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  • Soutien aux 7 militant-es inculpés de Caen pour leur soutien au peuple palestinien (Npa)

    Les procès contre les militants soutenant la lutte du peuple palestinien s'enchaînent.

    Sont principalement viséEs celles et ceux qui mènent des campagnes d'information sur la politique de l'Etat d'Israël (occupation et colonisation de la Palestine, construction du mur de séparation, blocus de la Bande de Gaza…) en appelant au boycott des produits israéliens, dans le cadre de la campagne internationale Boycott Désinvestissements Sanctions (BDS). Cette campagne vise à mettre fin à l’impunité d’Israël en exigeant qu’il applique et respecte les obligations du droit international.

    Le 22 septembre prochain à 14h, aura lieu, à Caen, le procès en appel de 7 militantEs de l'Orne (1),  poursuiviEs après une action BDS devant le magasin Carrefour de cette ville. Ils et elles étaient accuséEs de : « provocation, d’incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou groupe de personnes, à raison de son appartenance à une ethnie, à une race, à une religion ou à une nation » et de «  entrave à l’exercice normal d’un magasin ». Des militantEs à Colmar sont aussi sous le coup d'une condamnation, mais d'autres comme à Perpignan ou Pontoise, ont été relaxéEs.

    Rappelons qu'une directive de 2010 de l'ancienne ministre de la justice Michèle Alliot-Marie, encourage les poursuites, et que cette circulaire n'a toujours pas été abrogée par le gouvernement Hollande et la ministre de la justice Taubira.

    En revanche, ce gouvernement s'est fait remarquer par le soutien qu'il a apporté à la guerre menée par l'Etat d'Israël contre la population de Gaza, une guerre criminelle qui a fait plus de 2000 victimes palestiniennes, pour la plupart des victimes civiles.

    Ce gouvernement a tenté aussi de discréditer le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, assimilant la dénonciation de la politique du gouvernement d'Israël à de l'antisémitisme, alors que les militantEs engagéEs dans la cause palestinienne sont souvent les premierEs à dénoncer et à combattre l'antisémitisme ! Fait exceptionnel dans le monde, il a interdit plusieurs manifestations, et il a engagé des poursuites contre certains des organisateurs, par exemple notre camarade Alain Pojolat, membre du NPA.

    Le soutien aux militantEs inculpéEs n'en est que plus important.

    - Refusons la criminalisation du soutien à la lutte du peuple palestinien !

    - Exigeons la relaxe pour les 7 militants ornais en procès à Caen !

    - Exigeons l'abandon des poursuites contre Alain Pojolat !

    - Défendons la liberté d'expression et le droit de manifester !

    - Abrogation de la circulaire Alliot-Marie/Taubira!

    Pour manifester notre soutien aux 7 militants ornais inculpés, un meeting est organisé mercredi 17 septembre par les collectifs du Calvados et de l'Orne de soutien à la lutte du peuple palestinien, 20h, salle Pierre-Sémard à Caen (14 rue Villey-Desmeserets) (2).

    Puis, le 22 septembre, un rassemblement est prévu devant le tribunal de Caen, place Gambetta, à partir de 13h30, à l'appel des collectifs unitaires.

    Le NPA soutient ces initiatives et appelle à y participer massivement.

    Christine Poupin, porte parole nationale du NPA, sera présente à Caen lundi 22 septembre.

    http://npa2009.org/communique/soutien-aux-7-militant-es-inculpes-de-caen-pour-leur-soutien-au-peuple-palestinien

  • “Le code de la famille est la première violence institutionnelle” (Liberté.dz)

    NADIA AÏT ZAÏ ET FADHILA BOUMENDJEL-CHITOUR, HIER, AU FORUM DE “LIBERTÉ”

    “Le foyer ne peut rester une zone de non-droit”, a martelé la directrice du Ciddef, rappelant que 267 femmes sont mortes sous les coups de leur époux, en 2012.

    Le Forum de Liberté a été consacré, hier, aux dernières lois adoptées en Conseil des ministres et soumises à l’APN. Il s’agit surtout des projets de loi portant amendement du code pénal, création d'un fonds de pension alimentaire et protection de l'enfant.

    Des textes marqués par “des insuffisances” mais salués, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l'égard des femmes, pour leur souci de protéger “des catégories vulnérables”, par les deux invitées du quotidien, à savoir : Nadia Aït Zaï et Fadhila Boumendjel-Chitour, respectivement juriste et directrice du Centre d’information sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef), et médecin spécialiste et membre fondateur du réseau Wassila d’aide aux femmes et aux enfants victimes de violences.

    D’emblée, Me Aït Zaï a relevé que l’équipe gouvernementale “est consciente des problèmes existants dans la société algérienne et des nouveaux faits sociaux”. Sans omettre d’observer que les principales dispositions de ces textes obéissent au souci d’harmoniser la législation nationale avec la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedaw), ratifiée par notre pays, ainsi qu’avec d’autres textes, à l’exemple du code de la nationalité et de la Convention des droits politiques des femmes. Tout en estimant que “ces harmonisations ne sont pas tout à fait au point”, l’avocate a reconnu, cependant, que désormais “le processus est engagé” en Algérie. Dans son analyse du projet de loi sur le code pénal, Nadia Aït Zaï tiendra à signaler que les modifications apportées sont “conformes à l’esprit que veut véhiculer le code de la famille”.


    Par ailleurs, elle a relevé qu’en ce qui concerne le projet de loi sur le code du travail, celui-ci “ne protège pas la victime du harcèlement sexuel et ne précise pas que ce harcèlement peut être une faute lourde professionnelle”. “Il faut remettre de l’équilibre dans la protection des victimes et dire que le harcèlement sexuel constitue une faute lourde professionnelle”, a déclaré l’invitée du forum. Sur le registre des violences conjugales, elle a interpellé “la responsabilité de l’État” qui, énoncera-t-elle, ne doit pas se limiter à la promulgation de lois, mais à un engagement à travers “plus de protection des femmes victimes de ces violences” et “plus d’infrastructures d’accueil”.

    La responsabilité de l’État est, en outre, située dans “le changement des mentalités” et “le combat contre les stéréotypes”. De son côté, le Dr Chitour a mis l’accent sur la disposition relative au pardon de la victime, dans le cas des violences conjugales, en jugeant que celui-ci “ne peut intervenir que lorsque justice a été faite”, avant de s’interroger sur “le devenir” du projet de loi sur la criminalisation de la discrimination, déposé en 2012 par le mouvement associatif, à l’APN. “Le foyer ne peut rester une zone de non-droit”, a-t-elle martelé, rappelant que 267 femmes sont mortes sous les coups de leur époux, en 2012. Selon l’intervenante, la clause du pardon est le signe de “la faillite de l’État et de la société”.

    “L’État est au pied du mur : soit il continuera à légitimer la violence, soit la loi servira à poser la pierre dans la construction d’un État de droit”, a-elle assuré. Lors du débat, “l’incohérence autour des lois” a été réitérée et des précisions ont été apportées, telles que la non-prise en compte de violence sexuelle dans la violence conjugale. Il a aussi été question des enfants nés hors mariage, “sujets des discriminations”, ainsi que “du fossé entre les lois et leur application” et de “l’absence de volonté politique” des gouvernants, à aller vers une véritable élimination des discriminations à l’égard des femmes. Dans leurs interventions, invitées et participants ont admis que le code de la famille est “la première violence institutionnelle”. Par : Hafida Ameyar

    http://www.liberte-algerie.com/actualite/le-code-de-la-famille-est-la-premiere-violence-institutionnelle-nadia-ait-zai-et-fadhila-boumendjel-chitour-hier-au-forum-de-liberte-228186

  • Israël: 43 soldats refusent de participer à de nouveaux «abus» contre les Palestiniens (20 mn)

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    Les officiers et soldats de la plus prestigieuse unité de renseignement militaire israélien ont indiqué ne plus vouloir servir, dans une lettre publiée vendredi dans la presse...

    Une quarantaine d'officiers et soldats de réserve de la plus prestigieuse unité de renseignement militaire israélien ont décidé de ne plus servir, refusant de participer aux «abus» commis selon eux contre les Palestiniens, dans une lettre publiée vendredi dans la presse.

    Si elle est authentique, la lettre, dont les extraits sont parus dans le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot,est l'une des plus importantes expressions d'objection de conscience depuis longtemps en Israël.

    Pas de liens avec la guerre de Gaza

    Les 43 signataires, hommes et femmes, ont servi dans l'unité 8200, le service de renseignement militaire le plus honoré, explique le journal. Spécialisée dans la cyberdéfense, l'unité 8200 est souvent comparée à la NSA (National Security Agency) américaine. Réservistes, les 43 soldats peuvent y être rappelés à tout moment.

    Mais ces soldats, dont le nom n'est pas divulgué par le journal, ne veulent plus «continuer à servir ce système qui porte atteinte aux droits de millions de personnes», dit leur lettre envoyée au Premier ministre et au chef d'état-major.

    Aucun témoignage de ces «refuzniks» (terme désignant des Israéliens refusant de servir) n'est lié à la guerre menée en juillet et août dans la bande de Gaza.

    Ils encourent des peines de prison

    Dans leur lettre, les 43 soldats évoquent leur rôle capital dans les opérations d'éliminations ciblées pratiquées par l'armée. Une femme parle de l'erreur d'identification qu'elle a commise et qui a conduit selon elle à la mort d'un enfant. D'autres s'émeuvent d'avoir à écouter les conversations les plus intimes de Palestiniens.

    «Nous appelons tous les soldats qui servent actuellement dans cette unité ou qui vont y servir, tous les citoyens d'Israël à faire entendre leurs voix contre ces abus et agir pour y mettre un terme», dit leur lettre. Les 43 objecteurs de conscience encourent des peines de prison. Créé le 12/09/2014 à 10h15 -- Mis à jour le 12/09/2014 à 10h18

    http://www.20minutes.fr/monde/1441887-20140912-israel-43-soldats-refusent-participer-nouveaux-abus

  • La mobilisation contre Orange complice de la colonisation israélienne continue ! (Ujfp)

    Lettres ouvertes au PDG d’Orange et au Ministre des Affaires étrangères.

    La Direction de la société de téléphonie Orange n’a pas encore mis fin au partenariat complice de la colonisation israélienne qu’elle a contracté avec la société de téléphonie israélienne Partner Communications, qui installe des antennes et relais en Cisjordanie et dans le Golan au profit des colons et de l’armée d’occupation.

    Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) a demandé rendez-vous à la direction d’Orange par lettre du 6 mai 2014 et au Ministre des Affaires Etrangères (MAE) par courrier du 8 juillet 2014.

    Sans réponse à ce jour, nous relançons ces deux autorités.

    Depuis lors le Ministère de Affaires Etrangères a publié sur son site des mises en garde aux entreprises tentées de nouer des relations d’affaires avec les colonies israéliennes, déclarées illégales par des résolutions internationales souscrites par le gouvernement français. Seize autres pays européens ont publiés des mises en gardes similaires.
    Ces recommandations ont été diffusées sur le site internet Orange.fr dans la rubrique actualités.

    Nous invitons donc la société Orange à se conformer à ce qu’elle publie et à mettre fin à son partenariat avec la société israélienne Partner Communications.
    La mobilisation contre Orange continuera jusqu’à ce que cette société se conforme au droit international ! jeudi 11 septembre 2014

    http://www.ujfp.org/spip.php?article3504

  • L’assaut contre Gaza, la dérive d’extrême droite en Israël et leur impact dans la region (Essf)

    https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQBl1PSiscKxkhGgu6YkHLtLSrKzUMrv0Q5_nFhCBWMiyEmWXMp5w

    Amandla ! : Quels sont à votre avis les facteurs qui ont donné lieu au récent assaut contre Gaza et pourquoi a-t-il eu lieu en ce moment ? Pourquoi a-t-il été exceptionnellement brutal ?

    Gilbert Achcar : L’escalade dans la brutalité n’est pas nouvelle : elle va de pair avec la longue dérive de la société israélienne et de son régime politique vers l’extrême droite. Le Likoud, la principale force dans l’extrême droite sioniste, est arrivé au pouvoir en 1977. Quelques années plus tard, en 1982, il a mené l’invasion criminelle du Liban qui a culminé avec le massacre de Sabra et de Chatila. Ce fut la plus meurtrière des guerres israéliennes jusque-là. Alors, un seuil a été franchi dans les atrocités et la brutalité exercées contre les populations civiles. Toutefois, ce seuil a été dépassé en termes d’intensité des destructions et de violence lors de l’attaque israélienne contre le Liban en 2006. Ensuite, il y a eu l’agression contre Gaza en décembre 2008-janvier 2009, qui a été tout aussi brutale et encore plus meurtrière à l’égard des civils étant donné la densité de la population à Gaza et l’impossibilité de fuir ladite Bande de Gaza.

    L’assaut récent [opération « Bordure protectrice »] contre Gaza s’intègre parfaitement dans cette configuration marquée par une brutalité et violence croissantes et par le mépris accentué d’Israël à l’égard de l’opinion publique globale. Les tentatives précédentes de conserver une image d’un Etat à « la recherche de la paix » relèvent de l’histoire ancienne. Actuellement, à l’heure de la prétendue « guerre contre le terrorisme », les gouvernements israéliens se sentent autorisés à utiliser ouvertement le langage de la force brutale. Cette approche post-11 septembre 2001 – parrainée par les Etats-Unis – a donné le feu vert à l’utilisation ouverte par Israël du terrorisme et de la brutalité d’Etat, au nom de la lutte contre le terrorisme.

    Pour ce qui relève de la raison de cette dernière attaque contre Gaza, elle renvoie, d’une part, à l’exaspération de Netanyahou suite à la réconciliation entre le Hamas et le Fatah [annonce officielle de la composition du gouvernement d’unité, début juin 2014] et, d’autre part, au fait que cette réconciliation a été favorablement accueillie, bien que de manière peu explicite, par les gouvernements occidentaux, y compris Washington. L’irritation du gouvernement israélien n’est pas due à une quelconque « radicalisation » du Hamas, mais au contraire au fait que – suite au tournant qui s’est opéré en Egypte en 2013 – cette organisation a dû tempérer son orientation politique générale et faire beaucoup de concessions en vue de sa réconciliation avec l’Autorité palestinienne (AP) installée en Cisjordanie.

    La vérité est que le gouvernement israélien est beaucoup plus à l’aise dans un contexte où la Palestine est divisée et où il est facile de diaboliser le Hamas que face à un panorama palestinien unifié et à un Hamas plus modéré. Depuis les accords d’Oslo de 1993, l’objectif de l’extrême droite israélienne a toujours été d’affaiblir les Palestiniens « modérés » – de Arafat à Mahmoud Abbas – et de pousser vers une radicalisation qui bénéficie au Hamas. En effet, aussi longtemps qu’il peut être facilement diabolisé, le Hamas est leur « ennemi préféré », puisque cela rend les rapports d’Israël avec les Etats-Unis et l’Europe beaucoup plus consensuels et réduit la pression des pays occidentaux sur le gouvernement israélien. Rappelons que l’attaque israélienne la plus brutale contre le Hamas-Gaza est survenue après que ce mouvement islamiste a pris ses distances avec les attentats suicides et a privilégié l’action politique, y compris en participant aux élections de 2006. Pendant des années, le Hamas avait rejeté de telles élections comme étant illégitimes et ce contrairement à une orientation de lutte armée.

    Quels étaient les objectifs [d’Israël] compte tenu du fait que la brutalité de l’assaut a certainement encouragé un rapprochement de tous les Palestiniens ?

    Le but d’Israël était de provoquer une nouvelle radicalisation du Hamas et de creuser à nouveau l’écart entre le mouvement islamiste (Hamas) et l’Autorité palestinienne (AP). De fait, la brèche entre les deux s’est d’abord élargie sous l’effet de l’agression. De ce point de vue, pendant un certain temps semblait être atteint. Mais la colère que l’attaque a suscitée parmi tous les Palestiniens a été telle que l’AP a dû exprimer sa solidarité à l’égard de Gaza dirigée par le Hamas. Le gouvernement israélien n’en a que faire des sentiments du peuple palestinien. Ce qu’il voulait surtout : torpiller l’élan vers des initiatives de paix de la part des Palestiniens. Son calcul était que, face à une telle brutalité de l’Etat d’Israël, le Hamas estimerait qu’il ne pouvait plus opter pour la modération et le compromis comme il l’avait fait juste avant la récente attaque. Paradoxalement, le gouvernement israélien craint beaucoup plus les initiatives de paix des Palestiniens que les roquettes tirées depuis Gaza. Ce qu’il redoute le plus, ce sont chaque initiative palestinienne qui pourrait être bien accueillie par des gouvernements occidentaux et soutenus par Washington, fut-ce avec tiédeur.

    Pour atteindre son objectif, le gouvernement israélien peut saisir tout prétexte, comme il l’a fait dans ce cas avec les trois jeunes Israéliens enlevés et assassinés en Cisjordanie. Il a immédiatement accusé le Hamas, sans aucune preuve, tout comme l’administration Bush avait accusé l’Irak d’être derrière les attentats du 11 septembre en 2001 : un prétexte pour atteindre un objectif fixé à l’avance. Les Israéliens ont saisi le triple assassinat comme une opportunité d’arrêter à nouveau un grand nombre des prisonniers politiques palestiniens qui avaient été relâchés en échange du soldat israélien Gilad Shalit (libéré le 18 octobre 2011) ; il avait été détenu (en juin 2006) comme prisonnier de guerre à Gaza. Il s’agissait bien évidemment d’une campagne d’arrestations préméditée : le gouvernement israélien n’avait relâché ces détenus qu’avec beaucoup de réticence. Il attendait le premier prétexte pour les arrêter à nouveau, signifiant ainsi aux Palestiniens que tout ce qu’ils peuvent accomplir dans ce domaine ne sert à rien parce qu’Israël finira par retirer toute concession qu’il aurait faite sous pression.

    Voilà donc comment cela a commencé. Et ensuite le gouvernement de Netanyahou a invoqué le prétexte des tirs de roquettes, après avoir volontairement exacerbé les tensions par son comportement très brutal adopté par l’armée israélienne en Cisjordanie sous prétexte de chercher les jeunes Israéliens enlevés. Cette brutalité a évidemment suscité des réactions de colère de la part des Palestiniens. Israël a ensuite saisi ces réactions comme prétexte pour lancer son attaque brutale, complètement « disproportionnée », sans aucune retenue morale – à part des avertissements, tout à fait hypocrites, laissant six minutes aux habitants pour s’enfuir avant que les bâtiments civils s’écrasent sur eux, au milieu de la nuit !

    Israël a-t-il atteint l’un de ses objectifs avec cette attaque ? Israël sort-il renforcé ou affaibli de ce conflit ? Qu’en est-il des pertes militaires israéliennes ?

    Les Israéliens ont eu des pertes parmi leurs soldats parce qu’ils devaient montrer qu’ils étaient décidés d’entrer dans Gaza de manière à rétablir leur « crédibilité » en tant que puissance militaire. S’ils s’étaient limités à des frappes à distance, cela aurait été interprété comme un signe de faiblesse : tout le monde sait qu’il n’y a aucune commune mesure entre les roquettes artisanales qui sont tirées depuis Gaza et la formidable puissance de feu israélienne. Le gouvernement israélien devait donc rétablir sa « crédibilité » perdue en engageant des troupes au sol. Mais cela a entraîné un coût élevé, car on ne peut pas engager des troupes dans une structure urbaine hostile sans qu’il y ait des pertes.

    En fait la pire chose pour l’Etat l’Israël, bien plus que de connaître des pertes (morts et blessés), c’est que leurs soldats soient capturés et deviennent des prisonniers de guerre (des otages selon eux). La stratégie que les responsables de l’armée ont élaborée pour minimiser ce risque est la suivante : chaque fois qu’un soldat israélien est sous la menace d’être fait prisonnier, l’ordre vient d’accentuer l’offensive ce qui entraîne un important risque de tuer le soldat en question. Les responsables militaires préfèrent en effet prendre le risque de tuer leurs propres soldats plutôt qu’ils ne soient faits prisonniers et, dès lors, puissent servir pour un échange ultérieur avec des prisonniers politiques palestiniens. La politique d’Israël est celle de la force brute. Le gouvernement israélien ne souhaite aucunement la paix. Il veut juste écraser les Palestiniens avec sa supériorité militaire, les terroriser. Il se comporte comme un Etat terroriste au sens plein du terme. Ses dirigeants ne croient qu’à la domination militaire, à la suprématie militaire absolue.

    Lors de cet assaut, les Israéliens ont réussi à terroriser les gens, mais non à les soumettre. En outre leurs actions ont provoqué un immense tollé international. Peut-on donc dire que cette opération a eu un effet boomerang ?

    En tout cas pas dans les têtes du bloc d’extrême droite au pouvoir qui dirige à l’heure actuelle Israël. Pour les sionistes de l’ancienne génération, cela aurait posé un problème important. Mais ce qui est en train de se développer sous couvert de la « guerre contre le terrorisme » est la notion que dans un combat contre un ennemi monstrueux [Netanyahou a publiquement et de manière répétée assimilé le Hamas à l’Etat islamique], il est justifié de recourir à toutes sortes de moyens terrifiants. Et le gouvernement israélien d’extrême droite en exercice est celui qui incarne cette logique de la manière la plus extrême.

    De manière générale, les dirigeants israéliens actuels se moquent de l’opinion publique mondiale. Par contre, ils se soucient évidemment de l’opinion publique états-unienne dans la mesure où elle impact le comportement du gouvernement états-unien. Mais dans ce domaine, Netanyahou a montré ouver- tement qu’il se comportait comme un joueur madré dans la politique états-unienne, cherchant directement à exploiter les divisions politiques au sein des Etats-Unis, séduisant la droite républicaine, etc. Et il a été assez efficace à ce jeu, d’autant que Obama est en effet timoré, en particulier en ce qui concerne les rapports avec Israël. Et Hilary Clinton, qui sera probablement la candidate démocrate en 2016, avec de bonnes chances de devenir le prochain président, a récemment accordé son plein soutien à la politique de Netanyahou. C’est cela qui compte pour Netanyahou. Il se moque de l’opinion publique, des pétitions d’intellectuels et des initiatives de ce type.

    Il semble que plus le gouvernement agit de manière brutale et qu’il s’oriente à l’extrême-droite, plus les Israéliens le soutiennent. Il semble qu’il n’y ait pratiquement pas de voix d’opposition.

    Oui, c’est encore un aspect désolant de cette histoire. C’est une fois de plus la névrose de la guerre contre le terrorisme, dans ce cas la diabolisation du Hamas ainsi que le recours à l’argument inepte des roquettes tirées depuis Gaza. Beaucoup d’Israéliens qui auraient participé à des manifestations contre la guerre en 1982 [lors de l’invasion du Liban] soutiennent aujourd’hui la guerre menée par leur gouvernement au nom de l’opposition au « terrorisme ». Le facteur Hamas est assez important à ce propos. Sharon a tout fait pour affaiblir, discréditer et détruire Yasser Arafat, permettant ainsi au Hamas d’accroître son soutien parmi les Palestiniens. Il a provoqué les Palestiniens de manière délibérée et répétée, sachant que ceci susciterait des réactions, surtout de la part de groupes tels que le Hamas. Et ensuite il pouvait prendre à chaque fois ces réactions comme prétexte pour accroître l’oppression des Palestiniens et pour alimenter le cycle de violence qui bénéficiait à la fois au Hamas, du côté palestinien, et à lui-même, Ariel Sharon, du côté israélien. Cette dialectique des extrêmes promue par l’extrême droite israélienne a été continuellement appliquée. Mahmoud Abbas est allé très loin dans la capitulation face aux conditions israéliennes/états-uniennes, mais les Israéliens continuaient à le discréditer parce que, comme je l’ai déjà mentionné, ce gouvernement ne veut absolument pas de « partenaire de paix », il ne veut simplement pas la paix !

    En général, quel a été l’impact du conflit Israël/Palestine sur la situation au Moyen-Orient ?

    Il s’agit essentiellement d’un facteur de radicalisation dans le monde arabe parmi d’autres. Le ressentiment populaire est en train de s’accumuler rapidement face au développement de multiples tragédies, surtout celle qui se déroule en Syrie, qui a une autre ampleur que toutes les autres. A vrai dire, en Syrie il y avait davantage de personnes tuées tous les jours que même lors de l’agression brutale contre Gaza. Et le fait qu’on ait permis que cela se poursuive a créé un ressentiment tellement profond parmi les Syriens qu’elle a grandement facilité la montée résistible de Daech [Etat islamique en Irak et au Levant, devenu Etat islamique], une organisation ultra-fondamentaliste fanatique en comparaison de laquelle la branche locale d’Al-Qaida apparaît maintenant comme modérée !

    Est-ce que ce ressentiment et cette radicalisation vont toujours déboucher sur une montée du fondamentalisme religieux plutôt que d’encourager l’avancée de forces plus démocratiques et laïques ?

    La radicalisation et la colère ne conduisent pas, en tant que tel, au développement de l’une ou de l’autre force. Tout dépend des facteurs subjectifs existants et de leur interaction avec les facteurs objectifs de radicalisation. En 2011, cette région s’est embarquée dans ce que j’appelle un processus révolutionnaire à long terme, qui va durer pendant des décennies. Un processus révolutionnaire n’est jamais linéaire : ce n’est pas une suite de victoires jusqu’à ce qu’on voie le drapeau rouge flotter sur un palais. Un tel processus peut passer par des phases épouvantables, traverser de terribles moments contre-révolutionnaires. La tendance dominante dans les régions arabes actuellement à la contre-révolution, surtout avec les développements en Syrie (la ténacité du régime Assad), en Egypte (Sissi) et la propagation de Daech. Mais il ne s’agit que d’une phase dans un processus à long terme.

    L’échec des forces potentiellement de gauche dans la région à agir de manière indépendante dans le but de construire une alternative, à la fois aux anciens régimes et aux forces islamistes, a permis le développement de cette phase. Les anciens régimes et l’opposition islamiste fondamentaliste sont tous deux des forces profondément contre-révolutionnaires. S’il n’y a pas l’émergence d’un troisième pôle, d’une force populaire progressiste capable de constituer une alternative, nous resterons coincés dans cette situation binaire, avec des deux côtés une dialectique poussant vers les extrêmes. Les anciens régimes deviennent de pire en pire (Sissi est en fait pire que Moubarak) et l’opposition fondamentaliste islamiste aussi (Daech est certainement bien pire que tout ce qu’a représenté le mouvement des Frères musulmans). Donc en l’absence d’une alternative populaire progressiste, ce qui domine est fondamentalement ce processus binaire contre-révolutionnaire avec une radicalisation qui se nourrit dialectiquement aux extrêmes.

    N’existait-il pas une alternative lorsque les masses populaires en Tunisie et en Egypte sont descendues dans les rues dans un mouvement démocratique, laïc ? Est-ce qu’une issue progressiste a été maintenue quelque part ?

    Le potentiel est encore là – il ne s’agit pas simplement d’un potentiel théorique mais d’un potentiel effectif. Il est bien sûr inégal d’un pays à l’autre. En Tunisie, il est incarné dans la centrale syndicale, l’UGTT [Union générale tunisienne du travail], qui est de loin la force organisée sociale et politique la plus importante dans le pays. Il s’agit là-bas d’un problème de stratégie.

    Il en va de même pour l’Egypte : il existe dans ce pays un potentiel important, dont nous avons eu un aperçu en 2012 lorsque le candidat nassérien de gauche nationaliste [Hamdine Sabahi] est arrivé troisième à l’élection présidentielle, avec près de cinq millions de votes. Cela indiqua un immense potentiel, assez comparable en dimension aux deux camps de la contre-révolution représentés, d’un côté par l’ancien régime et de l’autre par les Frères musulmans. Et pourtant cette opportunité a été gaspillée par les Egyptiens nassériens de gauche lorsqu’ils sont passés de leur alliance de 2011 avec les Frères musulmans à une alliance avec Sissi en 2013. Mais le potentiel est encore là, et la jeunesse est encore radicalisée, elle n’a pas voté pour Sissi, et cela est un point crucial. Le taux de participation à la dernière élection présidentielle était tellement bas qu’ils ont dû prolonger la période électorale d’un jour pour mobiliser des électeurs et électrices potentiels. Cet effort avait pour fonction de donner un peu de crédibilité à la proclamation grotesque d’un vote à 95% en faveur de Sissi.

    En Syrie, les Comités de coordination locaux qui ont dirigé le soulèvement dans sa première phase représentaient un potentiel progressiste très important. Mais il s’est dissipé lorsque ces comités ont reconnu ledit Conseil national, établi à Istanbul et dominé par les Frères musulmans syriens de l’intérieur et par le Qatar et la Turquie de l’extérieur. Depuis lors, la situation syrienne a été prise entre une opposition officielle inefficace et corrompue et un régime très brutal. C’est ce qui a conduit à l’émergence d’une opposition islamiste plus radicale représentée par une myriade de groupes, dont le plus important est maintenant Daech.

    C’est ainsi que les aspirations de la révolution syrienne ont été écrasées entre ces deux pôles contre-révolutionnaires – d’un côté le régime et d’autre part les fondamentalistes islamistes fanatiques de l’autre. Mais là aussi, le potentiel existe toujours, avec des dizaines de milliers de personnes, surtout des jeunes, qui s’opposent au régime dans une perspective progressiste. Le régime a arrêté des milliers de ces jeunes progressistes qui organisaient le soulèvement lors de sa première phase en même temps qu’il relâchait des djihadistes emprisonnés. Le régime syrien lui-même a encouragé par tous les moyens l’essor et l’emprise de la tendance islamiste dure au sein de l’opposition. Cela convient au régime, tout comme la radicalisation islamiste parmi les Palestiniens convient à l’extrême-droite israélienne. Tous les deux jouent le même jeu en encourageant leurs « ennemis préférés ».

    Quel côté est en train de l’emporter dans ce conflit maintenant ?

    II y a deux ans, Assad était au bord de la défaite, et c’est alors que l’Iran a décidé d’aller au-delà du soutien logistique pour intervenir massivement sur le terrain en envoyant des troupes pour remonter le régime. Pour des raisons de langue, ils ont envoyé des troupes arabes en provenance des satellites confessionnels de l’Iran : le Hezbollah du Liban et le Asaïb Ahl al-Haq [Ligue des justes ou des vertueux] de l’Irak. Ces forces ont aidé le régime à lancer une contre-offensive réussie et à regagner une grande partie du terrain qu’il avait perdu auparavant. Le phénomène Daech impose toutefois des contraintes à l’Iran et à ses alliés, qui doivent maintenant se battre sur deux fronts, aussi bien en Syrie qu’en Irak. En plus de combattre l’opposition majoritaire syrienne, ils doivent maintenant contenir l’expansion de Daech en Irak, qui est le principal bastion de l’influence iranienne dans la région. L’éparpillement des forces soutenues par l’Iran a débouché sur l’apparition de signes d’épuisement au sein du régime syrien, dont la base militaire confessionnelle fiable est relativement limitée.

    Ainsi, malgré toutes les apparences, le régime syrien rencontre à nouveau des difficultés, mais il évoque plus que jamais l’argument de la guerre contre le terrorisme pour écarter la possibilité d’un soutien occidental accru à l’opposition majoritaire. En fait, le régime syrien est en compétition avec cette opposition majoritaire pour tenter de convaincre les puissances occidentales qu’ils sont les meilleurs alliés dans la guerre contre le terrorisme ! C’est là qu’on peut apercevoir les similitudes entre le régime syrien, le régime égyptien et le gouvernement israélien. Ils parlent tous le même langage : celui de la guerre contre le terrorisme, et c’est au nom de cette guerre qu’ils exigent carte blanche pour toutes sortes de violences. Ils sont tous en train de dire à Washington : « Nous sommes vos meilleurs amis, il est dans votre intérêt de nous soutenir ! ».

    L’attitude des Etats-Unis à l’égard de Daech n’est-elle pas plutôt d’endiguer que d’éradiquer ce courant ?

    Votre choix de termes est correct. Jusqu’à maintenant c’est l’endiguement qui a prévalu : les Etats-Unis sont intervenus pour arrêter la progression de Daech, mais ils ne veulent pas aller au-delà de l’endiguement avant d’avoir atteint un objectif politique. Washington considère cette apparition de Daech comme un levier pour se débarrasser de Maliki et réduire l’influence iranienne en Irak. En effet, Maliki était devenu de plus en plus dépendant de l’Iran, et les tensions entre lui et Washington s’étaient sans cesse accrues depuis la fin de la présence militaire directe des Etats-Unis en Irak en 2011. Les rapports de Maliki avec Washington s’étaient tellement dégradés qu’il s’est rendu à Moscou pour négocier de livraisons d’armes. Comme par hasard, Sissi est en train de faire la même chose dans un geste de protestation contre la réticence états-unienne à le soutenir pleinement. On peut donc voir l’ampleur du terrain que Washington est en train de perdre dans la région. Néanmoins, avec Daech en Irak, l’Etat irakien a besoin des Etats-Unis. Il dépend du soutien militaire états-unien parce que son armée avait été reconstituée avec un armement états-unien après l’invasion de 2003, et qu’une bonne partie de cet armement est tombée entre les mains de Daech. Les Etats-Unis ont dicté des conditions pour un soutien accru à l’Etat irakien, en commençant avec le départ de Maliki. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient : Maliki s’est retiré et a été remplacé par Haïder al-Abadi.

    Maintenant Washington est en train d’essayer de répéter ce qu’il a fait en 2006 après avoir perdu du terrain face à Al-Qaida. A cette époque, les Etats-Unis ont soudoyé les mêmes tribus sunnites parmi lesquelles Al-Qaida était en train de se développer. Washington a même réussi à transformer les tribus sunnites en alliés des Etats-Unis, parvenant ainsi à pratiquement éradiquer Al-Qaida en Irak. Maintenant nous assistons à la répétition de cette même stratégie : les tribus sunnites ont été complètement mises à l’écart par le sectarisme confessionnel de Maliki, soutenu par l’Iran. Il y a une telle colère qui s’est développé en leur sein qu’elles se sont alignées avec Daech lors de l’apparition de ce mouvement. En réalité, Daech n’a pas été le seul à s’emparer de larges parties de l’Irak : il s’agissait plutôt d’une alliance entre Daech avec des forces arabes sunnites : des tribus, des restes du parti Baas de Saddam Hussein et d’autres. C’est ce qui s’était déjà passé en Irak après le massacre à Fallouja en 2004, lorsque les sunnites ont été tellement mis à l’écart qu’ils ont laissé entrer Al-Qaida, soutenu jusqu’à ce que Washington change sa stratégie. Maintenant nous sommes en présence d’une reproduction du même scénario : cette fois les tribus sunnites ont fait une ouverture à Daech et Washington cherche à renouveler la stratégie d’alliance avec eux. Pour cela les Etats-Unis avaient besoin de se débarrasser de Maliki. Maintenant que c’est fait, nous verrons comment se développera la prochaine étape.

    « Un processus révolutionnaire à long terme avec des phases contre-révolutionnaires »
    ACHCAR Gilbert, ASHLEY Brian
    août 2014

    Entretien avec Gilbert Achcar conduit par Brian Ashley de la revue sud-africaine Amandla !

    * Entretien réalisé fin août 2014 pour la publication sud-africaine Amandla !, mis en ligne le 5 septembre 2014. Traduction A L’Encontre (http://alencontre.org/).

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article32980

  • Les richesses du Maroc sont accaparées par les intérêts impérialistes et une minorité dans le pays (Attac Cadtm Maroc)

     

    Le 30 août à Rabat s’est tenu le Conseil de coordination nationale (CCN) de notre association.

    Cette deuxième session ordinaire depuis notre cinquième congrès, organisé en février 2014, s’est tenue en présence des représentants des groupes locaux d’ATTAC. Les participants ont rappelé le contexte socio-économique du pays marqué par les conséquences de la crise du capitalisme mondialisé sur l’économie marocaine qui amplifient la dépendance structurelle de notre pays au marché mondial.

    Les recettes du Budget connaissent un recul important.

    Au même moment, la libéralisation, le démantèlement des barrières tarifaires, le transfert des dividendes à l’étranger et la multiplication des Accords de libre échange (ALE) avec 56 traités signés par le Maroc, continuent de plomber les finances publiques. Ceci se traduit par la baisse des réserves de devises qui couvrent à peine quatre mois et demi des besoins en importations. Alors que la balance des paiements s’enfonce dans une spirale inquiétante, la balance commerciale continue sa décélération. Les recettes des exportations couvrent de moins en moins le coût et le volume des importations.

    Face à cette situation, l’État a dû recourir davantage à l’endettement auprès du marché financier international. Ainsi, 500 millions d’euros ont été empruntés sur les marchés internationaux en 2007, 1 milliard en 2010 et le même montant en juin 2014. Auxquels il faut ajouter 1,5 milliards de dollars en décembre 2012 et 750 millions en mai 2013. À ces dettes, s’ajoute le renouvellement de la Ligne de précaution et liquidités (LPL) du Fonds monétaire international en août dernier pour un montant de 5 milliards de dollars pour une période de 24 mois.

    Les Institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, BEI) et les agences de notation encensent les « performances » de l’État pour l’encourager à se jeter dans les bras des créanciers. C’est ainsi que le Maroc se trouve de nouveau pris dans la tourmente de l’endettement. La dette publique a atteint 679 milliards de DH, soit 78 % du PIB. Le service de la dette (montants empruntés + intérêts) accapare, en moyenne, 106 MMDH annuellement, depuis les cinq dernières années.

    Avec un service de la dette de ce volume, tout développement économique et humain devient impossible. Un audit de cette dette et l’annulation de la partie qui n’a pas servi les intérêts du peuple s’imposent comme deux solutions pour recommencer à croire à un développement effectif du pays. Cette piste n’est envisageable que si le Maroc arrive à se libérer de la tutelle des Centres de décision impérialistes (États et IFI) qui nous imposent leurs mesures libérales.

    Celles-ci se traduisent par l’offensive de l’actuel gouvernement sur plusieurs fronts : vers l’annulation de la Caisse de compensation, baisse de l’investissement public et dans les secteurs sociaux, gel de l’emploi public, privatisation des services publics et enfin « réforme » de la Caisse marocaine des retraites (faire passer l’âge de la retraite à 65 ans, hausse des cotisations des salariés, etc).

    Les quatorze stratégies sectorielles censées « créer un décollage économique » se transforment en série de cadeaux offerts aux multinationales et aux capitalistes locaux pour s’accaparer davantage les richesses de notre pays et détruire son environnement. Tout ça s’accompagne du pillage des deniers publics.

    Ces mécanismes sont à l’origine de l’hémorragie que connaissent les richesses du pays vers l’étranger ou leur accaparement par une minorité dans le pays. La classe ouvrière et populaire en général se trouve privée de ses propres richesses. En plus, les Marocains payent le prix des mesures d’austérité décidées par les classes dominantes. La population voit ainsi son niveau de vie baisser et la pauvreté et le chômage augmenter. L’État riposte par des attaques préventives contre les libertés publiques et la répression des résistances et de leurs symboles.

    Pour toutes ces raisons, il est nécessaire d’unir nos luttes et d’élargir la solidarité et le travail commun dans le cadre d’un front social contre les politiques néolibérales. Cette coalition doit définir des objectifs et des priorités, avec un programme et des instruments d’actions.

    Suite à ces constats, le CCN d’ATTAC/CADTM Maroc :

    • 1. Condamne la politique économique, sociale, environnementale appliquée par l’État qui amplifie notre dépendance, le pillage et la destruction des ressources du pays. Les conséquences désastreuses de ces orientations sont supportées par les classes populaires. Le peuple supporte le coût d’une dette sans savoir dans quelles conditions elle est contractée et comment elle est dépensée.
    • 2. Condamne l’atteinte à la liberté d’association dont sont la cible plusieurs organisations parmi elles ATTAC/CADTM Maroc. Le récépissé de notre association n’a pas été renouvelé et ce de manière arbitraire. À cela s’ajoute la difficulté de réserver des salles publiques.
    • 3. Condamne l’attitude de l’État face aux revendications des prisonniers politiques et d’opinion en grève de la faim. Dénonce l’indifférence coupable par rapport au décès de l’étudiant Mustapha Meziani qui était en grève de la faim.
    • 4. Condamne l’agression sioniste contre le peuple palestinien en résistance ainsi que les interventions impérialistes dans la région arabe, maghrébine et sur le continent africain. Ces guerres ont pour objectif réel d’anéantir les aspirations des peuples à se libérer de toutes les formes d’oppression. Ces interventions n’ont été possibles que grâce à la complicité des dictatures de ces régions.
    • 5. Appelle toutes les forces progressistes, démocratiques et opposés au libéralisme et au capitalisme au Maroc à multiplier les occasions de coopération entre nos organisations sur la base des revendications sociales et démocratiques afin de répondre aux aspirations des citoyens à une vie digne et à la constitution d’un front commun qui fera de la lutte contre l’impérialisme le cœur des mobilisations à venir.

    Conseil de coordination national d’ATTAC Maroc.
    Rabat, le 30 août 2014.

    Contact :
    Omar Aziki, secrétaire général d’ATTAC/CADTM Maroc
    00 212 6 61 17 30 39

    http://cadtm.org/Les-richesses-du-Maroc-sont

  • Entre Moscou et Tel-Aviv, une étrange lune de miel (Le Monde Diplomatique)

    Depuis l’effondrement du bloc soviétique, les relations internationales se recomposent autour d’intérêts mal identifiés.

    Les alliances stratégiques deviennent plus floues ; des configurations nouvelles s’esquissent ; des partenaires s’affrontent sur un dossier précis pendant que des ennemis collaborent sur un sujet ponctuel. Comment interpréter une telle fluidité ?

    Notre série sur les transformations géopolitiques s’ouvre sur l’entente discrète entre la Russie et Israël.

    L’incident n’est pas passé inaperçu. Lors de la réunion de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) du 27 mars 2014, destinée à condamner l’annexion de la Crimée par Moscou, le représentant israélien a brillé par son absence. Au grand dam des Etats-Unis, Tel-Aviv s’est abstenu de voter une résolution appelant à ne pas reconnaître le rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie. Cet épisode est venu confirmer la complexité des relations israélo-russes. Car, en dépit de leurs divergences sur le dossier syrien et de leurs différends toujours aussi fondamentaux sur le nucléaire iranien, Israël et la Russie entretiennent un dialogue constructif.

    Faisant de plus en plus figure de citadelle assiégée sur la scène proche-orientale, Israël a pris acte de l’érosion de l’influence américaine dans la région, qui, par contrecoup, favorise celle du Kremlin. Le conflit syrien a consacré le retour de Moscou sur la scène proche-orientale, et a accru son rôle dans la recomposition géopolitique de la région après les « printemps arabes ». Sa posture pragmatique a contrasté avec les atermoiements de la diplomatie occidentale, de sorte que sa fermeté et sa ténacité dans son bras de fer avec Washington ont été scrutées avec attention, non seulement depuis les capitales du Golfe, mais également depuis Tel-Aviv, où la Russie apparaît comme puissance ascendante.

    « Pont humain »

    Israéliens et Russes peuvent se féliciter d’entretenir de bonnes relations, étayées par des échanges économiques denses et par un « pont humain » : près d’un million de citoyens israéliens sont issus de l’espace russe et ex-soviétique — dont un grand nombre font la navette. Depuis la fin des années 1980, les binationaux représentent près du septième de la population de l’Etat hébreu, de sorte que le président Vladimir Poutine a pu qualifier Israël de « pays russophone ». Ils forment une communauté à la fois autonome et intégrée dans la vie culturelle, politique et économique. Depuis les pères fondateurs, la classe politique israélienne a (...) 

    (A lire sur le "Monde Diplomatique")

    Par Igor Delanoë, septembre 2014

    http://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/DELANOE/50788

  • Les forces de sécurité palestiniennes (Julien Salingue)

     book-2014 08 01

    Un appareil répressif indigène au service de la puissance coloniale ?

    "Ce travail collectif veut éclairer le lecteur sur la relation civile-militaire dans un certain nombre de pays arabes et en Iran au moment où coexistent des processus de transformation réussis, en cours ou ratés. Les divers contributeurs à ce volume proposent des éclairages circonstanciés pour analyser le rôle des armées à la suite des différentes révoltes populaires qui ont balayé le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Ce volume représente une contribution importante pour la compréhension du rôle des militaires et des transitions auxquels les pays sont ou ne manqueront pas d'être confrontés. Ces relations conditionneront, d'une part, la stabilité de chacun des pays concernés et, d'autre part, la paix et la sécurité de la région".

    Introduction de ma contribution : "Les forces de sécurité palestiniennes : un appareil répressif indigène au service de la puissance coloniale ?

    Nombre d’observateurs répètent à l’envi que le « processus de paix » entre Israël et les Palestiniens est « dans l’impasse », soulignant notamment que depuis septembre 2010, aucune rencontre officielle réunissant hauts dirigeants palestiniens et israéliens n’a eu lieu alors que la situation sur le terrain continue de se dégrader. L’initiative palestinienne à l’ONU, dénoncée par Israël et les États-Unis comme « unilatérale », serait une nouvelle démonstration de l’absence de coopération entre les deux parties.

    Mais au-delà des aléas du ballet diplomatique, force est de constater qu’une coopération beaucoup moins visible est à l’œuvre entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP) de Ramallah . Il s’agit de la coopération dans le domaine sécuritaire, en d’autres termes des dispositifs à l’œuvre pour le maintien de l’ordre dans les territoires palestiniens de Cisjordanie sous la responsabilité, directe ou indirecte, de l’AP de Ramallah. D’aucuns seraient en effet surpris de constater que les services de sécurité israéliens et palestiniens travaillent de concert au quotidien, échangeant des informations ou menant des opérations conjointes.

    En effet, si certains ont souligné, à raison, que le premier ministre de facto, Salam Fayyad, avait un programme axé sur le développement économique, beaucoup ont sous-estimé la centralité des questions sécuritaires dans son programme. C’est cette politique que je me propose d’étudier ici, en l’inscrivant dans l’histoire de la construction de « l’autonomie palestinienne ». Pour ce faire, je m’attacherai tout d’abord à étudier la place des questions de sécurité dans l’architecture institutionnelle d’Oslo, avant d’analyser la construction et le rôle des forces de sécurité palestiniennes durant « l’ère Arafat » (1993-2005). Il s’agira dans un dernier temps de questionner les réformes mises en œuvre par le tandem Abbas-Fayyad, et plus généralement la viabilité du dispositif sécuritaire palestinien, en interrogeant notamment son principal paradoxe : dans quelle mesure des forces de sécurité coopérant avec les autorités coloniales peuvent-elles acquérir une légitimité auprès d’une population qui revendique la fin de l’occupation ?

    I) Les questions sécuritaires au cœur du dispositif de l’autonomie

    « Le concept d’une force de police palestinienne dans le cadre d’un accord israélo-arabe sur les territoires occupés n’a pas été créé par les Accords d’Oslo. [...] Les concepts de police dans les propositions de paix israéliennes ont varié d’une force de police civile de pleine juridiction sur les zones démilitarisées de la Cisjordanie, dans le cadre d’un compromis avec la Jordanie (le Plan Allon), à diverses formes d’une force de police avec autonomie partielle dans le cadre d’une dévolution de pouvoirs aux dirigeants tribaux de Cisjordanie (Ligues de villages) ou à une autorité intérimaire d’autonomie (l’Accord de Camp David. »

    A) La coopération sécuritaire : de lointaines origines

    L’objet de cette étude n’est pas de rapporter, d’analyser et de commenter l’ensemble des discussions et propositions évoquées par Brynjar Lia. Il est néanmoins utile de souligner, à titre d’exemple, que les Accords de Camp David, signés le 17 septembre 1978, comprenaient un paragraphe entier consacré aux questions des forces de sécurité dans les territoires palestiniens et à la coopération sécuritaire avec Israël : « Un retrait de forces armées israéliennes interviendra et il donnera lieu à un redéploiement des forces restantes en des points de sécurité déterminés. L’accord comportera aussi des dispositions propres à garantir la sécurité intérieure et extérieure et l’ordre public. Une importante force de police locale, qui pourra comprendre des citoyens jordaniens, sera mise en place. En outre, des forces israéliennes et jordaniennes collaboreront à des patrouilles en commun et à la désignation de ceux qui seront chargés des postes de contrôle en vue d’assurer la sécurité des frontières . » Cette étape précède, dans le texte des Accords, celle des « négociations […] pour définir le statut définitif de la Cisjordanie et de Gaza  ».

    Les négociateurs de l’OLP, conscients de la référence que représentaient les Accords de Camp David du côté israélien, ont rapidement constitué un groupe chargé des questions de sécurité en vue de discussions avec des représentants de l’autre partie. S’il est difficile d’établir avec exactitude une cartographie et une chronologie des multiples canaux et rounds de négociations, a fortiori lorsqu’ils étaient secrets, il est néanmoins établi qu’un « groupe d’études » israélo-palestinien s’est réuni à plusieurs reprises entre octobre 1992 et juin 1993. « Dans le groupe, on trouvait le général à la retraite Shlomo Gazit, ancien chef du renseignement militaire israélien ; Nizar Ammar de l’OLP ; Joseph Alpher, directeur du Centre Jaffa de l’Université de Tel Aviv et ancien haut responsable du Mossad, le service de contre-espionnage israélien ; Ahmad Khalidi, un conseiller de l’équipe de négociation palestinienne à Washington. Les autres membres du groupe d’étude étaient Shibley Telhami de l’Université Cornell, Naomi Weinberger du Barnard College, Yezid Sayigh de l’Université d’Oxford, Khalil Shikaki de l’Université An-Najah, en Cisjordanie, et Ze’ev Schiff, responsable de la rubrique défense du journal israélien Ha’aretz . »

    Ce « canal sécuritaire » a abordé de manière concrète, lors de ses diverses réunions, la plupart des questions relatives à la sécurité : retrait et redéploiement des forces armées israéliennes, recrutement et formation des forces de sécurité et de la police palestiniennes, contrôle des frontières. Même si les membres du groupe n’étaient pas officiellement « mandatés » par les directions palestinienne et israélienne, ils ont régulièrement rendu compte de leurs activités à ces dernières. Nizar Ammar, ancien collaborateur d’Abu Iyad lorsque ce dernier dirigeait les services de sécurité de l’OLP, est alors conseiller à la sécurité de Mahmoud Abbas, qui supervise l’ensemble du processus négocié. De leur côté, « les experts de la sécurité israélienne ont rapporté au gouvernement qu’ils ont été vraiment impressionnés par les vues très réalistes et modérées des spécialistes de la sécurité de l’OLP en exil [...]. Le point de vue palestinien sur les concepts discutés au sein du groupe de travail [...] a suscité l’appréciation favorable du gouvernement israélien  ». Ce travail préparatoire a donc facilité le rapprochement des points de vue entre l’OLP et le gouvernement israélien et, selon certains, achevé de convaincre Ytzakh Rabin d’envisager la possibilité d’un partenariat durable avec la direction Arafat .

    Après la signature de la Déclaration de principes (DOP), en septembre 1993, et avant la signature des accords intérimaires en mai 1994, les discussions bilatérales sur les questions sécuritaires se poursuivent avec l’implication directe, désormais, des officiels palestiniens et israéliens. C’est ainsi qu’en janvier 1994, une rencontre est organisée à Rome entre, d’une part, Mohammad Dahlan et Jibril Rajoub  et, d’autre part, Yaacov Peri  et Amnon Shahak . Cette rencontre est secrète et ne débouche pas sur un accord « officiel ». Il s’agit plutôt, selon les termes d’Ehud Ya’ari, d’une « entente » qu’il résume ainsi : « Les groupes armés du Fatah dont les membres étaient recherchés par les services de sécurité israéliens, comme les [Fatah] Hawks, recevront des tâches particulières. Ils seront chargés de réprimer tout signe d’opposition [à Oslo]. L’objectif est qu’ils imposent des punitions exemplaires au stade le plus précoce possible, afin de créer un climat de respect du nouveau régime . » C’est aussi au cours de cette rencontre qu’une « entente » est trouvée concernant le principe de l’échange de renseignements au sujet de l’opposition palestinienne et de la « tolérance » des forces de sécurité israéliennes à l’égard des activités de leurs homologues palestiniens . Ces rencontres préparatoires et la mention, dès la DOP, de la future constitution d’une « puissante force de police », sont autant de révélateurs de la place toute particulière des questions relatives à la sécurité dans le Processus d’Oslo.

    B) Les Accords d’Oslo conçus pour garantir la sécurité d’Israël ?

    Uri Savir, l’un des principaux acteurs des rencontres secrètes d’Oslo, rapporte, dans son ouvrage Les 1 100 jours qui ont changé le Moyen-Orient, une singulière conversation avec Ahmad Qoreï (Abu Ala), au cours de laquelle le négociateur israélien déclare : « Nous ne souhaitons pas exercer le pouvoir sur votre peuple. Ce qui nous intéresse, c’est la paix et la sécurité. […] En 1967, l’occupation des Territoires s’est imposée à Israël comme une nécessité. D’un point de vue moral, nous cherchons à nous libérer de cette situation, de manière à garantir aux Palestiniens la liberté et aux Israéliens la sécurité. » Uri Savir expose ainsi à Ahmad Qoreï, au cours des premières minutes de leur première rencontre, la philosophie générale du « processus de paix » : contrairement à ce que la résolution 242 des Nations Unies ou les Accords de Camp David avaient consacré, ce n’est pas le principe « land for peace », « la paix contre la terre », qui gouverne. La formule d’Uri Savir révèle en effet que, pour Israël, le paradigme est autre : « freedom for security », « la liberté contre la sécurité ».

    L’hypothèse de ce changement de paradigme ne se fonde évidemment pas sur le seul témoignage d’Uri Savir. Le contenu des accords intérimaires, et leur présentation (du moins par la partie israélienne), ne laissent planer aucun doute quant à la primauté des questions sécuritaires. C’est ainsi, par exemple, que dans le document Main Points of the Gaza-Jericho Agreements , dans lequel le ministère des affaires étrangères israélien présente les Accords du Caire (4 mai 1994), le premier point est intitulé « Security Arrangements and Withdrawal of Israeli Forces ».

    L’annexe I de ces mêmes Accords, relative aux questions de sécurité, contient pas moins de 12 articles, eux-mêmes divisés en 73 parties, à leur tour divisées en 154 sous-parties, parfois elles-mêmes subdivisées. La précision quant aux questions sécuritaires est éloquente : on apprend ainsi, entre autres, que la police palestinienne est autorisée à posséder 7 000 armes légères, 120 mitraillettes et 45 véhicules blindés , ou qu’une « patrouille conjointe » opèrera sur la route n° 90, dans le secteur de Jéricho, avec à sa tête un véhicule palestinien . Plus généralement, les Accords du Caire précisent « les devoirs, fonctions, structure, déploiement et composition de la police palestinienne  » et établissent « un comité conjoint de coordination et de coopération pour les questions de sécurité mutuelle  », coopération qui se matérialisera sur le terrain, entre autres, par la mise en place de « patrouilles jointes » dont les modalités d’exercice sont précisément définies .

    Les Accords indiquent également « [qu’]Israël et l’Autorité palestinienne chercheront à entretenir la compréhension et la tolérance mutuelles  », et plus loin « [que] la partie palestinienne prendra les mesures nécessaires pour empêcher tout acte d’hostilité à l’encontre des implantations, des infrastructures les desservant et de la zone d’installation militaire  ».

    Les Accords du Caire fixent à 9 000 le nombre maximum de policiers palestiniens « recrutés localement ou à l’étranger parmi les Palestiniens possédant un passeport jordanien ou une pièce d’identité palestinienne émise par l’Égypte », limitant à 7 000 le nombre de recrues de l’extérieur, « dont 1 000 arriveront dans les trois mois qui suivent la signature de l’accord » . Ils formulent en des termes précis les obligations de la police palestinienne, qui doit entre autres « agir systématiquement contre toute incitation au terrorisme et à la violence [chez les Palestiniens] », « arrêter et traduire en justice toutes les personnes [palestiniennes] suspectées de perpétrer des actes de violence ou de terrorisme », « confisquer toute arme illégalement détenue [par un civil palestinien] » et « coopérer pour échanger les informations et coordonner ses activités et ses politiques » avec les services de sécurité israéliens . L’article IV de l’annexe I précise en outre que, dans un souci d’efficacité, la police palestinienne doit être divisée en six branches, coordonnées entre elles et sous la responsabilité d’un commandement unique.

    La précision dans l’attribution des tâches des forces de sécurité tranche avec le « flou » concernant nombre d’autres questions dans des domaines pourtant essentiels dans la perspective d’une paix entre Israéliens et Palestiniens (notamment l’étendue des « redéploiements » israéliens), quand elles ne sont pas tout simplement reportées aux « négociations sur le statut final » (tracé des frontières, statut de Jérusalem et des colonies, solution pour les réfugiés, etc.). Ce phénomène confirme nettement l’hypothèse selon laquelle les questions sécuritaires occupent une place singulière dans les accords intérimaires et, partant, dans le Processus d’Oslo.

    Au-delà de cette précision, ce sont les mécanismes induits par les Accords qui renforcent notre hypothèse de départ. Un an et demi après l’Accord du Caire, c’est l’« Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza », dit « Oslo II » ou « Accord de Taba », qui est signé. Ce document précise, entre autres, les étapes et les conditions des futurs redéploiements israéliens en Cisjordanie. Or, s’il est bien indiqué que les prochains redéploiements devront survenir au plus tard 18 mois après l’établissement de l’Autorité palestinienne (« Conseil »), il est également précisé que « les redéploiements seront progressivement mis en œuvre en fonction de la prise en charge de l’ordre public et de la sécurité intérieure par la police palestinienne » . Pour la première fois, un accord signé par les deux parties mentionne explicitement le fait que l’avenir et le déroulement du processus, et notamment la « restitution » des terres aux Palestiniens, est conditionné à la capacité de la direction d’Arafat à faire régner l’ordre dans les zones évacuées par l’armée israélienne. « La liberté contre la sécurité » n’est plus désormais un simple mot d’ordre, mais bien une réalité inscrite dans la lettre même des accords.

    Le rôle dévolu aux forces de sécurité palestiniennes vérifie lui aussi l’hypothèse selon laquelle la « sécurité d’Israël » prime sur tout autre considérant. Ainsi, les restrictions imposées à la police palestinienne (qui n’a pas le droit, par exemple, d’incarcérer les colons israéliens qui se rendraient coupables de crimes ou de délits à l’encontre de la population palestinienne) et les exigences à son égard (entre autres, empêcher toute attaque contre les colonies et les installations militaires israéliennes) en font une force de police des plus atypiques : « Sa principale anomalie est de ne pas avoir été établie d’abord pour assurer la sécurité et rendre des services à la population au sein de laquelle ses membres ont été recrutés [...] mais pour assurer la sécurité d’un État étranger et de ses citoyens.  »

    Les forces de sécurité palestiniennes ne bénéficient en outre que d’une autonomie très relative, phénomène renforcé avec le Mémorandum de Wye River (octobre 1998) qui double la « coopération bilatérale israélo-palestinienne » déjà en vigueur  d’un « comité américano-palestinien [qui] se réunira deux fois par mois afin d’examiner les mesures à prendre pour éliminer les cellules terroristes et les structures de soutien qui organisent, financent, encouragent et soutiennent le terrorisme  ». Lors de ces réunions, la partie palestinienne doit en outre « informer les États-Unis en détail des actions qu’elle a prises pour interdire toutes les organisations […] à caractère militaire, terroriste ou violent  ».

    Le dispositif sécuritaire qui se met en place avec les accords intérimaires conforte les analyses de ceux qui ont vu dans la DOP et dans les prémisses du Processus d’Oslo une simple réorganisation de la « matrice de contrôle  » israélienne dans les territoires palestiniens occupés . En subordonnant la poursuite du « processus de paix » à la capacité de la direction d’Arafat à maintenir « la loi et l’ordre » dans les zones autonomes, Israël et les États-Unis ont placé le leadership de l’OLP dans une position ambiguë, pour ne pas dire contradictoire : trouver l’équilibre entre les aspirations des Palestiniens et les exigences d’Israël. L’organisation, le fonctionnement et la composition des forces de sécurité palestiniennes, sur lesquels nous allons à présent nous arrêter, seront marqués par cette ambiguïté originelle.(...)Vient de paraître dans : "Les forces armées arabes et moyen-orientales" 

    http://www.juliensalingue.fr/article-vient-de-paraitre-les-forces-armees-arabes-et-moyen-orientales-124544355.html

  • Libye : Le Drian parle d'intervention...(Lutte Ouvrière)

    L'assassin revient sur les lieux de son crime

    Interrogé par le Figaro, le ministre de la Défense Le Drian parle de « dégradation de la situation sécuritaire en Libye ». C'est peu dire ! Trois ans après l'intervention des armées occidentales, les bombardements, l'armement des différentes milices combattant Kadhafi et l'élimination de ce dernier, le pays est plongé dans le chaos.

    Des bandes armées se disputent les villes et les régions.

    Les fronts semblent se déplacer suivant que les différents sponsors de ces bandes, services américains, monarchies du Golfe, militaires égyptiens, etc., arment plus ou moins bien leurs sinistres poulains. Des envoyés de l'ONU n'ont pu que constater des faits de séquestrations, enlèvements, tortures, assassinats, à l'encontre de civils terrorisés. Des avions sans immatriculation bombardent de temps à autre les positions des uns ou des autres, des hélicoptères inconnus débarquent des hommes armés, les routes sont hérissées de barrages où on rançonne et on tue.

    Le Drian sait bien que ce sont l'aviation et la marine françaises qui ont commencé à bombarder la Libye en 2011.

    Il sait aussi que les premières milices furent équipées, voire encadrées, par des « conseillers » français, britanniques, américains. Comme il sait que les énormes stocks d'armes disponibles en Libye furent achetés, en son temps, par le dictateur Kadhafi auprès des industriels occidentaux, dans des marchés préparés et bénis par les gouvernements des « grandes démocraties ». Il sait aussi, pour l'avoir approuvée, que l'intervention de 2011 était une vitrine pour les marchands de canons français. Sarkozy a fait donner les Rafale et autres Mistral, Hollande et Le Drian finalisent les contrats, les Libyens servent de chair à canon de démonstration et sont plongés dans un enfer dont ils ne voient pas la fin.

    Aujourd'hui, le chaos est tel qu'il risque, selon Le Drian, d'avoir des conséquences hors des frontières libyennes. Le ministre parle donc d'une nouvelle intervention, terrestre cette fois-ci. Il s'agirait d'étendre « vers la frontière libyenne » le dispositif militaire français déjà présent au Mali, en Centrafrique et au Tchad. Pour financer ce supergendarme sous direction française, il voudrait obtenir l'accord et l'aide des États africains, de l'ONU et des autres grandes puissances. On voit le résultat : de l'Afrique centrale au Moyen Orient et à la Libye, les interventions militaires impérialistes ne font qu'accroître le chaos. Le Drian ne demande qu'à continuer.

    Paul GALOIS

    http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2406&id=43

  • Ces féministes qui réinterprètent l’islam (Orient 21)

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    Dans un ouvrage paru en 2012, la sociologue et chercheuse Zahra Ali donnait la parole à des intellectuelles et des militantes musulmanes engagées dans la défense des droits des femmes à l’intérieur du cadre religieux.

    Deux ans plus tard, et en dépit notamment de l’action d’un grand nombre de femmes dans les mou- vements de revendications qui ont suivi les printemps arabes, l’image d’un islam par nature incom- patible avec les libertés féminines persiste. Ces féministes musulmanes, présentant leur relecture de l’islam, en appellent pourtant à un « féminisme sans frontières » enfin débarrassé de ses scories néocoloniales.

    «  Féminisme  » et «  islamique  » : si l’association de ces deux termes dérange encore et continue de susciter invariablement en Occident une interrogation incrédule, c’est parce que l’égalité des sexes est le fruit d’une élaboration historique. S’est-on jamais posé la question de la pertinence d’un fémi- nisme chrétien, par exemple  ? Un tel courant a pourtant bel et bien été fondé dès la fin du XIXe siècle, en particulier en France, en Belgique et au Canada. Il a permis notamment l’élaboration d’une théologie féministe qui a interrogé -– et interroge encore — le canon des Écritures, la paternité divine, l’identité du Christ, l’action de l’Esprit-Saint, le culte de Marie, et surtout les institutions patriarcales de l’Église, au grand dam du magistère de l’Église catholique.

    Mais la condition de «  la femme musulmane  » — toujours au singulier, comme si la dimension sociologique d’un grand nombre de pays très différents par leurs langues et leurs cultures ne jouait pas — est l’emblème et l’argument favori des islamophobes occidentaux contemporains comme de leurs prédécesseurs coloniaux. Elle témoignerait ainsi de l’obscurantisme fondamental du «  monde musulman  ». En conséquence, l’émancipation des femmes musulmanes et la conquête de leurs droits devrait passer obligatoirement par leur libération du «  carcan  » religieux. L’ouvrage dirigé par la sociologue Zahra Ali, Féminismes islamiques est, à contre-courant des préjugés racistes, un recueil d’articles et d’entretiens avec des chercheuses, des intellectuelles et des militantes engagées dans la défense des droits des femmes à l’intérieur du cadre religieux musulman1.

    Il affirme qu’il y a bien non seulement une dynamique féministe islamique, mais également qu’elle est soutenue par une pensée élaborée depuis des décennies, voire des siècles. Elle se veut aujourd’hui un «  support de réflexion et d’analyse proposant une ouverture vers de nouvelles perspectives quant à la manière de poser le lien entre femmes, féminisme et islam  ».

    Cette pensée est largement ignorée quand elle n’est pas stigmatisée, y compris par la plupart des féministes pour qui toute religion est patriarcale, surtout les religions monothéistes et surtout, parmi elles, l’islam. Mais aussi par nombre de musulmans qui considèrent qu’elle occidentalise la pensée islamique, appréhendée comme un cadre fini. Un même essentialisme fait l’unanimité, qui définit l’islam comme «  une réalité statique, fondamentalement dogmatique, intrinsèquement sexiste  » et le féminisme comme un modèle unique, issu de la modernité occidentale.

    L’égalité inscrite dans les textes

    Pour Zahra Ali et pour les chercheuses et militantes à qui elle donne la parole, l’égalité est au contraire au fondement de la religion musulmane et le message de la Révélation coranique est garant des droits des femmes. Ainsi, «  Le Coran affirme le principe d’égalité entre tous les êtres humains et ce sont les idées (l’idéologie) et les pratiques patriarcales qui ont entravé ou subverti la mise en pratique de cette égalité entre hommes et femmes  » (Margot Badran).

    Du reste, des femmes musulmanes ont de tout temps clairement contesté l’attitude machiste et les injustices subies par les femmes.

    Les tafsirs (commentaires du Coran) en témoignent, et deux versets répondent à leur conviction que l’égalité entre les sexes est explicite dans le Coran2. L’ouvrage retrace l’histoire de cette contestation, des premiers temps à l’époque contemporaine, pour affirmer l’existence d’un féminisme endogène aux sociétés musulmanes. Selon Asma Lamrabet, l’exclusion des femmes dans l’histoire de la civilisation islamique se construit avec le décalage entre le Coran et ses interprétations exégétiques et juridiques successives. Cette exclusion des femmes est à son apogée à l’ère coloniale : elles sont alors prises au piège entre le discours colonisateur (l’apport de la «  civilisation  » contre les archaïsmes religieux oppresseurs) et un discours nationaliste et traditionaliste qui leur intime de rester dans le rang, au nom d’une identité islamique en danger.

    Une pensée réformiste

    Le temps fort de l’histoire du féminisme islamique remonte au mouvement réformiste musulman — la Nahda (Renaissance) — du XIXe siècle qui appelait au retour aux sources scripturaires, c’est-à-dire au Coran et à la Sunna, en différenciant la charia (littéralement «  la voie  » ou les principes déterminés par Dieu et exprimés dans le Coran) de al-Fiqh, le droit islamique élaboré à partir d’une interprétation humaine — et surtout exclusivement masculine.

    Dès les années 1930 en Égypte, puis à partir des années 1970 en Turquie, au Maghreb, en Syrie, en Arabie saoudite et surtout en Iran où naît le concept dans les années qui suivent la révolution iranienne, émerge une conscience féministe «  islamique  » à mesure que les femmes deviennent plus instruites, qu’elles s’approprient le savoir religieux et que le féminisme se développe en tant que discours intellectuel, mais aussi sous la forme de pratiques militantes. On passe alors «  d’un discours féminin de défense de l’islam à un discours féministe à l’intérieur de l’islam  ».

    Ces vingt dernières années, le féminisme islamique est devenu un courant théologique transnational qui, à l’instar du féminisme chrétien — dont il n’est pas la copie, mais il emprunte de fait des voies assez proches — propose une relecture des sources (Coran et Sunna) débarrassée de ses interprétations sexistes. Une élite savante utilise l’outil juridique de l’ijtihad3 pour repenser les droits des femmes en rapport avec les contextes dans lesquels elles se situent. En faisant usage des sciences sociales, les féministes extraient les principes d’égalité et de justice des sources de l’islam et les éloignent des interprétations élaborées à partir d’une grille de lecture machiste et patriarcale. Elles s’appuient notamment sur la notion d’unicité divine (tawhid)4 pour affirmer que l’égalité entre les hommes et les femmes est inscrite dans le Coran.

    La pensée féministe islamique légitime ainsi l’action militante qui opère à l’intérieur de l’islam. Elle ouvre un espace de réflexion entre la remise en question du modèle occidental qui se veut universaliste et, dans le champ islamique, tout un pan de la jurisprudence qui a organisé la marginalisation du rôle et de la place des femmes dans la cité et réservé le savoir et l’autorité religieuse aux hommes.

    Pour une action unitaire sous conditions

    Le militantisme féministe, quant à lui, «  a concentré son travail sur la révision des statuts personnels inspirés par la «  Loi islamique  » dans de nombreux pays musulmans  », au travers de réseaux tels que l’organisation malaisienne Sisters in Islam, Femmes sous lois musulmanes ou encore Mousawah (promotion de l’égalité et de la justice dans la famille musulmane). En Occident, ce même militantisme est engagé dans la défense des femmes contre les discriminations qui les frappent, avec des organisations comme Karamah (Muslim Women Lawyers for Human Rights).

    Les féministes musulmanes conçoivent une libération qui ne passe pas par la désacralisation des normes religieuses ni par la libéralisation sexuelle. À la condition d’accepter l’idée qu’il n’existe pas un, mais des féminismes — tous légitimes — et qu’ils naissent et demeurent fortement ancrés dans les sociétés d’où ils ont émergé, Zahra Ali estime en conclusion qu’il est possible de construire des coalitions entre eux, car ce qui les différencie n’empêche nullement la lutte commune pour les droits fondamentaux des femmes. Un «  féminisme sans frontières  » qui intègre les questions sociales et «  raciales  » à celle de la domination masculine, sans faire l’économie d’une réflexion approfondie sur les avatars contemporains de l’héritage orientaliste et colonial.

    Françoise Feugas

    1Margot Badran, Asma Lamrabet, Asma Barlas, Malika Hamidi, Ziba Mir-Hosseini, Zainah Anwar, Omaima Abou Bakr, Saida Kada, Hanane Al-Laham.

    2Verset 195 de la sourate 3 (Al-‘Imran) et verset 35 de la sourate 33 (Al-Ahzab), très souvent cités.

    3«  Désigne le processus relatif à l’effort déployé par un juriste musulman qualifié – mujtahid – pour déduire des lois à la lumière des sources religieuses (…) de manière plus générique, c’est l’effort réflexif et intellectuel visant à penser l’islam dans son contexte.  »

    4L’attribut de l’unité de Dieu stipule que la souveraineté de Dieu, son pouvoir sont indivisibles et inpartageables. Personne ne peut revendiquer aucune forme de souveraineté ou de pouvoir qui entre en conflit avec la souveraineté divine. Les théories de la supériorité masculine, en établissant un parallèle entre Dieu et les pères, ou maris et en les présentant comme des intermédiaires entre les femmes et Dieu, jouissant d’un pouvoir sur elles et se donnant droit à leur obéissance, violent le concept de tawhid.

    http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/ces-feministes-qui-reinterpretent,0666