Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Histoire - Page 3

  • La France « nation universaliste » ou comment légitimer l’impérialisme et la présence post-coloniale (Tendance Claire)

    L'hypocrisie du programme de la « France insoumise » éclate dans le chapitre 5: « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ».

    Derrière un discours pacificateur, Mélenchon veut « redonner » à la France un statut de « puissance », en tête d’un regroupement excluant les USA désignés implicitement comme « le seul méchant impérialisme ». L'objectif : être hégémonique notamment au sein de l'ONU et « face au désordre libéral et au changement climatique » imposer « un monde ordonné ». Mélenchon célèbre l’ONU comme « organe légitime pour assurer la sécurité collective » alors que comme son ancêtre la « Société des nations », c’est la « caverne des brigands » (Lénine), lieu de confrontation des principales puissances impérialistes. En effet, il est illusoire de croire et de faire croire que, dans un monde capitaliste, les États peuvent ne pas chercher à tirer leur épingle du jeux pour que leurs économies respectives se portent mieux que celles des autres. La compétition économique est nécessaire pour la survie des capitalistes.

    Dès le chapeau introductif, le ton est donné et c'est le chef lui même qui est cité : « Nous sommes une Nation universaliste […] Notre ancrage est en Méditerranée et avec les peuples francophones du continent africain, là où va se façonner l’avenir. »

    Il n'y a pas de meilleures façons pour affirmer que l'objectif est de maintenir une réelle présence post-coloniale et de maintenir sous tutelle les « peuples francophones », c'est à dire les peuples victimes de l'impérialisme et de la colonisation. Et que veut dire l’« avenir se façonne » ? S’il s’agit d’une nouvelle source de profit pour les capitalistes, alors nous le combattrons, et s’il s’agit d’un soulèvement de masses pour renverser le système, alors nous le soutiendrons.

    Dans le même temps, Mélenchon proclame qu'il faut « refuser la logique de choc des civilisations » (A1) et surtout « qu’il « faut arrêter les guerres », (F) pour permettre à chacun de vivre chez soi. Très bien mais alors pourquoi se félicite-t-il quand son ami Dassault vend des armes au monde entier ?1Puisque le secteur de l’armement est un des « fleurons » de l’économie française2, un défenseur de la « puissance » de la France comme Mélenchon n’y mettra aucune entrave.

    En outre, l'arrêt des guerres n'aura jamais lieu dans le cadre du capitalisme, car, comme l'a déclaré un des modèles de Jean Luc « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jean Jaurès).

    Dans un capitalisme en crise, les capitalistes se battront de plus belle pour l'accaparement de richesses ! Pour engager de telles combats, les différents États au service des classes capitalistes nationales, sont toujours prêts à engager des guerres sanglantes (même s’ils prétextent des causes humanitaires et démocratiques). Seul.e.s les travailleurs/euses organisé.e.s et conscient.e.s de leur intérêts communs pourront mettre fin aux guerres capitalistes en mettant à bas ce système. Nous opposons l’internationalisme ouvrier aux arrangements entre impérialistes au sein de l’ONU.

    Mélenchon prétend vouloir « changer de stratégie » et rompre avec les pratiques actuelles concernant les relations internationales.

    Il n'a de cesse de parler de « diplomatie » et de « paix » mais toujours dans le même cadre : celui d'accords entre dirigeants de grandes puissances qui vont intervenir dans tel ou tel pays, avec la légitimité du plus fort. Il n'a de cesse de parler de l'ONU comme étant le « seul organe légitime pour la sécurité collective » (C1). Lorsque Sarkozy envahissait la Libye, le seul reproche que lui faisait Mélenchon était de n’avoir pas suffisamment agi dans le cadre de l’ONU… Mais qu’est-ce que cela aurait changé pour la Libye, qui a été durablement déstructurée ?

    Mais faut-il lui rappeler que siègent au conseil de sécurité de l'ONU les plus gros marchands d'armes et les pays qui ont causé le plus d'horreur dans le monde, dont la France ?

    Faut-il lui rappeler que l'ONU est simplement un outil de légitimation du pouvoir des grandes puissances atomiques ? Faut il lui rappeler qu'on n’apporte pas la paix les armes a la main ? Ce qu’il propose réellement s’apparente en fait à une politique impérialiste « à visage humain ».

    Concernant la Françafrique, il indique qu’il faut « respecter l’indépendance des États africains et la souveraineté des peuples en s’interdisant de se mêler des élections et réprimant les corrupteurs ».(I1) Louable promesse… Mais pas très explicite ! Dans le tandem France-Afrique, ce sont les capitalistes français comme Total, Orange, Vivendi et Bolloré qui sont les principaux corrupteurs. Il est nécessaire de les exproprier, et de donner le contrôle de leurs implantations en Afrique aux peuples eux-mêmes, à qui leurs ressources reviennent de plein droit ! Mélenchon n’a aucune intention de faire cela, même pas l’intention de nationaliser ces groupes.

    Chez Mélenchon, mettre fin à la Françafrique signifie respecter « l'indépendance des États ». Il devrait préciser comment : en mettant fin au franc CFA, en expropriant les grands patrons français comme Bolloré qui obtiennent des chantiers de construction monumentaux, en retirant toutes les forces armées qui occupent des pays entiers etc etc. Jamais Mélenchon n'y fait allusion, il se contente simplement de vagues postures. La réalité est qu’objectivement, il se retrouverait à la tête d’une France impérialiste qui continuerait à soumettre ses néo-colonies.

    Concernant la Syrie, Mélenchon veut une politique « pour l’éradication de Daech, le retour à la paix, la transition politique et la reconstruction de la Syrie »(G). Que signifie la paix en Syrie pour Mélenchon, lui qui appelle de ses vœux a « organiser des élections libres et pluralistes sans ingérences étrangères sous surveillance de l'ONU (donc avec ingérence) pour que le peuple syrien souverainement et démocratiquement de ses dirigeants » (G3).

    Assad a réussi à maintenir son pouvoir par la force grâce au soutien de ses alliés russes et iraniens. Des villes entières ont été rasées pour cela, 6 millions de personnes ont été déplacées et plus 350 000 tuées. Plus de 17 000 personnes ont été enfermées, torturées et tuées dans les geôles du »régime ». Aucune élection libre ne pourra avoir lieu avant des dizaines d'années dans un pays qui vit une guerre civile depuis plus de 5 ans et où il n'existe plus aucune force politique organisée si ce n'est les forces armées kurdes du PYD.

    De fait, sous un vrai langage politicien de vieux baroudeur de la politique, Mélenchon légitime le pouvoir d'Assad et se propose, comme généreux humaniste « d'organiser à Paris une conférence internationale pour la reconstruction de la Syrie et le retour des réfugiés en intégrant la partie kurde aux négociation de paix » (G4). Pour parler clairement, Mélenchon nous dit qu'il veux mettre autour de la même table boucher et victimes. Cela est honteux et montre la vraie nature de l’humaniste qui veux « instaurer l'indépendance de la France au service de la paix », c'est à dire traiter et légitimer un dictateur dans le but de lui renvoyer « ses » réfugiés. Notons de plus l'hypocrisie quand à son prétendu soutiens au forces kurdes lorsqu'il annonce « la garantie de l'intégrité de l’État syrien et de ses frontières »(G3). De fait, le Kurdistan syrien, le Rojava, est une enclave qui revendique la pleine possession de ces terres. On ne peut à la fois vouloir soutenir les Kurdes et Bachar Al Assad qui leur a annoncé récemment que leur « autonomie était provisoire ».

    La question des frontières est évoquée et les choses sont claires : « Refonder la politique européenne de contrôle des frontières extérieures et refuser la militarisation de la politique de contrôle des flux migratoires » (F3). L’Europe de Mélenchon serait toujours une Europe forteresse. Il assume d’ailleurs clairement qu’il n’a « jamais été pour la liberté de circulation ».3 La France insoumise chante l'Internationale à la fin de ses meetings, proclame qu’il faut « respecter la dignité humaine des migrants », mais cela ne restera que des mots. Des migrant.e.s continueront à mourir noyé.e.s en Méditerranée, en tentant de passer au travers du « Frontex à visage humain ».

    Mélenchon dit qu’au lieu d’accueillir les migrant.e.s, il faut éviter qu’ils émigrent en aidant leurs pays à se développer…

    Bien évidemment que ces hommes, femmes et enfants, la plupart du temps auraient préféré ne pas avoir à tout quitter. Mais ce sont les pays impérialistes du Nord, dont la France, qui profitent et entretiennent la misère et les guerres. La « realpolitik » de droite ou de gauche, comme celle de Mélenchon, conduit à épouser les intérêts impérialistes de la France et à prétendre ensuite qu’on ne peut accepter « toute la misère du monde ». La France insoumise, toujours dirigée par le CAC40, contribuerait toujours à piller le Sud, et à fermer la porte à celles et ceux qui fuient la misère. Nous refusons fermement cette position. Nous voulons renverser le capitalisme pour pouvoir à la fois accueillir en urgence les migrant.e.s, et permettre à tous les peuples de satisfaire leurs besoins de façon égalitaire.

    Ajoutons à tout ce merveilleux programme quelques petites touches un peu réacs de type « Unir le petit bassin méditerranéen autour d'objectifs communs de progrès » (J). Le chapeau est clair « Ne nous résignons pas à voir la mer Méditerranée devenir seulement un cloaque ou un cimetière pour migrants. Il y a tant d’intelligence et tant à faire autour d’elle. Reprenons le fil de l’histoire de l’humanité, faisons place à l’intelligence, à la culture, aux coopérations techniques, scientifiques, écologiques. La France doit assumer la responsabilité particulière créée par son histoire, sa géographie, sa langue, la richesse et la diversité de son peuple ». La France doit assumer sa responsabilité particulière c'est à dire être hégémonique dans cette zone.

    Terminons par un peu de nostalgie quant à la belle francophonie qui est « un trésor à faire vivre pour un monde meilleur et d'avantage mis en commun »(K) et nous avons là le discours du parfait néo-colon.

    Finalement, même si c’est noyé au milieu de dizaines de propositions, le programme complet de la FI et de JLM tient en une phrase au début du chapitre I : « Un autre monde est possible. Plus juste, plus ordonné, plus écologique et moins soumis à la finance. ». Aucune remise en cause de la propriété privée ou du capitalisme, simplement un faible désir chimérique d'un monde injuste un peu moins injuste. Outre l’utopie du concept, il s’agit aussi d’un monde plus juste dans lequel la France sera un moteur, comme lorsqu'elle « apportait la civilisation ». Un monde plus ordonné dans lequel la France tranchera les litiges internationaux « au service de la paix » : un jour en soutenant un dictateur, le lendemain en vendant des Rafales. Finalement, un monde ou des politiciens au service des capitalistes (français) décident à la place de tout le monde : rien de vraiment neuf sous le soleil !

    Tendance CLAIRE ( 8 mars 2017)

    1 France Inter, 1er février 2012

    2 La France est au coude à coude avec la Russie pour la deuxième place des pays plus gros vendeurs d’armes…

    3 http://www.europe1.fr/emissions/ledito-politique-dyves-threard/migrants-jean-luc-melenchon-muscle-son-discours-et-cree-le-malaise-a-lextreme-gauche-2856280

    http://tendanceclaire.org

    Commentaire: La "Tendance Claire" est un courant d'opinion du NPA.

  • Front populaire et mythologie politique: «l’oubli» des colonisés (Anti-k)

    LR:Un petit rappel sur le colonialisme… 14 MARS 2016 – PAR OLIVIER LE COUR GRANDMAISON  BLOG : LE BLOG DE OLIVIER LE COUR GRANDMAISON

     

    Le Front populaire et ses grandes figures du mouvement ouvrier français sont de nouveaux sollicités par certains qui pensent y trouver des orientations et des modalités d’action susceptibles de les aider à résoudre les problèmes présents. Il faut rappeler que les audaces réformistes des uns et des autres n’ont, à l’époque, jamais atteint les territoires de l’empire.

    En ces temps de crise économique, sociale et politique, le Front populaire et ses grandes figures du mouvement ouvrier français sont de nouveaux sollicités par certains de nos contemporains qui pensent y trouver des orientations et des modalités d’action susceptibles de les aider à résoudre les problèmes présents. A quoi s’ajoute, cette année, le quatre-vingtième anniversaire de cet événement réputé fondateur au cours duquel, grâce à la grève générale, aux occupations d’usines et aux réformes du gouvernement conduit par Léon Blum, des victoires essentielles furent remportées contre le patronat et une droite hostiles à tout changement. Augmentation des salaires de 12%, réduction du temps de travail hebdomadaire à 40 heures et deux semaines de congé payé, tels sont les principaux acquis sociaux arrachés de haute lutte par celles et ceux qui s’étaient mobilisés de la mi-mai au mois de juin 1936. Nul doute, cette conjoncture va être l’occasion de nombreuses commémorations et initiatives diverses destinées à célébrer ces événements. Nul doute, aussi, les premières vont contribuer à réactiver une histoire édifiante et pour cela trop souvent oublieuse de certaines réalités susceptibles mettre à mal mythologies syndicales et partisanes.

    Fort soucieux du sort des ouvrier-e-s français, la SFIO, le parti communiste et la CGT furent beaucoup moins sensibles à la condition autrement plus dure des colonisés, et les audaces réformistes des uns et des autres n’ont, à l’époque, jamais atteint les territoires de l’empire. Là-bas, les autochtones n’étaient pas citoyens mais « sujets, protégés ou administrés français » privés, pour l’écrasante majorité d’entre eux, des droits et libertés fondamentaux. De là plusieurs conséquences majeures qui éclairent le statut singulier de ces « indigènes. »

    Nonobstant quelques situations particulières, somme toute marginales, ils ne jouissent d’aucune prérogative politique : ni droit de vote, ni liberté d’association et de réunion, ni liberté de la presse. Enfin, dans la plupart des possessions d’outre-mer, ils sont soumis à des dispositions d’exception telles que la responsabilité collective et l’internement administratif à quoi s’ajoutent de nombreuses mesures répressives réunies dans différents codes de l’indigénat. Le premier est adopté en Algérie le 9 février 1875. Sous des formes diverses, il est ensuite étendu à la Nouvelle Calédonie (1887), à Madagascar (1899), à l’Afrique occidentale française (1904) puis équatoriale (1910).

    Aussi appelés « codes matraques » par leurs détracteurs, ces codes de l’indigénat organisent « un régime spécial » et « exorbitant » au regard des principes de la République, note le juriste J. Aumont-Thiéville en 1906. Et le même, qui approuve l’ensemble de ces dispositions, de préciser que leurs fonctions principales sont de « frapper » et de « réprimer » les « indigènes » pour « maintenir notre domination » et « assurer la sécurité des colons. » Lumineux. Voilà un spécialiste du droit colonial à qui on ne saurait reprocher d’utiliser des formules délicatement euphémisées pour rendre compte des fins poursuivies par ces codes.

    Telle est la situation imposée aux autochtones des possessions françaises lorsque le Front populaire triomphe en métropole. Qu’ont fait le gouvernement et la majorité qui le soutenait alors pour mettre un terme à ces mesures discriminatoires et au racisme d’Etat dont elles sont l’expression ? Rien. Depuis longtemps convertis à la défense de l’empire voire à son extension, lorsque des opportunités se présentent, la majorité de la SFIO et Léon Blum sont convaincus que les « indigènes » ne sont pas des semblables susceptibles de jouir de prérogatives politiques identiques à celles des citoyens. Avec beaucoup de ses contemporains républicains et radicaux, le dirigeant socialiste partage une conception hiérarchisée du genre humain, laquelle permet d’atteindre les fondements doctrinaux de ses positions. A preuve le discours qu’il a prononcé à la Chambre des députés lors des débats relatifs aux crédits nécessaires à la poursuite de la guerre au Maroc onze ans plus tôt. Après avoir déclaré : « Nous avons trop l’amour de notre pays pour désavouer l’expansion de la pensée » et de « la civilisation françaises », il ajoute : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science ou de l’industrie. » (Le Populaire, 17 juillet 1925. Souligné par nous.) Vieux poncifs du discours impérial républicain que n’aurait pas renié Jules Ferry.

    Ces propos éclairent également le projet Blum-Viollette de décembre 1936 destiné à accorder la citoyenneté à environ 21 000 « indigènes évolués » d’Algérie, soit à peine 1% du corps électoral « musulman », selon les chiffres fournis par Maurice Viollette lui-même. Du suffrage universel, il n’est donc pas question car « ce serait une aventure folle de jeter ainsi au moins deux millions d’hommes non préparés dans les luttes électorales » (Le Populaire, 7 janvier 1937) affirme ce dernier qui est alors ministre. En raison de l’hostilité de nombreux élus d’Algérie et de métropole, qui accusent les socialistes de vouloir brader la « perle de l’Afrique du Nord », ce projet n’a jamais vu le jour.

    Si la direction du Parti communiste continue de défendre, dans L’Humanité, l’extension des droits et libertés démocratiques aux colonies, elle n’en approuve pas moins l’interdiction, décidée le 26 janvier 1937 par le gouvernement de Léon Blum, de l’Etoile nord-africaine dirigée par Messali Hadj. Les motifs de cette position singulière ? Tous deux sont accusés de faire le jeu des « fascistes ».

    « Sujets français » avant la victoire du Front populaire, les soixante-dix millions « d’indigènes » le sont donc restés pendant et après. Quant à la « solidarité ouvrière » tant vantée par certaines organisations politiques et syndicales, qui en ont fait un élément majeur de leur identité passée et présente, elle n’est qu’un mythe, affirme la philosophe Simone Weil en 1938. Poursuivant, elle conclut ainsi : « J’ai honte de ceux dont je me suis toujours sentie le plus proche. J’ai honte des démocrates français, des socialistes français, de la classe ouvrière française. » Terrible bilan, sinistre constat.

    Alors qu’en France, les héritier-e-s de ce passé colonial continuent d’être soumis à des discriminations systémiques qui affectent gravement leur vie quotidienne et compromettent durablement leur avenir, il est temps de solder les comptes en reconnaissant enfin cette histoire et en faisant de la lutte contre ces discriminations une priorité politique.

    O. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014.

    http://www.anti-k.org

  • Nouveautés sur "Lutte Ouvrière"

    marx  couleur.jpg

  • Benjamin Stora: Sur la colonisation (L'Anti-k)

    56cf34291345b.png

    Une phrase de Emmanuel Macron sur la colonisation, prononcée à la télévision algérienne, a provoqué de vives réactions, notamment à droite, et comme d’habitude à l’extrême-droite, qui n’a jamais abandonné son combat pour la défense de l’Empire colonial.

    «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.» La phrase de Emmanuel Macron, prononcée à la télévision algérienne, a provoqué de vives réactions, notamment à droite, et comme d’habitude à l’extrême-droite, qui n’a jamais abandonné son combat pour la défense de l’Algérie française. Des réactions à gauche également.  La ministre écologiste Emmanuelle Cosse a réagi en niant le terme de « crime contre l’humanité » à propos de la colonisation. Les réactions des dirigeants socialistes sur la caractérisation précise de la période coloniale se font encore attendre…

    Pourtant, la qualification de crime de guerre, de crime contre l’humanité, a affleuré sans arrêt dans les débats sur la colonisation depuis longtemps. Pendant la guerre d’Algérie, déjà, une série d’arguments ont été avancés par des avocats, principalement ceux du Front de libération nationale (FLN), mais aussi par l’historien Pierre Vidal-Naquet, qui a écrit La torture dans la République. Le grand rapport en1959 de Michel Rocard sur « les camps de regroupement en Algérie », qui venait de rompre avec la SFIO et fondé avec d’autres militants le PSU, a fait scandale. Il y expliquait que plus de deux millions et demi de paysans algériens avaient été déplacés de force par l’armée. Lui-même, Michel Rocard, parlait de crime contre l’humanité, parce que certains de ces paysans sont morts de faim. En 2000, Germaine Tillion, Vidal-Naquet, Laurent Scwartz, Henri Alleg et d’autres ont publié dans l’Humanité un appel qui demandait à Lionel Jospin, alors Premier ministre, de reconnaître les crimes de la guerre d’Algérie – même si leur texte ne portait pas sur l’ensemble de la colonisation.

    Dans les travaux des historiens consacrés à la conquête de l’Algérie, où des crimes ont été commis, il est raconté des massacres, des atrocités, que n’importe quel historien sérieux connaît. Des livres comme ceux de Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron, de François Maspero ou de Marc Ferro ont été publiés depuis longtemps, mais ils n’ont pas visiblement touché la sphère politique.

    Les réactions de la droite et de l’extrême droite ont été très virulentes, parlant par exemple de «crachats inacceptables sur la tombe des Français […] et des harkis morts pour la France». Pourtant, ce sont des réactions convenues. Quand l’histoire française est évoquée par ces hommes politiques, on parle des Lumières, de l’aspect glorieux de grands personnages de la nation, de la République égalitaire. Mais ils ne disent jamais les zones d’ombre de l’histoire française, en s’abritant derrière le refus de l’idée de « repentance ».

    En 2005, la loi obligeant les enseignants à évoquer l’aspect «positif» de la colonisation a provoqué un tollé- son article 4 a été retiré-. Lorsque ces hommes politiques, et les pamphlétaires ou idéologues qui leur sont proches, évoquent ces sujets ils ne prennent jamais la peine de demander leur point de vue à ceux qui l’ont vécu. Dans les pays anciennement colonisés, la condamnation de la colonisation reste forte, très développée par les historiens tunisiens, marocains, africains, indochinois… Pas un seul historien de ces pays ne dira que la colonisation avait été positive.

    Pour la droite et l’extrême droite, l’histoire de France doit être prise comme un bloc. Mais à vouloir prendre l’histoire comme un bloc, on finirait par dire qu’il ne s’est rien passé sous Vichy, ou sous la Révolution française. C’est une lecture à géométrie variable, où l’on évoque le massacre des Vendéens sans crainte de tomber dans la fameuse, et honnie, « repentance ». On ne s’intéresse qu’à une fraction, qui a souffert de la fin de cette histoire, les harkis et les rapatriés. Il faudrait pourtant  demander leur point de vue à tous les anciens colonisés, qui ont vécu dans des sociétés coloniales pendant longtemps. Il faut prendre en compte l‘ensemble aspects : si « la France a apporté les droits de l’Homme, elle a oublié de les lire », comme l’a également déclaré Emmanuel Macron. Cette contradiction entre les principes d’égalité affichés et leur non-application est d’ailleurs à la base des nationalismes anti-coloniaux. Et il semble, décidément, toujours pas possible d’admettre cela soixante ans après…

    Or, pour un jeune d’aujourd’hui, de 25 ou de 35 ans, il existe une évidence dans la reconnaissance des actes criminels qui ont été commis, dans le rapport à l’esclavage, au régime de Vichy, à la Shoah. Ce sont des séquences historiques désormais admises. Pour la guerre d’Algérie et la colonisation, on n’en est pas là. Il y a encore un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique. Les propos de Emmanuel Macron, soulèvent de l’embarras à gauche, de la protestation à droite, et de la virulence à l’extrême-droite.

    17 FÉVR. 2017 – PAR BENJAMIN STORA – BLOG : VOIX DU SUD

    http://www.anti-k.org/

    Lire aussi:

    Crimes contre l’humanité ! (NPA)

     

     

     

  • Décès de la moudjahida Djamila Amrane... (ESSF)

    djamil-amrane-daniel-minne.jpg

    Source du portrait: http://artbribus.com/2015/12/22/djamila-amrane-minne/

    Le mouvement nationale et les femmes dans la guerre d’Algérie

    On annonce ce jour le décès de l’historienne Djamila Amrane, militante de l’indépendance algérienne.

    Le samedi 26 janvier 1957, lors de la ’bataille d’Alger’, Djamila Amrane, alors âgée de 17 ans, participe à un triple attentat du FLN dans trois brasseries de la rue Michelet située dans le quartier européen. Elle pose sa bombe dans le bar Otomatic à Alger, tandis que deux autres jeunes filles déposent d’autres engins explosifs au Coq-Hardi et à La Cafeteria : ce sont Djamila Bouazza, âgée de 19 ans et Zoubida Fadila.

    Djamila Amrane échappe à l’arrestation et gagne alors le maquis FLN. Elle sera arrêtée avec certains de ses camarades en novembre 1957.

    Condamnée le 4 décembre 1957 à sept ans de prison, incarcérée à la prison de Barberousse, transférée ensuite en France, Djamila Amrane est libérée en avril 1962 à Rennes et amnistiée en application des Accords d’Évian.

    Après l’indépendance, elle devient historienne, enseigne et produit la première étude sur les femmes dans la guerre de libération.

    Marieme Helie Lucas, 11.02.2017

    Essais :

    Djamila Amrane, Les Femmes algériennes et la guerre de libération nationale, 1954-1962, 1989 [thèse]

    Djamila Amrane, Les Femmes algériennes dans la guerre, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Plon, 1991 (298 p.) (ISBN 2-259-02295-2)

    Djamila Amrane, Femmes au combat, préface de André Mandouze, Alger, éditions Rahma,1993,(298 p.)

    Djamila Amrane, Des femmes dans la guerre d’Algérie, entretiens, préface de Michèlle Perrot, Paris, Éditions Karthala, 1994 (218 p.) (ISBN 2865375102 et 978-2865375103)

    dja.jpg

    Djamila Amrane – Le mouvement national, une affaire d’hommes ? Les femmes algériennes dans la guerre

    Le mouvement national, la guerre d’Algérie : une affaire d’hommes. Il faut attendre les années 1980 pour que les premières études brisent le silence sur la place qu’y occupent les femmes. Mais les titres se comptent sur les doigts d’une main jusqu’à la soutenance, à l’Université de Reims en 1988, de la thèse, fondatrice, de Djamila Amrane. Elle est publiée sous le titre Les femmes algériennes dans la guerree chez Plon en 1991, et suivie par Des femmes dans la guerre d’Algérie en 1996 chez Karthala [1].

    Mohamed Harbi, dans Le FLN, mirages et réalité des origines à la prise du pouvoir [2] soulignait que les femmes avaient été un « apport considérable » et que, sans elles, les luttes armées urbaines n’auraient pas eu la même portée. La guerre a, en effet, mobilisé des énergies auparavant négligées. Le Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, 1926-1954 de Benjamin Stora (L’Harmattan, 1982) ne compte que six noms féminins, dont Emilie Busquant, compagne de Messali et militante algérienne à part entière. Encore, cette participation de l’épouse « d’origine étrangère » risque-elle d’être soumise à suspicion, comme le montre Albert Memmi dans son Portrait du colonisé quand il explique l’engagement de Bourguiba, Ferhat Abbas ou Messali par leur souci de compenser ces mésunions, ou de réagir à cette impasse [3].

    Relire, à un tiers de siècle d’écart, les titres phares de l’époque : L’Algérie, nation et société de Lacheraf, Le meilleur combat de Ouzegane, les Damnés de la terre de Fanon, est, en effet, une épreuve de vérité cruelle mais heuristique : la femme y est quasiment absente. Il fallait sans doute l’alliage de l’engagement militant et de la rigueur du métier d’historienne chez Djamila Amrane pour rendre justice à cette « moitié oubliée du peuple algérien ».

    Dans l’Algérie des années cinquante, où 4% des femmes sont alphabétisées, la majorité sont employées sans qualification dans l’agriculture et l’artisanat, en projection de l’espace familial, dans la domesticité, et rarement dans l’industrie. De fait, le travail salarié féminin n’existe pratiquement pas, la femme est exclue de la sphère publique et elle n’a comme statut concevable que celui d’épouse et de mère. Le droit de vote lui a été reconnu en principe en 1947, mais les modalités d’exercice de ce droit ne sont précisées qu’en 1958, dans le cadre des opérations de séduction tardives de l’autorité coloniale. Le programme nationaliste, il est vrai, ne promet pas beaucoup mieux.

    Si le militantisme féminin est une réalité, si un modèle émancipateur s’est affirmé, c’est dans le cadre du PCA et de son Union des Femmes, mais ils souffrent des contradictions du communisme algérien, de son écartèlement entre les communautés européenne et musulmane, des flous à l’égard de la question nationale qui surdétermine toute la vie de l’Algérie.

    Par quels cheminements, dans quelles conditions les femmes participent-elles à la lutte armée ? Djamila Amrane dans la partie la plus longue, la plus fouillée, la plus originale de sa thèse, et dans les entretiens de son second ouvrage, suit ces itinéraires vers le maquis et la guérilla urbaine. Modèle du père, du frère, rôle des medersas (des écoles primaires influencées par les nationalistes), importance de la sociabilité féminine à travers les fêtes, rôle de la chanson, des orchestres de femmes dans la diffusion de la culture militante, ces vecteurs sont bien montrés. Dans tout cela, il n’y a pas d’affirmation féministe. Les tâches de combattantes les maintiennent dans leur statut traditionnel, dans le cercle de leur condition. Aux maquis, elles sont infirmières, cantinières dirait-on pour les deux tiers ; dans la bataille d’Alger, elles assurent le transport des armes... Mais, même ainsi cantonnée, cette irruption ne pouvait laisser les choses en l’état : les tâches les plus modestes, celle de guide, le ravitaillement, l’hébergement..., transgressent les rôles sexuels. Les belles pages consacrées aux prisons, à leurs souffrances mais aussi à la sororité qui nourrit la solidarité montrent que des frontières sont brisées.

    Qu’en reste-t-il une fois l’indépendance acquise ? 11 000 fiches, soit 3,1% du total des Moudjahiddin recensés officiellement. Pourquoi cet engagement n’a-t-il pas été assorti d’une modernisation du statut de la femme ? L’Algérie n’est pas, loin de là, un cas unique : que l’on pense à la France de 1789, au Liban... ni les révolutions ni les mouvements nationalistes n’ont libéré les femmes. Mais le cas algérien a des aspects originaux. Il faut les rechercher dans l’idéologie du mouvement de libération comme le montrent les textes fondamentaux, ceux du Congrès de la Soumam en 1956 (dont la lecture laisse pantois) et de Tripoli en juin 1962, où sont jetées les bases d’une Algérie bien peu nouvelle pour les femmes.

    Certes, le Congrès de Tripoli reconnaît, dans un bref passage, « qu’il existe dans notre société une mentalité inégalitaire quant au rôle de la femme » et souligne la nécessité d’une évolution. Mais le FLN n’est pas à l’avant-garde : les maquisardes réfugiées en Tunisie ont dû faire une grève de la faim pour obtenir le droit de sortir librement et de faire des études !

    Djamila Amrane fournit quantité d’exemples du désenchantement national qui suit la fête de l’été 1962, de ce désespoir qui a conduit certaines au suicide ou à la folie. « Nous avons l’indépendance, mais que reste-t-il de moi ? » s’interroge une militante (p. 268). Quelques unes ont « réussi » dans l’establishment, mais la seconde assemblée nationale ne comptera que deux députées ! La suppression de l’émission radiophonique de Fadela Mrabet en 1964, puis son éviction de l’enseignement en 1967 pour cause de libre parole sonnent le glas de L’Algérie des illusions [4].

    Il faut bien admettre que, dans une partie de la société, l’indépendance s’accompagne d’un regain du traditionalisme, que « les ancêtres redoublent de férocité » comme le dit Kateb Yacine. Quant aux progressistes, ils ont posé le problème de l’égalité, à partir et en fonction de la seule légitimité nationaliste, non sur une base féminine spécifique.

    Sur ce point et sur le poids de l’islam, Djamila Amrane est peut-être trop discrète. Il est vrai que les déchirures récentes imposent une nouvelle lecture de la guerre de libération.

    Les réactions négatives face au premier livre de Assia Djebar, Les Impatients, qui posait les problèmes de la crise des relations entre hommes et femmes, de l’impossibilité du couple, montrent que le féminisme, comme mouvement autonome, n’est pas pensable alors. De même, le récit de Fatma Amrouche, Histoire de ma vie, publié par Maspero en 1968 avec une préface de Kateb Yacine promettant que ce livre serait lu dans toutes les écoles, n’a-t-il eu que des échos limités en Algérie, parce qu’il ne s’inscrit pas dans les canons nationalistes.

    Alors qu’il était partie intégrante du mouvement de libération nationale, l’engagement de « métropolitaines », ainsi que des militantes européennes et juives « pieds noires », a lui aussi été occulté. Minoritaire, infime si on le jauge en termes statistiques, il avait cependant une portée antiraciste, il ouvrait les voies de l’internationalisme et des acquis féministes qui lui étaient liées, ainsi que les horizons de l’universalité qui ont tant fait défaut au nationalisme algérien. Une des limites de la culture politique de l’Algérie indépendante a, en effet, été l’ignorance, le refoulement de la part non arabo-musulmane de son histoire.

    Claude LIAUZU

    Référence électronique

    Claude LIAUZU, « Djamila AMRANE, Les femmes algériennes dans la guerre, Plon, 1991 ; Des femmes dans la guerre d’Algérie, Karthala, 1996. », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 9 | 1999, mis en ligne le 21 mars 2003, consulté le 12 février 2017. URL : http://clio.revues.org/307

    Notes:

    [1Il faut aussi rendre hommage au travail de Monique Gadant, à sa thèse Islam et nationalisme en Algérie, L’Harmattan, 1988, qui aborde le problème des femmes dans le discours du FLN, à ses articles dans Peuples Méditerranéens, ainsi qu’à sa coordination de recherches internationales sur « Femmes et argent », « Femmes et pouvoir ». Avant elle, Christiane Souriau avait, parmi les premières en France, ouvert les voies d’une recherche.

    [21980, Ed. Jeune Afrique.

    [3Cf. L’édition de 1966, p. 176, chez Jean-Jacques Pauvret.

    [4Titre de T. M. Maschino et Fadela Mrabet, Robert Laffont, 1972, qui suit La femme algérienne de 1964 et Les Algériennes de 1967.

    , par HELIE LUCAS Marieme, LIAUZU Claude

    http://www.europe-solidaire.org/

  • Nabila Djahnine (PST)

    pst.jpg

     
     
    Place Said Mekbel Béjaia

    Il y a 22 ans, le 15 février 1995, notre camarade Nabila DJAHNINE a été assassinée à l’âge de 29 ans à Tizi Ouzou par un commando du groupe islamiste armé.

    A cette époque, Nabila dirigeait courageusement la résistance et le combat des femmes dans cette région, à travers l’association qu’elle présidait « Tighri N’tmatuth » et les coordinations et les mobilisations nationales des femmes contre le projet obscurantiste islamiste et contre les lois et les pratiques conservatrices du pouvoir et de la société.


    Mais, l’engagement politique de Nabila ne se réduit pas à cette dernière bataille. Depuis sa tendre adolescence, Nabila s’est imprégnée des luttes démocratiques et sociales qui rythmaient la vie de sa famille et de sa ville natale, Béjaïa. C’est dans le sillage de l’engagement de son frère aîné Badredine, dirigeant national du mouvement étudiant à partir de 1984/85, puis dirigeant syndicaliste dans l’éducation, et de sa sœur aînée Soraya, militante syndicaliste à la Sonitex, que Nabila allait s’abreuver, à l’instar des autres frère et sœurs, des idées marxistes et de la lutte des classes.

    Ainsi, elle s’engage vers 1986/87 au sein du Groupe Communiste Révolutionnaire (GCR), alors clandestin, devenu en 1989 PST. Dirigeante du mouvement étudiant à Tizi Ouzou, où elle suivait ses études supérieures en architecture, elle s’est impliquée dans les mobilisations du MCB et a participe à ses assises en 1990.

    Au premier congrès public du PST, en Mai 1991 à Tipaza, Nabila est élue à sa Direction Nationale. Plus tard, vers 1993, Nabila se concentre particulièrement sur son engagement féministe et, sans aucun reniement de son engagement socialiste, cesse son fonctionnement dans le parti. Loin de rendre compte de son riche parcours militant, ce modeste rappel restitue quelques aspects de son engagement sans limites pour un idéal qui nous est commun et pour lequel, en dépit des menaces sur sa vie, elle a continué à se battre debout jusqu’au dernier souffle.

    En rendant hommage à Nabila DJAHNINE aujourd’hui, le PST salue à travers elle la mémoire de toutes les militantes engagées dans le combat politique pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Ce combat, symbolisé par l’engagement des Moudjahidates pendant la guerre de libération, s’est développé après l’indépendance par les mobilisations des lycéennes et des étudiantes, par les femmes travailleuses et les militantes politiques et féministes.

    Ce combat continu aujourd’hui, comme on l’a vécu à travers la campagne contre le harcèlement sexuel et les récentes mobilisations des associations contre les violences faites aux femmes. Bien entendu, les acquis arrachés par ces luttes constituent une avancée inestimable dans notre pays, mais la lutte continuera pour l’abrogation du code de la famille, contre les mentalités conservatrices et moyen-âgeuses et contre toutes les discriminations sociales, économiques et politiques à l’égard des femmes.

    A la veille du 08 Mars 2017, l’esprit de notre camarade Nabila est toujours vivant parmi nous, dans nos cœurs et dans nos luttes. Son inimitable éclat de rire, qui nous rappelle combien elle était belle et généreuse, nous accompagnera et ravivera nos espoirs. Et « Thighri n’tmatuth » tonnera encore et encore pour nous rappeler combien Nabila était plus immense encore que la Tour qui porte son nom au bas de son quartier d’enfance, « Houma U Bazine » dans le centre ville de Béjaïa, et combien elle avait la certitude que sa lutte pour l’émancipation des femmes est aussi une lutte pour un monde meilleur sans discriminations, sans inégalités et sans oppressions.

    Facebook

  • Cela s’est passé un 11 février 1957, exécution du patriote algérien : Fernand Iveton (Babzman)

    iv

     

    Fernand Iveton, militant pour l’Algérie indépendante, est guillotiné. 

    «Dans la vie d’un homme, la mienne compte peu, ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir, et l’Algérie sera libre demain.»

    Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926, et meurt guillotiné pour la cause algérienne,  le 11 février 1957 . Il vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania), et suivit l’exemple de son père, en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la redoute des jeunesses communistes et milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache.

    Il intègre par la suite l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes. Iveton militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz d’El Hamma comme délégué syndical.

    Iveton considérait la cause algérienne comme la sienne, et en juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz d’El Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956 et  tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. Il sera dit  à ce propos, que le militant : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »

    Arrêté le 14 novembre 1956, avant même que la bombe ne soit installée, il fut d’abord torturé pendant trois jours par des policiers : décharges électriques sur le corps, supplice de l’eau…  Le 25 novembre 1956,  il passe  devant le tribunal militaire d’Alger, soit 11 jours seulement après son arrestation, « en application de la procédure expéditive permise par « les pouvoirs spéciaux », accordés par les députés français au gouvernement de Guy Mollet »Le procès se passe « Dans une atmosphère de pogrom » tel que le précise l’ouvrage écrit sous la direction d’H. Alleg . Il est condamné à mort au cours d’un sombre procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».

    Un recours en grâce fut déposé par les avocats de F. Iveton, lequel examiné au Conseil de la magistrature fut refusé par  le Garde des sceaux de l’époque, François Mitterrand qui vota en faveur de l’exécution du condamné à mort.

    Albert Smadja, l’un des avocats commis d’office pour Fernand Yveton a affirmé que durant toute sa carrière au barreau, il n’avait « jamais vu un dossier d’inculpé aussi mince et comprenant peu de pièces facilitant l’instruction de l’affaire » car, à son avis« on voulait précipiter l’exécution du militant et clore le dossier ».

    Ainsi, le 11 février 1957 F. Iveton  sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament «  Vive l’Algérie libre !  » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. »

    Tous les ans, se tient une commémoration en mémoire de Fernand Iveton, le seul algérien d’origine européenne guillotiné par l’armée française, au cimetière chrétien de Bologhine, et à laquelle ne manquent d’assister nombre d’anciens combattants de l’Algérie libre, les amis de la révolution, ou encoure de jeunes algériens émus du destin glorieux de notre compatriote, mort pour l’Algérie libre et indépendante!

    Mira B.G Fév 11, 2014

    sources

    1. « La guerre d’Algérie », H. Alleg
    2. Le matin du 16 /12/2011
    3. Alger républicain du 17/02/2010

    http://www.babzman.com/

    Source Facebook du PST

    Lire aussi:

    À Paris, soirée Fernand Iveton, le vendredi 24 février

  • Reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France L’Etat français et les candidats à la présidentielle interpellés (Algeria Watch)

    maxresdefault.jpg

    Nombre de personnalités françaises montent au créneau et interpellent l’Etat français, à la veille de l’élection présidentielle, pour la reconnaissance par la France des crimes coloniaux.

    En dépit du poids des ans et de la résistance des nostalgiques de l’empire colonial, de nombreux éléments de la société française exercent non seulement une forte pression sur la classe politique, mais aussi multiplient les initiatives visant à obliger l’Etat français à reconnaître les crimes coloniaux commis en son nom.

    Rédigé par l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, le président du Conseil représentatif des associations des Noirs de France (CRAN) Louis-Georges Tin et l’écrivain Patrick Farbiaz, l’appel fait tache d’huile. Il est appuyé par les signatures de femmes et hommes de lettres, d’artistes, d’historiens, d’écrivains, d’universitaires, de membres du mouvement associatif et de citoyens.

    N’ayant négligé aucun méfait de cette sombre page de l’histoire de l’ex-empire colonial, les rédacteurs du document (dont El Watan détient une copie) fustigent, dans le préambule, «l’esclavage et les tueries collectives — populations indigènes soumises au travail forcé, dispositions racistes et d’exception, code de l’indigénat, internement administratif, responsabilité collective... — imposés aux colonisés qui, dans leur écrasante majorité, n’étaient pas considérés comme des citoyens, mais comme des ‘sujets français’ jusqu’à la libération.

    Déportations, exécutions sommaires et massacres, autant de pratiques qui ont été constitutives de la construction et de la défense de l’empire colonial français. Les massacres de Thiaroye au Sénégal (décembre 1944), ceux de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, qui ont débuté le 8 mai 1945 et leurs dizaines de milliers de morts en témoignent sinistrement. Il y a soixante-dix ans, au mois de mars 1947, la guerre d’Indochine et l’insurrection malgache débutaient».

    Les terribles conséquences de la guerre d’Algérie et la répression des militants des territoires d’outre-mer ne sont pas éludés : «Le 1er novembre 1945, un conflit long et sanglant commençait en Algérie. Entre 1945 et 1962, la France a donc été presque constamment engagée dans des opérations militaires coloniales qui se sont soldées par près d’un million de morts. N’oublions pas la guerre longtemps occultée menée au Cameroun (1955-1971) et les répressions sanglantes des militants guadeloupéens et kanaks».

    En dernier lieu, les pétitionneurs interpellent les hautes autorités de l’Etat ainsi que les candidats aux élections présidentielles françaises afin de se positionner : «Si la loi Taubira et les initiatives de la société civile ont permis un début de reconnaissance sociale et politique de l’esclavage et de la traite négrière, il n’en est pas de la même pour les crimes commis avant ou après la Seconde Guerre mondiale. Cette situation est inacceptable car elle ajoute aux massacres l’outrage aux victimes, à leurs descendants et leurs proches...

    Aussi, nous demandons aux plus hautes autorités de l’Etat et aux candidats à l’élection présidentielle qu’ils se prononcent pour la réaction d’un lieu du souvenir à la mémoire de celles et ceux qui furent assassinés, l’ouverture de toutes les archives relatives à ces événements et la reconnaissance de ces crimes de guerre et de ces crimes d’Etat. C’est ainsi que justice sera rendue aux héritiers de l’immigration coloniale et postcoloniale et que les discriminations mémorielles qui les affectent toujours pourront être combattues.

    Enfin, de tels actes permettront à tous les Français et Françaises de mieux connaître cette histoire singulière.» Notons que des personnalités telles que l’historienne Bantigny Ludivine, l’ex- sénatrice Alima Boumediène, le philosophe Brossat Alain, le maire du 2e arrondissement de Paris Jacques Boutault (EELV), les sociologues Cours-Salies Pierre et Fassin Eric, l’écrivain Daenick Didier, le président de l’Association les oranges M’hamed Kaki, les historiens Mbembé Achille, Gilbert Meynier, Riceputi Fabrice, Riot-Sarcy Michelle, Taraud Christelle, Ruscio Alain et beaucoup d’autres intellectuels adhèrent à la démarche qui, sans nul doute, prendra une bonne place dans l’élection présidentielle. «Avec cette forte mobilisation, il peut y avoir un espoir de reconnaissance», espère Olivier Le Cour Grandmaison …


    Kamel Beniaiche El Watan, 1 février 2017

    http://www.algeria-watch.org/fr/

  • Syrie: comment le nazi Aloïs Brunner a formé le premier cercle du clan Assad (Souria Houria)

    Manifestation contre venue Hafez al-Assad à Paris

    Le président de l’association des Fils et des Filles de Déportés Juifs de France (FFDJF), Me Serge Klarsfeld au centre, lors d’une manifestation pour protester contre la venue en France du président syrien Hafez el-Assad, «protecteur» du criminel nazi Alois Brunner, le 16 juillet 1998.

    Sous le titre «Le nazi de Damas», la revue française XXI publie une enquête implacable sur la manière dont Aloïs Brunner, ex-bras droit d’Adolf Eichmann, est mort en Syrie où il a vécu, caché, durant quarante ans.

    Criminel de guerre Nazi, Aloïs Brunner, responsable de la déportation et l’extermination de plus de 130.000 juifs d’Europe. Il est mort en 2001, à l’âge de 89 ans, dans un cachot à Damas, selon le magazine XXI, publié le 11 janvier 2017. 

    Trois anciens gardes chargés de sa sécurité y racontent comment la famille Assad a usé de lui comme formateur avant de le laisser mourir dans un cachot des services de renseignements. Comme souvent dans ce métier, c’est le hasard qui a mis les journalistes Hedi Aouidj et Mathieu Palain, sur la piste du nazi Aloïs Brunner, maître d’œuvre de la déportation et l’extermination de plus de 130.000 juifs d’Europe et secrètement réfugié en Syrie en 1954.

    Au cours d’une conversation avec des Syriens exilés à Istanbul, le nom de «Georges Fisher», pseudonyme connu de l’ancien bras droit d’Adolf Eichmann, architecte de la «solution finale», est prononcé devant quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a été garde du corps de l’ingénieur.

    Le contact est aussitôt établi avec Abou Yaman, un ressortissant syrien réfugié à Irbid en Jordanie. Il accepte de témoigner, à visage découvert et sous sa véritable identité, des années passées au service de la sécurité de celui qu’il ne connaissait que sous le nom de «Abou Hossein».

    En recoupant son témoignage et ceux anonymes de deux autres gardiens, avec les récits d’autres acteurs du dossier, dont l’infatigable chasseur de nazis, Serge Klarsfeld, ou encore un proche de la famille Assad en exil, l’enquête apporte de nouvelles précisions sur l’itinéraire du personnage.

    «La guerre de Syrie qui ravage le Moyen-Orient est pour partie son héritage»

    «Le vrai destin d’Aloïs Brunner se résume en quelques mots. Resté nazi jusqu’à ses dernières heures, le fidèle d’Adolf Eichmann est mort en 2001. Son corps lavé selon le rite musulman a été inhumé au cimetière Al-Affif de Damas», rapportent les journalistes de XXI.

    Pour les enquêteurs de cette prestigieuse revue de grands reportages, «la guerre de Syrie qui ravage depuis 2011 le Moyen-Orient et déverse ses flots de morts et de réfugiés est, pour partie, son héritage».

    Hormis le hasard, il y a donc également au cœur de l’enquête, le récit d’Abou Yaman qui effectuait à l’époque son service militaire obligatoire au sein des Moukhabarats, les services de renseignements. Passé dans le camp de la révolution, l’objectif de «son combat c’est le régime. Il dit qu’Assad est « pire que les nazis ». C’est pour cela qu’il parle», expliquent les journalistes.

    Arrivé clandestinement en Syrie en 1954, via l’Egypte, l’ancien nazi, «logé», comme on dit dans le langage des services, échappe en 1961 à l’explosion d’un colis piégé dans laquelle il perdra toutefois un œil et trois doigts. C’est en 1966 qu’il noue un pacte formel avec Hafez al-Assad qui vient d’accèder, à la faveur d’un des multiples coups d’Etats, au ministère de la Défense.

    Brunner enseigne comment tenir un pays par l’usage de la terreur sans limite

    «Cinq ans plus tard, écrivent les auteurs de l’enquête, Hafez al-Assad s’empare du pouvoir. Avec l’aide d’Aloïs Brunner, le nouveau président syrien met sur pied un appareil répressif d’une rare efficacité. Complexe, divisé en nombreuses branches qui toutes se surveillent et s’épient, fonctionnant sur la base du cloisonnement absolu, cet appareil s’érige sur un principe: tenir le pays par l’usage d’une terreur sans limite.»

    A titre d’exemple, rapporté par Abou Yamam, début 89, alors que son étoile commence à décliner, Brunner apprend qu’un pilote syrien a fait défection. Il appelle son gardien en hurlant: «Viens vite! Un pilote a déserté en Israël avec son avion! Un druze d’Idlib! Il faut que Hafez tue toute sa famille! Il faut qu’il tue les gens de son village!»

    C’est à ce genre de méthodes qu’il va former les piliers du pouvoir syrien. «A son arrivée en Syrie, il est allé voir directement Hafez al-Assad en se présentant comme un proche d’Hitler. Et c’est là qu’il a été désigné comme un de ses conseillers», racontent ses gardes de la sécurité d’Etat.

    «Il a été envoyé à Wadi Barada qui était une base des services de renseignements. Là-bas, il a entraîné tous les chefs», précisent-ils, citant les noms des élèves de l’éminent «docteur Fisher»«Ali Haidar, Ali Douba, Moustapha Tlass, Shafiq al-Fayadh…» tous membres du premier cercle du clan Assad.

    Le régime a toujours démenti la présence du nazi sur son territoire

    Soucieux de préserver l’image d’un Etat légaliste, le régime a toujours démenti la présence du «meilleur homme» d’Eichmann sur son territoire. «Nous étions 22, deux tours de garde à onze, raconte Abou Raad sous un faux nom. Quand le président français Jacques Chirac est venu en 1996 en Syrie pour réclamer Brunner à Hafez, le tour de garde est passé à douze. C’est à ce moment qu’on l’a changé d’endroit.»

    Enfermé 24 heures sur 24 dans un cachot au sous-sol d’une résidence habitée aussi par des civils, «il n’a plus quitté cette pièce. Ils l’ont très mal traité, ça c’est sûr. Il criait, injuriait les soldats. Ils lui donnaient très peu de médicaments, seulement de l’aspirine. Il n’est jamais sorti de là-bas», raconte encore un troisième témoin sous le faux nom, lui aussi, de Omar.

    «Il était très fatigué, très malade, il souffrait… Je l’ai aperçu une fois le jour où les gardes ont ouvert la porte pour désinsectiser la pièce… Cette pièce était dégueulasse, immonde. Comparé aux gens normaux, ce n’est pas humain comme endroit mais Abou Hossein s’est adapté à cette vie», ajoute-t-il. A sa mort, à près de 90 ans, seules huit personnes ont eu le droit d’assister à ses obsèques.

    Selon un membre du premier cercle de la famille Assad, haut gradé dans l’appareil sécuritaire avant de fuir le pays, «Brunner était une carte que le régime gardait dans son jeu. On ne sait pas à l’avance si telle ou telle carte va servir, alors on la met au frigidaire. Seules les dictatures mettent les gens au frigidaire. Et un jour, on la lâche parce qu’on est certain de ne plus en avoir besoin ou parce que cela coûte trop cher.»

    Preuve, s’il en était besoin, que les séances de formation du «professeur Brunner» avaient porté leurs fruits.

     Souria Houria le 29 janvier 2017