pas demander l’égalité; ils continueraient à être considérés comme étant inférieurs.

    Avec le recul, la Commission Or apparaît comme un acte de bonne volonté de la part du gouvernement. Il est difficile d’imaginer qu’une telle commission pourrait être créée ou fonctionner aujourd’hui.

    En effet. Malgré nos critiques concernant certains aspects du travail de la commission et notre opinion que la commission n’a pas eu le courage de citer explicitement les noms des comandants de police coupables de meurtre ni de recommander qu’ils soient inculpés, nous reconnaissons qu’elle a effectué un travail sérieux, surtout compte tenu du contexte politique ambiant et l’opposition des ministres du gouvernement qui contestaient sa légitimité. Dans ses conclusions, la commission a abordé de manière approfondie la question de la discrimination. Elle a également essayé de faire que des procédures pénales soient lancées contre les personnes impliquées dans les tueries.

    Quinze ans plus tard, la Commission Or apparaît comme une institution totalement étrangère à ce qu’est devenu cet Etat. Et j’utilise le terme «étranger» dans le sens positif. L’opportunité ouverte par la Commission Or n’a pas été saisie.

    Qu’est ce qui vous a conduit à remettre en question votre travail avec la commission?

    Avant de décider de travailler avec la Commission Or, une délégation d’Adalah s’est rendue en Irlande pour consulter les avocats qui avaient eu une expérience similaire avec une commission qui a investigué les événements de Bloody Sunday, ainsi qu’en Afrique du Sud. Nous étions inquiets non seulement à cause du caractère brutal des événements mais aussi parce que nous craignions que ce soit la population arabe d’Israël qui en serait responsable.

    Même si nous n’avions pas de grandes attentes, nous avons décidé d’utiliser la commission pour disposer d’une plateforme pour présenter des récits personnels, recueillir des témoignages, présenter les demandes des victimes et examiner minutieusement les témoignages de la police. Nous avons opté pour utiliser la procédure pour nous donner des moyens d’enquêter depuis l’intérieur, indépendamment des conclusions auxquelles elle aboutirait. Lors des audiences nous avons toujours déclaré que nous savions déjà qui étaient les coupables.

    Au terme des travaux de la Commission Or, personne n’a été inculpé. Les seules charges retenues par le ministre de la Justice étaient contre les victimes. Par exemple contre le père d’une victime qui a attaqué l’officier de police Guy Reif pendant la procédure de la commission, ou encore contre le frère d’une des victimes qui, après la clôture de l’enquête concernant son frère, avait déclaré qu’il tuerait celui qui avait abattu son frère. Dans ce domaine nous n’avons pas réussi, malgré le travail professionnel et intense que nous avons mené. Le racisme des officiers de police était plus fort que la loi.

    Malgré tout cela, je ne regrette pas le travail que nous avons effectué. Si nous n’avions pas fait appel à la Commission Or nous n’aurions pas pu rassembler plus de 400 témoignages, qu’Adalah a plus tard publiés dans ses rapports. Nous n’aurions pas pu révéler les témoignages de la police. Nous n’aurions pas pu avoir accès à plus de 4000 pièces à conviction. Nous n’aurions pas pu avoir des rapports détaillés sur chacun des meurtres. Nous n’aurions pas eu accès au rapport israélien de 800 pages indiquant que la police était hostile à l’ensemble de la population arabe. Nous n’aurions pas pu disposer d’un rapport qui déclare que les événements ont eu lieu dans un contexte de discrimination historique contre les citoyens arabes.

    Croyez-vous encore qu’il vous soit possible de travailler avec des institutions israéliennes? Qu’il soit encore utile de faire appel à la Cour suprême?

    Il faut distinguer entre le besoin d’utiliser la loi et le fait de légitimer des normes répressives et discriminatoires. Les organisations pour les droits humains ont toujours utilisé les moyens légaux. Même les esclaves ont présenté leur cas devant la Cour suprême des Etats-Unis. En Afrique du Sud les Noirs ont largement fait appel aux tribunaux, tout comme les résidents de Cisjordanie et de Gaza et ceux d’Irlande du Nord. Dans aucun de ces exemples le fait de s’adresser aux tribunaux pour soutenir les victimes n’implique une justification du système, ni que ce serait la seule manière de lutter contre l’oppression et d’obtenir l’égalité. C’est simplement un moyen parmi beaucoup d’autres.

    Les tribunaux sont au service du régime et la loi n’est qu’un aspect de la politique du consensus juif, surtout quand il s’agit des Palestiniens. Nous nous efforçons de changer notre position dans la société. Et c’est justement en tenant compte de la connexion entre la loi et la politique que la politique utilise aussi les tribunaux pour susciter des changements.

    Vous savez probablement que la plupart des Israéliens considèrent que la Cour suprême israélienne est «gauchiste»?

    Je ne mesure pas mes valeurs sur le barème juif-israélien. Au cours des récentes années, la Cour suprême a de plus en plus capitulé au consensus israélien, en rejetant des demandes qui étaient tout à fait justes. C’est ainsi qu’elle a approuvé la loi des «comités d’admission», la loi sur la Nakba ainsi que la loi la plus raciste de ces vingt dernières années, celle interdisant la réunification familiale.

    Il est très peu probable que l’actuelle Cour suprême prendrait aujourd’hui la décision de justice qu’elle a prise pour le cas Ka’adan. Les décisions prises actuellement tendent plutôt à la contredire. L’arrêté concernant le village de Umm al-Hiran était raciste: au lieu de décider que les Arabes ont le droit de vivre dignement dans leur village, il stipule qu’il est permis de bannir les Arabes des villages où ils ont habité depuis plus de 50 ans pour pouvoir construire des colonies juives. Cette décision concernant Umm al-Hiram met crûment en évidence les liens entre le système légal et le colonialisme.

    J’ai entendu des intellectuels palestiniens déclarer que les lois contre les Palestiniens israéliens constituaient pour la population juive une manière de contrer les tentatives des Arabes israéliens de prendre au sérieux leur citoyenneté israélienne pour ce qui est des droits que confère la citoyenneté. Autrement dit, ils pensent que jusqu’en 1980 les citoyens palestiniens d’Israël n’avaient pas vraiment intégré le fait qu’ils étaient des citoyens israéliens, et que ce n’est que lorsqu’ils l’ont réalisé qu’ils ont commencé à lutter pour leurs droits. Cela aurait surpris la population juive qui aurait alors commencé à consolider la discrimination en élaborant de nouvelles lois. Que pensez-vous de cette conception?

    La position que vous évoquez est effectivement celle à laquelle souscrivent la plupart des intellectuels et universitaires en Israël. Je ne suis pas d’accord avec elle. Le problème n’est pas que les Palestiniens d’Israël n’avaient pas «pris au sérieux leur citoyenneté» dans les années 1950, c’est qu’à cette époque ils étaient engagés dans une lutte pour la survie pour éviter la déportation, la démolition des maisons, l’expropriation des terres et la domination militaire. Dans les années 1950 et 1960 il existait une conscience nationale arabe en Israël; l’Etat était raciste, mais le consensus politique était différent.

    Pour les Arabes il n’est pas possible d’adopter entièrement leur citoyenneté israélienne. Prendre au sérieux la citoyenneté dans son entièreté impliquerait lutter pour l’égalité complète, pour des droits et des obligations égaux. Or cela signifierait par exemple se battre pour accomplir son service militaire et grader dans l’armée de manière à être représentés au sommet de la hiérarchie militaire, ou d’entrer au ministère des Affaires étrangères de manière à obtenir des sièges à la Knesset aux Affaires étrangères et à la Défense. Or, les Arabes ne vont pas revendiquer cela, et Adalah ne consentirait jamais à soumettre une demande allant dans ce sens, parce que le régime actuel ne garantit pas fondamentalement une citoyenneté égale, même en théorie. Je ne connais pas dans l’histoire moderne de groupe d’indigènes qui ait lutté pour l’égalité dans tous les domaines, y compris pour l’intégration, avant un changement de régime et la reconnaissance de leurs droits. La lutte des citoyens arabes d’Israël vise d’abord de changer le régime pour qu’il devienne une démocratie pour tous ses citoyens et mette fin à l’occupation.

    Adalah cherche à obtenir des avancées dans les domaines de l’égalité et de la dignité dans la vie quotidienne. C’est la raison pour laquelle notre requête à la Cour exige des budgets équitables et lutte contre la discrimination et l’expropriation des terres. Mais nous ne demandons pas une répartition équitable des propriétés de réfugiés palestiniens, par exemple. Lorsque les intellectuels juifs-mizrahi réclament une distribution équitable des terres appartenant à des kibboutz, ils sont en train de demander la distribution de biens dont les Palestinens ont été dépossédés. Nous ne sommes par partie prenante des guerres israéliennes et nous ne réclamons pas la distribution des butins provenant de ces guerres dont nous sommes les victimes.

    Nous ne pouvons pas participer à une dépossession qui viole le droit de notre peuple. On ne peut pas être un soldat palestinien dans une armée juive qui occupe son peuple. On ne peut pas être un ambassadeur d’un gouvernement qui pratique une occupation. On a le droit de lutter pour une vie digne.

    Pourtant il existe un consul palestinien et il y a des soldats palestiniens…

    Je fais référence à l’appel pour l’égalité au niveau du processus des partis politiques, des autorités et de la société civile, c’est sur ce terrain que lutte Adalah et non pas au niveau individuel. On ne peut avoir l’égalité dans un régime fondé sur le déni de notre identité. On ne peut pas rejoindre une machine qui est en train d’anéantir votre peuple. Un appel aveugle à l’égalité civile qui ne tienne pas compte du droit de vivre dignement n’est pas un vrai appel à l’égalité; c’est simplement une illusion.

    Pourquoi l’identité nationale des Palestiniens et leurs droits collectifs ne devraient-ils pas s’exprimer dans un Etat palestinien? Un Etat de Palestine pourrait étendre l’auto-détermination à tous les Palestiniens du monde, et les citoyens palestiniens d’Israël pourraient disposer de tous les droits civils et l’égalité dans l’Etat d’Israël, en tant qu’Etat juif.

    C’est ce que prétendent les philosophes sionistes libéraux. Cela me fait rire. A qui payerions-nous les impôts? A l’Autorité palestinienne qui sauvegarderait nos droits nationaux ou à l’Etat juif? Où pourrions-nous travailler en tant qu’ambassadeurs? Dans notre Etat-nation ou dans l’Etat juif? Et à quel parlement participerions-nous? Et s’il y avait un vote au parlement concernant des questions nationales, serait-il possible aux membres arabes de la Knesset de participer à ce vote? Est-ce le régime palestinien ou le régime juif qui fixerait les curriculums de nos écoles? Qui déciderait quelles fêtes religieuses ou nationales seraient respectées durant l’année scolaire? Et qu’en serait-il du statut de la langue arabe? Où le Théâtre Al Midan trouverait-il des fonds pour des spectacles qui décrivent la vie palestinienne? L’idée que vous évoquez impliquerait l’existence de trois types de lois dans d’Etat juif, un pour les juifs, un pour les Arabes et un pour la citoyenneté. Ce serait un régime d’apartheid par excellence.

    Le sionisme voulait rassembler tous les Juifs en un territoire avec l’idée que ce n’était qu’en Palestine qu’ils pourraient avoir une vie nationale et civile et jouir de la liberté et de l’autonomie, qu’on pourrait dire à tous les juifs du monde: si vous voulez bénéficier de tous vos droits, allez à l’Etat des juifs. C’est d’ailleurs ce que disait Netanyahou après les événements de Charlie Hebdo lorsqu’il invitait les Juifs français à immigrer dans l’Etat juif. C’est également ce que nous disent les sionistes libéraux aujourd’hui. Mais cette idée qu’un Etat peut défendre les droits civils d’un seul groupe ethnique est une idée raciste qui a prévalu dans la vieille Europe. Un Juif jouit des droits civils aussi en France. La citoyenneté ne peut pas être scindée par un territoire ou un régime. L’idée d’un Etat ethno-nationaliste est anachronique. Cette idée a un passé terrible et n’a pas d’avenir. Et cela sans même évoquer le point de départ de notre discussion. Nous n’avons pas immigré en Israël, c’est cet Etat qui nous a immigrés.

    A un niveau plus personnel, vous avez 50 ans et vous avez été engagé dans des luttes civiles pour les Israéliens arabes depuis plus de 20 ans Qu’est-ce qui vous inquiète le plus actuellement?

    Ce qui m’inquiète les plus c’est la guerre civile, et en premier lieu ce qui se passe en Syrie, mais aussi en Irak, en Libye et au Yémen. C’est une situation très difficile. Tout Arabe, femme ou homme, qui espère une vie meilleure pense à cela actuellement. La situation en Syrie ne signifie pas que j’abandonne la lutte contre l’occupation ou celle pour une vie digne ici, mais à un niveau personnel je reconnais que c’est ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui. C’est le thème qu’évoquent plus de 300 millions d’Arabes, y compris les Arabes d’Israël. (Traduction A l’Encontre, publié sur le site +972 en date du 6 octobre 2015)

    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/ce-ne-sont-pas-les-manifestants-arabes-qui-posent-probleme-cest-la-societe-qui-les-considere-comme-des-ennemis.html

  • Face au silence de la France, l’Union syndicale Solidaires demande des sanctions contre Israël ! (Ujfp)

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    Le 31 juillet dernier, des colons israéliens mettent feu à une maison, brûlant à mort une femme, un homme et leur bébé de 18 mois.

    A ce jour, les responsables n’ont pas encore été mis en examen, ni même identifiés avec certitude. La réaction des autorités israéliennes a consisté, au contraire, à voter des lois menaçant de vingt ans de prison des enfants qui lancent des pierres, et à autoriser les policiers à tirer sur eux à balles réelles.

    Il ne manquait plus qu’une étincelle, produite par l’assaut de l’armée israélienne sur la mosquée d’Al Aqsa le jour du nouvel an juif, et l’assassinat, à bout portant, d’une Palestinienne immobile à un check-point à Hebron, le 24 septembre. Dans une région du monde pourtant habituée à des flambées de violence, un pas supplémentaire vient d’être franchi.

    Depuis le 1er octobre, quatre israéliens ont été assassinés par des Palestiniens, dont deux colons, et des représailles disproportionnées, comme d’habitude, ne se sont pas fait attendre. Trois adolescents palestiniens ont été abattus en Cisjordanie, et onze autres à Gaza, alors qu’ils manifestaient devant l’armée israélienne qui les empêche de sortir de leur prison à ciel ouvert.

    En Israël également, une nouvelle directive leur permettant de le faire, la police a tiré à balles réelles, tuant neuf jeunes Palestiniens autour de Jérusalem, et blessant gravement deux femmes, à Tel Aviv et à Afoula. A cette vingtaine de morts en une semaine, s’ajoutent des centaines de blessés, et les images qui nous parviennent sont terrifiantes, l’armée et la police israélienne ne semblant plus connaître aucune retenue, encouragées par leur gouvernement, et par une impunité totale.

    Cette impunité dont bénéficient les criminels israéliens, qu’ils soient colons, policiers ou militaires, est la même que celle de l’Etat d’Israël dans le concert des nations.
    Cette impunité est donc imputable à nos gouvernements, et singulièrement à celui de la France qui ne s’est exprimée sur la question que le 11 octobre, par un communiqué laconique de cinq lignes !

    Si les médias occidentaux parlent de violences dans lesquelles les deux camps ont leurs parts de responsabilité, il faut rappeler que face aux jets de pierre et aux armes blanches, Israël détient la deuxième armée du monde, rappeler aussi que depuis de nombreuses années Israël bafoue le droit international, les résolutions de l’ONU et les jugements de la cour internationale de justice en continuant à coloniser les terres palestiniennes, continuant la construction du mur de séparation, en poursuivant son blocus contre Gaza et en refusant le droit au retour de millions de réfugiés palestiniens...

    La violence inouïe exercée par Israël doit être dénoncée avec force, et tout doit être mis en oeuvre pour la faire cesser. L’Union syndicale Solidaires demande à ce que la France prononce des sanctions immédiates à l’encontre d’Israël, pour mettre fin au bain de sang qui n’est que la conséquence d’une occupation militaire qui n’a que trop duré.

    A défaut d’un sursaut de la communauté internationale qui parviendrait à faire cesser ces assassinats quotidiens, l’Union syndicale Solidaires s’associe à la demande de boycott de toutes les institutions économiques, culturelles et universitaires israéliennes, et appelle les entreprises françaises à retirer leurs investissements de cet Etat tant qu’il ne respectera pas le droit international. Cette pression est l’expression symbolique de la solidarité que chacun-e peut exprimer avec le peuple palestinien dont les droits sont bafoués et les enfants assassinés sous nos yeux. Communiqué Solidaires

    mardi 13 octobre 2015 par Solidaires
     
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    Amira Hass:               "Les Palestiniens se battent pour leur vie,                  Israël se bat pour l’occupation"

    Amira Hass: « Les Palestiniens se battent pour leur vie, Israël se bat pour l’occupation »

    Amira Hass – Ha’aretz – 7 octobre 2015 Que nous remarquions qu’il y a une guerre que lorsque des juifs sont assassinés n’enlève rien au fait que des Palestiniens se font tuer tout le temps. Oui, il y a une guerre, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avec son mandat du peuple, a ordonné qu’elle...
     
     
    Gidéon Levy : " L'injustice peut se poursuivre de nombreuses années encore. Pourquoi ? Parce qu'Israël est plus fort que jamais et que l'Occident lui laisse le champ libre"

    Gidéon Levy :  » L’injustice peut se poursuivre de nombreuses années encore. Pourquoi ? Parce qu’Israël est plus fort que jamais et que l’Occident lui laisse le champ libre »

    Gideon Levy, correspondant d’Haaretz – 8 octobre 2015   La violence au Mont du Temple a pris racine dans les opinions contradictoires et la politique cynique de la réponse d’Israël à la violence : Une violence plus grande, plus efficace. Les Palestiniens se battent pour leur vie ; Israël se bat pour l’occupation.   A travers la...
     
     
    Le Quartet brasse de l’air pendant que la Palestine brûle

    Le Quartet brasse de l’air pendant que la Palestine brûle

    Par Ali Abunimah, 2 octobre 2015 Des Palestiniens sont assis devant leur maison après que des colons juifs l’ont barbouillée de graffitis en hébreu disant « Vengeance, Henkin » et ont mis le feu à leur voiture dans le village de Beit Ilu, près de Ramallah, le 2 octobre dernier.(Shadi Hatem, APA images) Jeudi dernier, deux colons...
     
     
    Cisjordanie : 77 Palestiniens blessés par des tirs israéliens en 24 heures

    Cisjordanie : 77 Palestiniens blessés par des tirs israéliens en 24 heures

    Le Croissant-Rouge palestinien a indiqué dimanche que 77 Palestiniens avaient été blessés par des tirs israéliens en 24 heures, alors que Palestiniens et Israéliens sont engagés dans un nouveau cycle de violences en Cisjordanie et Jérusalem-est occupées. « Il y a eu 18 blessés par balles réelles et 59 autres par des balles en caoutchouc » au...

  • Les palestiniens luttent pour leurs vies (A l’Encontre.ch)

    Protesters mark anniversary of Israeli occupation

    Israël se bat pour l’occupation

    Oui, c’est une guerre et le Premier ministre Benjamin Netanyahou, ayant reçu son mandat du peuple, a ordonné son intensification. S’il n’écoute pas les messages de conciliation et de tolérance du président palestinien Mahmoud Abbas lors de temps plus calmes, pourquoi devrait-il les écouter maintenant?

    Netanyahou intensifie la guerre principalement à Jérusalem-Est, avec une débauche de punitions collectives contre les Palestiniens. Il révèle ainsi le succès d’Israël à déconnecter physiquement Jérusalem de la plus grande partie de la population palestinienne, accentuant l’absence de la direction palestinienne à Jérusalem-Est et la faiblesse du gouvernement à Ramallah, qui tente d’empêcher que les choses ne partent à la dérive dans le reste de la Cisjordanie.

    La guerre n’a pas commencé jeudi dernier [1er octobre], elle n’a pas commencé avec des victimes juives et ne se termine pas lorsqu’aucun Juif n’est tué. Les Palestiniens luttent pour leur existence, dans le sens entier de ce mot. Nous, Juifs israéliens, nous battons pour nos privilèges en tant que nation de maîtres, dans l’entière laideur que possède ce terme.

    Le fait que l’on remarque qu’il y a une guerre uniquement lorsque des Juifs sont assas- sinés n’enlève rien au fait que les Palestiniens sont tués tout le temps, et que nous faisons toujours ce qui est en notre pouvoir pour rendre leurs existences insupportables. La plupart du temps il s’agit d’une guerre unilatérale, menée par nous, afin de faire en sorte qu’ils disent «oui» au maître, merci beaucoup de nous laisser en vie dans nos réserves [au sens de bantoustan]. Lorsque quelque chose cloche dans la guerre unilatérale et que des Juifs sont assassinés, c’est alors que notre attention s’éveille.

    Certains jeunes Palestiniens ne partent pas tuer des Juifs parce qu’ils sont Juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, ceux qui ont spolié leur terre et leur eau, ceux qui les ont fait s’exiler, ceux qui ont démoli leurs maisons, obstrué leur horizon. Certains jeunes Palestiniens, vengeurs et désespérés, sont prêts à perdre leur vie et à causer à leurs familles une grande douleur parce que l’ennemi auquel ils font face leur prouve, chaque jour, que son animosité n’a pas de limites.

    Même le langage est perfide. Les Juifs sont assassinés, les Palestiniens sont tués et meurent. En est-il ainsi? Le problème ne commence pas avec le fait que nous ne sommes pas autorisés à écrire qu’un soldat ou qu’un agent de police a assassiné des Palestiniens, à bout portant, lorsque sa vie n’était pas en danger, ou au moyen d’un système télécommandé ou encore à partir d’un avion ou d’un drone.

    Mais c’est une partie du problème. Notre compréhension est captive d’un langage censu- ré rétroactif qui distord la réalité. Dans notre langage, les Juifs sont assassinés parce qu’ils sont Juifs et les Palestiniens trouvent leur mort et leur souffrance, probablement parce que c’est ce qu’ils recherchent.

    Notre vue du monde est façonnée par la trahison constante des publications médiatiques israéliennes devant leur devoir de rapporter les événements, ou par leur manque de capacité technique et émotionnelle de contenir tous les détails de la guerre complète que nous menons afin de préserver notre supériorité sur la terre entre la rivière [le Jourdain] et la mer.

    Même ce quotidien [Haaretz] n’a pas les ressources économiques d’employer 10 journa- listes et de remplir 20 pages avec des rapports de toutes les attaques dans les moments d’escalade et de toutes les attaques de l’occupation durant les périodes de calme, de tirer lors de la construction d’une route qui détruit un village, et ce jusqu’à la légalisation d’un avant-poste de colonie; sans mentionner un million d’autres attaques. Chaque jour. Les exemples pris au hasard dont nous parvenons à rendre compte ne sont rien de plus qu’une goutte dans l’océan. Ils n’ont aucun impact sur la compréhension de la situation pour une ample majorité d’Israéliens.

    L’objectif de cette guerre unilatérale est de contraindre les Palestiniens à abandonner leurs revendications nationales à leur propre patrie. Netanyahou souhaite une escalade parce que l’expérience jusqu’ici a prouvé que les périodes de calme, après que le sang a coulé, ne nous ramènent pas au point de départ, mais plutôt à une nouvelle descente au plus bas du système politique palestinien tout en ajoutant des privilèges aux Juifs dans le Grand Israël.

    Les privilèges sont le facteur principal qui déforme notre compréhension de la réalité dans laquelle nous vivons. Ils nous aveuglent. A cause d’eux, nous échouons à concevoir que même avec une direction faible, «présente-absente», le peuple palestinien – éparpillé dans ses réserves d’Indiens – n’abandonnera pas et qu’il continuera de puiser la force nécessaire pour résister à notre domination. (7 octobre 2015) Par Amira Hass

    Article publié le 7 octobre 2015 sur le site du quotidien israélien Haaretz. Amira Hass est journaliste pour ce quotidien, elle a longtemps été correspondante à Gaza et dans les terri- toires occupés. Deux de ses livres ont été traduit en français, aux Editions La Fabrique, retraçant les conditions d’existence et les questions politiques des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie dans les années 1990 et le début des années 2000: Boire la mer à Gaza (2001) et Correspondante à Ramallah: 1997-2003 (2004)

    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israelpalestine-les-palestiniens-luttent-pour-leurs-vies-israel-se-bat-pour-loccupation.html

  • L’isolement croissant (Ujfp)

    http://revolutionsarabes.hautetfort.com/media/02/00/629564481.jpeg

    Il y a quelques jours on célébrait le Nouvel An juif, ce qui donnait l’occasion aux chroniqueurs ainsi qu’aux politiciens de faire un bilan de l’année qui venait de s’achever.

    Il n’est pas difficile de deviner le dénominateur commun à tout ce qui s’est dit et écrit d’intelligent dans les différents médias israéliens, tellement cela crève les yeux : l’isolement grandissant d’Israël sur la scène internationale, et son corollaire, la comparaison avec l’Afrique du Sud de l’apartheid.

    Il n’y a finalement que Benjamin Netanyahou qui s’obstine à fermer les yeux, obnubilé par le nouveau nazisme que serait la République Islamique d’Iran. Le fait qu’un accord historique ait été conclu entre Téhéran et les grandes puissances ne fait que conforter le Premier ministre israélien dans son délire obsessionnel pour qui il s’agit d’un second Munich, Barak Obama n’étant rien d’autre qu’un nouveau Chamberlain.

    Allant à contre-courant du monde entier, Netanyahou marque encore davantage l’isolement d’Israël.

    Certes, l’alliance stratégique avec les États-Unis est solide, et pour longtemps encore, mais entre la Maison Blanche et le chef du gouvernement israélien les relations sont exécrables, et l’auto-invitation de Netanyahou à parler devant le Congrès pour y dénoncer la politique d’Obama a confirmé une vraie rupture [au niveau personnel il s’entend], unique dans l’histoire des relations entre les deux États depuis près d’un demi siècle. Parallèlement, une partie des pays européens ne cachent pas ce qu’ils appellent dans leur jargon diplomatique leur "incompréhension" de la politique israélienne, alors qu’à leurs yeux la priorité devrait être le front uni contre la menace que représente Daesh.

    Isolement aussi d’une révolution arabe qui chamboule l’ordre établi il y a exactement un siècle par les puissances coloniales, et a constitué des États qui sont aujourd’hui en pleine décomposition (Syrie, Irak). Les dirigeants israéliens semblent ne s’être pas encore remis de la chute de Ben Ali et de Hosni Mubarak…

    Isolement surtout des opinions publiques à travers le monde qui identifient de plus en plus le régime colonial israélien à l’apartheid sud-africain. Le succès croissant de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) et son élargissement à des entreprises étatiques ou multinationales (la Compagnie des Eaux néerlandaise, Orange) ne laissent plus indifferénte une partie importante de l’opinion publique locale.

    Certes, tant qu’Israël continuera à bénéficier du soutien états-unien et de l’amitié des partis socialistes (sic) européens, Netanyahou poursuivra sa politique de fuite en avant, y compris les provocations scandaleuses sur l’Esplanade des Mosquées qui risquent d’allumer un feu incontrôlable dans l’ensemble du monde musulman.

    À moins qu’une nouvelle Intifada n’explose dans une Cisjordanie de plus en plus lasse d’attendre la "reprise d’un processus de paix" dont Netanyahou reconnait qu’elle n’est pas à l’ordre du jour. Les confrontations de plus en plus violentes à Jérusalem laissent présager que cette Intifada est en train de prendre forme, même si la direction palestinienne fait encore de son mieux pour la freiner.

    jeudi 8 octobre 2015 par Michel Warschawski

    Publie dans Sine Mensuel, Octobre 2015

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4428

  • Communiqué de presse (Ujfp)

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    LA VIOLENCE ANTICOLONIALE PALESTINIENNE N’EST QUE LA CONSÉQUENCE DE LA VIOLENCE COLONIALE ISRAÉLIENNE

    Depuis plusieurs semaines, les violences entre l’État d’Israël et les résistants palestiniens s’intensifient à Jérusalem et dans toute la Cisjordanie.
    La politique israélienne visant à détruire la résistance palestinienne est bien calculée, rien n’est laissé au hasard. Le partage criminel des rôles entre les colons, en particulier religieux, et d’autres représentants du gouvernement israélien, est bien huilé.

    Dans un premier temps il s’agit de tester jusqu’où la conquête de l’Esplanade des Mosquées peut être poussée. Des colons l’envahissent, essaient d’imposer un partage de ce lieu saint, puis quand les manifestations palestiniennes contre cette situation s’amplifient, l’armée israélienne intervient brutalement.
    De même en Cisjordanie des colons commettent des crimes atroces, ainsi contre la famille Dawabsha dont le bébé et les parents ont été brûlés vifs près d’Hébron. Le gouvernement israélien fait mine de protester, les Palestiniens se révoltent, et l’armée intervient « en représailles » tout en cherchant à convaincre que la résistance palestinienne n’est qu’une branche d’un "terrorisme islamique" contre lequel il ferait rempart.

    L’État d’Israël calcule que face à la poursuite concomitante de la colonisation , les États-Unis, occupés par l’approche des prochaines élections et par Daesh, se contenteront de quelques protestations et les pays européens, occupés par l’afflux de centaines de milliers de réfugiés cherchant à échapper au chaos que ces mêmes pays ont contribué à créer par leur pillage et leur soutien aux pires dictatures et également par Daesh, persisteront à ne pas le sanctionner.

    Une nouvelle génération de résistants, des jeunes qui n’ont connu d’Israël que les forces militaires et les colons, se lève, mains nues et avec pour seules armes des pierres ou des cocktails Molotov. Constamment humiliée, sans espoir à l’égard d’une « autorité » palestinienne muselée par l’occupant, elle n’a plus rien à perdre. Sa résistance est un droit, un droit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de décembre 1948.

    Est-ce le commencement d’une troisième intifada : c’est la question que posent les médias, espérant parfois qu’aborder ainsi ces événements leur permettra de faire du buzz. Mais est-il besoin de nommer cette révolte, ou insurrection ? Nous savons que l’avenir du Proche et du Moyen Orient, voire du monde entier, sont indécis. Nous savons aussi que le peuple palestinien continue de résister dans sa vie quotidienne et qu’un grand élan de solidarité internationale continue à se développer, qu’il s’agisse du soutien à de multiple projets permettant au peuple palestinien de survivre dignement ou qu’il s’agisse de la Campagne BDS (Boycott - Désinvestissement - Sanctions) pour mettre fin à l’impunité d’Israël.

    Notre responsabilité est de poursuivre dans cette voie et d’appeler à une mobilisation d’ampleur pour imposer à nos gouvernants de cesser de soutenir le gouvernement israélien. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître l’État de Palestine - toutes les reconnaissances antérieures n’ont pas fait bouger Israël d’un iota. Il s’agit de passer aux sanctions concrètes, la suspension de l’accord d’association de l’Union européenne avec Israël, la mise en œuvre des « lignes directrices » proscrivant tout financement qui profite aux colonies, l’expulsion d’Israël hors des fédérations sportives européennes, la traduction des dirigeants politiques et militaires israéliens devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

    Israël et ses amis essaieront toujours de faire passer leurs opposants pour des antisémites. Mais ils n’arrivent plus à imposer cet ignoble leitmotiv.
    L’opposition juive à la politique israélienne grandit, et contribue à mettre en échec la prétention d’Israël à représenter les Juifs du monde entier.
    Cette opposition souligne qu’en définitive la poursuite de cette politique est aussi criminelle envers les Palestiniens que suicidaire envers les Juifs qu’elle assimile à des colons racistes.

    Mobilisons-nous pour que cesse l’impunité d’Israël !

    Soutenons la résistance du peuple palestinien !

    Le Bureau national de l’UJFP, le 6 octobre 2015

     
  • Israël : carte blanche aux colons violents (Ujfp)

    Selon Olivia Elias, économiste et auteure d’études sur la colonisation de la Palestine (1) l’explosion de la violence des colons à l’égard des Palestiniens n’est pas accidentelle mais structurelle. « Les colons violents peuvent agir d’autant plus aisément qu’Israël a laissé s’instaurer une culture d’irrespect à l’égard de la loi et d’irresponsabilité à tous les échelons du dispositif militaire/policier/judiciaire en place en Palestine occupée. »

    Fin juillet, une bombe incendiaire lancée à l’intérieur d’une maison palestinienne provoquait le décès d’un bébé, suivi de celui du père et tout récemment de la mère. Le slogan « Prix à payer » signait le crime. Le 26 août, un acte similaire visait d’autres membres de la famille Dawabcheh. L’onde de choc forçait le Premier ministre et le Président israéliens à sortir de leur silence habituel.

    Que ne l’ont-ils fait plutôt ? Loin d’être isolée, cette agression s’ajoute à la longue liste des violences commises quotidiennement par des colons. Le Palestine Center a publié, jour par jour et mois par mois, la liste des incidents les plus importants survenus en 2011 (2). Y figurent des attaques à l’arme blanche, des bastonnades, des destructions de maisons et bâtiments, voitures et matériel, l’arrachage/incendie de milliers d’arbres, l’abattage de bétail. A cela s’ajoutent des kidnappings, des incursions et des rodéos dans les villages avec les colons roulant sur les piétons, l’aspersion de gaz et de produits toxiques... Les enfants ne sont pas épargnés, bien au contraire.

    Durant la seule année 2011, on recense plusieurs décès et de nombreux blessés, dont certains laissés dans un état critique. Violant leurs engagements internationaux (notamment, la 4ème convention de Genève), les autorités israéliennes ont, par leur inaction et leur silence, encouragé de facto de tels actes qui rappellent le temps où le Ku Klux Klan sévissait dans le sud des Etats-Unis.

    Entre 2006 et 2011, leurs agressions commises généralement en bandes organisées ont augmenté de 315 % alors que celles exercées par les Palestiniens de Cisjordanie baissaient de 95 %, rapporte le Palestine Center. Le total atteignait 1 000 incidents en 2011, et autant en 2014 selon les experts palestiniens, soit presque 3 actes par jour. Les rapports publiés par l’ONG israélienne Yesh Din montrent la banalisation du phénomène tout en soulignant les causes. En plus d’être enracinée dans la réalité de l’occupation-colonisation, la violence des colons est encouragée par les dysfonctionnements en cascade de l’appareil militaro/policier/judiciaire en place en Palestine occupée.

    En témoigne le taux extrêmement faible de poursuites judiciaires : environ 7 % des 1 067 dossiers, ouverts par la police israélienne en Cisjordanie entre 2005 et la fin de 2014 et constituant l’échantillon Yesh Din, ont entrainé une assignation à comparaître devant un tribunal (3). Fin 2014, 57 affaires avaient abouti sur les 70 concernées avec les résultats suivants : verdict de culpabilité dans 33 cas, assortie d’une condamnation dans 20 uniquement.

    La violence des colons, un phénomène non pas accidentel mais structurel

    Toute entreprise d’occupation-colonisation qui fait cohabiter deux populations au statut inégal porte en elle les germes du racisme. Dans le cas israélien, ceux-ci sont d’autant plus vivaces que le dispositif de surveillance et de contrôle de la population occupée assigne une place essentielle aux colons. On lira avec profit, à ce sujet, l’ouvrage collectif « Une occupation civile. La politique de l’architecture israélienne » (4). Dans un chapitre consacré à l’urbanisme d’Etat, Zvi Efrat montre comment ce système est « placé pour l’essentiel entre les mains de la population civile », qualifiée de « forces de sécurité sans uniforme », qui œuvre des collines où elle réside.

    De nombreux colons remplissent ce rôle de manière passive, se contentant de profiter de leur niveau de vie supérieur en Palestine occupée. D’autres l’assument très activement dans le but avoué de rendre la vie impossible aux Palestiniens et de les pousser à partir. Ceux-là obéissent aux injonctions de leaders bien connus des services de sécurité israéliens et de rabbins extrémistes appartenant au courant national-religieux. Autrefois minoritaire, ce dernier a vu son influence grandir au fil des années. En témoignent la banalisation des discours racistes et la montée des partis d’extrême droite dont certains détiennent des postes clés au sein du gouvernement.

    Les colons violents peuvent agir d’autant plus aisément qu’Israël a laissé s’instaurer une culture d’irrespect à l’égard de la loi et d’irresponsabilité à tous les échelons du dispositif militaire/policier/judiciaire en place en Palestine occupée. Saisies du problème, les autorités ont, à leur habitude, commandité quelques rapports (le premier, en 1981, confié au Général Karp) qui sont restés sans effet. Les rapports de 1994 et 2005 notent ainsi « l’échec continu à reformer le système israélien d’application de la loi » en Cisjordanie (5).

    Un régime défaillant de délégation de responsabilité

    La responsabilité d’assurer la protection de la population occupée incombe en Cisjordanie à l’armée, laquelle peut déléguer une partie de ses pouvoirs à la police. En raison de leurs ressources et de leurs effectifs très limités, les policiers dépendent, toutefois, des soldats sur le plan opérationnel, notamment pour se rendre sur les lieux d’un incident.

    Il est vrai que, selon les ordres donnés par le pouvoir politique, la protection des Palestiniens constitue, pour les uns et les autres, une mission secondaire. Résultat : alors qu’en l’absence de la police, l’armée israélienne est autorisée à détenir et même à arrêter les présumés coupable d’agression contre des Palestiniens, les soldats se contentent le plus souvent de détourner les yeux, lorsqu’ils ne prêtent pas main forte aux agresseurs et détruisent les preuves. « Dans de nombreux cas, les forces armées et la police ont failli à leur devoir de protéger les Palestiniens », affirme Ban Ki Moon (6).

    L’impossible parcours des Palestiniens pour obtenir justice

    De multiples obstacles pour loger une plainte. Pour accéder aux postes de police situés en zone C, les victimes doivent solliciter et obtenir un permis spécial. Une fois sur place, il leur arrive d’attendre des heures l’arrivée d’un policier ne parlant pas l’arabe, ou même de devoir revenir. Il se peut aussi qu’on leur demande de fournir des titres de propriété ou une carte délivrée par un expert agréé (exigence qui a un coût élevé et que le régime foncier palestinien rend impossible à satisfaire). Enfin, si elles ont porté plainte par le passé pour d’autres incidents, elles risquent de faire l’objet de représailles de la part des policiers. Dans ces conditions, on comprend qu’elles renoncent d’autant que leur confiance en la justice israélienne est très fragile. Le traitement réservé à leur plainte n’est pas pour leur faire changer d’avis.

    Entre 2005 et 2014, 8 dossiers sur dix clos pour des motifs laissant penser à des défaillances de l’enquête,telle est la conclusion de l’enquête publiée en mai dernier par Yesh Din (7). De nombreux cas factuels illustrent l’application illusoire de la loi israélienne en Palestine occupée. Pas de protection de la scène du crime (relevé d’empreintes, vérification de la présence de caméras, archivage des images...). Impasse ou négligence aux étapes suivantes : identification des témoins et des suspects, interrogatoire, confrontation. Pas de vérification non plus de l’historique criminel des suspects ainsi que de leur alibi, etc., etc.

    La comparaison avec le traitement réservé aux Palestiniens suspects d’agressions et la diligence déployée pour identifier/arrêter ces derniers est dévastatrice pour l’image « d’Israël, Etat démocratique ». Les suites données à l’attentat contre la famille Dawabcheh n’est pas pour arranger les choses, bien au contraire. Jusqu’à présent, aucun progrès de l’enquête, aucune mesure, aucune sanction.

    En définitive, ces observations permettent d’appliquer aux colons violents le jugement lapidaire émis par Ban Ki Moon à propos des exactions des Casques bleus : « L’absence de poursuite légales… signale le règne de l’impunité (8) ». Elles relativisent aussi la réaction des autorités israéliennes qui, pour une rare fois, se sont émues des conséquences d’une situation qu’elles contribuent à banaliser et à renforcer. Une situation intenable et encore nous n’avons pas évoqué les violences de l’armée.

    La question de la responsabilité de la communauté internationale se pose également. Il est temps de prendre des mesures à l’encontre des colons violents, comme le recommandent les Consuls européens en poste à Jérusalem-Est. Il est temps d’assurer une protection internationale à la population palestinienne. La France et l’Europe disposent de moyens de pressions ; quand se décideront-elles à les utiliser ?

    vendredi 2 octobre 2015 par Olivia Elias

    01 OCTOBRE 2015 | PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART


    (1) La « Palestine occupée, la colonisation à marche forcée », cahiers de l’AFPS, février 2013. Et aussi « Le dé-développement économique de la Palestine », AFPS, octobre 2013.

    (2) « When Setters Attack », Palestine Center 2012. Voir aussi : Olivia Elias, Palestine occupée, la colonisation à marche forcée, dossier « Carte blanche à la violence des colons », AFPS, février 2013, pp. 53 à 77.

    (3) « Datasheet, May 2015. Prosecution of Israëli Civilians Suspected of Harming Palestinians in the West Bank », Yesh Din Monitoring figures (les statistiques n’incluent pas Jérusalem-Est).

    (4) Publié sous la direction d’Eyal Weizman et Rafi Segall, Editions de l’imprimeur, 2004.

    (5) « Israeli settlements in the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem, and the occupied Syrian Golan », rapport du Secrétaire général à l’AG de l’ONU, A/66/364, 16 September 2011, § 22.

    (6) ibidem, § 30.

    (7) Mock Enforcement, The Failure to Enforce the Law on Israeli Civilians in the West Bank », Yesh Din, May 2015, p. 34.

    (8) Ban Ki Moon, « Tolérance zéro pour les casques bleus auteurs de viols », Le Monde, 23 et 24 août 2015, p.13.

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4420

  • Etrange tribune conjointe Hollande, Merkel, Cameron sur l’Iran (Afps)

     

    A l’annonce d’une tribune sur l’Iran des trois chefs d’Etat ou de gouvernements européens parties prenantes aux négociations sur le nucléaire, certains pouvaient attendre qu’ils ouvrent des perspectives à la hauteur des bouleversements de la région, à l’heure où, aux Etats-Unis, Obama vient de franchir l’obstacle du Congrès et peut enfin valider l’accord.

    Ils auront été déçus. On n’y apprend en effet à peu près rien, sinon peut-être que « ce n’est pas un accord fondé sur la confiance »

    Mais ce qui est troublant, c’est le paragraphe concernant Israël :

    « Nous condamnons sans aucune ambigüité la non reconnaissance par l’Iran de l’existence d’Israël ainsi que le langage inacceptable des dirigeants iraniens à propos d’Israël. La sécurité d’Israël est, et restera, une question de la plus haute importance pour nous. Nous n’aurions pas conclu cet accord sur le nucléaire avec l’Iran si nous ne pensions pas qu’il fait disparaitre une menace qui pesait sur la région comme sur le régime de non-prolifération dans son ensemble. ».

    Ainsi, alors que Netanyahou n’a cessé de chercher à torpiller l’accord par des ingérences grossières et répétées auprès du Congrès, alors qu’il a constamment falsifié les données sur la « menace iranienne », en contradiction avec ses propres responsables du renseignement, le trio européen n’a aujourd’hui rien d’autre en tête que ressasser un soutien à Israël comme si celui-ci était sous le coup d’une menace existentielle. L’existence, bien réelle d’un puissant arsenal nucléaire israélien, hors contrôle des experts internationaux, ne mérite pas par contre d’être seulement mentionnée. Comme si c’était, aux yeux de nos responsables européens, un « non problème » pour les Etats de la région et, en tous cas, pas une question de prolifération !

    Quant à la condamnation de la non reconnaissance d’Israël, elle a quelque chose de presque cocasse. Que l’on sache la grande majorité des pays arabes ne reconnaissent pas Israël. Et l’initiative de paix arabe présentée dès 2002, saluée par l’UE et soutenue par les 57 pays de l’Organisation de la Coopération Islamique, y compris l’Iran, offre à Israël une normalisation complète des relations en échange de l’évacuation totale des territoires occupés en 1967. Sans avoir suscité de la part des divers gouvernements israéliens la moindre considération. Sans doute parce qu’elle a le tort de trop s’appuyer sur le droit international.

    Alors Mme Merkel, MM. Cameron et Hollande, devraient revoir leur copie et enfin montrer l’exemple pour faire bouger l’Iran. Ils le peuvent en reconnaissant sans conditions l’Etat de Palestine dans les frontières d’avant 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. François Hollande, après le récent et fort discret sommet inter-gouvernemental franco-palestinien, doit en saisir l’occasion dès mardi en recevant le Président Mahmoud Abbas.

    Ce serait, n’en doutons pas, un encouragement à l’Iran pour reconnaître l’Etat d’Israël… le « moment venu », quand celui-ci saura saisir la main tendue depuis 2002.

    Le Bureau national

    Communiqué de l’AFPS, lundi 21 septembre 2015

    http://www.france-palestine.org/Etrange-tribune-conjointe-Hollande-Merkel-Cameron-sur-l-Iran

    Commentaire: Video "Gortoz a ran" (J'attends, en breton) de la musique du film "La chute du faucon noir" de Riddley Scott

  • Israël. Un chef de police, militaire et entrepreneur d’une société de «contre-terrorisme» (Al'Encontre.ch)

    La nomination de Gal Hirsch comme nouveau chef de la police en Israël a suscité quelques articles de presse soulignant les liens entre des secteurs de l’armée, des sociétés d’exportation d’armes, des entreprises israéliennes dites de sécurité agissant à l’échelle internationale et la police du gouvernement Netanyahou.

    Ainsi, le quotidien Haaretz, en date du 28 août, citait les états de service de l’ex-commandant de la Brigade de Galilée brigadier Gal Hirsch à la tête de sa société Defensive Shield Holding. Depuis 2007, la firme a été active en Géorgie, accompagnant l’encadrement militaire israélien. Ses «spécialistes» ont pris part à des entraînements de troupes spéciales au Kazakhstan! Defensive Shield recrute parmi les corps d’élite de l’armée israélienne.

    Elle a aussi servi à l’organisation de systèmes de sécurité de la Principauté de Monaco. Elle est active en Amérique latine et en Afrique. Gal Hirsch est aussi actionnaire de la société Nirtal (Training & Supply of Combat Equipment LTD), spécialisée entre autres dans «le contre-terrorisme», «la guerre sur des terrains urbains».

    Gal Hirsch déclarait le 26 août: «La police israélienne, hommes et femmes, de vrais combattants, ont été pendant de nombreuses années mes frères et sœurs, des frères d’armes et des partenaires au cours de nombreuses missions.» Sa nomination confirme le type de bloc politico-militaire-policier dominant en Israël. Haggai Matar, dans sa brève note, éclaire le personnage militaire-policier. (Rédaction A l’Encontre)

    Il faut savoir trois choses au sujet de Gal Hirsch, le nouveau chef de la police d’Israël, qui a soutenu les routes ségréguées et le tir contre un jeune Palestinien.

    1. Pendant la seconde Intifada [qui commença en septembre 2000 suite à la présence d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des Mosquées] après un certain nombre de coups de feu et de cocktails Molotov lancés par des Palestiniens contre des voitures israéliennes, le nouveau chef de la police, Gal Hirsch, avait interdit aux Palestiniens d’emprunter la Route 443. Elle est ainsi devenue une route destinée aux seuls Israéliens. Or, cette route avait été construite sur des terres privées et publiques palestiniennes, avec un accord qu’Israël accepterait qu’elle serve de route pour les résidents locaux palestiniens. Cette interdiction a également créé une situation paradoxale où les Palestiniens voulant tirer sur des voitures israéliennes pouvaient le faire plus facilement, puisque la route était réservée exclusivement aux Israéliens. En 2009, la Cour suprême a rejeté la politique raciste de ségrégation pour la Route 443. Cependant l’armée a trouvé des moyens de contourner cette décision. Aujourd’hui, même si les Palestiniens sont autorisés à emprunter cette route, l’organisation du trafic fait en sorte de les détourner vers des routes alternatives, moins bonnes.

    2. Après avoir été obligé de quitter l’armée suite à la deuxième guerre contre le Liban [juillet-août 2006], Gal Hirsch est devenu un entrepreneur indépendant et a lancé une compagnie appelée «Pilier de défense, du nom de l’opération de 2002 à Gaza dans laquelle il a servi comme général en chef. Le site de cette entreprise révèle qu’elle est spécialisée dans l’approvisionnement d’équipement de combat militaire et policier et fournit entre autres des conseils en matière de sécurité.

    3. Hirsch a fait partie de ceux qui ont soutenu Israël Shomer, le commandant de brigade qui a abattu un jeune palestinien [Muhammad al-Casba, 17 ans] ayant lancé des pierres contre son véhicule en lui tirant trois balles dans le dos et dans la tête [mars 2015]. Hirsch a décrit le garçon comme étant un «terroriste» et a justifié ses tirs, malgré une vidéo qui montre clairement que Shomer a choisi de sortir de son véhicule militaire, de prendre en chasse le jeune Palestinien qui tentait de fuir et de lui tirer dans le dos, alors que sa vie n’était pas menacée. (Article paru sur le site israélien +972 le 26 août 2015; traduction A l’Encontre) Par Haggai Matar

    Publié par Alencontre le 28 - août - 2015
     
  • Tel-Aviv Gaza, match nul (Ujfp)

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    Une équipe de chaque côté, un arbitre au milieu, le public autour et la balle au centre. Vous connaissez.

    Sauf que là, on voit que l’une des équipes n’a pas de chaussure, que les joueurs ont des maillots en loque, des pansements, des béquilles et des bras cassés. De l’autre côté, par contre, ils sont suréquipés, bottés, robotisés, informatisés, sur-armés avec des chars, des hélicos, des drones. Un énorme rouleau compresseur face à un moucheron. Et pourtant l’arbitre fait comme si de rien n’était, comme si il y avait deux camps équivalents, de même force et de même niveau.

    Grotesque ? C’est pourtant exactement ce que font la plupart des médias avec « le conflit israélo-palestinien » Depuis tant d’années deux camps face à face se disputent bêtement un territoire alors qu’ils pourraient vivre en paix comme les frères qu’ils sont en vérité. Ah, comme c’est regrettable !

    On vient de le voir encore à Paris. Paris l’été se transforme en Paris Plages. On met du sable, des parasols, des chaises longues, des jets d’eau le long de la Seine. Et la ville de Paris invite une ville étrangère. Cette année c’était Tel-Aviv. Tel-Aviv sur Seine. Les supporters de Tel-Aviv étaient contents. Les supporters de l’autre camp n’étaient pas contents. Ils sont venus manifester au nom de Gaza.

    Gaza contre Tel-Aviv. Séparés par un épais mur de flics devant des touristes hébétés. Cinq cents policiers et gendarmes étaient mobilisés et presque autant de journalistes. « Une métaphore du conflit israélo-palestinien » on dit les médias. « Êtes-vous pour, êtes-vous contre ? » ont demandé les médias. Car un vrai journaliste ne prend pas partie, il incarne l’objectivité et le juste milieu. Plus vous vous écartez du juste milieu plus vous êtes extrémiste. Ce qui n’est pas bien car les extrêmes se rejoignent. Le vrai journaliste renvoie les deux camps dos à dos ou face à face et passe a autre chose.

    Le match nul Gaza - Tel-Aviv a rappelé toute la violence cachée sous la fausse objectivité médiatique.

    En vrai, entre Tel-Aviv et Gaza c’est quelques dizaines de kilomètres. À Gaza 1.800.000 habitants vivent dans une seule cage. Il y a un an, en toute impunité, l’armée israélienne a massacré plus de 2.200 personnes, essentiellement des civils, dont 550 enfants. Les dégâts sont énormes, la station électrique, et la station d’épuration ont été détruites. On manque de tout, à peine quelques heures d’électricité par jour, presque plus d’eau potable. Tout vous pousse à la violence ou à la fuite ou à l’abattement. C’est fait pour.

    Selon un rapport de l’Assemblée nationale, 90% de l’eau extraite de l’aquifère à Gaza est impropre à la consommation. Les territoires palestiniens ne disposent aujourd’hui que de 18% des ressources aquifères et n’ont aucun accès aux eaux de surfaces, ce qui leur confèrent 10% de l’eau disponible contre 90% pour les Israéliens.

    Ces chiffres sont connus. Enquêtes et infos sur toutes les formes d’oppressions brutales ou rampantes infligées aux palestiniens, sont en grande partie accessibles.

    Les Palestiniens sont très loin de contrôler leur territoire. « Israël exerce un contrôle quasi total sur les territoires, l’espace aérien et les eaux territoriales, les zones tampons à l’intérieur de la bande de Gaza, les entrées et sorties - des personnes comme des marchandises - du territoire et les registres d’état civil », selon l’ONG Breaking the Silence.

    Il faut rappeler l’énorme puissance militaire d’Israël.

    Le budget de la défense israélien est le cinquième plus important au monde par pourcentage de PIB (6,5%) et le troisième par habitant (1.882 $/hab), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

    Les dépenses militaires tournent autour de 15 milliards de dollars annuels ces dix dernières années, dont une aide militaire américaine de 3 milliards (3,4 milliards de dollars en 2014) à quoi s’ajoute l’aide destinée à financer le bouclier antimissile Iron Dome, ce qui « garantit à l’État hébreu un "avantage qualitatif" sur tous les autres pays de la région », selon le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). Il faut rappeler aussi qu’Israël est un des plus puissants marchand d’arme du monde.

    Aucune nouveauté dans ces informations. Elles sont connues par les médias et aisément accessibles. Alors pourquoi tant de pudeurs et de ménagements pour informer sur le rapport de force entre Tel-Aviv et Gaza ? La réponse est simple et chaque journaliste la connaît. C’est la trouille du chantage à l’antisémitisme. Une grosse ficelle, mais qui marche toujours et qui terrorise toujours dans les rédactions sans qu’il soit même nécessaire d’en parler.

    Le reptile de l’antisémitisme rampe toujours et doit faire l’objet de toute les vigilances. Mais c’est aussi une arme très utilisée et très efficace par dissuader et discréditer toutes critiques de la politique israélienne. Mille fois cette stratégie indigne a été dénoncée et démasquée. Indigne, car elle banalise l’antisémitisme. Mais elle revient encore et encore. Et elle gagne et elle fait taire. Voilà ce qui explique le malaise et presque la nausée en rentrant à Paris en ce pourtant joli mois d’août.

    À (ré)écouter, un entretien avec la grande historienne israélienne Idith ZERTAL auteur du livre Les Seigneurs de la terre, une histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés : Les seigneurs de la terre (11/12/2013), Télécharger le MP3 ; Programmation musicale : MAP : "Palestine".
    Une émission diffusée pour la première fois dans "Là-bas si j’y suis" le 11 décembre 2013.
    Entretien : Daniel MERMET
    Réalisation : Franck HADERER et Guillaume GIRAUD

    Depuis 1967, en violation du droit et des lois, la colonisation rend la paix impossible et constitue la source empoisonnée de nombreux conflits, de violences et de souffrances à travers le monde.

    Autres références

    À lire  :
    Les Seigneurs de la Terre, d’Idith Zertal et Akiva Eldar, Éditions du Seuil, 2013
    - Palestine, Joe Sacco, 1996

    À voir  :
    The Gatekeepers, un documentaire de Dror Moreh (Les Films du Poisson, 2012, 95 min)

     
    lundi 17 août 2015par Daniel Mermet