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  • Solidarité Syrie : rassemblement le 21 août à Paris (Essf)

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    Un an après le massacre à l’arme chimique perpétré à la périphérie de Damas par Bachar Al Assad

    Jeudi 21 août 2014, Paris commémore sa libération, il y a 70 ans, du régime nazi ; ce soir là, en solidarité avec le peuple syrien, nous dirons « non à l’impunité » du nazillon qui, il y a tout juste un an, a gazé plus de mille Syriens dans la banlieue de Damas.

    Massacre à l’arme chimique du 21 août 2013

    L’impunité 1 an après !

    Il est impensable que le funeste anniversaire du massacre à l’arme chimique perpétré par Bachar Al Assad, le 21 août 2013, soit commémoré dans l’indifférence générale.

    Ce jour du mois d’août 2013, sur les quartiers Sud et Ouest de la périphérie de Damas, l’armée de Bachar Al Assad a lancé des missiles balistiques sol-sol contenant du gaz sarin faisant plus de 1000 victimes, notamment des centaines d’enfants. À l’encontre de ceux qui continuent de distiller une forme de négationnisme concernant cette attaque chimique [1], rappelons que « la Commission d’enquête mandatée par l’ONU confirme les allégations d’utilisation de gaz sarin par le régime, avec des preuves accablantes et irréfutables ». Le 9 septembre 2013 le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a qualifié devant le Conseil de Sécurité de l’ONU de crime de guerre cet acte barbare, et il a demandé que les responsables de ce crime soient présentés à la justice.

    Malheureusement les grandes puissances, par un aveuglement irresponsable et par lâcheté, ont fait peu de cas du franchissement de la « ligne rouge » par Bachar Al Assad le 21 août 2013, lui donnant par là-même le droit de continuer à massacrer son peuple en toute impunité. Les bombardements d’habitations par des barils de chlore ou d’explosifs continuent de semer la mort et la désolation dans une indifférence quasi- générale. La liste des syriens morts sous la torture dans les geôles du régime ne cesse de s’allonger. La Cour Pénale Internationale n’a toujours pas été saisie.

    Bachar Al Assad, peut ainsi continuer à martyriser le peuple syrien et ses enfants, partageant son entreprise de mort avec celle des intégristes qu’il a aidés à prospérer aux dépens des démocrates syriens jusqu’à l’actuel embrasement de toute la région.

    Après quarante-trois années de dictature et 40 mois de Révolution pour une Syrie libre et démocratique, nous réaffirmons avec force notre exigence de mesures de protection du peuple syrien lui donnant les moyens d’en finir avec la destruction du pays, les bombardements et la terreur d’État. Nous en appelons à une solidarité en actes et à une mobilisation de toute la société française pour soutenir ceux qui se battent pour le respect des droits humains contre la dictature et contre les groupes obscurantistes. Cela passe notamment par une aide humanitaire décuplée. Nous demandons que la France et l’Union européenne aident les Syriens à arrêter le massacre des populations et la destruction d’un inestimable patrimoine de toute l’Humanité, et à reprendre la main sur leur avenir.

    Rassemblement le jeudi 21 août à 18 heures Devant la Fontaine Place St Michel

    Métro Saint Michel, ligne 4

    Signataires :

    Collectif Urgence Syrie, Souria Houria, Coordination de Paris pour le soutien de la Révolution syrienne, Déclaration de Damas, Collectif du 15 mars, L’Association des Amis de Samir Kassir, CISLD (Comité d’Information pour une Syrie Libre et Démocratique), Appel Solidarité Syrie, LDH, MRAP, ATTAC, UJFP, FEMED [2], REMDH, Mouvement Émancipation, EÉ – Les Verts, NPA, Appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien, …

    Notes

    [1] On a dénombré 20 attaques chimiques en 2013 (Alep, Damas, Homs, Idleb, Deraa) et 10 en 2014 à ce jour.

    [2] Fédération Euro-Méditerranéenne contre les disparitions forcées.

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article32789

  • Gaza et les négociations du Caire (Julien Salingue Essf)

     
    La première des hostilités dont sont victimes les habitants de Gaza est le blocus illégal et inhumain
     
    « Plutôt mourir que revenir à la situation antérieure »

    Près de 2 000 morts, plus de 10 000 blessés, plus de 400 000 déplacés, des dizaines de milliers de bâtiments détruits ou endommagés… Le bilan de l’agression israélienne contre Gaza s’alourdit, malgré les « trêves » et autres « cessez-le-feu », de jour en jour. Il s’agit tout simplement, en termes de bilans humain et matériel, de la plus violente offensive israélienne dans les territoires palestiniens depuis la guerre de juin 1967.

    À l’heure actuelle, l’attention se polarise sur les « négociations » en cours au Caire, en vue d’un cessez-le-feu durable. Ces négociations aboutiront-elles ? Rien n’est moins sûr. Et quand bien même elles aboutiraient, rien ne sera réellement réglé.

    Un « cessez-le feu » ?

    Le récit politique et médiatique dominant demeure imprégné du point de vue israélien. Les « hostilités » se résumeraient aux bombardements sur Gaza et aux tirs de roquettes palestiniens. Une « sortie de crise » passerait donc par un accord permettant de mettre un terme aux uns et aux autres. Les diri- geants et les médias occidentaux pourraient ainsi respirer un grand coup et passer à une autre actua- lité, en attendant que dans un an ou deux, une nouvelle campagne militaire israélienne ait lieu au prétexte des tirs de roquettes, et chacun s’interrogerait et tenterait de comprendre pourquoi la « trêve » n’a pas duré…

    Les données du problème sont pourtant simples. La première des hostilités dont sont victimes la bande de Gaza et ses habitants est le blocus illégal et inhumain imposé à la petite enclave côtière, avec la complicité de l’Égypte, depuis plus de 8 ans. Ce blocus a détruit la vie au sein de Gaza et menace chaque jour un peu plus ses habitants d’une véritable tragédie humanitaire. Un rapport de l’ONU publié en 2012 indiquait ainsi que la bande de Gaza ne serait « plus vivable » en 2020, en raison du manque d’infrastructures (au moins 80 hôpitaux supplémentaires devraient être construits, le nombre d’écoles devrait être doublé) et de la pénurie de ressources essentielles (avant l’agression actuelle, la moitié des habitants de Gaza n’avaient pas un accès régulier à l’eau potable et près de 80 % de la population devait se contenter de 4 heures d’électricité par jour).

    L’opération israélienne en cours a aggravé encore un peu plus la situation, avec des dégâts estimés entre 5 et 6 milliards de dollars (soit environ 3000 dollars par habitant). La seule centrale élec- trique de Gaza a été détruite et les officiels annoncent qu’il faudra au moins un an pour la réhabiliter ; des milliers de bâtiments ont été endommagés ou détruits, parmi lesquels des écoles, des hôpitaux et des établissements industriels indispensables ; le nombre d’habitants dépendant de l’aide alimentaire internationale a encore augmenté, pour atteindre plus de 75% de la population. Selon un responsable de l’ONG israélienne Gisha, qui fait notamment campagne pour la liberté de circulation des biens et des personnes depuis et vers Gaza, sans levée du blocus, « cela prendrait 100 ans de reconstruire Gaza » si le blocus n’est pas levé, qui empêche notamment les matériaux de construction d’entrer dans la Bande.

    « Plutôt mourir que revenir à la situation antérieure »

    Les demandes palestiniennes pour la signature d’un accord de cessez-le-feu ne sont absolument pas, dans de telles conditions, et ce contrairement au récit dominant des négociations en cours, « maxima- listes » ou « radicales ». Elles font d’ailleurs consensus chez l’ensemble des forces palestiniennes, y compris la très docile Autorité Palestinienne de Ramallah, dirigée par un Mahmoud Abbas dont on con- naît pourtant la tendance au «compromis», ou plutôt à la compromission. On pourrait s’étonner du fait que quasiment personne, chez ceux qui vantent la «modération» d’Abbas pour mieux l’opposer à la «radicalité» du Hamas, n’ait souligné ce fait, si l’on ne savait pas déjà que ce genre de propos est avant tout destiné à affaiblir la partie palestinienne.

    Quelles sont ces demandes ?

    La levée du blocus, évidemment, qui passe notamment par l’ouverture des frontières avec Israël et avec l’Égypte, la réhabilitation du port et de l’aéroport de Gaza (détruit et fermé depuis la fin de l’année 2000), l’extension à 10 kilomètres de la zone de pêche au large de Gaza. Comme le souligne la juriste Francesca Albanese, qui a travaillé durant 8 ans pour l’ONU, « Aucune de ces revendications n’est nou- velle. Les Nations Unies, entre autres, ont régulièrement exigé la levée du siège, siège illégal selon la législation internationale, comme une condition nécessaire pour mettre fin à la situation humanitaire désastreuse dans la Bande. Faciliter les mouvements des marchandises et des gens entre la Cisjor- danie et la Bande de Gaza avait déjà été stipulé dans l’Agrément sur le Mouvement et l’Accès (AMA) signé entre le gouvernement d’Israël et l’Autorité Palestinienne en 2005. Même la construction d’un port et la possibilité d’un aéroport à Gaza avaient déjà été stipulées dans l’AMA, alors que leur réalisation effective n’a jamais suivi. La demande d’élargissement de la zone de pêche autorisée est inférieure à celle envisagée en 1994 dans les Accords d’Oslo et elle faisait déjà partie de l’arrangement du cessez-le-feu en 2012 »

    Rien de « maximaliste » ou de « radical » dans de telles exigences, qui correspondent tout simplement au minimum vital pour la population de Gaza, et qui sont reconnues comme légitimes par l’ensemble des organismes internationaux. Ce sont ces revendications qu’Israël refuse d’entendre, démontrant une fois de plus que ce que la puissance occupante refuse au nom de sa prétendue sécurité n’est pas la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens (eux aussi consacrés par le droit inter-national) mais l’établissement des conditions de la satisfaction de leurs besoins les plus élémentaires: circuler, se loger, se soigner, se nourrir convenablement, s’éduquer. D’où l’exaspération de la population de Gaza et des organisations de la résistance palestinienne, et ce sentiment de plus en plus répandu chez les habitants de l’enclave, et ce malgré la violence de l’agression actuelle, tel que le résume Raji Sourani du Palestinian Center for Human Rights (PCHR) : « Plutôt mourir que revenir à la situation antérieure ».

    Sans justice, pas de paix !

    Nulle intransigeance donc de la part des Palestiniens, mais au contraire une certaine modération puis- que nulle organisation ne demande aujourd’hui la satisfaction de l’ensemble des droits nationaux des Palestiniens (fin de l’occupation civile et militaire, droit à l’autodétermination et droit au retour des réfu- giés) en échange d’un cessez-le-feu, mais seulement des droits basiques et un peu d’oxygène.

    L’intransigeance est à situer, une fois de plus du côté de l’État d’Israël, qui démontre à qui voulait l’oublier qu’il poursuit, au nom de sa soi-disant « sécurité », une entreprise méticuleuse de des- truction de la société palestinienne afin de l’empêcher de pouvoir revendiquer collectivement ses droits. Tel est l’un des objectifs inavoués de l’agression contre Gaza: renvoyer la petite bande côtière à l’âge de pierre afin que les préoccupations de la population ne soient pas liées à la lutte pour la fin de l’occupation mais à la lutte pour la reconstruction et la survie.

    C’est pourquoi, dans les négociations actuelles, Israël refuse d’entendre parler d’une véri- table levée du blocus, qui permettrait en effet aux Gazaouis de respirer un peu et, à terme, de se réor- ganiser pour combattre l’occupation. On serait tenté de dire que l’État d’Israël aurait tort de se priver d’agir de la sorte dans la mesure où personne, dans les chancelleries occidentales, ne formule de quel- conques exigences à son égard et ne considère qu’il faudrait exercer de quelconques pressions à son encontre. Bien au contraire, on accuse les Palestiniens d’être responsables de l’échec des soi-disant « trêves » et on exige qu’ils cessent de revendiquer leurs droits, les plus élémentaires, en échange d’une « accalmie », entendre la fin des bombardements massifs.

    Dès lors, il est plus qu’urgent d’entendre les appels répétés des organisations palesti- niennes, qu’il s’agisse des organisations palestiniennes ou des structures de la société civile, qui ne cessent de répéter que l’urgence est aujourd’hui à l’imposition de véritables sanctions contre Israël, avec l’extension de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions), seule à même d’exercer de véritables pressions sur Israël, de contribuer à son isolement et de modifier le rapport de forces en faveur des Palestiniens. Comme le soulignaient dès le 15 juillet plusieurs organisations de la société civile de Gaza, « sans pression et sans isolement, le régime israélien n’a cessé de prouver qu’il continuera à perpétrer des massacres tels que ceux auxquels nous assistons pour l’instant et qu’il n’a nullement l’intention de mettre un terme à des décennies d’épuration ethnique, d’occupation militaire et de politique d’apartheid. (…) Nous vous invitons à rallier la campagne sans cesse croissante de Boycott, Désinvestissement et Sanctions afin de demander des comptes à cet État voyou qui se révèle une fois de plus si violent tout en bénéficiant pourtant de la plus grande impunité ».

    Le meilleur service à rendre aux Palestiniens est donc de faire preuve d’au moins autant de déter-mination et d’obstination qu’eux en faisant payer le prix des souffrances qui leur sont infligées à l’État d’Israël et à tous ceux qui le soutiennent, entre autres et notamment le gouvernement Hollande-Valls.

    Trêve durable ou pas, la lutte devra se poursuivre afin d’éviter qu’Israël ne se sente libre, à l’avenir, de bombarder, d’emprisonner, d’expulser, de tuer et de coloniser. Qu’il s’agisse de leurs droits nationaux ou de leurs droits les plus élémentaires, les droits des Palestiniens ne sont pas négociables et ne peuvent être sacrifiés sur l’autel des intérêts de l’État d’Israël et de ses alliés occidentaux et arabes. En d’autres termes, et comme le répètent depuis des décennies les Palestiniens et tous ceux qui sont authentiquement solidaires de leur cause : sans justice, il n’y aura pas de paix.

    Julien Salingue  15 août 2014

  • Maroc, Fès: mort d’un prisonnier politique après 72 jours de grève de la faim (AEL)

    Les opposants au Maroc passent par des mauvais moments.

    Au lendemain de la condamnation de la militante Wafaa Charaf à une peine d’un an de prison ferme, une nouvelle encore plus tragique est tombée : l’étudiant et militant de gauche Mustapha Meziani est mort mercredi 13 août à Fès. Il décède après une grève de la faim de 72 jours pour protester contre le refus des autorités de lui permettre de s’inscrire à l’université.

    L’association marocaine des droits de l’homme (AMDH) qui avait déjà interpellé les autorités maro- caines sur les risques encourus par Mustapha Meziani les rend responsables de la mort du jeune homme de 31 ans. Mustapha Meziani, était détenu dans le cadre de l’affaire de l’étudiant du PJD, Al-Hasnaoui, tué dans des affrontements entre des groupes d’étudiants islamistes et marxiste.

    Le jeune homme qui considérait sa détention comme une punition pour son activité militante était en grève de la faim pour protester contre sa détention, son exclusion de l’université et pour réclamer son droit à une réinscription à l’université. Les militants associatifs s’inquiétaient ces derniers temps des risques graves pesant sur la santé de Meziani dont la situation s’était dégradée.

    Cela avait conduit à son transfert, le 4 août dernier, au CHU Hassan II de Fès où, selon le communiqué de l’administration pénitentiaire, il avait été placé en réanimation où, précise-t-elle, il a bénéficié "jusqu’à son décès de plusieurs soins et examens médicaux, dont les frais ont été pris en charge par l’administration de l’établissement pénitentiaire".

    L’Association marocaine des droits humaines (AMDH) qui avait adressé une lettre ouverte au chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, sur la situation "inquiétante que connaissent certaines prisons du pays". Elle avait insisté sur le cas de Meziani et réclamait l’ouverture d’un dialogue avec lui pour "préserver son droit sacré à la vie".

    Après l’annonce du décès de Meziani, l’AMDH a mis en cause la négligence avec laquelle les institutions de l’Etat, la chefferie du gouvernement, le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire, ont traité les demandes du défunt.

    L’AMDH rappelle qu’elle a saisi toutes les instances y compris le chef du gouvernement pour que la demande légitime d’une réinscription à l’université soit acceptée. En vain, indique l’AMDH, "comme si la vie humaine ne vaut rien chez l’Etat marocain qui prétend adhérer aux droits de l’hommes tel que reconnus universellement". 15 août 2014

    Source : Huffington Post

    http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/maroc/article/maroc-fes-mort-d-un-prisonnier

  • Quimper, rassemblement samedi 16 août

     

     

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    AFPS Pays de Cornouailles

    - pour l’arrêt définitif des bombardements sur Gaza,

    - pour la levée du blocus, illégal et criminel de Gaza,

    - pour l’arrêt de l’agression israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-​​Est,

    - pour des sanc­tions immé­diates contre Israël jusqu’au respect du droit international,

    - pour le soutien au gouvernement palestinien d’entente nationale,

    - pour le soutien aux orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes et israé­liennes qui appellent à la paix.

    http://www.france-palestine.org/Rassemblement,24512

  • New York

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  • Il y a 50 ans, l’insurrection algérienne" (Emancipation)

    L'insurrection algérienne et les communistes libertaires

    Chacun y allant de sa commémoration du cinquantenaire de l’atroce guerre d’Algérie, à notre manière il nous a paru utile de rappeler que nous nous sommes opposéEs à la barbarie colonialiste qui façonne, aujourd’hui encore, l’inconscient français. Pour cela nous avons interrogé notre camarade Georges Fontenis sur son activité à l’époque au sein de la Fédération Communiste Libertaire (FCL) et à l’Ecole Emancipée.

    L’Emancipation : "La Toussaint rouge", le 1er novembre 1954, marque le déclenchement de l’insur-rection. Dès le 9 septembre dans Le Libertaire n°391, vous aviez publié un article critique sous la plume de Paul Philippe à propos du congres du MTLD (Mouvement Pour le Triomphe des Libertés Démo- cratiques). Est-ce à dire que vous pouviez prévoir l’imminence du passage à lu lutte armée?

    Georges Fontenis: La FCL prévoyait clairement le déclenchement de l’insurrection, sans pouvoir bien entendu donner de date. C’est parce que nous avions, d’abord dans les rangs de la FCL des camarades algériens bien formés qui nous apprenaient quelle était la mentalité générale dans les villes et la cam- pagne algériennes. Et nous avions aussi des camarades directement liés a nous du Mouvement Libertaire Nord Africain (MLNA) qui nous faisaient prévoir aussi des événements.

    L’article de Paul Philippe à propos du congrès du MTLD n’a donc rien de surprenant, si ce n’est qu’à cette époque nous étions les seuls strictement à pouvoir nous douter que quelque chose d’extraordi- naire se passerait très bientôt. Nous reparlerons de cet article de Paul Philippe.

    Il y avait aussi le souvenir cruel chez beaucoup d’Algériens des évènements de Sétif de mai 1945 [1]), D’ailleurs au cours des événements de 45, L’Humanité et le PC ne s’étaient pas couverts de gloire, c’est le moins qu’on puisse dire, Ils sanctifiaient l’unité derrière un gouvernement De Gaulle dans lequel des communistes étaient présents, dont d’ailleurs le ministre de l’armement Tilion.

    L’Emancipation La défaite du corps expéditionnaire de Dien Bien Phû a-t-elle influencé la décision du CRUA [2] pour passer à la lutte armée ?

    G.F.: Sans doute la défaite de la France colonialiste au Vietnam n’était pas pour rien non plus, à la fois dans la préparation de l’insurrection algérienne et dans notre clairvoyance. Il ne faut pas oublier que bien des militants qui seront des animateurs du FLN plus tard étaient, au moment de la guerre d’Indo-chine, dans l’année française, et la défaite du corps expéditionnaire français n’a pas été pour rien dans le déclenchement de l’insurrection de novembre 1954.

    L’Emancipation: Penses-tu que la position de la FEN et du SNI résolument anti indépendantistes trouve sa légitimation dans l’assassinat de l’instituteur Guy Monnerot dans les gorges de Tighonimine, ou bien faut-il l’imputer à l’allégeance politique des majoritaires à la SFI0 et à Guy Mollet?

    G.F. : Il est sûr que les positions de la FEN et du SNI sont violemment nationalistes, au profit de la France bien entendu. La présence au gouvernement où la SFIO a sa place et Guy Mollet beaucoup d’importance, n’est pas pour rien non plus dans la position de la FEN et du SNI au moment de l’insur-rection. Il m’est arrivé de rencontrer quelques responsables qui osaient défendre la présente coloniale en Algérie sous prétexte que l’Algérie avait toujours connu un certain colonialisme et que les Arabes n’avaient pas à revendiquer puisqu’ils étaient eux-mêmes les anciens conquérants d’un pays berbère... N’importe quoi. En tout cas on peut résumer ainsi: oui, il y a eu allégeance politique des responsables majoritaires de la FEN et du SNI à la position des dirigeants de la SFIO. Toutefois, et il en sera de même dans le Parti communiste. Le Parti socialiste est parfois divisé. Dans les sous sections, il y avait un certain nombre de camarades socialistes, même inscrits au parti et là je parle en tant qu’ancien instituteur parisien qui étaient restés dignes et qui n’approuvaient pas du tout la politique de la SFIO et de Guy Mollet, j’en reparlerai à l’occasion,

    L’Émancipation: Les jeunes insurgés du CRUA sont en rupture avec le MNA de Messali Hadj. Cette rupture va déboucher sur la fondation du FLN par Ahmed Ben Bella au Caire. L’historien Benjamin Stora évolue à 4 000 les victimes des règlement de comptes entre MNA et RN en métropole, de 1954 à 1962. C’est près de 2% des Algériens de la métropole. Pourrais-tu nous expliquer les différences politiques, culturelles, stratégiques entre le MNA et le FLN. Pourquoi une telle violence politique entre eux ?

    G.F.: Il est clair qu’il y a des différences considérables entre les militants du MNA de Massali Hadj et du FLN qui vient de se fonder. L’analyse globale de la situation soit de la part du MNA, soit du FLN est insa- tisfaisante, bien que le MNA demeure plus proche d’une analyse marxiste. Mais, ni l’un ni l’autre n’ont tenu compte de la complexité de la société algérienne et notamment de l’existence d’une petite bour- geoisie nationale que le colonialisme a laissé se développer (exemple de petites entreprises dirigées par des familles algériennes, se satisfaisant de la présence française). De ce point de vue il est clair que le FLN sera plus adapté que le MNA à la situation du peuple algérien, plus nationaliste que désireux d’un mouvement révolutionnaire. Quant à l’affirmation du nombre de victimes en métropole entre le MNA et le FNL je crois qu’on peut se rallier au point de vue de Benjamin Stora.

    L’Émancipation: Pourquoi les libertaires de la FCL et les trotskistes du PCI aidèrent-ils au départ les nationalistes du MNA plutôt que le FLN et comment s’opérera le basculement d’alliance en faveur de ce dernier?

    GF. : Il ne faut pas oublier que l’Etoile Nord Africaine, puis le MTLD (sous sa nouvelle forme MNA) existent depuis les années 1930. Pour les camarades de la FCL, il y aura bien sûr peu à peu un passage du soutien au MNA en faveur du FNL. Cela se fera sans que nous rejetions nos contacts et notre soli- darité avec le MNA. Mais il faut bien admettre, quand on est responsable d’un mouvement, des change- ments historiques comme la montée du FLN par rapport au MNA et ce basculement d’alliance sera parfaitement assimilé par nos camarades, car il correspond à une véritable connaissance de la réalité politique.

    L’Emancipation : Comment les tendances dons la FEN et le SNI ce situaient-elles par rapport aux questions de la décolonisation ? Quel climat régnait à l’intérieur de la profession et de ses syndicats ?

    G.F.: J’en viens à préciser comment nous voyions, à ce moment-là, les tendances dans la FEN et le SNI. J’ai parlé un peu plus haut de la position des majoritaires qui était finalement colonialiste. Mais il y avait, à l’époque, une véritable résistance par l’Ecole Émancipée. Et, il faut bien dire que chez les majoritaires comme d’ailleurs chez les militants disons de la tendance cégétiste étroitement dirigée par le PCF, qui devait devenir Unité & Action , il y avait des différences individuelles considérables. Car, même dans les tendances réformistes, il y avait un certain nombre de militants qui n’étaient pas igno- rants des vraies questions de la décolonisation, je me souviens d’avoir échangé des propos assez violents avec le secrétaire majoritaire de la fédération de la Seine qui était franchement nationaliste et colonialiste, Mais on peut bien penser que l’ensemble des enseignants ne suivaient pas la trajectoire des partis communiste et socialiste. Il y eut donc, dans les premières années de l’insurrection, assez souvent une différenciation entre les chefs des partis et un certain nombre des militants de base. Plus tard, lorsque nous passerons à la clandestinité, nous recevrons des aides très ouvertes, très sympa-thiques de militants communistes en dépit des positions de leur parti et d’un certain nombre de militants socialistes qui d’ailleurs nous rendront un certain nombre de services.

    En réalité, il y avait une réponse saine d’un assez grand nombre de syndicalistes en dépit de ce que j’appellerais le colonialisme honteux des directions. Encore que, même dans les directions, il y ait eu des militants qui résistaient.

    L’Émancipation: Pourrais-tu nous relater en quoi consistait votre soutien concret aux insurgés ?

    GS. : Voilà une des questions les plus gênantes qu’on peut me poser. Notre soutien concret aux insur- gés algériens consistait en dépôt et transport de matériel (armes légères, vêtements et pièces d’état civil. Transport possible grâce à notre système de passage des frontières terrestres (Belgique, Suisse) ou maritimes (Ste) et facilité par nos rapports avec des camarades de diverses nationalités, et aussi des camarades d’autres réseaux.

    L’Émancipation: Pourrais-tu lever un coin du voile sur la teneur de vos conversations lors de ta rencontre à Angoulême avec Messali Hadj ?

    GF: Il est évident qu’avec Messali Hadj nous avons abordé des problèmes de fond concernant l’avenir, voulu par lui et ses amis, pour l’Algérie et sur le poids limité que nous avions dans l’opposition en France. Messali envisage une société algérienne démocratique et basée sur l’autogestion, mais il reste flou. On sent qu’il n’est pas sûr de ses troupes. Messali, que j’avais rencontré grâce à l’aide et à l’insis- tance de Daniel Guérin en dépit de l’opposition du parti trotskiste, le PCI de Lambert, qui a tenté d’empêcher ma rencontre avec Messali. Je précise que ce parti lambertiste restera inconditionnellement partisan du soutien au MNA alors que les autres groupes trotskistes sont pour le soutien au FLN.

    Il est clair que ce fut une conversation très libre, très ouverte, au cours de laquelle j’insistais sur la nécessité d’une analyse révolutionnaire de la situation et de l’orientation nécessaire du mouvement de libération. En fait, Messali Hadi était d’accord avec notre position de "soutien critique". Messali, au cours de cette conversation, fut d’accord avec ce que je pouvais avancer. Mais il me laissa entendre qu’il n’était pas toujours entendu et que quelquefois les militants du MNA n’avaient pas toujours une position parfaitement claire. D’où, bien entendu, accord minimum avec la FCL sur ce que nous appelions à l’époque "le soutien critique’.

    L’Émancipation: La question du contenu politique du nationalisme algérien a pu poser problème. Comment expliques-tu ta position d’alors : le "soutiens critique" aux natio- nalistes et, surtout, comment as-tu pu participer à la réflexion d’abord dans le MNA ensuite dans le FLN ? En quoi certains cadres de la lutte armée ont-ils modifié leurs positions grâce aux positions critiques que la FCL développait ?

    G. F. : Il est vrai que le courant politique du nationalisme algérien n’a pas été toujours très clair. C’est pourquoi notre "soutien critique" qui peut convenir à d’autres cas et à presque toutes les guerres de libération demande une analyse de la situation, en particulier des différentes forces qui se trouvent opposées à la puissance colonialiste. Et je dois dire que, dans les rencontres que nous avions avec les représentants du MNA d’abord et du FNL ensuite, nous n’avons jamais caché notre inquiétude a propos des insuffisances politiques du nationalisme algérien.

    Mais notre position selon laquelle il Fallait se libérer sur le plan national mais aussi sur le plan intérieur, pour une Algérie nouvelle, dans une direction disons socialiste, il est sûr que cela a fini par toucher un certain nombre de nos correspondants. C’est si vrai que certains des militants du MNA n’étaient pas loin de nous rejoindre et que même certains cadres de la lutte armée ont modifié leurs positions et adopté les nôtres grâce aux positions critiques que nous développions. Je suis même persuadé d’une certaine réussite lorsque, au cours d’une rencontre, j’eus la surprise d’entendre Mohammed Boudiaf reprendre pratiquement nos positions. A ce sujet, voir son livre "Ou va l’Algérie ?" (Editions de l’Étoile, 1964).

    Il est peut-être utile de rappeler ce qu’était notre position de "soutien critique". Nous pouvons pour cela nous reporter a l’article du Libertaire paru dès septembre 1954, c’est-à-dire quelques mois avant l’insurrection, sous la signature de Paul Philippe, membre du secrétariat de la FCL. C’est une position de "soutien critique" aux luttes de libération nationale parce qu’elles font partie de la guerre contre le capitalisme et ses extensions colonialistes et que, affaiblir les métropoles est toujours une chose indis- pensable dans un processus de libération. Mais l’aspect critique de ce "soutien critique est dû au fait que le mouvement algérien (le MTLD à l’époque) n’a pas le bases théoriques révolutionnaires propre- ment dites. C’est pourquoi dans ce soutien critique", nous rappelions que le but final révolutionnaire était indispensable, c’est-à-dire précisément : socialisation de la propriété. Notre "soutien critique", c’était notre soutien aux luttes de libération nationale mais dans une perspective révolutionnaire partant d’une analyse de classe.

    L’Emancipation: On s’imagine souvent que le PCF, parce que stalinien, était monolithique. Mais à l’épreuve des evenements, qu’en a-t-il été ?

    Georges Fontenis: Dés le début de la guerre d’Algérie, il y a eu des des problèmes à l’intérieur du Parti communiste. Et quand nous serons dans la période où un certain nombre de militaires refuseront de partir, où les trains s’arrêteront et où les gares seront envahies par les opposants, nous verrons tout de suite qu’il y a à l’intérieur du parti toute une tendance de militants communistes qui ne sont pas satisfaits de la politique du parti. Nous verrons par exemple cela dans la région parisienne mais aussi à Grenoble Nous retrouverons bien sûr l’esprit de la Résistance. C’est un véritable vent de fronde qui se manifeste. Au fond, ces militants ne faisaient que participer à la cause de la Révolution algèrienne comme les militants du PCA dans le FNL

    Officiellement, le PCF n’était pas pour la libération de l’Algérie. Il avait d’abord beaucoup critiqué les insurgés de novembre 54. L’Humanité, à l’époque, avait condamné les nationalistes en prétendant que les émeutiers faisaient le jeu des nazis. Le PCF ne se ralliera que très tardivement à la cause de l’Algé- rie indépendante. La position officielle était défendue, proclamée par Maurice Thorez. Une abomination sera le vote des pouvoirs spéciaux a Guy Mollet par le Parti Communiste, Et ce ne sera guère plus beau que les positions du Parti socialiste de Guy Mollet ou de Mitterrand qui voulaient voir en Algérie des départements français.

    L’Émancipation : On a quasiment oublié, comme le rappelle l’article du Monde du 29/10/04, que la FCL a été la première a réclamer l’indépendance de l’Algérie et à dénoncer la tor- ture. De même que vous avez été les premiers à aider les "rebelles". Pourrais-tu nous rappeler l’ampleur de la répression qui vous a frappés et ses conséquences politiques?

    GF. : Comme ce serait évidemment beaucoup trop long de faire la liste des persécutions que nous subissions, je me contenterai de citer quelques exemples.

    Le Libertaire , le journal de la FCL, avait été saisi sept fois en peu de temps . car ce décompte date de juillet 56 dont trois saisies en quatre semaines ! Et pour parler des inculpations de nos militants, il suffit de savoir que tous les numéros du Libertaire, même ceux qui n’ont pas été saisis, ont été poursuivis. Ces poursuites étaient nominales. J’y étais en bonne place en tant que directeur du journal. Et à mes côtés Robert Joulin, Paul Philippe, Michel Donnet, etc. [3]. Il est bon de signaler que nous avions été obliges de changer d’imprimeur parce que l’imprimerie du Croissant où nous sortions au début de la guerre d’Algérie ne voulait plus nous éditer! (...)

    L’Émancipation : Qu’est-ce qui a poussé à vous rendre à la justice? Tu totalisais en tout 18 mois de prison, si j’ai bien compté tes condamnations sans parler de la lourdeur des amendes. Comment as-tu « néqoclé » ta sortie de la clandestinité?

    G.E. : D’abord je dirai qu’il faut préciser que nous ne nous sommes pas rendus à la justice. Person- nellement, j’ai été arrêté par la DST alors que je me camouflais comme je pouvais. Je n’ai pas été le seul dans cette situation. Nous n’avons donc pas eu à négocier la sortie de la clandestinité. Elle s’est faite par l’arrêt de nos activités du fait que la plupart des camarades responsables étaient arrêtés ou devaient se cacher davantage qu’auparavant. Et nous étions réduits à nos propres forces.

    L’Émancipation: Lors des poursuites et de la clandestinité, as-tu été défendu par le SNI ou la FEN?Et, à ton retour à la vie normale le syndicat t’a-t-il aidé à retrouver ton métier?

    G.E.: En ce qui me concerne, jamais le SNI ou la FEN dans leurs directions n’ont agi en ma faveur, ou pour essayer de me défendre. Le retour à une vie normale a demandé des mois après la sortie de prison. Et je dois là saluer, non pas un responsable syndical mais un militant déjà ancien du Parti socia- liste qui avait été mon directeur d’école et qui, ancien déporté, n’avait toujours estimé. Ce personnage, monsieur Dirand, du fait de son parcours politique, avait réussi à intégrer de hautes fonctions au minis- tère de l’éducation nationale. C’est grâce a lui que lefus réintégré car il insista beaucoup auprès de la direction de l’enseignement du département de la Seine pour que je retrouve un poste.

    L’Émancipation: Y avait-il débat à l’intérieur de l’École émancipée sur la question algérienne? Quels étaient les clivages politiques dans l’EE de l’époque?

    G.E. : le ne me souviens pas qu’il y ait eu débat à l’École Émancipée sur la question algérienne. Sur le fond, tout le monde à l’époque était d’accord. Et naturellement la position de la FCL était connue et estimée. Le clivage politique entre libertaires et trotskistes au sein de l’École Emancipée était peu marqué à l’époque, au moins sur le sujet de l’anticolonialisme.

    Du côté trotskiste, il y avait le PCI de Lambert qui devient l’OCI lorsque Frank et Pablo sont majo- ritaires dans la 4°t Internationale. L’opposition entre eux à propos de la guerre d’Algérie est violente, l’OCI restant obstinément fidèle au MNA. En ce qui concerne les libertaires, il faut préciser qu’il y avait eu scission au début des années 50 entre les militants de la FCL et ceux qui créèrent Le Monde liber- taire. Nous regroupions surtout des camarades ouvriers, des jeunes, sur des positions de classe alors que les autres s’en tenaient à un pacifisme qui renvoie dos à dos le colonialisme et les luttes de libé- ration nationale. Et nos camarades du MLNA (Mouvement Libertaire Nord Africain), voisin de la FCL, voyaient le Monde Libertaire en vente en Algérie pendant que Le Libertaire - le nôtre – était poursuivi.

    Cependant je dois préciser qu’il y aura une évolution parmi certains militants de la FA. Leurs positions, sans aller jusqu’au "soutien critique" se rapprocheront des nôtres dans l’affirmation du combat anti- colonialiste. En 1957, Le Monde libertaire sera saisi en Algérie et des militants subiront à leur tour des poursuites, surtout au début des années 60. La FCL du fait de sa position révolutionnaire, en particulier dans la guerre d’Algérie, se retrouvait aux côtés de l’opposition interne du PC (La Voie Communiste), cette collaboration s’étendit naturellement à d’autres regroupements comme le Réseau Jeanson. La FCL cessant de fonctionner, même clandestinement, se transforme en « Action Communiste ».

    De cette époque j’ai conservé le souvenir d’une bonne entente avec les militants encore au PC mais dans la mouvance « Voie Communiste ». Certains, comme Blumental, Folgalvez, ont été membres, voire responsables du PCF, d’autres ont rompu avec la IVème Internationale. Il y a aussi à la Voie Communiste d’anciens membres du Parti Communiste Algérien. La plupart des militants de la Voie intégrèrent le réseau « Jeune Résistance".

    C’est la "Voie" et ses militants qui organisent l’évasion de la prison de la Roquette, le 1 janvier 1961, de six militantes françaises et algéniennes. Je veux signaler aussi l’activité incessante de nos camarades de Macon et de Genève, activité gérée par Guy Bourgeois, décédé récemment,

    L’Émancipation: Quand tu vols les évolutions en Algérie depuis l’indépendance, regret- tes-tu tes engagements d’alors ou y trouves-tu matière à renouveler tes enthousiasmes et tes espoirs? Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur les jeunes militants que vous étiez, au-delà du courage exemplaire dont la mémoire fait dorénavant partie de noire histoire?

    G.E. : Je ne regrette en rien les engagements de l’époque en dépit de la disparition des espoirs et, bien sûr, des enthousiasmes. Notre "soutien critique", au cours des années depuis la libération et depuis la paix de 62, s’est manifestement valorisé car il fallait bien que la nation algérienne se constitue, mais il aurait fallu promouvoir un système d’autogestion beaucoup plus général et démocratique, et éliminer la toute puissance de l’armée et des cadres de l’industrie. Les jeunes militants que nous étions, étaient suffisamment conscients du fait qu’une insurrection particulière ne peut aboutir indépendamment de la situation de la lutte des classes dans le monde, notamment dans les métropoles.

    Néanmoins, notre soutien à la Révolution algérienne nous a confortés dans notre opposition révolu- tionnaire et nous a donné le courage de continuer notre lutte qui intègre une véritable libération pour le peuple algérien. C’est pourquoi je reste fidèle ainsi que mes vieux camarades de la FCL au slogan que nous avions élaboré avec Daniel Guérin « Il y a toujours un point du globe où la guerre de classes se rallume".

    Propos recueillIs par Gilbert ESTEVE Novembre 2004

    Ouvrages et documents consultés : Georges Fontenis. Changer le monde, Ed Le Coquelicot/AL Une résistance oubliée (1954-1957), un documentaire de D. Goude et G. Lenormant. K7 Le Fil du temps ; L’insurrection algérienne et les communistes libertaires, Edition en facsimilé du Libertaire. Ed. AL (La signature de A. Coursan est un pseudonyme de G. Fontenis).

    [1La rupture chez les nationalistes algériens entre intégrationnistes et indépendantistes s’est cristallisée au cours de la 2"° Guerre Mondiale lorsque Messali Hadi a été condamné aux travaux forcés par le régime de Vichy pour avoir refusé de collaborer avec les nazis. Il est à nouveau emprisonné à la veille de la défaite hitlérienne, Les Algériens ont alors le sentiment que jamais la France ne leur accordera la citoyenneté française et le suffrage universel. Le jour même de la capitulation allemande, le S mai 1945, éclatent les massacres de Sétif qui feront officiellement 103 morts chez les Européens et 10 000 chez les Algériens (45.000 d’après les nationalistes). Signalons que le maire socialiste de Sétif qui avait voulu s’interposer entre la police et les manifestants, sera abattu. L’Humanité condamne violemment les nationastes algériens et prétend que les émeutiers seraient des sympathisants de Hitler et des nazis.

    [2Le jour de la Toussaint 1954, les jeunes insurgés membres du CRUA (Comité révolutionnaire d’union et d’action) déclenchent une trentaine d’attentats qui feront 7 morts, dont un européen, l’instituteur Guy Monnerot, fauché lors da mitraillage d’un autocar dans les gorges de Tighanimine. Là encore le hasard a voulu que Monnerot soit tué alors que les insurgés visaient le caïd Hadj Sadok. Par la suite, ses meurtriers seront cruellement punis par leurs propres chefs car les ordres formels du CRUA étalent de n’abattre que des notables musulmans. (ndlr)

    [312 juillet 1956: arrestation de Fontenis, Joulin, Caron, Donnet, Mulot, Simon et Philippe par la DST,

    Arrêté le 29 juin 1955, l’ouvrier du bâtiment Pierre Morain , de la FCL, a été le premier militant français emprisonné (un an d’incarcération) pour sa lutte contre la guerre d’Algéne (ndl

    ESTEVE, Gilbert. "Un entretien avec Georges Fontenis.

    Source: L’Emancipation syndicale et pédagogique, 31 janvier et 28 février 2005

    http://raforum.info/spip.php?article1845&lang=en

  • Algérie: Mélenchon en homme d'État (Npa)

    Quand, dans le cadre d’une tournée au Maghreb pour des conférences sur l’écosocialisme, Jean-luc Mélenchon va en Algérie, ce n’est pas pour discuter en internationaliste, solidaire des mobilisations en cours dans différents secteurs (mouvement des chômeurs à Ouargla, mobilisation des différents secteurs publics, Barbacha…).

    «Vous êtes assez subtils pour deviner qu’étant de passage à Alger, je n’ai naturellement pas l’intention de m'exprimer sur la situation en Algérie » a-t-il déclaré à la presse. Il discute en « patriote » et expli- que à propos des contrats que Hollande est venu conclure en décembre dernier à Alger : « La vie des nations est également faite de contrats et d’accords. Si les Algériens ne sont pas contents de ces contrats, ils n’ont qu’à en signer d’autres. La République française doit y trouver son compte ».

    Pas de repentance

    Mais c'est surtout sur les questions liées au passé colonial de la France en Algérie que Mélenchon sou- tient Hollande. Pas question de parler de repentance de la France : « Je pense que ça serait une belle perte de temps. La France, c’est aussi moi, et moi je n’ai martyrisé personne, ni mes ancêtres. (…) Je pense que c’est une perte de temps totale et un subterfuge pour ne pas parler d’autre chose, des problèmes auxquels nous sommes confrontés ». 

    Des crimes commis à l'époque de la colonisation ?

    « Le peuple français n’est pas davantage responsable de la colonisation que de l’esclavage ou de la déportation des juifs ! (…) J’ai dit devant le Sénat français que nos armes ont combattu pour un ordre injuste, celui de la colonisation et qu’il était juste qu’elles perdent ce combat. Le peuple algérien et l’Algérie se sont constitués dans la guerre d’indépendance. Cette guerre, il l’a gagnée. Quel genre de vainqueur a besoin des excuses du vaincu ? En avons-nous jamais demandé, après les avoir vaincus, aux Allemands qui nous ont envahis trois fois en un siècle ? ».

    Comme si la lutte entre les deux puissances impérialistes rivales était comparable à 132 ans de colonisation, de spoliations légalisées, de soumission d'un peuple réduit au statut « d'indigène musulman ». Mais cela n'entre pas dans le raisonnement du défenseur de la laïcité républicaine, qui d'ailleurs a fini par parler de « guerre civile » à propos de la guerre d'indépendance.

    Quand Mélenchon se positionne à l'étranger, ce n'est plus au nom de la « révolution citoyenne », mais en responsable politique qui assume le passé de l’État français. Rien de bien subversif !


    Cathy Billard  Hebdo Tout est à nous ! 184 (28/02/13)

  • Mélenchon: la Guerre d'Algérie, une guerre civile ? (Médiapart)

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    Quand, en visite en Algérie en février 2013, dans le cadre d'une conférence donnée à l'Institut français d'Alger, Jean-Luc Mélenchon évoqua la "guerre civile", j'ai aussitôt pensé à une référence à la "décennie noire".

    Mais non, Mélenchon évoquait la Guerre d'Algérie. C'est pour le moins surprenant et irresponsable de la part d'un responsable politique, surtout quand il s'agit de faire référence à une période chaude de l'histoire, celle du colonialisme. Cette prise de position, qui s'oppose au consensus qui a été obtenu de haute lutte pour qualifier cette guerre de libération nationale de "Guerre d'Algérie", demande quelques développements. D'autant qu'elle fut passée sous silence en France, dans une complicité médiatique à peu près complète. Mélenchon n'a pas tant d'ennemis, dans les médias, qu'il veut bien le dire.

    Jean-Luc Mélenchon est dans le même registre que les socialistes de la SFIO qui avaient mené la répression

    Sur-le-champ, la presse algérienne francophone réagit vivement à ses déclarations. Si le journal ''Liberté-Alger'' se contente d'évoquer "des propos à l'emporte-pièce" (''Jean-Luc Mélenchon : “La repentance ? Une belle perte de temps”'', in ''Liberté'', 14 février 2013), l'intellectuel progressiste algérien Chems Eddine Chitour souligne dans le quotidien ''L'Expression'' les "ambiguïtés" d'un discours sur la Guerre d'Algérie qui rappelle celui de la SFIO :

    Quand M. Mélenchon joue sur les mots en parlant de « guerre civile », il ne fait pas avancer le débat. Pour rappel, une guerre civile est la situation qui existe lorsqu'au sein d'un État, une lutte armée oppose les forces armées régulières à des groupes armés identifiables, ou des groupes armés entre eux, dans des combats dont l'importance et l'extension dépassent la simple révolte ou l'insurrection. Du point de vue du droit de la guerre, on utilise l'expression « conflit armé non international », le mot « guerre » étant réservé au conflit armé international. (...) Jusqu'au début du XXe s., la guerre civile est considérée comme une affaire strictement intérieure qui ressort du domaine réservé de l'État concerné, qui a de fait et de droit toute latitude pour traiter comme bon lui semble les factieux, en considérant par exemple les rebelles en armes comme de simples criminels. (...)

    « civile » signifie que la lutte a lieu à l'intérieur d'un territoire national. La violence est le critère suprême: les combattants essaient de s'emparer du pouvoir national ou de le conserver. La vengeance, la revendication de droits, les crimes de masse et les gains économiques ne sont pas, pris isolément ou ensemble, des motifs suffisants. Seuls cinq cas précis peuvent être cités : les conflits anglais (1642-1649), américain (1861-1865), russe (1918-1921), espagnol (1936-1939) et libanais (1975-1990).

    Un apartheid avec une classe supérieure et des indigènes.

    On le voit, la Révolution algérienne n'est pas cataloguée sous le vocable de guerre civile. De plus, le concept de guerre civile s'adresse à une population homogène. Tel n'était pas le cas, puisque c'était en fait, un apartheid avec une classe supérieure et des indigènes. Nulle part nous n'avons entendu parler de guerre civile s'agissant de la Révolution de Novembre. Jean-Luc Mélenchon est dans le même registre que les socialistes de la gauche (Section française de l'Internationale ouvrière - SFIO) qui avaient mené la répression et désignant ce qui se passait en Algérie d'évènements d'Algérie. Il a fallu près d'un demi-siècle pour que la France reconnaisse qu'il y avait une guerre d'Algérie.

    (Chems Eddine CHITOUR, ''Jean-Luc Mélenchon. Certitude et ambiguïté du discours'', ''L'Expression'', samedi 16 février 2013) 

    Voir aussi : Yacine Ouchikh, "Algérie. Mélenchon qualifie la repentance de belle plaisanterie", ''Courrier de l'Atlas'', 13 février 2013)

    Mélenchon compare la guerre d'indépendance algérienne à une lutte entre deux puissances égales

    En France, seul le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) semble avoir réagi à chaud. Il souligne que Jean-Luc Mélenchon est venu en Algérie en tant que responsable politique qui assume le passé de l’État français. Il lui reproche cependant de comparer la guerre d'indépendance algérienne à une lutte entre deux puissances égales, comme si la lutte entre les deux puissances impérialistes rivales était comparable à 132 ans de colonisation, de spoliations légalisées, de soumission d'un peuple réduit au statut « d'indigène musulman ». Mais cela n'entre pas dans le raisonnement du défenseur de la laïcité républicaine, qui d'ailleurs a fini par parler de « guerre civile » à propos de la guerre d'indépendance.

    (Algérie : Mélenchon en Homme d'Etat, in ''Hebdo tout est à nous'', n° 184, 28 février 2013.

    La revendication de certains groupes pieds-noirs

    Qu'est-ce qui motive le positionnement idéologique de Mélenchon ? Nous avons vu qu'il rappelle la position officielle de la SFIO. Mélenchon semble en tout cas rejoindre les revendications de groupes Pieds-Noirs, milieu dont il est lui-même issu. Ceux-ci revendiquent l'appellation de "guerre civile" au motif que les Algériens, avant l'indépendance, étaient tous des citoyens français, y compris les Musulmans. Et d'autre part, de manière assez inique, parce qu'il n'existait pas de nationalité algérienne avant l'indépendance.

    L'Etat français a donné le qualificatif de "guerre" à l'ensemble des actes criminels, et à leur répression par des autorités politiques françaises, qui se sont déroulés dans les départements français d'Algérie du 31 octobre 1954 au 2 juillet 1962 (La loi N°74.1044 du 9 décembre 1974). Les débats à l'Assemblée nationale, au Sénat et dans les médias n'ont pas qualifié correctement cet ensemble de faits violents baptisés du seul mot "guerre". L'analyse des faits historiques démontre qu'il s'agit en réalité d'une suite de guerres civiles franco-françaises. Dans le contexte algérien, le terme de "guerre" doit être effectivement accompagné de "civile" car tous les intervenants avaient de facto jusqu'au 3 juillet 1962 la nationalité française, la nationalité algérienne n'ayant jamais existé auparavant. L'Algérie est une création purement française, l'ensemble de territoires correspondant à cette dénomination n'ayant jamais porté ce nom auparavant. L'Algérie indépendante est aussi une création française, la décision d'abandon de nos départements algériens ayant été prise par le Chef de l'Etat d'alors, le général de Gaulle.

    (http://jeunepiednoir.pagesperso-orange.fr/jpn.wst/GuerreAlg%E9rie.htm)

    Cette dénomination repose donc sur une farce "juridique" présupposant que, comme la Palestine avant 1948 selon le point de vue israélien, l'Algérie n'existait pas avant la colonisation.

    Nationalité française face à statut civil de droit local

    En réalité, les Musulmans ne disposèrent que tardivement (après la Libération) d'un "statut civil de droit local" qui leur permettait d'accéder à certains droits selon un principe dérogatoire. Une citoyenneté qui s'est progressivement élargie au fur et à mesure que la France perdait le contrôle du territoire.

    C'est d'ailleurs sur la base d'une telle fable que certains descendants de Musulmans d'Algérie ont tenté d'obtenir la nationalité française, arguant de la "nationalité française" de leur parent (rappelée effec- tivement en toutes lettres dans les papiers officiels). Or, même en brandissant des certificats militaires (de nombreux Musulmans d'Algérie ayant été enrôlés dans les guerres européennes), ils se sont heur- tés à un refus ; sauf dans les cas, assez rares, d'acquisition de la nationalité française par décret. Il est évident qu'un statut civil de droit local n'offre pas une citoyenneté pleine et entière.

    Il est facile de montrer que l'Algérie était en situation d'apartheid et qu'il existait une séparation de fait entre les Algériens d'origine européenne, les Musulmans et les Juifs. Suggérer qu'il existait un ensem- ble commun réunissant des citoyens français égaux entre eux au sein des fameux départements algériens, qui se seraient opposés dans une "guerre civile", est donc une imposture.

    Quand la SFIO vante le colonialisme

    Les Français furent d'ailleurs de bien mauvais colonisateurs au Maghreb, en dépit des envolées lyriques universalistes sur la mission civilisatrice de la colonisation  (qui ne sont pas sans évoquer un certain discours européiste admettant la supériorité de l'Allemagne, par exemple en matière de gestion budgétaire) : 

    « Nous admettons qu'il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu'on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation » (Léon Blum, Débat sur le budget des colonies à la Chambre des députés, 9 juillet 1925, J.O., Débats parlementaires, Assemblée, Session Ordinaire (30 juin-12 juillet 1925), p. 848).

    En guise de mission civilisatrice, dans les faits, la France ne scolarisa les enfants musulmans qu'en infime quantité, les Pieds Noirs s'étant fermement opposés à l'ouverture d'écoles pour les "Arabes". Et ce n'est pas l'assouplissement de la position des colons, contraints par les circonstances dans les dernières années, qui change quelque chose à cette réalité de longue durée.

    60 élus pour 900 000 électeurs européens / 60 élus pour 9 millions de Musulmans

    La France avait de même mis entre parenthèses le principe de laïcité, organisant par exemple des élections où les communautés était représentées séparément, selon un principe fortement inégalitaire : le premier collège (constitué de 900 000 électeurs européens) élisait 60 représentants à l’Assemblée algérienne, le second collège (constitué de 9 millions de Musulmans) élisait de même 60 représentants à cette assemblée.

    Comme le suggère M. Chitour, évoquer une "guerre civile" à défaut des "événements" d'Algérie au lieu de conserver l'acquis reconnaissant encore trop tardivement une "guerre" d'Algérie est le signe d'une régression, qui dénote l'incapacité de Mélenchon à prendre de la distance vis-à-vis d'un passé familial pro-"Algérie française". Mélenchon a parfois bien du mal à rester en cohérence avec une famille politique, normalement anticolonialiste, qui a rompu avec la SFIO depuis des décennies et dont il semble se réclamer sur le tard.