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  • Marche nationale pour la Palestine le 18 octobre

    Tous à Paris le 18 Octobre!

    Départ de la marche à Argeles le vendredi 26 septembre à 19H

    Le « groupe jeunes de l’AFPS66 », qui avait fortement contribué sur Perpignan à l’anima- tion des manifestations de juillet et août contre les massacres, a  lancé un « appel pour une marche nationale à Paris ». Cet appel a pour fonction de pousser le gouvernement français au  désinvestissement et aux sanctions. Sans une forte politique de boycott, de désinvestissement et de sanctions, le  droit international restera encore longtemps lettre morte en Palestine.
    Cet appel pour la marche  va dans le même sens que la pétition nationale adressée à François Hollande  Gaza, colonisation, crime de guerre : des sanctions pour en finir avec l’impunité.
     
    Une première initiative le vendredi 26 septembre à 19H dans le département : le départ symbolique de la marche à partir de la plage d’Argeles, près de la stèle aux refugiés de la Retirada.
     
    En effet c’est principalement sur  cette plage que sont venus échoués, après la victoire du franquisme en Espagne, des centaines de milliers de républicains espagnols, femmes, hommes et enfants lors de la Retirada. 450 000 réfugiés furent parqués dans des camps ignobles et inhumains, l’un des plus importants de ces camps étant la plage d’Argeles entourée de barbelés. 
     
    En commençant la marche sur cette plage d’Argeles nous voulons souligner  le lien en deux exils et deux combats libérateurs, ceux de l’Espagne républicaine qui a fortement marqué la mémoire collective du département des PO,  et ceux  du peuple palestinien. Les photos du camps d'Argeles sont très parlantes.

    Nous voulons aussi souligner  une autre proximité entre la Palestine et notre région : notre mer commune, la Méditerranée. En fixant l’horizon de la mer, on sait qu’en face de nous, à quelques milliers de Kilomètres, il y a la souffrance de Gaza et des  Palestiniens.  

     Le 26 septembre 2014 à Argeles, nous organiserons un rassemblement sur la plage près de la stèle aux réfugiés, avec une veillée (drapeaux palestiniens et bougies et lampions aux couleurs de la Palestine.). De la stèle aux réfugiés, nous partirons, avec drapeaux et lampions en Marche pour la Palestine, première étape symbolique d’une mobilisation qui doit nous conduire à Paris le 18 octobre 2014. D’autres initiatives auront lieu dans les P0 avant un rassemblement  central à Perpignan
     
    Le bureau national de l'AFPS a proposé l’organisation d’une mobilisation nationale en deux phases. Il y aurait  deux temps forts coordonnés, le premier autour des 9, 10 et 11 octobre, dans les villes et les régions et le second une semaine plus tard avec un rassemblement à Paris le 18 octobre. La proposition du BN est un point d’appui essentiel pour concrétiser la campagne.  Il propose des consignes à tous les groupes locaux et un calendrier de cadrage de campagne nationale pour le désinvestissement et les sanctions.
     
    La force et la crédibilité du rassemblement national à Paris le 18 octobre dépendra de ce que nous aurons réussi à faire dans toutes les  régions où nous sommes présents, dès les 9, 10 et 11 octobre. Nous devons répondre à une attente qui est réelle parmi bien des jeunes ayant participé aux mobilisations de l’été. Ils ne veulent pas que la mobilisation retombe après l’émotion des massacres, comme ce fut le cas en 2008. Ils veulent continuer à agir pour une solution durable et c’est tout l’intérêt de ce projet de "marche" : prolonger et faire converger  toutes les  mobilisations de juillet et aout sur un seul objectif central à Paris.

    Appel des jeunes de l’AFPS 66 pour un rassemblement des provinces

    et villes de France à Paris !

    Durant ces semaines d’horreur à Gaza, nous nous sommes rassemblés nombreux à Perpignan comme dans toutes les villes de France, pour exprimer notre indignation et notre révolte contre la machine de guerre et de propagande qui écrase la Palestine.

    Quel pays au monde a dû subir autant de pressions, de menaces et d’attaques pour avoir voulu exercer son droit à lutter et à résister contre l’oppression ? 2 200 morts à Gaza. Plus de 6 000 Palestiniens en prison dont 35 députés du parlement. C’est partout  la violence quotidienne de l’occupation israélienne illégale. Cette impunité de l’Etat d’Israël serait impossible  sans la complicité scandaleuse des grandes puissances et t notamment celle du gouvernement français. Nous devons agir pour qu’il cesse de nous faire honte.. c’est pourquoi nous lançons  aujourd’hui cet appel des jeunes pour une marche nationale pour la Palestine jusqu’à Paris
     
    Comme d'autres marches, telle la "Marche des beurs", Marchons pour la Palestine".

    Suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël !

    Embargo sur le commerce des armes avec l’état d’Israël

     La Cour Pénale Internationale devra juger les responsables de crimes de guerre!

     Boycott, Désinvestissement, Sanctions envers l’état d’Israël !

     Stop au blocus de Gaza ! Stop à la colonisation et à l’occupation militaire !

     Application de toutes les résolutions des Nations Unies relatives à la question palestinienne  y compris la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés palestiniens

    Rassemblons sans tarder toutes nos forces et marchons ensemble jusqu’à Paris, unis et déterminés, pour le respect du droit international en Palestine.
     
  • Le 25 octobre, tous à Lannemezan pour la libération de Georges Abdallah!

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    30 ans de prison, 30 ans de résistance !

    Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais âgé de 63 ans, arrêté à Lyon en 1984, a été condamné à la réclusion à perpétuité pour des actions revendiquées par les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL). Il entrera le 24 octobre 2014 dans sa 31ème année de détention.

    En 1978, il résista à l'invasion du Liban par Israël, il combattit aux côtés du Front Populaire de Libération de la Palestine.

    Il est libérable depuis 1999. Son maintien en captivité est un choix politique de l’État français, appuyé par Israël et les États-Unis. A ce sujet, la DST (Direction de la Surveillance du Territoire, actuelle DGSI) a déclaré en 2007: « Personnalité emblématique de la lutte anti-sioniste, la libération de Georges Abdallah constituerait sans nul doute, au Liban, un événement. Il sera probablement fêté comme un héros à son retour dans son pays, mais aussi par différentes mouvances engagées dans la lutte révolutionnaire ».

    En Avril 2013, sa huitième demande de libération conditionnelle est rejetée après de nombreuses manœuvres politico-judiciaires démontrant une fois de plus cette volonté de ne pas le libérer. Militant anti-impérialiste et pro-palestinien implacable, cet acharnement réprime son refus de renier ses opinions.

    En Mars 2014, Georges Ibrahim Abdallah dépose une nouvelle demande de libération conditionnelle. Après des mois de mobilisation en soutien au peuple Palestinien, la lutte doit continuer et s’amplifier pour la libération de Georges Abdallah, haut symbole de ce combat.

    Le combat pour sa libération rejoint aussi celui pour la libération de tous les prisonniers palestiniens, combat auquel Georges Abdallah prend part régulièrement.

    Soyons sûrs que seule une forte mobilisation populaire fera sortir Georges Abdallah de prison. Le samedi 25 octobre 2014 à 14h nous appelons à une manifestation unitaire de la gare à la prison de Lannemezan où il est enfermé.

    Pour reprendre ses mots « Ensemble, camarades, nous vaincrons et ce n'est qu'ensemble que nous vaincrons ».

    Premiers signataires :

    AFPS (Pau), Alternative Libertaire 31, CCIPPP, Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (Paris), Collectif Gers-Palestine, Collectif Libérons Georges 33, Collectif Palestine Libre, Coup Pour Coup 31, Commission Egalité des Droits de Ensemble !, ISM-France, Libertat Béarn, Montpellier Rouge, NPA 31, OCML Voie Prolétarienne, Secours Rouge-Belgique, Secours Rouge International, Stop Apartheid-Toulouse,

    Pour signer la déclaration, envoyer un mail à couppourcoup31@gmail.com

  • Position sur les bombardement de la coalition internationale dirigée par les USA (Lcr.be)

    Courant de la Gauche Révolutionnaire en Syrie

    Les avions américains ont aujourd’hui bombardé des positions de Daech (aussi connu sous le nom de l’Etat Islamique), Jabhat al Nusra ( la branche d’Al Qaeda en Syrie) et Ahrar Sham. Ces bombardements ont eu lieu, selon certaines sources, avec la participation des régimes réactionnaires arabes alliés des Etats Unis, qui mènent la contre révolution au niveau régional

    Nous rejetons ces bombardements, malgré le fait que nous avons appelé depuis le début de l’avènement des groupes réactionnaires (Daech, Jabhat al Nusra et autres) à s’y opposer car ils sont hostiles à la révolution populaire. Nous avons pris cette position ferme, à la différence des diverses parties de l’opposition libérales liées à la Conseil national syrien et à la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution qui considèrent ces groupes réactionnaires en toute sottise et immoralité comme des composantes de la révolution

    Nous nous opposons donc et condamnons ces bombardements et cette intervention militaire impérialiste en Syrie and nous appelons à y faire face, à la différence des diverses parties de l’opposition libérales liées à la Conseil national syrien et à la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution qui ont salué ces bombardements

    La raison pour laquelle nous nous opposons à cette intervention impérialiste est parce que les objectifs ne sont pas de soutenir le peuple syrien dans leur révolution, mais de restaurer une domination impérialiste des pays de la région après que les révoltes populaires, toujours en cours, ont ébranlé cette domination

    Daech et les forces jihadistes sont le résultat des interventions militaires impérialistes et de la brutalité et de la corruption des régimes despotiques

    Face à la multiplication des ennemis agissant contre la révolution du peuple syrien, nous pensons que seul les masses organisées et conscientes dirigées par une véritable direction révolutionnaire sont capables de vaincre les forces réactionnaires hostiles à la révolution, de vaincre le régime autoritaire, et de vaincre l’intervention impérialiste

    Non à Washington et ses alliés

    Non à Moscou et ses alliés

    Non à Daech et aux forces contre révolutionnaires, non au régime autoritaire

    Vive l’unité et la lute des travailleurs et des opprimés partout à travers le monde

    Tout le pouvoir et richesse au peuple

    Le Courant de la Gauche Révolutionnaire en Syrie

    septembre 23 2014

    Non aux frappes aériennes des USA sur la Syrie et l’Irak!
    Soutien total aux mouvements populaires en Syrie et en Irak! !

    Une déclaration des Bases de soutien à la révolution syrienne

    Alors qu’une fois de plus les USA font battre les tambours pour leur «guerre contre le terrorisme», nous affirmons notre opposition à des frappes aériennes des USA/de la coalition sur la Syrie et l’Irak. Une telle intervention impérialiste ne fera que renforcer le régime d’occupation sectaire en Irak et le régime génocidaire d’Al-Assad en Syrie. Elle ouvrira en outre la voie à l’expansion des intérêts économiques et stratégiques des États-Unis dans la région (c’est-à-dire exploiter les ressources et soutenir l’État sioniste).

    La démarche d’Obama vers les frappes aériennes vient après l’assassinat de journalistes états-uniens et la persécution de minorités (chrétiennes et yézidie) par l’État islamique. Ces actes mettent en évidence la barbarie des fascistes de Daesh, mais nous questionnons pourquoi Obama n’a pas été aussi ému par la mort des innombrables musulman.e.s qui ont été les premières victimes de l’État islamique ou la mort du journaliste musulman syrien Bassam Raeis qui a été exécuté par Daesh le mois d’août sans aucune indignation mondiale. Le régime d’Al-Assad demeure la plus grande menace terroriste, ayant tué des milliers de personnes par ses bombardements quotidiens de barils explosifs sur des quartiers civils, ses massacres chimiques, le sièges menant à la famine, ainsi que par la torture. Ce « deux poids,deux mesures » montrent que les motifs humanitaires ne guident pas l’intervention des USA ou la préoccupation internationale.

    Les frappes aériennes ne peuvent pas vaincre Daesh car celui-ci est disséminé à travers des zones civiles. Elles entraîneraient un lourd dommage collatéral. Seules les bottes sur le terrain (que les USA n’ont pas offert et qui ont été rejetées par l’ASL) peuvent vaincre l’État islamique. Les rebelles syriens, y compris les combattant.e.s kurdes, sont ceux qui ont lutté contre Daesh pendant l’année écoulée, qui connaissent la géographie locale, le terrain et la population, et sont les mieux placés pour frapper vraiment durement l’Etat islamique. Mais pour ce faire, ils doivent être fournis avec les armes dont ils ont besoin.

    Attaquer ISIS sans renverser le tyran Bachar Al-Assad ne fera que conduire à exacerber les divisions sectaires dans la région. Assad est directement et indirectement responsable de contribuer à la croissance de l’EI, et jusqu’à récemment n’a pas attaqué les positions d’ISIS, se focalisant au lieu de ça sur l’attaque de l’ASL et des civils. Assad supplie maintenant de devenir partenaire dans la coalition US, saisissant la chance d’acquérir une légitimité internationale. Toute action considérée comme une alliance avec Bachar Al-Assad conduira à un retour de bâton et à exacerber les tensions sectaires. Cela correspond bien au «diviser pour régner» de la politique des USA. Nous voyons en Irak les USA s’allier avec le gouvernement criminel qui largue des barils d’explosifs sur les quartiers civils (ayant commis récemment un massacre dans une école de Falloujah) et qui utilise des milices sectaires qui se livrent à des atrocités. Les États-Unis ont également axé leur rhétorique sur l’Etat islamique en ignorant que des éléments populaires (ainsi que les restes du régime baasiste) se soulèvent également contre le gouvernement irakien. L’insistance des États-Unis pour le retrait de Maliki, mais en ne faisant pas de même pour Bachar, montre encore des doubles standards.

    Alors que nous nous opposons aux frappes aériennes des USA/coalition en Syrie et en Irak, nous sommes consternés par la position de sections du mouvement «anti-guerre» et de la gauche “anti-impérialiste” qui se sont ralliés autour d’Etats tyranniques au lieu de soutenir le soulèvement populaire syrien contre et Al-Assad et Daesh, et pour se libérer de la tyrannie. Il convient de souligner que la plus grande intervention étrangère jusqu’à présent en Syrie a été celle de l’État impérialiste de la Russie et de l’Iran qui ont fourni un soutien militaire, soutien économique et politique massifs au régime d’Assad pour qu’il continue à mener des atrocités contre le peuple syrien.

    Les forces populaires de la révolution syrienne ont montré maintes et maintes fois leur volonté et leur capacité à résister dans la bataille – et souvent à vaincre – une force armée réactionnaire, que ce soit le régime ou les “islamistes” réactionnaires. Comment expliquer autrement, après trois ans et demi d’attaques génocidaires, la mobilisation continue et l’auto-organisation pour la survie quotidienne des villes et les quartiers libérés à travers le pays? Nous rejetons les appels de la pseudo-gauche à s’appuyer sur des sauveurs condescendants, qu’ils soient à Washington ou à Moscou, à Damas, Téhéran ou Riyad. La fermeté de la révolution syrienne provient de la révolution de toute la région dont elle est partie intégrante – une révolution qui sur la plupart des fronts est maintenant en retrait, mais dont une nouvelle avancée dépend en grande partie du soutien, politique et matériel, à la révolution populaire syrienne.

    Bases de Soutien à la Révolution Syrienne

    24 septembre 2014 par

  • Egypte. Reprise progressive des luttes ouvrières, leur signification (1)

    Les accidents de travail, les usines arrêtées pour pièces manquantes, avec des ouvriers sans salaire… suscitent des luttes depuis fin août 2014, face à des syndicats officiels ne répondant pas aux revendications et demandes d’information de divers comités de travailleurs Par Jacques Chastaing

    La situation socio-politique en Egypte, pour des raisons effectives, est couverte par les médias essentiellement sous l’angle: soit du rôle de l’ex-maréchal président Al-Sissi dans les négociations indirectes entre Israël et la délégation plurielle palestinienne, soit à propos du vaste projet de deuxième canal de Suez censé rétablir la santé de l’économie (outre son effet de captation de l’épargne), soit de la sévère répression mise en œuvre par le régime du président Sissi. Jacques Chastaing, dans l’article ci-dessous, le souligne. Mais son objectif consiste à observer la situation sous un angle ignoré par la presse et, y compris, par des analystes dits spécialisés: la lente relance des mouvements sociaux, des luttes des salarié·e·s, des couches paupérisées, qui s’opère dans cette société soumise à des chocs socio-économiques brutaux et où la «mémoire» de 2011 n’a pas été effacée dans ses profondeurs.

    Dans la foulée, étant donné la faiblesse d’une «gauche sociale de combat», Jacques Chastaing s’interroge sur la place que pourraient chercher à occuper, dans le futur, les Frères musulmans. Par ailleurs, il peut être utile de rappeler que dans le contexte régional de «guerre contre l’Etat islamique» (EI) – et après des pressions plus anciennes du Conseil de coopération du Golfe (CGC) qui considère les Frères comme un danger – le Qatar s’est vu prier de ne plus accorder un exil trop complaisant à des dirigeants des Frères musulmans qui avaient trouvé un accueil dans l’émirat, après la chute de Morsi en juillet 2013. En termes explicites, comme le rapporte depuis Londres Ibrahim Mounir: «Les autorités qataries nous ont dit que les circonstances ne permettaient pas la présence de tous les membres de la confrérie sur le sol qatari.» Il ajoute néanmoins: «Ce départ ne signifie pas une rupture des relations entre le Qatar et les Frères.» D’ailleurs différents dirigeants moins médiatisés que les sept qui ont quitté Doha restent à Doha.

    Quant au Caire, le message passé au gouvernement des Etats-Unis (John Kerry) à ce propos est clair: «il est bien de vouloir “éradiquer” les forces de EI, mais les Frères musulmans sont aussi une organisation terroriste pour nous». Or, le Qatar les finance. Un communiqué de la présidence égyptienne souligne: «La coalition contre le terrorisme doit frapper tout genre de terrorisme et pas seulement l’Etat islamique.» Un spécialiste égyptien des mouvements dits islamistes, Sameh Eid, dessine la perspective suivante: «Doha veut ménager les Etats-Unis et apaiser ses relations tendues avec les autres pays du Golfe, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il a cessé de soutenir les Frères musulmans. Il est probable cependant que les Frères perdent leur tribune médiatique qu’est Al-Jazeera. La confrérie n’a d’autres choix que de chercher un compromis avec le pouvoir en Egypte. Mais elle doit d’abord trouver un moyen de convaincre ses bases populaires et cela nécessitera beaucoup de temps.» (Al Ahram, 17 septembre 2014). Dans un entretien avec la chaîne de TV états-unienne CBS, Abdel Fattah al-Sissi a déclaré qu’il était favorable «à la liberté d’expression» (sic), mais que les Frères devaient «cesser de mettre des bombes dans les rues, dans les trains et les centrales électriques» (Egypt Independent, 24 septembre 2014). Il est vrai que les accidents de train et les coupures d’électricité à répétition – peu liées à des explosions – suscitent un mécontentement populaire. Quant au ministre de la Justice, Saber Mafhouz, il a fait savoir – par l’intermédiaire de son porte-parole Hossam al-Qawwesh – qu’il n’avait aucunement l’intention de modifier ou d’abroger la loi de 2013 interdisant les manifestations. (Cairo Post, 18 septembre 2014 et Al Masry Al-Youm, 19 septembre 2014).

    Pour ce qui est de la répression du régime Sissi, Amnesty International, dans un communiqué du 19 septembre 2014, déclarait: «Les autorités égyptiennes mettent en danger la vie d’un militant incarcéré, dont la santé s’est gravement détériorée après plus de 230 jours de grève de la faim: elles refusent de lui prodiguer des soins médicaux et le maintiennent en détention à l’isolement. Mohamed Soltan, de nationalité égyptienne et américaine, compte parmi 86 militants incarcérés qui observent une grève de la faim dans les prisons et les postes de police à travers l’Egypte, pour protester contre leurs conditions de détention épouvantables, ou dans certains cas, leur détention provisoire prolongée et leurs procès iniques. Ils protestent également contre la loi répressive relative aux manifestations, beaucoup étant accusés de l’avoir enfreinte. […] Mohamed Soltan a été arrêté en août 2013 durant la répression contre les partisans pro-Morsi place Rabaa al Adawiya. Il travaillait avec un comité des médias qui dénonçait les violations des droits humains commises par les forces de sécurité contre les partisans du président déchu Mohamed Morsi. Mohamed Soltan est accusé d’avoir “financé le rassemblement de Rabaa al Adawiya” et “propagé de fausses informations”.»

    Amnesty conclut son communiqué ainsi: «Parmi les autres détenus de renom en grève de la faim figurent le blogueur Ahmed Douma, qui purge une peine de trois ans pour avoir contesté la loi draconienne relative aux manifestations, et Sanaa Seif, militante bien connue en grève de la faim depuis le 28 août 2014. Son père, l’infatigable avocat défenseur des droits humains Ahmed Seif al-Islam, est décédé au mois d’août. Elle a cessé de s’alimenter pour protester contre le refus des autorités de lui permettre de passer du temps auprès de son père pour ses derniers instants. De l’autre côté des murs de la prison, au moins 54 militants et défenseurs des droits humains ont entamé une grève de la faim, par solidarité avec les personnes détenues, notamment la sœur de Sanaa, Mona Seif, et également Aida Seif El Dawla, directrice exécutive du Centre Nadeem pour la réadaptation des victimes de violences.»

    Le nombre des grévistes de la faim, hors des murs, manifestant contre le régime d’oppression a dépassé les 300,  malgré la libération d’une figure médiatique de la lutte contre Moubarak et de la révolution: le blogueur Alaa Abdel Fattah. Il est courant de passer des mois en prison avant d’être jugé. En quelque sorte la détention préventive, sans limites, remplace l’état d’urgence, selon d’ailleurs les vœux  exprimés par Adly Mansour – président de la Haute Cour constitutionnelle et président de la République du 4 juillet 2013 au 8 juin 2014 – deux mois après la chute de Morsi (Egypt Indpendent, 21 septembre 2014).

    Enfin, un logiciel espion qui permet de détecter 30 secondes après sa publication sur un réseau social ou une messagerie instantanée n’importe quel message jugé «contraire aux lois et à l’ordre public» a été acquis, selon BuzzFeed, qui cite des sources internes au gouvernement du maréchal Al-Sissi, via une filiale égyptienne de l’entreprise américaine Blue Coat (Egypt Independent, 20 septembre 2014). Il est vrai que les réseaux sociaux ont joué et joue un rôle. Mais beaucoup de reportages, à la mode, ont systématiquement sous-estimé, avant 2011 et après, le rôle des structures organisées du mouvement social et des structures syndicales indépendantes. Des cibles que le régime a en point de mire, plus réaliste, sur ce point, que des journalistes spectateurs, à l’époque, de la seule Place Tahrir. (Rédaction A l’Encontre, 24 septembre 2014)

    http://alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-reprise-progressive-des-luttes-ouvrieres-leur-signification.html

  • Egypte. Reprise progressive des luttes ouvrières, leur signification (2)

    Depuis début d’août, après le mois de ramadan, les grèves ont repris lentement mais sûrement en Egypte. A cette occasion, il est primordial de souligner combien les luttes des ouvriers et exploités égyptiens ont été quasi permanentes depuis plus de trois ans en atteignant parfois des niveaux de mobilisation rarement vus dans l’histoire et jouant un rôle politique central dans la vie politique du pays… Et il est important, en leur donnant leur juste place, de dire aussi combien elles ont été occultées.

    Depuis août, des protestations sociales qui montent lentement mais sûrement

    Pour le mois d’août, malgré la chaleur de l’été, une ONG relevait 253 mouvements, grèves ou manifestations, hors les manifestations organisées par les Frères musulmans.

    Sur 121 grèves recensées, 35 d’entre elles concernaient le secteur ouvrier privé, 26 les employés de l’Etat, 9 le secteur social, 9 les transports, 8 les vendeurs de rue, 7 les enseignants et 7 les journalistes. 43 d’entre elles touchaient aux salaires, 10 l’emploi, 8 la flexibilité, 8 les conditions de travail , 6 l’embauche de précaires, 4 les horaires, et 4 des licenciements. Parmi les manifestations, on en recensait 34 contre les coupures d’électricité, 10 contre la hausse des prix, 5 contre le manque de logements, 3 pour l’accès à l’eau potable et 3 contre le manque d’assainissement.

    Parmi les grèves pour les salaires, on peut noter fin août, celles des salariés de l’entreprise Samanoud à Gharbiya, de Céramica à Six Octobre [capitale du gouvernorat du 6 octobre par référence à la guerre du Kippour du 6 octobre 1973], de la Compagnie de Métaux de Helwan, du Holding des Industries Métallurgiques de Nasr City, des 6 usines de Misr-Iran Textile, de la Nahr al-Khaled Garments Company à Port-Saïd. A ces grèves il faut ajouter une manifestation des travailleurs de la Tanta Flex and Oil Company pour le redémarrage de leur entreprise; une manifestation des petits commerçants de Port-Saïd contre les taxes; les manifestations des petits vendeurs de rue (ils sont 5 millions) contre leur expulsion des centres-villes et celles des supporters Ultra, notamment des Chevaliers Blancs de Zamalek [club omnisports basé au Caire, depuis 1911], contre la menace de leur dissolution. Mais surtout, il faut relever le succès des travailleurs de 250 fabriques de briques de la région d’Afteeh concernant 40’000 salariés qui, commençant à protester contre le passage de leurs horaires de travail de 13 ou 14 heures à 15 heures journalières, ont obtenu après trois semaines de grève diverses améliorations de leurs conditions de travail et surtout le relèvement de leurs salaires de 7,5 à 10 livres égyptiennes pour mille briques. Comme le signalait la militante syndicaliste Fatma Ramadan, ce résultat est extrêmement important, d’une part parce que les travailleurs des briques sont parmi les plus exploités et les moins organisés, mais aussi parce que plus de 500’000 ouvriers travaillent dans la région dans la fabrique de briques et 1 million en Egypte, et que ce succès partiel pourrait donner l’idée de faire la même chose à bien d’autres parmi eux et même au-delà.

    En septembre, après 100 jours de Sissi président, les grèves et manifestations
    paraissent encore plus nombreuses

    Parmi les grèves qui ont attiré l’attention, il y a celle pour les salaires des journalistes d’Al Ahram – le journal du pouvoir – mais aussi, plus significatif, pour le renvoi de leur direction aux ordres du régime. On peut relever aussi la grève des travailleurs de l’assainissement dans différentes villes du pays; des travailleurs de 24 universités qui en étaient à leur sixième jour de grève le 21 septembre; des travailleurs des transports de Sharqiya et d’autres villes dans l’Est; des conducteurs de bus de Qalubiya; des employés de l’hôpital de Beni Suef; des agents d’hygiène et de sécurité de l’hôpital de Louxor; des employés du Conseil National pour le Handicap; ceux de la Compagnie Badawi pour l’industrie alimentaire; des agriculteurs du centre de l’Egypte en grève de la faim contre la saisie de terres qu’ils avaient depuis le temps de Nasser… Il faut noter aussi que le 10 septembre, 2000 diplômés ont assiégé le siège de la direction de l’éducation à Abbasiya pendant que d’autres manifestaient au Ministère de l’éducation. Mais on constatait aussi des manifestations d’usagers pour plus de trains; de parents d’élèves à Assouan contre le manque de places à l’école et son état lamentable; d’autres dans le quartier populaire du Caire, Imbaba, pour demander des logements; à Héliopolis, quartier plus chic, pour la défense du métro; dans les villages de Kristin pour l’eau potable et Taarrot pour des routes, des écoles, des équipements médicaux, de l’eau potable et un assainissement… Mais c’est surtout la grève et les manifestations des salariés de la Compagnie Textile d’Alexandrie qui ont marqué l’opinion puisque la police a fait feu contre eux, ce qui a suscité plusieurs manifestations de solidarité dans le pays.

    Depuis trois ans et demi, des luttes sociales à caractère politique totalement occultées

    Depuis trois ans et demi, les luttes sociales ont été quasi toutes totalement occultées par les médias et les partis, tout particulièrement en Occident.

    Pourtant, ces mobilisations sociales, du fait de leur dimension, ont eu un rôle central pratiquement continu dans la vie politique du pays depuis début 2011 – et même déjà avant. Les chutes de Moubarak en 2011, l’échec du coup d’Etat du CSFA (Conseil supérieur des Forces armées) en 2012, la chute de Morsi en juillet 2013 et celle encore du gouvernement d’Hazam el-Beblawi (9 juillet 2013-1er mars 2014) sous l’autorité de Sissi sont dues ou liées à ces mobilisations populaires souvent massives.

    Enfin, si ces luttes avaient des objectifs sociaux et économiques criants au vu de l’extrême misère qui touche le pays, elles avaient également un aspect politique évident qui se manifestait le plus souvent dans les grèves par la revendication très fréquente de «dégager» – après Moubarak lui-même – tous les petits Moubarak, tous les responsables à tous les niveaux de l’appareil d’Etat ou de l’économie.

    Cependant, ce large mouvement n’a pas su trouver jusqu’à présent d’expression politique propre. Ce qui pèse considérablement sur la coordination de ces luttes à l’échelle nationale et l’émergence d’une conscience ouvrière révolutionnaire indépendante.

    On comprendra facilement que l’occultation du rôle nodal de ces mobilisations ouvrières a l’objectif d’empêcher toute cristallisation de cette conscience politique ouvrière. A commencer en Egypte bien sûr, mais aussi à l’échelle arabe et mondiale où il pourrait apparaître comme une alternative aux tentatives de mobilisation des esprits contre le terrorisme islamiste, voire même une perspective ou un encouragement, quand le monde ouvrier, attaqué de toutes parts, cherche à retrouver confiance en lui et sa force.

    A l’heure où on essaie de nous convaincre qu’après l’hiver islamiste on assiste à un hiver militaire et à une situation qui serait uniquement polarisée par l’affrontement entre l’armée et les Frères musulmans, il est important de chercher à éclairer la situation d’un point de vue ouvrier, d’en bas, même avec le peu de moyens d’information dont on dispose.

    C’est la base minimale pour se faire un point de vue indépendant et, par là, le point de départ indispensable pour se donner la capacité de construire une politique indépendante.

    Sur donc plus de trois ans et demi de révolution, la mobilisation des travailleurs n’a quasi jamais cessé, sinon pour de courtes phases n’excédant guère un ou deux mois. Il n’y a eu qu’une exception, c’est la période qui va de début juillet 2013 à la fin de janvier 2014, où durant sept mois, les grèves et manifestations ouvrières ont été à un niveau très bas. Mais elles ont repris en masse en février, mars et avril 2014 pour le salaire minimum, faisant même tomber le gouvernement. Elles se sont à nouveau interrompues deux mois avec les élections présidentielles de fin mai et les promesses de Sissi de satisfaire les revendications populaires une fois élu.

    Mais après le mois de juin post-électoral suivi du mois de ramadan en juillet peu propice aux conflits, les luttes ont à nouveau repris en août, assez fortement à la fin du mois puis ont continué à un niveau passablement appréciable en ce début septembre. Les grèves actuelles n’ont pas pris le caractère d’une vague croissante suffisante pour changer la situation; on n’en est pas là. Mais il y a un rythme des luttes suffisamment important – avec quelques succès marquants – pour qu’elles se fassent toujours craindre et montrer que la révolution n’est pas finie malgré la désertion de l’opposition et la répression du régime.

     

    Personne ne peut bien sûr prévoir l’avenir. D’autant plus qu’il est difficile de savoir précisément quel est l’état d’esprit des travailleurs en lutte, leurs aspirations et leur conscience après trois ans de révolution. Ce qui est déterminant.

    Par contre, on peut percevoir plusieurs choses dans les luttes actuelles.

    Des luttes et grèves qui continuent malgré
    de multiples obstacles

    Cette reprise des luttes révèle d’abord que ce qui a été atypique sur les trois ans et demi passés, c’est la période de sept mois de juillet 2013 à janvier 2014, seule phase au cours de laquelle la polarisation de la situation entre les Frères musulmans et l’armée a été au centre de la scène politique mettant à l’arrière-plan les oppositions de classe.

    Ensuite, ces luttes ont lieu malgré une période de répression terrible, peut-être plus dure que sous Moubarak. Des centaines de salariés, dont bien des syndicalistes, sont arrêtés arbitrairement, momentanément ou durablement, pendant que des milliers d’autres sont licenciés pour fait de grève ou tentative d’organisation d’un syndicat.

    Plus généralement, l’Egypte est au deuxième rang mondial pour les peines de mort et au troisième pour le nombre de journalistes arrêtés. Près de 41’163 personnes ont été arrêtées en un an et la loi interdit de fait toute manifestation ou grève. Outre les Frères musulmans, les militants révolutionnaires sont particulièrement visés par la répression, mais aussi les ONG, les athées, les homosexuels, les journalistes indépendants, des artistes et rappeurs révolutionnaires, les supporters Ultras, les blogueurs contestataires… En ce mois de septembre, 295 personnes sont en grève de la faim, prisonniers politiques, mais aussi à l’extérieur des prisons, journalistes, militants de différents partis, supporters Ultras de football… pour exiger la libération des prisonniers et l’abrogation de la loi qui interdit manifestations et grèves.

    Ensuite encore, ces luttes ont lieu malgré une démagogie permanente du pouvoir militaire appelant à l’union patriotique pour sauver l’économie égyptienne et lutter contre le terrorisme qui frappe une partie du pays. La propagande est incessante et omniprésente dans la plupart des médias qui sont complices du régime, essayant de faire passer ces travailleurs en grève pour des ennemis de l’Egypte et des complices des terroristes islamistes.

    Enfin, et pas le moindre, ces luttes ont lieu malgré la défection des dirigeants ouvriers ou de gauche ainsi que de la plupart des démocrates révolutionnaires. En effet les dirigeants des confédérations syndicales, d’Etat mais aussi des nouvelles confédérations indépendantes, se sont tous prononcés pour l’arrêt ou la suspension des grèves en se rangeant derrière la démagogie antiterroriste de Sissi; et les dirigeants syndicaux et politiques de la gauche comme des principaux partis de l’opposition laïque et libérale ou démocrate ont appelé Sissi au pouvoir par peur de la révolution montante fin juin 2013 et ont ensuite soutenu le régime pour leur majeure partie, voire même, ont été membres de son gouvernement et acteurs ou complices de sa répression.

    Des luttes et grèves qui tiennent en respect le régime militaire

    Ce n’est donc que pendant «l’anomalie» de ces sept mois de juillet 2013 à février 2014 que la menace constante d’une «révolution de la faim», qui est au fond des préoccupations de tous et des craintes des classes possédantes, s’est estompée. Mais à peine, parce que Sissi, pour obtenir une relative paix sociale a dû multiplier les promesses et les concessions à la révolution au moins verbales mais parfois réelles, même si elles sont secondaires – ce qui, de ce point de vue, est différent de l’ère Moubarak.

    Après l’augmentation du salaire minimum pour 4,7 millions de fonctionnaires en janvier et la promesse au printemps de l’étendre à d’autres catégories, il a mis en place un salaire maximum pour les plus riches fin juin à grand renfort de publicité même si les mesures d’applications l’ont vidé de tout contenu sérieux. Et puis il y a eu les promesses de construire des centaines de milliers de logements, des canaux d’irrigation, des stades… dont la réalisation hypothétique a été confiée aux services techniques de l’armée… histoire, pour ce qui sera fait, de remplir les poches de quelques généraux. Début juillet ce sont des cartes d’approvisionnement qui permettent à des millions de pauvres de s’approvisionner dans 25’000 épiceries en produits de première nécessité subventionnés et moins chers. Et puis, un peu plus sérieux, il y a également l’amélioration des pensions les plus basses, l’arrêt des poursuites bancaires contre les paysans défaillants, l’élargissement de la couverture maladie pour les agriculteurs, la création d’un fonds de solidarité pour les catastrophes agricoles et surtout la promesse le 8 septembre, juste avant la rentrée scolaire, de la création de 30’000 postes d’enseignants et de l’ouverture de 60000 diplômes d’enseignants du technique pour les besoins des Etats du Golfe.

    Et lorsque Sissi a osé pour la première fois s’attaquer directement aux classes populaires en baissant les subventions aux produits pétroliers, il l’a fait prudemment juste au début du ramadan, ce qui n’a pas empêché une grève immédiate des taxis individuels et collectifs… qui ont encore manifesté, associés à d’autres secteurs des transports, à 9 reprises en août. Ce qui pour le moment a dissuadé Sissi d’aller plus loin.

    Lorsqu’il a essayé, en maréchal droit dans ses bottes, de tenir sa promesse «d’ordre et de sécurité , il s’est attelé à nettoyer les rues des villes de la nuée des 5 millions de petits marchands ambulants dont le nombre a grossi aussi vite que l’autorité de la police diminuait et que le chômage augmentait (officiellement, de 8,9% en 2010 à 13, 4% en 2013). Mais ce faisant, il n’a fait que perdre un peu plus l’appui de cette couche misérable de la population, son principal soutien, affichant largement, par conviction (ou obligation), le portrait du maréchal sur ses étals. Aujourd’hui, la moitié des marchands ambulants sont syndiqués et ils sont plus d’un à oser dire dorénavant qu’ils continueront à occuper les rues jusqu’à la chute du maréchal. On notait en ce mois d’août 8 manifestations des petits vendeurs de rue.

    Par ailleurs, le 22 août, une grève des forces de sécurité d’Ismaïlia, où les conscrits se sont affrontés aux officiers les accusant de les traiter en esclaves, illustrait que le mois d’août avait connu 5 autres conflits de ce type au sein des forces de police ou de justice et rappelait que les forces de répression, en partie des appelés, peuvent être sensibles aux pressions populaires .

    Enfin, lorsque le pouvoir décide de reculer la rentrée universitaire d’un mois au 11 octobre, en essayant de multiplier à la va vite les mesures visant à interdire les groupes politiques à l’université ou les mouvements de protestation dans les cités universitaires, installer des caméras et des portiques électroniques, augmenter les droits d’entrée, cela apparaît non seulement dérisoire parce que tout le monde sait que ces mesures ne seront pas appliquées mais aussi la preuve d’une certaine impuissance envers la contestation étudiante qui se manifestait encore vivement en juillet. C’est peut-être aussi pour cela qu’en signe d’apaisement, à la veille de cette rentrée universitaire, le pouvoir a décidé de libérer quelques militants révolutionnaires comme Mahienour El-Massry ou Alaa Abd El Fattah et qu’en même temps, juste au moment de la rentrée scolaire du premier cycle, le 21 septembre, de violents attentats marquaient l’actualité du pays, permettant à un ministre de déclarer: «Nous sommes en guerre. Et en guerre il ne peut y avoir d’opposition.»

    Comme le disait un membre du «Mouvement du 6 avril»: les grèves sont interdites et elles ont lieu, nous sommes dissous, mais nous organisons des conférences de presse publiques. Nous n’avons pas le droit d’exister mais nous organisons des manifestations début septembre contre la hausse des prix du pétrole, des transports et les coupures de courants.

    La répression est d’autant plus violente que le pouvoir a beau multiplier les décisions, il a du mal à faire appliquer ce qu’il décide, à commencer par l’interdiction de faire grève et manifester.

    Il n’est pas le premier à rencontrer cette difficulté. Une des premières mesures que tous les gouvernements après Moubarak, CSFA ou Morsi, ont tenté de mettre en place aussitôt arrivés au pouvoir, a été cette interdiction des grèves et manifestations qu’ils n’ont jamais réussi à rendre effective.

    Une colère sociale d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait changer de dirigeants

    Il est très difficile bien sûr de se faire un avis sur ce qui a changé depuis trois ans dans l’état d’esprit des ouvriers et des militants et sur ce qui est déterminant dans la situation actuelle, y a-t-il naissance d’une conscience politique dans la classe ouvrière?

    Cependant, ce qui a été remarquable dans le mouvement de grève de février et mars, c’est l’émergence à la mi-mars, pour la première fois dans l’histoire de la révolution égyptienne, d’une coordination affichant sa volonté de coordonner nationalement les luttes et les grèves autour d’un programme social commun à tous.

    Les grèves de cette période ont rompu par leur existence la polarisation de la vie politique entre armée et Frères musulmans en remettant la question sociale sur l’avant de la scène. Mais, plus que cela, avec cette coordination, elles ont fait émerger le spectre d’une conscience politique ouvrière.

    C’est le mouvement de grève des médecins (dont la grande majorité en Egypte est pauvre même si une toute petite minorité est excessivement riche), organisé autour d’une Assemblée générale et d’un comité central de grève nationaux, commencé en janvier 2014 pour ensuite entrer en mars dans une grève totale de deux mois, qui a initié cette coordination. Cette coordination s’est ensuite étendue aux autres professions de santé, pharmaciens, dentistes, vétérinaires, secrétaires médicaux, employés du ministère de la santé… mais également aux postiers en grève et à 11 grandes entreprises nationalisées reprivatisées en lutte avec également des représentants de l’aviation civile et des chemins de fer.

    Pour mieux unifier les luttes, cette coordination avait établi un programme commun reprenant l’essentiel des revendications: le salaire minimum pour tous, la renationalisation des entreprises privatisées, la revalorisation du budget de la santé et le limogeage de tous les dirigeants au niveau local ou national.

    Par l’ampleur de son programme social ainsi que son caractère clairement politique, cette coordination s’est tout de suite affrontée publiquement à Sissi… qui a préféré reculer devant elle et a choisi alors de se présenter aux élections présidentielles pour tenter de stopper cette grève qui prenait un tour politique si dangereux.

    Le mouvement s’est arrêté à ce moment. La coordination qui avait été la pointe avancée de la méfiance ou de la conscience populaire à l’encontre des confédérations syndicales qui soutenaient Sissi et qui n’ont jamais tenté d’organiser le mouvement social à l’échelle nationale, n’a guère eu le temps d’intervenir et de peser sur le cours des grèves et la situation générale.

    Toute la question aujourd’hui pour l’avenir de la révolution, alors que les grèves reprennent environ cinq mois après ces événements, est de savoir ce qu’il reste de cette coordination dans les esprits et les projets.

    Les dirigeants politiques et syndicaux de l’opposition ont soutenu Sisssi, expliquant la relative inactivité sociale des 7 mois passés, mais, en même temps, ce sont souvent des militants issus de ces mouvances politiques et syndicales qui animent ou sont à l’origine d’une grande partie des luttes. Or il est sûr que la plupart de ceux qui ont été influencés un moment par leurs dirigeants pour rester inactifs face à Sissi sont revenus des quelques vagues illusions qu’ils ont pu avoir. Les formidables taux d’abstention à son référendum de janvier comme aux élections présidentielles de mai avaient déjà montré que si les Egyptiens ne s’opposaient pas activement à lui, ils ne le soutenaient pas non plus. Et aujourd’hui, il est clair que Sissi ne tient guère de promesses et fait tirer sur les ouvriers.

    Verra-t-on réapparaître cette forme d’organisation comme illustration de cette conscience ?

    Pour le moment, les conflits en cours, ouvriers des briqueteries, travailleurs des universités, journalistes d’Al Ahram, petits vendeurs de rue… semblent toucher les secteurs les plus exploités, les moins organisés ou les moins conscients des salariés. Les noyaux de la contestation sociale des périodes précédentes ne paraissent pas encore en mouvement. Peut-être sont-ils plus freinés par leurs militants plus proches de la gauche. Ou tout simplement, parce que ce sont eux qui ont subi le plus la répression ou encore parce qu’il leur faut souffler un peu et prendre le temps de faire le point après des mobilisations si intenses et dans un tel chaos politique.

    Et à part pour les journalistes d’Al Ahram, il n’apparaît pas vraiment pour le moment qu’en plus des revendications économiques, ils aient la revendication politique de « dégager» leurs dirigeants, comme c’était très fréquent dans la période précédente.

    Cela peut changer rapidement. D’autant plus que les médecins ont organisé une protestation le 31 août en menaçant de reprendre les grèves s’il ne leur était pas plus donné que les miettes qui leur ont été consenties au printemps.

    Mais en attendant, un autre danger que la répression et les vagues illusions en Sissi, guette les ouvriers.

    Les Frères musulmans en embuscade pour tenter de récupérer un mouvement social
    encore sans direction politique

    La politique des Frères musulmans semble en train de changer en ce mois de septembre. Le déficit de direction politique ouvrière à gauche en même temps que la continuation des luttes, mais par des secteurs moins conscients, en est peut-être la cause.

    Jusque-là, les dirigeants de la Confrérie avaient tout fait pour couper leurs membres des pressions populaires qui leur étaient hostiles depuis que Morsi s’était fait l’apôtre d’une politique d’austérité anti-ouvrière provoquant la haine à son encontre. Ils avaient donc centré leurs appels constants à la manifestation, sur la défense de l’islam ou de la légitimité du pouvoir de Morsi. Aujourd’hui, ces deux aspects ont tendance à être remplacés depuis fin août et début septembre par des revendications plus sociales contre les hausses de prix et les coupures de courants. On a même eu un appel le 7 septembre à une grève générale des travailleurs, à une «insurrection des pauvres» et à une «révolution de la faim». On a vu apparaître le 9 septembre un mouvement, «Dank», inconnu, dont les porte-parole se présentent masqués, mais qu’on attribue le plus souvent aux Frères musulmans, qui a appelé partout à manifester pour la justice sociale, contre la hausse des prix, la détérioration des services et pour une révolution des pauvres.

    Cette évolution est peut-être due au rajeunissement des cadres de la Confrérie du fait des arrestations massives parmi ses anciens dirigeants et activistes. On avait déjà vu dans les mois précédents un glissement semblable dans les manifestations des Frères. Les familles et les étudiants des Frères musulmans étaient devenus le centre de leurs mobilisations à la place des anciens activistes en élargissant dès lors leurs revendications soit aux libertés à l’université soit à la libération de tous les prisonniers. L’évolution actuelle peut n’être le fait que d’une partie des Frères mais on voit bien qu’elle est aussi le fait d’une logique sociale.

    Anecdote peut-être significative, le 16 septembre, la presse a raconté l’arrestation à Ismaïlia de 4 jeunes de 19 à 24 ans, qui suivaient des policiers jusqu’à leur maison lorsqu’ils quittaient leur travail pour ensuite mettre le feu à leurs voitures en bas de chez eux. Selon la presse, ces jeunes étaient les membres présumés d’un groupe des Frères musulmans baptisé… «Che Guevara». On ne peut savoir s’il s’agit d’une intoxication de la police et de la presse pour identifier dans l’esprit des gens le mouvement révolutionnaire au terrorisme, mais il faut bien avoir à l’esprit que dans un pays de 87 millions d’habitants (plus 6 millions à l’étranger) avec un taux de croissance de la population de 2,5% par an, il y a chaque année 2 millions de jeunes de plus qui peuvent s’éveiller à la vie politique sans avoir vécu consciemment le passé, ni même connu Morsi au pouvoir.

    Pour le moment, il semble que les Frères musulmans soient encore très loin d’avoir retrouvé la confiance et le soutien de la population. Déjà parce que presque tout le monde a bien à l’esprit la politique anti-ouvrière de Morsi quand il était au gouvernement et la violence des Frères pour s’opposer à la révolution dans les jours qui ont suivi le 30 juin. Et puis, en plus, il y a aujourd’hui un réel terrorisme islamiste en Egypte dérivé de la véritable guerre qui a lieu au Sinaï entre l’armée et des tribus bédouines associées à des djihadistes (dont le mouvement le plus influent vient de rejoindre Daech). Or ce terrorisme est très mal ressenti par les Egyptiens du fait qu’il frappe aveuglément tout le monde et n’importe qui… Et le gouvernement l’attribue aux Frères musulmans. Enfin les grèves actuelles se concentrent dans les régions où il y avait eu le plus de luttes contre Morsi en 2012-2013.

    Cependant, on voit bien dans l’infléchissement politique de la Confrérie qu’elle pourrait bien se positionner pour tenter de récupérer le mouvement social que ses dirigeants syndicaux et politiques nassériens et de gauche ont abandonné ou trahi et qui n’intéresse pas le mouvement démocrate révolutionnaire. Surtout si la relève à gauche tarde à venir.

    Il y a bien sûr de moins en moins de monde aux manifestations plus qu’hebdomadaires des Frères musulmans. Cependant elles n’ont pas cessé malgré la répression violente depuis le coup d’Etat de Sissi du 3 juillet 2013. On en comptait 414 en août. Ce n’est pas rien. Encore qu’il soit difficile de savoir ce qu’il en est exactement car la presse aux ordres survalorise systématiquement ces manifestations pour mieux alimenter la crainte du terrorisme et justifier les atteintes à toutes les libertés.

    Mais il ne serait pas étonnant malgré la réalité d’une répression toujours présente et de la démagogie de l’Etat contre le terrorisme islamiste, que commence, si ce n’est pas déjà fait, un certain jeu avec ces manifestations. D’une part, le pouvoir a besoin de cet ennemi pour justifier la continuation de sa politique antiterroriste. Et d’autre part, il en aura peut-être aussi besoin, comme dans le passé, pour canaliser la contestation sociale si celle-ci se développait alors que la gauche a peut-être épuisé une partie de son influence et pourrait être dépassée par de nouveaux dirigeants plus radicaux.

    Les Frères musulmans pourraient alors négocier avec le pouvoir leur capacité à détourner cette colère sociale. Et si cela ne se fait pas déjà en sous-main avec le pouvoir, ce qui pourrait expliquer en partie l’ajournement indéfini des législatives, c’est en tout cas dans leur esprit.

    On voit les enjeux de l’éveil rapide d’une nouvelle génération politique ouvrière et révolutionnaire à gauche. Il y a une course de vitesse.

    C’est pourquoi, même de loin, ce que nous disons peut jouer un rôle, même minime, dans cet éveil. Affirmer sa solidarité, maintenir le drapeau d’un programme socialiste révolutionnaire internationaliste est bien sûr nécessaire. Mais on peut aussi plus concrètement affirmer que toute politique révolutionnaire indépendante ne peut avoir comme point de départ que l’expression de ce que pensent et ressentent les exploités, en commençant ne serait-ce, pour notre part, que décrire ce mouvement ouvrier, ses aspirations, ses besoins et sa conscience, en le faisant même pour ici. (21 septembre 2014)

    Publié par Alencontre le 24 - septembre - 2014

    Par Jacques Chastaing

    http://alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-reprise-progressive-des-luttes-ouvrieres-leur-signification.html

  • Irak, Syrie: quand les pompiers pyromanes s’en vont en guerre (NPA)

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    À l’heure où l’avancée de l’État Islamique(EI)/Daesh soulève chaque jour un peu plus l’horreur, il faut le redire  : les atrocités qui se multiplient au Moyen-Orient ne sont pas des tragédies s’inscrivant contre la «  bonne volonté  » de grandes puissances comme les USA et la France. Elles sont en très grande part un produit de leur interventionnisme constant, de leur concurrence entre elles, de leur soutien aux dictatures et au colonialisme, au nom de la maximisation de leurs intérêts à court terme.

     

    Ainsi, la solennelle «  déclaration de guerre aux djihadistes de l’État islamique  » de Hollande n’est qu’un enfumage de plus pour tenter de redresser une crédibilité personnelle en perdition. Mais au-delà d’une opération de communication, il y a de vrais intérêts économiques et stratégiques derrière, et il y a lieu de s’inquiéter de cette nouvelle aventure guerrière, après celle du Mali, dont le versant intérieur est une panoplie de mesures liberticides – la quinzième en vingt-cinq ans  !

    Les mains sales

    Innocent de la situation actuelle, l’État français  ? Il a exercé un mandat sur le Liban et la Syrie jusqu’à l’après Seconde Guerre mondiale, confessionnalisant les questions politiques pour mieux les contrôler. Il a constamment soutenu l’État d’Israël dans sa logique coloniale contre le peuple palestinien, jusqu’à la guerre d’écrasement de Gaza menée cet été par le gouvernement israélien d’extrême droite, sans aucune remise en cause des accords privilégiés dont celui-ci bénéficie avec les «  démocraties occidentales  » et qui le maintiennent sous perfusion.

    La France a aussi longtemps soutenu la dictature de Saddam Hussein en Irak, et avec les USA l’ont encouragé à attaquer l’Iran pour une guerre qui a fait un million de morts entre 1981 et 1988, avant de se retourner contre Saddam Hussein lorsque celui-ci est devenu trop aventuriste en 1991. La seule infamie que la France ait évitée, c’est la sale guerre sous leadership étatsunien en 2001, très largement responsable du chaos actuel en Irak.

    La révolution et la démocratie abandonnées

    Parlons aussi du rôle des gouvernements français, de droite comme de gauche, dans les politiques néolibérales mondiales qui portent la croissance insupportable des inégalités  : leur coopération avec les monarchies pétrolières intégristes du Golfe, les énormes contrats, de l’armement au BTP, les prises de participation dans le capitalisme français. Cela, alors qu’il est de notoriété publique que ces royaumes impulsent toutes les formes du djihadisme  !

    En Syrie, depuis le soulèvement de 2011, Bachar Al-Assad mène une guerre totale contre son peuple, avec l’aide décisive de la Russie de Poutine et de l’Iran des Mollahs. Les gouvernements français successifs ont condamné verbalement la dictature, mais les forces démocratiques et non confessionnelles de la révolution ont été abandonnées, ce qui a permis la montée en puissance des intégristes religieux.

    Et ce sont ces répressions et ces injustices, plus la stigmatisation des immigréEs en Europe elle-même, qui poussent des fractions des populations exaspérées dans les bras des aventuriers criminels et ambitieux qui organisent l’EI et les autres structures de ce genre.

    Avec les peuples, contre la guerre  !

    C’est donc une association de pompiers pyromanes qui s’est réunie le 14 septembre à Paris autour d’Obama et Hollande pour former une coalition militaire et financière contre l’EI. Mais ce n’est pas une nouvelle guerre impérialiste qui permettra aux peuples de cette région dévastée d’obtenir la justice et la liberté.

    Nous revendiquons le retrait de toutes les troupes françaises de la région, en particulier des 900 soldats et des avions qui sont sur place. Notre solidarité concrète doit aller à toutes les forces démocratiques en Syrie et en Irak, ainsi qu’aux Kurdes et aux populations, aux travailleurEs, qui résistent à cette terreur. Au moment où en Syrie, les populations sont massacrées et prises entre deux feux autour de Kobané, d’Alep et de Damas, ce sont les forces locales qui se battent contre l’EI, le sectarisme confessionnel et les régimes en place, qu’il faudrait fournir en armes. Mais il n’en est évidemment pas question pour la coalition, comme en témoigne le maintien par les États-Unis et l’Union européenne de l’inscription du Parti des travailleurs du Kurdistan sur leurs listes d’organisations «  terroristes  », alors même que les combattantEs du PKK et du PYD (son équivalent en Syrie) sont au premier rang pour tenter d’empêcher la progression des troupes de l’EI. Cette mesure doit être immédiatement levée.

    Et plutôt que d’engager une nouvelle intervention impérialiste, l’Union européenne et la France devraient secourir les deux millions de personnes qui fuient les massacres et cherchent asile et protection, sur place et en leur ouvrant nos frontières.

    Jacques Babel

    * Hebdo L’Anticapitaliste - 257 (25/09/2014).


    Conférence de Paris : les « pompiers pyromanes » engagés dans la troisième guerre d’Irak !

    François Hollande et Laurent Fabius se sont félicités de rassembler 27 pays à Paris dans la « Conférence pour l’Irak » pour affirmer, mandatés par Obama, leur lutte contre le terrorisme et plus particulièrement contre Da’ech – l’Etat Islamique (EI) qui s’est imposé comme force militaire contrôlant un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Ce califat autoproclamé multiplie les atrocités qui provoquent à juste titre l’horreur. Cependant on ne peut oublier dans cette situation la responsabilité totale des puissances mondiales ou régionales qui prétendent maintenant s’y opposer.

    La puissance états-unienne, en premier lieu, a dirigé les coalitions militaires en Irak en 1991 et 2003, pour imposer une occupation militaire. Par la division, la population irakienne a été privée de la maîtrise de ses luttes et de son destin, et la violence aveugle de la guerre et la torture généralisée ont été légitimées. Avec leurs alliés britanniques, français et autres puissances européennes, les Etats-Unis ont discrédité dans toute la région les principes de démocratie et de souveraineté nationale en défendant la politique ultra sioniste de l’Etat d’Israël. La Russie de Poutine, en écrasant la Tchétchénie depuis 20 ans, et en assistant depuis 3 ans le régime syrien dans tous ses crimes, a, comme l’Iran, poussé dans les bras des différents courants djihadistes de nombreux résistants. Quant aux monarchies du Golfe, elles ont financé largement les organisations les plus obscurantistes, à leur image.

    La responsabilité des régimes en place est écrasante : celle du régime de Bachar Al-Assad en Syrie bien sûr, mais aussi de Al-Maliki en Irak, qui par son sectarisme confessionnel a énormément facilité l’emprise actuelle de l’État islamique. Ensemble, ils ont abandonné le peuple syrien à ses bourreaux pendant trois ans, et les minorités chrétiennes et yézidis, pendant des semaines, à l’exode ou à l’extermination. Ce n’est que quand l’EI a menacé le cœur de la région kurde d’Irak d’une part, et Bagdad d’autre part, que la « coalition anti-terroriste » a commencé à se concrétiser.

    Ce n’est pas par une nouvelle guerre impérialiste dans cette région dévastée que la situation des peuples s’améliorera en terme de justice et de démocratie. Le NPA exprime sa solidarité avec toutes les forces démocratiques en Syrie et en Irak ainsi qu’aux Kurdes qui résistent à cette terreur. Ce sont les forces locales qui se battent contre l’EI et le sectarisme confessionnel qu’il faudrait fournir en armes. Mais il n’en est pas question pour la coalition qui n’a d’autre but que de maintenir la domination des USA et de leurs alliés sur la région. En témoigne le maintien par l’Union européenne, les Etats-Unis et d’autres Etats occidentaux, de l’inscription du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) sur leurs listes d’organisations « terroristes », alors même que ce sont ses combattants, avec ceux d’autres forces de la gauche kurde, qui ont bloqué la progression mortifère des troupes de l’EI. Cette mesure doit être immédiatement levée.

    Et plutôt que d’engager une nouvelle intervention impérialiste, l’Union Européenne et la France doivent secourir les deux millions de personnes déplacées qui fuient les massacres et cherchent asile et protection, en leurs ouvrant leurs frontières. Le NPA revendique le retrait de toutes les troupes françaises de la région, en particulier des 900 soldats et des avions qui sont sur place.

    NPA, Montreuil, le 16 septembre 2014


    Irak Obama attaque, Hollande fait du zèle

    Après une longue hésitation, Obama a défini sa stratégie contre l’État islamique (EI) en Irak et en Syrie  : une offensive militaire et diplomatique visant à le «  détruire  ».

    « Si vous menacez l’Amérique, vous n’aurez aucun refuge sûr  », proclame-t-il. Il invoque les menaces que représente l’EI, «  y compris sur le sol américain  », pour rallier l’opinion qui voyait en lui celui qui en terminerait avec l’ère Bush. Les atrocités commises par l’EI, dont une troisième décapitation, donnent du crédit à ses propos, mais en réalité les USA sont rattrapés par leur propre bilan, les deux guerres en Irak, les années d’occupation et leurs terribles séquelles. Comment croire qu’une nouvelle guerre, dont personne ne connaît l’issue, pourrait apporter une réponse au chaos engendré par la politique même des grandes puissances  ? L’enjeu pour les USA est en réalité d’essayer de construire de nouvelles alliances pour tenter de garder le contrôle de la situation  : «  une coalition  » internationale la plus large possible.

    Hollande s’est engagé avec zèle derrière eux, tentant de reprendre pied en Irak, alors qu’en 2003, la France était restée hors de la coalition qui avait mis à bas Saddam Hussein et débouché sur l’occupation. Il s’est rendu à Bagdad pour soutenir le nouveau gouvernement et s’engager à l’aider «  encore davantage militairement  ». Puis, au Kurdistan, il a rencontré Massoud Barzani. La «  menace globale appelle une réponse globale  », reprend-il dans la foulée d’Obama. Le ministre de la Défense, Le Drian, en rajoute  : la France «  doit agir  » dans le sud de la Libye, «  une sorte de « hub » où les groupes terroristes viennent s’approvisionner, y compris en armes, et se réorganiser.  » Selon lui, le dispositif militaire français en Afrique de l’Ouest, l’opération Barkhane, pourrait être le point de départ d’une telle intervention.

    «  Une réponse globale  »  ?

    Ainsi Hollande a présidé avec Fouad Massoum, le président irakien, la première conférence internationale sur l’Irak. Celle-ci s’est tenue lundi dernier à Paris, pour mettre sur pied «  la coalition d’alliés  », en présence du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et du secrétaire d’État américain John Kerry, en conclusion de sa tournée au Moyen Orient, et la participation de 27 États. Elle avait une fonction politique  : mettre en musique la stratégie d’Obama.

    La Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran sont l’enjeu des tractations. La Turquie, membre de l’Otan, se rallie à la coalition mais du bout des lèvres. L’Arabie saoudite est, elle, sans réticence, acceptant qu’une base soit installée sur son territoire, alors qu’elle a fourni des réseaux pour financer l’État islamique... Pour elle, il s’agit d’accroître son influence dans la région au détriment de l’Iran. Ce dernier n’a pas participé à cette «  conférence spectacle  »  : pas question de s’associer à l’Arabie saoudite ni de rallier les USA. Il soutient Assad et aide les Kurdes et l’État irakien pour son propre compte. Du moins pour le moment...

    Manœuvrer les rivalités entre États ou forces religieuses pour reprendre la main, tenter de reconstruire l’État irakien et son armée qui s’est effondrée, sont les premiers objectifs de la troisième guerre d’Irak qui commence. Celle-ci ne pourra qu’accroître les tensions et les souffrances des peuples qui, seuls, seraient à même de trouver une issue aux méfaits de la domination des grandes puissances, ces puissances qui ne veulent armer que ceux qu’elles peuvent contrôler et utiliser à leurs propres fins.

    Yvan Lemaitre

    * Paru dans l’Hebdo L’Anticapitaliste - 256 (18/09/2014).

     

     

  • Appel à manifester le 27 septembre (Essf)

     
    Syrie : Face aux offensives barbares de l’EI contre Kobanê, 

    Halte aux offensives barbares de l’EI contre Kobanê !

    Sanctions contre les Etats complices !

    Solidarité avec la Résistance kurde au Rojava !

    Appel à manifester samedi 27 septembre, 15h, Place de la République

    Depuis le 15 septembre, l’organisation terroriste qui se fait appeler l’Etat islamique (EI) mène de vastes offensives contre Kobanê (Ain al Arab), l’un des trois cantons autonomes kurdes du Rojava (Kurdistan de Syrie). Elle attaque brutalement avec une artillerie lourde ramenée d’Irak ainsi qu’avec le soutien de la Turquie voisine qui lui fait parvenir des armes et des véhicules militaires et lui ouvre sa frontière pour lui permettre d’évacuer ses blessés et les faire soigner, alors que cette frontière était, jusqu’à samedi dernier, fermée aux réfugiés kurdes contraints de fuir les attaques des djihadistes.

    Malgré la mobilisation et la résistance acharnée des YPG (Unités de Protection du Peuple du Rojava) et des YPJ (Unités de femmes combattantes) qui ne manquent pas d’expérience dans le combat contre les djihadistes mais dont les moyens militaires sont limités, les djihadistes se sont emparé d’une vingtaine de villages autour de Kobanê, provoquant l’exode de milliers de personnes, et menaçant dangereusement la ville qui est quasiment encerclée. Des morts de civils sont d’ors et déjà à déplorer, mais on ne connaît pas encore leur nombre.

    Face à l’hypocrisie de la communauté internationale qui prétend vouloir former une coalition pour contrer l’EI mais reste indifférente au lourd tribut payé par les Kurdes de Syrie dans la résistance contre les djihadistes, les représentants des cantons autonomes du Rojava ont lancé un cri d’alerte, appelant à briser le silence entourant les offensives de l’EI dans la région, afin d’éviter de nouveaux massacres et une tragédie humanitaire semblable à celle de Shengal (Sinjar) au Kurdistan d’Irak. Ils ont en outre appelé la communauté internationale à soutenir la résistance kurde et à agir par tous les moyens pour faire cesser le soutien de la Turquie aux djihadistes.

    En dépit de leurs moyens militaires limités, les Kurdes sont unis et mobilisés pour combattre l’EI sur tous les fronts. Les autorités du Rojava et l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK) ont lancé un appel à la mobilisation générale pour résister contre le fléau djihadiste. De son côté, le principal parti kurde de Turquie, le DBP (Parti Démocratique des Régions, anciennement BDP) organise une résistance civile, appelant à occuper la frontière entre la Turquie et Kobanê afin de permettre aux réfugiés d’entrer en Turquie et d’empêcher la livraison d’armes et de munitions à l’EI.

    Non contente de fournir des armes aux terroristes et de leur apporter une assistance logistique, la Turquie empêche aujourd’hui le retour au Rojava de milliers de jeunes de Kobanê qui tentent de repasser la frontière pour aller se battre au sein des unités de résistance kurdes.

    Nous appelons la communauté internationale, en particulier les Conseil de Sécurité de l’ONU,

    • à adopter immédiatement des sanctions contre les Etats complices de l’EI, en particulier la Turquie ;

    • à prendre des mesures urgentes pour protéger la population de Kobanê et notamment faire en sorte que les réfugiés puissent passer la frontière turque et qu’ils bénéficient d’une aide humanitaire appropriée ;

    • à soutenir la résistance kurde qui est le principal rempart contre l’EI en Syrie et en Irak.

    Premiers signataires de l’appel : Coordination Nationale Solidarité Kurdistan (CNSK) ; Fédération des Associations Africaines (FETAFE) ; Maison du Tamil Eelam ; Conseil International de Eelam Tamoul

    * Conseil Démocratique Kurde de France (CDKF) 16, rue d’Enghien - 75010 Paris Tel : 09.52.51.09.34

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article33097

  • Interdiction scandaleuse d'un meeting (Npa)

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    Solidarité avec le peuple palestinien à l'Université Paris 1

    Nous avons appris, hier soir, avec stupéfaction l'intention de l'Université Paris 1 d'interdire le meeting de solidarité avec le peuple palestinien prévu à Paris 1, sur le site Pierre Mendès France (90 rue de Tolbiac) pour ce jeudi 25 septembre à 18h30.

    Cette décision intervient alors qu'une autorisation avait été délivrée selon les procédures normales dès le 8 septembre dernier. Elle s'inscrit dans la continuité de la répression contre le mouvement de solidarité avec la résistance palestinienne, que ce soit contre les militants de BDS, les tentatives d'interdiction de manifestations ou la mise en accusation de nombreux militant-e-s, dont notre camarade Alain Pojolat.

    Elle prend aussi son sens dans le cadre de l'offensive guerrière menée ces derniers jours par le gouvernement qui souhaite légitimer ses nouveaux bombardements sur l'Irak aux côtés des Etats-Unis, en manipulant l'émotion créée par le meurtre barbare de Hervé Gourdel.

    Cette interdiction constitue une grave violation du principe de la​ liberté d'expression et de l​'ouverture sur le monde des universités prévu par la loi Savary. Nous tenons à le réaffirmer, ainsi que notre ferme soutien à la résistance palestinienne après le massacre de 2200 personnes dont 600 enfants par l'Etat d'Israël cet été. De même que nous avons maintenu les manifestations interdites, nous revendiquons la tenue de ce meeting, en invitant toutes les forces favorables à la liberté d'expression à venir y exprimer le rejet de cette tentative d'intimidation. Nous exigeons également la fin de la répression du mouvement de solidarité avec la lutte du peuple palestinien et l'arrêt de toutes les poursuites contre ses militant-e-s.

    Montreuil, le 25 septembre 2014

    http://npa2009.org/communique/interdiction-scandaleuse-dun-meeting-de-solidarite-avec-le-peuple-palestinien-luniversite

  • Madrid

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  • Nouveautés sur Afps Rennes

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