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  • "Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient" (Le Monde)

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    Soyons réalistes, demandons l’impossible, clamaient dans les rues de Paris les utopistes de mai 1968. Etre réaliste aujourd’hui, c’est réclamer à ceux qui gouvernent d’aller aux racines de ce mal qui, le 13 novembre, a tué au moins 129 personnes dans la capitale française. Elles sont multiples, et il n’est pas question d’en faire ici l’inventaire. Nous n’évoquerons ni l’abandon des banlieues, ni l’école, ni la reproduction endogamique d’élites hexagonales incapables de lire la complexité du monde. Nous mesurons la multiplicité des causes de l’expansion de l’islamisme radical.

    Comme nous savons à quel point l’étroitesse des rapports entretenus dans tout le monde arabe entre les sphères politique et religieuse a pu faciliter son émergence, nous n’avons aucune intention simplificatrice. Mais, aujourd’hui, c’est la politique internationale d’une France blessée, et de l’ensemble du monde occidental, que nous voulons interroger.

    Sur l’islamisme d’abord. Depuis le début de sa montée en puissance, dans les années 1970, les dirigeants occidentaux se sont convaincus qu’il devenait la force politique dominante du monde arabo-musulman. Addiction au pétrole aidant, ils ont renforcé le pacte faustien les liant aux Etats qui en sont la matrice idéologique, qui l’ont propagé, financé, armé. Ils ont, pour ce faire, inventé l’oxymore d’un « islamisme modéré » avec lequel ils pouvaient faire alliance.

    Le soutien apporté ces derniers mois au régime turc de M. Erdogan dont on connaît les accointances avec le djihadisme, et qui n’a pas peu contribué à sa réélection, en est une des preuves les plus récentes. La France, ces dernières années, a resserré à l’extrême ses liens avec le Qataret l’Arabie saoudite, fermant les yeux sur leur responsabilité dans la mondialisation de l’extrémisme islamiste.

    Le djihadisme est avant tout l’enfant des Saoud et autres émirs auxquels elle se félicite de vendre à tour de bras ses armements sophistiqués, faisant fi des « valeurs » qu’elle convoque un peu vite en d’autres occasions. Jamais les dirigeants français ne se sont posé la question de savoir ce qui différencie la barbarie de Daesh de celle du royaume saoudien. On ne veut pas voir que la même idéologie les anime.

    Cécité volontaire

    Les morts du 13 novembre sont aussi les victimes de cette cécité volontaire. Ce constat s’ajoute à la longue liste des soutiens aux autres sanglants dictateurs moyen-orientaux – qualifiés de laïques quand cela convenait – de Saddam Hussein à la dynastie Assad ou à Khadafi – et courtisés jusqu’à ce qu’ils ne servent plus. La lourde facture de ces tragiques inconséquences est aujourd’hui payée par les citoyens innocents du cynisme à la fois naïf et intéressé de leurs gouvernants.

    L’autre matrice du délire rationnel des tueurs djihadistes est la question israélo-palestinienne. Depuis des décennies, les mêmes dirigeants occidentaux, tétanisés par la mémoire du judéocide perpétré il y a soixante-dix ans au cœur de l’Europe, se refusent à faire appliquer les résolutions de l’ONU susceptibles de résoudre le problème et se soumettent aux diktats de l’extrême droite israélienne aujourd’hui au pouvoir, qui a fait de la tragédie juive du XXe siècle un fonds de commerce.

    On ne dira jamais assez à quel point le double standard érigé en principe politique au Moyen-Orient a nourri le ressentiment, instrumentalisé en haine par les entrepreneurs identitaires de tous bords. Alors oui, soyons réalistes, demandons l’impossible. Exigeons que la France mette un terme à ses relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les deux monarchies où l’islam wahhabite est la religion officielle, tant qu’elles n’auront pas coupé tout lien avec leurs épigones djihadistes, tant que leurs lois et leurs pratiques iront à l’encontre d’un minimum décent d’humanité.

    Exigeons aussi de ce qu’on appelle « la communauté internationale » qu’elle fasse immédiatement appliquer les résolutions des Nations unies concernant l’occupation israélienne et qu’elle entérine sans délai la création trop longtemps différée de l’Etat palestinien par le retour d’Israël dans ses frontières du 4 juin 1967.

    Ces deux mesures, dont riront les tenants d’une realpolitik dont on ne compte plus les conséquences catastrophiques, n’élimineront pas en un instant la menace djihadiste, aujourd’hui partout enracinée. Mais elles auront l’immense mérite d’en assécher partiellement le terreau. Alors, et alors seulement, les mesures antiterroristes prises aujourd’hui en l’absence de toute vision politique pourraient commencer à devenir efficaces.

    Sophie Bessis et Mohamed Harbi (Historiens)

    Sophie Bessis est l’auteur de La Double Impasse. L’Universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand (La Découverte, 2014) ; Mohamed Harbi est ancien membre puis historien du Front de libération nationale algérien (FLN).

  • Arabie: le poète palestinien Ashraf Fayadh condamné à mort pour "blasphème" (Al Huff')

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    Un tribunal saoudien a condamné à mort un poète et artiste plasticien palestinien mardi 17 novembre 2015 pour "blasphème", dans un de ses recueils de poèmes édité en 2008, a annoncé le Réseau arabe d'information sur les droits de l'homme, qui a condamné ce jugement sur son site Internet.

    Ashraf Fayadh est accusé de "blasphème" dans son recueil de poème "التعليمات بالداخل" (Alta'limat Bildakhel), publié en 2008. Le tribunal l'avait d'abord condamné à quatre ans de prison et 800 coups de fouet , mais un autre juge à condamné à mort Fayadh, selon Reuters.

    Le réseau arabe d'information sur les droits de l'homme a rappelé que le poète et artiste plasticien palestinien avait déjà été emprisonné par le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice en janvier 2014 pour "promotion de l'athéisme dans ses vers et cheveux longs". Lors de sa détention, il avait été privé de recevoir des visites ou faire appel à un avocat.

    Le poète, issu d'une famille palestinienne résidant depuis plus de 50 ans en Arabie saoudite, avait également fait l'objet une année auparavant d'une plainte pour "ses idées athéistes" auprès du même Comité, qui a émis l'ordre de l'arrêter avant de le libérer, faute de preuves, explique la même source.

    Dans son communiqué, le réseau arabe d'informations sur les droits de l'Homme rappelle que Ashraf Fayadh a pourtant représenté l'Arabie saoudite à la Biennale de Venise comme adjoint du secrétaire du pavillon saoudien. Le poète organise également plusieurs activités artistiques, dont une exposition d'art plastique initiée à l'aide de personnalités officielles, note le réseau.

    Une pétition a été lancée et signée par une centaine d'intellectuels et artistes exigeant la libération du palestinien. La même association a de son côté condamné ce jugement "inquisitoire", déplorant que "la vie humaine n'ait plus aucune valeur auprès des autorités du royaume et du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice".

    Le réseau, qui a dénoncé cette pratique, "destinée à dissuader les intellectuels de la réflexion et de l'innovation", a ordonné l'annulation de cette condamnation et la libération de Ashraf Fayadh.

  • L’Etat islamique et l’unification du monde avec le sang des victimes (Essf)

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    La question est arabe et nous devons rechercher une réponse rationnelle qui nous habilite à mener le combat contre ce danger absolu

    Abou Bakr al-Baghdadi a réussi à unifier le monde. Par le sang. De Beyrouth à Paris, les « kamikazes » de l’« État islamique » ont accompli un effroyable chaos insurpassable de tueries et de haine et les héritiers d’Al-Qaïda ont montré que le sanglant processus initié par les attentats du 11 septembre 2001 était en réalité un projet gigantesque capable de s’adapter aux circonstances tout en conservant sa constante fondamentale, à savoir la mission, pour reprendre l’expression du prédicateur Abou Bakr Al-Nâjî (l’un des grands théoriciens de « Dâ‘esh »), consistant à « administrer la sauvagerie ».

    L’ « administration de la sauvagerie » : ça n’est pas un chef d’accusation. Non : c’est le titre qu’ont peaufiné les théoriciens de Dâ‘esh pour présenter la vision qu’ils ont du monde. L’idée de « sauvagerie » fait partie de la « loi du sang » qui est la loi en vigueur dans cette armée islamiste qui rassemble des hommes et des femmes provenant de toutes sortes de nations et dont le but est de remettre à l’ordre du jour le califat islamique dans le style d’un Ibn Taymiyya ou d’un Muhammad Ibn Abdal-Wahhâb (fondateur du wahhabisme, ndt) et d’instituer un État du sang, de la sauvagerie et de la tyrannie.

    Le monde entier est pour lui un champ de bataille et tout est permis dans ses règles d’engagement des combats sans aucune sorte de restriction. Les prisonniers sont exécutés, leurs épouses et leurs enfants sont réduits en esclavage. La caméra devient une arme permettant de diffuser des scènes de sauvagerie surclassant et de très loin l’imagination du post-modernisme en matière visuelle, l’on y voit des gens sous les couteaux de coupeurs de têtes qui ne font aucune distinction entre civils et militaires. Tous les lieux conviennent pour verser le sang : les rues, les marchés, les théâtres, les mosquées, etc.

    Dâ‘esh a unifié le monde avec le sang de ses victimes. Mais le monde est impuissant et il ne désire pas unifier sa confrontation avec la sauvagerie daeshienne. La confrontation imbécile qu’ont inventée les États-Unis, lorsqu’une inspiration colonialiste perverse avait amené Bush à envahir l’Irak, était une confrontation entre deux sauvageries, c’est la raison pour laquelle il était naturel que la plus jeune de ces deux sauvageries, qui de plus se bat sur son propre terrain, soit (aujourd’hui) quasi victorieuse.

    Mais, allez-vous sans doute me demander : pourquoi le monde ne se serre-t-il pas les coudes ? Pourquoi ne s’unifie-t-il pas ?

    C’est une histoire qui a quelque chose à voir avec la sauvagerie du capitalisme, la convoitise colonialiste et la compétition autour de la partition du monde arabe.

    Cette question n’est pas adressée au monde, c’est-à-dire à l’Occident et à la Russie, mais bien au monde arabe qui perd son sang et qui est accablé par l’oppression et la tyrannie.

    C’est notre question à nous, et c’est nous qui devons y répondre les premiers, avant de demander une solidarité internationale qui est impossible dans les circonstances politiques internationales actuelles.

    L’attentat sauvage perpétré à Burj Al-Barajné le jeudi 12 novembre a été « complété » par une opération barbare à Paris au soir du lendemain. Deux actes barbares qu’il convient de condamner sans aucune hésitation et sans la moindre réserve. Mais en dépit de la douleur, de la colère et de la stupéfaction, en France, il faut que nous appelions un chat « un chat » : cet attentat n’était pas dirigé seulement contre Paris, mais bien en tout premier lieu contre les Arabes et contre les musulmans. Non pas seulement parce qu’il porte atteinte à leur image dans le monde, mais aussi parce qu’il expose la communauté arabe de France à de une épreuve considérable et parce qu’il contribue à faire monter le discours de droite fascisant en Europe. Le premier objectif des fous de mort de Dâ‘esh, c’est de nous tuer, nous (les Arabes et les musulmans), de nous contraindre à l’isolement et d’écraser la vie qui est en nous.

    La question est donc arabe et nous devons rechercher une réponse rationnelle qui nous habilite à mener le combat contre ce danger absolu qui veut éradiquer nos sociétés.

    Les réponses qui sont apportées aujourd’hui sont insuffisantes et impuissantes. Pire : elles servent, au final, les intérêts du terrorisme.

    La réponse communautariste n’est pas une réponse. En effet, le terreau sur lequel s’est développé Dâ‘esh en Irak était celui de la réponse stupidement communautariste apportée par le gouvernement de sinistre mémoire dirigé par Al-Maliki. Le fondamentalisme sunnite ne saurait être combattu en lui opposant un fondamentalisme chiite. La collision entre ces deux fondamentalismes a conduit nos sociétés à la folie, faisant de nous les otages de forces régionales et internationales. Lever contre Dâ‘esh des armes communautaires, c’est tomber dans un daeshisme à l’envers et cela ne fait que conforter et justifier la pensée fondamentaliste.

    Quant à la réponse par la tyrannie, c’est une recette assurée de la daeshisation de toute chose. Le choix n’est pas entre Assad et Dâ‘esh : l’un et l’autre sont des monstres et les deux sont des machines de destruction. Sans la tyrannie et sa prise d’appui sur les structures communautaires tant en Irak qu’en Syrie du temps du parti Baath, Dâ‘esh n’aurait pas pu s’étendre et devenir capable d’édifier une organisation suscitant la terreur et à la discipline de fer. Toute proposition de coalition à laquelle la tyrannie participerait et toute tentative de présenter la soldatesque sous les jours d’une « alternative » à Dâ‘esh ne feraient qu’accentuer la daeshisation de nos sociétés et à faire de guerres civiles de véritables modes de vie.

    Notre silence sur les collusions avec les monarchies du pétrole et du gaz qui exercent leur hégémonie sur les médias arabes et tentent de s’emparer de la culture arabe par leurs valeurs réactionnaires et leur diffusion de l’obscurantisme religieux est la traduction du fait que nous sommes restés incapables d’affronter cette obscurité. L’obscurantisme fondamentaliste ne saurait être notre allié dans cette bataille, puisqu’il est même, au contraire, la couveuse de la folie noire et l’une des sources de sa force et de son financement. Oussama Ben Laden est issu du sein de ce fondamentalisme, il est le porte-parole authentique de son projet qui est devenu la proie de la corruption après s’être transformé en appareil d’état. De la même manière, le fondamentalisme adverse qui gouverne l’Iran n’est guère en meilleur état. La tentative de renouer avec les sources de la religion (islamique) au moyen d’exégèses réactionnaires contemporaines constitue l’essence du problème.

    Les réponses (au terrorisme) majoritairement apportées en Egypte, en Syrie, en Irak et au Liban n’en sont pas et elles ne permettront pas à ceux qui les formulent de vaincre Dâ‘esh. En effet la guerre qui nous est imposée requiert des conditions qui diffèrent radicalement de cette réalité qui se décompose avec nous et qui contamine tout.

    Le premier problème c’est le fait que cette folie nous a fait perdre notre mémoire et qu’elle nous a fait oublier le combat féroce qui s’était déroulé dans les années 1960 entre le Congrès islamique dirigé par l’Arabie saoudite et le mouvement nationaliste arabe dirigé par l’Égypte nassérienne.

    La mémoire, ça n’est pas la nostalgie ni l’aspiration à l’époque de Nasser avec ses erreurs et ses péchés de tyrannie. Mais nous devons ne pas oublier que Nasser n’a pas été défait par les fondamentalistes, mais par Israël et ses alliés étatsuniens, et que cette folie a commencé par une alliance avec les États-Unis dans la dernière phase de la guerre froide.

    Cette analyse ne débouche pas sur le désespoir, mais sur l’après-désespoir. En effet, il est clair que les forces démocratiques et laïques ont été chassées de l’équation et qu’elles sont aujourd’hui dans un état de complète déréliction, et que donc compter sur un réveil soudain s’est terminé de manière mélodramatique avec le coup d’état militaire en Égypte, qui a surfé sur le refus populaire du pouvoir des « Frères » pour en finir avec la Révolution de janvier.

    Ce qui viendra, après le désespoir, c’est notre volonté de recommencer, modestement et en tenant compte des leçons de nos erreurs et en ayant la sagesse de ne pas réitérer les mêmes erreurs.

    Le début sera difficile, mais pas impossible. Et nous en avons vu des prémices au Liban au travers du mouvement populaire et jeune face à la crise des ordures. Nous assistons aujourd’hui à une ouverture de l’horizon avec le soulèvement en Palestine. Certes, les ordures encombrent encore les rues et la sauvagerie de l’occupation israélienne et son projet millénariste n’ont pas été dissuadés, et ce à quoi nous assistons aujourd’hui tant au Liban qu’en Palestine est une protestation qui ne s’est pas encore mutée en opposition, mais qui comporte la possibilité de cette mutation.

    Cette possibilité est un projet pour un nouveau départ qui ne commencera que lorsque nous disposerons d’une pensée nouvelle et d’une vision claire de la relation entre la liberté et la justice sociale.

    Grande est notre responsabilité. Nous n’avons pas le droit d’accepter de mourir en nous taisant.

    Elias Khouri* « L’unification du monde par le sang ». 16/11/2015


    http://souriahouria.com/lunification-du-monde-par-le-sang-par-elias-khouri-traduit-de-larabe-par-marcel-charbonnier/

    source : http://www.alquds.co.uk/?p=435742

    * Traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier.

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36450

  • Selon un site d’information libanais Manbij. Révolte sur le territoire de Daesh ? (CCR)

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    Il s’agit bien d’un questionnement, il est extrêmement difficile de savoir ce qu’il se passe dans les territoires plus ou moins contrôlés par Daesh (ou Etat Islamique).

    Le site d’information libanais Now, rapporte que les habitants de Manbij, une ville de 100 000 habitants, plutôt 75 000 aujourd’hui, dans la province d’Alep en Syrie, sont descendus dans la rue pour protester contre les règles imposées par l’Etat islamique (EI), qui contrôle la ville. Il y aurait eu des petits rassemblements de dizaines de personnes exigeant de l’EI qu’ils quittent la ville. Les forces armées de Daesh auraient répondu en tirant et en faisant des arrestations. En effet, participer à une manifestation sur le territoire de Daesh, au vu des méthodes de torture, de mutilation, de viols, et d’exécutions sommaires par décapitation, c’est s’exposer potentiellement au pire.

    C’est d’ailleurs la conscription de jeunes de la ville mourants rapidement morts au front qui aurait déclenché cette contestation. En vérité, c’est très certainement l’accumulation des enlèvements de femmes, les arrestations et exécutions arbitraires continus d’hommes et de femmes, qui déclenchent cette colère. C’est un groupe rebelle syrien, appelé Manbij Mubasher, qui a fait part de ces événements sur sa page Facebook, en s’appuyant sur deux photos de rassemblements. Les photos ne prouvent rien et cette « information » est donc à prendre avec précaution.

    Mais si elles venaient à être confirmées, ces manifestations seraient un indicateur important du fait que Daech a bien du mal à contrôler son territoire et que l’EI serait de fait en perte de vitesse, comme beaucoup de spécialistes de la région tendent à l’affirmer. Le fait qu’il ait perdu – pour l’instant - sa force expansive, notamment vers les territoires kurdes, n’est pas à négliger et pourrait expliquer la stratégie d’internationalisation et d’exportation de la terreur vers l’Europe. Ainsi le 12 novembre 2015, les peshmergas kurdes lancent une offensive au nord de l’Irak et s’emparent de Sinjar, coupant ainsi la route reliant Mossoul au reste des territoires sous contrôle de l’EI. En Irak, il a perdu près de 30% de terrain en Irak depuis son apogée en août 2014 et notamment la ville de Tikrit – symbolique pour les sunnites puisque lieu de naissance de Saddam Hussein.
    C’est pourquoi Daesh peut être tenté par une stratégie d’escalade accrue, grâce à un engrenage connu. Il s’agit en effet de déclencher des bombardements massifs sur les civils de la part de l’impérialisme, ce qui permet de regrouper une partie de la population autour de soi, dans un cycle sans fin amené à se répéter. Le deuxième objectif est également de déclencher sur le territoire européen des situations de véritable guerre civile – non sans analogie possible avec ce qui se passa pendant la guerre d’Algérie.

    En effet, la terreur des attentats permet aux gouvernements européens de se droitiser sans fin et de remettre en question les libertés vers une dérive de plus en plus autoritaire et potentiellement raciste. En laissant faire alors le déchaînement guerrier, fascisant et raciste, l’Europe s’enferme dans une logique de guerre interne et externe qui fournit sans cesse plus de troupes et de ressources à l’EI.

    Évidemment, les révoltes qui pourraient avoir lieu sur le territoire de Daesh sont très embarrassantes pour la politique de Hollande et de l’impérialisme américain. Elles rappellent que la vraie solution ne peut reposer dans des frappes aériennes, au contraire. Si les impérialismes français et américain sont prêts à faire alliance avec Bachar El Assad et la Russie, c’est bien que l’intérêt de la population syrienne, irakienne ou française est le dernier de leur souci. Publié le 19 novembre 2015 Léo Serge

    http://www.revolutionpermanente.fr/Manbij-Revolte-sur-le-territoire-de-Daesh

  • L’origine de l’Etat Islamique et la responsabilité de l’Occident en 5 points (CCR)

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    Qu’est-ce que l’Etat islamique ?

    Qu’est-ce que l’Etat islamique ? Dans quel contexte a-t-il surgi ? Comment se finance-t-il ? Quelle est la responsabilité des Etats-Unis et de l’Europe ? Cet article retrace quelques éléments clés sur la naissance et les caractéristiques du phénomène Daech.

    1.

    Impossible de comprendre le surgissement de l’État Islamique (EI), ni ce qui se passe actuellement au Moyen Orient, sans revenir sur les conséquences profondes, ni sur la large place des guerres en Irak et en Afghanistan.

    L’invasion et la guerre en Irak, entre 2003 et 2011, fut dirigée par les États-Unis en alliance avec le Royaume-Uni, l’État Espagnol ainsi que d’autres pays.

    Le principal argument utilisé pour justifier la guerre était que Saddam Hussein construisait des armes de destruction massive, mettant en danger les alliés des États-Unis dans la région ainsi que sa propre sécurité. Différentes enquêtes ont montré que c’était un mensonge complet, et que le gouvernement des États-Unis et du Royaume-Uni ont caché ces informations pour justifier la guerre.

    L’invasion de l’Irak faisait partie de la stratégie de « guerre contre le terrorisme » que Bush a déployée, de la main des néoconservateurs Américains avec l’objectif de tenter d’inverser la perte d’hégémonie des États-Unis, en inventant un nouvel ennemi, « l’axe du mal ». Ils se sont nourris de l’idéologie du choc des civilisations développée par le conservateur Samuel Huntington.

    2.

    Les États-Unis cherchaient à « redessiner la carte du Moyen-Orient » et « moderniser l’Irak » selon le « modèle Nord-Américain », ce qui impliquait la promesse de privatisations et de juteux marchés pour les multinationales grâce au pétrole.

    Cependant, la guerre a laissé un pays complètement dévasté, détruisant toutes les infrastructures basiques et les fondements du pouvoir de Saddam Hussein, sans réussir à consolider un nouveau pouvoir stable.

    On compte 150 000 personnes mortes des conséquences de la guerre (certaines sources multiplient pas trois ce chiffre), mais aussi des millions de déplacés et de réfugiés. A la fin de la guerre, la lutte entre les fractions religieuses rivales s’est intensifiée, encouragée par les États-Unis qui ont appuyé la majorité chiite, opprimée par le régime de Saddam, contre la minorité sunnite qui contrôlait jusqu’ici l’État. La chute du régime de Saddam Hussein a laissé 400 000 membres déchus de l’armée, et des fonctionnaires du parti Baas sans travail d’un jour à l’autre. Beaucoup d’entre eux furent enfermés à la prison d’Abu Ghraib où se déroulaient toutes sortes de vexations et de tortures.

    Après le retrait des troupes américaines, le gouvernement chiite a brutalement réprimé les sunnites et d’autres secteurs de l’opposition. Dans ce contexte de haine et de ressentiments, une force réactionnaire a surgi et a débouché sur la création d’Al Qaeda en Irak puis de Daesh, qui a pu recruter des ex-membres, voire officiers, de l’armée de Saddam Hussein joints aux islamistes sunnites radicalisés.

    Comme l’analysait la journaliste Olga Rodriguez, les prisons irakiennes pendant l’invasion américaine, avec ses tortures et vexations inimaginables ont constitué une « école » pour beaucoup de miliciens de Daesh, motivés par leur haine contre l’Occident.

    3.

    L’État Islamique d’Irak et du Levant, territoire qu’ils occupent en Syrie et au Liban, plus connu sous le nom de Daesh, s’est consolidé depuis 2013, en conquérant une grande partie du territoire en Irak et en Syrie. En 2014, ils annoncent la création d’un « Califat islamique ».

    L’idéologie de Daesh est théocratique et totalement réactionnaire, n’acceptant aucune déviation de ce qu’ils considèrent comme le respect des écrits de l’Islam. Ils partagent la méthode des châtiments, des décapitations et lapidations avec l’Arabie Saoudite, où tous ceux qui remettent en cause les valeurs traditionnelles, boire de l’alcool ou conduire une voiture pour les femmes, par exemple sont punis par l’enfermement en prison ou par des décapitations. Daesh a lui-même réalisé des lapidations de femmes accusées d’adultères.

    Daesh proclame une « guerre contre l’Occident » et une « guerre contre les infidèles », ces musulmans qui selon eux sont « déviants » des lois de l’Islam.

    Le récent attentat dans le quartier populaire de Beyrouth, revendiqué par Daesh, montre que ses attentats et ses méthodes réactionnaires sont utilisés (dans la majorité des cas) contre la population arabe et musulmane, mais aussi contre les Kurdes et tous les secteurs de la population en Syrie et en Irak.

    Daesh est une force contre-révolutionnaire et bourgeoise, avec une idéologie intégriste et des méthodes aberrantes contre les populations qu’il contrôle. Ce n’est pas une organisation, comme le Hamas en Palestine ou d’autres, qui en même temps d’avoir une idéologie théocratique, expriment à leur manière des mouvements de libération nationale.

    Sa principale source de financement se trouve parmi les représentants les plus puissants des bourgeoisies pétrolières d’Arabie Saoudite et du Qatar, avec la complicité des gouvernements de ces pays. Il se base aussi sur le contrôle du territoire, des saisies, vols et spécialement de l’usufruit des raffineries de pétrole, que le marché noir capitalise.

    Selon certains analystes, Daesh compte plus de 20 000 combattants étrangers, dont 3 500 viendraient des pays occidentaux, 1 200 français, 600 britanniques, belges et d’autres pays. La précarité, l’islamophobie et la répression que subissent une grande partie des musulmans des pays Européens, sème la haine dont se nourri cette organisation, et s’ajoute à cela les interventions et bombardements des pays comme la France et les États-Unis.

    4.

    La guerre en Syrie, qui a provoqué plus de 250 000 morts en 4 ans, est l’autre terrain où Daesh a pu se renforcer.

    Les intérêts locaux, régionaux et les puissances impérialistes qui s’imbriquent dans le conflit, abondent un terrain favorable pour l’avancement de l’État Islamique.

    L’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie appuient directement ou laissent faire les milices djihadistes qui combattent contre Al-Assad, comme Al Nosra en Syrie et Daesh. L’affrontement de l’Arabie Saoudite avec l’Iran est une coordonnée clé du conflit, qui a favorisé l’expansion de l’État Islamique, une force qui affronte les chiites iraniens. Dans le cas de la Turquie, l’offensive de Daesh contre les Kurdes, est aussi un élément crucial.

    Un document de l’intelligence militaire américaine qui a filtré montrait que les États-Unis avaient connaissance que se préparait la création d’un « califat » sunnite en Syrie, mais considéraient qu’il pourrait servir à éviter le renforcement d’Assad (soutenu par la Russie et l’Iran).

    De l’autre côté, les bombardements de la coalition dirigée par les États-Unis et les pays Arabes n’ont pas servi à vaincre Daesh, personne n’étant disposé pour le moment à s’embarquer dans une opération terrestre massive. Il était très couteux de répéter le désastre produit en Irak.

    5.

    L’échec des « printemps arabes » est une autre clé d’explication du cours contre-révolutionnaire qu’a pris la situation au Moyen-Orient, avec le renforcement des forces réactionnaires comme Daesh, la guerre en Syrie, la nouvelle offensive de l’État d’Israël contre le peuple palestinien ainsi que le tournant répressif et bonapartiste d’Erdogan en Turquie contre les Kurdes et la gauche radicale.

    L’actuel tournant guerrier de Hollande en France, l’intensification des bombardements en Syrie et l’augmentation des tendances xénophobes et islamophobes en Europe, n’ont que vocation à renforcer ce tournant réactionnaire.

    Traduction : Elise Duvel Publié le 19 novembre 2015 Josefina L.Martinez

    http://www.revolutionpermanente.fr/L-origine-de-l-Etat-Islamique-et-la-responsabilite-de-l-Occident

    Commentaire: Le CCR est un courant minoritaire du Npa

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  • Attentats. La stigmatisation fait florès (A l'Encontre.ch)

    Dessin du «Daily Mail»

    Dessin du «Daily Mail», le 17 novembre 2015

    Par Rédaction A l’Encontre et Thomas Cluzel

    Dès les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris, la campagne politique visant «la communauté musulmane» s’est développée. Le Front national a matraqué ses trois thèmes anti-immigré·e·s et anti-musulmans. Le premier est formulé de la sorte: «Nous devons retrouver des frontières nationales. Nous devons arrêter les flux de migrants qui arrivent.» Autrement dit, migrants=réfugiés=terroristes potentiels.

    Le second: «Il y a 11 000 fichés S qui auraient dû faire l’objet d’une perquisition.» Selon la pratique et le droit français la fiche S est un élément de surveillance, pas de culpabilité. D’après les experts du droit constitutionnel français, une personne ne peut pas être arrêtée au motif qu’une fiche S a été établie sur elle. Laurent Wauquiez, député des Républicains (ex-UMP) et coutumier de la surenchère, «a proposé la création de camps pour toutes les personnes ciblées par une fiche S, soit plus de 11 000 personnes», comme l’expliquent entre autres sur Mediapart (18 novembre 2015) Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix. Ils ajoutent: «François Hollande a indiqué lundi que le gouvernement allait saisir le Conseil d’Etat pour examiner la faisabilité juridique d’une telle disposition.» Même si Hollande estime que le Conseil d’Etat jugera qu’une telle disposition est anticonstitutionnelle, «il ne veut surtout pas laisser un millimètre à la droite sur le terrain sécuritaire», comme le soulignent les deux journalistes.

    Le troisième leitmotiv du FN: «Le code de la nationalité doit être intégralement refondé.» Autrement dit, le FN demande la déchéance de nationalité de «ceux qui participent de la mouvance islamiste». Le quotidien Le Monde, dans sa rubrique en ligne signée «Les Décodeurs», le 17 novembre, écrit à ce propos: «Le Conseil constitutionnel rappelait dans une étude de 2008 qu’en vertu de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, elle-même basée sur la déclaration universelle des Droits de l’homme, “les nationaux ont un droit général et absolu à entrer, séjourner et demeurer en France”». Le droit international reconnaît en effet à chacun “le droit d’entrer sur le territoire de l’Etat dont il est le ressortissant”. Dans son allocution au Congrès réuni à Versailles, le président François Hollande a lui affirmé souhaiter une modification de la loi afin qu’elle permette de retirer la nationalité française aux binationaux nés Français, en plus des binationaux naturalisés.» L’escalade sécuritaire, qui peut servir d’humus à la stigmatisation des musulmans, est sans limites.

    Face à cette situation, dans un billet envoyé à la rédaction d’A l’Encontre, le 16 novembre, Jacques Chastaing indiquait à juste titre un élément concret pour fonder une riposte politique: «Les gens qui sont dans la rue pour se recueillir en silence sont aussi les mêmes, comme à Metz ou Lille, qui ont crié «Dehors les Fascho», «A bas les racistes» et qui les ont repoussés. Malgré la confusion, nous pouvons nous appuyer sur ce sentiment d’un mouvement anti-raciste et anti-fasciste et lui offrir une possible représentation, surtout si l’extrême droite identitaire ou le FN continuent leurs provocations et attaques.»

    Nous publions ci-dessous un compte rendu de la presse internationale qui met en lumière, de manière crue, une propagande islamophobe dont des médias, significatifs, sont les vecteurs. (Rédaction A l’Encontre)

    *****

    Quand elle a vu sa photo dans la presse, sa mère s’est mise à vomir. C’était lundi soir, un Français d’origine maghrébine de 28 ans, habitant Bruxelles, découvrait avec stupeur son visage à la Une de deux journaux, DH (Belgique) et LAATSTE NIEUWS. Sous sa photo, la légende le présente comme Brahim Abdeslam, l’un des terroristes responsables des attentats de Paris. Sauf qu’il n’est pas, évidemment, Brahim Abdeslam, lequel s’est fait exploser trois jours plus tôt sur le boulevard Voltaire. En revanche, il a effectivement «le tort» de porter le même prénom: Brahim. Mais lui s’appelle Brahim Ouanda. Aussitôt, le jeune homme a porté plainte. «J’ai été choqué, dit-il, après les attentats et notamment par le fait que cela venait de Molenbeek, la commune de mon enfance. Mais là, je suis encore plus sous le choc, après l’association qu’on a faite entre ces attaques et moi.» Une tragique mésaventure, donc, longuement racontée sur le site de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) et qui témoigne du risque facile qui existe aujourd’hui de stigmatisation à l’encontre de la communauté musulmane.

    Et que dire, encore, de l’attitude de ces deux journalistes de CNN (chaîne d’information des Etats-Unis). Dimanche dernier, les deux présentateurs en plateau interrogent Yasser Louati, le porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France, qui se trouve lui sur la place de la République, à Paris. Les journalistes s’inquiètent notamment du fait que la communauté musulmane ne dénonce pas davantage les massacres de masse perpétrés par des individus «de ses rangs» (sic). Aussitôt, Yasser Louati les reprend: «Ils ne sont pas de nos rangs. Notre camp est le camp français, dit-il. Ne faites pas d’erreur à ce propos.» Réponse du journaliste: «Si votre camp, c’est la France, comment se fait-il que personne au sein de la communauté musulmane en France n’ait su ce que ces personnes étaient sur le point de faire? Parce qu’il me semble que c’était un plan d’envergure, et il y avait forcément des gens au-delà des sept terroristes tués qui savaient quelque chose, et si quelqu’un savait c’était probablement au sein de votre communauté. Et pourtant personne n’a rien dit.» Interrogé sur le site Big Browser (blog du Monde), Louati n’en revient toujours pas et s’insurge de telles questions: «C’est de la folie. L’Etat n’a pas fait son travail mais nous, nous aurions dû savoir et prévenir ces événements! Je suis extrêmement déçu par CNN, comment peuvent-ils avoir une approche aussi simpliste?» Toujours est-il que les deux journalistes, eux, n’en démordent pas. Et voici comment se conclue l’entretien, avec les deux présentateurs en plateau: «Même si ce n’est pas leur faute, ça vient quand même de la communauté musulmane. Ils ne peuvent pas se dérober».

    Quoi qu’il en soit, depuis les attentats de vendredi, les amalgames font florès. Deux jours seulement après les tragiques évènements, le candidat aux primaires républicaines, Jeb Bush, expliquait, notamment  sur CNN, que le gouvernement américain devrait concentrer ses efforts pour aider les réfugiés syriens chrétiens, mais pas les musulmans.

    Le prestigieux magazine américain TIME a, lui, ouvert ses colonnes à Marine Le Pen. Une tribune dans laquelle la présidente du Front National écrit notamment: «Trop souvent, nous avons confondu hospitalité et aveuglement. Tous ceux que nous avons accueillis ne sont pas venus avec un amour de la France et de son mode de vie.»

    Ou quand les attentats de Paris conduisent à un spectaculaire virage à droite

    Le terrorisme qui a frappé aveuglément la capitale française joue en faveur de l’extrême droite, s’inquiète notamment le journal d’Alger EL-WATAN, avant de préciser qu’Arabes et musulmans qui vivent en France risquent d’en faire les frais.

    Et puis au sein de l’Union européenne, cette fois-ci, les amalgames entre réfugiés et terroristes refont surface. Récemment, le tabloïd anglais DAILY MAIL, le deuxième journal en nombre de ventes quotidiennes, a publié un dessin qui lie très clairement réfugiés syriens et terroristes. Intitulé «Les frontières ouvertes de l’Europe», on y voit des réfugiés, à l’évidence musulmans. Parmi eux, l’un porte une kalachnikov, un autre une tenue de camouflage et une dernière un voile intégral. Et tous traversent les frontières avec une nuée de rats à leurs pieds. Une association, entre rats et réfugiés, qui n’est pas sans rappeler la propagande nazie antisémite.

    En Allemagne, le journal de Berlin DIE WELT, l’un des trois plus grands quotidiens du pays, ne laisse là encore que peu de doute quant au message qu’il entend véhiculer: nombre d’immigrants et leurs enfants ne chérissent pas vraiment l’idée de s’intégrer dans une société dont ils n’apprécient pas les traditions culturelles et dont le mode de vie les choque. C’est dans leurs rangs, dit-il, que sont recrutés les terroristes. Et d’en conclure: «il ne s’agit pas de les montrer du doigt, il s’agit d’une évidence».

    De son côté, son confrère de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG est là tout de même pour rappeler une évidence et expliquer que faire des parallèles entre migration, islam et terrorisme mène à des amalgames dangereux. Oui, concède le journal, une communauté a une responsabilité, un rôle à jouer dans la société. Mais elle ne peut pas être rendue responsable, surtout lorsqu’il s’agit d’une communauté définie aussi sommairement que «les musulmans».

    Quoi qu’il en soit, dans ce contexte, on peut d’ores et déjà prédire que la politique d’asile commune et d’immigration de l’Union européenne risque d’être fortement mise à mal. Et cette tentation du repli sur soi qui étreint l’Europe tout entière inquiète notamment THE NEW YORK TIMES. Verrouiller hermétiquement les vannes est souvent, dit-il, la solution de facilité politiquement opportune brandie après des attaques terroristes. Or ces réponses sont fausses. Freiner l’exode des réfugiés de Syrie doit faire partie du plan global pour mettre un terme à la guerre en Syrie. En revanche, construire de nouvelles barrières pour les laisser dehors, sous le prétexte absurde que les musulmans sont intrinsèquement dangereux offrira une propagande de choix à l’organisation Etat islamique.

    (Intervention de Thomas Cluzel sur France Culture à 7h24, le 19 novembre 2015)

    Publié par Alencontre le 19 - novembre - 2015
     
  • Tunisie : Sfax à la veille de la grève générale régionale du 19 novembre (Essf)

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    Contrairement aux prophéties péremptoires concernant l’établissement d’une hypothétique « paix sociale » en Tunisie suite à l’attribution du prix Nobel de la paix à l’UGTT et au syndicat patronal UTICA, cet article rédigé le 15 novembre laissait présager un bon départ pour le cycle de grèves générales régionales décidées par l’UGTT dans l’ensemble du pays. A l’heure où cet article est mis en ligne, la mobilisation à Sfax semble être une pleine réussite..... A suivre.

    L’UGTT de Sfax ressemble ces jours-ci à un nid d’abeilles. Est à son ordre du jour la réussite de la grève générale régionale annoncée pour le 19 novembre. Celle-ci inaugure un cycle de grèves comparables dans l’ensemble des régions de Tunisie.Dans quel contexte se situent ces grèves ?

    Il est indispensable de rappeler que la centrale UGTT a été un acteur politique majeur en 2013-2014.(1) Elle a réussi pendant cette période à imposer la reconnaissance de son rôle historique dit « national », en tant qu’élément d’équilibre et de stabilité du pays.
    Les interlocuteurs de l’UGTT espéraient qu’il en résulterait l’instauration d’une « paix sociale » de deux ans, ainsi qu’un silence du syndicat au sujet des « réformes » imposées par le Plan d’ajustement structurel dicté par le FMI et les autres bailleurs de fonds. (2)

    Mais simultanément, l’UGTT se devait de répondre aux attentes des salariés, décidés à mettre fin à la dégradation continuelle de leur pouvoir d’achat. Dans ce cadre, des augmentations et des primes spécifiques ont pu être arrachées dans le secteur public. Il a fallu pour cela maintes grèves et mobilisations, parties de plusieurs secteurs comme par exemple l’enseignement et la santé publique.

    De son côté, le patronat tunisien a persisté à ne pas appliquer une grande partie des accords sectoriels conclus avec l’UGTT dans le secteur privé. Invoquant la crise économique, il n’envisage à ce jour que des augmentations salariales minimes, ne devant pas dépasser le taux d’inflation proclamé par le pouvoir et qui est très en deça de la réalité.

    Suite au blocage des négociations dans le secteur privé, la Commission administrative nationale de l’UGTT a décidé, le 8 novembre, le déclenchement d’une série de grèves régionales. Les dates en ont été précisées le 12 novembre. Et, comme d’habitude, la première grève concerne la région de Sfax où elle a été décidée pour le 19 novembre.

    Pourquoi les grèves commencent-t-elles par la région de Sfax ?

    La région de Sfax est la première région industrielle du pays, et une des plus combatives. C’est la plus rodée et la plus opérationnelle lors des grandes mobilisations ou grèves. Cela a par exemple été le cas lors de la fameuse grève générale régionale du 12 janvier 2011 qui a été un des principaux préludes à la fuite de Ben Ali. Il en a été de même suite aux assassinats politiques de 2013.

    L’Union régionale de Sfax est également la pierre angulaire de l’UGTT pour des raisons historiques : c’est le lieu de naissance de l’UGTT et de nombre de ses dirigeants, dont le premier secrétaire général et héros national Farhat Hached. La tradition veut que deux membres du Bureau exécutif de l’UGTT sur treize proviennent de cette région.

    Dans ce contexte, l’UGTT de Sfax a appelé l’ensemble des salariés du privé à faire grève le 19 novembre. En solidarité, ceux du secteur public sont invités à débrayer sur le tas entre 10h et 11h, puis à se rendre à l’assemblée générale du secteur privé qui se tiendra devant le siège de l’UGTT. Tout le monde partira ensuite en manifestation jusqu’au siège du Gouvernorat (l’équivalent de ce que sont en France les Préfectures).
    La mobilisation dans le privé va s’adosser sur des secteurs clés, connus pour leurs traditions combatives et militantes, ainsi que par leur poids dans la région : la chimie et le pétrole,3 le textile, la construction métallique ainsi que le secteur de la restauration. Les militants font le maximum pour réussir une mobilisation d’ampleur, digne de la réputation de la région, en vue d’organiser une véritable démonstration de force.

    Une grève capitale pour la classe ouvrière tunisienne

    L’UGTT a face à elle le syndicat patronal UTICA, son partenaire dans le « quartet du dialogue national », et qui reste inflexible pour le moment.

    Elle se trouve également face à un gouvernement de plus en plus fragilisé. Celui-ci doit en effet affronter la grave crise traversant le parti Nidaa Tounès ainsi que l’alliance au pouvoir.
    En ce qui le concerne, le gouvernement redoute ces tensions sociales, car il a été mis en demeure d’appliquer sans nouveau retard les « réformes » exigées par les « bailleurs de fonds » pour qu’ils continuent à financer un pays de plus tributaire de la dette extérieure.

    Il est vital pour les travailleurs tunisiens, broyé par misère et la pauvreté, que les mobilisations en cours débouchent sur un coup d’arrêt à la dégradation continuelle de leur pouvoir d’achat.
    Il en va de même pour la direction de l’UGTT avant qu’elle ne s’envole pour recevoir, le 10 décembre, un prix Nobel vantant les mérites du compromis et du « dialogue ».

    Sfax, le 15 novembre 2015, par MOULEH Mohamed Abdel

    Mohamed Abdel Mouleh est militant de la Ligue de la Gauche Ouvrière et du Front Populaire à Sfax.

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36429

  • Syrie. Raqqa: 200 000 habitants pris au piège (A L'Encontre)

    raqqa

    Il y a encore cinq ans, la moitié des Syriens ne savaient pas situer Raqqa sur la carte de leur pays. La ville fut pourtant, jadis, la capitale d’été du célèbre vizir Haroun al-Rachid. «Même le présentateur de la météo à la télévision syrienne avait du mal à placer le nuage prévu au-dessus de la ville, ironise un de ses habitants réfugié en Turquie. Aujourd’hui, Obama évoque le carrefour Al-Naim [principale place des exécutions publiques menées par les hommes de l’Etat islamique], Hollande dit avoir frappé le “stade noir” et des dizaines d’avions de reconnaissance qui coûtent des millions de dollars scrutent les caniveaux. Raqqa occupe les discussions au sommet du G20 à Antalya, ils pourraient au moins nous inviter, ces goujats!»

    La septième (et la plus insignifiante) ville syrienne n’a cessé de gagner en célébrité depuis le printemps 2013, quand les premiers hommes masqués de l’Etat Islamique (Daech) y ont fait leur apparition, puis l’ont investie en nombre, petit à petit, pour en faire la capitale syrienne de leur califat, proclamé un an après.

    Langage codé

    A la limite entre désert et vallée de l’Euphrate, la cité, bombardée par toutes les aviations [1] qui comptent dans le monde, en est pratiquement coupée. Les seules communications parfois possibles avec l’extérieur se font par Internet, disponible uniquement dans des cybercafés fermement surveillés par les hommes de Daech. Les habitants y vont pour donner des nouvelles à leurs proches, pour les rassurer et parler de santé ou de vie quotidienne, parfois en langage codé.

    Les informations, rares, sont souvent difficiles à vérifier, mais peuvent passer par des relais improbables ou des indiscrétions des maîtres du terrain. Ainsi, les douze corps entreposés actuellement dans la morgue de l’hôpital national seraient ceux des jihadistes tués dans les frappes aériennes françaises de dimanche et lundi. Ahmad [2], ancien militant pro-démocratie réfugié en Allemagne, a pu obtenir quelques précisions à leur sujet. «Huit ont été tués dans la zone dite des Madajen [lieu d’élevage de volailles], dans le petit village de Sahal, à quelques kilomètres de la ville où se trouve un dépôt d’armes de Daech. Quatre autres, des Asiatiques, sont morts dans le raid du centre d’entraînement militaire qui était celui des jeunesses du Baas, à l’entrée ouest de la ville en venant d’Alep, et que les Français ont désigné comme un centre de commandement de Daech. Le site se trouve en sortant à gauche du pont Al-Rashid sur l’Euphrate, bombardé il y a une dizaine de jours par les Russes», affirme Ahmad expliquant que des dépôts de munitions ont probablement été touchés aussi par les frappes françaises. «Tant que ça reste dans les airs, toutes ces opérations ont un effet essentiellement médiatique et revanchard. Vous nous explosez, on vous bombarde et ainsi de suite», précise-t-il.

    Les bombardements français sur Raqqa n’ont pas fait de victimes civiles, les habitants comme des sources de Daech elles-mêmes le confirment [1]. En revanche, la terreur semée par tous ces raids aériens épuise la population, d’autant qu’ils provoquent la coupure de l’électricité et de l’eau dans toute la ville. «Le bilan des 30 raids en vingt-quatre heures se mesure plutôt par des crises cardiaques chez les personnes âgées dans la ville», dit l’exilé en Allemagne, branché en permanence avec ses proches sur place.

    Les frappes russes, elles, sont plus meurtrières puisque leurs cibles sont désignées par l’armée du régime de Bachar al-Assad et visent souvent des marchés et autres lieux publics. La veille des raids français, douze civils ont ainsi été tués par l’aviation russe. Celle-ci a pris le relais des Mirage français le lendemain, menant pas moins de 127 raids en vingt-quatre heures, soit deux fois plus qu’en temps ordinaire en Syrie, essentiellement sur Raqqa. Pour la première fois, des tirs de missile de croisière Kalibre ont été effectués depuis un sous-marin croisant en Méditerranée. Ils sont intervenus juste après la confirmation russe que l’avion de Charm el-Cheikh avait été explosé par une bombe à bord.

    En plus des bombardements quotidiens par les airs, les habitants de Raqqa subissent au sol la terrible pression paranoïaque des hommes de Daech. En réaction aux raids, les jihadistes interdisent la circulation, coupent l’électricité et peuvent accuser n’importe qui de donner des renseignements à leurs nombreux ennemis. «On ne sort plus de chez nous que pour les courses indispensables», confie par Internet une ancienne institutrice quinquagénaire restée seule pour garder la maison familiale alors que ses frères et sœurs sont partis en Turquie pour pouvoir scolariser leurs enfants. «Les civils ne peuvent même plus partir s’ils le veulent.» Daech a interdit récemment aux gens de quitter la ville pour empêcher la sortie des informations.«Raqqa est devenue une immense prison sous les bombes», explique-t-elle.

    Familles ouïghours

    Quelque 200’000 habitants se retrouvent pris au piège. C’est plus ou moins le nombre de personnes que comptait la ville avant le conflit, sauf que la population a changé. Des dizaines de milliers de Raqqaouis sont en effet partis ces deux dernières années pour échapper aux lois du califat et à ses atrocités. Ils ont été remplacés par des familles djihadistes venues du monde entier, qui prennent leurs maisons. «Ils sont partout avec leurs femmes et leurs enfants, installés parmi les habitants», dit l’institutrice, qui n’a pu empêcher que l’appartement de 120 m2 de son frère soit occupé par deux familles ouïghours.

    Mêlés à la population civile, les hommes de Daech «s’en servent comme boucliers humains», précise Ahmad. C’est pourquoi il est difficile pour l’aviation de les atteindre. «Plus d’un an de frappes aériennes n’a pas affecté Daech, qui s’est même renforcé», considère Yassin Swehat, directeur du site d’études Al-Jumhurya, originaire de Raqqa. «Poursuivre dans la logique de la guerre contre le terrorisme en l’escaladant se révèle un cercle vicieux», ajoute-t-il, estimant que «seule une nouvelle approche internationale agissant sur les sources du problème en Syrie et en Irak peut changer les choses, plutôt que de balancer des missiles sur Raqqa». (Article mis en ligne le 18 novembre 2015 sur le site de Libération)

    Publié par Alencontre le 19 - novembre - 2015
    Par Hala Kodmani