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  • Nouveau rassemblement à Barcelone contre la violence policière du régime marocain (Révolution Permanente)

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    Samedi dernier s’est tenu à Barcelone un nouveau rassemblement, en réaction à l’assassinat de Mohsin Fikri par un policier au Maroc, afin de protester contre la dictature du régime marocain.

    Nous en avons profité pour discuter avec Faouzi Hiba, l’un des organisateurs de l’évènement, pour qu’il nous explique plus profondément le processus de mobilisation qui a suivi le meurtre de Fikri. Des dizaines de personnes d’origine marocaine se sont rassemblées à Barcelone ce samedi pour montrer leur colère face au meurtre de Mohsin Fikri par la police à Al Hoceïma (Maroc).

    Faouzi Hiba, l’un de ceux qui ont impulsé, depuis Barcelone, les mobilisations de solidarité avec le peuple marocain, expliquait : « à la suite du premier rassemblement devant le consulat du Maroc, nous avons décidé d’organiser un groupe afin de donner plus de continuité aux actions de solidarité. Nous avons décidé de faire connaître plus en profondeur le cas de Fikri auprès des organisations politiques pour qu’elles puissent se joindre à cette lutte  ».

    Pour cela, le rassemblement a eu lieu cette fois-ci sur la place Sant Jaume, entre les bâtiments historiques du Conseil municipal et de la Généralité de Catalogne [siège du gouvernement catalan]. Il a disposé de l’appui et de la solidarité de plusieurs organisations politiques comme Clase contra Clase et Lucha Internacionalista, ainsi que d’autres collectifs comme Papeles para todos, de même que des délégués des syndicats CCOO et UGT de territorialité.

    Mohsin Fikri a été poursuivi et assassiné par la police pour avoir vendu à la sauvette un produit « illégal ». Il a été broyé par un broyeur d’ordures. Cependant, le motif de fond de son assassinat est la persécution des classes populaires par le régime marocain. «  Nous savons que la vente à la sauvette et autres sortes d’économie souterraine sont des stratégies de survie pour ceux qui n’ont pas d’autres revenus afin de faire face à l’augmentation du taux de chômage dans la population. Au lieu de régulariser ou d’appliquer des alternatives plus durables, les personnes sont poursuivies et cette manière de survie est punie. Cette politique démasque un gouvernement qui se présente comme « démocratique »  », dénonçait Faouzi Hiba dans le communiqué lu pendant le rassemblement.

    Dans ce sens, Faouzi Hiba remarquait que « l’État marocain a une responsabilité indéniable dans le meurtre de Mohsin Fikri. Mais il est aussi coupable de la violence institutionnelle généralisée que les policiers appliquent, notamment envers les populations pauvres ».

    «  Le cas de Fikri n’est pas un cas isolé », insiste Hiba. « C’est un cas qui reflète l’ambiance générale au Maroc où les gens sont très touchés par la crise économique, par la pauvreté, par la marginalisation. En attendant, c’est le régime qui bénéficie de cette situation. Le cas de Fikri vient révéler toutes ces contradictions que vit le Maroc et pousse les gens à dénoncer dans la rue toutes ces injustices. ».

    Arsen Sabate

    http://www.revolutionpermanente.fr/

    Commentaire: Le CCR (Courant communiste révolutionnaire) est une "tendance" du NPA qui publie son propre journal internet "Révolution Permanente".

  • Nouveautés sur AURDIP

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  • Les carences du secteur agricole accentuent l’insécurité alimentaire (Algeria Watch)

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    En dépit d’un engouement des opérateurs étrangers à investir

    El Watan, 14 novembre 2016

    Des millions d’hectares de terre en jachère, d’autres mal exploités, certaines terres sont détournées de leur vocation, d’autres encore reclassées pour servir au bâtiment, une main- d’œuvre en désertion et des semences locales disparues du marché.

    Vue sous cet angle, la sécurité alimentaire de l’Algérie semble bien compromise. Pourtant on ne peut pas dire que la volonté politique a manqué avec le PNDA, le PNDRA, l’effacement des dettes des agriculteurs, les crédits bancaires à taux 0, etc.

    Si bien que l’agriculture a été le principal secteur porteur de la croissance économique durant une bonne partie des années 2000. Au cours des cinq dernières années, sa croissance a évolué à un rythme annuel de plus de 7% en moyenne. En 2015, la valeur ajoutée du secteur représentait 12% du PIB.

    Pourtant, les résultats semblent insuffisants, car même si le ministère de l’Agriculture avance un taux de couverture de nos besoins agricoles à hauteur de 70% par la production nationale, le pays reste entièrement dépendant des importations pour ce qui est des produits de première nécessité.

    «L’Etat est appelé à venir en permanence à la rescousse pour sauver un marché national exposé aux pénuries dès lors que le secteur agricole national couvre à peine 15 à 20 % du marché en produits de première nécessité», observe Akli Moussouni, expert agronome. La balance agricole et alimentaire est déficitaire et a quadruplé entre 2000 et 2011. «On couvre 70% de nos besoins en fruits et légumes, entre 80 % et 100% pour la viande rouge et blanche, mais on ne couvre localement que 30% de nos besoins en céréales et moins de 50% en matière de lait», argumente Laala Boukhalfa, expert en sécurité alimentaire.

    Dépendance

    Une dépendance aux conséquences économiques directes et pas seulement en termes de sorties en devises. D’après les données de l’Ifpri (International Food Policy Research Institue, 2007), une hausse de 15% des prix agricoles sur le marché international coûte à l’Algérie 0,7% du PIB en raison d’une facture d’importations agricole représentant 4,5% du PIB à plus de 3 milliards de dollars.

    Mais le problème pour l’Algérie ne s’arrête pas là. Car la dépendance aux produits agricoles commence à la base. Des experts dans le domaine agricole ont en effet tiré la sonnette d’alarme sur le fait que 80% des semences locales ont disparu et que celles qui sont importées ne font que renforcer la dépendance de l’Algérie puisqu’il s’agit majoritairement de semences hybrides utilisables une seule fois.

    Déperdition

    Le ministre de l’Agriculture reconnaît qu’il existe un problème de semence qui est en train d’être pris en charge, mais il admet aussi que son règlement prendra des années. Quand ce n’est pas la dépendance aux importations qui pose problème, c’est la déperdition des superficies agricoles qui inquiètent. Les besoins en construction de logements et d’investissements industriels ont sérieusement empiété sur le foncier agricole, mettant à l’arrêt des exploitations agricoles entières. En 2015, ce sont près de 4000 hectares de terres agricoles qui ont été reclassées au bénéfice de l’industrie.

    A cela s’ajoutent quelque 3 millions de terres qui demeurent en jachère, soit plus d’un tiers de la surface agricole utile (8,5 millions d’hectares). Certaines sont considérées à haut potentiel. Le chiffre est important, mais pour Mohamed Alioui, président de l’Union des paysans algériens, il y a lieu d’abord «de s’inquiéter des terres qui sont censées être en exploitation mais ne le sont pas».

    Pourtant le gouvernement a pris ces dernières années des décisions allant dans le sens de l’amélioration de la production agricole et de la couverture des besoins nationaux à travers des mécanismes d’aides directs au profit des agriculteurs. Ces derniers se sont vu effacer en 2009 une dette de 41 milliards de dinars, mais la décision n’aurait pas profité à qui de droit. Selon Mohamed Alioui, «50 à 60% de cet effacement n’a pas bénéficié aux véritables agriculteurs qui en avaient le plus besoin».

    Ambitions

    En cette période de crise, où l’agriculture se positionne comme une alternative au pétrole, la question de la sécurité alimentaire pose indéniablement l’impératif de réduire la dépendance aux importations pour les produits de première nécessité. Pour Akli Moussouni, la solution résiderait dans «un changement radical des politiques agricoles, dont la contrainte de dépendance vis-à-vis du produit agricole étranger doit constituer d’axe de développement».

    Dans ce cadre, le plan d’action Filaha 2019 prévoit la réduction de 30 % de la facture des importations alimentaires (2 milliards de dollars par substitution (poudre de lait, blé dur, semence pomme de terre (A), viande bovine et tomate industrielle) et le doublement des exportations. Pour ce faire, des efforts seront concentrés sur un certain nombre de filières, dont la céréaliculture, les légumes secs, le lait, les cultures fourragères, les viandes bovines et blanches, la pomme de terre, la tomate industrielle.

    Safia Berkouk


    Investissements dans le secteur agricole

    Engouement des opérateurs étrangers

    Les investisseurs étrangers et nationaux se bousculent pour la grande concession.

    Ils sont de plus de plus nombreux à frapper à la porte du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche (MADRP) pour proposer leurs projets. Jusque-là, le secteur a attribué plus de 600 000 hectares pour la réalisation de projets structurants pour un montant de 600 milliards de dinars. Et ce, au profit de 1 500 investisseurs porteurs de projets intégrés dans les filières stratégiques. Sur ce montant, la valeur des investissements en cours de mise en œuvre avec des partenaires étrangers est de l’ordre de 25 milliards de dinars pour une superficie dépassant les 10 000 hectares par projet.

    Et ce, en dehors des régions du Nord. Le cap est en effet mis sur les IDE dans le Sud et dans les Hauts- Plateaux dans les filières stratégiques où l’Algérie est dépendante des importations C’est le cas notamment à Khenchela, Adrar et Ghardaïa, a-t-on appris auprès du MADRP. Les appels lancés par le gouvernement à l’égard des investisseurs étrangers, faut-il le rappeler, remonte à plusieurs années.

    Déjà en 2006, quand il était secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Abdeslam Chelghoum avait invité les opérateurs étrangers à investir dans le domaine de la mise en valeur des terres par le biais du système de la concession mis en place et touchant les zones sahariennes, steppiques et montagneuses. «S’il y a des opérateurs étrangers qui veulent apporter leur contribution à la mise en valeur des terres ils sont les bienvenus», avait-il indiqué à l’issue d’une rencontre avec une délégation canadienne. Depuis, les appels se sont succédé par d’autres responsables du secteur. Il a fallu que les changements interviennent dans le cadre réglementaire notamment dans le cadre de la loi sur les concessions agricoles pour que les investisseurs se manifestent et affichent leur intérêt pour le secteur agricole algérien.

    Des mesures d’accompagnement

    Il faut dire en effet qu’une série de mesures a attiré l’engouement des investisseurs étrangers à la faveur d’une nouvelle stratégie en matière d’investissement dans le secteur agricole, qui mise sur le développement durable et la sécurité alimentaire en Algérie. Parmi ces mesures, on cite l’institutionnalisation d’une cellule d’accompagnement au ministère de l’Agriculture. Dans une de ses études, le cabinet Oxford Business Group ne manque pas d’ailleurs de le souligner.

    Projets structurants

    Il relève le nombre important de contrats d’investissements en projet ou conclus récemment, donnant comme chiffre 80 demandes d’investissements déposées au MADRP au cours du premier semestre 2016. Et rappelant par la même occasion les principaux projets conclus. A titre illustratif, celui conclu fin 2015 entre le Groupe Lacheb et le consortium américain International Agricultural Group, portant sur un mémorandum d’entente sur l’investissement de 100 millions de dollars dans la création d’une nouvelle joint-venture baptisée El Firma, dédiée à l’élevage bovin dans la région d’El Bayadh.

    Au total, six accords ont été signés entre les Etats-Unis et l’Algérie en 2015 dans plusieurs segments agricoles, dont l’irrigation, l’élevage de bétail et l’élevage de vaches laitières, ainsi que l’importation de semences. Plus récemment, le 15 septembre dernier, l’Algérie et la Chine ont signé un protocole d’accord pour l’exécution de la deuxième phase du projet pilote de l’aménagement des terres agricoles salines dans la région de Hmadna (Relizane). Pour le MADRP, ce projet est d’un intérêt stratégique pour l’Algérie, avec l’extension considérable de la salinisation des terres agricoles particulièrement dans les zones arides et semi-arides.

    Déjà en 2012, il y a eu le lancement de la première phase de ce projet pilote pour trois ans (jusqu’à 2015, entre l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA) en coopération avec l’entreprise China Agriculture International Development.
    «Les résultats encourageants des expérimentations effectuées incitent à poursuivre les essais durant une seconde phase (2016-2018) avec l’appui de l’expertise chinoise», avait expliqué le MADRP après la conclusion de l’accord pour la deuxième phase du projet.
    Des intentions de projets sont par ailleurs exprimées par des partenaires français et allemands notamment.
    Samira Imadalou


    Développement des filières

    Les céréales et le lait, des défis majeurs

    Poussée par une croissance démographique et de nouvelles habitudes de consommation, la facture des ’importations céréalières a explosé face à une production nationale trop irrégulière pour répondre à tous les besoins.

    L’Algérie importe 80% de ses besoins en blé tendre et produit 60% de son blé dur. Pour le maïs, les importations sont de 100%, alors que pour l’orge, elles demeurent faibles à moins de 20%.

    Ces deux céréales sont destinées principalement à l’alimentation de bétail. 60% des céréales produites au niveau national sont du blé (dont 70% de blé dur et 30% de blé tendre). Selon une étude de l’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), l’Algérie a connu une progression rapide de la consommation de blé tendre utilisé pour le pain et la pâtisserie «avec l’occidentalisation du modèle de consommation». Une demande trop forte comparée aux disponibilités réelles. Les céréales occupent à peine un tiers des terres arables et plus de la moitié des exploitants agricoles. Mais on estime cependant que la moitié de la production est réalisée par des exploitations de taille modeste (moins de 50 ha).

    La production reste marquée par une forte irrégularité. «On est à 17q/h. C’est trop faible», observe Laala Boukhalfa, selon qui «il y a des zones de culture à fort potentiel qui ne sont pas exploitées». Une étude de l’Ipemed explique cette faiblesse aussi bien par des causes naturelles (sol et climat), que techniques (semences, pratiques culturales) qu’humaine (organisation et formation des producteurs). Pour réduire la facture d’importation, le ministère de l’Agriculture a prévu dans son plan d’action 2019 de doubler la production céréalière à près de 70 millions de quintaux et d’en finir complètement avec l’importation de blé dur. Cela serait notamment possible grâce à l’augmentation des surfaces irriguées, qui passeront de 230 000 hectares en 2016 à 600 000 hectares en 2019.

    Pour Akli Moussouni, expert agronome, il est possible de couvrir «les ¾ des besoins du marché national à condition de réduire d’environ de 50% les surfaces qui leur sont consacrées, mais en investissant dans la performance de celles qui seront cultivées pour atteindre des rendements élevés (plus de 50 q/ha)». Les surfaces abandonnées par les céréales seraient ensuite consacrées aux parcours pour les filières animales (ovine en particulier)

    Le lait en crise

    Même constat ou presque pour le lait, enclin à des crises cycliques, avec un taux de collecte qui reste faible, puisque seulement le tiers de la production laitière bovine est collectée (en 2012). A la fin des années 1960, les importations totales en lait couvraient 40% des disponibilités, pour une consommation qui atteignait les 50 litres équivalent lait /habitant. Aujourd’hui, elles en couvrent plus de 50 % pour une consommation par habitant qui a presque triplé à 147 litres équivalent lait/habitant. «Nous produisons environ trois milliards de litres pour des besoins estimés à 6 milliards», observe Laala Boukhalfa.

    Près de 30% des disponibilités laitières sont destinés à l’autoconsommation ou se retrouvent dans le circuit informel, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. On estime que le taux d’intégration du lait cru est autour de 15% en moyenne, entre laiteries privées et publiques. Pourtant, pour augmenter cette production et son intégration dans le processus industriel de fabrication du lait pasteurisé, le gouvernement a mis en place un système de primes destiné aux producteurs, aux collecteurs et aux transformateurs.

    Rien n’y fait. Selon Laala Boukhalfa, les subventions constituent «un frein au développement de la filière». Les investisseurs «n’investissent pas car ils ne peuvent pas concurrencer un prix administré de 25 dinars le litre. Ils ne veulent pas investir dans des vaches laitières puisqu’il y a la poudre et qu’elle est subventionnée». En 2013, les subventions à la poudre de lait ont atteint 30 milliards de dinars. Mais, c’est loin d’être la seule contrainte. Dans une étude de l’IAMB (Institut agronomique méditerranéen de Bari) datant de 2015, il est noté que 99% des exploitations laitières sont du type «familial et traditionnel ».

    En 2008, «plus de 95% des exploitations laitières comptaient moins de cinq vaches, alors que celles qui disposaient de plus de 50 vaches laitières ne représentent que de 0,3% du total». Selon la FAO, la taille des troupeaux reste relativement faible, avec 6 à 8 vaches laitières par exploitation. En 2012, on estimait que le bovin laitier de race importée représentait 28% de l’effectif total des vaches laitières et assurait environ 70% de la production totale de lait de vache. Pour Akli Moussouni, la filière agit encore dans l’«archaïsme» pour au moins 4 raisons : sous-alimentation du cheptel, générant une faible rentabilité laitière, la petitesse des exploitations face à des coûts de productions trop importants, infrastructures d’élevages d’un autre âge et enfin le manque de professionnalisme.

    Insuffisances

    Si Laala Boukhalfa pose le problème de l’adaptation des vaches importées au climat algérien, il évoque également la question de la disponibilité de l’alimentation devant répondre aux besoins du cheptel. Des études publiées entre 2009 et 2013 par des chercheurs algériens (Chehat, Soukhal) montrent une «insuffisance des ressources fourragères qui constitue un obstacle au développement de l’élevage bovin en Algérie», puisqu’elles ne couvrent que 50% des besoins annuels, alors que «plus des 2/3 des besoins protéiniques du cheptel sont couverts par des aliments concentrés». En gros, les superficies fourragères ne représentent que 9% de la surface agricole utile, au moment où l’industrie des aliments du bétail est dépendante des importations des matières premières, soulignent les études.

    Selon la FAO, les contraintes liées à la production laitière en Algérie sont nombreuses, citant notamment, la faible production de l’élevage bovin, un prix de revient à la production trop important, des ressources fourragères insuffisantes, un coût de l’alimentation du bétail trop élevé et une désorganisation des réseaux de collecte. Des contraintes que le gouvernement compte lever pour les besoins de la sécurité alimentaire. A l’horizon 2019, l’objectif tracé est de réduire à 0 % l’importation de poudre de lait destinée à la fabrication de produits dérivés. Il est aussi question de promouvoir l’intégration de la production locale du lait cru par l’élargissement de son marché aux produits laitiers dérivés et le renforcement des capacités de production du fourrage.

    Safia Berkouk


    Maladies récurrentes et pratiques informelles

    Menace sur la production animale

    Avec des maladies à répétition, chaque année ou presque, une partie de l’élevage ovin, bovin et avicole est décimée. Brucellose, bronchite infectieuse, grippe aviaire, blue tongue, fièvre ap0hteuse, etc., les maladies sont multiples et leur propagation àa des degrés divers.

    Dernièrement encore, les citoyens ayant acheté le mouton de l’Aïd, n’ont pas sacrifié que ce dernier, mais également l’équivalent d’un mois de salaire pour ceux d’entre eux qui se sont retrouvés avec une viande putréfiée, impropre à la consommation. Pourtant les campagnes de vaccinations existent. En 2014, avec la fièvre aphteuse le gouvernement a dégagé une enveloppe de 100 millions de dinars pour l’achat de 900 000 doses de vaccin, alors que 1,6 million de bovins avaient déjà été vaccinés.

    Avec plus de 26 millions de têtes, l’élevage ovin représente près de 80% de l’effectif total du cheptel national devant le bovin qui en représente 6%. Importations frauduleuses d’animaux malades, abattages clandestins, non-déclaration des maladies, des pratiques hasardeuses en matière d’alimentation et d’administration des médicaments par les éleveurs, menacent cette richesse. Les résultats de l’enquête menée sur la viande de l’Aid avait mis en cause un surdosage de compléments alimentaires administrés aux bêtes en vue de leur engraissement rapide. Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

    Explications

    Pour les professionnels de la santé animale, ces maladies à répétition ne sont pas forcément anormales. Saida Akali, secrétaire générale du Syndicat national des vétérinaires fonctionnaires en explique les raisons. «Les effectifs de ces élevages sont sans cesse en augmentation (en nombre d’éleveurs et d’animaux), le nombre de vétérinaires augmente aussi et donc les diagnostics de maladies se font aussi plus souvent et leur déclaration se font aussi rapidement». Si l’apparition de ces maladies n’étonne pas, c’est que plusieurs facteurs y contribuent. «Nos élevages ne sont pas identifiés.

    On donne des crédits à toute personne qui le demande pour faire de l’élevage sans formation, sans structure d’encadrement, etc. Aussi, la protéine animale est devenue une valeur spéculative, donc des affairistes s’occupent de présenter des denrées d’origine animale par n’importe quels moyen et méthode». Ahcene Kaci, enseignant–chercheur, spécialiste des productions animales, partage une partie de cette analyse. «Des vétérinaires n’arrivent jamais à déterminer les véritables mortalités du cheptel car les barrières sanitaires ne sont pas respectées, le nombre de laboratoires d’analyse est très insuffisant, la veille sanitaire n’existe pas et la traçabilité des produits n’est pas prise en considération par l’ensemble des acteurs de la chaîne des filières animales». Les deux spécialistes mettent également en cause les faiblesses en matière de contrôle des frontières pour ce qui est des déplacements de troupeaux qui ne sont pas «systématiques».

    La production avicole

    Cet état des lieux vaut d’autant plus pour le secteur avicole. Dans un document consacré à l’analyse de la filière, le ministère de l’Agriculture note que les limites techniques et sanitaires des bâtiments traditionnels qui représentent la quasi-majorité des bâtiments d’élevage privés, mal aérés, provoque des maladies respiratoires et entraîne des taux de mortalité élevés, ainsi qu’une difficulté de désinfection et de mise en place de barrières sanitaires. Car la filière reste dominée par les pratiques informelles. Certains experts ont estimé que 80% des abattoirs de volailles ne possèdent pas d’agrément sanitaire.

    D’autres avancent un chiffre moins alarmant. «Selon l’étude non encore publiée par Ferrah Ali, chercheur à l’INRA Algérie, l’économie informelle dans l’aviculture algérienne représente 50 %, c’est-à-dire 1 opérateur sur 2 ne dispose pas d’agrément sanitaire», estime Ahcene Kaci. Selon Laala Boukhalfa, spécialiste des questions de sécurité alimentaire, la filière avicole peut produire jusqu’à un million de tonnes par an, mais «les abattoirs existants ne peuvent prendre en charge qu’une capacité de 20%, le reste se fait dans les abattoirs clandestins», posant un grand risque sanitaire. Seulement le problème est beaucoup plus grand qu’une simple question de pratiques informelles. Ahcene Kaci estime que «le risque sanitaire à l’avenir pourrait être d’une grande ampleur» au vu des carences. Car dit-il, il n’est plus concevable d’admettre la présence «des élevages modernes de grandes capacités à côté d’autres élevages traditionnels pourvoyeurs de maladies potentielles.»

    Organisation

    Mais les types d’élevage ne sont pas les seuls à mettre en cause. Pour Saida Akli on exige trop des vétérinaires fonctionnaires sans leur donner les moyens. On leur demande «d’assurer le contrôle sanitaire, les vaccinations, les prélèvements, les enquêtes épidémiologiques, la pharmacovigilance, les comités de lutte contre les zoonoses, les contrôles laitiers. Tout ça avec des effectifs réduits, des salaires dérisoires et des moyens matériels inexistants». En parallèle, la requête formulée pour une 6e année universitaire attend toujours une réponse, les recrutements sont gelés depuis 2014 et l’installation de jeunes vétérinaires relèverait «du casse-tête», selon notre interlocutrice.

    Avec la propagation de l’informel, l’impossibilité de l’identification des cheptels, les insuffisances en matière de contrôle et le manque de moyens au profit des professionnels, la protection des citoyens et de la richesse animale devient problématique. «Nous sommes le dernier maillon de la chaîne alimentaire, mais il faudrait que tous les autres maillons fonctionnent, à commencer par l’application des lois déjà existantes», affirme Saida Akli Abondant dans le même sens, Ahcene Kaci, qui considère que le véritable problème réside dans «l’organisation des filières animales», l’Etat doit prendre «des mesures strictes pour faire respecter la législation à travers ses services fiscaux et vétérinaires». De l’autre, «les autres acteurs doivent instaurer un système de coordination dans le cadre d’un groupement interprofessionnel représentatif afin de permettre à chaque maillon de la filière (agro-fourniture, secteur agricole, agro-industrie, distribution) d’investir, de garantir une traçabilité du produit et de dégager une valeur.»
    Safia Berkouk

    http://www.algeria-watch.org/

  • Nouveautés sur Association France Palestine Solidarité

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    Lancement de la campagne pour la suspension de l’Accord d’association UE-Israël : 16 novembre 2016

    Collectif pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, mardi 15 novembre 2016
     
    La situation en Palestine ne cesse de se détériorer du fait de l’extension permanente de la colonisation, mais aussi de la mise en œuvre assumée par le gouvernement israélien, d’une stratégie visant avec le blocus de Gaza, l’isolement et l’annexion progressive de Jérusalem Est, la segmentation de la Cisjordanie, à rendre la continuité du (...)
     
  • A Besançon, conférence-débat Gaza (UJFP)

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    Organisée par Palestine-Amitié Besançon.

    Avec Sarah Katz et Pierre Stambul de l’UJFP.

    Rendez-vous

    • À Besançon, conférence-débat consacrée à Gaza 
      Le mercredi 7 décembre 2016 à 20h00
      FJT Les Oiseaux

      48 rue des Cras
      Besançon

    http://www.ujfp.org/

  • Liège, conférence-débat avec Pierre STAMBUL: "Après l’échec des Accords d’Oslo, quelles sont les perspectives pour mettre fin au conflit israélo-palestinien ?" (UJFP)

    A l’occasion de la Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien, l’Association Belgo Palestinienne de Liège vous convie à la conférence-débat avec Pierre STAMBUL : "Après l’échec des Accords d’Oslo, quelles sont les perspectives pour mettre fin au conflit israélo-palestinien ?"

    Rendez-vous

    • À Liège, conférence-débat avec Pierre STAMBUL sur le thème : "Après l’échec des (...) 
      Le mercredi 30 novembre 2016 à 19h30
      FGTB - Salle Piron - 4ème étage

      Place St Paul 9 à 4000 Liège

    http://www.ujfp.org/

  • Lausanne Palestine (UJFP)

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    Rendez-vous

    • À Lausanne (Suisse), conférence–débat sur le thème : Sortir la Palestine de (...) 
      Le mardi 29 novembre 2016 à 20h00
      Pôle-Sud – Centre socioculturel

      Av. J.-J. Mercier 3, 1003 Lausanne

    http://www.ujfp.org/

  • Les socialistes et la guerre au vingt-et-unième siècle Le cas de la Syrie (ESSF)

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    Note: "Socialistes" est ici pris dans le sens anglais de "Socialistes révolutionnaires, communistes" pas de "Labour"

    En Syrie, les villes rebelles qui se sont soulevées à partir de 2011 contre la brutale dictature de Bashar El-Assad, subissent maintenant un siège génocidaire.

    Chaque jour, elles sont visées par l’aviation syrienne et les bombardiers russes. Leur combat, s’il échoue, brisera pour une longue période les espoirs du Printemps arabe pour une alternative démocratique et anti-impérialiste dans cette région du monde. Dans ce contexte, les socialistes et les militant-es pour la paix partout dans le monde doivent appuyer le peuple syrien et s’opposer à la guerre.

    On peut se demander cependant où en est le mouvement anti-guerre. En tout cas, on ne l’entend pas beaucoup sur la Syrie. Dans sa dernière déclaration, l’Alliance canadienne pour la paix (principal regroupement pacifiste au Canada), demande l’arrêt des bombardements, mais en réalité, c’est l’OTAN qui est critiquée. C’est vrai qu’il faut critiquer l’OTAN. Mais la déclaration, qui s’adresse au gouvernement canadien, ne répond pas aux défis de la crise actuelle. Le fait que le gouvernement canadien ne participe plus aux bombardements en Syrie ne constitue pas en soi un fait politique significatif qui irait dans le sens de la solidarité. Aujourd’hui, LA question est celle des bombardements meurtriers qui frappe les villes syriennes. Pourquoi l’Alliance est-elle silencieuse à ce sujet ? Pourquoi ne condamne-t-elle pas les bombardements par la Russie ? On note ce silence troublant dans la plupart des mouvements de gauche et populaires.

    Certes, la situation en Syrie et au Moyen-Orient est complexe et confuse. Mais il y a quand même des faits. Le régime Assad en Syrie a répondu aux revendications démocratiques par la répression brutale, sans aucune volonté de négocier avec l’opposition. Elle a tenté de manipuler cette opposition, notamment en libérant des détenus et prisonniers islamistes qui, depuis, combattent avec Daech, une force réactionnaire au départ localisée en Irak.

    L’Iran et la Russie interviennent pour soutenir Assad. Les alliés traditionnels des États-Unis (Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, la Jordanie, Israël) soutiennent l’opposition, plus souvent qu’autrement pour leurs propres raisons, et sans d’autre part offrir à l’opposition syrienne les armes dont elle aurait besoin pour combattre effectivement le régime. Les États-Unis, qui n’ont jamais été de grands amis du régime Assad, craignent son renversement, qui pourrait, à leurs yeux, déstabiliser la région et mettre en périple la défense de l’État israélien. Pour cela, ils ne veulent pas que l’opposition devienne trop forte et font pression sur leurs alliés pour qu’ils ne l’approvisionnent pas en armes anti-aériennes.

    Ce choix n’est pas sans conséquence. Ce sont les bombardements syriens et russes qui ont sauvé le régime de ce qui s’annonçait comme un collapse. Poutine applique en Syrie la « recette » qu’il a utilisée dans les années 1990 contre les rebelles tchétchènes, en anéantissant des villes aux mains de l’opposition, quitte à frapper durement la population civile.

    Pour revenir au silence des forces anti-guerre, il faut dire qu’il y a des exceptions. Des coalitions de la diaspora syrienne sont actives, notamment en France (voir plus bas). À Ottawa, des Syriens et des Canadiens ont manifesté devant le Parlement, contre les bombardements d’Alep et d’autres villes syriennes. Ils demandaient au gouvernement Trudeau de s’exprimer contre les interventions extérieures.

    Ce n’est pas tout le monde à gauche qui est d’accord. Dans un récent article publié dans « The Bullet » (bulletin du « Socialist Project ») [1], Dave Bush condamne les secteurs de la gauche qui expriment leur solidarité avec l’opposition syrienne. Il affirme que la tâche des socialistes dans les pays impérialistes est de confronter l’ennemi dans son propre pays. Ce qui veut dire s’opposer à la militarisation du Canada, et donc de mettre la cause démocratique syrienne à l’arrière-plan. Selon Bush, il faut d’abord et avant tout empêcher le gouvernement canadien de se réinvestir militairement en Syrie. Il faut demander le retrait de toutes les troupes canadiennes des pays du Moyen-Orient, de l’Ukraine et de l’Europe centrale, l’arrêt du commerce des armes par des entreprises canadiennes, ainsi que l’acceptation d’un plus grand nombre de réfugiés.

    Ce sont d’excellentes revendications, mais ne manque-t-il pas quelque chose ? Pouvons-nous demeurer silencieux face à la guerre actuelle en Syrie ?

    De manière générale, les progressistes au Canada hésitent à dénoncer la Russie au moment où celle-ci est encerclée et menacée par l’OTAN qui cherche à étendre son influence en Europe. Il est vrai que, comme le dit Dave Bush, les États-Unis et leurs alliés-subalternes cherchent à diaboliser la Russie. Bien sûr, nous devons refuser ce langage. Il est juste et légitime d’exiger du Canada de retirer ses troupes qui font partie des contingents de l’OTAN en Ukraine et en Europe de l’est. Mais est-ce que cela veut dire qu’on ne peut se démarquer des interventions russes en Syrie ? Est-ce qu’on doit appuyer la Russie à tout prix pour contrer les efforts de l’OTAN ? Admettant que l’appui russe au régime d’El Assad est motivée, du moins en partie, par la nécessité de se défendre contre les menaces de l’OTAN, faut-il passer l’éponge sur les atrocités commises en Syrie ? Il ne faut pas oublier non plus que dans le cas de la Syrie, les États-Unis appuient implicitement la Russie, soi-disant pour éradiquer les opposants islamistes. Il semble que Trump va continuer dans cette politique d’appui indirect et inavoué à Poutine.

    Il pourrait y avoir d’autres raisons dans cette incapacité de la gauche. Celle-ci cherche encore à s’ajuster aux changements radicaux survenus depuis l’implosion du « bloc socialiste » et la fin de la Guerre froide. Selon la chercheure Phyllis Bennis [2], « la gauche est incapable de démêler la complexité des guerres à plusieurs échelles qui frappent la Syrie, d’où l’incapacité de surmonter les divisions et de créer un puissant mouvement contre la guerre. Jusqu’à un certain point, notre tâche était plus facile lors des conflits précédents ». Bennis pense que l’opposition aux interventions américaines allait un peu de soi : « On savait que les États-Unis étaient du mauvais côté au Vietnam et en Amérique centrale. Il était évident que nous devrions nous opposer aux interventions américaines via ses alliés locaux de même qu’à la présence de soldats américains sur les théâtres de combat. On appuyait les rebelles, le Front de libération nationale et le gouvernement du Vietnam, le FSLN au Nicaragua et le FMLN au Salvador. En Afrique du Sud, nous étions contre l’appui américain au régime de l’apartheid et nous voulions que l’ANC gagne ». Plus tard avec la nouvelle géopolitique post-Guerre froide, la situation s’est compliquée : « Avec les guerres en Afghanistan et en Irak, nous nous sommes opposés aux politiques du gouvernement américain. Nous avons développé des liens de solidarité avec certains secteurs, par exemple entre les syndicats américains et irakiens dans le secteur du pétrole. Mais on ne pouvait pas se solidariser avec les factions armées qui combattaient l’invasion américaine. Celles-ci avaient des programmes dans lesquels on ne pouvait se reconnaître. Ce qui restait clair était l’illégitimité et l’illégalité des agressions américaines, qui pour nous découlaient de l’impérialisme et du racisme, ce qui nous imposait une posture d’opposition à la présence militaire américaine dans ces régions ».

    Aujourd’hui en Syrie, ajoute-t-elle, « la situation est plus compliquée. Plusieurs appuient la révolution syrienne, dans la lignée du printemps arabe et des revendications démocratiques ». Quant à ceux qui ont des réticences, ils ne tiennent pas compte, selon Bennis, du fait que le régime de la famille Assad a une longue histoire de collaboration avec l’impérialisme américain, notamment, l’invasion du Liban en 1976 contre les forces libanaises de gauche et la résistante palestinienne, la participation syrienne à l’invasion de l’Irak en 1991, la protection des frontières avec Israël, la collaboration de la Syrie dans la détention et la torture de personnes illégalement détenues à la suite des évènements du 11 septembre 2001, etc. « La Syrie conclut-elle, n’a jamais été un centre de résistance à l’impérialisme ».

    Le monde aujourd’hui n’est plus le même que celui qui existait à l’époque de la guerre du Vietnam, lorsque la principale puissance impérialiste de l’époque régissait le monde et confrontait des États qui pour toutes sortes de raisons échappaient aux circuits de l’accumulation sous la gouverne de Wall Street. Certains de ces États appuyaient alors des mouvements de libération, comme cela a été le cas avec Cuba. Mais depuis l’implosion du bloc socialiste, le monde s’est reconfiguré. Au moment où l’hégémonie américaine est en déclin et qu’émergent de nouvelles puissances nucléaires comme la Chine et la Russie, il faut mesurer les conséquences de ces changements sur les mouvements anti-impérialistes.

    Dans le présent contexte, on ne peut pas lire la crise syrienne comme une « nouvelle » guerre froide entre la Russie et les États-Unis. Il faut analyser la situation en termes des forces de classes qui sont concernées, et non seulement par une lecture superficielle géopolitique qui néglige l’interaction entre les divers intérêts impérialistes. Dans cette période post-guerre froide caractérisée par une nouvelle ère de compétition et de rivalités nationales et inter-impérialistes, la crédibilité des socialistes est fragilisée si l’ « anti-impérialisme » se limite à la dénonciation de son « propre » impérialisme. Comme le suggère Gilbert Achcar, il faut se tenir aux côtés de la révolution arabe, du printemps arabe et du soulèvement populaire qui a surgi en Syrie depuis une dizaine d’années.

    Pour avancer dans cette voie, on peut s’inspirer des travaux des mouvements socialistes du siècle dernier, notamment des positions internationalistes adoptées lors de la Première Guerre mondiale par les fractions révolutionnaires du socialisme européen. Dans chacun des pays impérialistes, les socialistes devaient prioriser l’opposition aux agressions commises par « leurs » gouvernements et « leurs » classes dominantes. Mais cette opposition anti-guerre devait s’exprimer également en solidarité avec les mouvements anti-guerre dans les pays « ennemis ». C’est ce qui a pris forme lors d’une rencontre organisée à Zimmerwald en 1915 par divers mouvements socialistes. Le Manifeste issu de cette rencontre appelait à une paix immédiate, sans annexions ni compensations. Le droit à l’autodétermination, affirmait-on, était le socle indestructible d’un système qui devait être construit sur l’interrelation entre les peuples. Pour Lénine, seul le socialisme pouvait, en fin de compte, mettre fin aux horreurs e la guerre :

    « Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l’égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes bourgeois et des anarchistes. Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l’intérieur du pays, que nous comprenons qu’il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme ; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est-à-dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l’opprime, des esclaves contre les propriétaires d’esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d’analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part » [3].

    Plus tard, ces thèses ont été adoptées par l’Internationale communiste lors de son second congrès en 1920. Elles ont été utilisées dans les années subséquentes par des marxistes comme Ernest Mandel qui estimait que la Deuxième Guerre mondiale était une guerre inter-impérialiste mettant en jeu l’hégémonie du monde et que cette guerre avait été remportée par les États-Unis. C’était aussi, affirmait-il, une guerre d’auto-défense de l’Union soviétique contre une tentative impérialiste de coloniser le pays et de détruire les acquis de la révolution de 1917. En même temps, cette guerre a permis au peuple chinois de résister à l’impérialisme et de mener à bien un projet de révolution socialiste, tout en facilitant la lutte des peuples asiatiques colonisés pour leur libération nationale et la souveraineté (au Vietnam, cette lutte a débouché sur une révolution socialiste). Enfin, la Deuxième Guerre mondiale a été une lutte de libération nationale pour les pays occupés d’Europe, où certains pays, comme la Yougoslavie et l’Albanie, ont poursuivi cette résistance jusqu’à un projet socialiste [4].

    Je pense que cette approche est pertinente pour confronter la crise syrienne et comprendre la nature progressiste de la « guerre civile » déclenchée par l’insurrection populaire contre le régime Assad et par implication, contre le système impérialiste global dont la Syrie est une composante. L’essence du conflit est une lutte de classe, et le succès éventuel de cette lutte (de même que des luttes démocratiques issues du printemps arabe) est une précondition pour le développement et éventuellement pour la victoire de la lutte pour le socialisme dans les pays arabes.

    Le défi pour la gauche dans le contexte de cette configuration globale des forces est immense. Mais là où les peuples luttent contre l’oppression et l’intervention impérialiste, on ne peut créer une dichotomie entre la résistance anti-guerre et la solidarité avec les forces sur le terrain. D’autre part, l’intervention directe du Canada sur le terrain ne peut être le facteur déterminant dans la construction de la solidarité. Ce qui n’implique pas de cesser nos critiques à l’égard des politiques agressives que le gouvernement Trudeau met en place contre la Russie ou à travers des interventions militaires en cours ou projetées, notamment en Afrique.

    Nous devons mobiliser pour la solidarité avec l’opposition syrienne populaire et démocratique, pour la fin de la guerre et la fin des bombardements, pour le retrait de toutes les forces étrangères (notamment russes) et la mise en place d’un programme d’aide humanitaire urgent pour aider la population dans les villes assiégées.

    Richard Fidler


    Annexe

    Syrie : les civils toujours sous les bombes

    Collectif avec la révolution syrienne [5]

    Le 20 octobre 2016, après un mois de massacres de masse organisés par les aviations de Assad et de Poutine, la population d’Alep, profitant d’une trêve de quelques jours est ressortie dans la rue. Et, comme depuis le début de la révolution, en 2011, elle a réaffirmé : « le peuple veut la chute du régime ». Malgré des semaines sous les bombes, elle a rappelé son refus de quitter la ville assiégée et dénoncé la politique de remplacement de population orchestré par Assad dans certaines régions (comme ce fut il y a peu à Darayya, à Moaddamya). Envers et malgré tout, la résistance civile et armée continue à combattre et le régime d’Assad et Daech.

    Après avoir discuté pendant plus d’un an avec Poutine, dont l’armée massacre les civils dans les zones libérées, nombre de diplomates ont haussé le ton, à l’ONU notamment, lorsque mi-septembre Poutine et Assad ont intensifié les massacres sur Alep. Si l’intensité des bombardements sur Alep aujourd’hui est moindre (provisoirement ?), les bombardements contre les populations civiles dans de nombreuses régions se poursuivent. En outre la partie Est d’Alep comme d’autres régions sont toujours assiégées, et plus de 215 000 prisonniers politiques sont toujours maltraités (et souvent torturés jusqu’à la mort).

    Nombre d’yeux sont aujourd’hui rivés sur Mossoul (Irak) et sur Raqqa (Syrie) contrôlées par Daech. La coalition internationale y intervient avec l’objectif proclamé d’« éradiquer » Daech. Éradiquer Daech en laissant le boucher Assad continuer tranquillement à anéantir le peuple syrien (rappelons que plus de 90 % des civils morts en Syrie, l’ont été sous les coups d’Assad et non de Daech) ? Daech s’est développé avec la complicité d’Assad et à cause de l’abandon international du peuple syrien qu’Assad massacre depuis 5 ans dans l’indifférence de beaucoup.

    Le meilleur moyen de mettre fin à Daech et au régime d’Assad n’est pas une intervention étrangère, mais de soutenir le peuple de Syrie en lutte contre ces deux fléaux. Un peuple qui a montré sa très grande capacité à s’auto-organiser. Mais les gouvernements des puissances régionales et internationales ne veulent surtout pas soutenir un peuple qui réclame le droit à disposer de lui-même, c’est-à-dire à décider lui-même de son avenir, sans qu’on le massacre, que ce soit par un dictateur syrien, par des forces armées russes, iraniennes, irakiennes, par le Hezbollah...

    Il faut ainsi continuer à exiger l’arrêt de tous les bombardements dont sont victimes les populations de Syrie, ceux du régime d’abord et de ses alliés russes et iraniens, et aussi ceux de la coalition emmenée par les États-Unis et à laquelle participe la France, lesquels donnent argument aux Russes pour justifier les leurs, et qui renforcent la propagande djihadiste.

    Alors que les grandes puissances de ce monde cherchent à imposer, via l’ONU notamment, leur vision de la résolution du conflit en Syrie, seules les forces populaires et démocratiques sont à même d’apporter une solution politique de paix à la situation tragique actuelle. De ce point de vue, il faut soutenir la convergence entre toutes les forces démocratiques, notamment arabes et kurdes, en lutte contre les pouvoirs qui les oppriment en Syrie et dans les pays de la région.

    C’est au peuple syrien de décider de son propre avenir et de définir les formes de soutien qui lui semblent nécessaires, soutien que les prétendus « amis de la Syrie » ont totalement dévoyé. Il faut ouvrir les frontières et accueillir dans des conditions décentes les populations qui fuient la guerre.

    Les organisations du collectif, dans leur diversité et avec leurs propres analyses, soutiennent la base commune suivante :

    • Arrêt immédiat de tous les bombardements en Syrie !

    • Levée immédiate de tous les sièges et libération immédiate de tous les prisonniers politiques !

    • Départ de la Syrie de toutes les forces armées étrangères !

    • La revendication du peuple syrien pour le départ d’Assad et la fin de son régime, immédiatement et sans condition. Cette revendication permettra d’abréger la souffrance de la population, le retour des réfugiés dans leur pays et de bâtir une Syrie libre et démocratique.

    • Solidarité avec ce peuple en lutte contre la barbarie d’Assad et de ses alliés, contre la barbarie de Daech, pour une alternative démocratique. C’est au peuple syrien et à lui seul de décider de son avenir et des soutiens qui lui semblent nécessaires (dont les armes défensives contre la mort venue du ciel).

    • Mobilisation internationale pour l’aide humanitaire et l’accueil des réfugiés !

    Position du Collectif Avec la Révolution Syrienne (ARS) : Alternative Libertaire, Cedetim, Émancipation, Ensemble, L’insurgé, NPA, UJFP, Union syndicale Solidaires* Traduction française par Pierre Beaudet.

  • Gilbert Achar Interview (BBC)

     
     

    Gilbert Achcar, Professor of Development Studies and International Relations, at SOAS, University of London, speaks to medyascope.tv’s Isin Elicin on Donald Trump's election, on the global rise far right, on the latest developments in Turkey and its aspirations to become a leader in the region, on Kurds, on Syria & This interview also aims to serve as an introduction to his latest book, "Morbid Symptoms: Relapse In the Arab Uprising"

    14/11/2016London

  • Professor Gilbert Achcar (PBS)

     
     
    November 11 2016
     
    PBS est la chaîne publique des USA, une référence