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Syrie - Page 13

  • Révolution syrienne et martyre d’Alep face à la trahison et aux erreurs de secteurs de gauche (Anti-k)

     


    Avec la chute d’Alep aux mains du régime de Bachar Al-Assad et de ses alliés, la révolution syrienne est arrivée à un tournant.

    Il semble ne plus y avoir aucun obstacle à l’écrasement de celles et ceux qui ont osé se soulever contre un régime dictatorial, pour la liberté, la dignité et la justice sociale. Alors que les lambeaux de l’armée syrienne, l’aviation russe, le Hezbollah libanais et d’autres milices chiites sous commandement iranien annihilent toute résistance au régime, la « communauté internationale » et les États soi-disant « amis du peuple syrien » ont révélé leur impuissance au grand jour, qui trahit en réalité l’absence totale de soutien au processus révolutionnaire.

    Malgré les différences majeures entre le mode d’organisation libéral du capitalisme des pays occidentaux et celui, autoritaire, du capitalisme de copinage des États de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, on pouvait difficilement espérer que les puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique du Nord apportent leur soutien à un processus d’émancipation populaire dirigé directement contre l’exploitation et l’oppression.

    Ces puissances sont au cœur du système impérialiste mettant à genoux les peuples des pays dits du Sud. Rappelons-nous d’ailleurs qu’en décembre 2010, la France avait offert son soutien au despote tunisien Ben Ali dans la répression du soulèvement, et que ces puissances sont aujourd’hui ravies de collaborer avec la contre-révolution menée en Tunisie conjointement par l’ancien régime et Ennahdha (Frères musulmans), ou avec celle dirigée par Al-Sissi et les militaires en Égypte. En l’absence d’expression de solidarité internationale par le bas, de mobilisations de masse en soutien à la révolution syrienne, il était vain de penser que des pays comme la France ou les Etats-Unis apporteraient leur soutien aux révolutionnaires syrien-ne-s (les gesticulations de façade devant les Nations unies ne pouvant être sérieusement assimilées à un soutien au processus révolutionnaire).

    En ce sens, les forces progressistes se revendiquant de l’internationalisme et de l’anti-impérialisme portent une lourde responsabilité dans le drame qui continue à se jouer en Syrie.

    Si une majorité de la gauche a fermé les yeux ces dernières années sur les crimes du boucher de Damas (Bachar Al-Assad) et de ses alliés, au nom d’une prétendue lutte contre l’obscurantisme islamiste, on aurait pu penser que cette gauche se réveillerait face aux massacres mis en lumière avec la chute d’Alep. Il n’en est rien. Au contraire, la fraction de la gauche qui s’était empêtrée dans différentes variations plus ou moins affirmées d’un campisme pro-régime et pro-russe s’enfonce plus encore dans une fuite en avant justifiant, relativisant ou niant les massacres de masse et les déplacements forcés de populations qui sont en cours. Une autre partie de la gauche, qui ne verse pas directement dans le campisme, a rapidement estimé que la révolution avait été entièrement pervertie par des forces réactionnaires, et s’est contentée d’adopter une orientation se limitant au soutien au mouvement d’autodétermination kurde qui a gagné en puissance durant la révolution syrienne. Le résultat final est que cette gauche a également abandonné les révolutionnaires de Syrie, voire participe d’une relativisation des crimes du régime.

    Une vision géopolitique manichéenne au service de l’aveuglement campiste.

    L’orientation dominante dans la gauche à l’échelle mondiale consiste à expliquer qu’il n’existe pas de processus révolutionnaire en Syrie. Le conflit opposerait uniquement des milices caractérisées par leur seul « islamisme » au régime de Bachar Al-Assad, considéré au mieux comme un moindre mal face à l’obscurantisme fondamentaliste, au pire comme le gouvernement légitime de l’État syrien. La caractérisation des groupes d’opposition par leur seule idéologie « islamiste » permet de ne faire aucune distinction entre les différents groupes armés de l’opposition à Al-Assad. Qu’importe de savoir si l’on parle de Jabhat Fatah Al-Sham (anciennement Jabhat Al-Nosra – ce groupe a changé de nom pour marquer sa rupture de façade avec Al-Qaida) ou d’un des multiples groupes armés présents en Syrie auxquels on peut attribuer de près ou de loin une idéologie islamiste : tous ces groupes sont rangés sous la même étiquette (qui est également celle de Daesh) et doivent ainsi être combattus de la même façon.

    Dans cette lecture dominante à gauche, nombreux sont ceux qui nous martèlent que ces groupes ont pu apparaître et gagner en puissance grâce au soutien actif des Etats-Unis et de l’OTAN.

    Et de rentrer dans des considérations réductrices uniquement basées sur des facteurs géopolitiques au mieux largement exagérés, au pire totalement inventés. Le conflit serait entièrement dû à la volonté des Etats-Unis de déstabiliser l’ensemble du Moyen-Orient pour y imposer des régimes qui leur seraient favorables (« regime change » en anglais). Dans cette logique, la Syrie est supposément une cible de choix car elle serait un carrefour géostratégique en termes d’acheminement d’hydrocarbures (oléoducs et gazoducs). Pour résumer, cette gauche calque sur la situation actuelle en Syrie les principaux points d’analyse de l’invasion de l’Iraq en 2003 par les Etats-Unis, qui y avaient imposé un changement de régime et sécurisé un accès important au pétrole du Moyen-Orient.

    Les différents groupes armés rangés sous l’étiquette « islamiste » ont en effet été parrainés par la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite, trois pays alliés aux Etats-Unis.

    Cela suffit pour que cette fraction de la gauche en conclue qu’il y a là une manœuvre des Etats-Unis et de l’OTAN. Cette vision ignore totalement les agendas propres à chacun de ces États. Si la réalité était si simple, comment expliquer le soutien des Etats-Unis au PYD (organisation « sœur » du PKK en Syrie) dans sa lutte contre Daesh, alors même que la Turquie y est opposée puisque cela renforce logiquement la position des Kurdes dans leur lutte pour l’autodétermination contre l’État turc ?

    Comment expliquer le rapprochement entre la Turquie et la Russie ?

    Quelle serait la logique pour les Etats-Unis de chercher à mettre au pouvoir en Syrie Jabhat Fatah Al-Sham, c’est-à-dire un groupe takfiriste affilié à Al-Qaida qui chercherait certainement à commettre des attentats en Europe et en Amérique du Nord s’il en avait les moyens ? Si les Etats-Unis étaient réellement à la manœuvre en Syrie pour renverser le régime, pourquoi ne sont-ils pas intervenus en août ou septembre 2013, lorsque la fameuse « ligne rouge » a été franchie par Bachar Al-Assad, c’est-à-dire lorsque le régime a utilisé des armes chimiques contre les habitant-e-s de la Ghouta ? Les Etats-Unis avaient alors une fenêtre rêvée pour intervenir, mais ne l’ont pas fait. En 2003, l’annonce d’un veto de la France, de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU n’avait pas empêché les Etats-Unis d’intervenir en Iraq. Et puisque les pro-Assad n’hésiteront pas à caractériser de mensonge cette utilisation d’armes chimiques par le régime, rappelons que c’est pourtant sur la base du mensonge des armes de destruction massive que les Etats-Unis sont intervenus en Iraq en 2003.

    La gauche qui fait cette analyse adopte finalement la lecture du conflit proposée par le régime de Bachar Al-Assad :

    celle d’une guerre opposant un gouvernement légitime à des groupes terroristes dirigés par des puissances étrangères occidentales. Cette gauche ignore totalement le rôle joué par le régime dans le développement de cette prophétie auto-réalisatrice. C’est le régime qui a libéré de ses prisons des centaines de jihadistes emprisonnés depuis leur retour d’Iraq où ils s’étaient battus contre l’invasion américaine. Le but de cette manœuvre était de nourrir les rangs de Daesh, de l’organisation qui s’appelait alors encore Jabhat Al-Nosra, et d’autres groupes salafistes. Par la suite, le régime et ses alliés ont constamment privilégié la lutte contre les groupes non-confessionnels et pro-démocratiques plutôt que d’attaquer Al-Nosra / Jabhat Fatah Al-Sham et Daesh. Le régime a également favorisé la confessionnalisation du conflit en faisant appel aux forces militaires fondamentalistes chiites que sont la République islamique d’Iran, le Hezbollah libanais et d’autres milices sous commandement iranien. Il est pour le moins paradoxal que cette gauche, qui soutient le régime dans sa lutte contre des « terroristes » caractérisés par leur idéologie islamiste, acclame par ailleurs ces alliés fondamentalistes d’Al-Assad.

    Cette fraction de la gauche nous dit que ces forces étrangères, sans lesquelles le régime serait déjà tombé vu l’état de décomposition avancé de son armée « régulière », ne peuvent pas être des forces impérialistes puisqu’elles interviennent sur demande expresse d’un gouvernement « légitime ». D’une part, il faut avoir une acception pour le moins étrange de la légitimité pour oser affirmer que le gouvernement de Bachar Al-Assad rentre dans cette catégorie. Son père Hafez Al-Assad, général de l’armée de l’air, a participé à trois coups d’État, le dernier d’entre eux le portant au pouvoir en 1970. Lors de sa mort après trente ans d’exercice du pouvoir, Bachar Al-Assad lui succède en remportant une élection pour laquelle il est le seul candidat. Il est réélu dans les mêmes conditions en 2007. Il est enfin réélu en 2014 à travers une élection fantoche, alors que cela fait trois ans qu’il massacre ses opposants ou les pousse à l’exil.

    Voilà la « légitimité » du régime.

    D’autre part, cette gauche qui affirme que l’intervention étrangère des alliés du régime n’est pas une intervention impérialiste devrait savoir, pour s’être mobilisée à raison contre l’invasion de l’Iraq par les Etats-Unis, que Daesh trouve sa base sociale dans la désintégration de la société iraqienne après des décennies de guerres et d’interventions impérialistes. La dernière d’entre elles, l’invasion par les Etats-Unis en 2003, ayant abouti à la mise en place d’un régime sectaire dominé par les chiites et excluant la minorité sunnite de la société iraqienne. En somme, la base sociale de Daesh est née de la guerre, de l’autoritarisme et du sectarisme confessionnel. Trois caractéristiques reproduites par le régime de Bachar Al-Assad et ses alliés en Syrie.

    En adoptant la vision du régime, cette gauche verse dans le conspirationnisme le plus abject, se rapprochant en cela de l’extrême-droite.

    Les puissances occidentales, les nombreux médias bourgeois occidentaux, Al-Jazeera, les ONG sur le terrain, et tous les acteurs qui ne partagent pas cette vision du conflit, s’accorderaient pour nous vendre le plus gros mensonge du 21e siècle. Cette gauche ne voit aucun souci, en revanche, à reprendre les informations diffusées par Russia Today (RT) et Sputnik News, agences de presse du Kremlin, ou celles de SANA, agence de presse du régime syrien. Pire encore, alors que les réseaux sociaux nous permettent de manière inédite d’avoir accès à une multitude de témoignages de celles et ceux qui vivent directement la conflit, cette gauche n’accorde aucune importance à la parole des Syrien-ne-s sur place, et va même jusqu’à la balayer d’un revers de la main en la qualifiant de mensongère, niant ainsi le droit à l’auto-détermination du peuple syrien (nous y reviendrons plus loin).

    Aujourd’hui, cette gauche a fait le choix de soutenir l’impérialisme russe sous prétexte de refuser l’impérialisme étatsunien.

    Elle a fait le choix de soutenir un régime qui avait, dans les années précédant la guerre, ouvert son économie au néolibéralisme grâce à la participation active du Fonds monétaire international (FMI), demandé l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et signé un accord de libre-échange avec la Turquie. Voilà la réalité du prétendu « anti-impérialisme » de Bachar Al-Assad : des politiques au service de la mondialisation néolibérale, au bénéfice d’un clan familial possédant le pouvoir politique et le pouvoir économique, et augmentant considérablement le chômage, la pauvreté et la précarité au sein de la population. En soutenant ce régime et ses alliés, cette gauche a fait le choix de soutenir les massacres de masse pratiqués à travers les sièges systématiques des villes échappant au contrôle du régime, les bombardements aériens, les barils d’explosifs lâchés par hélicoptères, les attaques à l’arme chimique, les viols, les actes de torture et les exécutions sommaires. Cette gauche a fait le choix de soutenir le déplacement et l’exil forcés de millions de Syriens et de Syriennes. Cette gauche a trahi l’internationalisme comme l’Internationale ouvrière l’avait trahi en s’engouffrant dans la Première Guerre mondiale.

    La révolution syrienne abandonnée au profit du seul soutien aux Kurdes.

    Si cette orientation est dominante au sein de la gauche, elle n’est pas pour autant unanime. Heureusement, une autre partie importante de la gauche a bel et bien identifié Bachar Al-Assad comme un ennemi, et ses alliés russe et iranien comme des acteurs impérialistes. Pourtant, au sein de cette fraction, une partie importante des camarades reste incapable d’identifier et de soutenir la révolution syrienne, au motif que ses composantes armées sont aujourd’hui dominées par des forces islamistes réactionnaires. Ces camarades en concluent que la seule force que la gauche internationaliste peut soutenir dans la situation actuelle en Syrie et en Iraq est le mouvement d’autodétermination kurde, et notamment sa composante administrant le Rojava, à savoir le PYD et ses composantes armées, les YPG/YPJ.

    En affirmant cette position comme unique orientation sur la Syrie, ces camarades passent en grande partie à côté du problème.

    Bien sûr, le soutien aux Kurdes dans leur lutte pour l’autodétermination contre l’État turc et contre Daesh est une tâche essentielle de la gauche internationaliste. Cette lutte pour l’autodétermination du peuple kurde sur des bases progressistes est un élément de réponse à la situation régionale caractérisée par des appareils d’État autoritaires, confessionnels, sectaires, et tout à fait capables d’appliquer un mode de production capitaliste. Mais les camarades qui voient ce soutien aux Kurdes comme l’unique réponse à apporter à la situation en Syrie abandonnent de fait la question du pouvoir et de la révolution en Syrie.

    Cela est d’autant plus paradoxal que, là où ces camarades mettent l’accent sur les caractéristiques réactionnaires de la majorité actuelle des composantes armées de l’opposition à Bachar Al-Assad, ils et elles semblent incapables d’adopter une analyse critique du PYD et de ses forces armées YPG/YPJ (notons qu’une analyse critique n’empêche pas un soutien, lui aussi critique). Il y aurait pourtant des choses à dire sur la verticalité du pouvoir, sur l’anti-pluralisme pratiqué par le PYD dans les régions qu’il administre, sur les nettoyages ethniques et les déplacements de populations arabes dans les zones dont il prend le contrôle au fur et à mesure de sa progression militaire contre Daesh. Ces camarades, dont une composante importante vient pourtant de la gauche libertaire et autogestionnaire, semblent incapables de mentionner l’existence de manifestations de populations kurdes et arabes contre la politique du PYD dans les régions qu’il administre, et donc de les soutenir.

    Avec la chute d’Alep, ces camarades se sont contentés de mettre en avant la résistance kurde dans le quartier de Sheikh Maqsoud et de souligner que les groupes armés d’opposition à Al-Assad avaient attaqué ce quartier plusieurs fois au cours des dernières années. Mais, en ne mentionnant pas le rôle pro-actif joué par la Turquie dans ces attaques, ces camarades semblent finalement expliquer que les groupes d’opposition à Al-Assad sont par nature réactionnaires et confessionnels. De plus, ces camarades ne semblent pas se poser de question sur le fait que les Kurdes aient gardé le contrôle de ce quartier – à l’heure où ces lignes sont écrites – malgré la chute de la ville aux mains des alliés du régime. Si ces camarades ne mentionnent pas cela, c’est peut-être qu’ils savent que l’attitude du PYD vis-à-vis du régime et de la révolution a été problématique.

    Dès juillet 2012, le PYD a passé un accord tacite de non-agression avec le régime, qui a pu retirer la plupart de ses troupes dans les régions contrôlées par le parti kurde afin de les envoyer combattre la révolution dans le reste du pays. Cet accord a été confirmé par la proclamation de l’administration autonome du Rojava en novembre 2013. Bien évidemment, il n’existe pas d’alliance directe entre le mouvement kurde de Syrie et le régime d’Al-Assad, et les affrontements peuvent exister. Mais en refusant de s’affronter au régime, le PYD a affaibli la révolution. Au cours du premier semestre 2016, l’attitude du mouvement armé kurde a été particulièrement problématique : la conquête de territoires bombardés par la Russie dans la région d’Alep, tenus jusque-là par des groupes d’opposition à Bachar Al-Assad, a accompagné la progression du régime dans sa reconquête de territoires tenus par l’opposition. Ce manque d’analyse critique est d’autant plus regrettable que l’orientation du PYD, dépourvue de vision à long terme, risque de se retourner contre le mouvement kurde lorsque le régime et ses alliés en auront fini d’écraser les bastions de l’opposition à Alep et Idlib.

    Bachar Al-Assad a toujours affirmé son opposition à la partition du pays, y compris à une forme d’autonomie des régions kurdes.

    Cette absence de vision à long terme du PKK / PYD s’est déjà retournée contre le mouvement kurde lorsque Hafez Al-Assad l’a abandonné à la fin des années 1990 après l’avoir soutenu, précédant la répression de « l’Intifada kurde » par Bachar Al-Assad en 2004. Ou plus récemment au mois d’août 2016 lorsque la Russie a donné son feu vert à l’intervention au sol de la Turquie contre les Kurdes dans la région de Djarabulus, ce à quoi les Etats-Unis n’ont rien trouvé à redire malgré leur coopération militaire avec les YPG/YPJ dans la lutte contre Daesh.

    Si les camarades qui sont sur cette position d’un soutien inconditionnel aux Kurdes uniquement ne cherchent pas à justifier ou à nier les crimes du régime et de ses alliés, ils participent cependant de leur relativisation. Ces camarades mettent sur un pied d’égalité la domination du régime et celle de milices inlassablement définies par leur « islamisme » quelle que soit leur disparité, et refusent ainsi de reconnaître que la reprise d’Alep (ou d’autres villes qui ont échappé au contrôle de Damas ces dernières années) par le régime de Bachar Al-Assad constitue indéniablement une défaite pour les révolutionnaires de Syrie. Ces camarades sont aveugles quant aux gigantesques capacités de coercition permises par la puissance militaire des alliés de Damas et par l’appareil d’État qui, malgré sa mauvaise condition actuelle, ne manquera pas d’être reconstruit. À travers leur orientation, ces camarades en arrivent à relativiser les conséquences dramatiques pour la population syrienne de la chute d’Alep et des autres villes jusque-là libérées du régime.

    Le peuple syrien oublié et son droit à l’auto-détermination nié.

    Il existe des points communs entre la trahison d’une partie de la gauche et les errements d’une autre. Le premier est la négation plus ou moins affirmée de la révolution syrienne, une partie de la gauche estimant qu’elle n’a jamais existé, une autre pensant qu’elle a été entièrement pervertie par des forces réactionnaires et que l’on ne peut dès lors plus parler de processus révolutionnaire. Ce travers est permis par une lecture essentiellement géopolitique et militaire du conflit. En raison de la généralisation du conflit à l’ensemble du territoire syrien, du nombre de brigades armées luttant contre le régime (plus d’un millier), du nombre d’acteurs étrangers impérialistes et sous-impérialistes intervenant directement ou indirectement dans le conflit, et du niveau extrêmement élevé de brutalité qui caractérise celui-ci, les observateurs extérieurs, y compris à gauche, ont parfois tendance à oublier qu’il existe, autour des groupes qui se battent, une société qui vit, composée de Syriens et de Syriennes dotés d’une capacité à penser, à agir, à interagir, et donc à s’organiser et à s’auto-déterminer, pour peu qu’ils et elles ne doivent pas faire face à un déluge de feu du régime et de ses alliés.

    S’il est vrai qu’il n’existait pas d’organisation forte du mouvement ouvrier en Syrie au début de la révolution, capable de prendre la direction du mouvement révolutionnaire comme l’a fait l’UGTT en Tunisie, il y a eu et il y a encore de très nombreuses expériences démocratiques d’auto-organisation de la société.

    Il semble évident que ces formes d’auto-organisation du processus révolutionnaire peuvent difficilement s’exprimer alors que les populations sont assiégées, bombardées et massacrées. Mais lorsque des cessez-le-feu ont pu être appliqués, comme cela a été le cas en février et mars 2016, puis pour une courte durée et de manière précaire en septembre 2016, les manifestations de masse orientées non seulement contre le régime mais aussi contre les milices réactionnaires (notamment Al-Nosra) ont repris.

    Dans un article écrit au printemps dernier, Ghayath Naisse, du Courant de la gauche révolutionnaire en Syrie, écrivait ainsi :

    « le mouvement populaire reste vivant : il renoue avec les mots d’ordre de la révolution de 2011, en particulier avec les manifestations quasi quotidiennes à Ma’arrat al-Numan [contre le front Al-Nusra, branche syrienne d’Al-Qaeda], Salqin, Kifr Nubil et Saraqib, contre le régime et les forces réactionnaires. Et à Hama, 800 prisonniers politiques démocrates ont pris le contrôle de la prison centrale depuis un mois. » Aujourd’hui encore, face à la chute d’Alep et à son évacuation chaotique par le régime et ses alliés, des manifestations populaires s’organisent partout dans le pays. S’il est finalement peu étonnant que la gauche campiste, majoritairement issue de courants historiquement marqués par le stalinisme et d’autres formes d’organisations aux structures verticales et rigides, soit incapable d’identifier ces formes d’auto-organisation, il est cependant surprenant qu’une partie importante de la gauche de tradition libertaire et autogestionnaire ne se soit pas penchée sur ces processus.

    En niant le processus révolutionnaire, ces fractions de la gauche se privent d’expliquer la montée en puissance des groupes armés islamistes et réactionnaires.

    Si les progressistes et les démocrates sont aujourd’hui minoritaires dans la composition des groupes armés s’opposant à Al-Assad, c’est notamment parce qu’ils n’ont jamais été soutenus politiquement, financièrement et matériellement par une aide extérieure (le soutien des États occidentaux s’étant limité à de belles paroles et à des armes délivrées au compte-goutte, essentiellement dans un objectif de lutte contre Daesh et non contre le régime syrien – par ailleurs, ces armes n’incluaient pas les armes défensives pourtant demandées par les révolutionnaires, refusées par les Etats-Unis). Comme cela a été indiqué en introduction, l’absence d’un mouvement de solidarité internationale est largement responsable de cette absence de soutien. Comme cela a déjà été indiqué également, au sein de l’opposition, ces groupes ont été visés en priorité par le régime afin que sa prophétie de lutte contre le terrorisme islamiste s’auto-réalise. Par ailleurs, ces groupes ont dû se battre sur plusieurs fronts – à la fois contre le régime, contre Daesh, et contre les groupes d’opposition islamistes et réactionnaires. Pour une majeure partie d’entre eux, ces groupes ont donc été progressivement marginalisés et décimés, ou bien captés par les groupes d’opposition islamistes qui, eux, étaient activement soutenus par le Qatar, l’Arabie saoudite, puis la Turquie.

    Il paraît cependant évident que les groupes réactionnaires du type Jabhat Fatah Al-Cham sont incapables de répondre aux exigences de liberté, de dignité et de justice sociale du peuple syrien et qu’ils participent de la contre-révolution (il n’est pas anodin que le régime ait favorisé le développement de cette opposition au détriment de l’opposition progressiste et démocratique). Leur base sociale s’effriterait rapidement si la guerre cessait et si les processus d’auto-organisation pouvaient de nouveau s’exprimer pleinement. En l’absence de moyens de coercition comparables à ceux de l’appareil d’État syrien et de la puissance militaire des alliés du régime, ces groupes réactionnaires seraient très certainement marginalisés par la population.

    En août 2013, suite aux mouvements de masse chassant Mohamed Morsi du pouvoir en Égypte, Alain Gresh écrivait très justement à propos des Frères musulmans, qui avaient été réprimés durant plus d’un demi-siècle avant d’accéder au gouvernement à la faveur du processus révolutionnaire : « Ce que la répression n’avait pas accompli, deux ans et demi de vie publique et d’un débat pluraliste, plus ouvert et souvent polémique, l’ont réussi : exposés à la lumière, les Frères ont inexorablement reculé. » Aucune raison n’aurait empêché cela de se produire contre les groupes réactionnaires syriens si la révolution avait pu s’exprimer librement (par contre, tant la brutalisation et la confessionnalisation de la guerre par le régime en Syrie, que la répression de masse dont sont – de nouveau depuis la prise de pouvoir d’Al-Sissi – victimes les Frères musulmans en Égypte, créent les conditions d’existence de ces mouvements fondamentalistes dans la région).

    Plus généralement, cette négation de la révolution syrienne et son assimilation à des groupes réactionnaires caractérisés uniquement par leur « islamisme » trahit un problème de fond particulièrement inquiétant : celui d’une condescendance, d’une islamophobie et d’un racisme envers les peuples de la région arabe.

    Si ces fractions de la gauche ne font aucune distinction entre Jabhat Fatah Al-Sham et autres groupes salafistes, les groupes affiliés aux Frères musulmans, Daesh, voire même, pour certains, les combattants – ou civils – scandant « Allahu Akbar » (qui n’a rien d’un slogan spécifiquement fondamentaliste), c’est sans doute parce que les discours sur le choc des civilisations et la guerre contre le terrorisme, qui trouvent pourtant leur origine aux Etats-Unis, ont fait leur effet. Pourquoi s’évertuer à comprendre les distinctions idéologiques entre ces différentes factions, la composition de leurs bases sociales, leurs différentes stratégies d’expansion, etc., quand on peut tout simplement les ranger sous l’étiquette « islamiste » ? Pourquoi chercher à identifier des formes d’auto-organisation dans des sociétés gangrénées par le fondamentalisme islamique, d’autant plus quand les pancartes sont écrites en arabe et que, pour l’œil européen, « Justice sociale » pourrait aussi bien s’apparenter à « Charia pour tous » ?

    La fraction de gauche soutenant uniquement – et de manière idéalisée – le PYD dans la région appuie sur le fait que celui-ci est multi-confessionnel et non-arabe – en somme, les Kurdes sont des gens civilisés, et non pas des barbus. La gauche campiste procède avec le même raisonnement en ce qui concerne le régime de Bachar Al-Assad, sensé représenter un compromis multi-confessionnel (comme nous l’avons écrit plus haut, cette représentation ne reflète pas la réalité de la confessionnalisation du conflit par le régime). Cette gauche en oublie d’ailleurs la discrimination pratiquée par le régime envers les populations non-arabes.

    Paradoxalement, ces fractions de la gauche tendent à reproduire le discours dominant visant à essentialiser les peuples arabes comme étant des peuples passifs, incapables de s’organiser afin de résister à l’exploitation et à l’oppression, entièrement soumis à la coupe de groupes violents, qu’il s’agisse de milices islamistes ou d’États autoritaires. Et dont la seule expression politique organisée de manière forte ne pourrait qu’être le fondamentalisme islamique.

    La solidarité internationale avec les exploité-e-s et les opprimé-e-s comme boussole.

    Les forces progressistes et démocratiques de la révolution syrienne sont aujourd’hui minoritaires dans l’opposition armée, et il est difficile de les identifier. Pour autant, les expériences démocratiques d’auto-organisation perdurent, et notre tâche est de les soutenir. Mais dans la guerre, les révolutionnaires ont peu de moyens de s’exprimer : s’ils et elles ne sont pas mort-e-s, ils et elles sont déplacé-e-s, réfugié-e-s, tentent de survivre. S’il était juste d’armer la révolution face à la répression impitoyable du régime, le conflit militarisé ne bénéficie plus aujourd’hui qu’aux forces de la contre-révolution, c’est-à-dire au régime et aux brigades réactionnaires. À travers les massacres de civils, ce sont les forces vives de la révolution qu’on assassine.

    Aujourd’hui, la tâche prioritaire pour les internationalistes est donc de revendiquer l’arrêt des combats, des bombardements et des sièges contre la population syrienne, le retrait des troupes étrangères soutenant Al-Assad (mais aussi l’arrêt des bombardements de la coalition contre Daesh qui tuent des civils et contribuent à la catastrophe humanitaire, et l’arrêt du soutien du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie aux différents groupes réactionnaires), et l’accès de la population à une aide humanitaire sans ingérence étrangère. Bien sûr, on ne peut imaginer de paix sans justice, qu’il faut donc également revendiquer. Mais ce sont les Syriens et les Syriennes eux-mêmes qui pourront établir le rapport de forces nécessaire à son obtention. L’arrêt des combats et le retrait des forces impérialistes sans lesquelles le régime serait déjà tombé permettront au peuple syrien de reprendre son combat politique contre un mode d’exploitation et d’oppression féroce, et de reconstruire progressivement le rapport de forces nécessaire à l’éviction de Bachar Al-Assad et à l’établissement de la justice sociale.

    Les internationalistes doivent indispensablement exprimer leur soutien au processus révolutionnaire syrien, relayer sa parole et ses exigences.

    Afin de réaliser cela, nous devons continuer à construire des ponts avec les militant-e-s progressistes de Syrie, sur place, mais aussi dans les pays où ils et elles sont réfugié-e-s, y compris en Europe – ce qui implique de lutter contre la politique migratoire de l’Europe forteresse et d’ouvrir les frontières afin de garantir à toutes et tous la liberté de circulation et d’installation. Notre boussole ne doit pas être déterminée par les agendas des puissances impérialistes et sous-impérialistes, mais par le soutien indéfectible à l’auto-organisation des exploité-e-s et des opprimé-e-s partout dans le monde. Ainsi, au-delà du peuple syrien en lutte contre le régime de Bachar Al-Assad, notre solidarité va à tous les peuples en lutte dans la région, contre l’autoritarisme et le sectarisme des Al-Sissi, Erdogan, Khomeiny et des autres, contre l’Apartheid israélien, contre les bombardements au Yémen et en Iraq, et contre nos impérialismes complices de ces situations. En Syrie, dans l’ensemble des pays du Maghreb et du Machreq, et dans le monde entier, « le peuple veut la chute du régime ! »

    http://www.lcr-lagauche.org/

    20 décembre 2016  Nathan Legrand

    http://www.anti-k.org/

  • Syrie Debout : la pugnacité face à l’indifférence (Anti-k)

     

    Avoir du courage. De la détermination.

    Ne jamais baisser les bras, même face à l’indifférence. Les Syriens, les activistes, les réfugiés et leurs soutiens, qui se réunissent régulièrement sur la place de la République, tentent de rester « debout » pour dénoncer la guerre qui ravage le pays depuis 2011, mais surtout pour rappeler que leur révolution n’est pas encore enterrée.

    « Ni Bachar, Ni Daech en Syrie ». 

    Ils sont une petite trentaine à braver le froid hivernal un samedi après-midi sur la place de la République, scandant pendant près d’une heure divers slogans. Ce n’est pas première fois qu’ils se réunissent ici. Gazette Debout a déjà relayé certains de leurs précédents rassemblements au printemps dernier. Une commission Syrie Debout a même été créée par des militants de plusieurs associations syriennes et françaises vivant à Paris. Delphine, l’une des initiatrices de la commission, a vécu presqu’une décennie là-bas. Elle nous confie son sentiment d’urgence : « les Nuitsdeboutistes et la révolution syrienne devaient se rencontrer et travailler ensemble sur des questions de droits humains. Il fallait faire un lien. Ce qui les différencie, c’est la situation d’urgence et le degré de barbarie que subissent les insurgés Syriens aujourd’hui ». 

    Syrie Debout n’a pas eu la vie facile, régulièrement alpaguée par des militants pro-Bachar el Assad. « C’était des Français plus ou moins affiliés aux « Soraliens » mais aussi parfois des Maghrébins, souvent biberonnés au jus anti-impérialiste, qui cautionnent n’importe quelle dictature, pourvu qu’elle soit anti-américaine ou anti- occidentale. Certains ne supportaient pas de voir le drapeau de l’indépendance syrienne flotter sur la place. Leur argumentaire est toujours le même : « mieux vaut Bachar que Daech » ! Ils nient que ce sont les deux faces d’une même médaille», se désole Delphine.

    Elle croit également que beaucoup de Syriens craignaient la police, omniprésente sur la place de la République. Une appréhension qui n’est pas sans fondement, les CRS ayant tenté d’expulser la commission de la place début juillet, sous prétexte que leur lutte ne rejoignait pas celle contre la loi Travail…

    Ni Bachar, Ni Daesh en Syrie

    Les membres de Syrie Debout reviennent inlassablement manifester ici pour transmettre leur message : « ni Bachar, ni Daesh en Syrie ». Ils tentent de faire preuve de pédagogie envers les passants, afin de leur expliquer les enjeux à la fois simples et complexes de ce conflit.

    Ahmad Darkazanli, un Syrien militant très engagé qui a fuit son pays depuis de nombreuses années, estime que les Français sont désinformés. « Il y a beaucoup d’articles qui ne reflètent pas la réalité du terrain. Il s’agit d’une véritable dictature de la désinformation », regrette-t-il. « Entre Bachar, Daech, Al Nostra, l’armée libre, les gens se mélangent un peu les pinceaux ». Et on les comprend. Car les journaux ont beau multiplier les graphiques et articles explicatifs, le néophyte peine à s’y retrouver. Seules restent les images des populations civiles baignant dans leur sang, au beau milieu de villes en ruines.

    Ce soir là, rares sont les badauds qui s’arrêtent pour écouter les slogans ou échanger avec les militants. Malgré cette indifférence, les membres réussissent à garder le moral. « On n’a pas de choix . C’est une lutte qui s’annonce longue. Si nous arrivons à chaque fois à convaincre quelques personnes, c’est déjà ça », tente de se rassurer Delphine. Elle insiste également sur l’expérience d’Alep, véritable laboratoire d’une Syrie démocratique. « Il y a eu un processus d’élections libres avec un conseil municipal élu et renouvelé chaque année. Aujourd’hui, c’est Brita Hagi Hassan qui est le maire d’Alep Est et qui vient régulièrement à Paris pour sensibiliser sur ce qui se passe là-bas ».

    De son coté, Ahmad Darkazanli reste persuadé que plus personne en Syrie ne soutient Bachar el-Assad. « Si je compte 5% de sympathisants, je suis encore très large. Les populations qui fuient dans les zones contrôlées par le régime cherchent simplement à se mettre à l’abri. Elles n’ont pas le choix ». Mais face au soutien Russe dont bénéficie le « boucher de Damas » la vie humaine ne pèse pas bien lourd. « Bachar n’est pas un homme courageux, s’il sent que ses soutiens internationaux l’abandonnent, il partira de lui-même », assure Ahmad Darkazanli. D’autant que l’armée Syrienne Libre pourrait en venir à bout si elle était équipée correctement. « Nous ne demandons pas une intervention internationale dans notre pays. Nous demandons simplement que le véto sur les armes soit levé. L’armée syrienne libre doit avoir les moyens de se battre ».

    Quelques jours plus tard, le maire d’Alep Est, Brita Hagi Hassan, est de passage sur la place de la République. L’homme est épuisé : cela fait des mois qu’il ne trouve plus le sommeil. Mais par amitié pour Ahmad Darkazanli, il fait l’effort de venir prononcer un émouvant discours, dont on peut retrouver les principaux éléments dans une interview sur France Culture. Il rappelle la violence, égraine les chiffres des morts, des barils de TNT. « Sous prétexte de combattre le terrorisme, le régime commet encore plus d’actes terroristes ».Pour lui, la seule force apte à combattre Daesh, c’est l’armée libre syrienne.

    Il insiste aussi sur ces 30 000 d’enfants qui sont privés d’école depuis des années. 

    « Ils ne connaissent que la guerre, que les tueries, sans autre référence. Faute d’éducation, ils pourront se faire embrigader par les groupes terroristes. C’est un danger non seulement pour nous mais aussi pour vous en Europe ».

    Toutes ces paroles prennent une étrange résonance, alors que le régime de Bachar el Assad a annoncé vendredi 23 décembre avoir repris le contrôle total de la ville d’Alep après un vaste bain de sang. Face à tant d’horreur, il est facile de détourner les yeux. D’oublier le massacre qui se joue à des milliers de kilomètres de notre territoire. Et pourtant, certains refusent d’oublier et organisent dans toute la France des rassemblements pour soutenir les Syriens : devant la mairie de Paris le 10 décembre dernier à Limoges, à Fougère ( Bretagne) à Angers, La Rochelle, Dijon, Lyon, Lille, Marseille et Strasbourg. Parce que “vivre sans espoir, c’est cesser de vivre.” (Dostoïevski).

    L-A

    http://www.anti-k.org/

  • Jean-Pierre Filiu (Télérama)

    Professeur des universités, historien et spécialiste du monde arabo-musulman, Jean-Pierre Filiu est l'un des meilleurs experts de la Syrie. “Nous sommes à Alep dans une situation de surenchère milicienne”, estime-t-il. “Désormais, le dernier mot revient sur place à des milices qui n'obéissent à personne.”

    http://www.telerama.fr

  • La chute d’Alep Est : nos destins sont liés… par J. Daher (Anti-k)

    Pour rappel, Alep-Est subissait un siège depuis juillet 2016 et les populations civiles manquaient de nourriture, d’eau, de médicaments et d’autres produits de première nécessité. Avant la conquête totale des quartiers libérés d’Alep Est, environ 50 000 personnes avaient fui, en majorité vers les zones contrôlées par le régime et une minorité, plusieurs milliers, vers les quartiers de Sheikh Maqsoud, sous la direction des forces kurdes du PYD. Selon certaines sources, le régime aurait d’ailleurs ordonné aux forces armées kurdes du PYD, les YPG, de quitter son bastion de Sheikh Maqsoud avant la fin de l’année[1]. Les hommes âgés entre 18 et 45 ans fuyant vers les zones sous le contrôle du régime étaient séparés du reste des civiles pour être interrogé par les services sécurités d’Assad. Pour certains, leurs sorts sont encore inconnus ; beaucoup craignent des exécutions sommaires ou des incarcérations arbitraires dans les geôles du régime, tandis qu’une majorité des nouveaux jeunes arrivants étaient mobilisés par l’armée du régime pour combattre contre l’opposition armée, pour certains contre leurs anciens camarades…

    La victoire des forces pro-régime provoque un nouveau déplacement forcé de populations, entre 50 000 et 80 000 personnes, en grande majorité des civils, suite à un accord entre l’opposition armée et le régime. Le transfert forcé de population se finissait, à l’heure où nous écrivons, et avait été retardé par des milices pro-iraniennes qui ont attaqué les premiers convois, tandis que d’autres milices pro-régime attaquaient et volaient des civils fuyant les régions Est de la ville. Des combattants liés au groupe jihadiste de Jund Al-Aqsa,[2] allié de Fateh al-Sham (ex Jabhat al-Nusra), ont aussi brulé les bus devant évacuer les blessés de deux villes habités par des populations syriennes, Kefraya et Fuaa, de confessions chiites dans la province d’Alep, bloquant temporairement le départ des civils d’Alep Est, qui pour nombre d’entre eux ont condamné cet acte sur les réseaux sociaux.

    Les forces armées de l’opposition étaient composées d’entre 7 000 et 10 000 combattants, dont environ quelques centaines de djihadistes (de Jabhat Fateh al-Sham), les estimations allant de 250 à 700[3], et non la majorité comme certains journalistes l’ont affirmé.

    Les groupes d’oppositions armées principales étaient composés de brigades locales, en grande majorité liés à l’Armée Syrienne Libre et de quelques groupes à dénominations islamiques mais qui ne sont ni salafistes ni djihadistes. Les différents groupes avaient formé un commandement unifié sous le nom de « l’armée d’Alep »  pour défendre les quartiers sous leurs contrôles, tout en continuant à être minés par des divisions. Cela ne signifie nullement que ces groupes n’ont pas commis de crimes. Pour ma part, j’ai condamné systématiquement leurs bombardements contre les civils des régions sous le contrôle des forces du régime et des quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud, et autres exactions.

    D’ailleurs certaines brigades islamiques et de l’ASL affilié au gouvernement turc, dépendant de son assistance politique et militaire, avaient quitté le front d’Alep, assiégé depuis juillet, pour participer à l’intervention turque en Syrie depuis l’été contre Daech, mais surtout contre les forces kurdes du PYD.

    Des milliers de soldats des forces armées d’opposition syrienne ont dès lors été détournés du front d’Alep pour les intérêts du gouvernement turc au détriment des syriens.

    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est en effet resté silencieux sur les événements d’Alep, tandis que son premier ministre déclarait qu’il ne voyait pas d’objection à la présence d’Assad dans une période de transition. Erdogan, a en en fait conclu un accord avec les dirigeants russes et iraniens qui peut être résumé de la manière suivante : Alep pour ces derniers et Jarablus et autres régions frontalières pour le premier.

    La priorité sur le terrain est en effet donnée à la lutte contre l’autonomie et à la prévention de toute expansion des forces kurdes du PYD au nord-est de la Syrie.

    La Turquie a d’ailleurs émis le 22 novembre un mandat d’arrêt contre le leader du PYD, Saleh Muslim, tout en continuant la répression tout azimut menée contre les représentants et membres du HDP en Turquie. L’intervention militaire turque a d’ailleurs causé la mort de nombreux civils, arabes et kurdes, en Syrie, notamment à la suite de bombardements de son aviation. Ces derniers jours, la ville d’al-Bab, proche de la frontière turque et occupée par Daech, a par exemple été bombardé par l’aviation militaire turque, provoquant la mort d’au moins 47 civils (bilan qui risque de s’alourdir car des personnes sont toujours portées disparus[4]).

    Les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’Iran, de la Turquie et de la Russie se sont d’ailleurs rencontrés le 20 décembre pour discuter du futur de la Syrie.

    À l’issue de cette conférence, les trois puissances ont adopté une déclaration commune visant à mettre fin au conflit en Syrie, par laquelle ils s’engagent à œuvrer à la mise en place d’un cessez-le-feu dans l’ensemble du pays, et que la priorité aujourd’hui en Syrie doit être de lutter contre le terrorisme et non d’aller vers un changement de régime à Damas. Dans les nombreuses manifestations populaires ces dernières semaines en solidarité avec Alep à travers les zones libérées en Syrie, les populations locales exprimaient également leur ras-le-bol des divisions entre les groupes de l’opposition armée et exigeaient leur unification sous un seul leadership.

    Alep Est, un symbole d’une alternative démocratique et inclusive… 

    Revenons sur la chute d’Alep Est et sur l’alternative démocratique que la ville a pu représenter. Les quartiers d’Alep Est ont été libérés par des forces de l’opposition armée venant de la province d’Alep à la fin de l’été 2012. En mars 2013, le conseil local d’Alep, constitué de civils élus démocratiquement par les populations locales, a vu le jour, remplaçant le conseil révolutionnaire transitoire qui avait été mis en place à l’automne 2012 par les groupes de l’opposition armée et certains groupes civils.

    À cette époque, plus d’1,5 millions de personnes vivaient dans ces régions.

    Ce conseil était renouvelé tous les ans et comptait vingt-cinq élus. Les élections étaient organisées via des listes parmi lesquelles votaient des assemblées regroupant soixante-trois conseils de quartiers de la zone libérée. La dernière élection a eu lieu en novembre 2015. Le Conseil local administrait le territoire et était responsable de la gestion des besoins de base des habitants : éducation, infrastructures civiles, hôpitaux, entretien de la voirie, etc. Les représentants du conseil organisaient des rencontres avec les conseils de quartiers pour prendre connaissance des besoins des habitants. Il y avait six cents employés qui travaillaient au sein des conseils de quartiers[5]. Là encore, cela ne signifie en rien que tout était parfait ; il y avait par exemple un déficit de participation des femmes aux hautes responsabilités du conseil local.

    De nombreuses organisations populaires ont vu le jour également, organisant de nombreuses activités démocratiques, sociales, éducatives et culturelles (théâtres, concerts, festivals), tandis que des médias locaux – radios et journaux particulièrement – furent créés. De nombreuses campagnes populaires et démocratiques s’opposant au régime et aux forces islamiques fondamentalistes étaient organisés. Dans le même temps, les activistes et organisations populaires s’acharnaient à délivrer un message inclusif contre le confessionnalisme et le racisme. Ce sont ces activistes qui ont défié au début les pratiques autoritaires de certains groupes armés, mais surtout – en lien avec les populations locales – se sont opposés aux mouvements fondamentalistes islamiques.

    Installé dans la ville en 2013, Daech en a ainsi été chassé début 2014 à la suite de mobilisations massives populaires, et de l’offensive de groupes de l’opposition armée liés à l’ASL.

    Ce fut ensuite au tour de Jabhat al-Nusra à l’époque de subir l’opposition du mouvement populaire dans la ville pour ses pratiques réactionnaires et autoritaires, d’où d’ailleurs sa faible présence dans ces régions.

    Ces exemples d’Alep Est peuvent être retrouvés dans d’autres régions libérées de Syrie, encore aujourd’hui, et c’est pour cette raison qu’elles sont et ont été la cible première du régime Assad et de ses alliés. Alep a subi un déluge de feu depuis l’été 2013, d’abord par les forces du régime puis accompagné par les forces aériennes russes à partir d’octobre 2015. Ces bombardements sont symptomatiques de la barbarie employée pour mettre fin à toute forme de résistance populaire dans le pays. La population des quartiers libérés de la ville d’Alep est passé d’environ 1,5 million d’habitant·e·s au début l’été 2013, avec une riche société civile d’organisations populaires, à 250 000 personnes manquant de tout à l’été 2016.

    Toutes les villes et les quartiers dans lesquels existait une alternative populaire, démocratique et inclusive, ont été visés comme dans le cas de la ville de Daraya, dans la province de Damas, il y a quelque mois par exemple, et continuent à être visés, de même que les infrastructures civiles sur lesquelles se fondent ces expériences. Par exemple, 382 attaques ont eu lieu contre des installations médicales en Syrie entre mars 2011 et juin 2016, dont 90% des bombardements ont été menés par les forces de Damas et de Moscou.[6] Elles ont ainsi tué plus de 700 travailleurs·euses du personnel médical en Syrie. Cela sans oublier les multiples bombardements d’institutions civiles, comme celles des défenses civiles, connus sous le nom de « casques blancs », des boulangeries, écoles, usines, etc.

    Ce sont ces exemples d’auto-organisations populaires et démocratiques, y compris avec leurs imperfections, qui sont craints par dessus tout par le régime depuis 2011. Non pas l’opposition officielle – en exil, corrompue et liée à des États autoritaires de la région –, ni les forces fondamentalistes islamiques qui constituent de fait un allié objectif du régime, dont ce dernier a d’ailleurs favorisé le développement, par ses pratiques autoritaires et confessionnelles.

    Pour preuve, la reconquête par Daech de la ville de Palmyre est intervenue le 11 décembre, malgré la présence des forces russes, et n’a pas inquiété outre mesure le régime, qui concentrait ses forces et celle de ses alliés sur Alep Est. Ces dernières ont dû évacuer Palmyre juste avant l’entrée des combattants de Daech. Ces derniers ont trouvé dans la ville des réserves d’armes lourdes, dont des armes anti-aériennes. Les dirigeants officiels du régime ont déclaré à plusieurs reprises que Daech ne constituait pas une priorité, tandis que l’aviation russe a concentré ses frappes dans sa grande majorité sur les zones dans lesquelles les forces de Daech n’étaient pas présentes.

    Le peuple syrien en lutte sans alliés au niveau international et régional…

    Les puissances occidentales se bornent à exprimer leurs regrets, mais n’agissent même pas sur un plan humanitaire. Le 19 décembre dernier, le Conseil de sécurité a certes voté à l’unanimité, y compris la Russie, de déployer des observateurs de l’ONU et d’autres organisations à Alep pour y superviser les évacuations et garantir la sécurité des civils. Cela ne change néanmoins pas l’orientation politique générale des États-Unis et des États européens qui, loin de prôner un processus démocratique en Syrie, ne s’opposent pas au dictateur Assad et à sa clique malgré leurs crimes. En outre, la coalition internationale sous la direction des États-Unis, qui bombarde des positions de Daech en Syrie et en Irak depuis août 2014 a causé la mort de plus de 1 900 civils dans les deux pays depuis le début des frappes.

    Il existe une tendance générale, au niveau mondial, qui vise à « liquider » la révolution syrienne et ses aspirations démocratiques au nom de la « guerre contre le terrorisme ».

    La victoire de Donald Trump aux États-Unis renforce cette tendance, lui qui a en effet déclaré à plusieurs reprises qu’il souhaite conclure des accords avec Poutine sur la Syrie. Malgré le manque de continuité et la volatilité des positions de Trump en matières de politique internationale, la nomination récente de Rex Tillerson, patron du géant pétrolier ExxonMobil, au poste de Secrétaire d’État (équivalent du ministre des Affaires Etrangères), confirme la tendance évoquée. C’est une personnalité en effet connue pour ses positions pro-russes, qui a d’ailleurs reçu en 2013 des mains de Poutine la plus haute distinction russe pour un civil (l’ordre de l’Amitié).

    Dans ce contexte, la conquête d’Alep s’inscrit dans la volonté du régime d’Assad et de ses alliés, russe et iranien, de bénéficier d’un fait accompli lors de l’entrée en fonction du nouveau président à Washington le 20 janvier 2017. Le problème des États occidentaux, voire de certaines forces de gauche, dans leur politique dite « réaliste », est de penser qu’on peut réussir à se débarrasser de Daech et de ses semblables, considérés comme ennemis principaux en Syrie et ailleurs, avec les mêmes éléments qui ont nourri leur développement : soit l’appui au maintien de régimes ou de groupes autoritaires et confessionnels, soit le soutien apporté à des politiques néolibérales et des interventions militaires…

    Or il ne suffit pas de mettre fin militairement aux capacités de nuisance de Daech et consorts, au risque de les voir réapparaître à l’avenir comme ce fut le cas dans le passé ; il s’agit de s’attaquer aux conditions politiques et socio-économiques qui ont permis leur développement. Il faut se rappeler que Daech, élément fondamental de la contre-révolution, a connu une progression sans précédent à la suite de l’écrasement des mouvements populaires, en se nourrissant de la répression massive perpétrée par les régimes autoritaires d’Assad et consorts, et en attisant les haines religieuses.

    L’interventionnisme des États de la région ou au-delà, conjugué aux politiques néolibérales – qui n’ont cessé d’appauvrir les classes populaires – et à la répression des forces démocratiques et syndicales, ont grandement contribué, et contribuent toujours, au développement de Daech. Il s’agit de lutter contre ces éléments, tout en soutenant les mouvements populaires démocratiques et non confessionnels qui, malgré des reculs importants, persistent dans la région, défiant à la fois les régimes autoritaires et les organisations fondamentalistes religieuses.

    Nos destins sont liés

    Face à la guerre et aux crimes sans fin du régime d’Assad et de ses alliés contre le peuple syrien, face à la volonté croissante des puissants de liquider les aspirations démocratiques de la révolution syrienne, il nous faut réaffirmer notre soutien à la lutte du peuple syrien pour la démocratie, la justice sociale et l’égalité, contre toutes les formes de confessionnalisme et de racisme.

    Dans cette perspective, il est aussi crucial de ne pas séparer la lutte pour l’autodétermination des Kurdes de la dynamique de la révolution syrienne. C’est la mobilisation populaire massive de toutes les composantes du peuple syrien qui a contraint le régime d’Assad, durant l’été 2012, à se retirer de certains régions à majorité kurde du nord de la Syrie et à conclure un accord pragmatique et temporaire de non confrontation avec les forces du PYD, n’empêchant néanmoins pas des combats sporadiques entre les deux acteurs, pour concentrer sa répression criminelle sur d’autres régions en révolte. La défaite de la révolution syrienne marquera le retour de l’oppression des populations kurdes sous un régime chauvin et autoritaire qui a toujours affirmé son opposition à toute forme de reconnaissance des droits du peuple kurde en Syrie.

    Pour cela, l’urgence absolue est d’arrêter la guerre, qui ne cesse de créer des souffrances terribles, empêche le retour des réfugié·e·s et des déplacé·e·s internes, et ne profite qu’aux forces contre-­révolutionnaires issues des deux bords. Il importe également de dénoncer toutes les interventions étrangères qui s’opposent aux aspirations à des changements démocratiques en Syrie, que ce soit sous la forme d’un soutien au régime (Russie, Iran, Hezbollah) ou en se proclamant « amis du peuple syrien» (Arabie Saoudite, Qatar et Turquie). Une nouvelle fois, comme nous l’avons vu, le peuple syrien en lutte pour la liberté et la dignité n’a pas d’amis dans son combat…

    De même, nous devons refuser toutes les tentatives, qui se multiplient actuellement, de légitimer à nouveau le régime d’Assad au niveau international, visant à permettre à ce dernier de jouer un rôle dans le futur du pays. En outre, un blanc-seing donné aujourd’hui à Assad et à ses crimes accroîtrait immanquablement le sentiment d’impunité des États autoritaires, de la région et d’ailleurs, leur permettant d’écraser à leur tour leurs populations si celles-ci venaient à se révolter.

    Il nous faut donc réaffirmer notre solidarité avec les forces démocratiques et progressistes qui luttent contre le régime criminel d’Assad et les forces fondamentalistes religieuses, tout en exigeant des protections pour les civils.

    Dans cette perspective, il est urgent de renforcer toutes les mobilisations qui, à travers le monde, visent à recréer une véritable solidarité internationaliste et progressiste, dénoncent toutes les puissances impérialistes internationales et régionales sans exception, ennemies des peuples en luttes, tout en s’opposant aux politiques néolibérales, sécuritaires et racistes, en particulier les politiques criminelles de fermeture des frontières des États européens qui ont transformé la Méditerranée en vaste cimetière pour les personnes fuyant les guerres, les dictatures et la misère.

    Ici, là-bas : inexorablement, nos destins sont liés…

    Illustration : photo by Haleem Kawa. Source: Haleem Kawa Facebook page. Link: bit.ly/2hTlXzc. Traduction : « Aime moi, loin de la terre d’oppression et de frustration … loin de notre ville qui a eu assez de mort » Alep assiégé, dernier jour, 15/12/2016″. 

    Notes:

    [1] Voir : http://rudaw.net/english/middleeast/syria/221220161.

    [2] Voir : http://www.almodon.com/arabworld/2016/12/19/إحراق-حافلات-الفوعة-وكفريا-الفاعلون-جند-الأقصى.

    [3] Voir https://godottoldus.wordpress.com/2016/12/15/quick-notes-on-the-doomsday-of-aleppo/#more-248http://www.mei.edu/content/at/under-pressure-syrias-rebels-face-al-nusra-quandaryhttp://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-combatants-factb-idUSKBN14124R ; https://syriafreedomforever.wordpress.com/2016/12/12/conference-debat-avec-brita-hagi-hasan-president-du-conseil-local-dalep-est/ http://syriadirect.org/news/rebels-surrender-east-aleppo-evacuations-begin/ http://www.noria-research.com/wp-content/uploads/2016/10/pdf-Noria-Legrand-sept-2016_FR.pdf

    [4] Voir : http://www.syriahr.com/en/?p=57538.

    [5] Voir http://orientxxi.info/magazine/comment-s-organise-la-population-d-alep,1607http://carnegieendowment.org/files/syrian_state1.pdf ; https://www.facebook.com/TheLocalCouncilOfAleppoCity/.

    [6] Voir : http://www.vox.com/world/2016/9/22/13000276/assad-putin-bombing-syrian-hospitals-aleppo.

    http://www.anti-k.org/

  • Paris Alep

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    Facebook

  • Lyon : Alep On T’oublie Pas, Syrie On T’abandonnera Pas

     

    ALEP ON NE T’OUBLIE PAS, SYRIE ON NE T’ABANDONNERA PAS

    RASSEMBLEMENT
    Samedi 24 décembre
    14h30
    Place de Terreaux, 69 Lyon


    Nous sommes en période de Fêtes. Raison de plus pour exprimer notre solidarité avec une population arrachée à sa terre en plein hiver livrée à elle-même pour fatalement grossir les rangs de déplacés et de réfugiés! Mais pour le moment, femmes et enfants sont dehors en attendant un toit (tente!) qui ne vient pas pour s’abriter de la neige qui s’abat sur eux!

     
  • Rennes Syrie

    Evenement_20161231.png

  • Nouveautés sur Europe Solidaire Sans frontières

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    • Syria
      List of Progressive & Democratic Syrian Opposition Groups, Individuals, Websites

      , by DAHER Joseph

      Reach out and contact these groups, individuals and websites to help Syrians who are still fighting for justice and human rights. This is a long list. Please scroll down to the end and past the graphics.
      Al-Jumhurriya website, Yassin al-Haj Saleh, Karam Nachar, Yassin Swehat (...)

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      “The only revenge to which I aspire is witnessing the triumph of the noble ideals for which I fought, and for which so many men and women in this country have lost their lives and their freedom.”
      — Marcos Ana, communist poet who spent 23 years in General Franco’s prisons
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      Bahrain: Human rights defender Ghada Jamsheer freed from prison, allowed to work off remainder of her sentence
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  • Paris Syrie

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  • Un rassemblement jeudi à Fougères en soutien au peuple d’Alep ( Ouest France)

    Syria_Aleppo.jpg

    Différentes associations et citoyens fougerais relaient l’appel à manifester d’Amnesty International en soutien aux populations civiles d’Alep en Syrie.

    Le massacre de la population et la situation d’urgence humanitaire que connaît actuellement la ville d’Alep provoquent l’indignation légitime d’une grande part de la population.

    Venez avec une bougie

    Ainsi diverses associations, organisations et, citoyens du pays de Fougères et habitants fougerais se joignent à l’appel d’Amnesty International et invitent à un rassemblement de soutien aux populations civiles bombardées.jeudi 22 décembre Place Aristide-Briand à 18h.

    Lors de ce rassemblement une prise de parole rappellera les positions d’Amnesty International sur la situation à Alep et les personnes présentes auront la possibilité de signer une pétition de soutien. Celles et ceux qui le souhaitent pourront se munir d’une bougie.

    En effet comme le rappelle Amnesty International il s’agit d’une « tragédie humanitaire et d’un scandale diplomatique. Soumise à des bombardements intensifs de l’armée de Bachar al-Assad et de ses alliés russes, la ville d’Alep est, à la mi-décembre 2016, une ville fantôme où règnent la peur et la mort. En quelques semaines, le conflit a fait au moins 415 victimes civiles, selon un bilan publié par les Nations unies. »

    Alep aux mains du régime

    Assiégée pendant plus de quatre mois, soumise un mois durant à un déluge de feu par le régime, Alep, la deuxième ville de Syrie, est en passe d’être reprise totalement par les forces du président Bachar al-Assad avec le soutien crucial de l’allié russe.

    Une opération d’évacuation a débuté jeudi aux termes d’un accord entre la Russie et la Turquie, soutien de l’opposition armée, mais elle a été suspendue pendant le week-end après des accusations de violation de cet accord par les rebelles.

    Au total, plus de 14 000 personnes, dont quelque 4 000 insurgés, ont déjà quitté le réduit rebelle en direction d’autres zones insurgées du Nord, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).Il reste au moins 7 000 personnes dans l’enclave rebelle totalement ravagée après la dernière offensive aérienne et terrestre lancée le 15 novembre par le régime Assad et ses alliés.

    Le secteur oriental de l’ex-capitale économique de Syrie était aux mains des rebelles depuis 2012 et sa conquête représente la plus importante victoire du régime de Bachar al-Assad dans la guerre en Syrie.

    Comment agir ?

    Amnesty propose plusieurs façons d’agir afin de soutenir la population d’Alep :

    Adresser un message au ministre des Affaires étrangères russe sur Twitter

    Envoyer un message par mail ou par fax à l’ambassadeur de Russie

    Adresser un message sur Twitter à la présidence syrienne

    Adresser un message sur Twitter au guide suprême Iranien

    Envoyer un message par mail à l’ambassadeur d’Iran.

    Soutien de rassemblement aux populations civiles d’Alep jeudi 22 décembre place Aristide-Briand à Fougères, à 18h.

    http://www.ouest-france.fr/